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Message du Dalaï Lama à l’occasion du 8e anniversaire du soulèvement de Lhassa


Message à l’occasion du 8e anniversaire du soulèvement de Lhassa



Traduction de Sofia Stril-Rever, in « Mon autobiographie spirituelle », Presses de la Renaissance, 2009, ISBN 275090434X
10 mars 1967

« En ce 10 mars 1967, cela fait huit ans que le peuple tibétain se dressa dans une rébellion spontanée contre la puissance armée de la Chine et la mit au défi, dans l’espoir de se libérer de l’oppression et de la tyrannie grandissante des communistes chinois. Des hommes sans arme, des femmes et des enfants ont manifesté dans les rues de Lhassa pour demander le rétablissement de l’indépendance du Tibet et des droits des Tibétains. Dans la répression brutale qui suivit, des milliers d’innocents furent massacrés et d’autres, innombrables, emprisonnés, torturés, tués ou déportés dans des camps de travaux forcés. Il est donc approprié de dédier solennellement ce 10 mars à la mémoire de nos martyrs de la liberté. En rappelant la cause au nom de laquelle ils ont fait un sacrifice suprême, nous renforçons notre détermination d’atteindre l’objectif pour lequel ils ont donné leur vie. Les seize années d’occupation militaire des communistes chinois au Tibet représentent une longue liste de malheurs et de souffrances non dites. Des fermiers et des éleveurs sont privés du fruit de leur labeur. Contre une maigre pitance, des groupes importants de Tibétains sont forcés de construire des routes militaires et des fortifications pour les Chinois. Un nombre incalculable des nôtres ont été les victimes de procès publics et de purges, où toutes sortes d’humiliations et de brutalités leur ont été infligées. Les richesses du Tibet, accumulées pendant plusieurs siècles, ont été emmenées en Chine. Une campagne persistante de hanisation de la population tibétaine est perpétrée, remplaçant de force la langue tibétaine par le chinois et changeant les noms tibétains en mots à consonance chinoise. Voilà ce qu’il en de « l’autonomie tibétaine », à la mode communiste chinoise. Des développements récents indiquent que le règne de la terreur, imposé par l’impérialisme han, n’a fait que s’aggraver. La persécution du bouddhisme et de la culture tibétaine a atteint un nouveau degré d’intensité avec l’avènement de la soi-disant Révolution culturelle et son sous-produit, le mouvement des Gardes rouges. Des monastères, des temples et même des maisons privées ont été fouillés et tous les objets religieux détruits. Parmi les pièces sans nombre qui furent saccagées, je citerai l’exemple d’une statue d’Avalokiteshvara, datant du septième siècle. Deux têtes, coupées et mutilées lui appartenant, ont été amenées secrètement du Tibet et récemment présentées à la presse, à Delhi. Cette statue, qui n’a pas seulement fait l’objet d’une grande vénération au cours des siècles, constitue aussi un objet historique, important et irremplaçable, cher au peuple tibétain. Sa destruction est une grande perte et une source de profonde tristesse pour nous. Le recours à des méthodes d’une telle barbarie, par des foules démentes d’écoliers immatures, donna lieu à une orgie de vandalisme insensé, à l’instigation de Mao Zedong, au nom de la soi-disant « grande Révolution culturelle prolétarienne. » C’est une preuve parlante des extrémités dans lesquelles sont tombés les dirigeants chinois pour tenter d’éliminer les traces de culture tibétaine. L’humanité et l’histoire condamneront certainement le massacre sauvage du peuple tibétain et de l’héritage culturel cher à leur cœur, perpétré par les Chinois. En observant avec une profonde tristesse la misère terrible et la souffrance des nôtres au Tibet, nous ne pouvons que renouveler notre ferme détermination de regagner la liberté de notre peuple. Pendant la période de notre exil, au cours des huit années écoulées, nous avons fait tous les efforts pour nous préparer au jour où nous pourrons retourner dans un Tibet libre. Dans ce but, nous avons défini et promulgué une constitution provisoire du Tibet, basée sur les principes de justice, égalité et démocratie, conforme aux enseignements du Seigneur Bouddha. Elle a été chaleureusement reçue par tous les Tibétains, particulièrement par les représentants élus des Tibétains en exil. Nous avons aussi lancé divers programmes pour la réinsertion et l’éducation, grâce à la sympathie sincère et à l’assistance précieuse du gouvernement de l’Inde. En vérité, mon peuple et moi sommes profondément reconnaissants au gouvernement indien pour toute son aide, qui s’est étendue aussi à la sauvegarde de nos programmes culturels et religieux. Nous aimerions également remercier les différentes organisations indiennes et internationales qui nous ont aidés sans relâche. Nous continuons d’avoir besoin de leur soutien et nous espérons avec confiance qu’il nous sera accordé comme auparavant. Nous sommes en outre reconnaissants aux gouvernements indien et étrangers qui ont défendu la cause du Tibet aux Nations Unies. Toutefois, étant donné que même les plus ténus des droits fondamentaux de notre peuple sont bafoués par les Chinois que les Nations Unies ont rappelés à l’ordre plus d’une fois, face aux souffrances accrues au Tibet, nous croyons le moment venu de demander au gouvernement de l’Inde un soutien politique plus fort. Nous croyons fermement que, pour une paix durable en Asie et dans le monde, les deux grandes nations que sont l’Inde et la Chine, devraient rester en paix. Mais nous croyons aussi que la paix ne sera pas réalisable, à moins que le Tibet ne retrouve sa liberté et ne soit transformé en une zone démilitarisée. Par-dessus tout, nous sommes convaincus qu’avec sa position importante dans le domaine des affaires et le respect qu’elle inspire au monde en général, l’Inde qui est la plus grande des démocraties et une championne de la justice, de la paix et de la liberté, peut parler d’une voix puissante en notre faveur. Elle hâtera ainsi le jour où nous verrons la fin des affres dont souffrent les Tibétains, tandis que la liberté, la dignité et la paix seront rendues à un peuple qui a longtemps souffert. »

Le Dalaï Lama