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Message du Dalaï Lama à l’occasion du 6e anniversaire du soulèvement de Lhassa


Message à l’occasion du 6e anniversaire du soulèvement de Lhassa



Traduction de Sofia Stril-Rever, in « Mon autobiographie spirituelle », Presses de la Renaissance, 2009, ISBN 275090434X
10 mars 1965

« Une nouvelle fois ce 10 mars 1965, nous commémorons solennellement le jour où le peuple tibétain, innocent et non armé, s’est rebellé spontanément contre la conquête des impérialistes chinois. Six ans ont passé depuis cette date mémorable, mais le spectre de cette tragédie macabre pèse toujours sur notre terre sainte. La tyrannie et l’oppression se poursuivent et les mots ne suffisent pas à décrire nos souffrances. Par deux fois l’Assemblée des Nations Unis a appelé à la cessation des comportements inhumains à l’encontre des Tibétains. De mon côté, à plusieurs reprises, j’ai lancé des appels pour un règlement juste et équitable de cette tragédie. Mais ainsi que la Commission internationale des juristes l’a fait remarquer récemment, « ni la résolution de l’Assemblée générale, ni l’appel à la conscience humaine n’ont eu d’effet sur la politique de la Chine communiste. » La Commission, composée de juristes remarquablement éminents de renommée internationale, a également déclaré que « la plupart des libertés proclamées par la Déclaration universelle des droits humains, qui inclut les droits fondamentaux, civiques, religieux, sociaux et économiques garantis par la loi, n’existent pas sous le régime chinois au Tibet. » Mais ce ne sont pas seulement les violations flagrantes des droits humains et des libertés fondamentales dont les Tibétains souffrent aujourd’hui. Il y a plus grave encore. Les autorités chinoises au Tibet nient pratiquement le fait que les Tibétains sont des êtres humains, qui chérissent et entretiennent les sensations et les sentiments des êtres humains. C’est ainsi que les Tibétains sont expulsés de leurs terres pour faire de la place aux colons chinois. Ils sont systématiquement privés de leur unique source de revenus. Dans l’esprit des Chinois, la vie d’un Tibétain n’a aucune valeur. Il est vrai que les autorités chinoises dénient ces faits avec véhémence. Mais il existe des preuves confondantes. Des milliers de Tibétains ont bravé les dangers et les rigueurs d’un périple long et périlleux pour chercher asile dans les États voisins. Il est certain que si leur vie avait été un tant soit peu tolérable, ils n’auraient pas abandonné leurs foyers et leurs maisons pour un futur incertain. Dans la situation actuelle, il est nécessaire que nous, les Tibétains, et, avec nous, les autres peuples qui aiment aussi la paix, nous interpellions la conscience du monde et protestions vigoureusement contre le traitement barbare et inhumain des Tibétains par les envahisseurs chinois. Aujourd’hui, je souhaite appeler tous les Tibétains à renouveler leur confiance et, une fois de plus, à décider de faire ce qui est en leur pouvoir pour le rétablissement de la paix et de la liberté dans leur patrie bien-aimée. Aujourd’hui, au nom de l’humanité, je m’adresse à tous les peuples du monde pour qu’ils viennent au secours du peuple infortuné et malheureux du Tibet. Je saisis aussi cette occasion pour insister sur le danger extrême que présente la situation actuelle. Nous savons tous que les armées chinoises ont commis une agression brutale contre l’intégrité territoriale de l’Inde, en dépit des efforts du gouvernement indien pour entretenir des relations amicales avec la république chinoise. Cette agression devrait prouver, s’il en était besoin, qu’aussi longtemps que les Chinois occuperont le Tibet, il pèsera toujours une menace pour la paix et le progrès dans les pays de l’Asie et du Sud-Est asiatique. La gravité de la situation a été renforcée par les récents essais nucléaires chinois. Jusque là, les puissances nucléaires ont montré beaucoup de mesure parce qu’elles réalisent pleinement que l’utilisation de l’arme atomique serait désastreuse pour l’humanité. Les autorités chinoises adopteront-elles la même retenue, une fois qu’elles seront en possession d’armes atomiques parfaitement opérationnelles ? Je crains qu’on ne puisse raisonnablement attendre une telle modération de la part d’un gouvernement dont l’ambition insensée qui ne connaît pas Dieu, ne respecte aucune limite. C’est pourquoi j’espère sincèrement et je prie pour que les peuples du monde anticipent le danger qui nous menace tous. En ce jour, comme chaque jour, j’offre mes prières pour la paix et le bonheur de tous les êtres. »

Le Dalaï Lama