Le Fils du diable/Tome II/II/15. La première lettre

Legrand et Crouzet (Tome I, Tome IIp. 21-30).
CHAPITRE XV.
LA PREMIERE LETTRE.


Abel de Geldberg n’avait point les mêmes motifs que ses associés pour accepter l’intervention forcée de M. le baron de Rodach. Il n’y avait aucune menace dans son passé, et sa conscience ne gardait d’autre charge que les peccadilles, communes à tous les fils du commerce.

Néanmoins, il ne songeait déjà plus à se révolter. Les traites renfermées dans le portefeuille de Rodach étaient, à elles seules, une arme suffisante. Le jeune M. de Geldberg devinait d’ailleurs vaguement qu’il y avait entre la maison et Rodach un secret qui doublait la portée de cette arme. Enfin, le baron, qui aurait pu frapper, se donnait au contraire un rôle de sauveur ; Abel voyait en lui un associé nouveau, qui pourrait diminuer sa part de bénéfice dans l’avenir, mais qui était, pour le présent, une manière de providence.

Loin de nourrir des pensées hostiles contre le nouveau venu, Abel songeait à l’utiliser pour son propre compte et à s’appuyer sur lui de son mieux.

Reinhold et le docteur avaient à peu près des idées pareilles. Ils avaient, en outre, la conscience entière de leur sujétion, et de l’impuissance où ils étaient de combattre avec espoir de vaincre.

Il leur semblait que le baron avait absolument les mêmes intérêts qu’eux, et c’était là leur espoir.

Le baron se présentait aux lieu et place du patricien Zachœus, ancien associé de la maison ; les ennemis de la maison étaient par conséquent ceux de M. le baron, et quels que fussent ses sentiments personnels, il ne pouvait être pour Geldberg qu’un allié.

Ce passé, qu’il paraissait connaître, et que les allusions de sa parole avaient effleuré, appartenait à Zachœus Nesmer, comme à Geldberg et compagnie ; les deux fortunes avaient une source pareille, et la position même du baron de Rodach le faisait en quelque sorte solidaire de ce passé commun.

Restait la question de savoir jusqu’à quel point M. de Rodach était bien véritablement le représentant de la succession Nesmer. De ce fait, il n’avait apporté d’autres preuves que son dire et les traites qui étaient en sa possession. Les associés n’avaient jamais entendu parler de ce neveu de Zachœus, dont Rodach se prétendait le tuteur ; mais il faut bien convenir que le moment eût été mal choisi pour exiger rigoureusement des explications qu’on ne leur offrait point.

Le baron avait trop d’avantages. D’ailleurs, il offrait la paix ; ce n’était pas le moment de soulever un cas de guerre. Tant qu’il s’agissait seulement de recevoir son argent et d’user de son influence offerte, on pouvait bien fermer les yeux quelque peu, sauf à les rouvrir plus tard, en temps opportun.

À tout prendre, si le baron portait avec lui une crainte, sa présence inattendue amenait aussi des espoirs. Sa conduite semblait annoncer un esprit confiant et prodigue ; chacun des associés se promettait de le sonder en tête à tête, et chacun espérait faire servir le hasard de cette arrivée à son intérêt particulier.

Pour toutes ces causes, il y avait dans cette entrevue, dont le début annonçait une bataille, une sorte de cordialité tût venue, étrange quant au résultat, explicable quant aux causes.

Depuis le peu de temps qu’elle durait, les trois associés avaient fait bien du chemin. On n’eût retrouvé sur leurs visages affables nulle trace de ce mépris hostile qui avait accueilli l’entrée de Rodach, nulle trace de l’effroi qui avait suivi la première surprise.

Les choses s’arrangeaient ; tout était pour le mieux.

Le baron seul restait toujours le même, et sa physionomie n’avait point changé.

Maintenant qu’il avait, pour ainsi dire, bataille gagnée, il ne paraissait pas plus à l’aise qu’au début de l’entretien. C’était toujours le même front calme et digne, le même regard plein de franchise et de fermeté.

Une seconde avait suffi pour faire disparaître le léger trouble que lui avait causé la vue d’une lettre portant e timbre de poste de Francfort-sur-le-Mein. Aucun des associés n’avait eu le temps de remarquer le nuage qui venait de passer sur ses traits.

— C’est de Bodin ?… dit le jeune M. de Geldberg.

— Je le pense, répliqua Reinhold en examinant l’adresse. Si monsieur le baron veut bien le permettre, nous allons nous en assurer à l’instant.

— Faites, messieurs, dit Rodach.

Reinhold déchira l’enveloppe avec une certaine précipitation, et se mit à lire tout bas.

Tandis qu’il lisait, ses sourcils se fronçaient et ses épaules avaient des mouvements de dépit.

— C’est, en effet, de Bodin, dit-il ; et le pauvre garçon n’est pas plus avisé qu’autrefois !… La bonté que nous témoigne monsieur le baron lui donne le droit de connaître toutes nos affaires, les petites comme les grandes… Bodin, ajouta-t-il, en se tournant vers Rodach et en reprenant son sourire, est un de nos employés que nous avons dépêché au château de Geldberg pour surveiller les préparatifs de notre fameuse fête… Comme il devait passer par Francfort, nous lui avions donné mission de s’informer un peu et de savoir ce que devenaient les trois bâtards de Bluthaupt dans leur prison.

— Ah !… dit Rodach, en exagérant sans y penser, son air d’indifférence.

— Oui, reprit Reinhold ; ce n’est pas à vous qu’il faut apprendre, monsieur le baron, que ces trois aventuriers sont les ennemis les plus acharnés de la maison de Geldberg.

— En effet, répliqua Rodach, il y a bien longtemps que j’ai entendu parler de cela pour la première fois… Eh bien, que vous dit cet employé ?

— Rien du tout ! s’écria Reinhold, qui haussa les épaules ; il s’est présenté à la prison de Francfort, et il prétend qu’on n’a point voulu lui en ouvrir les portes.

— Voilà tout ?

— À peu près… il ajoute cependant qu’il a pris des renseignements dans la ville, et que l’opinion commune est que cette fois-ci les bâtards ne s’échapperont point… Vous savez, ils se sont évadés déjà de presque toutes les prisons d’Allemagne.

— On le dit…

— C’est un fait.

— Il paraît, ajouta le jeune M. de Geldberg, que ce sont trois gaillards résolus que rien n’arrête !

— On le dit, répéta le baron. — Et qu’ajoute encore votre employé ?

— Que le geôlier de Francfort est un habile homme, tenant énormément à sa charge, et veillant nuit et jour sur ses captifs.

— Maître Blasius mérite assurément ces éloges… Après ?

— Bodin n’en dit pas davantage.

Le baron se renversa sur le dossier de son fauteuil.

— C’est peu de chose, en effet, murmura-t-il du bout des lèvres, — et, s’il vous plaît d’en savoir beaucoup plus long sur ce sujet, je me mets à vos ordres.

Le docteur Mira, qui avait repris sa place et se tenait, suivant sa coutume, depuis quelques minutes, dans l’altitude d’une grave et silencieuse méditation, releva ses yeux tout à coup et parut écouter attentivement.

— Connaîtriez-vous donc ces hommes ? demandèrent à la fois Reinhold et Abel.

— Je les connais, répondit Rodach, et j’arrive, moi aussi, de Francfort.

— Vous les avez vus depuis qu’ils sont en prison ?

— Plusieurs fois et depuis moins longtemps que cela… Vous n’êtes pas sans avoir entendu dire que l’un de ces messieurs, Otto, a été fort avant dans la confiance de feu le praticien Zachœus Nesmer, sous le nom d’Urbain Klob ?…

— Nous avions entendu parler de cela, dit Reinhold, mais seulement depuis la mort de notre correspondant Zachœus, et c’est à peine si nous pouvions y croire !

— C’était la vérité pourtant… Ce prétendu Klob avait été si loin dans l’intimité de notre commun patron, qu’il en savait plus long que moi-même… À cause de cela, j’ai eu occasion de pénétrer jusqu’à lui, de temps à autre, afin d’obtenir certains renseignements qui me manquaient et dont j’avais besoin dans ma position nouvelle… En le voyant j’ai vu ses frères.

Il y avait des émotions diverses sur les traits des trois associés. Abel était pâle et son visage exprimait une sorte de terreur. Reinhold et José Mira examinaient le baron avec une curiosité avide.

— Est-il vrai qu’ils se ressemblent trait pour trait ? demanda Reinhold.

— Il y a bien quelque chose comme cela, répliqua Rodach, mais vous savez, on exagère toujours…

— Et ressemblent-ils au comte Ulrich leur père ? demanda le docteur dont l’œil était de feu en ce moment.

— Non, répondit Rodach sans hésiter.

— Et que disent-ils ?… demanda Reinhold.

— Ils disent qu’ils ont tué le praticien Zachœus Nesmer, l’un des assassins de leur père.

Reinhold et Mira baissèrent les yeux à la fois.

— Comment ! s’écria le jeune de Geldberg, — ils avouent !…

— Pas devant la justice… mais ils l’ont avoué devant moi ; je dirai plus, ils s’en font gloire.

— Ce sont des scélérats endurcis ! murmura le jeune homme.

— Ce sont des hommes résolus, dit le baron en fixant son regard froid sur les deux autres associés, — et qui ne comptent qu’avec leur conscience.

— Êtes-vous donc leur ami ? balbutia Reinhold.

Le baron fronça le sourcil et son œil hautain eut un éclair.

— Je suis le baron de Rodach, répliqua-t-il en relevant la tête ; — leur père m’a refusé autrefois la main de sa fille Margarethe qui m’aimait… et je déteste tout ce qui touche de près ou de loin au sang de Bluthaupt !

Ces paroles, prononcées avec une énergie soudaine, ramenèrent le sourire aux lèvres du chevalier de Reinhold ; la lugubre figure du docteur Mira lui-même se rasséréna quelque peu.

— Vous nous parlez de bien longtemps, monsieur le baron, dit Reinhold, mais maintenant que j’y pense, il me semble, en effet, avoir ouï conter cette histoire… on vous refusa la jeune comtesse Margarethe pour la donner au vieux Gunther, le sorcier…

Le baron prit cet air de mélancolie grave qu’amènent les douloureux souvenirs évoqués subitement.

— J’étais presque un enfant, murmura-t-il, quand je la vis partir… il me sembla que l’avenir se voilait pour moi… mon sang se glaça… Oh ! oui… Je souffris cruellement, et ce premier malheur a pesé sur toute ma vie… Je quittai l’Allemagne… la vue du château de Rothe me brisait le cœur… Voilà vingt ans que ces choses sont passées, et depuis lors je n’ai pas dormi une fois sous le toit de mon père !

Il y avait un profond accent de vérité dans ces paroles, prononcées avec lenteur et tristesse. Mira poussa un soupir, comme si son esprit eût été déchargé tout à coup d’un lourd poids d’inquiétude ; son front sinistre se dérida ; il eut presque un sourire.

— Eh bien ! monsieur le baron, dit Reinhold qui tendit pour la seconde fois sa main à Rodach avec une explosion de contentement, — voici une circonstance qui nous rapproche plus que dix années d’intimité !… Nous aussi, nous détestons tout ce qui touche à Bluthaupt, et nous avons pour cela nos raisons que vous connaissez en partie !… Mais pour en revenir à ces bâtards maudits, je suis sûr qu’ils font des projets dans leur prison.

— Beaucoup de projets, répondit Rodach.

— Qu’espèrent-ils ?…

— S’évader d’abord.

— Tous les prisonniers en sont là ! dit Abel qui s’habituait à la situation et reprenait son ton de suffisance fade ; — mais voilà douze mois bientôt qu’ils sont sous clef, et cela prouve en faveur des murailles de la prison de Francfort…

— Mais à supposer qu’ils s’évadent… reprit Reinhold.

— Ils ne font point mystère de leurs intentions, répondit Rodach ; leur œuvre est commencée, ils ont la ferme volonté de l’achever… meinherr Fabricius Van-Praët y passera le premier.

Abel ouvrit de grands yeux, et les deux autres associés laissèrent échapper une exclamation étouffée.

— Le Madgyar Yanos Georgyi viendra ensuite, poursuivit Rodach dont la froideur semblait aller croissant ; — après le Madgyar, ils auront accompli juste la moitié de leur lâche.

Le chevalier faisait des efforts désespérés pour garder son sourire. Mira était immobile et glacé comme un bloc de pierre.

— Le reste se fera, continua Rodach, à moins que la mort n’arrête les bâtards en chemin… En procédant par rang d’âge ils commenceront par Moïse de Geldberg…

— Mon père !… s’écria Abel stupéfait, en se dressant sur ses pieds.

— Mon jeune monsieur, dit Rodach, si vous ne connaissez point l’histoire de votre famille, ce n’est pas moi qui me chargerai de vous l’apprendre… ce que vous ne pouvez manquer de connaître, c’est que votre beau château de Geldberg s’appelait Bluthaupt autrefois.

— Mais nous l’avons acheté ! repartit vivement le jeune homme, — et mon père l’a payé !…

— Comme ce n’est point moi qui compte tuer monsieur votre père, répliqua le baron de Rodach avec un sourire calme, il est inutile de plaider sa cause auprès de moi… nous parlons des trois bâtards, nos ennemis communs, et, sur votre demande, je vous dis ce qu’ils veulent faire.

Abel se rassit et passa le revers de sa main sur son front.

— J’oubliais qu’il y a de bonnes murailles, murmura-t-il, entre les assassins et mon pauvre vieux père !

— Après Moïse de Geldberg, continua Rodach, qui salua le docteur avec courtoisie, — ce sera probablement le tour de don José Mira.

La face du Portugais prit des reflets livides.

M. de Reinhold perdait le souffle ; ses yeux qui étaient fixés sur Rodach peignaient une épouvante indicible.

— Après don José Mira, poursuivit le baron, il n’y aura plus à choisir…

— Assez, monsieur, assez !… balbutia le chevalier d’une voix défaillante.

Le baron se tut incontinent.

Un assez long silence suivit. Chacun des trois associés combattait son trouble à sa manière ; une impression pénible pesait sur eux et les affectait à des degrés inégaux. Le jeune de Geldberg aimait beaucoup son père, mais il s’aimait lui-même davantage ; il était le moins difficile à consoler.

Mira, grâce au bénéfice de sa physionomie lugubre, faisait à peine plus triste figure que d’habitude ; la détresse de Reinhold était la plus complète et la plus évidente.

Ils se taisaient tous les trois, et leurs regards baissés semblaient mutuellement se fuir.

En face de ce trouble, dont il était la cause innocente ou volontaire, M. le baron de Rodach restait froid comme un terme. Ses yeux erraient indifférents de l’un à l’autre des associés ; ses traits impassibles ne disaient ni plaisir ni peine.

Au bout de quelques minutes, Reinhold secoua par un visible effort la frayeur qui l’oppressait. En définitive, ce péril annoncé ne pouvait être tout proche, et Reinhold, dont la nature comportait une forte dose d’étourderie, savait être brave devant une menace lointaine.

Il s’agissait de mort, — mais quand ? À supposer que la menace dût se réaliser jamais, les circonstances lui laissaient de la marge.

Il redressa la tête brusquement et s’efforça de rire aux éclats.

— Pardieu ! monsieur le baron, s’écria-t-il, vos renseignements sont de l’espèce la plus funèbre !…

— Vous m’avez interrogé, monsieur de Reinhold, et j’ai cru devoir vous répondre…

— Mille grâces, cher monsieur ! Avant de vous interroger, nous y regarderons à deux fois désormais… Peste ! c’est à ces jolies choses que messieurs les bâtards occupent leurs loisirs là-bas, à la prison !… eh bien, si le hasard veut qu’ils s’évadent, nous serons sur nos gardes !

— C’est pour cela, dit Rodach, que je vous ai prévenus.

— Mille autres fois merci, cher monsieur !… Ma foi, au demeurant, les bâtards pourront trouver leur tâche malaisée. Meinherr Van-Praët est adroit… j’ai vu le temps où le brave Madgyar Yanos aurait fait d’eux six moitiés d’hommes avec son sabre aussi facilement que vous écraseriez une mouche, monsieur le baron !… C’est maintenant un négociant sage et respectable, mais il doit avoir sa vieille lame quelque part dans un coin de son bureau… Quant à nous, il est certain que nous nous défendrons de notre mieux, n’est-ce pas docteur ?

— Oui, répondit Mira.

— Et, tout d’abord, poursuivit le chevalier, nous profiterons de notre prochain voyage en Allemagne pour recommander ces messieurs à l’autorité militaire de Francfort et les faire garder à vue comme des bêtes rares.

Le chevalier avait retrouvé toute sa gaieté.

— Bonne idée ! dit Abel.

— Je n’ai que de bonnes idées, mon jeune ami, répliqua-t-il en riant ; — et pour preuve, en voici une autre qui est excellente.

— Voyons-la !

— C’est de demander l’appui de M. le baron en cas de guerre et de conclure avec lui, contre les bâtards, une ligue offensive et défensive.

— Bravo ! s’écria Abel de Geldber.

— Monsieur le baron, reprit Reinhold qui suivait son idée, ayant la possibilité d’entretenir avec ces Messieurs des relations à peu près amicales, nous pourrions être instruits de leurs projets à l’avance et déjouer leurs stratagèmes… Qu’en dit monsieur le baron ?

Rodach sembla hésiter.

— La chose répugne peut-être à sa loyauté ? reprit Reinhold ; — mais je lui ferai observer qu’en bonne morale, tout est permis contre des assassins.

Une lueur passa dans le regard du baron.

— Tout est permis contre des assassins, répéta-t-il de sa voix lente et grave ;— vous avez bien raison, monsieur de Reinhold, et vous me décidez… d’ailleurs votre ruine serait désormais ma ruine ; ainsi, pour cela comme pour autre chose, vous pouvez compter sur moi.

Le chevalier se frotta les mains ; Abel rendit grâces au nom de son père, et don José grommela une manière de remerciement.

Trois heures sonnèrent à la pendule ; Abel et Reinhold se levèrent à la fois.

— Monsieur le baron voudra bien m’excuser, dit le jeune de Geldherg, — si je prends ainsi congé brusquement ; mais j’ai rendez-vous pour notre grande affaire, et maintenant moins que jamais je voudrais y manquer, puisque la maison va recevoir une impulsion nouvelle.

— Je suis dans le même cas, ajouta Reinhold.

Abel salua et sortit. Le chevalier voulut en faire autant ; mais M. de Rodach, qui ne s’était nullement opposé au départ du jeune homme, arrêta Reinhold d’un geste.

— Monsieur le chevalier, dit-il, je vous demande dix minutes encore… il y a une question bien importante que je n’ai point abordée, à cause de la présence de votre jeune associé, qui me paraît ignorer vos principaux secrets.

— Je suis à vos ordres, monsieur, répliqua Reinhold en reprenant son siège.

— Il s’agit, continua le baron, de cet enfant dont l’existence pourrait saper par la base votre maison…

— Quel enfant ? dit le chevalier, feignant de ne point comprendre, afin de se donner le temps de réfléchir.

— L’enfant qui vint au monde durant la nuit de la Toussaint au château de Bluthaupt…

Reinhold fit semblant de comprendre tout à coup, et se prit à rire en regardant le Portugais, dont le front jauni se dérida.

— Le fils du diable ! s’écria-t-il.

— Le fils du diable, grommela le docteur.

— Le fils du diable, — répéta M. de Rodach, — s’il vous plaît de le nommer ainsi… Veuillez me dire ce que nous avons à craindre à son égard…



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