Le fort et le château Saint-Louis (Québec)/05

Texte établi par Librairie Beauchemin, Limitée (p. 52-64).

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V


Armements de 1690. — Phipps devant Québec — Colin-Maillard au château. — Sommation et réponse. — Le fort en ruines. — Érection de nouvelles murailles, en 1693. — Une inscription. — Démolition du premier château Saint-Louis, en 1694.



La population de Québec et de la Nouvelle-France fut vivement alarmée, dans l’automne de 1690, en apprenant qu’une flotte de trente-quatre vaisseaux, partie des ports de la Nouvelle-Angleterre et commandée par l’amiral William Phipps, remontait le Saint-Laurent.

« On attendait des navires de France, dit Charlevoix, et il était à craindre que, ne se défiant de rien, ils ne vinssent se livrer entre les mains des Anglais. M. de Frontenac, qui pensait à tout, et avait conservé dans l’embarras d’une surprise, une présence d’esprit merveilleuse, dépêcha deux canots bien équipés par le petit canal de l’Île d’Orléans, avec ordre à ceux qu’il y fit embarquer, d’aller aussi loin qu’ils pourraient au-devant de ces navires, et de les avertir de ce qui se passait. Il fit aussi commencer en même temps une batterie de huit pièces de canon sur la hauteur qui est à côté du Fort, et elle fut achevée le lendemain. »

Trois ans plus tard, en 1693, on construisit au même endroit la redoute appelée redoute du Cap Diamant[1]. Ce fut l’origine de la citadelle de Québec, qui a la réputation d’être la place forte la plus importante de l’Amérique. Mais n’anticipons pas.

« Ainsi, continue Charlevoix, les fortifications commençaient au Palais, sur le bord de la petite rivière Saint-Charles, remontaient vers la haute-ville, qu’elles environnaient, et venaient finir à la montagne, vers le Cap aux Diamants. On avait ainsi continué, depuis le Palais, tout le long de la grève, une palissade jusqu’à la clôture du Séminaire, où elle était terminée par des roches inaccessibles qu’on appelle le Sault au Matelot, et là il y avait une batterie de trois pièces. Une seconde palissade, qu’on avait tirée au dessus de la première, aboutissait au même endroit, et devait, couvrir les fusiliers.

« La basse-ville avait deux batteries, chacune de trois pièces de dix-huit livres de balles, et elles occupaient les intervalles de celles qui étaient à la haute-ville. Les issues de la ville où il n’y avait point de portes étaient barricadées avec de bonnes poutres et des barriques pleines de terre en guise de gabions, et les dessus étaient garnis de pierriers. Le chemin tournant de la basse-ville à la haute était coupé par trois différents retranchements de barriques et de sacs pleins de terre, avec des manières de chevaux de frise. Dans la suite du siège, on fit une seconde batterie au Sault au Matelot, et une troisième à la porte qui conduit à la rivière Saint-Charles. Enfin on avait disposé quelques petites pièces de canon autour de la haute-ville, et particulièrement sur la butte d’un moulin qui servait de cavalier » [2].

Le seize octobre au matin, les trente-quatre vaisseaux de la flotte anglo-américaine jetèrent l’ancre dans la rade de Québec, et une chaloupe se détachant du vaisseau amiral le Six Friends, vint amener à la basse-ville un trompette chargé d’une dépêche pour le gouverneur-général. Quelques canots se rendirent à la rencontre de l’envoyé de Phipps, qui fut reçu avec politesse, mais que l’on pria de vouloir bien se laisser bander les yeux. Alors commença une comédie qui fut exécutée avec le sérieux le plus parfait. Quelques soldats, toujours les mêmes, battaient du tambour, criaient, appelaient, faisaient semblant d’être ahuris par la foule ; puis, courant un peu plus loin, recommençaient le même manège, et cela tout le long du chemin suivi par le trompette. Les sonneries de clairons, les roulements de tambours se répétaient si souvent que l’envoyé de Phipps dut croire que la ville était remplie de soldats. On se bousculait autour de lui, on le pressait, on le heurtait comme par accident pour lui faire croire qu’il était au milieu d’une grande multitude ; on enlevait et replaçait avec fracas les chevaux de frise qui se trouvaient sur son passage. Bref, on le conduisit au Château de la façon la plus pénible pour lui et la plus assourdissante. Les femmes ouvraient les fenêtres pour le voir passer, et disaient : « — Tiens, mais c’est Monsieur Colin-Maillard qui vient nous faire visite ! »

Rendu dans la grande salle du château Saint-Louis, il fut débarrassé de son bandeau, et se vit, à sa grande surprise, entouré de nombreux officiers aux brillants uniformes et à l’apparence joyeuse, que dominait du regard et du geste l’imposant comte de Frontenac.

La position du pauvre trompette n’était pas gaie. Cependant il s’acquitta courageusement, et non sans quelque dignité, de la tâche dont on l’avait chargé, bien qu’il dût comprendre alors tout ce qu’il y avait d’excessif dans la sommation dont il était le porteur.

Phipps, dans sa dépêche, accusait les Français de souffler la haine et la division en Amérique ; mais il ajoutait qu’afin d’éviter l’effusion du sang, il ne ferait aucun mal à la garnison de Québec, pourvu que les Français lui livrassent, en sa qualité de représentant du roi Guillaume et de la reine Marie, leurs forts et châteaux, sans les endommager, toutes leurs munitions, toutes leurs provisions, et qu’ils remissent aussi leurs personnes et leurs biens à sa disposition. « Ce que faisant, disait-il, comme chrétien, je vous pardonnerai, ainsi qu’il sera jugé à propos pour le service de Leurs Majestés et la sûreté de leurs sujets ( !!!). Ce que si vous refusez de faire, je suis venu pour venger, avec le secours de Dieu et par la force des armes, les torts et les injures que vous nous avez faits et vous soumettre à la Couronne d’Angleterre, et je vous préviens que vous regretterez de n’avoir pas accepté la faveur qu’on vous offre. Votre réponse positive dans une heure par votre trompette, avec le retour du mien, est ce que je vous demande au péril de ce qui pourrait s’en suivre. »

L’interprète ayant fini de traduire cette dépêche, l’envoyé tira sa montre, fit remarquer qu’il était dix heures et ajouta qu’il serait prêt à partir à onze heures avec la réponse qui lui serait donnée.

— « Je ne vous ferai pas attendre si longtemps, reprit Frontenac : dites à celui qui vous a envoyé que je ne connais pas le roi Guillaume ; que le prince d’Orange est un usurpateur qui a violé les droits les plus sacrés et cherché à détrôner son beau-père ; que je ne connais en Angleterre d’autre souverain que le roi Jacques, ami du roi de France… Et quand votre général m’offrirait des conditions un peu plus douces et que je serais d’humeur à les accepter, croit-il que tous ces braves officiers qui m’entourent me conseilleraient de me fier à la parole d’un homme qui n’a pas gardé les conditions de la capitulation de Port-Royal, d’un rebelle qui a manqué à la fidélité due à son légitime souverain ?… Ah ! la justice divine qu’il invoque ne manquera pas de punir ces félonies avec sévérité… »

Le vieux gouverneur s’arrêta un instant, et l’envoyé le pria aussitôt de vouloir bien lui remettre une réponse par écrit.

Frontenac reprit alors, avec des éclairs dans les yeux :

— « C’est par la bouche de mes canons et à coups de fusil que je répondrai à votre maître ; qu’il fasse du mieux qu’il pourra comme je ferai du mien : je veux lui apprendre que ce n’est pas de la sorte qu’on envoie sommer un homme comme moi. »

Le lecteur a encore présent à l’esprit cette belle page de nos annales où Frontenac joua un rôle si glorieux, et il connaît toutes les péripéties de cette victorieuse défense de Québec par la brillante phalange dont l’illustre vétéran était le chef : Sainte-Hélène, Maricourt, Lotbinière, Juchereau de Saint-Denis, Longueuil, Prévost, Ramezay, Callières avec les miliciens de Montréal ; Hertel avec les miliciens des Trois-Rivières ; Villieu, Cabanac, Duclos, D’Orvilliers, La Touche, Clermont, Beaumanoir, Subercase, Carré et les cultivateurs de Beauport, de la côte de Beaupré et de l’Île d’Orléans ; la garnison et les écoliers de Québec[3]. Ce qui est moins connu, c’est qu’au moment où le gouverneur du Canada répliquait à l’envoyé de Phipps : « Allez dire à votre maître que je lui répondrai par la bouche de mes canons, » il habitait une bicoque qui menaçait de crouler sur sa tête, et que tout le fort Saint- Louis était dans un état pitoyable.


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statue de frontenac
    (D’après Philippe Hébert)


Frontenac écrivait au ministre le 15 septembre 1692 :

« Les murailles (de l’enceinte du Fort) menacent ruine et sont sans défense, flancs ni parapets… Ce ne sera pas sans besoin qu’on construira un nouveau corps de logis, et je serai bien heureux de pouvoir attendre qu’il soit achevé sans être accablé sous les ruines de l’ancien, en étant à la veille toutes les fois qu’il fait quelque gros vent. »

Voici le texte complet de la partie de cette lettre du 15 septembre 1692 qui a trait aux fortifications de Québec :

Si les plans que je vous envoyais par le Saint-François vous avaient ôté rendus, vous auriez vu les ouvrages que nous avions faits à Québec, et je suis persuadé que vous en auriez été content, Ils sont à demeure et de durée parce qu’ils sont de massonne et qu’il ne faut pas les recommencer tous les jours comme les autres, qui ne sont que des pieux.

« Il me paraît que M. l’Intendant prend soin de tirer le meilleur marché qu’il peut des ouvrages, mais ils sont beaucoup plus cher en ce pays qu’ils ne sont en France, et il vous dira comme moi qu’il n’y a presque point d’habitans un peu accommodés qu’on pût engager à y contribuer sans une extrême violence, et que pour les petits on ne s’en peut servir qu’en les payant, ce qui peut diligenter, mais non pas diminuer le prix des ouvrages. Quelque application que j’y aie eue jusqu’ici, je la redoublerai encore puisque vous me l’ordonnez. »

« Le Sieur de Villebon, qui nous a été envoyé comme ingénieur, m’a témoigné souhaiter de passer en France pour vous rendre compte de ce qu’il a fait et de ce qu’il projette dans la suite, et j’y ai donné les mains, parce qu’instruisant M. de Vauban de la situation du terrain de cette ville, qui est fort difficile, il verra encore mieux que lui ce qu’il conviendrait faire pour ensuite vous le proposer ; et après que vous l’aurez réglé, nous y ferons travailler incessamment, à proportion des fonds qu’il vous plaira d’envoyer toutes les années. Cependant on emploiera ceux de celle-ci à fortifier l’enceinte du Château dont les murailles menacent ruine et sont sans défense, flancs ni parapets ; on pourra aussi, je crois, achever une plate-forme qui fermera toute la basse-ville et flanquera celle que nous fîmes l’année dernière. »

« Ces deux ouvrages m’ont paru les plus nécessaires puisqu’il est bon qu’il y ait ici un réduit dans lequel un gouverneur et les plus considérables puissent se retirer dans une extrémité, et être à couvert d’une insulte, et que l’autre achève presque toute la fortification de la basse-ville. »

« Pour la réparation du logement du Gouverneur, j’essaierai de régler les choses de sorte qu’elles ne dépassent pas les 12 000 livres que vous y avez destinées ; ce ne sera pas sans besoin qu’on construira un nouveau corps de logis, et je serai bien heureux de pouvoir attendre qu’il soit achevé sans être accablé sous les ruines de l’ancien, en étant à la veille toutes les fois qu’il fait quelque gros vent. »

« On m’a mandé que les 50 millions d’ardoises que, par mes mémoires de l’année dernière, j’avais demandés pour la couverture, étaient à la Rochelle, et qu’on ne les avait pas envoyés parce qu’on n’avait pu trouver place dans les vaisseaux qui étaient chargés pour le Roi. Je vous supplie de vouloir bien donner ordre qu’on n’y manque pas l’année prochaine, et je vous réitère les prières que je vous faisais pour obtenir un état-major dans la compagnie de mes gardes comme en ont tous les gouverneurs de province, un aumônier pour la garnison du Château de Québec, qui m’en servirait dans tous mes voyages, et qui serait plus nécessaire que celui qu’on a établi pour le Conseil souverain, et des appointements pour mon secrétaire avec une gratification pour le passé. Celui de l’Intendant a des appointements depuis 6 années, qui n’a pas assurément plus d’affaires que le mien. »

En 1693, Frontenac fit démolir les murs édifiés par Montmagny, et les fit remplacer par des murailles de 16 pieds de hauteur, de forme plus régulière que les anciennes et embrassant un espace de terrain plus considérable. Le gouverneur appréhendait une nouvelle visite des Anglais et voulait faire du fort Saint-Louis une véritable citadelle où l’on pût au besoin s’enfermer pour y soutenir un siège.

Frontenac, qui avait des reflets du Roi Soleil et gardait sur le rocher de Québec une attitude digne de Versailles, fit placer dans un des angles de la nouvelle muraille, entre deux fortes pierres monumentales, à peu près à l’endroit où s’élève aujourd’hui le « donjon » ou tour principale de l’hôtel Château-Frontenac, une plaque en cuivre qui a été trouvée par des ouvriers, en 1854, et sur laquelle était gravée une inscription.

Nous transcrivons ici cette inscription ainsi qu’un article du Canadien du 1er septembre 1854 qui en signalait la découverte.

« Découverte archéologique. »

« Les travaux en activité pour la prolongation de la terrasse Durham, sur le site de l’ancien château et fort Saint-Louis, ont fait découvrir dernièrement une intéressante relique archéologique. En démolissant le vieux mur qui séparait l’enceinte du fort d’avec le jardin qui en dépendait, on a trouvé, dans un des angles de ce mur, deux fortes pierres monumentales, renfermant une plaque de cuivre sur laquelle était gravée une inscription latine que nous reproduisons avec sa traduction : »

D. O. M.

Anno reparatæ salutis,
millesimo sexcentesimo nonagesimo tertio
Régnante Augustissimo, Invictissimo et
Christianissimo Galliæ Rege

LUDOVICO MAGNO xiii,
Excellentissimus æ Illustrissimus Dnaus.
Dnus.

Ludovicus de Buade,
Comes de Frontenac, totius Novæ Francle
semel & iterum Prorex.
Ab ipsomet, triennio ante, rebellibus Novæ
Angliæ incolis, hanc civitatem Quebecensem,
obsidentibus, pulsis, fusis, ac penitus devictis,
Et iterum hocce supradicto anno obsidionem
minitantibus,
Hanc arcem cum adjectis munimentis
in totius patria tutelam populi salutem
necnon in perfidæ, tum Deo, tum suo Régi
legitimo, gentis iterandam confusionem
sumptibus legiis dificari
Curavit,
Ac primarium hunc lapidem
posuit.

Joannes Soullard   
sculpsit.

(L’an du salut mil six cent quatre-vingt-treize, sous le règne du très-auguste, très-invincible et très-chrétien roi de France, Louis-le-Grand, 14e du nom, le très-excellent Louis de Buade, comte de Frontenac, pour la seconde fois gouverneur de toute la Nouvelle-France, les habitants rebelles de la Nouvelle-Angleterre, trois ans auparavant, ayant été repoussés, mis en déroute et complètement vaincus par lui, lorsqu’ils assiégeaient cette ville de Québec, menaçant de renouveler le siège cette même année, a fait construire, aux frais du Roi, cette citadelle avec les fortifications qui y sont jointes, pour la défense de toute la patrie, pour le salut du peuple et pour confondre de nouveau cette nation perfide et envers son Dieu et envers son Roi légitime. Et il a placé cette première pierre.)

« Les excavations pour les becs de gaz que l’on va établir sur la Place d’Armes, ont aussi amené la découverte d’un squelette humain, dont plusieurs ossements se trouvaient assez bien conservés. On a d’abord supposé que ces débris provenaient de quelque cimetière dépendant de l’ancien couvent des Récollets, dont l’église existait autrefois dans les environs immédiats de cette place ; mais il n’en est rien. Ces religieux enterraient les défunts de leur ordre dans l’intérieur de leur église. On croit plutôt que le lieu où l’on a trouvé ces ossements servait de cimetière à un petit fort ou amas de cabanes de sauvages hurons qui s’étaient établis sur la Place d’Armes, où, sous la protection des canons du fort Saint-Louis, ils se trouvaient à l’abri des attaques de leurs redoutables ennemis les Iroquois. »

Un contre-ordre était venu de France relativement aux travaux de l’enceinte du fort, mais trop tard, heureusement, comme on peut le voir par l’extrait suivant d’une


(1693)
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Extrait d’un « Plan de la ville de Québec, capitale de la Nouvelle-France, levé au mois de septembre 1693. » « N. La maison du gouverneur, avec sa galerie ou terrasse devant. — O. Frisches. — 10. Batterie de huit pièces montées. — 11. Autre de neuf. — Le bastiment dans la gorge du bastion est la poudrière ».


lettre adressée par MM. de Frontenac et de Champigny au ministre, le 4 novembre 1693 :

« Pour l’enceinte du fort, elle avait été commencée (par l’ordre de M. de Frontenac) dès l’automne dernier, ayant jugé que c’était l’endroit où l’on devait plutôt employer les fonds ordinaires destinés pour les fortifications, non seulement pour mettre en sûreté le magasin des poudres qui était en dehors de la dite enceinte et fort exposé, mais encore parce que toutes les murailles tombaient en ruines, et qu’il n’y avait aucun endroit dans la ville où la personne du gouverneur et celles des plus considérables eussent pu se retirer si elle avait été attaquée ; de sorte que les avis que nous avons reçus ensuite du dessein des Anglais, bien loin d’avoir fait discontinuer l’ouvrage, l’ont obligé à presser davantage, et il était presque achevé lorsque Sa Majesté nous a mandé que nous n’embrassions pas de pareilles dépenses. Elles n’approchent pas de celles que le Sieur de Villeneuve proposait, puisque ce n’est qu’une simple muraille de pierre de 16 pieds de haut et de l’épaisseur convenable, derrière laquelle on fera avec le temps de simples échafauds sans terre-pleins pour tirer par dessus à barbette. »

« Cette dépense ne va qu’à 13 639 livres, qui n’est qu’une partie de ce qui était destiné tous les ans pour les fortifications et qui ne pouvait pas être mieux employé. »

À force d’instances, Frontenac obtint du roi de France les fonds nécessaires pour commencer la reconstruction du château Saint-Louis. Le vieil édifice fut démoli jusqu’aux fondements en 1694, et l’on commença aussitôt, sur les anciennes bases, la construction d’un vaste bâtiment à deux étages, avec deux avant-corps faisant légèrement saillie du côté du fleuve, et trois avant-corps (aux angles et au centre) donnant sur la cour intérieure. Le vieux gouverneur dirigea lui-même les travaux, avec sa fermeté ordinaire, et il eut la satisfaction de voir l’édifice qui lui tenait tant au cœur à peu près achevé avant d’y finir ses jours, le 28 novembre 1698.


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  1. Dans son rapport du 4 novembre 1693, M. de Champigny s’exprime ainsi : « Je n’entreray pas dans les fortifications qu’on y a faictes (à Québec). On en verra les plans et mémoires ; et je me contenteray de dire qu’on y employa le plus d’hommes et le moins de dépense qu’on pust. Elles se sont trouvées telles, par bonheur, que la cour avoit jugé à propos de les faire, soit par les terres dont nous nous sommes renfermez, ou le poste advantageux du Cap au Diamant que nous avons occupé par une bonne redoute et mis dans l’enceinte de la ville, regagnant de ce côté-là le terrain que nous avions perdu d’un aultre pour tascher à la rendre plus régulière qu’il se pourroit. »
  2. Cette butte est encore très visible. Elle forme un enclos à part, au haut de la rue Mont-Carmel, et a gardé son caractère militaire. On y voit deux petits canons. — E. G.
  3. À l’occasion de cette brillante défense de Québec, il y eut de grandes réjouissances à Paris et à Versailles. Le roi Louis XIV fit frapper, à 16 exemplaires, une médaille portant l’inscription : Francia in Nove orbe VictoriæKebeca liberata. A. D. MDCXC. La Kebeca liberata est une des pièces numismatiques les plus remarquables qui aient été frappées à Paris. On y voit figurer pour la première fois le castor comme emblème du Canada, M. de Puibusque a fait couler à 200 exemplaires une reproduction de cette rarissime médaille. Ce fac simile est assez réussi.