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Les Stratagèmes (Frontin)/Trad. Bailly, 1848/Préface

< Les Stratagèmes (Frontin)/Trad. Bailly, 1848

Texte édité et traduit par Ch. Bailly, 1848.
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PRÉFACE
SUR LES TROIS PREMIERS LIVRES.




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Puisque j’ai entrepris d’établir les principes de l’art militaire, étant du nombre de ceux qui en ont fait une étude, et que ce but a paru atteint, autant que ma bonne volonté pouvait y réussir, je crois devoir, pour compléter mon œuvre, former un recueil, en récits sommaires, des ruses de guerre que les Grecs désignaient par le nom générique de στρατηγηματικά[1] Ce sera fournir aux généraux des exemples de résolution et de prévoyance, sur lesquels ils s’appuieront, et qui nourriront en eux la faculté d’inventer et d’exécuter de semblables choses. D’ailleurs, celui qui aura imaginé un expédient, pourra en attendre l’issue sans inquiétude, s’il se trouve semblable à ceux dont l’expérience a démontré le mérite. Je sais, et ne veux point le nier, que les historiens ont compris dans leur travail la partie que je traite, et que tous les exemples frappants ont été rapportés par les auteurs ; mais il est utile, selon moi, d’abréger les recherches des hommes occupés : il faut, en effet, un temps bien long pour trouver des faits isolés, et dispersés dans le corps immense de l’histoire. Or, ceux même qui en ont extrait ce qu’il y a de plus remarquable, n’ont donné qu’un amas de choses sans ordre, où se perd le lecteur. Je m’appliquerai à présenter, selon le besoin, le fait même que l’on demandera, de manière qu’il réponde, pour ainsi dire, à l’appel : car, en ramenant ces exemples à des genres déterminés, j’en ai fait comme un répertoire de conseils pour toutes les circonstances ; et afin qu’ils fussent classés d’après la différence des matières, et disposés dans l’ordre le plus convenable, je les ai partagés en trois livres : dans le premier seront réunis les exemples de ce qu’il convient de faire avant le combat ; dans le second, ceux qui regardent le combat et la terminaison de la guerre ; le troisième présentera les stratagèmes qui intéressent l’attaque ou la défense des places : à chacun de ces genres sont rapportées les espèces qui leur appartiennent. Je réclamerai, non sans quelque droit, de l’indulgence pour ce travail, ne voulant pas être taxé de négligence par ceux qui découvriront des faits que je n’aurai pas mentionnés : car qui pourrait suffire à passer en revue tous les monuments qui nous ont été laissés dans les deux langues ? Si donc je me suis permis quelques omissions, la cause en sera appréciée par quiconque aura lu d’autres ouvrages dont les auteurs avaient pris les mêmes engagements que moi. Au reste, il sera facile d’ajouter des faits à chacune de mes catégories : ayant entrepris cet ouvrage, ainsi que d’autres encore, plutôt pour me rendre utile que pour me donner du relief, je regarderai toute addition comme une aide, et non comme une critique. Ceux qui accueilleront favorablement ce livre, voudront bien faire distinction entre les mots στρατηγηματικά et στρατηγήματα, quoiqu’ils expriment des choses de même nature : tous les actes que la prévoyance, la sagesse, la grandeur d’âme et la fermeté ont inspirés aux généraux seront appelés στρατηγηματικά ; et ceux qu’on entend par στρατηγήματα[2] ne sont qu’une espèce des premiers. Le mérite particulier de ceux-ci est dans la ruse et l’habileté, quand il s’agit d’éviter ou de surprendre l’ennemi. Comme, en guerre, certaines paroles ont produit aussi de mémorables effets, j’en ai cité des exemples, comme j’ai fait pour les actions.

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1. Quum ad instruendam rei militaris scientiam. Avant d’écrire ce recueil de stratagèmes, où tout est pratique, Frontin avait publié des ouvrages purement théoriques sur l’art militaire. Voyez la Notice sur Frontin, page 7.

2. Eique destinato. Cette locution, d’une latinité un peu équivoque, est remplacée dans quelques éditions par eique destinationi.

3. Nostra sedulitas. Oudendorp remarque avec raison, je crois, que Frontin et plusieurs écrivains de la décadence ont fait un usage trop fréquent de ces sortes d’expressions. Ainsi on trouve dans Quintilien (Instit. orat. proœmium) : « Quantum nostra valebit infirmitas ; » dans Valère-Maxime (Prol.) : « Mea parvitas eo justius ad favorem tuum decurrit ; » enfin dans Frontin (supra) : « Quantum nostra cura valuit, » et (de Aquæ ductibus, c. cxviii) « nostra sedulitas ad certam regulam redegit. »

4. In tres libros ea diducimus. Frontin avait d’abord publié son recueil en trois livres, qui sont ici les trois premiers. Voyez la Préface du livre iv.

5. Pacationem. Quelques éditions, entre autres celle de Valart, et la traduction de 1772, portent pugnationem, mot qui n’est pas latin.

6. Utraque lingua. Frontin avait fait une étude profonde de la tactique des Grecs et des Romains (Voyez la Notice, page 8) ; savait-il aussi bien l’histoire écrite dans les deux langues ? À la vue des nombreuses erreurs historiques et chronologiques dont son livre est parsemé, il est permis d’en douter, à moins que l’on ne donne tous les torts aux copistes.

7. Στρατηγηματικῶν et στρατηγημάτων perquam similem naturam discenere. Cette distinction a paru subtile au commentateur Schwebel ; cependant Frontin précise lui-même, deux lignes plus bas, le sens de chacun de ces mots, en indiquant leur valeur relative. Ce qu’il entend par στρατηγηματικά embrasse toutes les mesures de stratégie et de tactique ; et il applique le mot στρατηγήματα seulement aux ruses proprement dites, telles que les surprises, etc. Le premier exprime le genre, le second l’espèce. Toutefois, il est bon d’observer que la plupart des faits cités par l’auteur sont plutôt des ruses, des stratagèmes (στρατηγήματα), que des opérations de stratégie. Aussi n’avons-nous pas hésité, malgré la distinction plutôt prétentieuse que subtile de Frontin, à restreindre le sens de son expression στρατηγηματικά, en la traduisant simplement comme l’autre mot grec, par stratagèmes, tant dans le titre général de l’ouvrage, qu’au commencement de cette Préface.


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  1. Opérations de stratégie et de tactique, en général.
  2. Stratagèmes, ruses de guerre proprement dites.