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Pourquoy les nouveaulx mariez estoient exemptz d’aller en guerre.

Chapitre VI.



Mais (demanda Panurge) en quelle loy estoit ce constitué & estably, que ceulx qui vigne nouvelle planteroient : ceulx qui logis neuf bastiroient : & les nouveaulx mariz seroient exemptz d’aller en guerre pour la première année ? En la loy (respondit Pantagruel) de Moses. Pour quoy (demanda Panurge) les nouveaulx mariez ? Des planteurs de vigne, ie suis trop vieulx pour me soucier : ie acquiesce on soucy des vendangeurs : & les beaulx bastisseurs nouveaux de pierres mortes ne sont escriptz en mon livre de vie. Ie ne bastis que pierres vives, ce sont hommes. Scelon mon iugement (respondit Pantagruel) c’estoit, affin que pour la première année, ilz iouissent de leurs amour à plaisir, vacassent à production de lignage, & feissent provision de heritiers. Ainsi pour le moins, si l’année seconde estoient en guerre occis, leur nom & armes restat en leurs enfans. Aussi que leurs femmes on congneust certainement estre brehaignes ou fecondes (car l’essay d’un an leur sembloit suffisant, attendu la maturité de l’aage en laquelle ilz faisoient nopces) pour mieulx après le decès des mariz premiers les colloquer en secondes nopces : les fecondes, à ceulx qui vouldroient multiplier en enfans : les brehaignes, à ceulx qui n’en appeteroient : & les prendroient pour leurs vertus, sçavoir, bonnes graces, seulement en consolation domesticque, & entretenement de mesnaige. Les prescheurs de Varenes (dist Panurge) detestent les secondes nopces, comme folles & deshonnestes. Elles sont (respondist Pantagruel) leurs fortes fiebvres quartaines. Voire (dist Panurge) & à frère Enguainnant aussi, qui en plain sermon preschant à Parillé, & detestant les nopces secondes, iuroit, & se donoit au pluis viste Diable d’enfer, en cas que mieulx n’aymast depuceller cent filles, que biscoter une vefve. Ie trouve vostre raison bone & bien fondée. Mais que diriez vous, si ceste exemption leurs estoit oultroyée, pour raison que tout le decours d’icelle prime année, ilz auroient tant taloché leurs amours de nouveau possedez (comme c’est l’æquité & debvoir) & tant esgoutté leurs vases spermaticques, qu’ilz en restoient tous effilez, tous evirez, tous enervez, & flatriz. Si que advenent le iour de bataille plus tost se mettroient au plongeon comme canes, avecques le baguaige, que avecques les combatans & vaillans champions on lieu on quel par Enyo est meu le hourd, & sont les coups departiz. Et soubs l’estandart de Mars ne frapperoient coup qui vaille. Car les grands coups auroient ruez soubs les courtines de Venus s’amie. Qu’ainsi soit nous voyons encores maintenant entre autres reliques & monumens d’antiquité, qu’en toutes bonnes maisons après ne sçay quantz iours l’on envoye ces nouveaux mariez veoir leur oncle : pour les absenter de leurs femmes, & ce pendent soy reposer, & de rechief se avitailler pour mieux au retour combatre : quoy que souvent ilz n’ayent ne oncle ne tante. En pareille forme que le roy Petault après la iournée des Cornabons, ne nous cassa proprement parlant, ie diz moy & Courcaillet, mais nous envoya refraischir en nos maisons. Il est encores cherchant la sienne. La marraine de mon grand père me disoit, quand i’estois petit, que

Patenostres & oraisons,
Sont pour ceulx là qui les retiennent
Un fiffre allans en fenaisons
Est plus fort que deux qui en viennent.

Ce que me induict en ceste opinion, est que les planteurs de vigne, à poine mangeoient raisins, ou beuvoient vin de leur labeur durant la première année : & les bastisseurs pour l’an premier, ne habitoient en leurs logiz de nouveau faictz, sur poine de y mourir : suffocquez par deffault de expiration, comme doctement a noté Galen. lib. 2. de la difficulté de respirer. Ie ne l’ay demandé sans cause bien causée : ne sans raison bien resonnante. Ne vous desplaise.