Revue des Deux Mondes2e période, tome 28 (p. 513-560).



LE MARQUIS DE VILLEMER



SECONDE PARTIE[1].



VII.


LETTRE DU MARQUIS DE VILLEMER AU DUC D’ALÉRIA.


Polignac, 1er mai 45, par Le Puy (Ilaute-Loire).

L’adresse que je te donne est un secret que je te confie, et je suis heureux de te le confier. Si par quelque accident imprévu je venais à mourir loin de toi, tu saurais qu’avant tout il faudrait envoyer ici et veiller à ce que l’enfant ne fût pas négligé par les gens à qui je l’ai confié. Ces gens ne me connaissent pas ; ils ne savent ni mon nom ni mon pays ; ils ignorent même que cet enfant m’appartient. De telles précautions sont nécessaires, je te l’ai dit. M. de G… a conservé des soupçons dont la conséquence serait de douter de la légitimité bien réelle pourtant de sa fille. Cette crainte torturait une malheureuse mère à qui j’avais juré de cacher l’existence de Didier tant que le sort de Laure ne serait pas assuré. Je me suis aperçu plus d’une fois de la curiosité inquiète avec laquelle mes démarches étaient observées. Je n’y saurais donc apporter trop de mystère. Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/518 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/519 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/520 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/521 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/522 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/523 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/524 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/525 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/526 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/527 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/528 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/529 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/530 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/531 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/532 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/533 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/534 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/535 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/536 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/537 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/538 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/539 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/540 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/541 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/542 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/543 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/544 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/545 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/546 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/547 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/548 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/549 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/550 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/551 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/552 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/553 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/554 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/555 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/556 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/557 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/558 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/559 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/560 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/561 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/562 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/563 sépare. Prends-y garde, mon pauvre ami ! avec une imprudence, avec une légèreté, avec une erreur de ton dévouement, tu peux me tuer aussi vite que si tu prenais un pistolet pour me faire sauter la tête.

Le duc était fort embarrassé. Il trouvait la situation simple entre deux êtres plus ou moins portés l’un vers l’autre et séparés seulement par des scrupules qui avaient peu d’importance à ses yeux ; mais, selon lui, le marquis compliquait cette situation par des délicatesses bizarres. Si Mlle de Saint-Geneix s’abandonnait sans passion, il sentait la sienne s’éteindre, et, en perdant cette passion qui le tuait, il se sentait foudroyé plus vite. C’était une impasse qui désespérait le duc , et où il lui fallait pourtant bien suivre et respecter la pensée et la volonté de son frère. En causant encore avec lui et en tâtant avec précaution toutes les fibres de son âme, il en vint à reconnaître que la seule joie possible à lui donner était de l’aider à deviner l’affection de Caroline et à lui en faire espérer le progrès patient et délicat. Tant que son imagination se promenait dans ce jardin des premières émotions romanesques et pures, le marquis se berçait d’idées suaves et de jouissances exquises. Dès qu’on lui faisait entrevoir l’heure où il faudrait prendre un parti et risquer un aveu, il avait comme un sombre pressentiment de quelque désastre inévitable, et par malheur pour lui il ne se trompait pas. Caroline devait refuser et fuir, ou, si elle acceptait sa main, car l’honneur du marquis n’admettait pas l’idée de la séduire, la vieille mère devait se désespérer, succomber peut-être à la perte de ses illusions. Le duc était plongé dans ces réflexions, car Urbain commençait à s’assoupir après lui avoir fait jurer qu’il le quitterait pour se reposer lui-même dès qu’il le verrait endormi. Gaétan s’irritait de ne point trouver le moyen de le servir véritablement. Il aurait voulu avertir Caroline, faire appel à sa bonté, à son estime, lui dire de gouverner doucement le moral de ce malade, de lui épargner la vue de l’avenir, quel qu’il dût être, de le bercer d’espoirs vagues et de poétiques rêveries ; mais c’était lancer la pauvre fille sur une pente bien dangereuse, et elle n’était point assez enfant pour ne pas comprendre qu’elle y risquait sa réputation et probablement son propre repos.

La destinée, qui est très active dans les drames de ce genre, parce que son action rencontre toujours des âmes prédisposées à la subir, fit ce que le duc n’osait faire.

George Sand.

(La troisième partie au prochain n°.)

  1. Voyez la livraison du 15 juillet.