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Revue des Deux Mondes tome 68, 1885
L. Simonin

Le Monde océanique et les progrès de l’Australie


Les Anglais, qui ont si admirablement colonisé en Océanie, aux antipodes de l’Europe, l’Australie, la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande et les îles Fidji, ont appelé toutes ces îles l’Australasie, comme si c’était une sorte d’Asie australe ou du Sud. C’est en réalité le prolongement de l’Asie au sud-est. L’Australasie est formée de huit colonies distinctes, dont cinq dans l’Australie proprement dite : la Nouvelle-Galles du Sud, Victoria, Queensland, l’Australie du Sud, l’Australie de l’Ouest. Les trois autres sont la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande et les îles Fidji.

C’est de ces lointaines et si curieuses contrées que nous allons parler, en disant comment toutes ces colonies sont nées, comment elles se sont développées et transformées, pour arriver chacune à l’état où elles se trouvent. On va décrire d’abord l’Australie dans son ensemble, puis les cinq colonies dont elle est formée, et celles qui en sont comme les annexes. En finissant, on parlera du projet de confédération qui prend corps actuellement dans toutes ces colonies remuantes, des revendications audacieuses qu’elles font valoir à tout instant sur toutes les îles restées libres dans l’Océan-Pacifique occidental, enfin de l’injuste querelle qu’elles cherchent à la France à propos des condamnés que celle-ci a transportés dans la Nouvelle-Calédonie et des récidivistes qu’elle se propose d’y reléguer.


I. — L’AUSTRALIE.

En 1770, le capitaine Cook fut chargé de dresser la carte de la côte orientale du continent australien, qu’on nommait alors la Nouvelle-Hollande. Il appela cette partie de l’Australie le New-South-Wales, ou la Nouvelle-Galles du Sud, parce qu’elle lui rappelait la Galles du Sud de l’Angleterre, et il en prit solennellement possession au nom de la couronne britannique. Huit ans après, le gouvernement de la Grande-Bretagne eut l’idée de fonder sur un point de cette côte une colonie pénitentiaire pour y déporter les convicts. Ce projet fut mis à exécution par un premier convoi de 757 individus, hommes et femmes, condamnés à la déportation à vie. Le 26 janvier 1788, on s’arrêta dans une baie qu’on appela Botany-Bay. Près de là furent jetés les fondemens de la ville qui devait être plus tard Sydney [1]

La colonie créée sous le nom de Nouvelle-Galles du Sud embrassait presque un tiers du continent australien, qui est égal en étendue aux trois quarts de l’Europe. Elle allait du cap York au nord au cap Sud, à la pointe de la terre de Van-Diemen, aujourd’hui la Tasmanie, qu’on croyait alors reliée à la terre ferme. Les îles adjacentes sur le Pacifique étaient comprises dans les limites de la Nouvelle-Galles du Sud. Le territoire se terminait à l’ouest au 135e degré de longitude est, méridien de Greenwich [2]. Jusqu’en 1840, durant soixante ans, elle resta un lieu de déportation et l’unique établissement britannique de l’Australie. Les convicts travaillaient aux routes, aux ports, aux défrichemens ; on les louait aussi comme domestiques aux colons. Toutefois la répulsion invétérée qu’ils inspiraient, les agitations violentes qui s’ensuivirent dans la colonie, déterminèrent l’Angleterre, en 1840, à chercher un autre refuge à ses convicts. Dès ce moment, il n’arriva plus aucun convict dans la Nouvelle-Galles du Sud ; mais l’Angleterre ne continua pas moins d’en transporter dans la Tasmanie jusqu’en 1853, et dans l’Australie de l’Ouest jusqu’en 1868. De 1778 à 1840, on avait relégué 80,000 convicts en Australie.

En 1840, la population de l’Australie était à peine de 156,000 habitans ; encore était-elle en grande partie composée de convicts ou de descendans de convicts. Aujourd’hui, le chiffre total des habitans atteint, pour l’Australie seule, 2,425,000 individus, sur lesquels il ne reste que 55,000 indigènes ou Papous, de race négroïde, analogue à celle qui peuple toute la Mélanésie. Pour toute l’Australasie, on recense 3,222,000 individus, dont 44,000 Maoris, appartenant à la famille polynésienne ou kanaque, dans la Nouvelle-Zélande, et 128,000 naturels, en partie Papous ou Malais, mais la plupart Polynésiens, aux îles Fidji.

La prospérité de l’Australie provient principalement de l’élève du mouton, de la laine, et non du travail des convicts. En 1797, quelques moutons mérinos furent introduits du Cap dans la Nouvelle-Galles du Sud. En 1803, le capitaine Mac-Arthur, officier retraité, fit un voyage en Angleterre et soumit aux courtiers de Londres des échantillons de toisons australiennes. On lui offrit un certain nombre de moutons mérinos, provenant d’un troupeau de George III, et on lui concéda 4,000 hectares de terres en Australie. Sur ce champ d’expériences, Mac-Arthur prouva que le sol et le climat de la Nouvelle-Galles du Sud transformaient les mauvaises toisons en bonnes et améliorait les meilleures. De rudes et grossières, ces toisons deviennent bientôt fines, souples et soyeuses. Les mérinos d’Australie ne tardèrent pas à faire concurrence aux mérinos jusque-là si renommés d’Espagne et de Saxe. Aujourd’hui, ils les ont tout à fait détrônés, et l’Australie est le pays du globe qui a non-seulement le plus de moutons, — 77 millions, — en y comprenant toutes les colonies, mais qui vend le plus de laines, et les plus belles, soit 1,110,000 balles de 350 livres, pour la toute de 1883-84. Victoria, la Nouvelle-Galles du Sud et la Nouvelle-Zélande produisent la plus grande partie de ces laines, plus des trois quarts.

Aux moutons il faut joindre les bœufs, les chevaux, les porcs. On compte en Australie 8,500,000 bœufs, 1,220,000 chevaux, 810,000 porcs. On utilise de ce bétail les peaux, les cuirs, le suif, la graisse, tous les débris, les os, les cornes, les crins, les onglons et la viande, soit salée, fumée et conservée, soit fraîche, congelée au moyen de procédés frigorifiques qui lui permettent de résister aux plus longs transports par mer. La valeur de tout ce commerce atteint 900 millions de francs dans toutes les colonies australiennes.

Les immenses pâturages ou runs d’Australie sont le domaine exclusif des squatters, des bergers, des éleveurs. Le free selector, le settler, c’est-à-dire le laboureur, l’agriculteur, le fermier, n’arrive que lorsque le squatter s’est porté plus loin, et le run est alors remplacé par la ferme ou station. L’occupation, le loyer, la transformation des terres publiques, sont réglés par des lois très libérales. Une très grande partie des terres publiques appartient encore à la couronne.

L’Australie cultive, sur une étendue totale qui est aujourd’hui de 3 millions d’hectares, le blé et toutes les céréales, l’avoine, l’orge, le maïs, puis les graines oléagineuses, la canne à sucre, le coton et d’autres plantes textiles, le tabac, la vigne.

Le blé a commencé à être cultivé en grand vers 1860 ; c’est une des cultures qui progressent le plus. On en exporte en Nouvelle-Calédonie, à Maurice, à la Réunion, au Cap, en France même, et Marseille reçoit de plus en plus des blés australiens. La récolte s’élève à 15 ou 20 millions d’hectolitres, principalement dans Victoria, l’Australie du Sud, la Nouvelle-Zélande.

La production du vin est surtout concentrée dans la Nouvelle-Galles du Sud, Victoria, l’Australie du Sud. Les Australiens comptent beaucoup sur cette culture, qui ne fournit pas encore cependant 100,000 hectolitres et reste stationnaire, ou plutôt décroît. Les vins sont capiteux, avec un goût prononcé de silex.

L’Australie est un pays boisé. Dans les forêts, on trouve principalement l’eucalyptus ou gommier, qui est l’arbre indigène par excellence. Il croit avec une étonnante rapidité, un mètre par an, et le tronc s’élève à 90, 100, 130 et jusqu’à 140 et 145 mètres, comme dans les séquoias de Californie, avec un diamètre qui dépasse 10 mètres ; on trouve des arbres d’essence particulière, kauris ou pins, chênes, frênes, acacias, jarras ou acajou, santal, bois de rose, cyprès, myrtes, buis, qui donnent des bois de construction et d’ébénisterie estimés, des écorces pour la teinture ou le tannage, des résines, des gommes.

L’Australie est riche en mines d’or, de cuivre, d’étain, de charbon ; on y trouve aussi le plomb, l’argent, le fer, le zinc, l’antimoine. On vient d’y exploiter le diamant et d’y rencontrer des mines d’argent aussi riches que celles du Nevada, dans la Nouvelle-Galles du Sud, près de Wilcania, dans le territoire du sud-ouest, voisin de Victoria et de l’Australie du Sud. Les mines d’or, découvertes pour la première fois en 1851, ont marqué la seconde étape de l’Australie, comme la laine avait marqué la première et le blé devait marquer la troisième.

L’or fut trouvé à la suite de quelques circonstances curieuses. En 1839, le géologue russe Strzélecki, explorant les montagnes à l’ouest de Sydney, y prédit la présence de l’or. Le savant anglais Murchison confirma ce dire, et le révérend Clarke, de Sydney, géologue bien connu, en se fondant sur cette observation de Humboldt que l’or se trouve presque toujours dans des montagnes alignées sur des méridiens, telles que l’Oural ou les Andes, émit aussi les mêmes idées que Strzélecki et Murchison. En 1847, il annonça dans un journal qu’on trouverait l’or à Bathurst, dans les montagnes gisant à 70 lieues à l’ouest. Un berger écossais découvrit une pépite, la vendit à un orfèvre, mais refusa de faire connaître l’endroit. Enfin, en 1851, le 9 mai, un Australien, Hargraves, qui était revenu des placers de Californie, trouva l’or près de Bathurst et en révéla le gisement. On appela ce lieu Ophir. Tous les chercheurs accoururent et les découvertes s’étendirent. La colonie de Victoria devint bientôt une région plus productive que la Nouvelle-Galles du Sud, et les noms des champs d’or de Ballarat et de Bendigo traversèrent les mers. Le monde entier accourut, la Californie faillit un moment être dépeuplée pour l’Australie. L’or amena en très grand nombre tons les émigrans, des Chinois, des mineurs du Cornouailles. Les Californiens désertaient en masse leurs placers de Sacramento pour ceux de Bathurst, de Bendigo, de Ballarat, aux flancs des Montagnes-Bleues.

L’Australie, dans la production de l’or, marche de pair avec la Californie et la Sibérie, et ces trois pays produisent encore aujourd’hui chacun 100 à 125 millions de francs. C’est Victoria qui est la plus riche de toutes les colonies aurifères d’Australie. Elle extrait plus de la moitié de la quantité totale, 80 millions de francs, la Nouvelle-Zélande et Queensland chacune 25 millions, la Nouvelle-Galles du Sud 15 millions, la Tasmanie 5 millions.

Dans l’exploitation de l’étain, l’Australie marche de pair avec les pays les plus producteurs. La Nouvelle-Galles du Sud, la Tasmanie et Queensland font ensemble 12,000 tonnes, autant que les Détroits et les colonies néerlandaises, Banca, Malacca. La Nouvelle-Galles du Sud fournit 6,000 tonnes, 8,000 en 1882 ; la Tasmanie, 4,000 ; Queensland, 2,000. On calcule que la production australienne en étain est près de la moitié de la production totale du globe.

Pour le cuivre, dont la quantité est aussi de 12,000 tonnes, c’est l’Australie du Sud qui vient la première avec 6,000 tonnés, puis la Nouvelle-Galles du Sud avec 5,000 et Queensland avec 1,000.

Quant à la houille, la production en est croissante et dépasse 2,500,000 tonnes, dont 2 millions pour la Nouvelle-Galles du Sud, où est le port de Newcastle, nom d’heureux augure, et le reste pour Queensland, la Nouvelle-Zélande, la Tasmanie. Les bateaux à vapeur qui fréquentent l’Océan-Indien et l’Océan-Pacifique et vont en Australie, usent largement de ce combustible.

Sur quelques lies, sur les côtes de l’Australie de l’Ouest, on trouve le guano, la nacre, la perle » et sur les côtes du Nord, on pêche le trépang, la hêche de mer ou holothurie, si recherchés des Chinois.

L’intérieur de ce continent était inconnu hier, comme l’était le centre de l’Afrique, de l’Asie ou des deux Amériques, et comme ceux-ci il a eu ses grands explorateurs. Un hardi voyageur, Mac-Douall Stuart, traversa l’Australie de part en part en 1861-62, en allant du golfe de Spencer, dans l’Australie du Sud, au golfe de Van-Diemen, dans l’Australie- du Nord. Deux autres courageux colons, Burke et Wilkes, en 1861, partirent du golfe de Carpentarie pour explorer le continent australien du nord au sud. Ils ne purent arriver au terme de leur pénible voyage et moururent de faim au pied des monts Flinders, dans l’Australie du Sud, au moment où l’on venait à leur secours et où ils allaient joindre le but. La ville de Sydney a élevé nue statue à ces nobles victimes de la science, La route tracée par Mac-Douall Stuart est celle que suit la ligne télégraphique transcontinentale d’Australie, d’Adélaïde à Port-Darwin.

D’autres explorateurs, Giles en 1872, Gosse en 1873, ont aussi parcouru l’Australie centrale assez heureusement. Tous les itinéraires ont confirmé que l’intérieur de ce continent était à peu près infertile. Il y a là des déserts de sable, des lacs desséchés, et les cours d’eau vont se perdre dans des lagunes intérieures ; ils sont le plus souvent à sec. Cependant, il y a encore ça et là des espèces d’oasis, de vastes champs de pâturage. La population aborigène y est très clair-semée, et il sera difficile de coloniser, même au moyen de l’élève du bétail, cette vaste étendue de terre.

L’Australie » comme la Nouvelle-Zélande et Madagascar, a une flore et une faune spéciales. Dans la flore, c’est d’abord l’eucalypters, puis les fougères arborescentes, les zamias, les acacias, les casuarinas et des conifères qui rappellent les plantes fossiles, de l’époque houillère. Dans la Nouvelle-Zélande, on relève aussi une végétation spécule, le phormium tenax, dont on tisse les fibres, et le kauri, sorte de pin, qui donne une gomme et un bois recherchés.

Dans le règne animal, il y a l’ornithorynque, tenant à la fois des oiseaux, des poissons et des mammifères, et les marsupiaux, kanguroos, opossums, le dingo ou chien sauvage, terreur des squatters, dont il dévaste les troupeaux. Tous ces animaux différens entièrement par leur forme et leur organisation des animaux des autres continens. La lyre, dont les plumes de la queue prennent la forme d’une lyre, l’aptéryx, l’ému ou casoar, sorte d’autruche, l’ara ou cacatois r le cygne noir, l’oiseau de paradis, sont aussi particuliers à l’Australie. L’oiseau de paradis se retrouve dans la Nouvelle-Guinée. Dans la Nouvelle-Zélande, on rencontre les os gigantesques du dinornis, qui rappelle l’épyornis de Madagascar et le mégalornis de l’île Maurice. Quant au dromornis, il se rencontre dans l’Australie du Nord.

La superficie de chacune des colonies australiennes est plus étendue que celle de la plupart des états de l’Union américaine. Ainsi, la Nouvelle-Galles du Sud occupe à elle seule la superficie de sept des états américains, tels que la Caroline du Nord et celle du Sud, le Tennessee, le Missouri, l’Alabama, la Géorgie, la Floride. En outre, chacune des colonies australiennes a sa part de littoral, son port métropolitain, qui est aussi sa capitale et en même temps la ville la plus peuplée de la colonie, contrairement à ce qui a lieu aux États-Unis, où les capitales d’état sont généralement de très petites villes, et cela, pour des raisons qui se comprennent dans une démocratie aussi rassurante ! La Nouvelle-Galles du Sud a pour capitale le grand port de Sydney, Victoria celui de Melbourne, non moins important. Queensland à Brisbane ; l’Australie du Sud, Adélaïde ; l’Australie de l’Ouest, Perth.

La partie non encore colonisée, dans l’Australie du Sud ou de l’Ouest, sera sans doute divisée plus tard en un certain nombre de colonies, comme on l’a fait dans le principe pour la Nouvelle-Galles du Sud. Déjà on a séparé de l’Australie du Sud la partie centrale ou terre d’Alexandra, et la partie nord ou territoire du Nord, qu’on appelle aussi l’Australie du Nord. Il n’y a là encore que quelques aborigènes, et ces régions sont en grande partie désertes et manquent d’eau. Quant aux plus anciennes colonies, surtout la Nouvelle-Galles du Sud et Victoria, elles peuvent être regardées dès à présent comme ayant des limites invariables.

Toutes les colonies australasiennes, sauf l’Australie de l’Ouest et Fidji, forment autant d’états, de gouvernemens séparés, ayant chacun une constitution, qui a été acceptée par la couronne, et un parlement composé de deux chambres. Les membres de la chambre haute sont nommés généralement par la couronne et à vie, les membres de la chambre basse par suffrage universel ou restreint et pour un temps limité.

Le pouvoir exécutif est exercé par un gouverneur nommé par la couronne, qui commande en chef les troupes de la colonie, a le droit de veto en matière législative, et est aidé d’un conseil exécutif ou cabinet, dont les membres sont responsables devant la seconde chambre.

Pour la défense sur terre et sur mer, chacune des colonies a une milice. Il y a en tout 16,000 volontaires. Tel grand port et capitale, comme Melbourne, est protégé par des forts, a des cuirassés, des canonnières, des croiseurs, des torpilleurs, qui défendent le littoral.

Le lien fictif de la suzeraineté est le seul qui rattache ces colonies à la métropole. La couronne a encore une partie des terres, qu’elle concède aux squatters et aux settlers. Dès la fin de l’année dernière, les colonies ont tenté, par la convocation d’une convention à Sydney, de jeter les bases d’une confédération, d’une sorte d’union politique qui prend corps en ce moment.

Sur toute cette immense étendue, une population active et remuante de 3 millions d’habitans fait, surtout avec l’Angleterre, des échanges qui s’élèvent à une valeur totale de 3 milliards de fr. Ces colons sont presque tous de race anglo-saxonne, hardis, patiens, ne doutant de rien, ne comptant jamais que sur eux-mêmes, et ils ont fait de ce nouveau continent, aux antipodes de l’Europe, un monde merveilleux. La population augmente considérablement chaque année, non-seulement par l’effet de la natalité, c’est-à-dire de l’excédent, qui est ici très notable, des naissances sur les décès ; mais encore par l’immigration, partie surtout de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, qui a été de 37,000 individus en 1882 et de 71,000 en 1883.

L’esprit entreprenant, l’indomptable énergie des colons n’a reculé devant rien pour faire de cette grande terre une contrée privilégiée, dotée de tous les perfectionnemens, de tous les progrès du vieux monde, de tout ce qu’ont créé les peuples les plus civilisés : ports excellens et bien outillés, desservis par les plus puissantes compagnies maritimes ; voies de fer bien tracées, qui s’étendent sur une longueur totale de 12,000 kilomètres ; télégraphes terrestres, longs de 50,000 kilomètres, et plusieurs télégraphes sous-marins, qui relient l’Australie au réseau général du globe. Les bureaux de poste sont nombreux. L’Australie a de plus des banques qui ont en dépôt 1 milliard 550 millions de francs, des écoles, des collèges, des universités, des musées, des bibliothèques, des théâtres, de fort beaux édifices. Elle consacre de grandes sommes à l’éducation publique. Pour le premier degré, de six à quinze ans, l’instruction est obligatoire, gratuite et généralement laïque. Pour élever 500,000 enfans, la dotation de l’instruction publique est de 62,500,000 francs.

L’Australie n’a rien à envier à l’Europe pour le confort. On vit dans les grandes villes, dont quelques-unes ont plus de 200,000 habitans, avec autant de luxe que dans les cités les plus populeuses et les plus riches de l’Europe. Les théâtres sont fournis de bons artistes et pleins de monde ; les courses de chevaux suivies avec le même entrain qu’à Londres et à Paris. Tout cela est à l’honneur de ce peuple de pionniers, de squatters, né d’hier. Les préoccupations matérielles, le souci des affaires, n’absorbent pas tout le temps de chacun ; on songe aussi aux satisfactions de l’esprit, aux besoins de l’intelligence ; on aime les belles-lettres et tous les arts.


II. — LA NOUVELLE-GALLES DU SUD, VICTORIA.

On vient de dire ce qu’était l’Australie dans son ensemble, on va maintenant parler en détail de chacune de ses cinq colonies.

La Nouvelle-Galles du Sud. — Cette colonie a pour devise : Advance, Australia ! En avant, Australie ! Sa constitution date de 1855. Elle a un parlement composé de deux chambres, le conseil législatif et l’assemblée législative. Le conseil législatif, qui doit compter au moins vingt et un membres, est nommé par la couronne ; l’assemblée législative, qui compte cent treize membres, est élue par soixante-douze comités électoraux. Pas de cote foncière pour l’électorat, c’est le suffrage universel. Tout électeur doit avoir vingt et un ans, être né Anglais ou naturalisé.

Le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud est lord Loftus. Il commande en chef toutes les troupes de la colonie, reçoit 175,000 fr. et est assisté d’un cabinet de neuf ministres : le premier ou secrétaire colonial, le trésorier colonial, les ministres de la justice, de l’éducation ou instruction publique, des travaux publics, des mines, le maître-général des postes, l’attorney ou procureur général, enfin le secrétaire des terres. Le premier reçoit 50,000 francs ; les autres ministres, 32,500 francs. Le cabinet est responsable de ses actes devant l’assemblée législative.

La Nouvelle-Galles du Sud est située entre l’Océan-Pacifique à l’est, Queensland au nord, au sud le fleuve Murray et le contrefort des Alpes australiennes, qui séparent la Nouvelle-Galles du Sud de Victoria ; à l’ouest, le 141e méridien est, qui lui sert de limite avec l’Australie du Sud.

La superficie de la colonie est de 800,730 kilomètres carrés, soit 80,073,000 hectares. Cette superficie est celle de l’Allemagne et de l’Italie réunies, ou de la France et du royaume-uni ensemble. C’est quatre fois l’étendue de Victoria. La population était de 869,310 habitans en 1883. Sur ce chiffre, on compte 1 millier d’indigènes et environ 10,000 Chinois, venus lors de la découverte de l’Or. Les Chinois ne sont pas plus aimés en Australie qu’en Californie et dans tous les États-Unis ; on les opprime de toute manière, et il n’est question que de les renvoyer chez eux et d’arrêter toute immigration de la race jaune, comme on vient de le Taire aux États-Unis. La capitale de la Nouvelle-Galles du Sud est Sydney, qui renferme, avec les faubourgs, 224,211 habitans, dont environ 100,000 pour l’enceinte de la ville proprement dite.

De 1871 à 1880, 24,412 immigrans ont été transportés dans la Nouvelle-Galles du Sud aux frais de la colonie, qui a consacré à cette immigration des sommes variant de 1 million à 2 millions 1/2 de francs chaque année. En 1880, l’excédent de l’immigration sur l’émigration a été de 19,311 et, en 1883, de 25,117 ; dans les sept années de 1874 à 1880, cet excédent a été en tout de 70,000, soit, en moyenne, de 10,000 par an. L’augmentation de la population, qui a été, pour la décade de 1871 à 1881, de 66 pour 100, ne provient pas seulement de cette cause, mais aussi, et principalement, d’une très grande natalité, c’est-à-dire d’un excès important des naissances sur les décès.

On distingue dans la Nouvelle-Galles du Sud le district côtier, avec ses jardins, ses grandes cultures, ses plantations d’arbres fruitiers ; puis le district central ou des montagnes, les Montagnes-Bleues, où sont les mines d’or ; enfin la terre salée, Salt bush, ou district du Grand-Ouest, où sont les grands pâturages.

Le littoral mesure 1,120 kilomètres ; il est coupé de ports nombreux, illuminé par une vingtaine de phares.

Le climat est celui du sud de l’Europe, Naples, par exemple. Il est très uniforme sur la côte, très salubre ; le ciel est clair, brillant, l’air très pur ; les brises de mer le rafraîchissent.

L’exploitation de l’or, commencée en 1851, époque où les premières mines d’or d’Australie furent découvertes dans les montagnes à l’ouest de Sydney, à Bathurst, a produit jusqu’à 80 et 100 millions de francs par an. On occupe 4,650 mineurs, et c’est la principale des industries minérales du pays. Au 31 décembre 1880, la production totale de l’or depuis 1851 atteignait 1,325 millions de francs. En 1882, la production a été de 12 millions 1/2 ; elle était de 19 millions en 1878.

Après l’or, il faut citer la houille, dont l’extraction s’élève à 2 millions de tonnes valant 26 millions de francs et comprend quarante-six exploitations. Newcastle, le port principal d’expédition, communique directement avec l’Angleterre. On a exporté en 1882 1,261,500 tonnes de houille valant 16 millions de francs. Ensuite vient l’étain, dont la colonie a fait 8,000 tonnes en 1882 valant 18 millions de francs. Les mines de cuivre donnent à leur tour 8,500 tonnes, d’une valeur de 9 millions de francs. On a trouvé et exploité le plomb, l’argent, le fer, l’antimoine, les pierres précieuses, le diamant. C’est dans le territoire du sud-ouest, aux confins de l’Australie du Sud et de Victoria, qu’on vient de découvrir les riches mines d’argent de Wilcania.

On cultive les céréales, surtout le blé, le maïs ; puis le coton, le tabac, le sucre. La vigne a été introduite en 1860 au moyen de cépages des provinces Rhénanes. On exporte du vin en Angleterre, en Nouvelle-Calédonie. Les vignerons australiens comparent volontiers leurs crus à ceux de la Gironde et de la Garonne.

Il y a, dans la Nouvelle-Galles du Sud, de très belles orangeries, et l’on y cultive tous les arbres fruitiers de l’Europe et des tropiques.

Au point de vue pastoral, la colonie renferme le plus grand nombre de moutons et de bœufs : 31,796,000 moutons, plus de la moitié de ce qu’en possède toute l’Australie, et l, 6âl,000 bœufs, sans compter 240,000 chevaux et 155,000 porcs. On a naturalisé les lamas, les alpagas, les angoras, les chameaux. L’élève du bétail occupe 60 millions d’hectares, une superficie plus grande que celle de la France. Dans le célèbre district de Riverina, voisin du fleuve Murray, il y a autant de moutons qu’à Victoria : 10 millions. Les squatters s’enfoncent dans les bois, les déserts, défrichent et occupent le bush. Les runs s’étendent quelquefois sur 50,000 hectares, et l’on compte 3 hectares pour un mouton et 6 hectares pour un bœuf.

La Nouvelle-Galles du Sud expédie pour 250 millions de francs de laine, de bétail vivant, de suif, de cuirs et de peaux, de viande conservée ou congelée. Les quatre cinquièmes de cette somme, ou 200 millions, représentent la valeur de la laine.

Le port de Sydney fait pour 635 millions d’affaires. Les exportations ont été de 350 millions en 1883, 300 en 1882. Il est des mieux outillés et offre 8 mètres de tirant d’eau et 8 kilomètres de quai. Il est fréquenté par 2,193 navires (entrées et sorties) jaugeant 1,470,000 tonneaux. C’est le centre de toutes les relations commerciales et maritimes de l’hémisphère sud, le grand marché de laines. Il en a exporté 265,210 balles du 1er juillet 1882 au 30 juin 1883, et 320,000 balles en 1883-84. Il est à l’entrée de la longue baie de Port-Jackson, qui pourrait abriter toutes les flottes. Le panorama est splendide. La ville est grande et belle, avec des parcs et des jardins publics, de magnifiques monumens, palais du gouverneur, ministères, postes, hôtel de ville, cathédrale, musée, université, écoles, collèges, bibliothèque. Il y a six grandes banques. Une exposition internationale universelle a été ouverte à Sydney en 1879-80, et la France y a pris part.

Le commerce de la Nouvelle-Galles du Sud va toujours en augmentant depuis 1871 ; il a été, en 1882, de 950 millions de francs à l’importation et à l’exportation, ou 1,120 francs par tête d’habitant, quand le mouvement commercial de la France ne donne que 263 francs. En 1883, le commerce s’est élevé à 1,021 millions. La moitié des échanges se fait avec l’Angleterre, puis les colonies britanniques, et l’on compte en tout 532 millions 1/2 à l’importation et 417 1/2 à l’exportation. A l’importation, ce sont les tissus, les vêtemens, les cotonnades, le fer, la verrerie, la porcelaine, les conserves, les vins et les liqueurs, la bière, puis les machines, la farine, le thé, le café, le riz, le sucre, le tabac manufacturé, les livres, enfin les selles, les harnais, le papier, les meubles, les chaussures, la quincaillerie, les métaux précieux. A l’exportation, ce sont les laines et les produits des bestiaux, les peaux, les sabots, les cornes, le suif et la stéarine, les cuirs, la viande congelée, le coprah, ou noix de coco desséchée pour en extraire l’huile, le coton, la mélasse, le blé, les farines, puis le goudron, la résine, le bois, la bouille, le vin, le cuivre, l’étain, les métaux précieux.

Le mouvement de la navigation, pour toute la colonie, a été de A, 150 navires jaugeant 2,500,000 tonneaux. Les pavillons les plus représentés sont le pavillon britannique, puis le pavillon colonial, enfin les pavillons étrangers, américain, allemand, français, etc.

Sydney communique avec Londres et Southampton, Marseille, San-Francisco par des lignes régulières. La ligne de San-Francisco, qui touche à Auckland, aux Fidji, aux Sandwich, est la Pacific Mail, subventionnée par la colonie et la Nouvelle-Zélande, qui donnent à elles deux 2,250,000 francs par an. On va de San-Francisco à New-York par le chemin de fer du Pacifique et de New-York à Liverpool par un des steamers transatlantiques. Le voyage dure quarante-quatre jours. La ligne Orient part de Southampton, vient par le Cap, retourne par Suez, met trente-huit à quarante jours. La compagnie Péninsulaire et Orientale part de Londres, fait le voyage par Suez, Aden et Colombo (Ceylan) en quarante-deux jours, et la compagnie des Messageries maritimes, qui part de Marseille par Suez et Aden, en touchant aux Seychelles, à la Réunion et à l’Ile Maurice, le fait en quarante-cinq jours. Une maison de Bordeaux exécute le voyage par le Cap avec une ligne de bateaux à vapeur qui va jusqu’à Nouméa. Des lignes hambourgeoises et belges touchent aussi aux ports australiens. Sydney est le terminus de toutes les lignes. M. de Bismarck va subventionner une ligne allemande pour la même destination. Enfin des clippers partent de Londres et viennent par le cap de Bonne-Espérance charger les laines à Sydney et s’en retournent par le cap Horn, faisant ainsi le tour du monde. Aujourd’hui le transport des laines se fait de plus en plus par la vapeur, et la proportion est maintenant arrivée à 50 pour 100.

Le régime douanier de la Nouvelle-Galles du Sud est libéral ; quelques produits seulement sont imposés, au nombre de soixante-dix : le vin, le tabac, les métaux, les cordages, les bougies, les fruits, etc.

La Nouvelle-Galles du Sud est la sœur aînée de toutes les colonies australiennes. Elle marche à la tête de toutes. Son avenir est assuré par l’esprit libéral de ses lois agricoles et douanières, de son régime politique. Chez elle, tout est en progrès : l’industrie pastorale, les entreprises minières, l’agriculture, les manufactures, le commerce, la marine, les travaux publics, routes, chemins de fer, ports, postes, télégraphes ; enfin le défrichement des terres et l’immigration. L’éducation est sous le contrôle du gouvernement, Il y a 1,665 écoles comptant 190,650 élèves. L’université de Sydney délivre des grades en lettres et arts, loi, médecine, sciences, et va de pair avec les universités anglaises. Elle a divers collèges affiliés.

La situation financière de la colonie n’est pas mauvaise. En 1883, les recettes ont été de 6,470,000 livres sterling et les dépenses de 7,791,000. L« >s recettes se composent principalement de la vente et du loyer des terres publiques pour l’agriculture, de l’élève du bétail, de l’exploitation des mines, des forêts, des eaux. Les droits de douane entrent aussi dans les recettes. Les recettes, pour 1884, ont été estimées à 7,401,000 livres et les dépenses à 7,658,000.

La dette, en 1883, était de 21,632,459 livres sterling, dont 17,654,000 à la fin de 1882 pour les chemins de fer et les télégraphes. En 1833, les chemins de fer ont été vendus à des compagnies privées pour une somme de 25 millions de livres, et ils en avaient coûté 18.

Le caractère viril des colons, leur esprit de discipline et d’endurance, particulier du reste à tous les Australiens, sont pour beaucoup dans les merveilleux développemens de la Nouvelle-Galles du Sud et assurent pour longtemps à cette colonie la prééminence dans l’hémisphère méridional.

Victoria. — Victoria ne formait dans le principe qu’une province de la Nouvelle-Galles du Sud qu’on appelait le district de Port-Phillip, du nom d’une vaste baie au sud du continent australien qui avait été découverte, en 1802, par un officier anglais. A cette époque, deux navires, le Géographe et le Naturaliste, sous les ordres du commandant Baudin, exploraient ces parages et semblaient vouloir prendre possession au nom de la France de cette partie de l’Australie. Les Anglais parèrent à cette éventualité en occupant Port-Phillip au commencement de 1803, pour y fonder un établissement pénitentiaire du genre de celui de Botany-Bay. Le 7 octobre, un convoi maritime composé de 407 personnes, dont 307 convicts, arriva à Port-Phillip. Le commandant n’y trouvant pas les élémens nécessaires à son installation, fît voile pour la Terre de Van-Diemen, où il arriva le 30 janvier 1804, rencontrant là un détachement de convicts déjà installé.

Pendant les vingt ans qui suivirent, on ne s’occupa plus de Port-Phillip ; mais, en 1826, craignant de nouveau de voir les Français s’établir sur cette côte, le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud envoya un détachement de troupes qui y resta un an. Les premiers essais de colonisation ne furent réellement tentés qu’en 1835 par des gens venus de Tasmanie, qui amenaient avec eux du bétail, surtout des moutons. En 1836, le major Mitchell, dressant la carte de l’établissement de Port-Phillip, donna à la partie occidentale le nom d’Autralia felix ou Australie heureuse, qui lui est resté et qu’elle a mis comme une devise sur ses armes. La population s’élevait alors à 2,240 habitans possédant 41,000 moutons. Le gouverneur de Sydney établit à Port-Phillip un bureau de douane. L’année suivante, Melbourne sur les bords du Yarra-Yarra, « l’Eau qui court toujours, » et Geelong, à l’extrémité occidentale du golfe, étaient fondées. Les immigrans arrivèrent en foule, les pâturages étaient excellons, la vente des terres se faisait à souhait.

En 1839, on comptait déjà 3, 510 résidens du mouvement séparatiste s’accentua de plus en plus, et, le 1er juillet 1851, l’établissement de Port-Phillip fut détaché de la Nouvelle-Galles du Sud et reçut le nom de Victoria en l’honneur de la reine d’Angleterre. L’or était en même temps découvert à Ballarat, comme il venait de l’être à Bathurst, dans la Nouvelle-Galles du Sud, et, le 1er septembre, le gouverneur de la nouvelle colonie accordait la première concession de mine. La fièvre de l’or éclata là comme en Californie et des excès de tout genre, qui marquèrent les débuts de l’exploitation, durent être sévèrement réprimés.

En 1854, Victoria, grâce à ses inépuisables champs d’or, comptait 267,371 habitans. Depuis, elle n’a fait que grandir et elle est aujourd’hui, avec la Nouvelle-Galles du Sud, la colonie la plus peuplée et la plus riche de tout le continent australien. Les deux colonies, sœur aînée et sœur cadette, se jalousent et sont dans un état de rivalité permanente.

La constitution de Victoria date de 1854. Elle institue un parlement composé de deux chambres, dont un conseil législatif de quarante-deux membres et une assemblée législative de quatre-vingt-six. Il faut payer une cote foncière, être rentier, pour être membre ou électeur du conseil législatif. En 1881, on a beaucoup étendu les franchises électorales, et l’on a fixé une rente de 2,500 francs pour être élu membre, ou de 250 francs pour être électeur, si l’électeur est propriétaire, ou 625 francs de loyer s’il n’est que locataire. Les gradués des universités britanniques, les étudians inscrits à l’université de Melbourne, les ministres de toutes les religions, les maîtres d’école brevetés, les hommes de loi, les médecins en exercice, les officiers de terre et de mer votent sans condition. La durée du mandat au conseil législatif est de six ans ; il est renouvelable par tiers tous les deux ans.

Les membres de l’assemblée législative sont élus au suffrage universel pour le terme de trois ans. Les membres d’un clergé quelconque et les personnes convaincues de crimes sont exclus du conseil et de l’assemblée.

Le gouverneur de Victoria était, au mois de mai dernier, le marquis de Normanby. Il est rentré en Angleterre en juin, et le nouveau gouverneur nommé depuis est sir Henry Loch. C’est sir William Stawell qui a fait un moment office de gouverneur.

Le gouverneur reçoit 250,000 francs. Il est assisté de neuf ministres, dont quatre au moins doivent être membres du parlement. Ces ministres sont : le premier et trésorier, le chef secrétaire et maître général des postes, l’attorney général, le ministre des mines, le ministre de la justice et commissaire des travaux publics, le ministre des terres, le commissaire du commerce et des douanes, le commissaire des chemins de fer, le ministre de la défense.

Pour la défense sur mer, Victoria possédait trois grands torpilleurs très puissans et deux canonnières, construites en Angleterre en 1883 ; elle vient d’en recevoir deux autres. Elle a aussi un vaisseau cuirassé, le Cerbère, de 2,500 tonneaux, et un vieux vaisseau en bois, le Nelson, armé fortement et muni d’une machine de 500 chevaux. On ajoutera à ce matériel quatre croiseurs et trois autres vaisseaux à vapeur. Le nombre des marins, matelots et officiers est de 336. Les approches de Melbourne sont défendues par des batteries. La colonie a une milice de volontaires comprenant en tout 3,035 hommes pour l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, le génie, les torpilleurs et le service des signaux. Un commissaire militaire et un commissaire naval sont nommés par le gouvernement de la reine aux frais de la colonie. On a dépensé pour la défense de la colonie 2 millions 1/2 de francs en 1883, et l’on estime la dépense de 1884 à 4,700,000 francs. Nous n’avons pas à nous étonner maintenant que les colonies australiennes, notamment Victoria, soient si arrogantes vis-à-vis de la France quand elles agitent la question des récidivistes en Nouvelle-Calédonie, et menacent de nous faire directement la guerre.

Victoria occupe le sud-est du continent australien. Elle est bornée à l’ouest par le 141e degré de longitude est, qui sert aussi de limite, de ce côté, à la Nouvelle-Galles du Sud et à une partie de Queensland. Quand on peut tailler en plein drap comme les Australiens et les Américains, on se sert volontiers de coordonnées géographiques pour limiter des états ou des territoires. Au nord, le fleuve Murray et le contrefort littoral des Alpes australiennes séparent Victoria de la Nouvelle-Galles du Sud. Au sud-est, elle est baignée par l’Océan-Pacifique, au sud, par le détroit de Bass et l’Océan-Indien ou Austral. C’est l’axe nord-sud du détroit de Bass qui forme la ligne de démarcation entre les deux grands océans. Le développement des côtes est de 960 kilomètres. Le point le plus avancé du rivage au sud, le cap Wilson est non-seulement le point le plus méridional de toute la colonie, mais encore de toute l’Australie.

La superficie de Victoria est de 227,610 kilomètres carrés ou environ 23 millions d’hectares. C’est le trente-quatrième de la surface de l’Australie, une étendue à peu près égale à celle de la Grande-Bretagne. Victoria est divisée en trente-sept comtés. La population augmente beaucoup. Elle était de 931,790 habitais en 1883. La moitié de la population vit dans les villes et cette colonie est la plus peuplée de toutes les colonies australiennes. On compte 12,150 Chinois, 8,571 Allemands. 2,340 Américains du Nord, 1,375 Suédois et Norvégiens, 1,335 Français, 1,314 Suisses. Le nombre des indigènes, a moitié civilisés, n’est que de 780. Ils sont cantonnés dans une enclave près de la source du Yarra-Yarra.

La population de Melbourne, avec les faubourgs, dans un rayon de 16 kilomètres, est, pour 1882, de 291,464 habitans. C’est la plus grande métropole commerciale et la ville la plus peuplée de l’Australie. Melbourne proprement dit renferme 65,859 habitans, l’un de ses faubourgs, Collingwood, en a 22,000. On compte à Melbourne quelques négocians commissionnaires français. Ils viennent même d’y fonder un cercle.

Ballarat, le centre des mines d’or de l’Ouest, a 41,087 habitans ; Sandhurst, le centre des mines d’or du Nord, en a 38,420. Geelong, le second port de la colonie, a 20,682 habitans. Le chiffre de population de toutes ces villes comprend les faubourgs.

En 1882, la différence entre l’immigration et l’émigration était, à Victoria, en faveur de l’immigration, de 10,876 individus ; en 1881, de 7,322, et en 1880, de 11,661. Depuis quelques années, on n’assiste plus les immigrans. En 1863, on en avait ainsi reçu 8,622, dont 5,409 femmes, tous venus aux frais de la colonie. De 1838 à 1874, on avait compté plus de 167,000 immigrans secourus et défrayés du pris de leur passage.

One chaîne de montagnes, Main ou Dividing-Range, courant de l’est à l’ouest, divise le pays en deux régions, nord et sud. La partie orientale de la chaîne est connue sous le nom d’Alpes australiennes ; la partie occidentale, sous celui de Pyrénées. Le point culminant des Alpes australiennes, le Bagong, a 1,952 mètres. Les rivières qui descendent de ces montagnes se jettent dans le Mur-ray. La Yarra et deux ou trois autres sont navigables.

Le climat de Victoria est excellent, et c’est celui qui est le mieux approprié à la constitution physique des Européens. Les vents du nord sont chauds ; mais il y a des brises rafraîchissantes. L’été, on craint la sécheresse, qui est mortelle pour le bétail, surtout pour les moutons, et fatale à la récolte du blé, commune d’ailleurs dans toute l’Australie. La température moyenne, à Melbourne, est de 14 degrés.

La colonie de Victoria est citée pour la richesse, l’étendue et la variété de ses ressources minières, surtout en ce qui concerne l’or. Une superficie de 316,000 hectares est occupée par les mines d’or, alluvions, filons de quartz. On compte sept districts aurifères, dont Ballarat et Sandhurst sont les deux principaux. Près de Sandhurst sont les fameux placers de Bendigo. De 1851 à 1880, Victoria a extrait pour une valeur de 5 milliards de francs en or, et toutes les colonies australiennes 6,750 millions. La production diminue depuis 1870. En 1866, il y avait 71,000 mineurs ; en 1877, on n’en comptait plus que 38,000, dont 24,000 sur les placers et 14,000 sur les mines de quartz ; parmi eux, il y avait 7,941 Chinois. En 1851, le nombre des mineurs était de 75,000.

La production moyenne, par tête de mineur, est de 2,050 francs ; elle a été de 2,500 et au-dessus. Une tonne de quartz donne 10 onces d’or ou 1,000 francs. Une grosse pépite, le Welcome ou le Bienvenu, trouvée à Ballarat, s’est vendue 250,000 francs. La production de 1880 a été de 82 millions de francs ; celle de 1882 est montée à 86 millions 1/2, et celle de 1883 est descendue à 71 millions 1/2, C’est le chiffre le plus bas depuis la découverte de l’or, sauf pour 1878-1879. En 1882, le nombre de mineurs était de 37,446, produisant par tête 2,400 francs ; et, en 1883, de 33,983, ne produisant plus que 2,800 francs. En 1883, l’exportation de l’or, par Victoria, a été de 98 millions de francs.

Victoria produit aussi l’argent, le plomb, l’étain, le cuivre, le fer, le cobalt, l’antimoine. On y exploite la houille ; on y a rencontré le diamant, le saphir. Les banquiers de Melbourne et ceux de Sydney exploitent en ce moment les mines d’argent qui viennent d’être découvertes dans la Nouvelle-Galles du Sud et qu’ils comparent au fameux filon de Comstock, en Nevada, d’où provient, entre autres, la grosse fortune de l’Américain M. Mackay.

L’agriculture est florissante. Dans les premières années de la colonisation, la terre était divisée en vastes enclos ou runs, utilisés seulement pour le pâturage des moutons, qui, en Australie, grâce au climat, paissent toute l’année au grand air. Après la découverte de l’or, on s’occupa sérieusement, devant l’affluence toujours plus forte des immigrans, de la culture du sol. On introduisit des machines à faucher, à moissonner, à battre. En 1881, 400,000 hectares étaient déjà en culture. Le pays produit le blé en abondance, puis l’orge, l’avoine, le maïs, la pomme de terre, le tabac, le houblon. La vigne y est aussi cultivée. La production du blé a été, en 1883-84, de 15 millions de boisseaux ou 5 millions 1/2 d’hectolitres.

Les forêts sont exploitées. Les eucalyptus y atteignent 125 à 140 mètres de haut. Tous les produits de l’agriculture donnent un rendement de plus de 125 millions de francs.

L’industrie pastorale s’est largement développée. On a recensé, en 1883, 10,730.000 moutons, 1,297,000 bêtes à cornes, 281,000 chevaux, 238,000 porcs, 68,000 chèvres, et un petit nombre d’ânes et de mules. Le nombre des éleveurs de troupeaux dépasse 94,000, et les produits de l’élève du bétail et de l’industrie pastorale atteignent déjà 250 millions de francs. La basse - cour renferme 2,760,000 pièces, en très grande partie des poules, puis les canards, les dindes, les oies, les pintades, les paons.

L’industrie, grâce à l’établissement de droits protecteurs très élevés, a progressé grandement. Il y a 2,490 usines, occupant 43, 210 ouvriers et employant une force de 15,000 chevaux-vapeur. On a créé des fonderies, des verreries, des fabriques de meubles, de pianos, d’instrumens aratoires, des papeteries, des tanneries, des brasseries, des filatures de laine. Le rendement de toutes les usines est évalué à 225 millions de francs, ce qui fait que l’industrie et l’agriculture vont de pair.

Le port de Melbourne est le port principal de la colonie et le premier port de l’Australie. Il fait pour 750 millions d’affaires, 90 pour 100 de tous les échanges de Victoria. C’est le marché des laines, du bétail, des viandes conservées, de tous les produits pastoraux, comme Sydney. Dernièrement, un steamer est parti de Melbourne avec 4,510 carcasses de moutons congelés, pris moitié à Sydney et moitié à Melbourne. Des steamers très rapides, munis de chambres réfrigérantes perfectionnées, font de plus en plus ces voyages. La Liguria est arrivée de Melbourne à Londres en trente-trois jours, au mois d’avril dernier. On a ainsi expédié à Londres, dans les neuf premiers mois de 1884, 444,500 moutons, soit 592,600 pour l’année, ce qui double les arrivages des marchés à bestiaux de Londres. Victoria, la Nouvelle-Galles du Sud, Queensland, l’Australie du Sud et la Nouvelle-Zélande prennent la plus grande part à ce curieux commerce, qui grandit étonnamment.

En somme, Melbourne exporte et importe les mêmes produits que Sydney. Elle reçoit 2,952 navires, jaugeant 1,901,306 tonneaux. Le port est vaste ; les bassins sont magnifiques, munis de grues mécaniques, entourés d’entrepôts pour les marchandises. La ville est monumentale, bien tracée. Elle a un jardin botanique, un hôtel des monnaies. En 1880-81, il s’est tenu une exposition universelle internationale à Melbourne, qui a eu encore plus de succès que celle de Sydney.

Le commerce extérieur de Victoria se chiffre, en 1882, par 875 millions de francs, partagés par moitié entre l’importation et l’exportation ; c’est 75 millions de moins que pour la Nouvelle-Galles du Sud. Celle-ci attribue cette différence en sa faveur au système protectionniste adopté par Victoria. En 1883, le commerce de Victoria est même descendu à 854 millions.

Les importations comprennent principalement les lainages, le bétail vivant, le sucre, le cuivre, le fer, le coton, le papier, le cuir, les vêtemens confectionnés, la mercerie, le thé ; et les exportations, la laine, le blé et la farine, les peaux, le suif, les viandes, l’or, le cuivre, l’étain. On expédie 100 millions de livres de laine, valant 135 millions de francs. Du 1er juillet 1883 au 30 juin 1884, c’est 333,000 balles. Le commerce a lieu principalement avec la Grande-Bretagne, les colonies australiennes, les autres colonies britanniques, les États-Unis.

Le mouvement de la navigation comprend 4,191 navires, jaugeant 2,180,000 tonneaux, montés par 103,738 marins.

A Victoria, il n’y a pas d’église d’état, et, depuis 1875, l’état ne donne aucune assistance en argent à aucune religion. Auparavant, on distribuait annuellement, outre le revenu général, 1,250,000 francs aux églises chrétiennes, quelles qu’elles fussent. Il y avait alors dans Victoria 73 pour 100 de protestans, 24 pour 100 de catholiques romains, 1/2 pour 100 d’israélites.

Il y a à Victoria une université instituée par un acte de la législature en 1853 et par une charte royale en 1859, et qui distribue des grades, avec deux collèges affiliés, et en outre les écoles de l’état et les écoles privées. Le système d’instruction publique, depuis 1873, est laïque, obligatoire et gratuit pour les élèves de six à quinze ans. Il y a 1,762 écoles de l’état, avec 222,945 écoliers et 4,162 professeurs. Une proportion de 31/2 pour 100 seulement de la population est incapable de lire et d’écrire. La dépense affectée à l’instruction publique a été de 14,175,000 francs pour 1882-83.

L’enseignement secondaire est aux mains de personnes privées ou de corporations religieuses. Il y a 655 écoles avec 34,443 écoliers, dont 175 écoles et 20,340 écoliers catholiques. Ceux-là ne profitent pas de l’éducation gratuite donnée par l’état.

En 1883, les recettes de Victoria étaient de 5,611,000 livres sterling, et les dépenses de 5,952,000 livres. Le revenu provient des douanes, de l’accise et des impôts indirects, des terres publiques vendues ou louées, des postes, des télégraphes, des chemins de fer. La dette, en 1883, é<ait de 24,308,000 livres, ou 26 livres par tête d’habitant, soit 650 francs, pas autant qu’en France, où nous sommes, hélas I si endettés, et où le chiffre de notre dette, qui est à cette heure de 29 milliards, atteint 763 fronça par tête, et nous n’avons pas, comme Victoria, l’occasion de nous libérer par la vente de nos chemins de fer.

L’avenir de Victoria, malgré son énorme dette, est satisfaisant. Elle marche à la tête des colonies australiennes avec la Nouvelle-Galles du Sud, qui la dépassera demain, et la dépasse déjà dans le mouvement maritime et commercial. En outre, Sydney, grâce à ses chemins de fer économiques, importe de plus en plus des laines, dont elle envoyait autrefois, par sa frontière, une partie assez considérable à Melbourne. Enfin, les revenus des terres, des chemins de fer, des postes et télégraphes sont beaucoup plus élevés dans la Nouvelle-Galles du Sud que dans Victoria.


III. — QUEENSLAND, L’AUSTRALIE DU SUD.

Queensland. — La colonie de Queensland, qui occupe tout le nord-est du continent australien, était connue autrefois sous le nom de district de Moreton-Bay, que lui avait donné le capitaine Cook, et ce district faisait partie de la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud.

Eu 1823, le lieutenant Oxley, envoyé par le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud à la découverte d’un lieu favorable à la déportation, découvrit que la baie de Moreton recevait les eaux d’une belle rivière, à laquelle il donna le nom de Brisbane, en l’honneur de son chef. En 1825, Oxley retourna avec un petit nombre de convicts et s’établit à Eagle-Farm, un peu en amont de la rivière, puis à 32 kilomètres plus haut, là où est aujourd’hui la ville de Brisbane. Les débuts de la colonie ne furent pas heureux. Les convicts étaient turbulens, le commandant de l’établissement autoritaire, les aborigènes hostiles, et leurs révoltes étaient réprimées avec la plus grande cruauté. En 1829, les squatters, qui s’étaient avancés vers le nord, obtinrent qu’on leur louât des convicts comme bergers, pour garder leurs troupeaux de moutons ; mais la colonie resta languissante jusqu’en 1841. A cette époque, le gouverneur de Sydney transforma la baie de Moreton en district nord de la Nouvelle-Galles du Sud, et mit en vente les terres de ce district à 12 shillings ou 15 francs l’acre, soit 37 fr. 50 l’hectare. Le sol était propice à la culture du blé et du maïs, les immigrans accoururent.

En 1864, quand la transportation eut cessé à la Nouvelle-Galles du Sud, les convicts qui restaient à Moreton-Bay quittèrent le pays, et les colons libres furent admis à envoyer des représentans au conseil législatif de Sydney.

En 1846, la colonie comptait 2,257 habitans, hommes libres et convicts. Un mouvement sécessionniste commença, et, en 1851, les colons s’adressèrent à la reine d’Angleterre pour obtenir la même concession que celle qui venait d’être accordée au district de Port-Philip. La population était alors de 8,575 habitans, et, en 1856, de 18,544. Toutefois, ce ne fut qu’en 1850 que fut reconnue la colonie de Queensland. Le siège du gouvernement fut établi à Brisbane, qui comptait déjà 7,000 habitans. La colonie tout entière en recensait 24,870 au 30 décembre 1859, et 29,074 en 1860. A partir de cette époque, Queensland a fait comme ses sœurs aînées de très rapides progrès, et elle n’a pas tardé à prendre un rang des plus marquans parmi les colonies australiennes.

La constitution de Queensland date de 1859. Le parlement, qui a, comme celui des autres colonies, le pouvoir de faire des lois et de lever des impôts, est divisé en deux chambres, dont l’une, la chambre haute ou conseil, est composée de 39 membres, nommés à vie par la couronne. L’assemblée législative compte 55 membres, nommes dans 42 districts électoraux pour cinq ans, avec la seule condition de six mois de résidence.

Tout propriétaire d’une terre de 2,500 francs ou qui reçoit une rente ou loyer de 250 francs, et ceux qui ont loué des terres pastorales, ou ont une licence de la couronne, ont le droit de voter dans le lieu où est leur propriété. A la fin de 1852, le nombre des électeurs inscrits était de 50,324.

Le gouverneur est sir Anthony Musgrave. Il commande les troupes et porte le titre de vice-amiral. Il reçoit 125,000 francs, et il est assisté par un conseil exécutif de six ministres : le premier et secrétaire colonial, le trésorier colonial, le maître général des postes, l’attorney général, le secrétaire des travaux publics, le secrétaire des terres publiques. Chaque ministre reçoit 25,000 francs. Il y a une milice de 5 à 600 hommes, soldats et officiers, et deux canonnières et un petit torpilleur pour la défense de la colonie.

Queensland a pour limites, au nord, le golfe de Carpentarie et le détroit de Torrès, qui la sépare de la Nouvelle-Guinée ; à l’est l’Océan-Pacifique ; au Sud, la Nouvelle-Galles du sud, dont elle est séparée par le contrefort littoral des Montagnes-Bleues, la rivière Darling et le 29e degré de latitude sud, jusqu’à sa rencontre avec le 141e méridien est à l’ouest, la limite suit le 141e degré jusqu’à sa rencontre avec le 26e degré de latitude nord, et, de là, elle longe ce degré jusqu’à son intersection avec le 138e degré de longitude est Celui-ci forme la nouvelle limite à l’ouest jusqu’à son point de rencontre avec le littoral du golfe de Carpentarie.

Par lettres royales du 15 octobre 1878, il a été déclaré que le territoire de Queensland s’étendrait à toutes les îles avoisinantes sur l’Océan-Pacifique et le golfe de Carpentarie.

La superficie de Queensland est de 1,729,052 kilomètres carrés ou 173 millions d’hectares, plus de trois fois-celle de la France. La longueur du nord au sud est de 2,080 kilomètres, la plus grande largeur est de 1,280, La population, en 1883, était de 287,475 habitans.

Au recensement du 3 avril 1881, on compte 16,367 étrangers, dont 10,000 Allemands, 875 Américains et à peine 300 Français. On recense en outre 11,253 Chinois, dont 29 femmes seulement. Ces Chinois sont occupés principalement à l’exploitation des mines d’or. Il y a aussi avec eux 625 autres Asiatiques : Hindous, Japonais. Les Polynésiens ou Kanaques, venus des îles de l’Océanie, sont au nombre de 6,396, et parmi eux on ne compte que 373 femmes. Ils sont particulièrement occupés à la pêche dans le nord. Aucun recensement n’a été fait pour les aborigènes, la difficulté de les recenser étant presque insurmontable. Les statistiques de la police les estiment à 20,585 hommes et femmes.

Brisbane, la capitale de la colonie, renferme, avec les faubourgs, 36,169 habitans. Après, vient le port de Maryborough, avec 10,700 habitans, et celui de Rockhampton, avec 7,435.

L’excédent de l’immigration sur l’émigration a été, en 1882, de 17,043 individus, de 7,024 en 1881, et seulement d’un peu plus de 3,000 en 1880. Queensland fait tout son possible pour favoriser l’immigration et donne des passages gratuits ou à prix réduit aux immigrans ; nous entendons les immigrans de race anglo-saxonne, car Queensland, depuis quelques années, reçoit aussi des Chinois et des Polynésiens, 949 Chinois et 3,141 Polynésiens en 1882, dont il est parti 941 Chinois et 1,204 Polynésiens. Au point de vue administratif, la colonie est divisée en vingt municipalités dont Brisbane est la principale ; on la divise aussi en douze grands districts, Moreton, Burk, Cook, etc., ou enfin en trente-huit comtés, qui comprennent les vingt municipalités précitées.

Une chaîne de montagnes, connue sous le nom de Coast-Range, chaîne de la côte ou littorale, court parallèlement au rivage à une distance moyenne de 80 kilomètres, et s’étend depuis la frontière sud jusqu’à l’extrémité de la péninsule d’York dans le nord. Le point culminant à 1,671 mètres de haut. A l’intérieur, la grande chaîne ou chaîne principale, Main-Range ; est la continuation des Montagnes-Bleues de la Nouvelle-Galles du Sud.

Le principal cours d’eau de Queensland est la Brisbane, qui se jette dans la baie de Moreton, dans le Pacifique, et qui est navigable, ainsi que le Fitz-Roy.

La ligne de côtes mesure 3,600 kilomètres. Elle est découpée par une série de golfes et de baies, et parsemée de centaines d’îles, Brisbane est le point principal, puis Maryborough, Rockhampton, Townsville, Cooktown. Le port de Somerset, le plus au nord, sert de lieu de refuge et de ravitaillement aux pêcheurs de perles du détroit de Torrès. Le cap York est la pointe la plus avancée au nord du continent australien. Après vient l’île Thursday ou l’île Jeudi, qui a un certain renom de célébrité depuis le jour où, le h avril 1883, un magistrat résident partit de là pour aller s’emparer, à Port-Moresby, au nom de la reine et de la colonie, de toute la partie de la Nouvelle-Guinée comprise entre le 141e et le 150e méridien est ; sa proclamation eut lieu en présence d’un chef indigène, de 13 Européens et de 200 naturels [3]. Sur toute l’étendue des côtes de Queensland, on compte 18 phares, 16 bateaux-feux et 65 feux de moindre importance.

Le climat de Queensland est chaud, sauf sur les hauts plateaux de l’intérieur. La température est constante. Queensland est un pays tropical ; il est compris entre le 10e et le 29e degré de latitude sud. La brise de mer et des pluies abondantes tempèrent les chaleurs de l’été. Le ciel est toujours pur, sans nuages, l’air limpide et sec. A Brisbane, le climat est considéré comme défavorable aux européens. Dans le nord et dans les terres basses, le thermomètre monte à 40 degrés à l’ombre, et ne descend jamais plus bas que 2 degrés au-dessus de zéro. La température moyenne est de 21 degrés.

Les productions minérales de Queensland sont l’or, le cuivre, l’étain, la houille. L’or et le cuivre sont surtout exploités. La découverte de l’or date de 1858, sur les bords de la rivière Fitz-Roy. Les diggers ou mineurs accoururent. En 1867, 1873, 1875, on découvre l’or sur trois autres rivières, et en 1878, on compte 1,500 mineurs sur les mines de quartz, et 120 machines à vapeur, d’une force totale de 1,550 chevaux. La quantité d’or produite est de 32 millions 1/2 de francs en 1877, de 21 millions en 1878, et de 25 en 1880. Pour 1882, c’est 21 millions. Le nombre de mineurs était, en 1880, de 24,000, tant sur les mines que sur les placers, dont 12,000 Chinois comme laveurs d’or. Ici, comme à Victoria, on cherche à arrêter l’immigration des Chinois par tous les moyens possibles. En 1883, il n’y a plus que 3,388 mineurs européens et 1,327 Chinois, et la production d’or a été de 21 millions comme en 1832.

Le cuivre est exploité dans trois mines. On l’expédie en Angleterre. On estime la production actuelle à 1,000 tonnes de métal, L’étain a été découvert en 1872, dans les terrains aurifères du Nord. Aujourd’hui, l’extraction du minerai arrive à 27,300 tonnes valant 4 millions de francs. On a aussi exploité le plomb. Le fer existe en diverses localités. La colonie a promis une prime de 125,000 francs à qui produirait les premières 500 tonnes de ce métal. La houille est comparable à celle de la Nouvelle-Galles du Sud. Ou l’exploite dans une dizaine de mines, dont l’extraction monte à 75,000 tonnes.

La culture de la canne à sucre a pris un très grand développement et deviendra une des ressources principales de la colonie. On a fait 38,000 tonnes de sucre dans la dernière campagne finissant au 31 mars dernier, sans compter la mélasse et le rhum. Il y a 70 moulins à canne, 10 distilleries, et l’on cultive la canne sur 16,000 hectares. En 1882-83, on n’avait fait que 17,000 tonnes de sucre.

Le froment, l’orge, l’avoine, le maïs, le coton, la vigne, la pomme de terre, sont également cultivés. On exporte en Angleterre 3,000 quintaux de coton. En tout, on compte, pour l’étendue de toutes les cultures, 60,000 hectares, et l’on exporte en sucre et en colon pour une valeur de 11 millions de francs.

Les forêts occupent la moitié de la superficie de Queensland. Elles donnent des bois estimés : le cèdre rouge et blanc, l’eucalyptus ou gommier rouge, blanc et bleu, les cyprès, les plus ou kauris, l’acacia, le bois de rose, le myrte, le chêne, le buis, le frêne, le santal. La plupart de ces essences sont recherchées pour l’ébénisterie et la charpente.

Les animaux indigènes sont semblables à ceux des autres colonies, sauf les serpens venimeux et l’alligator, dans les rivières du Nord. Sur les côtes, la baleine, le veau marin, le requin, la tortue, les huîtres perlières et la bêche de mer ou holothurie, que consomment les Chinois, donnent lieu à des pêches importantes dans le Nord, qui se font par le moyen de plongeurs indigènes, aidés de naturels polynésiens, de Malais, de Lascars, de Chinois. On y emploie les cloches à plongeur et le scaphandre. Les pêches produisent 1 à 2 millions de francs.

L’industrie pastorale, très répandue, occupe une étendue considérable de terrain, 110 millions d’hectares, dont 90 dans les districts non colonisés et 20 dans les districts colonisés. La valeur des terres aliénées en 1882 a été de 530 millions, et celle des terres louées pour le pâturage de 65 millions. La nature du sol et le climat favorisent le développement de l’élève du bétail. Les terres situées à l’ouest de la chaîne littorale se composent de plateaux élevés, d’un sol uni, peu boisé, mais bien arrosé, très bien fourni de pâturages, tandis qu’à l’est de la chaîne le terrain est très boisé et n’offre çà et là que quelques bonnes terres propres à l’agriculture.

Queensland, pour l’élève du mouton, marche ‘après Victoria et la Nouvelle-Zélande. Le nombre de moutons recensés en 1883 est de plus de 11,507,000 ; celui des bœufs, de 4,246,000 ; c’est la colonie qui en possède le plus. On compte 230,000 chevaux et 60,000 porcs. L’exportation des laines dépasse 25 millions de livres, 72,000 balles, en 1883-84, et toute l’industrie pastorale donne lieu à une exportation de 45 millions de francs. L’industrie manufacturière est remarquablement développée : moulins à eau et à vapeur, sucreries, scieries à vapeur, savonneries, tanneries, manufactures de tabac, fabriques d’arrow-root, fabriques de machines et d’instrumens agricoles.

Queensland a, comme toutes les colonies, des voies de terre et de fer en bon état. En 1882, elle a même commencé la construction d’une grande ligne ferrée transcontinentale entre Brisbane et Port-Darwin, dans le territoire du Nord.

Brisbane est le port principal et le plus grand marché de Queensland. Autrefois, il dépendait de Sydney pour une grande partie de ses expéditions. Depuis 1881, il est en rapport direct avec Londres par la ligne postale British-India et la malle Eastern and Australian, qui touche à tous les ports principaux de Queensland : Kepple-Bay, Bowen, Townsville, Cooktown, Somerset et l’Ile Thursday, va de là, par le détroit de Torrès, à Batavia, Singapore, Ceylan, Aden, Suez, Gibraltar et Londres. Cette ligne reçoit de la colonie 1,375,000 francs de subvention.

Brisbane est à 32 kilomètres de l’embouchure du fleuve dont elle a pris le nom. Elle fait les deux tiers du commerce de Queensland ; c’est le marché des laines ; du sucre, du coton, des viandes, des peaux, des suifs.

Le commerce extérieur de Queensland s’élevait, en 1883, à la somme de 287 millions de francs, dont 155 à l’importation et 132 à l’exportation. Le quart des échanges a lieu avec l’Angleterre.

Le mouvement de la navigation porte sur 2,057 navires, jaugeant 1,880,000 tonneaux ; il se fait principalement avec l’Angleterre et les colonies australiennes.

En 1883, les recettes de Queensland étaient de 2,583,000 livres et les dépenses de 2,243,000. Pour 1884, on estimait les recettes à 2,500,000 livres, et les dépenses à 2,411,000. Dans les dépenses entrent 1,100,000 pour les chemins de fer, 271,000 pour les autres travaux et services publics, ports, routes de terre, télégraphes, postes ; enfin 294,000 livres sont affectées à l’immigration. La dette publique, en 18S3, était de 14,908,000 livres.

Les colons de Queensland ont l’esprit encore plus entreprenant que ceux des autres colonies, cependant plus vieilles, plus expérimentées. Ce sont les colons de Queensland qui ont eu les premiers l’idée de mettre la main sur la Nouvelle-Guinée et, par suite, sur toutes les îles restées libres de l’Océan-Pacifique, et qui ont provoqué la formation de la grande convention australienne qui a eu lieu au mois de décembre 1883 à Sydney, où il ne s’agissait de rien moins que de constituer une grande fédération politique de toutes les colonies de l’Australasie.

A Queensland, les banques encouragent libéralement les entreprises de mines, d’élevage du bétail, de cultures industrielles, et un avenir des plus prospères parait réservé à ce pays, grâce à l’initiative, à l’esprit de spéculation et à la hardiesse particulière de ses habitans.

A Queensland, il n’y a pas d’église d’état. Avant 1861, on avait fait de grandes concessions de terres à diverses communions religieuses, qui les détiennent encore, franches de toute taxe.

L’instruction est obligatoire et gratuite. Il y a 341 écoles publiques élémentaires, avec 21,767 élèves, sans compter 90 écoles privées, avec 5,873 élèves. La colonie a dépensé, en 1882, 2,500,000 francs pour ses écoles, et cependant plus de 29 pour 100 de la population ne sait encore ni lire ni écrire. L’Australie du Sud. — L’Australie du Sud a été découverte en 1802 par le capitaine Flinders et explorée en 1830 par le capitaine Sturt. Elle comprend toute la partie centrale du continent australien entre l’Australie de l’ouest, d’une part, dont la sépare le 129e degré de longitude est, et d’autre part, à l’est, Victoria, la Nouvelle-Galles du Sud et Queensland. Au sud, l’Océan-Indien, appelé ici l’Océan Austral ; au nord, le golfe de Carpentarie et la mer des Arafoures, qui, tous les deux, font partie de l’Océan-Pacifique. Primitivement, les limites de l’Australie du Sud étaient fixées, à l’est et à l’ouest, entre les 132e et 141e degrés de longitude est, et entre le 20e degré de latitude sud au nord et l’Océan austral au sud. En 1863, par lettres royales, les limites furent étendues de manière à embrasser le territoire gisant au nord du 26e degré de latitude sud, et compris entre le 129e et le 138e degrés de longitude est.

L’Australie du Sud fut constituée en province anglaise en 1834, par acte du parlement britannique. L’année suivante, des terres furent concédées à une société de colonisation, qui y envoya des émigrans libres. Les terres ne pouvaient leur être vendues moins de 62 francs l’hectare. L’Australie du Sud n’a jamais reçu de convicts.

En 1842, on a découvert les mines de cuivre de Capenda ; puis, en 1844-1845, celles si fameuses de Burra-Burra, qui sont parmi les plus riches du monde. En 1856, l’Australie du Sud fut constituée en colonie indépendante. La population, qui n’était que de 17,366 habitans en 1844, s’élevait à 126,830 en 1861.

La constitution de l’Australie du Sud date de 1856. Le parlement, élu par le peuple, consiste en un conseil et une chambre. Le conseil, depuis 1881, comprend 24 membres, renouvelables par tiers tous les trois ans. Le pays est divisé pour cela en quatre districts électoraux, nommant chacun deux membres. L’exécutif n’a pas le pouvoir de dissoudre le conseil. Celui-ci est élu par toute la colonie, votant comme un seul destrict. Tout électeur doit avoir. vingt-un ans, être né Anglais ou naturalisé, avoir été six mois sur les listes électorales et avoir une propriété de 1,250 francs, ou payer une rente de 500 francs, ou un loyer de 525. Pour être membre du conseil, il faut avoir trente ans, être Anglais ou naturalisé, et résider dans le pays depuis trois ans. Le président du conseil est élu par les membres.

La chambre ou assemblée contient 40 membres, élus pour trois ans. Les électeurs doivent avoir vingt-un ans, être depuis six mois sur les listes électorales, et de même pour les membres élus. En 1882, on comptait 58,383 électeurs. Les juges, les ministres des diverses religions sont inéligibles. Le gouverneur est sir William Robinson. Il commande en chef les troupes, reçoit 125,000 francs, est aidé de six ministres : le chef secrétaire, l’attorney-général, le trésorier, le commissaire des terres de la couronne, celui des travaux publics et le ministre de l’instruction publique. Les ministres reçoivent 25,000 francs.

Un croiseur est affecté à la défense de la colonie.

L’Australie du Sud, en y comprenant le territoire du Nord, a une superficie de 2,320,775 kilomètres carrés on 232,977,500 hectares, et n’est dépassée en étendue que par l’Australie de l’Ouest. La population, en 1883, était estimée à 314,515 habitans. Le territoire du Nord ne renferme que 4,000 habitans, dont 1,000 de race blanche et 3,000 Chinois. On comptait dans l’Australie du Sud, en 1881, 7,659 Allemands, 2,734 Chinois, 6,346 aborigènes, et seulement 247 Français.

La capitale, Adélaïde, a 60,000 habitans avec les faubourgs, et 38,479 sans les faubourgs. Port-Adélaïde ou Clenelg a 3,000 habitans.

La découverte de l’or dans Victoria et la Nouvelle-Galles du Sud a retardé un moment la colonisation de l’Australie du Sud. En 1881, la différence entre l’immigration et l’émigration a été de 2,752 individus, et, en 1882, de 730 seulement. L’Australie du Sud a consacré en 1881, 525,000 francs, en 1882, 750,000 francs à favoriser l’immigration.

La colonie est divisée en comtés, hundreds et districts. Les comtés sont des divisions électorales, au nombre de trente-six. Les hundreds sont des lots de terrain rural ouverts à la colonisation agricole et non à l’exploitation pastorale. Les districts se divisent en districts urbains et ruraux ; c’est la division la plus importante au point de vue des intérêts locaux. Le territoire ouvert à l’industrie pastorale est divisé en cinq districts.

L’Australie du Sud est parsemée de plaines magnifiques, dont le sol est propice à l’agriculture et à l’élève du bétail. Les montagnes sont couvertes de forêts, de grands eucalyptus, et de charmantes vallées en descendent. On rencontre ça et là des plaines arides, désolées, pierreuses, sans bois, sans eau, mais où se cachent sous le sol des richesses minérales considérables.

Sur toute l’étendue de la ligne télégraphique transcontinentale qui court entre Adélaïde et Port-Darwin, on a constaté l’existence d’une sorte de grand désert australien, semé de quelques oasis, de terres à pâturage bien arrosées et où l’on’ a signalé en plusieurs points la présence de l’or.

Le littoral de l’Australie du Sud s’étend sur 2,300 kilomètres, échancré, sur la côte sud, de deux grands golfes, le golfe Saint-Vincent, où se trouvent le port d’Adélaïde et le golfe Spencer. Sur la côte nord, Port-Darwin ne le cède à aucun autre port d’Australie, excepté Port-Jackson, le port de Sydney. Port-Darwin est un port franc depuis 1875. Il exporte des lingots d’or, il est visité par la ligne de la compagnie des bateaux à vapeur néerlandais.

Le climat de l’Australie du Sud est remarquable par sa sécheresse, mais la chaleur y est rarement oppressive. Le pays convient aux Européens. Le ciel est bleu, le soleil brillant, l’air doux, les brumes sont rares, les ouragans inconnus. Il y a eu quelques petites secousses de tremblemens de terre. On divise le pays en deux régions, celle du Sud, où il tombe assez de pluie pour que le blé puisse pousser ; celle du Nord, où toute culture est impossible et où la terre ne produit que des pâturages. Là le climat est tropical ; la température, en été, s’élève à 36 degrés. Il y règne des fièvres intermittentes, occasionnées par les marais des terres basses.

L’Australie du Sud est riche en productions minérales, notamment en fer, mais surtout en cuivre. Les mines de Burra-Burra ont produit 10,000 tonnes en trois ans, de 1845 à 1848, valant 18 millions de francs. L’exploitation de ces mines a largement contribué à la prospérité de l’Australie du Sud. Il faut citer aussi les mines de Wallaroo et Moonta, découvertes en 1861.

De 1845 à 1876, en vingt-deux ans, la mine de Burra-Burra a produit 215,000 tonnes de minerai valant 100 millions de francs, soit une production moyenne de près de à millions par an. De 1873 à 1878, Wallaroo a donné 16,000 tonnes valant 8 millions de francs, soit une production annuelle de 1,350,000 francs. Moonta, de 1861 à 1878, a produit 338,000 tonnes valant 84 millions de francs, soit une moyenne de 5 millions par an.

On manque de combustible. Une grande quantité de minerai est envoyée dans la Nouvelle-Galles du Sud pour être convertie en lingots. On expédie aussi le métal en Angleterre. En 1882, on a ainsi envoyé à Londres, en minerai, mattes et lingots, pour une valeur de 6,600,000 francs. Une trentaine de mines sont exploitées. La baisse du cuivre, à partir de 1875, a ralenti considérablement les exploitations. La valeur totale du minerai et du métal produit en 1882 a été de 11,550,000 francs.

La colonisation de l’Australie du Sud ne s’est pas étendue à plus de 250 kilomètres des côtes. En 1883, plus d’un million d’hectares étaient cultivés, dont 800,000 en froment. C’est une des colonies qui produit le plus de blé. Elle en a exporté 7 millions 1/2 d’hectolitres en 1883, et, en 1882, la valeur du blé et des farines exportées a été de plus de 33 millions de francs.

On cultive l’orge, l’avoine, la pomme de terre, le lin, le chanvre, la vigne. La viticulture donne lieu à une industrie importante, à laquelle le climat est favorable ; les vins fins sont exportés, les qualités ordinaires consommées sur place. Ou fabrique des raisins secs ; on cultive en grand l’amandier et l’olivier, qui donne une huile excellente. Les bois sont exploités avec profit, comme les gommiers, les arbres à tan, les matières tinctoriales.

L’industrie pastorale est très développée. En 1883, on a recensé 6,667,000 moutons, 306,000 bœufs, 162,400 chevaux, 100,000 porcs. En 1882, on a expédié pour une valeur de 60 millions de francs de laine. Il faut tenir compte aussi de l’industrie manufacturière, qui va progressant. Il y a même des chantiers de construction de navires.

Le commerce de l’Australie du Sud s’est élevé à 300 millions de francs en 1882, dont l’Angleterre a pris la moitié. Les colonies australiennes, le Cap, Natal, ont fait le reste. Les pays étrangers ne font guère que 2 pour 100. En 1883, la valeur du commerce est descendue à 270 millions. L’exportation des céréales et des farines est de 40 millions de francs, celle du cuivre de 6,500,000 francs. On a expédié 121,000 balles de laines en 1883-84 et 120,000 en 1882-83. Adélaïde opère les deux tiers des échanges. Elle est à quarante jours de l’Angleterre par Southampton. C’est une jolie ville ; c’est l’entrepôt des laines, des céréales, des cuivres. Elle a été fondée en 1872 par deux colons qui ont donné pour cela chacun 1 million de francs.

Le mouvement de la navigation est de 2,156 navires, entrés et sortis, avec 1,200,000 tonneaux.

Le budget de la colonie, pour 1883, est de 2,060,140 livres sterling aux recettes et de 2,330,079 aux dépenses ; il se solde, comme on voit, en déficit. Les entrées comprennent les droits de douane, qui sont assez élevés, la vente des terres de la couronne, le rendement des chemins de fer, des postes, des télégraphes ; à Adélaïde, les tarifs des eaux et du port. En 1883, on voulait imposer la propriété. Aux dépenses, il y a les travaux publics, les avances aux immigrans et un tiers pour les frais d’administration, honoraires des juges, police, prisons. La dette est de 13,982,000 livres au 31 décembre 1883 ; elle remonte à 1852. L’avenir de la colonie est assuré par l’immigration, le développement de l’agriculture et de l’industrie pastorale, enfin par l’exploitation des mines.


IV. — L’AUSTRALIE DE L’OUEST, LA TASMANIE.

L’Australie de l’Ouest. — Jusqu’en 1826, aucune puissance européenne n’avait pris possession de la partie du continent australien située à l’ouest du 129e degré de longitude est L’autorité nominale du gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud ne s’étendait que sur le territoire placé à l’est de ce méridien. Le bruit ayant alors couru que la France avait l’intention de s’établir dans le pays, le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud envoya un détachement de soldats à King-George’s-Sound, à l’extrémité sud-ouest du territoire disputé, avec mission d’en prendre possession et d’y fonder une colonie. Ce premier essai n’eut d’autre résultat que de créer là une sorte de poste militaire.

En 1829, le capitaine Stirling retrouvait sur la côte ouest la rivière du Cygne, découverte par un navigateur danois en 1697, et arrivait avec 800 colons comme gouverneur de la nouvelle colonie, où le capitaine Freemantle venait de le précéder. Le port Freemantle et la ville de Perth, l’un à l’embouchure de la rivière du Cygne, l’autre à 10 kilomètres en amont, furent alors fondés. En 1830, arriva un nouveau convoi de 1,000 immigrans, auxquels on distribua des terres ; mais, en 1835, la colonie naissante faillit être abandonnée. En 1849, elle n’avait encore que 6,000 habitans. On y envoya des convicts, et les gens de Penh commencèrent à s’enrichir avec ces nouveaux consommateurs ; les squatters trouvaient là un écoulement à leurs produits. En 1859, la population comptait 14,837 habitans et, en 1867, 21,713. Les colons se plaignirent du contact des convicts, et, en 1868, l’Angleterre dut renoncer à la transportation.

Depuis ce moment, l’Australie de l’Ouest a repris courage, mais ses progrès ont toujours été lents à cause de l’éloignement où elle est des autres colonies, et c’est aussi la moins peuplée. Ses ressources sont cependant assez grandes, surtout au point de vue agricole. L’Australie de l’Ouest est la seule de toutes les colonies australiennes qui n’ait encore que des institutions représentatives et pas de cabinet responsable. Le gouverneur, nommé par la couronne, exerce le droit de veto en matière législative et de contrôle sur les employés publics. Il a nom M. Broome. Il n’y a qu’une chambre ou conseil législatif composé de 24 membres, dont 16 sont élus et 8 nommés. Tous les habitans ayant l’âge voulu et payant une rente ou loyer de 250 francs sont électeurs. Pour être élu, il faut posséder une terre de 25,000 francs.

Le gouverneur reçoit 62,500 francs. Il est assisté d’un conseil exécutif comprenant le secrétaire colonial, le géomètre en chef et le directeur des travaux publics.

La milice des volontaires comprend 575 hommes. Il n’y a pas d’armée régulière. Un torpilleur sert à la défense des côtes.

La superficie de la colonie est de 2,527,530 kilomètres carrés, ou 252,752,000 hectares ; c’est huit fois la superficie du royaume-uni, cinq Fois celle de la France. L’Australie de l’Ouest est environnée de trois côtés, au nord, à l’ouest, au sud par l’Océan-Indien, et elle est limitée à l’ouest par le 120e degré de longitude est, de sorte qu’on peut dire que l’Australie de l’Ouest est la partie du continent située à l’ouest du 129e méridien est. La longueur maximum du nord au sud-est de 2,050 kilomètres, et la largeur maximum, de l’est à l’ouest, de 1,280. Le développement du littoral est de 3,200 kilomètres. La portion occupée n’a que 960 kilomètres en longueur, du nord au sud, et 290 de largeur moyenne. Elle est comprise entre Albany ou King-George’s-Sound au sud et Géraldine-Mine, où sont les mines de plomb, sur la rivière Murchison, au nord, c’est-à-dire entre le 28e et le 35e degré de latitude sud.

La population de l’Australie de l’Ouest était, en 1883, de 31,700 hahitans, en augmentation de 934 sur le recensement de l’année précédente. Dans ce chiffre ne sont pas compris les aborigènes, dont la plupart occupent des territoires qu’on ne connaît aucunement ; il y en avait 2,346 en service dans la colonie en 1881. Il faut compter environ 2,000 convicts ou prisonniers. En 1879, il restait dans la colonie 54 convicts, dont la plupart vivaient à l’état de liberté, soumis au régime dit du ticket of leave, ou billet de congé, qui a été admis pour les libérés de la Nouvelle-Calédonie.

Perth, la capitale de l’Australie de l’Ouest, a 7,000 habitans, et, Freemantle, le port de Penh, 5,000.

L’excédent de l’immigration sur l’émigration n’a été que de 94 individus en 1882, de 67 en 1881, et, en 1880, il y avait eu excédent en sens contraire, c’est-à-dire 200 émigrans en plus des immigrans.

La région colonisée est divisée en douze districts, qui sont aussi des districts électoraux. Le sol est uni ou ondulé, jamais montagneux ; il y a de très beaux pâturages.

Le climat est un des plus beaux et des plus salubres de l’Australie. Il rappelle, dans la partie centrale, le climat du sud de l’Italie. On distingue deux saisons : la saison pluvieuse et la saison sèche.

Le pays renferme des mines de plomb, qui sont exploitées, et produisent quelques milliers de tonnes. On en exporte chaque année en Angleterre pour une valeur de 150 à 200,000 francs.

On cultive le blé et d’autres céréales, l’orge, l’avoine, le maïs, le riz, la pomme de terre, la vigne, les fleurs et les fruits de toutes les parties du monde, l’olivier, le mûrier ; mais la colonie dépend encore de l’Australie du Sud et de Victoria pour ses approvisionnemens en céréales. On pourrait y cultiver, dans les vallées bien arrosées des rivières du nord et du nord-est, le sucre et le café. Dans les forêts, on exploite le jarra ou acajou, le tuar ou gommier blanc, le kari, sorte de chêne.

On compte, en 1883, 1,315,155 moutons, 64,558 bœufs, 35,000 chevaux, 25,000 porcs. On envoie des chevaux à Singapore, à Batavia, dans l’Inde, qui sont très recherchés sur ces divers marchés.

On pèche sur les côtes les perles et les coquilles perlières. Deux cents navires récoltent pour une valeur de 2,500,000 francs de ces produits, surtout en coquilles. Les aborigènes sont employés dans ces poches comme plongeurs. On pêche aussi les tortues pour l’écaille. On exploite enfin le guano dans le nord ; autrefois, on y a pêché la baleine. L’industrie manufacturière se développe. Il y a des moulins à eau et à vapeur, des brasseries, des tanneries. Le gouvernement exploite une fabrique de sel.

Les communications maritimes avec l’Australie se font par des compagnies postales australiennes, recevant une subvention de 150,000 francs, et avec l’Europe par la ligne Péninsulaire et Orientale et la ligne Orient, qui touchent toutes les deux à Albany.

Perth est le chef-lieu de la colonie, la capitale du gouvernement ; Freemantle, le port principal. On en expédie le bois de jarra et de santal, les coquilles perlières, les perles, le bétail, les produits pastoraux, le guano, l’écaille de tortue.

Le commerce extérieur de la colonie était de 1 million de livres, en 1883, consistant en 28,000 balles de laine, 1,500 têtes de bétail, 12,000 tonnes de guano, 3,000 tonnes de minerai de plomb, 5,000 tonnes de bois de santal, 12,500 charges de bois de construction, 1,100 tonnes de coquilles de nacre. En 1882, on n’exportait que 11.000 balles de laine. La moitié du commerce se fait avec l’Angleterre, qui importe des vêtemens, du fer, de la bière, des cotonnades. La France reçoit le tiers des coquilles de nacre.

Le mouvement de la navigation porte sur 403 navires et 344,250 tonneaux ; le pavillon anglais domine. Les droits de douane sont de 10 pour 100 sur les marchandises importées, mais beaucoup plus élevés sur le vin, le sucre, le tabac, les spiritueux.

Le budget de la colonie est, pour 1883, de 316,711 livres aux recettes et de 240,566 livres aux dépenses. Les recettes sont fournies par les droits de douane, les licences, les loyers et la vente des terres, la redevance des mines. La dette était de 611,000 livres en 1883, consistant principalement en emprunts pour la construction des chemins de fer.

L’Australie de l’Ouest est la plus étendue, mais la moins peuplée des colonies australiennes. La position géographique en est bonne, mais l’éloignement des autres colonies est considérable, et une trop grande partie des terres sont désertes et infertiles. C’est pourquoi la colonie reste stationnaire et sa population a même une tendance à diminuer, de même que son bétail, au moins pour les bœufs. Il est probable cependant qu’elle deviendra peu à peu, quand elle sera assez peuplée et qu’elle aura pris rang dans l’industrie et le commerce, une colonie autonome comme ses aînées, et c’est ainsi que les territoires de l’Union américaine deviennent à leur tour des états à mesure qu’ils se peuplent et grandissent.

La Tasmanie. — C’est en 1642 que le Hollandais Tasman découvrit l’île au sud de l’Australie et lui donna le nom de terre de Van-Diemen. Cette terre resta plus d’un siècle sans être visitée par aucun Européen. En 1777, le capitaine Cook, et, en 1792, d’Entrecasteaux y abordèrent. En 1798, Bass, envoyé de Sydney, découvrit le détroit qui porte son nom et démontra ainsi le premier que cette terre était une île. En 1802, le commandant français Baudin visitait également ce pays. Enfin, en 1803, au retour d’un second voyage de Bass, le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud se décidait à fonder là un établissement pénitentiaire, d’autant plus que le bruit se répandait que les Français étaient prêts à occuper cette île. Les droits du roi d’Angleterre furent solennellement proclamés, le lieutenant Bowen arriva avec un détachement de soldats et seize convicts, hommes et femmes. Les naturels attaquèrent les colons, les soldats en tuèrent une trentaine. La même année, le colonel Collins, ayant jeté l’ancre à Port-Phillip, en Australie, avec 400 convicts, et, n’ayant pas trouvé l’endroit favorable, passait en Tasmanie. L’établissement qu’il fonda dans le Sud, sur la rive droite de la rivière Derwent, à l’embouchure, reçut le nom d’Hobart-Town, en l’honneur de lord Hobart, secrétaire d’état des colonies. Cette ville est aujourd’hui la capitale de la Tasmanie, connue sous le nom abréviatif d’Hobart. En 1804, un autre établissement pénitentiaire fut fondé à Port-Dalrymple, dans le Nord, à l’embouchure de la rivière Tamar. En 1813, ce port fut ouvert au commerce.

Dès cette époque, les colons libres cultivaient le blé ; mais des rôdeurs de bois ou bushrangers, qui n’étaient autres que des convicts échappes, faisant cause commune avec les aborigènes, occasionnaient de grands désordres. En 1821, on comptait 7, o00 habitons, possédant 180,000 moutons, 35,000 bœufs et 6,000 chevaux. Une étendue de 6,000 hectares était déjà cultivée, et l’on exportait à Sydney 7,000 hectolitres de blé.

En 1824, le pays demandait à être séparé de la Nouvelle-Galles du Sud et recevait sa première constitution en 1829. Les convicts ne tardèrent pas à gêner l’essor des colons, car ils étaient devenus trop nombreux. De 1846 à 1850, on en recensait 25,000, ou le double du nombre des habitans libres. Une ligue s’organisa pour l’abolition de la transportation. Déjà la Nouvelle-Galles du Sud était débarrassée des convicts depuis 1840. En 1851, on comptait à Van-Diemen 69,187 habitans.

Ce fut en 1853 que la transportation cessa tout à fait. L’année suivante, le nom de terre de Van-Diemen fut changé en celui de Tasmanie pour effacer jusqu’au mauvais renom que les convicts avaient laissé. En 1856, eut lieu la première réunion du parlement tasmanien, et dès lors l’avenir de cette belle colonie fut assuré.

La constitution qui régit la Tasmanie date de 1871. Le parlement est formé d’un conseil et d’une chambre. Le conseil est composé des 6 membres élus par les citoyens qui possèdent une propriété rendant 750 francs par an, ou paient un loyer ou une rente de 5,000 francs, ou ont une commission dans l’armée ou la marine, ou un grade universitaire, ou sont dans les ordres religieux. Chaque membre est élu pour six ans.

L’assemblée renferme 32 membres, élus par des propriétaires de maisons dont le revenu est de 175 francs, ou par ceux qui ont une propriété terrienne de 1,250 francs et tous ceux qui ont une commission ou possèdent un grade. L’assemblée est élue pour cinq ans.

Le gouverneur est le major-général Strahan. Il commande les troupes de la colonie, reçoit 87,500 francs et est aidé par un cabinet de cinq ministres : le premier et attorney général, le secrétaire colonial, le trésorier colonial, le ministre des terres et des travaux publics. Chaque ministre reçoit 17,500 francs et doit avoir un siège dans les chambres.

Les régimens des fusiliers volontaires comptent 322 hommes, et trois batteries d’artillerie 248 hommes. Il y a quatre batteries sur la Derwent et une sur la Tamar. Un torpilleur sert à la défense de l’île.

La Tasmanie a la forme d’un triangle où plutôt d’un cœur. Sa longueur est de 272 kilomètres, sa largeur de 256. Elle est située entre le 40° 33’ et le 43° 39’ de latitude sud. Elle est entourée d’un groupe d’Iles au nombre de cinquante-cinq, dont fait partie l’archipel de Furneaux, à l’extrémité est du détroit de Bass. La superficie de l’Ile est de 68,309 kilomètres carrés ou 6,831,000 hectares ; c’est la surface de l’Irlande ou de la Belgique et de la Hollande réunies.

La population, en 1883, était de 126,220 habitans, en augmentation de 3,741 sur 1882. La population d’Hobart était, en 1882, de 21,118 habitans, et celle de Lanceston, la seconde ville de Tasmanie, de 12,753. Depuis 1876, il ne reste plus en Tasmanie un seul aborigène ; en 1815, on en comptait encore 5,000, on les a traqués et massacres sans pitié. Ici, comme dans les Antilles, la population indigène a entièrement disparu.

En 18SI, il y avait en Tasmanie 4,195 étrangers, dont 845 Chinois et 782 Allemands.

L’excédent de l’émigration sur l’immigration a été, en 1882, de 1,419 individus. Le mouvement se fait surtout entre les colonies australiennes et la Tasmanie, et l’augmentation de population, depuis 1861, résulte plutôt de l’excédent des naissances sur les décès que de la supériorité de l’immigration sur l’émigration. La colonie a adopté, comme la plupart des autres, le système de l’immigration assistée.

L’instruction est obligatoire. Il y a 176 écoles publiques fréquentées par 13.644 écoliers et quatre grands collèges. Un conseil supérieur d’éducation passe des examens et distribue des diplômes. Au recensement de 1881, il a été constaté que 27 pour 100 de la population ne savait ni lire ni écrire.

Au point de vue administratif, la Tasmanie est divisée en dix-huit comtés, subdivisés en paroisses. Le pays est traversé par deux chaînes de montagnes : la chaîne de l’est, où le pic Ben-Lomond s’élève à 1,527 mètres, et la chaîne de l’ouest, avec le mont Wellington haut de 1,542 mètres, et le mont Cradle de 1,545. Une partie de la Tasmanie rappelle la Suisse. Le pays est bien arrosé et les rivières Derwent à l’est, Tamar, au nord, Gordon, à l’ouest, sont en partie navigables. Des lacs du plateau central descendent des cours d’eau. Les côtes sont escarpées, rocheuses, pittoresques. Elles sont éclairées par des phares, dont deux sur des îles, au nord, les îles King et Kent, établis à frais communs avec Victoria et la Nouvelle-Galles du Sud.

Le climat est enchanteur, remarquable par sa douceur et la grande pureté de l’air. Il est sain, fortifiant, et les habitans présentent des cas de longévité curieux. La chaleur est tempérée par les brises de terre et de mer. La température moyenne de l’été, à Hobart, est de 17 degrés ; la température moyenne de l’année, de 13 degrés. Les orages sont peu fréquens, rarement violens.

La Tasmanie produit l’or. Il y a 2,200 mineurs, dont 1,600 sur les alluvions et 600 dans les filons de quartz. On extrait pour 5 à 6 millions de francs d’or. La Tasmanie fournit aussi l’étain, exploité depuis 1872. On extrait 6,000 tonnes de minerai valant de 8 à 9 millions de francs. On forge aussi Un fer et un acier de qualité supérieure, 2,500 à 3,000 tonnes ; enfin ou exploite la houille, 12 à 15,000 tonnes par an. Tous les grains, tous les fruits poussent en Tasmanie. On y rencontre aussi des bois de haute futaie.

La superficie des terres domaniales vendues ou concédées s’élève à 2 millions d’hectares, dont 800,000 pour le pacage du bétail, on cultive les fèves, les pois, le houblon pour la fabrication de la bière, à laquelle le climat est très propice. On fait 400,000 hectolitres de blé. On exporte des fruits et des conserves de fruits.

L’industrie pastorale, en 1883, porte sur 2 millions de têtes, dont 1,831,000 moutons, 130,500 botes à cornes, 50,000 porcs et 30,000 chevaux. On expédie 9 à 10 millions de livres de laine, valant 10 millions de francs.

L’industrie manufacturière est assez développée. On cite une vingtaine de brasseries, dont les produits sont consommés sur place ou exportés dans les colonies voisines, des minoteries, des tanneries, des scieries, des fabriques d’instrumens agricoles.

On pêche sur les côtes le veau marin, le phoque, la baleine, dont on vend l’huile. Le saumon, la truite, la perche, ont été introduits d’Angleterre dans les rivières.

Les communications maritimes sont régulières et fréquentes avec Melbourne, Sydney, la Nouvelle-Zélande. Des navires à voiles, de 6 à 700 tonneaux, viennent de Londres, par le Cap, charger la laine.

Hobart, la capitale, est le principal marché des laines, avec un port bien abrité, qui peut recevoir les plus grands navires. Elle fait pour 40 à 50 millions de francs d’échanges, 50 pour 100 du montant du commerce de la colonie, a un mouvement de 200,000 tonneaux. Lanceston, la seconde ville de Tasmanie, fait 33 pour 100 des échanges, 25 à 30 millions de francs et a un mouvement de 150,000 tonneaux.

Le commerce extérieur de la colonie a été, en 1883, de 89 millions 1/2 de francs, 7 millions de plus qu’en 1882. L’exportation comprend la laine pour 20,000 balles, l’étain, l’or, l’huile de baleine, l’écorce, les peaux. Les droits d’importation portent sur une vingtaine d’articles. Le quart du commerce se fait avec l’Angleterre, le quart avec Victoria, le reste avec les autres colonies.

Le mouvement de la navigation est de 1,451 navires à l’entrée, jaugeant 417,418 tonneaux. La marine-marchande enregistrée se compose de 223 navires à voiles et à vapeur, jaugeant 22,594 tonneaux.

Le revenu de la colonie a été de 562,200 livres pour 1883, et les dépenses de 533,000 livres. La dette publique atteint près de 2 millions 1/2 de livres.

Le gouverneur, dans son dernier discours d’ouverture au parlement, a demandé à être autorisé à émettre un emprunt de 7 millions de livres, destiné principalement à subvenir à la construction des chemins de fer.

Les affaires se sont ralenties récemment en Tasmanie, comme dans quelques autres colonies australiennes. Néanmoins, l’avenir de la colonie est assuré. Les colons sont très travailleurs et doués d’une grande patience, d’un grand courage et de beaucoup d’entrain comme dans toutes ces colonies. En outre, la Tasmanie a pour elle, outre l’élève du bétail, l’agriculture, l’industrie, les mines, le commerce.


V. — LA NOUVELLE-ZÉLANDE, LES ILES FIDJI.

La Nouvelle-Zélande. — Cette colonie a été découverte par Tasman en 1642, la même année que la terre de Van-Diemen. Il lui donna le nom qu’elle porte, en souvenir de son pays natal, la Zélande. Plus d’un siècle après, en 1769, Cook prenait possession du pays au nom du roi d’Angleterre et crut que c’était là un continent. Ces îles étaient habitées par les Maoris, de race polynésienne ou kanaque ; on sait qu’ils prétendent tirer leur origine des indigènes de Taïti ou des Sandwich, qui seraient venus jusque-là sur leurs jonques, à la faveur des vents alizés. Le fait est qu’ils parlent la même langue, ont les mêmes traits, obéissent aux mêmes coutumes que les Taïtiens ou les Hawaïens, comme d’ailleurs presque tous les Polynésiens.

Les Maoris sont robustes, de forme athlétique, braves, intelligens. Ils naviguent au loin sur des pirogues, tissent les fibres végétales, fabriquent des filets de pêche, des lances, des armes, des massues de pierre, de bois, d’os de baleine. Ils se tatouent la figure et le corps, cultivent la patate, se nourrissent de ce farineux, de poisson, et de chair humaine. Presque tous les Polynésiens sont anthropophages.

De bonne heure, la Nouvelle-Galles du Sud entra en relations avec la Nouvelle-Zélande pour ses pêcheries de baleine et de veau marin. En 1787, la Nouvelle-Zélande fut même attachée virtuellement à la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud ; mais, jusqu’en 1814, aucun blanc ne vint s’y établir. A cette époque, arrivèrent des missionnaires, puis des colons. En 1832, le gouverneur de Sydney y envoya, un résident. Six ans après, en 1838, il y avait déjà 2,000 sujets anglais, et, l’année suivante, une compagnie se forma à Londres pour acheter des terres et y envoyer des immigrons. En 1840, le capitaine Hobson fut nommé lieutenant-gouverneur et la souveraineté de l’Angleterre proclamée en présence des chefs -indigènes, qui, après une certaine opposition, finirent par l’accepter. Un traité fut signé avec eux à Waitangi.

Trois ans à peine s’étaient écoulés que les indigènes se soulevèrent. La lutte dura jusqu’en 1866. Elle recommença neuf ans après. Entre temps, en 1852, le pays avait reçu sa constitution ; il comptait alors 27,000 habitans de race blanche. En 1862, la population avait quadruplé, elle était de 100,000 habitans, et, en 1864, de 172,000. Malgré cela, la paix ne régnait pas encore, et l’on eut à redouter, pendant quatre ans, de 1861 à 1865, des guerres de partisans.

Depuis 1871, le pays est tranquille. La population atteignait alors le chiffre de 256,000 habitans. En 1875, la constitution fut révisée. Elle est analogue à celle des autres colonies.

Le pouvoir législatif est exercé par le gouverneur et une assemblée générale composée de deux chambres : le conseil législatif et la chambre des représentons. Le conseil renferme quarante-cinq membres nommés à vie par la couronne, et la chambre des représentans quatre-vingt-dix-neuf membres élus par le peuple pour trois ans. Parmi les membres de la chambre des représentans, il y a quatre indigènes élus par les natifs.

Pour être électeur, il faut avoir résidé dans la colonie six mois, être âgé de vingt et un ans, avoir une propriété de 625 francs. Pour les Maoris, il faut le même âge, être inscrit aux rôles des contributions ou avoir une propriété de 625 francs. En 1882, on comptait 120,263 électeurs, Européens ou résidens, et 918 Maoris, propriétaires ou inscrits aux rôles.

Le gouverneur est sir Drummond Jervois. Il commande en chef les troupes, reçoit 125,000 francs, plus 62,500 francs d’allocations. Huit ministres, dont un indigène, sans portefeuille, composent le conseil exécutif : le premier et trésorier colonial et commissaire des douanes, le ministre des terres et de l’immigration, le ministre des affaires indigènes, le secrétaire colonial et ministre de la justice et de l’éducation, le ministre des travaux publics, l’attorney général, le directeur général des postes et commissaire des télégraphes.

La milice des volontaires comprend 10,294 hommes, et la police armée 1,404 officiers et policemen. Quatre torpilleurs de second rang sont affectés à la défense de la colonie.

La Nouvelle-Zélande se compose d’un très grand nombre de petites îles et archipels qu’on se plaît à y rattacher, et de trois îles principales : l’Ile du Nord, l’Ile du Milieu, la plus grande, et l’Ile du Sud ou Stewart. L’Ile du Nord porte en maori le nom de Te Ika a Maui ou le poisson des Maoris ; l’île du Milieu s’appelle Te wahi Punamu ou le pays des roches vertes, et l’Ile Stewart, la plus petite, Rakiwa. Il y a aussi à l’est, à 480 kilomètres, le groupe des îles Chatham. Le détroit de Cook sépare les deux grandes lies ; et le détroit de Foveaux, l’Ile du Milieu de l’Ile Stewart.

L’archipel dont nous parlons est situé à 1,020 kilomètres au sud-est du continent australien, et compris entre les 34e et 48e degrés de latitude sud. Il est à peu près aux antipodes de l’Angleterre. L’Ile du Nord a 800 kilomètres de long sur 400 de largeur maximum, l’île du Sud 800 kilomètres de long sur 250 à 320 de large, et l’Ile Stewart n’a que 48 kilomètres de long sur 40 de large.

La superficie totale de toutes les îles qui composent la Nouvelle-Zélande est de 272,824 kilomètres carrés, ou 27,282,400 hectares, et cette superficie est presque équivalente à celle des Iles-Britanniques. On peut dire que les trois îles ont ensemble une longueur de 1,650 kilomètres, une largeur moyenne de 320, et un développement de côtes de 4,800 kilomètres. Ce littoral est éclairé par 23 phares, dont 14 à grande portée, et offre à la navigation 28 ports.

La population de la Nouvelle-Zélande était, en 1883, de 540,877 habitans. On compte environ 44,000 Maoris, principalement concentrés dans l’île du Nord. Leur nombre a beaucoup décru jusqu’en 1858, où ils n’étaient plus que 43,595. Depuis, ils ont un peu augmenté, comme on le voit. Les Maoris sont gouvernés par un roi qui était récemment venu en Angleterre avec ses grands chefs pour présenter diverses réclamations à lord Derby : il s’appelle Tawhiao.

Il y a, dans la Nouvelle-Zélande, 5,000 Chinois, occupés principalement aux mines d’or, et sur lesquels on ne recense que 9 femmes. Parmi les étrangers, il faut surtout compter les Allemands, au nombre de 4,819.

Dunedin, dans l’Ile du Sud, sur la côte orientale, a 24,372 habitans, et avec les faubourgs, 42,802 ; c’est la ville la plus peuplée de toute la Nouvelle-Zélande.

Auckland, dans l’Ile du Nord, sur l’isthme et la péninsule d’Auckland, et sur le golfe d’Auraki, a 16,664 habitans, et avec les faubourgs, 39,966. C’est la seconde ville de la Nouvelle-Zélande.

Wellington, dans l’Ile du Nord, sur le détroit de Cook, siège du gouvernement depuis 1864 (auparavant c’était Auckland), a 20,563 habitans ; Christchurch, dans l’Ile du Sud, sur la côte orientale, au nord de Dunedin, en a 15,213, et avec les faubourgs, 30,970.

L’excédent de l’immigration sur l’émigration a été de 18,723 individus en 1879, de 11,231 en 1880, et seulement de 1,655 en 1881. Il s’est relevé à 3,489 en 1882. De 1870 à 1879, l’agent général de l’immigration pour la Nouvelle-Zélande avait expédié 100,000 immigrans, soit 10,000 par an. La population de la Nouvelle-Zélande augmente plus rapidement que celle d’aucune autre colonie, autant par suite de l’excédent des naissances sur les décès que par la supériorité de l’immigration sur l’émigration, et parce qu’enfin, l’immigration est assistée, encouragée à prix d’argent.

Il n’y a pas d’église d’état, et l’état ne secourt aucune église. Seule, l’église anglicane a obtenu au début certaines dotations qu’elle retient. L’instruction est obligatoire et gratuite. L’université de la Nouvelle-Zélande n’est qu’un corps qui fait passer des examens et accorde des diplômes. Il a des collèges affiliés. L’université de Dunedin a des professeurs qui vont faire des conférences dans les différentes facultés. Il y a 911 écoles publiques avec 87,179 élèves, et 262 écoles privées avec 10,000. Les écoles indigènes soutenues par l’état sont au nombre de 71, avec 2,260 élèves. Il y a 17 collèges, avec 1,900 élèves. Les dépenses pour l’instruction publique sont de 6,200,000 francs. La proportion de ceux qui ne savent ni lire ni écrire est d’environ 8 pour 100.

La colonie est divisée en 9 districts provinciaux : 4 dans l’île Nord, 5 dans l’Ile du Sud, divisés tous ensemble en 62 comtés, dont 32 dans l’île du Nord, 29 dans l’île du Sud, et 1 dans l’île Stewart.

Le pays est montagneux et d’origine entièrement volcanique. Dans l’île du Nord, le Tongariro, qui a 1,829 mètres, est un volcan en activité ; le pic Ruaperhui a 2,773 mètres, et tous les deux sont au centre de l’île. Le mont Egmont, volcan éteint, cône isolé de 48 kilomètres de diamètre, est couvert de neige au sommet.

Dans l’île du Sud, les Alpes australes s’étendent sur 320 kilomètres, et sont couvertes de neige. Le mont Cook a 4,024 mètres, le mont Nelson, 2,438.

Le lac Taupo, dans l’île du Nord, au centre, a la superficie du lac de Genève ; l’altitude est de 380 mètres.

Le climat de la Nouvelle-Zélande est agréable, salubre, il varie suivant le point qu’on habite. La température moyenne est de 14 degrés 1/2 dans l’île du Nord, 11 degrés 1/2 dans l’île du Sud. La neige tombe rarement. Il y a de grandes brises du nord-ouest et du sud-ouest, et des coups de vent, des ouragans. Le mouvement giratoire des cyclones est celui de l’hémisphère sud, de même sens que celui des aiguilles d’une montre, c’est-à-dire de gauche à droite. Des tremblemens de terre surviennent de temps à autre, mais sans causer de dommages.

La Nouvelle-Zélande est riche en or. On l’y a découvert en 1857, et l’on a extrait, de 1857 à 1879, en vingt-deux ans, pour 904 millions de francs d’or, ou 41 millions par an. Il y avait 14,300 mineurs, dont 3,000 Chinois. La production décroît depuis 1877, où ; elle est tombée à 37 millions ; elle n’a été que de 25 millions en 1881. On a fait construire dans la Nouvelle-Zélande, comme en Californie, de grands canaux pour amener l’eau sur les terres, les sables et les graviers aurifères ; on a dépensé, à certains de ces travaux hydrauliques, 11,250,000 francs.

Le cuivre, l’argent, le plomb, l’étain, ont été reconnus. Le fer est exploité. Le sable ferrugineux, iron sand, recueilli sur le bord de la mer, produit un fer et un acier excellent.

La houille est exploitée activement, le pétrole aussi et le soufre. On produit sur cinquante houillères 350,000 tonnes par an de bonne houille, analogue à celle de la Nouvelle-Galles du Sud.

Le climat et le sol conviennent parfaitement à la culture de toutes les fleurs, de tous les fruits d’Europe. L’agriculture se développe de plus en plus et attire les capitaux. Les trois quarts de la superficie du pays sont propices à la culture et aux pâturages ; mais une partie des terres sont encore entre les mains des indigènes, bien que les colons les envahissent de plus en plus en dépit des traités. Une étendue de 500,000 hectares est cultivée en céréales, dont 160,000 pour le blé. On cultive aussi le coton. La production en blé est de 3,710,000 hectolitres et celle en avoine atteint près de 4 millions. A ces produits il faut ajouter le phormium tenax, ou chanvre de la Nouvelle-Zélande, la Comme kauri, le bois scié. On expédie en Angleterre pour 25 millions de francs de blé et de farine de froment, et 5 millions de Comme kauri.

Le nombre de têtes de bétail atteint 14 millions et demi, dont 13, 384,075 moutons, 698,637 bêtes à cornes, 161,736 chevaux et 200,083 porcs ; on a recensé 1,563,216 volatiles de basse-cour.

En 1858, la Nouvelle-Zélande ne possédait que 1,523,324 moutons ; mais, eu 1874, elle en avait déjà 11,704,853.

La Nouvelle-Zélande vient au second rang pour le nombre des moutons, au troisième pour l’expédition de la laine, après la Nouvelle-Galles du Sud et Victoria. Elle en expédie 70 millions de livres, et c’est en valeur près de la moitié de toutes ses expéditions.

La pêche de la baleine occupe une quinzaine de navires, jaugeant 3,525 tonneaux et livrant pour 1 million de francs d’huile.

L’industrie manufacturière comprend principalement la minoterie, les brasseries, les filatures de phormium, les fabriques de drap, les tanneries, les fonderies, les scieries, les chantiers de construction de navires. Il y a 800 fabriques, occupant 10,000 ouvriers, avec une force de 5,000 chevaux-vapeur. La Nouvelle-Zélande communique par un câble sous-marin avec la Nouvelle-Galles du Sud. Ce câble part de Nelson, dans l’Ile du Sud, et touche à Sydney.

Des communications maritimes régulières sont établies entre tous les ports des trois lies, puis avec Melbourne et Sydney. Enfin, les steamers de la malle du Pacifique vont d’Auckland et même de Sydney à San-Francisco, en touchant à Fidji et aux Sandwich. On gagne l’Angleterre par le chemin de Ter transcontinental du Pacifique, dont le terminus est à New-York, d’où partent tous les grands steamers transatlantiques. La durée totale du voyage est la même que par le canal de Suez, quarante-quatre jours.

Auckland est la plus grande ville de l’île du Nord. Elle est le chef-lieu de la province dont elle porte le nom et l’un des plus beaux ports de la colonie. Elle possède des quais étendus, des jetées, des docks. Elle a été pendant quelque temps le siège du gouvernement. C’est une ville commerçante, maritime et manufacturière.

Wellington, à la pointe sud de l’Ile du Nord, est la capitale de la Nouvelle-Zélande et le chef-lieu de son district provincial. Elle est sur le détroit de Cook, et a été choisie en 1864 comme siège du gouvernement à cause de sa position centrale. Elle a des quais spacieux, une cale pour la réparation des navires. Quand le canal de Panama sera percé, Auckland augmentera encore d’importance et deviendra un port de premier ordre. D’Auckland à Liverpool, par Suez, il y a 12,700 milles marins, et par le cap Horn 12,060. Par Panama, il n’y aura que 11,560 milles.

Dunedin, dans l’Ile du Sud, au fond d’une baie, fondée en 1848, est la plus peuplée, la plus grande, la mieux bâtie de ces villes, la première place maritime et commerciale de la Nouvelle-Zélande. L’exploitation de l’or a commencé sa fortune. Elle en a expédié jusqu’en 1883 pour une valeur de 400 millions, dont 5 millions seulement en 1882. Pour la même année, 53,000 balles de laine sont parties.

Le commerce extérieur de la Nouvelle-Zélande est de 383 millions de francs pour 1882, dont près des trois quarts avec l’Angleterre, et seulement 377 millions en 1883. Les échanges ont décuplé en vingt ans, de 1850 à 1878. A l’exportation, la laine entre pour 87 millions de francs ou 220,000 balles, puis viennent l’or, le blé, le suif, la graisse, la stéarine, la Comme, les viandes conservées, le phormium, le coton, l’huile de baleine.

Le mouvement de la navigation est de 1,564 navires, jaugeant 899,836 tonneaux. Le pavillon anglais y entre pour 730,000 tonneaux, les neuf dixièmes.

La marine marchande néo-zélandaise comprend 272 navires à voiles et à vapeur, jaugeant 72,400 tonneaux. Le revenu de la colonie, pour 1883, a été de 3,871,000 livres et les dépenses de 3,924,000. Le revenu est produit par les droits de douane, les chemins de fer, le timbre, la taxe foncière, l’excise sur la bière, la vente des terres, la redevance des mines, le droit d’exportation sur l’or.

Pour 1884, les dépenses sont estimées à 4,024,216 livres et le revenu à 4,055,513. La dette, en 1883, était de 31,387,400 livres, soit 58 livres par tête ou 1,450 francs. La Nouvelle-Zélande est de beaucoup la plus endettée de toutes les colonies australiennes, et c’est même, relativement, un des pays les plus endettés du globe, sinon le plus endetté. Sa dette est proportionnellement deux fois plus forte que celle de la France.

L’avenir de la Nouvelle-Zélande n’en est pas moins des plus brillans. Sa position géographique est très heureuse, et c’est de toutes les colonies australiennes celle qui va profiter le plus de l’ouverture du canal de Panama. Avec la vente de ses chemins de fer, elle amortira la plus grande partie de sa dette.

Les iles Fidji. — La colonie de Fidji, qu’on appelle aussi les îles ou l’archipel de Fidji ou Viti, fait partie de la Polynésie, mais pourrait aussi se rattacher à la Malaisie ou à la Mélanésie ; car les naturels sont un mélange de Malais et de Papous. Il y a de nombreux immigrans venus des Nouvelles-Hébrides et des îles Salomon. Les Iles Fidji ont été découvertes en 1743 par Tasman, qui revenait de la Nouvelle-Zélande, et visitées en 1774 par Cook. En 1824 ; 27 convicts, échappés de la Nouvelle-Galles du Sud, s’y établirent. Les missionnaires wesleyens anglais y vinrent en 1832 et les pères maristes français en 1845. On compte parmi les indigènes 112,000 wesleyens et seulement 8,000 catholiques.

En 1854, un chef offrit vainement à l’Angleterre la souveraineté de ces îles. Vingt ans après, en 1874, la souveraineté fut acceptée et les Fidji proclamées colonie anglaise. Des chartes de 1875 et 1877 ont réglé le mode de gouvernement. Les îles sont sous la dépendance de la couronne et sont administrées directement par le gouvernement britannique, qui délègue un représentant ou gouverneur, lequel a le contrôle en matière législative et dans l’administration. Sir Arthur Gordon est gouverneur depuis le 1er septembre 1875. Il est assisté d’un conseil exécutif et d’un conseil législatif ou colonial.

L’archipel des Fidji est situé par les 15e et 22e degrés de latitude sud, à 2,816 kilomètres au nord-est de Sydney. Il couvre une superficie de 20.801 kilomètres carrés ou 2,080,100 hectares, plus grande que celle de toutes les Antilles britanniques, et comprend deux cent vingt-cinq îles ou îlots, dont cent sont habités ; les principales sont : Viti-Levu ou la Grande-Viti, Vanua-Levu ou la Grande-Terre, Vuna, Kamea, Koro, Ovalau, Kandavu. Il y a, comme dans toute la Polynésie, des îles volcaniques, à l’aspect sauvage et grandiose, et des îles de coraux, bâties par les polypiers, « ces faiseurs de mondes, » comme disait Michelet, et couronnées pittoresquement de bouquets de cocotiers. Ces dernières îles sont de forme circulaire ou ovale, la mer occupe le milieu du cercle, ce qu’on appelle le lagon ; souvent un volcan sous-marin est au fond de l’eau, autour duquel les polypiers ou madrépores ont bâti leurs murs de coraux.

Le climat des Fidji est salubre et la chaleur tropicale est tempérée pendant neuf mois par les vents alizés du sud-est.

La population de toutes les îles était, en 1882, de 130,270 habitans. Il y avait 2,000 Européens, Anglais, Allemands, créoles. La différence entre l’immigration et l’émigration a été de 2,3A6 individus en 1880. En 1878, la Polynésie orientale a fourni 1,500 travailleurs. Un envoi de coolies de l’Inde, en 1879, n’a guère réussi.

Viti-Levu, la plus grande des îles, est presque aussi étendue que la Jamaïque et renferme 50,000 habitans. Elle est arrosée par de nombreuses rivières, dont une, Rewa, est navigable. Vanua-Levu a 30,000 habitans. Son étendue est trois fois celle de l’île Maurice, notre ancienne île de France.

Les indigènes fabriquent des canots et se livrent activement à la pêche. On cultive les céréales, notamment le maïs, le riz, et les arachides, la canne à sucre, le café, le colon, le tabac, la patate douce, l’igname, l’arrow-root. On exploite les bois de construction, surtout le kauri ou pin de la Nouvelle-Zélande. On récolte les noix de coco pour en retirer l’huile et la fibre. On a commencé à introduire des machines pour les sucreries. Le café est d’excellente qualité ; on espère égaler un jour la production de Ceylan.

Les îles renferment des mines de cuivre et de plomb qu’on travaille. On pêche le poisson, les anguilles, les huîtres perlières, les tortues de mer, le trépang. Cette dernière pêche est faite par les Chinois, qui envoient chez eux ce produit de la mer, dont ils sont très friands.

On élève 10,000 bêtes à cornes, autant de chevaux ! 11 y a des porcs sauvages. Les poules, les dindons, les oies, tous les volatiles de basse-cour ont été introduits par les Européens.

Lévuka, dans la petite île d’Ovalau, est la capitale, le port principal ; il faut citer aussi Suva, à l’embouchure de la grande rivière Riwa, dans l’île de Viti-Levu.

Le commerce des îles Fidji était estimé, pour 1880, à 10 millions 1/2 de francs, et à 12 millions 1/2 pour 1882. Il s’opère principalement avec l’Angleterre, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Galles du Sud. Avec ces deux colonies, les communications sont régulières et fréquentes ; la malle du Pacifique, qui part de Sydney, touche à Auckland et aux Fidji et va de là aux Sandwich et à San-Francisco. En 1882, les importations ont dépassé 7 millions 1/2. On importe des draps, de la quincaillerie, des viandes conservées, des bois de construction, de la bière ; des chaussures, des vins, des liqueurs, de l’huile, du savon, et l’on exporte le coton, le sucre, le café, le maïs, l’huile de palme et de coco, les arachides, le trépang. L’exportation de ce dernier article, qui se fait principalement pour la Chine, est de 4,000 livres, valant une centaine de mille francs.

Le mouvement de la navigation a été, en 1880, de 307 navires, jaugeant 65,622 tonneaux. Le tonnage s’est élevé à 71,112 tonneaux en 1881 et à 87,525 en 1882.

La navigation locale et le cabotage comprennent 72 schooners ou cutters de 50 à 100 tonneaux, et 50 chaloupes ou pirogues, pontées ou non, de 5 tonneaux et au-dessous.

Les îles Fidji font désormais partie de l’Australasie et ont été représentées à la convention internationale de 1883 à Sydney. Elles sont appelées à un brillant avenir, surtout par le percement prochain de l’isthme de Panama. Bien qu’elles soient restées ce qu’on appelle une colonie de la couronne, les Australiens, en leur faisant accueil lors de la convention de Sydney, ont proposé de réserver uniquement ce titre aux prochaines annexions qu’ils préparent dans le Pacifique avec tant d’entrain, et, en même temps, hélas ! tant de jalousie et d’animosité contre la France.


VI. — LA CONFÉDÉRATION AUSTRALASIENNE.

L’Australie s’est toujours émue de notre système de transportation en Nouvelle-Calédonie inauguré en 1864, et elle a pris ombrage du projet qu’aurait maintenant la France d’y reléguer ses récidivistes. Les transportés et les libérés s’échappent de Nouméa, nous dit-on, débarquent à Brisbane, Sydney, Melbourne, y sèment le désordre, le vol, l’assassinat. Les Australiens ne veulent pas que la transportation soit continuée en Nouvelle-Calédonie, ni surtout que nos récidivistes y soient relégués. Ils savent ce qu’on souffre du voisinage des convicts, et ils en ont trop pâti. Ils indiquent à la France pour la relégation de ses criminels la Guyane et nos autres colonies, et, au besoin, ils lui proposent une chose que la France ne saurait admettre, parce que c’est une offre de Gascon, c’est-à-dire l’échange, le troc entre la France et l’Angleterre de la Nouvelle-Calédonie contre les îles Falkland. Ce sont là nos anciennes Malouines, où Bougainville, en 1763, amena une colonie de braves marins de Saint-Malo. C’est un pauvre archipel, perdu au fond de l’Atlantique, qui n’a pas plus de 1,600 habitans, lesquels ne font qu’un peu de pêche et pas du tout de commerce. En déposant là nos récidivistes, nous y gagnerions sans doute l’animosité de la république Argentine, qui a possédé un moment ces îles, de 1820 à 1833, et qui serait encore plus voisine de nos récidivistes que l’Australie de ceux de la Nouvelle-Calédonie. Il n’y a que 800 kilomètres des Falkland au détroit de Magellan ou à la Terre de Feu, tandis qu’il y en a 1,960, ou plus du double, de la Nouvelle-Calédonie à l’Australie.

L’agitation australasienne a provoqué une revendication inqualifiable de tous ces colons pour toutes les îles restées libres dans l’Océan-Pacifique, à commencer par la Nouvelle-Guinée, qui n’est séparée de Queensland que par le détroit de Torrès. Cette lie, grande comme deux fois la France, et dont les Hollandais possèdent depuis longtemps la moitié, à l’ouest, les Australiens ont voulu un moment l’envahir et la garder seuls, pour la mettre à couvert de l’accès de telle ou telle nation européenne qui pourrait, en occupant ces lointaines terres, y envoyer ses condamnés. L’agitation s’est continuée ardente, bruyante, partiale, et le gouvernement britannique a été mis en demeure d’agir, sinon ces colons menaçaient de se séparer définitivement de la mère patrie et de former une nation indépendante, comme firent autrefois les treize colonies anglaises de l’Amérique du Nord. N’ont-ils pas déjà une population de 3 millions d’âmes, comme celles-ci l’avaient à leur début ?

Le comte Derby, secrétaire d’état des colonies, que les Australiens sollicitaient, a fini par les satisfaire par l’occupation ou du moins le protectorat partiel de la Nouvelle-Guinée. Ne menaçaient-ils pas de nous attaquer sur mer ? N’ont-ils pas des navires de guerre et, en quelque endroit, des côtes fortifiées ? En attendant, ils auraient tenté de mettre l’embargo sur tous les navires portant le pavillon français qui seraient apparus dans leurs eaux. On aurait été aussi très sévère contre tous les étrangers, qui auraient dû être munis de passeports.

Le 2 décembre 1883, une convention nationale s’est tenue à Sydney entre toutes les colonies, pour jeter les bases d’une défense commune et décider l’annexion de la Nouvelle-Guinée et de toutes les îles restées libres dans l’Océan-Pacifique. Six des colonies avaient délégué leur premier, et chacune lui avait adjoint quelque autre membre du cabinet. C’étaient l’attorney général et le trésorier colonial pour la Nouvelle-Galles du Sud, le ministre des terres et l’attorney général pour Victoria, le maître général des postes pour Queensland, le ministre des terres et des travaux publics pour la Tasmanie, l’attorney général pour l’Australie du Sud, le trésorier colonial et commissaire des douanes pour la Nouvelle-Zélande. L’Australie de l’Ouest avait envoyé son géomètre en chef ou surveyor general. Enfin, pour Fidji, on avait invité un représentant de cette colonie.

Le premier, de la Nouvelle-Galles du Sud, avait été élu président, et la convention avait ouvert ses séances le 3. Le lendemain, elle avait voté à l’unanimité, — nemine contradicente, — une série de résolutions en faveur des annexions projetées, entre autres celles de la Nouvelle-Guinée, de l’archipel de la Nouvelle-Irlande et de la Nouvelle-Bretagne, des îles Salomon, en un mot, de toutes les îles encore inoccupées dans ces lointaines mers. Le 5, des résolutions étaient prises par lesquelles on protestait contre toute annexion étrangère des îles de l’Océan-Pacifique, sud et équatorial. On demandait expressément l’incorporation dans l’empire colonial britannique, et par conséquent dans l’Australasie, de la Nouvelle-Guinée et de toutes les îles et archipels avoisinans, sauf pour la Nouvelle-Guinée, la partie occidentale, que se sont réservée depuis longtemps les Hollandais.

La convention en appelait au contrôle exclusif de l’Angleterre sur les Nouvelles-Hébrides, voisines de la Nouvelle-Calédonie, oubliant que, depuis 1878, une sorte de contrat tacite nous lie avec l’Angleterre pour l’occupation indivise ou plutôt pour l’exploitation de ces lies. En outre, le congrès protestait hautement contre le malencontreux projet de la France de transporter et d’interner les récidivistes dans la Nouvelle-Calédonie, et il invitait le gouvernement anglais à user de tous les moyens possibles pour empêcher l’exécution de ce projet.

Le 7 décembre, avant la clôture de la convention, on rédigea les articles d’un acte de confédération australienne, qui devait être plus tard soumis à l’acceptation du gouvernement britannique, et qui portait sur l’établissement d’un conseil fédéral d’Australasie, lequel devait délibérer sur toutes les matières d’intérêt commun partout où une action uniforme serait désirable, sans s’immiscer aucunement dans les affaires intérieures de chacune des colonies telles qu’elles sont réglées par leurs législatures respectives ; le conseil fédéral prononcerait et ferait des lois spéciales. Le conseil tiendrait une session au moins tous les deux ans. Chaque colonie y serait représentée par deux délégués choisis par sa législature et les colonies de la couronne par un délégué. La première session du congrès se tiendrait à Hobart, en Tasmanie.

Le conseil aurait une autorité législative sur toutes les possessions australiennes, sur tous les navires britanniques naviguant entre ces possessions, eu égard aux relations de l’Australasie avec les îles du Pacifique et aux mesures de prévention contre l’importation des criminels ou récidivistes. Le règlement des pêcheries dans les eaux australasiennes au-delà des limites territoriales serait également du ressort du conseil, ainsi que l’extension de jugemens civils et de procédure criminelle de quelque colonie que ce fût, enfin tout ce qui pourrait être soumis au conseil et comprendrait les matières suivantes : la défense générale du pays, les quarantaines, les brevets d’invention et les découvertes, le droit de propriété littéraire, les lettres de change et promesses de paiement, l’uniformité des poids et mesures, la confirmation dans les autres colonies de tout mariage ou divorce célébré ou prononcé dans une des colonies ; de même pour les lois de naturalisation et des étrangers, et celles des syndicats ou corporations et des compagnies par actions, enfin pour toute autre question d’intérêt général. La convention ne s’est pas dissoute sans nommer auparavant un comité de ministres, dont le premier de la colonie de Victoria est président.

La principale raison qui a conduit les colonies à s’assembler en convention, à chercher à se confédérer en une espèce de Dominion comme celui du Canada, et à élire un congrès futur pour le règlement de toutes les questions et la promulgation de toutes les lois intercoloniales, a été en réalité la crainte si vive que leur inspirent les déportés de la Nouvelle-Calédonie et le projet du gouvernement français de réléguer une partie de ses récidivistes dans cette colonie. Plusieurs des transportés, échappés de Nouméa, sont venus à différentes reprises terrifier Victoria, la Nouvelle-Galles du Sud, Queensland.

Le 11 décembre 1883, onze déportés s’étaient emparés d’une barque ou cotre et avaient fait voile pour l’Australie, emmenant le capitaine prisonnier. Le 19, une embarcation était arrivée à Maryborough, (jans la colonie de Queensland, avec huit condamnés français libérés, que la police locale s’était empressée d’arrêter. Enfin, le 5 février 1884, le chef-secrétaire de Victoria télégraphiait à l’agent général de cette colonie à Londres d’informer le secrétaire d’état- des colonies, lord Derby, de l’arrivée à la Nouvelle-Calédonie d’un nouveau contingent de condamnés. Il résultait d’une enquête officielle que le nombre des transportés évadés de la Nouvelle-Calédonie et réfugiés dans la seule colonie de Victoria était de trente-trois. Sur ce chiffre, trois seulement vivaient d’une façon honnête, treize vivaient de la prostitution, douze étaient en prison, un avait été condamné pour meurtre, un avait été extradé dans la Nouvelle-Galles du Sud.

La Nouvelle-Calédonie est distante de l’Australie, de Sydney à Nouméa, de 1,960 kilomètres. Il faut quatre ou cinq jours à un bon navire à vapeur pour franchir cette distance, et assurément une semaine ou deux à une barque comme celles que volent les déportés. Au reste, ce n’est guère que sur 300 lieues de rivages que l’Australie est menacée, entre Brisbane et Melbourne, l’Australie qui est entourée d’eau de tous côtés et qui est grande comme les trois-quarts de l’Europe.

Au nombre de toutes les îles restées libres dans la mer du Pacifique, dans l’Océanie de l’est et de l’ouest, et dont l’Australie demandait l’annexion au congrès de Sydney, est l’Ile de Rapa ou Oparo. Celle-ci, qui nous appartient en propre et qui est une dépendance de notre archipel de Tubuaï, au sud de Taïti, est réclamée principalement par la Nouvelle-Zélande, parce qu’elle est située sur la ligne que suivront les steamers qui iront d’Auckland à Panama, dès que le canal maritime sera ouvert en 1888. Or Rapa fait partie des états dits du protectorat depuis 1844, et elle a suivi le sort de ces états lorsqu’ils ont été annexés à la France en 1880. Il en est de même des Nouvelles-Hébrides, où nous sommes établis et sur lesquelles nous avons encore plus de droits que les Anglais. Et cependant Queensland et surtout Victoria réclament ces dernières îles au nom des intérêts de leur commerce et de ceux des missionnaires presbytériens qui s’y sont établis.

Les Australiens ne connaissent plus de mesure. Ils proposent de tracer dans le grand Océan un méridien fictif et de dire à toutes les nations européennes, plus ou moins intéressées dans les échanges de ces lointaines mers : « En-deçà de cette limite, tout est à nous ! » C’est ainsi que firent, au temps du pape Alexandre VI, qui fut par eux pris pour arbitre, les Espagnols et les Portugais, qui voulaient chacun occuper une partie du monde colonial et s’en garantir à eux seuls la découverte. On sait ce qui arriva. La terre étant ronde, ils finirent par s’y rencontrer en allant chacun dans un sens opposé.

Toute cette agitation turbulente révèle que les Australiens sont un peuple plein de vigueur et de jeunesse, mais aussi de suffisance, qui ne doute de rien et se croit tout permis. Il n’est pas à supposer que cette effervescence se calmera de sitôt, malgré les atermoiemens qu’a toujours apportés le comte Derby à toutes les réclamations si vives que les Australiens lui adressent encore de temps en temps. Ceux-ci reviennent volontiers à des menaces de séparation, à la création d’un Dominion autonome, à l’installation d’une sorte de parlement central qui préparera les lois d’intérêt général, de dépenses communes, de marine, de douane, en un mot, la solution de tous les problèmes qui préoccupent directement et au même degré ces jeunes et ardentes colonies.

Il a été un moment question d’expulser de l’Australie le peu de français qui y résident, à peine deux cm trois mille, comme on cherche à expulser les Chinois, et, par surcroît, de défendre l’accès des ports australiens à notre Compagnie des Messageries maritimes, qui fait depuis deux ans, au profit de notre commerce et à la satisfaction de ses passagers, les voyages mensuels de Marseille à Adélaïde, Melbourne, Sydney, et va de là à Nouméa. Ces voyages vont bientôt avoir lieu tous les quatorze jours.

A diverses reprises, notre ministre des affaires étrangères et chef du cabinet, M. Jules Ferry, a donné des explications au foreign office. Il l’a fait amicalement et a reconnu que nous avions aussi d’autres lieux de relégation en dehors de la Nouvelle-Calédonie et des îles Loyalty, qui en sont voisines à l’ouest. Nous avons la Guyane, dont, il est vrai, le climat est malsain, et où nous avons transporté, de 1852 à 1863, 3,430 condamnés de différentes catégories, hommes et femmes. Depuis, nous n’y transportons plus que les condamnés asiatiques et africains. Nous avons aussi les îles Marquises, qui ont déjà servi à la déportation, en 1850, des condamnés politiques, qu’on internait surtout à Noukahiva. Enfin on a trouvé des lieux de relégation en Algérie, à Lambessa, par exemple, et l’on pourrait en trouver d’autres, comme à l’île Phu-Quocq, en Cochinchine ; mais c’est surtout pour les quatre-cinquièmes à la Guyane et un cinquième à la Nouvelle-Calédonie, que le gouvernement français songe à confiner les récidivistes, si la loi que la chambre a votée sur cette question et qui a été soumise au sénat sur un rapport de M. de Verninac, est enfin acceptée. Au 25 octobre, le sénat a approuvé la loi en première lecture. L’Australie, d’ailleurs, n’a rien à voir dans nos affaires, et nous devons, quand il s’agit de nous et de nos colonies, rappeler aux autres que « charbonnier est maître chez lui. »

Quand le marquis de Normanby, ancien gouverneur de la colonie Victoria, est rentré en Angleterre, au mois juin dernier, il a communiqué à la reine une pétition signée, disait-il, par soixante-huit chefs de l’île Tanna, une des Nouvelles-Hébrides. Dans cette pétition, ils demandaient la protection de la reine Victoria contre la France et l’annexion de leur pays à l’Australie. En même temps, le cabinet de la Nouvelle-Galles du Sud préparait un projet de loi qui avait pour but d’empêcher le débarquement chez elle des déportés français à l’expiration de leur peine. Tout condamné libre où évadé qui se trouverait dans la Nouvelle-Galles du Sud serait passible d’emprisonnement, à moins qu’il n’ait les moyens de quitter le pays, et toute personne qui introduirait dans la colonie un condamné libéré, ou aiderait à son introduction ou le tiendrait caché, serait passible de peines très sévères. Enfin, le capitaine de tout navire faisant le commerce avec les colonies pénitentiaires françaises devait faire, en arrivant dans un port de la Nouvelle-Galles du Sud, une déclaration établissant qu’il n’avait ni libérés ni évadés parmi les passagers de son bord, et il serait sévèrement poursuivi si sa déclaration était fausse, si même il ignorait réellement ce que pouvaient être ses passagers.

Tout cela dépeint l’état moral singulier où se trouve l’Australie depuis plus d’un an, et qui n’a fait qu’empirer. Il est fâcheux d’avoir affaire à des hommes qui ne veulent entendre aucune raison, habitués qu’ils sont à lutter seuls contre les forces de la nature, audacieux, indomptables, entêtés, et qui, cependant, en moins d’un demi-siècle, à l’autre bout du monde, ont créé un pays qui est le premier de tous pour l’élève du bétail et la production de la laine et de la viande, sans compter celle de l’or, de l’étain, du cuivre, de la houille, du blé et de toutes les céréales.

Le 10 juin, le parlement de Victoria a été ouvert par le gouverneur, qui, dans son discours, qu’on appelle là-bas le discours de la couronne, a dit que, si les protestations de la convention nationale de Sydney, qui s’est tenue dans les premiers jours du mois de décembre dernier, si l’action diplomatique anglaise et les efforts persistans des colonies ne réussissaient pas à empêcher la transportation projetée des récidivistes français dans les îles du Pacifique, le cabinet de la colonie de Victoria prendrait les mesures que comporteraient les circonstances. A la suite de cet incident, l’assemblée législative votait, le 4 juillet, une série de résolutions sur la question de l’annexion de la Nouvelle-Guinée et d’autres îles du Pacifique, qui avaient été adoptées déjà par la convention intercoloniale tenue à Sydney, et proclamait avec un grand enthousiasme et à l’unanimité les principes suivans : 1° fédération des colonies en un Dominion australasien ; 2° annexion à ce Dominion de la Nouvelle-Guinée et des autres îles du Pacifique ; 3° législation défensive contre les criminels étrangers.

A son tour, le Parlement de Queensland a été ouvert par un discours du gouverneur, qui a fait mention de la garantie de 15,000 livres sterling ou 375,000 francs offerte par les colonies australiennes pour l’établissement de la juridiction anglaise dans les eaux de la Nouvelle-Guinée, et le gouvernement de la métropole a été invité à renouveler sa protestation contre la transportation des récidivistes français au Pacifique. En attendant, un projet de loi a dû être déposé pour empêcher d’une façon effective le débarquement des récidivistes au Queensland. Depuis, le parlement de cette colonie s’est prononcé dans le même sens que celui de Victoria, adoptant à l’unanimité les résolutions de la convention de Sydney. L’assemblée de Tasmanie a émis un vote semblable, ainsi que l’Australie du Sud. Seulement le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud s’est prononcé contre, et celui de la Nouvelle-Zélande, beaucoup moins intéressé que les autres à cette fédération, est resté jusqu’à cette heure muet. Cette dernière colonie a été d’ailleurs embarrassée par la lutte des partis et une crise parlementaire, et la Nouvelle-Galles du Sud est jalouse de la prééminence qu’a prise Victoria dans la question de fédération australienne. C’est au mois d’octobre dernier que l’annexion de la Nouvelle-Guinée a été décidée par le cabinet britannique, et que lord Derby a fait savoir aux colonies australiennes que le gouvernement de la reine ne s’opposerait plus désormais à la réalisation de leurs projets. Le protectorat sur la côte méridionale de la Nouvelle-Guinée a été proclamé solennellement le 6 novembre. Il coûtera à chacune des colonies 1,000 livres sterling.

Dans une séance de la chambre des communes, le 28 juillet, le sous-secrétaire des colonies, M. Ashley, répondant à une interpellation d’un membre de la chambre, disait « que l’attention du ministère des colonies avait été appelée sur l’affluence de plus en plus nombreuse dans les colonies anglaises de l’Océanie de criminels évadés des établissemens pénitentiaires français. Pour mettre un à ces inconvéniens, le gouvernement de la reine était entré en négociations suivies avec le gouvernement français. Les pourparlers duraient depuis plusieurs mois, et le cabinet de Londres croyait que ses représentations pressantes seraient de la part du gouvernement voisin l’objet d’un examen sérieux. Il ne serait donc pas nécessaire de recommander aux gouvernemens coloniaux l’adoption de mesures législatives déclarant illicite la tentative de tout capitaine de débarquer dans un port quelconque appartenant aux colonies australiennes des condamnés évadés ou relaxés. Toutefois, le gouvernement de la reine ne s’opposerait à aucune mesure que les colonies pourraient prendre pour se protéger contre ce fléau, » Dans la même séance, le sous-secrétaire des colonies confirmait que l’assemblée législative de Queensland avait voté à l’unanimité les articles de la convention de Sydney, tendant à établir « une confédération des colonies, à réaliser l’annexion de la Nouvelle-Guinée et d’autres îles du Pacifique occidental, et à créer une législation commune contre l’invasion des criminels d’origine étrangère. » M. Ashley ajoutait que les ministres de la reine étaient prêts à soutenir et à faire exécuter tous les programmes de ce genre, pourvu qu’ils fussent sanctionnés par les législatures des différentes colonies intéressées.

A la date du 31 juillet, quatre des colonies australiennes avaient déjà donné leur assentiment aux résolutions de la convention de Sydney. Le conseil législatif de l’Australie de l’Ouest s’était prononcé, lui aussi, et il approuvait particulièrement l’annexion de la Nouvelle-Guinée et des autres îles, sans oublier les Nouvelles-Hébrides et la législation contre les criminels français transportés dans le Pacifique. Le conseil avait voté une adresse à la couronne pour qu’elle approuvât le bill qui autorisait les colonies australiennes à se confédérer et qui n’avait plus besoin que de la sanction du parlement britannique. Enfin, le 26 octobre dernier, pendant que le parlement britannique discutait le discours de la couronne, lord Derby en parlant de l’Australie à propos de la politique coloniale, disait n que si le consentement de la Nouvelle-Galles du Sud arrivait en temps utile, le bill sur la confédération des colonies australasiennes serait soumis à la chambre des lords pendant la session actuelle. » Mais, au même moment, l’assemblée législative de la Nouvelle-Galles du Sud se prononçait par l’ordre du jour, c’est-à-dire en refusant de discuter, sur les résolutions présentées par la convention intercoloniale en décembre dernier. La colonie n’en paierait pas moins sa part sur le coût du protectorat de la Nouvelle-Guinée.

Les choses en étaient là quand, à la fin du mois de décembre 1884, les Allemands se sont subrepticement emparés, quand personne n’y prenait garde, de la partie nord de la Nouvelle-Guinée comprenant tout le littoral et les îles adjacentes, depuis tel 141e degré de longitude est, qui limite le territoire occidental possédé par la Hollande. Venus avec leurs navires de guerre, ils ont planté le drapeau germanique devant quelques chefs ébahis et une centaine d’indigènes, et ils ont dit que les Anglais n’avaient droit qu’à la partie méridionale de l’île. Grand a été l’émoi en Australie, en Angleterre. Un échange de communications aigres-douces, que M. de Bismarck s’est plu hier à publier dans son Livre blanc, a eu lieu entre le cabinet de Saint-James et le cabinet de Berlin, mais les Allemands n’en ont pas moins gardé leur proie.

Tel est le mouvement si curieux, à la fois politique et social, qui se déroule à cette heure aux antipodes, dans l’Australasie, dans ce monde nouveau presque aussi grand que l’Europe, qui n’a pas encore cent ans d’existence et cinquante ans de vie réelle, politique et économique. Quel étonnement pour notre vieux monde que cette étrange évolution coloniale, et quel exemple nous donnent en même temps ces pionniers hardis et entreprenans, qui vont si bravement devant eux, affrontant tant de dangers et colonisant cette nouvelle Amérique avec une rapidité qui tient du vertige !


L. SIMONIN.

  1. Dans cette même année, La Pérouse passa par ces parages, qu’il appelle dans une de ses lettres la baie Botanique. Cette lettre est la dernière qu’il ait écrite. Il se perdit bientôt avec tout son équipage et toute sa flotte sur une des îles Vanikoro, comme on ne le sut que beaucoup plus tard. Un monument commémoratif a été élevé à Botany-Bay à la mémoire de l’illustre navigateur.
  2. Tous les méridiens seront comptés ici à partir du zéro de Greenwich, qui se trouve à 2° 20’ 14" à l’ouest du méridien de Paris.
  3. Depuis, le protectorat anglais a été solennellement proclama à nouveau, le 6 novembre 1884, sur la côte méridionale de la Nouvelle-Guinée, par le commandant des forces navales anglaises en Australie, en présence de cinquante chefs indigènes. Cinq navires de guerre étaient ancien en rade. La Nouvelle-Guinée est à 150 milles marins de la côte de Queensland. La surface annexée est de 175 milles anglais carrés.