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Lettre des dirigeants de Cronstadt au général blanc Wrangel


Anonyme
Lettre des dirigeants de Cronstadt au général blanc Wrangel


Votre excellence,

Nous avons pris connaissance du contenu de votre lettre au professeur Grimm, et nous sommes tout à fait prêts à répondre aux questions que vous posez. Le soulèvement de Cronstadt avait comme seule fin de renverser le parti bolchevik et n’était limité par aucun programme de parti et par aucun lien avec des organisations antibolcheviks et n’envisageait pas d’imposer au reste de la population de la Russie aucune forme de l’administration d’État car nous considérons qu’après le renversement des communistes, le peuple russe déciderait lui-même librement de la forme de l’administration de l’État qui lui convient.

Le slogan "tout le pouvoir aux soviets et non aux partis" avait été avancé afin d’unir tous les partis antibolcheviks et les masses populaires. La signification politique de ce slogan est très importante, car il arrache aux communistes l’arme qu’ils utilisent habilement pour réaliser les idées communistes sous la forme de prétendus "soviets du peuple". L’insurrection a montré mieux que tout l’utilité de ce mot d’ordre qui a provoqué le départ d’une certaine quantité de communistes de base des rangs de leur parti et qui a rencontré un large écho dans la population ouvrière et paysanne.

L’agitation développée pendant trois ans par les bolcheviks a tellement banalisée tous les autres slogans dans la conscience obscurcie du peuple qu’il n’y avait plus de succès de les utiliser avec succès dans la lutte contre les communistes. Nous trouvant aujourd’hui sur le territoire de Finlande, nous désirons continuer la lutte pour le renversement du joug communiste et tchékiste. Les soldats internés dans les camps représentent essentiellement des artilleurs des forts de Cronstadt, des troupes du 560éme régiment d’infanterie et un détachement du train de l’infanterie de marine. Vu le mélange systématique de la population d’autres territoires dans l’armée rouge, la garnison de Cronstadt était formée aux trois quarts de natifs d’Ukraine, depuis longtemps ennemis des bolcheviks. Le dernier régiment était formé de natifs du Kouban, qui avaient auparavant servis dans l’armée de Dénikine. Il y a très peu de sous-officiers et en particulier d’officier d’infanterie. Il n’y a presque pas de soldats qui n’ont pas participé aux combats.

Les instigateurs et les initiateurs de l’insurrection ont été les matelots, mais vu les circonstances de la chute de Cronstadt il en est arrivé relativement peu ici. Le départ d’une partie des matelots en URSS a enlevé des camps les éléments les plus turbulents et les plus désordonnés ; ceux qui sont restés constituent une masse unie sur tous les plans.

Partisans d’une lutte active contre les communistes, les cronstadtiens ne sont pas enclins à repousser toutes les formes possibles de conduite de cette lutte, que ce soit l’intervention, la venue d’armées volontaires russes, ou une insurrection à l’intérieur de la Russie, pour obtenir le renversement le plus rapide possible du joug des communistes…

Après le renversement des communistes nous jugeons indispensable l’instauration d’une dictature militaire pour lutter contre l’anarchie possible et pour garantir au peuple la possibilité d’exprimer librement sa volonté dans le domaine de l’édification de l’État.

Nous nous soucions en ce moment de former une troupe sûre, qui, en cas de circonstances favorables, pourrait constituer le noyau pour le développement d’une lutte victorieuse contre les bolcheviks.

Nous vous considérons comme un lutteur désintéressé pour la libération de notre chère patrie, et nous vous adressons notre salut à vous et à la vaillante armée russe et nous croyons avec vous que l’heure de la libération de la Russie souffrante est proche.

Petritchenko, ancien président du Comité révolutionnaire de Cronstadt, Ivanov, commandant de la brigade du camp du fort Ino, Krasnekov, commandant d’un régiment d’infanterie, Christoforov, ancien commandant du navire de ligne Petropavlovsk, Courvoïsier, commandant d’un bataillon de marine.

Fort Ino, le 31 mai 1921