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Le Mélange des jeux selon Jacques Boyvin


Le mélange des jeux selon Jacques Boyvin
Publié en 1690
(version modernisée du texte original en Vieux Français)

Pour le Plein Jeu, dans les orgues amples où il y a un Positif, on tire les claviers ensemble[1], et on met au Positif la Montre qui est ou huit pieds, ou quatre pieds. Si elle est de quatre pieds, elle sert de Prestant ; si elle est de huit pieds, il faut qu’il y ait un Prestant séparé, on y met avec le Bourdon, la Doublette, la Fourniture et la Cymbale. Au Grand Corps[2] on y met les mêmes jeux et l'on y ajoute le huit pieds ouvert, le Bourdon de seize pieds et la Montre de seize pieds s'il y en a.

Les Fugues graves se touchent sur la Trompette accompagnée de son fond qui est le Bourdon et le Prestant, avec le Cromorne seul au Positif on tire les claviers[1]. Ou bien on les peut toucher sur le Positif seulement y mettant le Cromorne avec son fond qui est le Bourdon et le quatre pieds.

Le Quatuor qui est une fugue de mouvement dont les parties sont plus agissantes et plus chantantes que la fugue, on met la main gauche sur le Grand Orgue auquel on met le jeu de Tierce qui se compose ainsi Bourdon, Prestant, Nasard, Quarte, et Tierce, la main droite sur le Positif, où l'on met le Cromorne avec son fond, comme ci-dessus et le tremblant doux. Ou bien on peut encore toucher le Quatuor ainsi : la basse et le dessus sur la Tierce du Grand Orgue avec son mélange ordinaire, et les parties médiantes qui sont la taille et la haute-contre, sur le Cromorne du Positif avec son fond. Cette manière est plus belle et plus difficile à moins qu'on ne soit aidé d'une tirasse ou marchepied.

On peut encore toucher le Quatuor ainsi : ayant une tirasse vous mettrez au Grand Corps[2], Bourdon de huit pieds, Prestant et Nasard ; au Positif la Tierce en taille, savoir, Bourdon, Prestant Nasard, Doublette, Tierce et Larigot, et les deux autres parties de la main droite sur la Trompette de récit, mais il faut pour cela un orgue a quatre claviers. Cette manière est fort belle, mais il faut que les quatre parties chantent également bien, particulièrement la taille qui est la Tierce du Positif, ce qui pince mieux, et approche le plus de l'oreille. Mais il n'y a presque que ceux qui sont capables de composer ces sortes de pièces qui puissent les exécuter. C’est pourquoi j'en ai fort peu mises dans mon livre, aussi bien que des Dialogues de récit dont nous parlerons ci-après.

Le Duo se touche sur les deux Tierces, à la Petite Tierce, on y met Bourdon, Prestant, Nasard, et Tierce. Au Grand Corps[2], on y met la même chose et on y ajoute le Bourdon de seize pieds et la Quarte de Nasard ou bien, faute de Quarte, on y met la Doublette.

Les récits se touchent diversement, leur accompagnement au Grand Corps est toujours le Bourdon et le Prestant ; pour le Cromorne, son accompagnement au Grand Corps est le huit pieds ouvert seul. On touche des récits sur la petite Tierce comme au Duo, ou bien sur le Nasard sans Tierce, avec le fond. Ou bien sur la Trompette de récit, ou bien sur le Cromorne seul ou bien sur le Cornet séparé. Pour le Concert de flûte on tire les claviers [1], et l’on met au Grand Corps huit pieds Bourdon, et flûte, au Positif Bourdon et flûte et le tremblant doux. Pour les trios à deux dessus, on met en haut la grosse Tierce comme au Duo hormis qu'il ne faut point de seize pieds, au Positif le Cromorne seul on y met le tremblant doux. Les autres trios se touchent sur le Cromorne avec son fond, le Cornet séparé et la pédale de flûtes, ou bien avec le marchepied, ou tirasse mettant sur le Grand Corps, Bourdon, Prestant et Nasard.

Avec la Voix humaine, ou Régale, il ne faut que le Bourdon et la flûte tant en haut qu'en bas ; et le tremblant doux.

Pour les basses, on les touche plus communément sur le Cromorne du Positif, que sur la Trompette, avec laquelle on met Prestant ou Montre, Nasard Doublette, Tierce et Larigot, comme à la Tierce en taille, hormis le Bourdon parce que le Bourdon étant à l'union du Cromorne l'alentit[3], et les vitesses ne paraissent pas tant.

Si on veut toucher les basses sur la Trompette, il faut y mettre avec le Prestant et le Nasard. Quelque uns au lieu du Nasard y mettent le Bourdon, mais le Bourdon alentit[3]. On touche aussi les basses de Trompette avec le tremblant à vent perdu. Pour lors elles s'accompagnent comme au Dialogue dont je vais traiter ci-après hormis qu'on ne tire point les claviers et au Positif, on y met pour accompagnement le Bourdon et le Larigot.

Pour les petits Dialogues, au Positif, le Cromorne avec le fond comme ci-dessus, au Grand Corps la Trompette, le Clairon et le Cornet avec le fond ; On tire les claviers[1], on n’y met point de tremblant.

Au Grand Dialogue la même chose comme dessus, mais on ajoute au Grand Corps, Nasard, Quarte et Tierce, Cromorne même s'il y en a. Au Positif on y adjoint le Nasard. Quelques-uns y mettent la Tierce. Il y faut le tremblant à vent perdu. On les touche à quatre Chœurs, le troisième Chœur est le Cornet séparé et le quatrième est le Cornet d'Écho.

Ceux qui n'ont que deux claviers ne laisseront pas que de se servir fort bien des Dialogues de récits. Quoi qu'ils se touchent ordinairement sur trois claviers, ils prendront au Grand Corps l'accompagnement sur le fond ordinaire et toucheront tout de suite sans changer de clavier sur le Cromorne ou sur la petite Tierce, et quand au trio ou les deux parties se joignent, cela se touche sur le même jeu et la basse avec la tirasse ou la pédale de flûte.

Ceux qui n'ont qu'un orgue a un clavier feront de même parce que les jeux de mutations, comme la Tierce, le Nasard, les jeux d'anches comme la Trompette la voix humaine, et autres y sont coupés. Ils se serviront aussi sur un seul clavier de toutes sortes de Dialogues parce que le chant y est bien suivi, et se soutient assez par lui-même.

NotesModifier

  1. a, b, c et d = on accouple les claviers…
  2. a, b et c Synonyme de Grand Orgue.
  3. a et b = ralentit.