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Le Mouvement financier de la quinzaine (1er mai 1888)


G. Buloz
Le Mouvement financier de la quinzaine (1er mai 1888)
Revue des Deux Mondes3e période, tome 87 (p. 237-240).

Le samedi 14, veille de l’élection du département du Nord, la rente 3 pour 100 se tenait, en équilibre assez instable, aux environs de 81.50. La première moitié du mois avait fait perdre une demi-unité sur le cours de compensation de fin mars, qui avait été de 82.10. Nous avons eu, depuis, le triomphe électoral du général, les manifestations bruyantes qui ont accompagné et suivi son entrée à la chambre, le 19, à la reprise des séances du parlement, et les votes successifs de confiance accordés par la majorité républicaine au cabinet Floquet-Freycinet-Goblet.

Les fonds publics ont subi, sous l’impression de ces incidens, de fortes fluctuations. Le 3 pour 100 s’est rapproché de 81 francs, l’amortissable valait 84.55 le 16 avril, et le 4 1/2, 106.57. Bon nombre de valeurs étaient en baisse et les fonds étrangers avaient eux-mêmes reculé assez vivement. Nous relevons au commencement de la quinzaine les cours suivans : Italien, 95.60 ; Hongrois, 78 1/8 ; Russe, 79 ; Extérieure, 67 3/4 ; Turc, 14.07 ; Unifiée, 405.

On était à la même date très inquiet, en Allemagne, de l’état de santé de l’empereur Frédéric. Les dépêches présentaient la situation comme désespérée. La catastrophe ne semblait plus pouvoir être éloignée que de quelques jours, de quelques heures peut-être.

Une amélioration générale n’a pas tardé cependant à se produire dans les tendances des marchés financiers : à Paris, sous l’action des votes de la chambre consolidant le ministère; à l’étranger, sous l’influence d’informations beaucoup plus rassurantes sur la santé de l’empereur Frédéric. Enfin, une raison spéciale a contribué chez nous à accentuer le revirement de la spéculation : après avoir entendu le ministre des finances, la commission chargée d’examiner la proposition de loi tendant à concéder à la Compagnie du Canal de Panama l’autorisation d’émettre des obligations à lots a décidé de présenter un rapport favorable à la proposition. Le rapporteur précédemment nommé, et qui avait charge de repousser la demande d’autorisation, a été remplacé par un partisan de la concession, et ce rapport a été mis à l’ordre du jour de la chambre pour venir en discussion jeudi dernier.

Ce fait, coïncidant avec la reprise générale des fonds étrangers et avec le revirement que l’on voyait déjà se produire sur nos fonds publics, a eu un effet immédiat et très vif sur la situation de place. Le 3 pour 100 étant relevé de 81.20 à 82 francs, et même plus haut, le découvert formé pendant le mois s’est vu débordé et a procédé à de nombreux rachats, accroissant lui-même l’intensité du mouvement dont il était victime.

La rente a ainsi atteint, par étapes rapides, le cours de 82.35. La hausse a été enrayée, vendredi, par de nouveaux incidens intérieurs, le banquet du général, et l’impossibilité, à la chambre, de réunir le quorum nécessaire pour une décision sur la question du Panama. Il est vrai que le lendemain samedi le passage à la discussion des articles a été voté par 196 voix contre 105, vote bientôt suivi de l’adoption définitive du projet de loi. Le 3 pour 100 finit à 82.25, l’amortissable à 85.15, le 4 1/2 à 106.95. Sur les cours du 14, la hausse est respectivement de 0 fr. 82, de 0 fr. 50 et de 0 fr. 30.

L’Italien, le Russe et le Hongrois se sont relevés simultanément de près d’une unité, et finissent à 96.35, 78 3/4 et 80 1/4. La rente italienne a été soutenue par les rachats du découvert, le retrait de la plus grande partie du corps expéditionnaire de Massaouah enlevant tout prétexte à une continuation de la campagne de baisse engagée sur ce fonds. En ce qui concerne les négociations relatives à la conclusion du traité de commerce franco-italien, aucun progrès n’a été réalisé, les dernières propositions du cabinet Crispi étant déclarées inacceptables par notre ministère du commerce.

Les diverses catégories de rentes russes ont profité de l’apaisement qui s’est produit dans les questions relatives à l’état des affaires de l’Europe orientale. Les cours du rouble tendent à se relever lentement, et les difficultés financières n’ont plus le caractère aigu qu’elles ont présenté quelque temps. N’était la dépréciation de la monnaie de papier, la situation budgétaire de la Russie paraîtrait réellement satisfaisante et ne justifierait aucune des attaques que ne lui ont pas épargnées les journaux allemands.

L’Unifiée s’est avancée de 405 à 414. Les obligations privilégiées et domaniales sont toujours au-dessus du pair ; les négociations ayant pour objet l’émission d’un nouvel emprunt pour la conversion ou le remboursement de ces derniers titres se poursuivent en Angleterre, et semblent devoir prochainement aboutir.

Malgré les embarras persistans du Trésor ottoman, la spéculation s’est mise en tête d’améliorer les cours des valeurs turques. La rente consolidée a été portée à 14.40, les Priorités et les obligations douanes valent environ 380 et 295, la Banque ottomane s’est élevée à 515, et l’action des Tabacs à 452.

La Banque de France a reconquis le cours de 3,400 francs, et reste à 3,425. L’abaissement du taux de l’escompte n’a pas, jusqu’ici, produit l’augmentation espérée dans le montant du portefeuille. Les agitations politiques portent malheureusement aux transactions commerciales un grand préjudice, et, s’il n’y est mis promptement un terme, les plaintes deviendront beaucoup plus vives encore.

Le Crédit foncier, la Banque de Paris, le Crédit lyonnais, ont regagné à peu près, dans la seconde moitié du mois, ce que la baisse de la première quinzaine leur avait fait perdre. Les titres des autres sociétés de crédit n’ont guère été cotés qu’au comptant et ne présentent que peu de variations.

La progression a été générale sur les valeurs industrielles. Le Suez a gagné près de 20 francs à 2,135 ; les recettes des quatre premiers mois présentant une augmentation d’environ 3 millions sur la période correspondante de 1887. Le Panama est en hausse de plus de 50 francs à 335. Les porteurs de titres sont convaincus que le sénat, après la chambre, votera l’autorisation de l’émission à lots. Les obligations de toutes catégories ont suivi le mouvement de reprise des actions.

L’action du Gaz a été compensée au milieu du mois à 1,275, celle des Omnibus à 1,055. Une très vive campagne de dépréciation avait été menée contre ces deux valeurs. Elle n’a pas réussi à maintenir la. compression des cours. Des rachats précipités ont relevé la première à 1,315, la seconde à 1,150.

La reprise n’a pas été moins vive sur le Rio-Tinto, s’avançant de 483 à 517. Le dividende total de cette société, pour 1887, a été fixé à 20 shillings, soit 25 francs ou 10 pour 100 par action de 250 francs. L’action de Tharsis se tient à 145 francs ; le dividende est également de 10 pour 100, soit 5 francs par titre de 50 francs, dividende fixé par l’assemblée du 25 avril et payable à partir du 10 mai.

Les Voitures sont en hausse de 7 francs à 717. La direction de cette entreprise a l’intention de procéder, en mai, à une émission d’obligations 4 pour 100, dont le produit est destiné à l’unification de la dette sociale et au remboursement des obligations 5 pour 100, cotées actuellement 505 francs. Les Compagnies immobilières sont restées à peu près immobiles ; la Foncière de France, toutefois, s’est relevée de 390 à 397 francs. Notons encore une hausse de 20 francs sur les Allumettes à 685, et de 7.50 sur la Compagnie transatlantique à 530. L’action du Canal de Corinthe est délaissée à 230. Ni la Compagnie franco-algérienne à 40, ni le Télégraphe de Paris à New-York à 90, ne paraissent en situation de participer à un mouvement de reprise.

Les actions de nos grandes compagnies de chemins de fer continuent à ne donner lieu qu’à fort peu de transactions. Toutefois, le Lyon s’est avancé de 12.50 à 1,272 fr. 50, le Nord de 5 francs à 1,527 fr. 50, l’Orléans de 15 francs à 1,305. Il est probable que la question du réseau de l’état reviendra prochainement en discussion à la chambre, la commission d’initiative ayant conclu, à l’unanimité, à la prise en considération d’une proposition tendant à la cession de ce réseau à l’industrie privée.

La Compagnie du Midi a tenu son assemblée le 24 courant. Le dividende a été fixé à 50 francs, comme l’année dernière.

L’immobilité est complète sur les chemins algériens. La chambre a voté d’urgence, le 27, le projet de loi portant approbation du traité passé entre l’Ouest-Algérien et la Franco-Algérienne, pour l’exploitation du réseau de cette dernière compagnie par la première.

Les actions des chemins de fer étrangers ont été assez vivement recherchées. Les Autrichiens, notamment, gagnent 32 francs à 475. Les acheteurs escomptent les conséquences éventuelles des jonctions prochaines avec les chemins de fer ottomans. La communication entre Belgrade et Salonique, par la ligne Vranja-Uskub, doit être ouverte à partir du 15 mai. Les Lombards se sont avancés de 10 francs à 177 fr. 50, le Nord de l’Espagne de 10 francs à 288 fr. 75, le Saragosse de 2.50 à 245 francs, les Méridionaux de 15 francs à 797 fr. 50.



Le directeur-gérant : G. Buloz.