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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsIII. 1876 (p. 310-311).


LES PETITS CHEVEUX


Par ma lèvre et mes doigts ardemment désirés,
O tout petits cheveux échappés et rebelles
Ébauchant sur son front des boucles naturelles
Qu’au flexible persil un Grec eût comparés !

Debout à son miroir, de sa main si légère
Elle prenait plaisir à vous friser encor,
Et moi je contemplais le riche et noir trésor,
Cheveux dont les parfums sont perdus pour la terre !


Elle se croyait seule… Oh ! quand ses yeux distraits
Rencontrèrent les miens où brillait un sourire,
Bien que la femme en elle aime un peu qu’on l’admire,
Le remords prévoyant se peignit sur ses traits.

Une noble pudeur d’avoir été surprise
Dans ce geste innocent de toucher ses cheveux
Assombrit son front clair, attrista ses grands yeux…
Elle resta debout, un moment indécise.

Dans le corsage noir sans doute aura frémi
Son beau sein sous lequel un cœur chaste repose ;
Elle songeait qu’il faut si peu pour que l’on ose…
Qu’elle s’était livrée à son pire ennemi.

Oui, vous aviez raison, fille prudente et sage,
De n’être pas crédule aux chercheurs d’Idéal,
Puisque, m’avilissant par un acte banal,
Je pus justifier un si triste présage ;

Mais, ô clémence après l’étonnement premier,
Et lâcheté de l’homme et gloire de la femme,
Quand, plus tard, de vos yeux j’ai vu venir votre âme,
Colombe m’apportant le rameau d’olivier !