Les Quarante Médaillons de l’Académie/20



XX


M. DE FALLOUX


Il contraste bien avec cet antique M. de Pongerville, la plus momie des momies académiques, liée de bandelettes, rongée de mites, qui ne dit mot et n’en pense pas davantage ; M. de Falloux n’est que trop vivant. C’est un des meneurs les plus intrigants de l’Académie. Il vaut, par l’influence et la parole infatigable, hélas ! le vieux triumvirat directeur et orateur : MM. Cousin, Guizot et Villemain, avec lesquels, lui, légitimiste, il concubine contre l’Empire ; mais il leur est supérieur par le ton. On sait que M. de Falloux, homme du temps où des cordonniers comme M. Albert gouvernaient la France de saint Louis et de Napoléon, dut son influence politique à une politesse qu’on ne connaissait plus dans les Assemblées, et qui parut charmante et nouvelle au milieu des grossièretés ambiantes… La politesse, devenue un peu rouée, de M. de Falloux (M. Veuillot l’appelle Fallax) fait encore sa force politique à l’Académie. C’est par la politique et la politesse qu’il y est arrivé… Ses titres littéraires étaient grands cependant. Il avait, en littérature, la nullité adorée… M. de Falloux a voulu toucher à ce ferme et majestueux sujet, — la Vie de saint Pie V, — et il a éventré là contre ses déclamations sans entrailles… Son Louis XVI est faux et vulgairement sentimental. Pour certaines gens, il semble que juger Louis XVI ce soit lui couper la tête encore… M. de Falloux, l’homme poli de l’Académie, et qui, pour cela, cependant, ne la rend pas plus agréable, est plus heureux ailleurs. C’est le meilleur éleveur de cochons qu’il y ait en France. Aux expositions, il a tous les prix.