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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsIII. 1876 (p. 385-386).



VI

LE RÉVEIL


Comme une vierge au front vermeil
Dans le jardin des cieux venue,
L’Aube, ayant vaincu le sommeil,
Cueille les fruits d’or de la nue.

Dans l’azur, immense verger
Des constellations fécondes,
Elle passe d’un pas léger,
Laissant flotter ses tresses blondes.


Et les étoiles, tour à tour,
Aux plis de sa robe jetées,
Tombent, célestes fruits d’amour
Dont nos âmes étaient tentées.

Déjà le dernier astre a lui,
Sa main partout s’étant posée :
Un peu de mon sang, avec lui,
Reste aux doigts de l’Aube rosée.

La dernière goutte de sang
Que me laissaient les maux sans trêves,
Une main t’a prise, en passant,
Au verger profond de mes rêves !