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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/1-LDEAPLS-Ch16

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 92-96).



CHAPITRE XVI


APAISEMENT DE DRAUPADÎ


Argument : Krishna prédit la naissance de Parikshit. Réponse du Dronide. Krishna le maudit. Sa malédiction est confirmée par Vyâsa. Réponse d’Açvatthâman. Retour des Pândouides. Ils racontent à Draupadi ce qui est arrivé et lui donnent le joyau d’Açvatthâman. Réponse de Draupadi.


722. Vaiçampâyana dit : En voyant que (l’astra) était lancé, par ce méchant, sur les fœtus (que les femmes) des fils de Pândou (devaient porter dans leur sein), Hrishikeça, joyeux, répondit en ces termes au fils de Drona :

723. « Celle qui était jadis la fille de Virâta, est maintenant la bru de Tarcher (porteur) de Gàndîva. Un brahmane fidèle à ses vœux la vit, quand elle était à Oupaplavya, et lui dit :

724. « Quand les Kourouides seront détruits, il naîtra de toi un fils. Dans le temps qu’il sera dans tes flancs, il recevra le nom de Parikshit. »

725. La parole de cet homme vertueux, (qui parla ainsi à la fille de Virâta), se réalisera, car ce fils, Parikshit, renouvellera la race des (Pândouides). »

726. Le fils de Drona, extrêmement irrité, fit alors cette réponse à Govinda, le plus éminent des Sattvatides, qui venait de tenir ce langage :

727. « Keçava, les choses ne se passeront pas comme tu viens de le dire, dans ta partialité (pour les fils de Pândou), et mes paroles ne seront pas vaines, ô Poundarîkâksha.

728. L’astra que j’ai lancé tombera certainement sur l’enfant de cette fille de Virâta, que tu as l’intention de protéger. »

729. Le vénérable Bhagavant répondit : « La chute de cet astra terrible et suprême aura lieu. Mais, une fois mort, l’enfant renaîtra et aura une longue vie.

730. Tous les sages t’ont connu pour un méchant et un poltron, faisant continuellement le mal et ravissant la vie des enfants.

731. Reçois donc la récompense de tes mauvaises actions. Tu parcourras cette terre pendant trois milliers d’années,

732. N’ayant, nulle part, commerce avec qui que ce soit. Dépourvu de tout compagnon, tu erreras dans les lieux déserts.

733. Il n’y aura pour toi aucun établissement possible au milieu des hommes. Répandant l’odeur de pus et de sang, tu auras pour asile les forêts épaisses et les lieux d’accès difficile.

734, 735. Dans la perversité de ton âme, tu erreras assiégé par toutes les maladies. Le héros Parikshit, ayant atteint l’âge (convenable), pratiquant les devoirs prescrits par les védas, obtiendra du Çaradvatide Kripa (la connaissance) de tous les astras. Observant la loi des kshatriyas,

736, 737. Doué d’une âme vertueuse, il protégera la terre pendant soixante ans, et, par surcroît, ce guerrier aux puissants bras appelé Parikshit, sera roi des Kourouides. Il régnera sous tes yeux, ô insensé. Je ferai revivre ce (prince), brûlé par l’ardeur et le feu de ton astra.

738. Ô le plus vil des hommes, vois la force de mon ascétisme, et de la vérité (à laquelle je m’applique). »

739. Vyâsa dit : « Sans respect pour nos (ordres), tu as commis une action cruelle ; quoique tu sois un brahmane,

740. Tu as adopté la loi des kshatriyas. Pour ces motifs, la parole que le fils de Devakî a prononcée, s’accomplira pour toi sans aucun doute. »

741. Açvatthâman répondit : « Grâce à toi, ô brahmane, j’habiterai toujours parmi les hommes. Que la parole de cet adorable, qui est le plus grand des mortels, s’accomplisse. »

742. Vaiçampâyana dit : Le fils de Drona, plein de tristesse, après avoir donné le joyau aux magnanimes, se dirigea sous leurs yeux vers la forêt.

743. Et les fils de Pândou, dont les ennemis étaient détruits, ayant mis à leur tête Govinda, Krishnadvaipâyana et le grand mouni Nârada,

744. Et pris le joyau que le fils de Drona (avait apporté avec lui) en naissant, se hâtèrent de retourner vers la sage Draupadî, qui se laissait mourir de faim (en observant le vœu de prâya).

745. Vaiçampâyana dit : Alors ces tigres des hommes, avec leurs chevaux rapides comme le vent, retournèrent au camp avec le Dâçârhien.

746. Ces grands guerriers, s’étant hâtés de descendre des deux chars, aperçurent la triste Krishnâ Draupadî. Eux-mêmes, plus affligés (qu’elle),

747. S’étant approchés de cette (femme) privée de bonheur et accablée par l’adversité et le chagrin, les fils de Pândou s’arrêtèrent en l’entourant.

748. Puis le très fort Bhîmasena, avec l’agrément du roi, lui donna le divin bijou, en disant :

749. « Ô la meilleure des femmes, ce bijou est à toi. Le meurtrier de tes fils est vaincu. Lève-toi et chasse le chagrin. Souviens-toi du devoir des kshatriyas.

750. Ô femme aux yeux noirs, (voici) les paroles que tu as adressées au meurtrier de Madhou, quand le Vasoudevide se mit en voyage pour négocier la paix :

751. « Le roi désirant l’apaisement (des hostilités), je n’ai plus ni époux, ni fils, ni frères, pas même toi, ô Govinda. »

752. Tu as adressé au plus grand des hommes, ces aigres paroles, bien conformes à la règle des kshatriyas, tu dois te les rappeler.

753. Le méchant Douryodhana, qui nous disputait la royauté, est tué. J’ai bu le sang de Dousçâsana palpitant.

754. Par notre victoire, nous nous sommes libérés (de la dette de vengeance contractée par nous), à cause de l’hostilité (qu’on nous avait témoignée). Nous ne serons plus des objets de blâme pour ceux qui aiment à médire (des autres). Par (égard) pour sa qualité de brahmane et par respect pour sa dignité, le fils de Drona a obtenu d’avoir la vie sauve.

755. Ô reine, sa renommée est détruite, il est privé de son joyau. On a fait tomber ses armes. Son corps seul a été épargné. »

756. Draupadî répondit : « J’ai obtenu le paiement intégral (des injures que j’avais subies). Ô Bharatide, (je dois respecter comme) le gourou, (Açvatthâman) fils du gourou (Drona). Que le roi fixe ce joyau sur sa tête ! »

757. Puis, suivant les paroles mêmes de Draupadî, le roi le prit et le plaça sur sa tête, (en disant) : « C’est une relique du gourou. »

758. Alors, portant sur la tête le divin et excellent joyau, le roi brilla comme une montagne couronnée par la lune.

759. Puis Krishna, dévorée du chagrin (que lui causait) la mort de ses fils, se leva, et Dharmarât (Youdhishthira) aux grands bras interrogea Krishna.