Le Poème de la Sibérie/16

Le Poème de la Sibérie
Revue Moderne52 (p. 264).
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XVI

MORT D’ANHELLI


Et Anhelli, s’étant levé, cria d’une voix triste : — Voici donc la fin !

Qu’ai-je fait sur la terre ? Était-ce un songe ?

Et tandis qu’il réfléchissait sur les mystères de l’avenir, le ciel s’empourpra, le soleil apparut dans toute sa majesté, puis il s’arrêta à l’horizon et cessa de monter : il était rouge comme un incendie.

Les oiseaux du ciel et les mouettes blanches profitèrent du jour qui restait, pour fuir, ainsi que Dieu leur a enseigné de le faire devant l’obscurité, et ils s’envolaient par bandes nombreuses en gémissant.

Anhelli les suivit des yeux et s’écria : — Où vous envolez-vous, ô mouettes ?

Et il lui sembla qu’au milieu du gémissement des oiseaux s’élevait une voix qui répondait : — Nous volons vers ta patrie.

Veux-tu que nous allions saluer quelqu’un de ta part ?

Veux-tu que nous allions nous poser sur quelque maison amie pour y chanter dans la nuit l’hymne du malheur,

Afin que ta mère où quelqu’un des tiens se réveille et de douleur se mette à pleurer dans l’obscurité,

En songeant au fils qu’à dévoré la terre des tombeaux et au frère qu’a englouti le malheur ?

Telle était la réponse des oiseaux : le cœur d’Anhelli se brisa et il tomba.

Et le soleil disparut sous la terre, et, seuls encore, les oiseaux les plus élevés brillaient dans le ciel bleu comme une guirlande de roses blanches volant vers le midi.

Anhelli était mort.