Mes prisons/18

Mes prisonsVanier (Messein)Œuvres complètes, tome IV (p. 446-447).


XVIII


Or, de l’ancien Chat Noir, aujourd’hui le Mirliton — transitions ! — je sortais, quelque soir commençant, quittant les délices de Salis et de l’alors persona grata Léon Bloy, le tigre du bon Dieu, et le chat du bon diable, et de Marie Krysinska, et de tant d’aimables montres, après quelques libations extrêmement prolongées ? non ! mais peut-être.

Je quittai donc ces délices-là, et me dirigeai, demeurant vers la Bastille, devant une station de fiacres non distante, pour rejoindre mon domicile encore filial…

Mais quel diable, aussi ? me poussant, je voulus réfrigérer par une Seule et dernière absinthe, les autres !

Une erreur de compte, après ensuite d’absorptions, éclata, et je crus devoir réclamer — beaucoup et très haut ! — mon droit. Et j’appelai un sergent de ville qui me mit immédiatement au poste — et pas trop doucement.

Moi reçu là, le sous-brigadier, ou son supérieur, me fit quitter ma cravate, ma pipe, — et mon porte-monnaie.

Je ne dormis pas, — compagnon d’un ivrogne qui faisait pipi et caca tout le temps dans le lieu interne pour ces besoins.

Mais le matin, à neuf heures, les « sergots » qui avaient passé la nuit à nous passer de l’eau dans un gobelet d’étain, le même, en nous disant :

— « Si vous n’aviez bu que de ça, vous ne seriez pas ici. »
nous libérèrent.

Et, dès neuf heures (environ douze heures d’insomnie et quelle !), je fus appelé par mon nom précédé du mot Monsieur, chez monsieur le commissaire de police (dont le nom pourtant assez connu dans ces parts m’échappe), de la rue Bochard-de-Saron.

Ce « magistrat » ne me dit rien, — en outre de mon nom inscrit sur un registre et d’un reçu donné à l’agent qui m’avait arrêté la veille.

Enfin j’étais sorti de ces drôles de mains-là.

Pour jamais ?