Le racisme hitlérien, machine de guerre contre la France

Les éditions de la clandestiné, Mouvement national contre le racisme.


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AVERTISSEMENT


Nous rééditons ici, sans rien y changer, une de nos publications clandestines parue en Décembre 1943. Nous sommes heureux de faire figurer cette fois le nom de l’auteur, l’écrivain bien connu Andrée Viollis, dont la grande voix courageuse prit dès le début notre parti.

M. N. C. R.
Octobre 1944.


Avant propos


Depuis 1940, la lecture des journaux et des revues officielles est une source de déception et de dégoût.

Des journalistes, dont le rôle est d’informer l’opinion publique, ont abdiqué toute conscience humaine.

Ils ont mis leur plume au service des ennemis du pays.

Ils ne sont plus que des perroquets à gages, répétant servilement ce que leur commandent les maîtres qu’ils se sont choisis.

Ils louent les assassins et injurient les victimes, ou tout simplement se taisent devant les crimes les plus infâmes.

Ainsi, des milliers d’êtres innocents ont été livrés aux Allemands en France et déportés parce que Juifs, et la presse vendue se tait.

Pourtant dans ce lourd et déshonorant silence, une voix vient s’élever, la voix généreuse d’un des meilleurs journalistes français.

Ce témoignage humain que nous reproduisons, nous apporte la preuve que des hommes et des femmes à qui leur talent promettait la première place ont refusé de la prostituer et ont sauvegardé l’honneur de la profession.

Ce sera leur grand mérite d’avoir dit anonymement, sans profit et malgré le danger, ce que d’autres ont tu lâchement, par bassesse d’âme ou par esprit de lucre.

MOUVEMENT NATIONAL CONTRE LE RACISME.




La bête nazie, de toute part traquée et qui sent approcher la mort, se fait chaque jour plus féroce. Jamais le racisme hitlérien ne commit tant de crimes.

Et quels crimes… De Pologne, de Haute-Silésie, apportés par des évadés ou des témoins épouvantés, nous parviennent des récits d’horreurs qui ne furent jamais surpassées. Même au lointain des âges de la barbarie, lorsque les vainqueurs écorchaient vifs leurs ennemis et les passaient au fil de l’épée. Car ces horreurs ne sont pas le fait de soudards enfiévrés par le combat, pendant la mise à sac d’une ville enlevée d’assaut, mais préméditées et perpétrées de sang-froid, avec un raffinement de cruauté scientifique et sadique.

Il faut choisir entre tant d’exemples ; voici l’un des plus monstrueux : c’était il y a quelques mois, après la révolte des Juifs du ghetto de VARSOVIE, qui, sachant qu’ils allaient être déportés en masse se défendirent en désespérés. Les Allemands y laissèrent près d’un millier des leurs. Un millier de surhommes tués par des parias… Vous devinez leur rage.

Les survivants furent emmenés dans un camp à une quinzaine de kilomètres au sud de Varsovie. Une voie ferrée était reliée à ce camp par un passage entre deux palissades. Le second matin, vers six heures, survenait un train de marchandises. Tirant ça et là des coups de fusil, à coups de poing, à coups de botte, à coups de matraque, les geôliers poussèrent les prisonniers qui, pris de panique, se bousculaient dans l’étroit couloir, et leur ordonnèrent de monter dans les wagons.

Des wagons ordinaires sur lesquels on lisait : six chevaux et trente-deux hommes. Le plancher était couvert d’une épaisse couche de chaux vive ; mais comment les malheureux auraient-ils pu le remarquer ? Ils furent bientôt une centaine, hommes, femmes, enfants, vieillards, si étroitement serrés et comprimés qu’à peine pouvaient-ils respirer. Une trentaine d’autres furent lancés par dessus leurs têtes. Puis le wagon fut fermé, cadenassé sur les cris, les gémissements, les supplications. À un autre…

Quand les six mille prisonniers eurent été entassés de cette façon dans les wagons, le train partit et s’arrêta à une quarantaine de kilomètres, en pleine campagne désertique. Des soldats en armes veillaient pour empêcher les évasions.

Or, la chaux vive, en contact avec l’humidité, dégage des vapeurs de chlore qui, lentement, asphyxient les victimes. Quand, quelques jours plus tard, on ouvrit les portes, face à de larges fosses qu’on venait de creuser, on ne trouva plus que des cadavres à l’affreuse puanteur dont les pieds et les jambes avaient été rongés jusqu’aux os par la chaux vive.

L’année précédente, toujours en Pologne, dans des trains remplis de juifs, on avait à plusieurs reprises fait passer des gaz asphyxiants. À Bialystok, on avait enfermé d’autres malheureux dans leurs synagogues et on les avait brûlés vifs.

Sans doute les bourreaux estimèrent-ils ces supplices trop doux ou trop rapides. Ils voulurent cette fois-ci tenter une expérience neuve et raffiner leur terrible plaisir.

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La mort lente des camps est elle moins cruelle ? Dans celui d’Auswchitz, par exemple, dont les nazis disent eux-mêmes cyniquement : « On y va pour crever », les tortures les plus ingénieuses se multiplient. Chaque jour des groupes de six cents esclaves, hommes et femmes de tous les âges, depuis quatorze jusqu’à soixante-dix ans, la tête uniformément rasée, vêtus de loques où sont cousues les cinq étoiles jaunes obligatoires, sont conduits sur le lieu du travail : mines à ciel ouvert, voies de chemin de fer ou routes à construire. Ils y peinent douze à quatorze heures sous les coups de matraque, sans autre nourriture qu’une soupe d’eau sale. Aucun malade n’est exempté de ce travail. Aussi chaque jour ramasse-t-on une quinzaine de pauvres corps, tombés d’épuisement ou assommés par les coups. Des garde-chiourmes offrent ironiquement la ration des morts à ceux qui se proposent pour les enterrer. Et moitié famine, moitié pitié et piété, il y a toujours des volontaires.

Or, dans ce camp ne se trouvent pas que des polonais, mais des juifs de tous pays, belges, russes hollandais, français. Beaucoup de français…

Des français qui, souvent depuis des générations vécurent dans notre pays, dans la « douce France », travaillèrent dans toutes les professions à sa fortune et à sa gloire, versèrent leur sang pour elle comme l’avaient fait leurs pères, tout cela sans jamais se douter eux-mêmes qu’ils fussent différents des autres français, leurs frères.

Et c’est sur cette même terre qu’ils sont pourchassés, traqués comme du gibier, parqués et transportés comme du bétail.

Parfois, à Nice par exemple, la chasse à l’homme a pris pour les bourreaux une allure de sport. Les soldats allemands cernaient les carrefours, fermaient les rues, tirant ou abattant ceux qui tentaient de s’échapper, raflant les autres. On les emmenait à la synagogue où, par une suprême insulte, la Gestapo avait installé son quartier général. Avec de grossières plaisanteries, on les déshabillait et on gardait les circoncis. Pendant cette opération, des « spécialistes » de la physionomie parcouraient lentement la ville et cueillaient les passants qui semblaient présenter les caractères du type juif ; une mitrailleuse sur le siège criblait de balles les récalcitrants. D’autres fois c’est la nuit, chez eux, qu’on les arrêtait. On faisait lever les vieillards, les malades, on enlevait les mères avec leurs nourrissons. D’autres femmes brutalement séparées de leurs enfants qui demeuraient seuls dans l’appartement vide.

Certains de ces enfants, avec la permission des autorités allemandes, avaient été recueillis dans divers centres d’accueil. Dernièrement, la Gestapo envahissait le centre de Marseille, enlevait les enfants, leur directeur, leurs professeurs, leurs infirmières, une centaine de personnes en tout, les faisait monter dans des camions qui s’ébranlaient vers une destination inconnue. On ne les a plus revus.

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Quant aux autres prisonniers, entassés dans des wagons cadenassés, c’est l’exode vers Drancy, l’antichambre de la déportation.

Là règnent en tyrans absolus, d’une cruauté sadique, trois chefs : BRUNNER, ROETHE et BRUCKNER, choisis sans doute pour s’être distingués à l’école du crime, et dont il ne faudra pas oublier les noms. Car à l’heure où la justice reviendra sur la terre, ils devront payer pour leurs crimes.

Commissaire de Police, gendarmes, caissier, économe, tout le personnel français fut congédié, avec interdiction de revenir au camp. La famine y est délibérément organisée ; les lettres et colis sont supprimés. Sous la menace ou même la torture, les geôliers exigent des prisonniers le nom et l’adresse des membres de leur famille encore en liberté, et ceux-ci sont aussitôt invités à rejoindre le camp « volontairement » afin, leur dit-on d’empêcher leur parent d’être fusillé.

Dans le dernier mois, cent cinquante de ces soi-disant « volontaires » furent ainsi internés, par le plus odieux des chantages. Chantage sur les directeurs des hôpitaux parisiens, asiles d’aliénés et hospices de vieillards, pour les obliger, sous prétexte d’ordres supérieurs, à livrer leurs malades juifs aux autorités allemandes. Or l’on connaît l’attitude des nazis envers les incurables et les aliénés de leur propre race.

C’est ainsi que le Hauptsturmführer et le bourreau BRUNNER, accompagné de ses aides, se présenta à l’hôpital Rotschild où il ordonna le transfert de 70 % des malades juifs qui y étaient hospitalisés, au camp de Drancy. Il y avait parmi ces derniers des cardiaques, de récents opérés, des diabétiques dans un état grave qui, on le sait ne peuvent vivre sans de quotidiennes injections d’insuline. Il y avait aussi des femmes qui venaient d’accoucher, avec leurs bébés.

Le même jour, le directeur d’un asile d’aliénés de Paris, ayant refusé de signer les certificats de sortie envoyés par la préfecture (car la préfecture ô honte… prête son aide aux bourreaux) les brutes nazies lui arrachaient de force ces infortunés malades.

La plupart de ces mourants, de ces vieillards, de ces fous, étaient déportés deux jours plus tard.

Si Drancy est l’antichambre de la déportation, la déportation est elle-même l’antichambre de la mort. Les grands trains clos s’acheminant vers l’Est, où les malheureuses victimes sont entassées à soixante ou soixante-dix par wagon à bestiaux, déposent à chaque arrêt leur contingent de cadavres.

Quant aux survivants, ne sont-ils pas également, comme nous l’avons vu plus haut, des condamnés à mort ?

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Voilà ce qui se passe actuellement en France, sur cette terre française de liberté où furent proclamés les droits de l’homme et l’égalité de tous les citoyens devant la loi, principes qui, nés dans notre pays, rayonnèrent ensuite sur le monde.

Odieuses persécutions qui, partout, ont révolté les consciences, et chez nous suscité les protestations indignées de tous ceux qui ont le droit de parler au nom de l’âme française, savants, cardinaux, archevêques, pasteurs.

« Nous pouvons étouffer le cri de notre conscience… s’écriaient dans une adresse au Maréchal, les cardinaux et archevêques de la zône occupée. C’est au nom de l’humanité et des principes chrétiens que notre voix s’élève en faveur des droits imprescriptibles de la personne humaine. C’est aussi un appel angoissé à la pitié pour ces immenses souffrances, pour celles surtout qui atteignent tant de mères et d’enfants ».

Et l’archevêque de Lyon, l’évêque de Montauban, l’archevêque de Toulouse, élèvent leur voix à leur tour : « Les juifs sont des hommes, ils sont nos frères, aucun chrétien ne peut l’oublier ».

« Les mesures anti-sémites actuelles sont un mépris de la dignité, une violation des droits les plus sacrés de la personne et de la famille. »

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Mais le racisme hitlérien n’est pas seulement un crime contre tous les sentiments de justice et d’humanité, il constitue en outre un attentat à la raison.

Il ne repose en effet, sur aucune base scientifique et les vrais savants le considèrent comme une absurdité. De quel droit les « Aryens blonds » se proclameraient-ils la race supérieure, au-dessus des races latines, slaves, indo-européennes, si ce n’est parce qu’ils imposent cette soi-disant supériorité par la force des armes ? Les Japonais n’affirment-ils pas avec le même orgueil, la même brutale volonté d’hégémonie : « Nous sommes les descendants des dieux, nous devons régner sur le monde » ?

Quant aux Juifs, de récentes recherches médicales ont établi notamment que si l’on étudie les « groupes sanguins », caractères constitutifs héréditaires et stables, on constate que les Juifs ont le même groupement moyen que la nation dont ils font partie (Français en France, Russe en Russie, Tartare en Crimée, plus Allemand à Berlin que celui des Berlinois, forcément teinté de slavisme, etc…).

Vérité plus évidente en France, où les Israélites français, surtout ceux de province, sont très souvent autochtones. Les apôtres du monothéisme judaïque étaient arrivés, de l’Orient et de Rome en Gaule, avant même les apôtres chrétiens. Ils obtinrent de larges conversions de paysans et même de « clarissimes-gallo-romains » et firent de nombreux prosélytes dans nos villes et villages.

Plus tard, vers le XIème et XIIème siècle, les Juifs français jouèrent un rôle important dans l’essor de notre culture. La première élégie en vers français est l’œuvre d’un rabbin juif de Troyes et parmi les fondateurs de l’illustre faculté de médecine de Montpellier, on comptait trois médecins Israélites. Partout d’ailleurs, la médecine était exercée par des Juifs, souvent avec éclat.

Les familles israélites, recensées au début du XIXème siècle par Napoléon 1er avaient la même origine que la plupart de leurs compatriotes, et à part leurs croyances religieuses qui en formaient une communauté distincte, ne différaient pas plus des autres Français qu’un Provençal d’un Flamand, ou un Normand d’un Basque.

Mais c’est à partir du jour où ils furent admis à porter les armes qu’ils se fondirent entièrement dans la nation. On les retrouve dans les armées de la Révolution et de l’Empire, dans les guerres du XIXème siècle, en 1870, ils donnent au pays non seulement des soldats, mais des officiers, généraux. Un général juif a son nom inscrit sur l’Arc de Triomphe. Quant à la guerre de 1914, ils la firent avec le plus bel élan patriotique et le pourcentage des israélites tués, blessés, aveugles est toujours, égal, sinon supérieur au pourcentage général. Ils n’en tirent aucun orgueil particulier. Ils sont français naturellement comme leurs compatriotes. Et à part quelques groupements anti-sémites qui depuis longtemps ne rencontraient aucun crédit et n’exerçaient guère d’influence, la question « juive » n’existait pas en France.

Il se trouvait parmi les français, des citoyens de religion ou d’origine israélite comme il y avait des protestants, des Polonais ou des Italiens naturalisés Français depuis des générations. Ils étaient libres de conscience et partageaient les mêmes droits que les autres Français. Ce sont les Allemands, ou plutôt les nazis qui ont introduit et imposé en France le racisme avec son cortège de crimes d’une sauvagerie sans précédent.

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Dans quel but ? Les savants allemands sont trop avertis pour voir dans le racisme autre chose qu’une erreur scientifique, un non-sens. Mais ils y ont trouvé un prétexte commode, un masque derrière lequel se dissimule la face avide et orgueilleuse de l’impérialisme nazi, sa volonté d’hégémonie sur toutes les nations d’Europe.

En ce qui concerne particulièrement la France, l’antisémitisme est la pièce maîtresse dans la machine de guerre destinée à consommer cette destruction matérielle et spirituelle de notre patrie qu’a toujours rêvée Hitler.

Et tout d’abord, destruction de son intelligence dont le despote allemand illettré est jaloux, comme il a la haine de tout ce qui est intellectuel. Avec la mise hors la loi et la déportation des Juifs, la France se trouve brutalement privée d’une élite de savants, de professeurs, de médecins, d’avocats, d’officiers, bref d’hommes de valeur qui, dans toutes les carrières, comptaient parmi les plus beaux fleurons de sa couronne spirituelle.

Et privée non seulement d’eux, mais de leurs fils qui allaient marcher sur leurs traces.

Destruction tout court, ensuite ? Depuis longtemps les nazis se réjouissaient déjà du fléau de la dépopulation qui, surtout depuis la grande guerre, accable notre pays : dans ces derniers temps, le nombre des cercueils dépasse chaque année d’environ 40.000 celui des berceaux. Depuis quatre ans surtout, avec les deux millions de prisonniers et d’ouvriers travaillant en Allemagne, tous jeunes hommes et sains, avec les ravages causés par la tuberculose et les maladies dues à la sous-alimentation, avec des centaines de milliers d’hommes enfermés dans les prisons et les camps de concentration, le fléau s’accroit à une terrifiante cadence. Et la déportation des Juifs, la cruelle dispersion de ces belles familles israélites, si nombreuses et si unies en est un des facteurs importants. Le racisme hitlérien est donc une des causes qui nous conduisent à l’abîme.

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Pourtant il y a pire : c’est l’âme française elle-même, avec tous les principes qui furent son traditionnel honneur, avec son idéal démocratique, que le nazisme entend détruire.

Il y a deux ans, au cours d’une conférence devant les grands chefs des S. S., le docteur WARNER BOST lui-même chef de groupe, déclarait cyniquement : « la question juive est la dynamite avec laquelle nous faisons sauter les retranchements où les derniers franc-tireurs libéraux se sont barricadés. Les peuples qui livrent leurs Juifs abandonnent en même temps leur faux idéal enjuivé de liberté. C’est alors seulement qu’ils peuvent être enrôlés dans le combat pour un nouveau monde ».

Hitler lui-même n’avait-il pas dit : « Dès l’instant où l’on fait pénétrer dans les cervelles le principe raciste en dévoilant les méfaits des Juifs, tout le reste suit très bien et très rapidement. Pas à pas on est alors conduit à la démolition du vieil ordre politique et économique et à se rapprocher des nouvelles idées de la politique biologique ». C’est-à-dire d’une politique qui, non seulement ignore, mais foule aux pieds la conscience, nie la justice, abolit la liberté, une politique de violence et de crime.

Ce plan diabolique est en train de se réaliser sous les yeux de la France enchaînée qui ne peut jusqu’ici que serrer les poings et les dents.

La main débile du sinistre vieillard de Vichy qui avait signé le honteux armistice, signait le non moins honteux statut des Juifs. Mettant hors la loi, sans raison, toute une classe de citoyens français, il ouvrait toute grande la porte à l’injustice et à la violence. Il permettait ainsi et justifiait par avance les crimes qui suivirent logiquement, fatalement, et dont il fut d’abord le témoin muet, puis le complice déshonoré.

Après les décrets contre les juifs, vinrent le lâche abandon de l’Alsace et de la Lorraine livrées pieds et poings liés à l’odieux ennemi, puis les décrets de déportation qui envoyaient, ou tout au moins se proposaient d’envoyer en Allemagne les meilleurs de nos ouvriers et toute notre jeunesse, et les persécutions contre tous ceux qui, chez nous, s’insurgèrent contre le joug allemand.

Car il ne s’agit pas seulement de juifs, mais d’une élite de patriotes de toutes les classes, de toutes les conditions, enfermés par centaines de mille dans les camps de concentration, dans les prisons qui débordent, affamés, torturés, fusillés. Chaque jour amène des arrestations ; chaque jour paraissent dans ces misérables feuilles qu’on appelle journaux, des communiqués signés de la Kommandantur, annonçant froidement que des franc-tireurs, des enfants de vingt ans, les meilleurs de nos fils ont été passés par les armes. Bien plus : sous le nom de terroristes, voici qu’on poursuit, qu’on traque et assassine les jeunes réfractaires qui, pour échapper à l’opprobre de donner leur effort à l’Allemagne, contre leur pays, contre leurs parents et leurs frères, se sont enfuis dans le maquis.

Et cette fois-ci, ce ne sont plus des Allemands qui se chargent de cette besogne infâme, se font les pourvoyeurs du poteau, mais des Français, si toutefois on peut encore leur donner ce nom : les 115.000 policiers que se vantait Darnand de commander, ce waffen S. S., qui a prêté serment de fidélité et d’obéissance à Adolphe Hitler, bourreau de la France et de l’Europe.

Oh ! Honte suprême, c’est ce traître qui tient en ce moment notre pays entre ses mains souillées du sang le plus pur ; c’est lui qui dispose souverainement de la vie de ses plus nobles citoyens ; c’est lui qui a osé donner le signal de la hideuse guerre civile.

Oui, par lâcheté du vieillard à sept étoiles qui, commençant par livrer la France, investit ensuite de sa confiance et laissa les mains libres à l’homme qu’il disait mépriser : l’abject Laval, celui qui osa déclarer : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne », par la complicité d’une poignée de valets vendus à l’ennemi, le sinistre plan des nazis semble pour l’instant réalisé : notre France bien-aimée, la France de Jeanne d’Arc, de Valmy, de Verdun est là, gisant pantelante dans la boue, parmi les débris de l’idéal démocratique qui fit sa noblesse et sa fierté. Telles sont les conséquences du racisme hitlérien.

Les nazis ont voulu tuer non seulement la France, mais son âme. Cette âme pourtant n’est pas morte. Elle ne peut pas mourir. Elle refleurira avec la libération de son sol. Le Général de Gaulle a solennellement promis qu’avec la Victoire et la Liberté renaîtrait l’Égalité des droits et des devoirs de tous les citoyens français devant la loi.

Déjà les lois anti-juives ont été abrogées en Afrique du Nord, en Italie. À peine les armées de la libération auront-elles brisé nos chaînes et chassé l’oppresseur que le racisme tombera de lui-même, comme un masque hideux, laissant apparaître le tendre visage pâli de la France de bonté, de générosité — de la France éternelle.

Décembre 1943.