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Le Vote des femmes/L’universalisation du suffrage

V. Giard & E. Brière (p. 216-218).


L’UNIVERSALISATION DU SUFFRAGE


En notre société en travail de transformation, qui n’a pas voix au chapitre, en ayant droit au vote, sera sacrifié demain et manque aujourd’hui.


Les femmes riches seraient privées de leur fortune et les femmes pauvres resteraient dans le besoin, si la propriété individuelle était socialisée avant que le sexe féminin soit électeur et éligible, car, les femmes dépouillées de ce qu’elles possèdent ne récupéreraient point dans la société nouvelle ce qui leur aurait été pris ; attendu, que les fonctions, les emplois, le bon travail, appartiendraient aux seuls électeurs. Les femmes restant deshéritées des droits politiques, risquent donc d’être demain plus malheureuses encore, qu’elles ne sont aujourd’hui.

Pour que la transformation sociale s’accomplisse au profit de toute l’humanité, il est indispensable que hommes et femmes aient le droit de participer à cette transformation et d’en bénéficier.

C’est seulement l’égalité dans la société d’aujourd’hui qui garantira aux femmes d’être traitées en équivalentes des hommes dans la société de demain.

On voit qu’il est important de se hâter de mettre en pratique, l’égalité politique des deux sexes qui est écrite dans la loi.

La loi sur l’électorat dit, en effet : – sont électeurs tous les Français âgés de 21 ans…

Ces mots « les Français » qui comprennent les hommes et les femmes comme contribuables, lorsqu’il s’agit de payer les impôts, comprennent certainement aussi les hommes et les femmes comme électeurs, lorsqu’il s’agit d’exercer l’électorat.

Une louable équité a fait élargir l’interprétation du texte législatif de la loi sur le jury et admettre les ouvriers à juger les criminels. Pourquoi cette équité ne ferait-elle pas pareillement élargir l’interprétation de la loi électorale et admettre les femmes à voter ?

Il vaut mieux avouer avoir mal interprété une loi, que de laisser la législation de la République, exclure en bloc de la politique, les femmes que les chartes royales d’avant 1789 admettaient partiellement à y participer.

En arrivant sur la scène politique, les femmes enrayeront le gaspillage des fonds publics ; donc, faciliteront de faire les réformes demandées.

Quand les femmes qui ont dans l’État les mêmes intérêts que les hommes, seront comme ceux-ci, armées des droits nécessaires, pour se protéger, pour se défendre, pour ascensionner ; la France, en possession de l’intégralité de sa force cérébrale, prendra dans le monde un rôle prépondérant.

L’universalisation du suffrage aux femmes, décuplera la puissance de la nation, accélérera l’évolution sociale, intensifiera la sollicitude de la collectivité à l’égard de l’individu ; et, fera s’ouvrir pour les humains une ère de bonheur


HUBERTINE AUCLERT.