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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsII. 1869-1871 (p. 298).


LE COFFRET


Un coffret de cuir fauve à l’écusson d’or plat
Contient les deux flacons de cristal vert & rouge ;
Dans le fond, par moments, un liquide qui bouge
Sous l’étui de velours amortit son éclat.

Ouvrez l’un d’eux. La plus limpide des essences
Y nage, & fait monter subtilement dans l’air,
Comme une apothéose, un tableau vague & cher
Des soirs, des souvenirs embaumés, des absences.

Est-ce l’ambre, le bois de santal, le benjoin
Qui nous figure ainsi la pâle bien-aimée ?
On ne sait : mais son blanc visage de camée
Revit, de notre amour impassible témoin.

Prenez l’autre flacon. Une odeur en émane
Nauséabonde, & fait rêver d’un bouge affreux
Où sorcière & démons se querellent entre eux,
Aspirant la fadeur épaisse de la manne.

A l’œil inattentif, le coffret refermé
Ne révélera rien de son double mystère,
Et dans l’ombre vivra le poison délétère
A côté de ce doux liquide parfumé.