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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsIII. 1876 (p. 190).



AR-MOR


Pour me conduire au Raz, j’avais pris à Kerhor
Un berger chevelu comme un ancien Evhage ;
Et nous foulions, humant son arome sauvage,
L’âpre terre kymrique où croît le genêt d’or.

Le couchant rougissait et nous marchions encor,
Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ;
Et l’homme, par delà le morne paysage,
Étendant son long bras, me dit : Senèz ar-mor !

Et je vis, me dressant sur la bruyère rose,
L’Océan qui, splendide et monstrueux, arrose
Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir.

Et mon cœur savoura devant l’horizon vide
Que reculait encor l’ombre immense du soir,
L’ivresse de l’espace et du vent intrépide.