Les Cruautés de l’Amour/La Batelière du fleuve Bleu

E. Dentu (p. 151-184).



LA BATELIÈRE DU FLEUVE BLEU


I


Dans ce temps, Nankin était encore la capitale de la Chine, la dynastie des Mings florissait. C’était pendant le règne de l’empereur Hoaï-Tsong.

La ville, qui avait sept lieues de tour, était enfermée dans de formidables remparts, si larges qu’il faisait toujours nuit noire sous les triples portes voûtées qui les perçaient de loin en loin. Ces portes étaient surmontées de châteaux-forts et de hautes tours dont les toitures aux bords relevés disparaissaient sous le frissonnement multicolore de banderolles et de drapeaux.

Sur les murailles veillaient des sentinelles ; près des portes, des soldats fièrement campés, appuyés sur leurs lances, questionnaient les arrivants.

L’enceinte de la ville contenait des montagnes, des lacs, des rivières ; les rues, larges et droites, bordées de palais superbes, étaient traversées de portes triomphales aux toits sculptés et retroussés. Au loin, on apercevait la haute tour de Li-cou-li, la merveille des merveilles. Cette tour, construite il y a deux mille sept cents ans par les ordres du roi A-You, n’avait d’abord que trois étages ; douze cents ans après sa fondation, l’empereur Kien-Ouan la répara et fit sceller dans les murs les reliques de Fo. Les Mongols la brûlèrent mille ans après, mais Yong-Lo la rebâtit, la dédia à l’impératrice-mère et l’appela la tour de la Reconnaissance : Li-cou-li. Elle s’élevait très-haut, ayant neuf galeries superposées ; ses murs, revêtus de porcelaine jaune, rouge et blanche, brillaient comme les ailes d’un faisan ; les neuf toits pavés de tuiles vertes ressemblaient à des émeraudes, et le vent faisait une charmante musique en agitant les mille clochettes suspendues à chaque étage ; sur les terrasses s’élevaient les grandes statues des dieux et des génies, et au sommet de la tour une sphère d’or scintillait comme un soleil.

Des jardins ombreux environnaient à cette époque la tour de Li-cou-li cachant de paisibles habitations aux toits très-larges, construites en bois de cèdre. Des palissades de bambou, percées de portes treillagées ne fermant qu’au loquet, entouraient ces frais jardins ; près de chaque porte étaient assis, sur un pilier de pierre, deux chiens chimériques ou deux dragons de bronze ou de bois vermoulu.

Un soir de la quatrième année de l’empereur Hoaï-Tsong, un peu avant le coucher du soleil, un jeune homme souleva le loquet d’une porte et sortit de l’un de ces jardins. Il vit la place déserte et marcha rapidement, suivant de près la palissade, sans prendre garde aux branches pendantes qui lui frôlaient le visage.

Ce jeune homme était de haute taille, bien fait de corps, beau de visage ; ses yeux noirs, très-longs, relevés vers les tempes, étaient pleins de fierté ; ses sourcils étaient fins et unis comme du velours ; sa bouche ressemblait à une fleur. Il était vêtu d’une robe de satin noir ramagée de fils d’or et serrée à la taille par une ceinture de soie bleue ; sa calotte aussi était bleue.

Il atteignit un autre enclos et s’arrêta.

On n’entendait aucun bruit, si ce n’est celui des oiseaux se chamaillant dans les arbres. Le couchant empourprait déjà le ciel. Le faîte de la tour Li-cou-li resplendissait.

Le jeune homme essaya de voir dans le jardin à travers les branches ; mais les feuillages formant un rideau épais, il ne vit rien. Alors il frappa ses mains l’une contre l’autre, faiblement d’abord, puis plus fort.

À ce signal, le taillis frissonna, et une jeune fille se montra, ne laissant voir que sa jolie tête, qui faisait une trouée dans le feuillage.

— C’est toi, Li-Tso-Pé ? dit-elle avec un sourire plein d’amour.

— Lon-Foo, dit Li-Tso-Pé rapidement, va près du tombeau de tes ancêtres, je t’y rejoindrai ; prends par la rue des Lions-de-Fer ; je prendrai un autre chemin.

— J’y cours ! dit Lon-Foo effrayée par l’air de tristesse empreint sur le visage de Li-Tso-Pé.

Le jeune homme s’éloigna d’un pas rapide et gagna le cimetière. Il y arriva bien avant la jeune fille et s’assit sur une tombe, au pied d’un cavalier de pierre.

De toutes parts, sur les tombes, on voyait des cavaliers semblables à celui auprès duquel Li-Tso-Pé s’était arrêté. Les quatre pieds des chevaux étaient fixés en terre et disparaissaient à demi sous les hautes herbes. Les guerriers étaient représentés en habits de combat, brandissant leurs lances. On voyait aussi de grandes avenues bordées de dromadaires, d’éléphants ou de lions de pierre se faisant vis-à-vis. Toutes ces statues se détachaient en noir sur le ciel rose et bleu pâle, et de grandes ombres obliques s’étendaient sur le sol.

Bientôt une forme svelte et gracieuse se glissa à travers la forêt formée par les jambes, massives ou grêles, des animaux de pierre, elle atteignit la tombe près de laquelle s’était assis Li-Tso-Pé et s’assit à côté de lui.

— Me voici, dit-elle, l’angoisse serre mon cœur, car j’ai vu que ton visage est triste.

— Écoute, Lon-Foo, dit Li-Tso-Pé, mes parents veulent me marier avec la fille d’un grand magistrat.

— Est-ce possible ? s’écria Lon-Foo en devenant pâle comme les pierres des tombes.

— Je ne veux pas me conformer aux usages qui permettent de prendre plusieurs femmes, continua Li-Tso-Pé ; je ne peux partager mon cœur ; il est à toi tout entier ; mais comment résister à ses parents ?

— Tuons-nous tous les deux auprès de cette tombe ? dit Lon-Foo.

— Non, enfant, dit Li-Tso-Pé, nous sommes trop jeunes pour mourir et notre amour est une source intarissable de joies à laquelle nous n’avons bu encore que quelques gorgées. Qui sait ce que la mort nous réserve ? Vois-tu, j’ai conçu un projet : je vais m’enfuir ce soir même de ce pays ; je resterai éloigné sans donner de mes nouvelles jusqu’au jour où celle qu’on me destine sera à un autre époux.

Lon-Foo ne répondit rien ; elle appuya sa tête sur l’épaule de son ami et pleura silencieusement.

— Hélas ! dit Li-Tso-Pé, cette séparation est un malheur, mais elle nous sauve d’un malheur plus grand. Il faut tâcher de raffermir notre cœur… Je vais donc te quitter, Lon-Foo, ajouta-t-il avec un grand soupir en mettant son front dans sa main. T’entrevoir un instant était ma joie, et je ne vais plus te voir. Chaque jour sera pour moi comme une année de souffrances.

Lon-Foo répondit par un sanglot.

— Te souviens-tu de notre première rencontre ? reprit le jeune homme ; tu étais montée sur un banc, près de la palissade de ton jardin, pour atteindre une branche d’hydrangée en fleur. Je passais sur la place de Li-cou-li. C’était l’automne. Mes pas ne faisaient aucun bruit sur les feuilles mouillées. Lorsque tu te retournas, j’étais tout près ; tu ne pus t’enfuir assez vite, je te vis. Je m’en allai troublé par un sentiment que je ne comprenais pas, mais qui m’absorba tout le reste de la journée.

— Je m’en souviens, dit Lon-Foo, je t’avais vu aussi, et toute la nuit je pensai à toi.

— Le lendemain, je revins, je vis le banc et à terre la branche d’hydrangée que tu avais laissé tomber en m’apercevant. Je passai mon bras à travers la palissade pour essayer de prendre cette branche, je ne pus y parvenir. Alors, j’enjambai la barrière et je sautai dans le jardin. C’est à ce moment que j’entendis un petit cri et que je m’enfuis plein d’épouvante. Quand je passai, le troisième jour, tu étais au milieu de l’allée. Nous échangeâmes un regard, puis un sourire, t’en souviens-tu ? et tu te cachas dans les branches.

— La vie commença ce jour-là, elle finit aujourd’hui, murmura Lon-Foo.

— Depuis, nous nous sommes vus tous les jours, sans souci de la neige ou du soleil, nous parlant par-dessus la barrière de bambou, à travers les branches, ne vivant que pour cet instant où nos mains s’entrelaçaient, où nos regards ne se quittaient pas, où nous échangions nos plus secrètes pensées. Voici que les feuilles tombent des arbres, c’est l’automne. Il y a un an que nous nous aimons.

— Laisse-moi mourir sur ton cœur après cette année de joie, je ne pourrai supporter ton absence. Que ferai-je demain, et les jours suivants ? Chaque feuille de mon jardin me rappellera le passé ; chaque pieu de la palissade sera un poignard pour mon cœur.

— Aimes-tu mieux me voir l’époux d’une autre femme, Lon-Foo ? Ne vois-tu pas ce que je souffre ? Je te quitte pour me garder à toi. Quelque temps de douleur, puis le bonheur de toute la vie.

— Qui sait si celui qui part reviendra jamais ? dit Lon-Foo en sanglotant ; qui sait si lorsqu’il reviendra celle qui reste sera là encore ?

— Que veux-tu que je fasse ? dit Li-Tso-Pé, gagné par les larmes ; parle, ma bien-aimée. Je resterai si tu l’ordonnes.

— Non, non, pars, dit Lon-Foo, le jour de tes noces serait le jour de ma mort. Va, je serai forte, et quoi qu’il arrive, je te le jure sur les mânes de mon père ici couché, rien ne pourra changer mon cœur.

— Au revoir donc, ma bien-aimée, dit Li-Tso-Pé ; le jour va disparaître, il faut rentrer. Jusqu’à l’heure de ma mort, sache-le, chaque battement de mon cœur comptera une pensée pour toi.

Les deux amants se jetèrent dans les bras l’un de l’autre et s’étreignirent violemment, puis ils se séparèrent et se rejoignirent encore pour s’embrasser de nouveau.

Lorsque la jeune fille repassa à travers le cimetière, un homme qui priait sur un tombeau magnifique la vit et sembla frappé de sa beauté. Il remarqua ses larmes et crut qu’elle pleurait un parent mort depuis peu. Arrivé hors du cimetière, cet homme fit signe de s’éloigner à une escorte qui l’attendait. Il n’avait pas perdu de vue la jeune fille qui, absorbée dans sa douleur, ne regardait rien. Il la suivit, et lorsqu’elle fut rentrée chez elle, l’homme écrivit sur ses tablettes : Place de la tour de Licou-li, la maison des dragons bleus.


II


Lon-Foo était orpheline. Sa mère était morte en la mettant au monde ; son père avait perdu la vie dans un combat glorieux. La jeune fille vivait seule avec sa vieille grand’mère et quelques serviteurs. Leur fortune était modeste, mais plus que suffisante pour leurs besoins. Lon-Foo avait dix-sept ans. Élevée par cette grand’mère pleine d’indulgence, elle jouissait d’une liberté plus grande que celle accordée d’ordinaire aux jeunes filles chinoises, elle brodait peu, préférant la lecture ou les jeux en plein air ; l’appartement intérieur où les femmes ont coutume de se tenir l’étouffait, et surtout depuis le jour où elle avait aperçu Li-Tso-Pé, elle passait son temps au jardin.

La nuit du départ de son bien-aimé, Lon-Foo ne dormit pas et pleura sans cesse. Aussi, le lendemain matin, lorsqu’elle se regarda dans son miroir d’acier poli, semblable au disque de la lune, elle vit qu’elle avait les yeux rouges et gonflés, et pour ne pas inquiéter sa grand’mère, elle voulut faire disparaître ces traces de larmes, et trempa à plusieurs reprises son joli visage dans l’eau fraîche.

Tandis qu’elle était ainsi occupée, un coup frappé sur le gong de la porte d’entrée la fit tressaillir.

— Qui donc vient de si grand matin ? dit-elle.

Et elle descendit précipitamment de sa chambre au rez-de-chaussée. Sa grand’mère était déjà sous l’auvent de la maison, et deux serviteurs couraient vers la porte du jardin ; mais lorsqu’ils l’eurent ouverte ils ne virent personne. Seulement, un coffre de laque était posé à terre ; les serviteurs le ramassèrent et l’apportèrent à leur maîtresse.

— Qu’est-ce que cela ? s’écria la grand’mère en levant les bras au ciel ; qui dit que ce coffret est pour nous ?

— Il y a une lettre sous le cordon de soie qui ferme le coffre, dit un serviteur.

Lon-Foo prit la lettre, écrite sur du papier rouge, et la déplia.

« À la belle Lon-Foo, quelqu’un de puissant offre ces objets sans valeur, » lut-elle à haute voix.

— Dieu Fo ! fit la grand’mère, quelqu’un de puissant ! comment peut-il te connaître ?

— Je ne sais, dit la jeune fille, c’est sans doute une plaisanterie, et le coffre est rempli de pierres.

— Voyons ! dit la vieille en ôtant le couvercle. »

Les deux femmes poussèrent en même temps un cri de stupeur : un merveilleux collier de perles de Tartarie était roulé en plusieurs cercles au fond de la boîte, comme un serpent au repos ; les perles étaient grosses comme des pois, toutes semblables et d’une pureté sans pareille. Certainement, il eût été impossible de trouver un collier comparable à celui-là dans tout l’empire. Le coffret contenait encore des épingles de tête garnies de rubis et une parure complète : bracelets, agrafes, étuis pour préserver les ongles, en jade vert travaillé à jour avec une perfection exquise.

— Que tout cela est beau ! s’écriait la vieille femme en frappant ses mains l’une contre l’autre. Depuis que j’existe je n’ai jamais rien vu d’aussi magnifique !

— D’où cela peut-il venir ? se disait Lon-Foo, vaguement effrayée ; ce n’est certainement pas Li-Tso-Pé qui m’envoie ce collier qu’une reine seule pourrait porter.

La journée se passa en conjectures, Lon-Foo finit par s’imaginer que des voleurs poursuivis avaient déposé le coffre devant la porte pour détourner les soupçons. Elle commença donc, avec l’aide de sa grand’mère, à composer une lettre où elle expliquait aux magistrats de la ville ce qui s’était passé. L’écrit n’était pas encore terminé que le gong retentit de nouveau, frappé avec violence, et en même temps une foule de pages, d’écuyers, de porteurs de lanternes, envahirent le jardin et se rangèrent en haie de chaque côté de l’allée.

Les deux femmes, stupéfaites, s’étaient avancées sous l’auvent de la maison. Elles virent venir un mandarin de premier rang en grand costume de cour, suivi de deux hommes, l’un portant le parasol d’honneur, l’autre un sceau de cristal sur un coussin de soie.

Le mandarin alla droit à la jeune fille et plia le genou devant elle.

— C’est bien toi que l’on nomme Lon-Foo ? demanda-t-il humblement.

— Oui… balbutia Lon-Foo toute tremblante.

— Eh bien, jeune fille plus heureuse que toutes les femmes du royaume, beauté privilégiée à laquelle je ne puis parler qu’à genoux, sache que celui dont tu as reçu ce matin les présents, celui qui m’envoie vers toi est l’homme devant qui tout ploie et tremble, le maître de notre vie à tous, l’empereur de la Chine !

— L’empereur ! s’écria la grand’mère en s’affaissant sur une chaise.

— Oui, le Fils-du-Ciel lui-même ! dit le mandarin ; il a vu Lon-Foo revenant du cimetière, il a conçu pour elle une passion violente qui ne lui laisse plus de repos ; il fait savoir à celle qu’il aime qu’il veut la prendre pour femme, et que demain un cortège magnifique viendra la chercher pour la conduire en grande pompe au palais impérial. J’espère, ajouta le haut fonctionnaire, que lorsqu’elle sera l’épouse favorite de notre maître, la belle Lon-Foo n’oubliera pas le messager qui lui a porté le premier la bonne nouvelle.

Et, après de nouvelles salutations, le mandarin s’éloigna sans que Lon-Foo, atterrée, eût prononcé une parole.

L’ahurissement joyeux de la grand’mère était si profond qu’elle ne remarqua pas la tristesse et l’épouvante de Lon-Foo. Elle envoya quérir toutes ses connaissances pour leur apprendre la merveilleuse nouvelle, et bientôt la maison fut pleine de monde. Lon-Foo se laissa complimenter sans paraître apercevoir ceux qui s’empressaient autour d’elle ; elle ne parlait pas et ne regardait pas. On crut que sa nouvelle position la rendait déjà fière et méprisante.

Lorsque, la nuit venue, Lon-Foo se fut retirée dans sa chambre, elle se laissa tomber sur une chaise et demeura longtemps immobile, le regard fixé sur le plancher. Tout à coup, elle se leva et sortit de la stupeur qui l’engourdissait.

— C’est à l’instant même qu’il faut agir, dit-elle. Je suis libre encore ; demain, dans ce palais, je serai prisonnière.

Elle entr’ouvrit la porte de la chambre dans laquelle couchait la grand’mère et écouta. Elle entendit une respiration forte et régulière : l’aïeule dormait. Elle s’avança sur le palier et écouta encore. Un silence profond régnait dans la maison. Les domestiques dormaient aussi.

Alors Lon-Foo rentra dans sa chambre, ouvrit quelques coffrets, prit ses économies de jeune fille, une toute petite somme, puis un paquet de fleurs fanées et de lettres, et jeta sur ses épaules une robe de couleur sombré. Elle éteignit la lumière et descendit l’escalier avec précaution. La porte de la maison était fermée intérieurement par une barre de fer que la jeune fille ne put déplacer ; mais elle ouvrit une fenêtre et sauta dans le jardin. La palissade de bambou ne fermait qu’au loquet. Lon-Foo ouvrit et referma la porte ; puis, à demi cachée par un des dragons recouverts d’émail bleu foncé qui flanquaient l’entrée, elle regarda une dernière fois la petite maison et le jardin.

— Ah ! mon cher Li-Tso-Pé, dit-elle en versant des larmes, je ne reverrai peut-être jamais ce coin de terre où j’ai été si heureuse, mais c’est le ciel qui nous a protégés en ordonnant ton départ ! Quels dangers s’amasseraient aujourd’hui sur la tête du rival de l’empereur !


III


Lon-Foo traversa avec assurance la place de Li-cou-li et s’enfonça dans une rue. Il faisait une nuit profonde ; le ciel était couvert ; aucune lumière ne brillait à aucune fenêtre. La jeune fille ne savait où elle allait ; elle marchait rapidement tâtant le mur de la main, trébuchant quelquefois, mais ne s’arrêtant jamais ; elle s’engagea bientôt dans un enchevêtrement de ruelles étroites qui ne dormaient pas encore ; on entendait des bruits de voix, des rires ; des filets de lumière filtraient sous les portes, les papiers huilés des fenêtres s’éclairaient vaguement. Lon-Foo, un peu effrayée, avançait avec hésitation. Cependant, elle se hasarda à regarder par une fissure à l’intérieur d’une de ces maisons sourdement bruyantes : elle vit des hommes ivres attablés avec des femmes méprisables. La jeune fille fit un bond en arrière, et s’enfuit plus vite. Tout à coup au tournant d’une rue elle vit briller les lanternes d’une ronde de police.

— Hélas ! s’écria-t-elle, prise par ces soldats, que deviendrai-je et comment expliquer ma présence dehors après la deuxième veille sonnée ?

Elle s’était adossée à une maisonnette obscure et crut entendre à l’intérieur une voix nasillarde qui semblait compter de l’argent, Lon-Foo heurta résolument à la porte, préférant tomber parmi une bande de voleurs qu’entre les mains des hommes de la police qui l’eussent ramenée chez elle.

On ouvrit : la jeune fille entra précipitamment et referma la porte.

— Que viens-tu faire ? s’écria une vieille femme assise sur un monceau de loques et de débris informes ; les femmes de mauvaise vie n’entrent pas chez nous. Je te disais bien de ne pas ouvrir, continua-t-elle en s’adressant à un homme âgé dont la figure hâlée et ratatinée ressemblait à une vieille pomme cuite et qui regardait Lon-Foo d’un air ahuri.

— J’ouvre quand on heurte, dit-il.

— Rassurez-vous, dit Lon-Foo, je suis de bonne famille ; j’ai quitté la maison paternelle pour fuir les mauvais traitements d’une belle-mère. Si j’ai frappé à votre porte, c’était pour éviter la ronde de police.

— Eh bien, attends qu’elle soit passée, dit la vieille avec l’indifférence de quelqu’un trop chargé d’ennui pour prendre intérêt aux malheurs des autres.

— Attends qu’elle soit passée, répéta le vieillard.

Puis tous deux se remirent à compter des pièces de cuivre, qu’ils remuaient à terre du bout des ongles, et ils ne firent plus la moindre attention à Lon-Foo.

La jeune fille regarda autour d’elle. Une lanterne ronde, en papier, aux trois quarts déchirée, posée à terre entre les deux vieillards, éclairait bizarrement la seule pièce dont se composait l’habitation. La terre formait le plancher, les tuiles de la toiture servaient de plafond. Il n’y avait pas de meubles, mais d’étranges monceaux de chiffons et de débris de toute sorte semblant servir de siéges et de tables ; sur l’un d’eux étaient posés quelques bols de porcelaine ébréchés. En levant les yeux vers la muraille, Lon-Foo ne put retenir un cri d’effroi, car elle crut voir une rangée de pendus que la lueur de la lanterne faisait tremblotter et sautiller. Elle voyait distinctement les pieds de quelques-uns chaussés de vieilles bottes de satin râpé, d’autres avaient la tête couverte de chapeaux rabattus jusqu’au menton. En regardant mieux, la jeune fille s’aperçut qu’il n’y avait pas de jambes dans ces bottes, ni de têtes sous ces chapeaux, et que les pendus étaient tout simplement de vieux costumes fanés, déteints et rapiécés, mais très-soigneusement disposés le long de la muraille. Lon-Foo sourit de sa surprise. Une enseigne dédorée, qu’on accrochait pendant le jour à la porte de la maison, lui apprit d’ailleurs que ses hôtes étaient marchands de vieux habits ; elle reporta les yeux sur les habitants de cette misérable demeure.

Ils remuaient toujours les pièces de cuivre.

— Tu auras beau les compter mille fois, dit enfin la femme, la somme n’augmentera pas.

— Il manque toujours le quart d’un liang, dit l’homme.

— Oui, et demain le propriétaire de cette maison nous mettra dehors et prendra nos marchandises.

— Il nous mettra dehors ! répéta l’homme d’un air consterné.

— Je vais compléter la somme, dit alors Lon-Foo en tirant une pièce d’argent de sa ceinture, à la condition que vous me laisserez passer la nuit ici et que vous échangerez contre mes vêtements de soie un costume de fille du peuple.

Les deux époux levèrent la tête vers Lon-Foo, dont ils avaient oublié la présence ; un sourire contracta la face jaune du vieillard, la femme secoua la tête.

— Tu te moques de nous, dit-elle.

— Nullement, dit Lon-Foo en jetant la pièce d’argent parmi les pièces de cuivre ; as-tu le costume qu’il me faut ?

— Tu es une bonne jeune fille, dit la vieille en se levant vivement, c’est le ciel qui t’a envoyée vers nous.

Elle alla décrocher plusieurs costumes et les montra à Lon-Foo ; celle-ci en choisit un à peu près propre, composé d’un large pantalon d’étoffe brune, d’une tunique de cotonnade bleue et d’un vaste chapeau de paille qui pouvait facilement dérober son visage ; puis la vieille éparpilla un paquet de chiffons dans un coin de la chambre et les recouvrit d’un lambeau de natte :

— Voici tout ce que je puis t’offrir pour te reposer, dit-elle à Lon-Foo.

La jeune fille s’étendit sur cette couchette rustique.

Bientôt la lumière fut éteinte, et l’on n’entendit plus dans l’obscurité que les ronflements sonores des deux vieillards.

Lon-Foo ne dormit pas. Dès la première lueur du matin, elle se leva, ôta ses vêtements de soie et endossa le costume de fille du peuple ; puis sans bruit, elle sortit de la maison.

Le faubourg était désert encore ; quelques chiens hâves, furetant dans les ruisseaux, peuplaient seuls les ruelles misérables. La jeune fille se hâta de quitter ce quartier sordide et gagna une large avenue qui descendait vers le fleuve. Bientôt le Fils aîné de l’Océan roula devant elle ses ondes d’azur.

Le ciel matinal jetait des reflets argentés sur le fleuve ; une brise presque insensible faisait courir un frisson à la surface de l’eau et déformait le mirage d’une pagode située sur la rive. Dans les joncs, des oiseaux aquatiques piaillaient et battaient des ailes ; des grues s’envolaient du faîte des arbres en poussant de longs cris, et à l’horizon les hautes montagnes se profilaient vaguement parmi les brumes lilas et roses de l’Orient.

Lon-Foo s’assit sur l’herbe, au bord du fleuve Bleu, et songea. Qu’allait-elle devenir seule, si jeune, ne connaissant rien de la vie ? Elle savait jouer au volant, cultiver des fleurs, élever des oiseaux rares, mais elle n’était apte à aucun travail manuel en rapport avec sa nouvelle condition.

Elle tira de sa manche sa petite bourse et la vida sur ses genoux. Quelques liangs d’or tintèrent gaiement. C’était quelque chose, mais bien peu s’il lui fallait vivre avec cette somme jusqu’à un changement de règne ; elle compta plusieurs fois ses liangs et sourit en se souvenant de ses hôtes de la veille comptant et recomptant leurs pièces de cuivre.

À ce moment, Lon-Foo entendit marcher près d’elle. Un homme s’avança jusqu’au bord du fleuve et hêla quelqu’un.

Un cri répondit à son appel et une barque glissant parmi les joncs vint aborder devant lui.

L’homme sauta dans la barque, qui s’éloigna du rivage et traversa le fleuve.

Lon-Foo la suivit des yeux. C’était une de ces embarcations que l’on nomme chan-pan, surmontée d’une petite cabine couverte d’une natte de bambou. Cabine qui sert de logis au batelier. Lon-Foo remarqua que celle qui dirigeait le bateau était une femme âgée.

— Elle est vêtue comme je le suis moi-même, se dit la jeune fille, je suis donc costumée en batelière. Voici, d’ailleurs, un métier qui me conviendrait beaucoup.

Après avoir déposé le passant sur l’autre rive, la barque revint près de Lon-Foo qui se leva et fit un signe à la batelière.

— Tu veux passer ? dit la vieille femme.

— Non, dit Lon-Foo, je veux te demander un renseignement : où pourrait-on acheter un bateau semblable au tien ?

— Tout neuf ?

— Neuf ou vieux, cela importe peu.

— Si j’en trouvais un bon prix, je céderais bien le mien je m’en irais vivre avec mes enfants, dit la batelière ; je me fais vieille et l’humidité ne me vaut rien.

— Vraiment, tu me vendrais ton bateau ! s’écria Lon-Foo joyeusement ; quel prix en veux-tu ?

— Trois liangs d’or, dit à tout hasard la vieille femme.

— Je vais te les donner, dit la jeune fille.

La batelière ouvrit des yeux démesurés, et lorsqu’elle vit briller les liangs elle les saisit vivement, sauta sur le rivage et, après plusieurs saluts, s’éloigna avec rapidité. Elle craignait que la jeune acheteuse ne se ravisât ; elle avait vendu son bateau à peu près le triple de ce qu’il valait.

— Tu trouveras dans la cabine quelques provisions et deux mesures de riz que je te laisse par-dessus le marché ! cria-t-elle de loin.

— Pourquoi s’enfuit-elle si vite ? se dit Lon-Foo ; j’aurais bien voulu lui demander quelques renseignements sur la façon de diriger le bateau.

À ce moment, un paysan arriva au bord de l’eau et sauta dans la barque.

— Allons, vite, dit-il, je suis pressé, passe-moi sur l’autre rive.

Lon-Foo, assez embarrassée, descendit dans le chan-pan avec de grandes précautions, puis elle s’assit et prit les rames ; mais elle s’en servit avec tant d’inexpérience, que le bateau oscilla, fit mille zigzags et avança fort peu.

— Perds-tu l’esprit ? s’écria le paysan avec colère, et veux-tu me faire chavirer ?

— Je suis mal éveillée encore, dit Lon-Foo.

Elle atteignit cependant l’autre bord du fleuve, et le paysan, après avoir violemment injurié la batelière, s’éloigna sans payer le prix du passage.

Lon-Foo, sous ces injures, eut envie de pleurer ; mais elle se remit bientôt.

— Bah ! dit-elle, si cet homme savait que je suis recherchée par l’empereur, il se traînerait à mes pieds le front dans la poussière.

Pendant tout le cours de la journée, la jeune batelière eut plus de peine encore à diriger son bateau à travers les embarcations de toute sorte qui sillonnaient le fleuve ; bien des fois elle faillit chavirer ; mais le soir elle savait aussi bien que personne conduire un chan-pan sur le fleuve Bleu.

Brisée de fatigue, elle dormit dans la rustique cabane en nattes de bambou, d’un sommeil qu’elle n’avait jamais goûté dans sa jolie chambre de jeune fille.


IV


Pendant ce temps, l’empereur Hoaï-Tsong, irrité de rencontrer des obstacles à l’accomplissement de ses désirs, était entré dans une violente colère ; il avait maltraité ses ministres et menacé plusieurs d’entre eux de leur faire trancher la tête si Lon-Foo n’était pas retrouvée dans un délai déterminé. Le palais et la ville étaient donc dans une agitation extraordinaire ; des récompenses furent promises à ceux qui donneraient des nouvelles de la jeune fugitive. Des courriers partirent vers toutes les provinces, et bientôt l’empire entier chercha la belle Lon-Foo aimée par l’empereur.

Le bruit de l’aventure arriva jusqu’aux oreilles de Li-Tso-Pé, qui était allé défendre les frontières menacées par les Mongols. Le jeune homme mordu au cœur par l’inquiétude et la jalousie, quitta aussitôt son poste et reprit la route de Nankin.

Cependant on était sur la trace de Lon-Foo ; ses vêtements avaient été retrouvés chez le marchand d’habits, qui avait donné la description du costume pris par elle. On apprit aussi qu’une vieille batelière du fleuve Bleu avait été subitement remplacée par une jeune fille d’une beauté extrême.

L’empereur fut donc informé que celle qu’il cherchait était sans doute cette jeune batelière dont personne ne connaissait l’origine.

Hoaï-Tsong voulut se convaincre par lui-même et sous un déguisement il se rendit au bord du fleuve, à l’endroit qu’on lui indiqua.

Au moment où l’empereur s’approcha du chan-pan, Lon-Foo, étendue à l’ombre de la cabine, chantait à demi-voix une chanson qu’elle avait composée en songeant à Li-Tso-Pé. L’empereur prêta l’oreille et entendit ceci :

« Depuis que tu m’as quittée, mon bien-aimé, je n’habite plus sur terre. Pendant le jour et pendant la nuit, l’eau limpide du fleuve Bleu me berce.

« Le souffle de l’automne a changé la verdure en or. Où donc est le temps où nous nous serrions la main à travers les branches, tandis que les feuilles jaunies tombaient légèrement ?

« Tous les trésors de l’empereur valent-ils la douceur de ton regard ? Toute sa puissance, qu’est-elle auprès d’une parole de ta bouche ?

« Où donc es-tu, mon bien-aimé ? Que fais-tu pendant que mes larmes, goutte à goutte, tombent dans le fleuve ? »

— Bien, dit l’empereur lorsque Lon-Foo eut cessé de chanter. Je sais maintenant pourquoi elle s’est enfuie et me dédaigne.

Il entra dans la barque et Lon-Foo se releva vivement.

L’empereur en la revoyant eut un battement de cœur profond et subit. Cette sensation presque douloureuse le combla de joie, car les émotions sont choses rares pour ceux qui ont la toute-puissance.

— Jeune fille, veux-tu me conduire sur l’autre rive ? dit-il.

— Certainement, seigneur, répondit Lon-Foo, n’est-ce pas mon métier de traverser le fleuve à toute heure ?

— Ce métier ne me semble cependant pas digne de toi, dit l’empereur.

— Il me convient beaucoup et je serais incapable d’en exercer aucun autre, dit Lon-Foo, en éloignant le bateau du rivage.

— Ces jolies mains blanches comme le jade ne sont pas faites pour serrer ces rames grossières. Ce ravissant visage doit craindre les morsures du soleil, continua Hoaï-Tsong. C’est à l’abri du palais impérial qu’il devrait s’épanouir ; c’est un sceptre d’or et de pierreries qui devrait charger cette main délicate.

En entendant ces paroles, Lon-Foo devint très-pâle et regarda avec épouvante l’homme assis en face d’elle.

— Tu te moques, seigneur, dit-elle d’une voix tremblante, une pauvre paysanne comme moi ! Je serais une tache d’encre sur du satin blanc.

— À quoi bon dissimuler plus longtemps, Lon-Foo ? dit tout à coup l’empereur. Pourquoi me fais-tu souffrir depuis deux mois ? Pourquoi te caches-tu quand je te cherche en bouleversant tout l’empire ?

— Dieu du ciel ! tu es l’empereur !… s’écria la jeune fille, qui lâcha les rames et joignit les mains.

— Pour tous, je suis l’empereur, dit Hoaï-Tsong ; pour toi, je suis seulement un homme qui t’aime.

— Aie pitié de moi, grand empereur ! s’écria Lon-Foo en se jetant à genoux.

— Quoi donc ! dit Hoaï-Tsong, est-ce ainsi que tu accueilles mon amour !

— Je ne suis pas digne de cet amour, dit la jeune fille, l’honneur que tu me fais m’écrase. Je t’en conjure, ne t’occupe plus de moi.

— J’ai entendu ta chanson tout à l’heure, dit l’empereur en fronçant le sourcil ; pour la première fois j’ai connu la jalousie. Ton bien-aimé est loin, disais-tu, il serait mort si je savais son nom : efface ce nom de ta mémoire et essuie tes larmes ; je vais te conduire dans mon palais et te placer parmi mes épouses. La résistance est inutile, je suis le maître et je t’aime.

— Hélas ! murmura Lon-Foo, je suis perdue !

L’empereur fit un signe et aussitôt les rivages se couvrirent de monde, une musique joyeuse éclata soudain, des jonques pavoisées, ouvrant comme une aile leur grande voile en natte de bambou, s’avancèrent de tous côtés, chargées de mandarins et de hauts fonctionnaires en costumes de cérémonie.

En se voyant la prisonnière de cette foule, soumise à l’empereur, Lon-Foo, désespérée, leva les yeux au ciel.

— Mon cher Li-Tso-Pé, s’écria-t-elle, Dieu veuille que nos âmes se rejoignent un jour, car dans ce monde nous ne nous reverrons plus !

Et d’un bond elle s’élança dans le fleuve.

L’empereur poussa un cri terrible.

Les jonques arrivèrent rapidement, plusieurs hommes se jetèrent à l’eau et plongèrent. Hoaï-Tsong ne quittait pas des yeux la place à laquelle Lon-Foo avait disparu.

— Là, cherchez là… disait-il.

Les plongeurs reparurent, puis plongèrent de nouveau.

Plusieurs minutes s’écoulèrent qui semblèrent des siècles aux assistants. L’empereur trépignait de rage et de douleur.

Ce ne fut qu’au bout d’une heure que l’on ramena la jeune fille à la surface de l’eau. Elle avait cessé de vivre.

Au moment où le cadavre de Lon-Foo était déposé sur le rivage, un guerrier tout armé arriva au grand galop de son cheval ; il mit pied à terre et se fit jour à travers la foule.

En apercevant Lon-Foo étendue sans vie sur la rive, il poussa un cri déchirant et se précipita sur le corps de la jeune fille.

— Ah ! ma bien-aimée, s’écria-t-il, tu as tenu ta parole, tu es morte pour me rester fidèle, et voici que tu es comme une fleur du printemps surprise par la gelée blanche : je n’aurais pu te sauver de l’amour d’un empereur, mais j’arrive assez tôt pour mourir avec toi ; ta main est tiède encore, ton âme attend son compagnon de voyage et voltige auprès de nous. Ne sois pas impatiente, ma douce Lon-Foo, me voici !

Un instant on vit briller un glaive, puis un ruisseau de sang coula sur le sol.

— Je ne demande qu’une grâce à l’empereur, qu’il me fasse ensevelir auprès de celle qui est morte pour moi ! dit Li-Tso-Pé en expirant.

L’empereur se tenait debout, les bras croisés, mordant ses lèvres, cachant sa colère et sa douleur à toute cette foule. Il regardait avec une haine jalouse le cadavre de ce beau jeune homme qui lui avait été préféré par la seule femme qu’il eût aimée.

— Faut-il accéder au désir du mort et faire enterrer les deux amants côte à côte ? demanda un mandarin.

— Non, je le défends ! dit l’empereur d’une voix brève.

Puis il s’éloigna et rentra dans son palais.

Peu de temps après cette aventure, les Mongols envahirent le territoire de la Chine. Hoaï-Tsong, détrôné, se tua. Ce fut le dernier souverain de la dynastie des Mings.

On peut voir encore, dans le vieux cimetière de Nankin, les sépultures de Lon-Foo et de Li-Tso-Pé. Chacune des deux tombes est ombragée par un magnifique acacia. Elles sont assez éloignées l’une de l’autre, mais les deux arbres ont étendu leurs branches qui se sont rejointes et entrelacées.



fin.