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Le Cochon mitré, dialogue.

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Le Cochon mitré,
Dialogue1.

L’abbé Furetière, Scarron.

L’abbé Furetière.

Ah ! je vous trouve enfin, Monsieur Scarron, après vous avoir cherché inutilement ! Je ne sçai pas le temps que j’y ai mis, car, à vous dire le vrai, je suis fort desorienté depuis que je ne vois plus de Soleil ni de Lune.

Scarron.

Qui êtes-vous, ne vous deplaise ? car vous voyez, ou vous ne voyez pas, que les morts n’ont ni barbe au chapeau, ni rien qui fasse reconnoître la difference du sexe. Je ne sçai si je suis homme ou femme, car, lorsque je me tâte, je ne trouve rien.

L’abbé Furetière.

Je suis l’abbé Furetière. J’ai poursuivi en vain un evêché pour pouvoir vivre en cochon ; mais, dans le temps que je l’esperois le plus2, la Parque a coupé la trame de mes jours un peu plus avant qu’au milieu de ma course3.

Scarron.

Oh ! vous soyez le bien venu, Monsieur l’Abbé ! Vous ne serez pas icy tout à fait comme dans Paris, mais aussi vous y entendrez moins de tabut4 et de tracas. Au reste, je ne sçai ce que c’est ni de procez, ni de maladie, ni de maltote, depuis que j’y suis. Comment vous y trouvez-vous ?

L’abbé Furetière.

Je n’y ai pas encore senti de froid. Pour si bien fourré que je fusse là haut, j’y etois presque toujours transi durant six mois.

Scarron.

Je vous repons que le froid ne vous rendra jamais transi dans ces bas lieux ; ceux qui font les esprits-forts là haut ne courent pas risque de se morfondre dans ces climats : on y est un peu plus chaudement que dans ceux de la zone torride. Il n’y a pas longtemps que j’ai vu notre illustre Balzac ; il ne se plaint plus de son rhume, comme il faisoit sur les bords de la Charante, et Botru ne lui reprochera plus qu’il se morfond à parler de lui même la tête decouverte5. Que nous apportez-vous de nouveau ?

L’abbé Furetière.

Je m’imagine que vous êtes dans l’impatience de sçavoir ce que fait madame Scarron ?

Scarron.

Je ne sçai que trop de nouvelles de ma Guillemette6. Le marechal d’Albret m’en a dit plus que je n’en voulois sçavoir7. Je sçai qu’elle est Duchesse, qu’elle a un Tabouret, qu’elle est même du Cabinet, et qu’elle rend au Roi les services que Livie rendoit à Auguste ; mais, la Vilaine qu’elle est, que ne faisoit-elle Duc son mari très marri ?

L’abbé Furetière.

À vous ouïr, il semble que vous avez perdu ici-bas cette force d’esprit que vous aviez là haut ; est-ce que vous ne sçavez pas qu’elle vous avoit ombragé la tête d’un pennache de Cerf ? Pouviez-vous eviter le cocuage, ayant une Femme d’esprit, jolie et galante, avec votre mine d’Esope et votre cul de jatte !

Scarron.

Je me fusse consolé de cette disgrace avec tant de compagnons de mon sort, si avec son sçavoir faire elle eût fait augmenter ma pension de malade de la Reine8 ; mais, la coquine qu’elle est, je n’en ay reçu autre profit qu’une garnison importune, contre laquelle il me falloit sans cesse recourir à l’unguentum grisum contra, etc. Parlez-moi, je vous prie, d’autres gens dont le souvenir ne me puisse pas chagriner comme celui de la Duchesse de Maintenon. Un mot de l’Academie Françoise.

L’abbé Furetière.

J’y viendrai après avoir dit ce mot de votre fameuse duchesse : c’est qu’elle est très bien avec le confesseur du roi, et qu’elle charrie9 assés bien avec la Montespan.

Scarron.

Oh ! je ne m’etonne pas si la lubrique a pris ce parti-là. Il n’y a ni telle chair que celle des avares, ni telle galanterie que celle des Religieux. Quand ces Tartuffes se mettent en besogne, ils y vont et de la tête et de la queue, comme une Corneille qui abat des Noix. C’est un Jesuite, c’est tout dire : depuis que ces galants sont au monde, il n’y en a presque que pour eux, au moins dans Paris. Ils ont si bien fait qu’on a changé le Proverbe ; on disoit bien toujours : Jacobin en Chaire, Cordelier en Chœur, Carme en cuisine ; mais on ne dit guère plus Augustin, on dit Jesuite en Bordel. Que fait-on donc dans l’Academie Françoise ?

L’abbé Furetière.

On y fait d’aussi grandes sottises qu’en pas un lieu du monde ; jugez de la pièce par cet echantillon : Jamais cette Compagnie n’a reçu tant d’honneur qu’elle en a presentement, le Roi l’ayant logée dans le Louvre10 ; cependant ces beaux messieurs s’y battent en drilles comme dans un Cabaret. Sur une affaire de rien, Charpentier en vint si avant l’autre jour avec l’abbé Talemant que de lui reprocher qu’il étoit fils d’un banqueroutier de la Rochelle ; à quoi Talemant repliqua que Charpentier etoit fils d’un cabaretier de Paris. De ces injures de hales ils en vinrent aux coups. Charpentier jetta à la tête de Talemant un Dictionnaire de Nicot, et Talemant, de son côté, jetta à la tête de Charpentier un Dictionnaire de Monet11. Oh ! que vous eussiez bien fait rire le monde si vous eussiez decrit cette bataille du stille de votre Typhon !

Scarron.

Si je me fusse trouvé là, je les eusse laissé battre tout leur saoul. Ils se rendoient justice respectivement, et ceux qui les separèrent etoient dignes d’une amende, d’avoir empêché le cours de la justice pour deux marauts qui meritoient les etrivières. Et vous, quelle figure faisiez-vous là ?

L’abbé Furetière.

Je n’avois garde de me trouver là, car j’etois en procès avec eux au sujet d’un Dictionnaire que j’avois mis au jour ; mais tout ce qui s’est passé et dit de part et d’autre ne vaut pas votre factum, surtout cette Epigramme contre la Dame que vous aviez pour partie12.

Grand nez digne d’un camouflet,
Belle au poil de couleur d’orange,
Mâchoire à recevoir souflet,
Portrait de quelque mauvais Ange,
Face large d’un pied de Roi,
Gros yeux à la prunelle grise,
Tu veux donc plaider contre moi
Jusques à manger ta chemise ?
Ah ! si tu gardes ton serment,
Soit que je gagne ou que je perde,
Que j’aurai de contentement
De te voir manger tant de merde !

Scarron.

À une autre matière, celle-là pour vos plaideurs, Talemant, Charpentier, et autres academiciens jettoniers13. Venons à mes cochons mitrez. Comment se portent-ils ?

L’abbé Furetière.

Je vous entends : jamais sobriquet n’a eté donné avec plus de justice que celui de Cochon Mitré à messeigneurs les prélats. Dans toute la Bretagne, pendant le séjour que j’y ait fait, je n’ay point ouï designer les Chanoines autrement que par celui de porcs de Dieu. Mais ils ne portent point la mitre : laissons-les là.

Scarron.

Il n’y a rien qui me plaise à l’egal de la chronique scandaleuse. Lorsque j’etois là haut, c’estoit pour moi un regal.

L’abbé Furetière.

Jamais elle ne fut ni plus chargée, ni plus forte. Jamais les Dames ne furent plus effrontées ; je n’en excepte pas même le siècle de Caligula et de Neron. Jamais la debauche ne fut plus outrée, et jamais le Bordel ne fut tant frequenté par les Mitrez. Aussi quand l’Assemblée du Clergé tient, on dit communement que c’est une Assemblée de Cochons ; et les Maquereaux du Clergé ne sont connus que sous le titre de Marchands de Cochons.

Scarron.

N’y a-t-il pas dans ce troupeau quelque Mouton, ou ce que Virgile appelle dux gregis ? Vous m’entendez bien ?

L’abbé Furetière.

Point de Mouton, point d’Eunuque. Il n’entre point de ces animaux mutilés dans le Serail du Roi Très Chretien ; on trouveroit plutôt du poil dans le creux de la main, et une Femme belle et chaste à la Cour, qu’une de ces bêtes parmi les Cochons Mitrez. Pour le chef du troupeau dont parle votre Virgile, il y en a un à la tête des Cochons Mitrez, qui en a la plus essentielle qualité, sans en avoir ni les cornes ni la barbe. Ce Bouc, aujourd’hui, c’est celui à la louange duquel vous fites la Chanson si fameuse : Ce que fait et deffend l’archevêque de Rouen14.

Scarron.

N’est-ce pas aujourd’hui François Harlay-Quint, Archevêque de Paris15.

L’abbé Furetière.

C’est lui-même en corps et en âme. Un Bouc n’a pas plus de poils que ce Prélat a de Maîtresses16. Il a un fonds qui ne s’epuise point, et est ardent à la curée comme un Bouc.

Scarron.

Je l’ai fort connu. Il etoit presque toujours à Paris, quoi qu’Archevêque de Rouen. C’est justement ce qu’il falloit à ce Bouc. Franchement, si Paris est l’Enfer des chevaux17, c’est le Paradis des Boucs et des Cochons aussi bien que des Putains. Je juge assez de ce qu’il fait presentement par ce que je lui ai vu faire. Passons à nos cochons.

L’abbé Furetière.

Vous me dispenserez de vous parler de tous. Ils n’en valent pas la peine pour la plupart. Je ne vous dirai qu’un mot de ceux que vous avez ouï prêcher dans Paris avec l’applaudissement de la Cour, et qui vivoient en quelque odeur de Sainteté tandis qu’ils etoient dans la compagnie des Pères de l’Oratoire : c’est le Père le Bouc18 et le Père Mascaron, celui-là Evêque de Périgueux, et celui-ci Evêque d’Agen.

Scarron.

Quoi ! ces deux fameux Predicateurs sont aussi du nombre des Cochons Mitrez ? Je les avois pris bonnement pour des moutons.

L’abbé Furetière.

Vous vous y trompez, avec tout votre discernement : c’etoit, quand je partis, deux francs Cochons. Je ne sçai pas si la Mitre a la vertu de faire des metamorfoses ; mais il est sûr que l’Evêque de Perigueux ne laissoit pas une belle Religieuse dans son Diocèse sans la cochonner.

Scarron.

La bonne bête ! C’est celui qui, ne trouvant pas assez de grain dans le Diocèse d’Agde, fit au Roi ce compliment : Sire, je suis né gueux, j’ai vecu gueux ; mais, s’il plaît à Votre Majesté, je veux PERIR GUEUX19. Et le bon Jule Mascaron ! c’est un autre cochon ; il a trouvé à Agen plus de paille et de grain qu’il n’en avoit à Thule20.

L’abbé Furetière.

Il a de la paille par dessus le ventre et du grain jusqu’aux oreilles ; aussi vit-il à guoguo. Toutes les Dames d’Agen s’empressent pour lui donner du plaisir. De son côté, il tâche de ne pas leur donner de la jalousie ; il y fait de son mieux. La R....use est pourtant sa favorite. Ils se trouvent frequemment tous deux à Beauregard, et dans le tête à tête ils font ce qui se doit faire pour faire un tiers21. Il y a sans doute bien d’autres choses plus fortes dans l’histoire de ces deux Prélats, car, quand on est devenu Cochon, le ventre n’a point d’oreilles, le bruit public ne fait point de peur ; mais ce que vous allez ouïr, si vous voulez, des exploits de l’Evêque de Laon depuis quelques années, le cardinal d’Etrée22, vous fera juger de quoi est capable un Cochon Mitré.

Scarron.

Comme j’ai fort connu la force de son genie, je ne doute pas de son savoir-faire. Il faut qu’il ait poussé la cochonnerie bien avant.

L’abbé Furetière.

Ce que j’ay à vous dire de ce Cochon justifiera le presage que vous en avez fait. Vous saurez donc que, le cardinal d’Etrée etant devenu passionné de la marquise de Cœuvres, laquelle etoit soupçonnée d’avoir accordé au duc de Seaux23 la dernière faveur, il voulut y avoir part ; pour cet effet, ayant averti son neveu, le marquis de Cœuvres, du commerce scandaleux que sa Femme avoit avec le Duc, les Parents s’assemblèrent chez le Marechal d’Etrée24, où il fut resolu de mettre cette infidèle en Religion contre l’avis du bon Homme, qui etoit le plus sage de tous. Vous faites bien les delicats, dit-il ; vous ne seriez pas ici non plus que moi si nos Mères n’avoient forligné. Nous sçavons ce que nous sçavons, mais sçachez que le plus beau de notre nez ne vient que d’emprunt, et nous avons en ligne directe, aussi bien qu’en collaterale, tant de sujets de nous louer des habiles Femmes que nous avons en notre Maison, que je m’etonne que vous en vouliez bannir celles qui leur ressemblent. Quand j’ai marié mon petit-fils de Cœuvres avec mademoiselle de Lionne, croyez-vous que j’aye consideré ni qu’elle etoit fille d’un minisire d’Etat, ni son bien, ni son credit ? Ce sont des veuës trop bornées pour un homme de mon âge et de mon experience. Toute ma pensée a eté qu’etant belle comme elle etoit, elle pourroit faire revivre la grandeur de notre maison, laquelle, comme vous savez, tire toute sa consideration, non pas du côté des mâles, mais du côté des femelles25. Si je me suis trompé, ce n’est pas ma faute : mon intention a eté bonne en cela. Ainsi, puisque la marquise de Cœuvres n’est blamée que pour avoir recherché les plaisirs que la nature nous permet, je me declare son protecteur. Que tout cela cependant se passe entre nous sans que la cour en soit abreuvée. Les plus courtes follies sont les meilleures26, et nous n’avons que faire que tout le monde rie à nos depens.

Scarron.

Je reconnois dans cet avis l’esprit fort et les inclinations nobles de la fameuse Gabrielle d’Etrée, Maîtresse du grand Henry. Que fut-il donc fait de la pauvre marquise ? car le couvent n’accommode guères les Dames qui ont une fois goûté les plaisirs de la Cour.

L’abbé Furetière.

Le Cardinal d’Etrée ne trouva pas bon, non plus que le Marechal, de publier la turpitude de sa Nièce ; mais il se chargea du soin de la mettre sur le bon pied, à quoi le Marquis de Cœuvres, son Neveu, donna les mains, ne pensant pas qu’il livroit la Brebis au Loup. Le Prelat s’en va vite trouver la Nièce : « Je viens, lui dit-il, Madame, de vous rendre un service considerable. Toute la famille etoit dechainée contre vous, et ne parloit pas moins que de vous envoyer en Religion. Je sçai bien, Madame, qu’on ne vous rendoit pas justice ; mais enfin c’en etoit fait si je n’eusse pris votre parti. Cela meriteroit quelque recompense pour un autre ; mais, pour moi, je serai toujours trop satisfait si vous me permettez seulement de vous voir et de vous aimer. »

Scarron.

Voilà qui est bien debuter : les suites repondront sans doute à un si beau commencement. Je vois une place assiegée dans toutes les formes. La Tranchée s’ouvrira bien-tôt.

L’abbé Furetière.

Elle ne se rendra que la brèche ne soit faite. « Je suis bien malheureuse, dit la Marquise, de me voir accusée injustement ; et, quoi que je ne veuille pas nier que je vous sois obligée, vous me permettrez neanmoins de vous dire que vous effacez bien-tôt cette obligation par votre procédé. Vous devriez vous ressouvenir de votre caractère et de ce que nous sommes, si vous ne voulez pas avoir egard à ma vertu et à ce que je dois à mon mari. Mais je voi bien ce que c’est : les contes qu’on a faits de moi vous ont donné cette audace, et j’aurois encore lieu de vous estimer si vous n’aviez cru qu’ayant dejà quelque penchant au crime, j’aurois moins d’horreur pour celui que vous me proposez. »

Scarron.

Peste ! je plains ce Prélat. Qui eût cru que la Marquise se fût si bien deffendue ? Il est vray qu’un Cochon contre une Lionne27, la partie n’est pas bien faite.

L’abbé Furetière.

Donnez-vous patience. Un Cochon Mitré a la force, le courage d’un Lion ; vous allez voir la valeur du Sang d’Etrée. Le Prelat, devenu plus amoureux par cette resistance, resolut de veiller de si près à la conduite de sa Nièce, qu’il lui fit faire par crainte ce qu’il n’avoit pu lui faire faire par amour. Il fit si bien, en effet, qu’il surprit le Duc de Seaux couché dans le lit entre Madame de Lionne et la Marquise de Cœuvres28. Et quand il fit ce coup il etoit accompagné de Monsieur de Lionne. Je vous laisse à penser la confusion où fut Madame de Lionne voyant son Mari, et la Marquise voyant le Prelat qu’elle avoit repoussé avec tant de vigueur. La Marquise, s’etant aprochée du Prelat, qui vouloit que l’on tuât tout : « Ne me perdez pas de reputation, lui dit-elle, et, pourvu que vous apaisiez mon père et que vous cachiez la chose à mon Mari, je vous promets de n’en être pas ingrate29. »

Scarron.

Je croi que le pauvre cocu fut bien ebaubi, ayant trouvé un homme en chair et en os couché entre sa Femme et sa Fille20.

L’abbé Furetière.

Il en fut si etonné, qu’il ne l’auroit pas eté davantage quand les cornes lui fussent venües effectivement à la tête.

Scarron.

Et le Prelat, que fit-il après ce bel exploit ? Voilà la brèche faite, j’entens battre la chamade ; la place est plus qu’à demi renduë.

L’abbé Furetière.

Vous le prenez fort bien. Le Prelat fit trouver bon au Père de la marquise d’ensevelir toute l’affaire dans un profond silence31 ; et lui, sous prétexte d’aller faire une correction à sa nièce, la mena dans sa chambre, où, l’ayant sommée de lui tenir parole, elle ne l’osa refuser, de peur qu’il ne la perdît auprès de son mari et de toute sa famille.

Scarron.

Voilà un Cochon bien content. Brave Cochon ! digne Prelat ! digne Cardinal !

L’abbé Furetière.

Le Prelat ayant obtenu ce qu’il desiroit, comme il ne pouvoit ignorer qu’elle ne l’avoit fait que par crainte, il eut peur qu’elle ne retournât à ses premières affections ; si bien que, pour la depayser, il fit en sorte que son Mari l’envoyât dans ses terres, qui etoient voisines de son Evêché. Cela produisit un bon effet, car il fit une residence plus exacte qu’il n’avoit fait encore dans son Diocèse. Ce petit commerce d’intrigue dura un an ou deux ; mais, des intrigues d’Etat ayant appelé hors du Royaume le Prelat32, l’ambition prit la place de l’amour, et finit un inceste à quoi la Marquise ne s’etoit abandonnée qu’à son corps deffendant.

Scarron.

À ce que je vois, il y a des Cochons en chapeau de Cardinal aussi bien que des Cochons mitrez. Mais je crois qu’ils sont rares.

L’abbé Furetière.

Puisqu’il y a plus d’evêques que de cardinaux, et que presque tous se tiennent à Rome, c’est la raison pourquoi on voit fort peu de ces Cochons Rouges dans les Provinces. Le Cardinal de Bonzi33 fait assez de bruit dans Montpellier ; le cardinal de Bouillon34 en a assez fait à la cour, et le cardinal de Furstemberg35 commençoit à en faire plus que tous les autres quand je pris le chemin de ces lieux profonds.

Scarron.

Sixte cinquième fut donc gardeur de Cochons quand il fut Pape, tout comme il l’étoit au village de Montalte. Voilà qui est plaisant : le Pape gardeur de Cochons ! Eh ! que deviendra la dignité des Rois, lesquels se font honneur de se dire les fils Aînés et les fils Cadets du S. Père ? Les Rois sont donc fils de gardeurs de Cochons ? Mais poursuivez, monsieur l’Abbé, l’histoire du Cochon mitré.

L’abbé Furetière.

Je l’acheverai, si vous n’êtes pas ennuyé, par l’histoire de l’Archevêque Duc de Rheims36.

Scarron.

Comment Diable, c’est aussi un Cochon ? Je croyois que c’etoit un cheval. Il me semble l’avoir ouï apeler ainsi par quelqu’un des nouveaux venus.

L’abbé Furetière.

Il est vrai que le Maréchal de la Feuillade lui fit cet honneur que de l’apeler un jour Cheval de Carosse.

Scarron.

De Cochon à Cheval, c’est un degré d’honneur ; à Cheval de Carosse, c’est un autre degré. La Feuillade est-il distributeur des titres dans la Maison du Roi ? A-t-il plus de sens qu’au temps de Mazarin, qui ne le voyoit jamais qu’il ne lui dît : Monsieur de la Feuillade, vous n’avez point de Cervelle37 ?

L’abbé Furetière.

Il n’est pas accusé d’en avoir trop. Tant y a qu’il fit rire le Roi au sujet de l’Archevêque de Rheims. Il etoit avec le Roi à une fenêtre de Versailles qui regarde la grande rue par où l’on vient de Paris. Le Roi ayant decouvert un Carosse à plus de six Chevaux : Voilà, dit-il, un bel equipage ; il semble que c’est la livrée de l’archevêque de Rheims38. — Il est vrai, dit la Feuillade. — Mais ne voilà que sept chevaux, dit le Roi. — Sire, repliqua la Feuillade, Votre Majesté ne voit pas le huitième. — Où est-il donc ? dit le Roi. — Il est dans le Carosse, repondit l’homme de peu de Cervelle. Mais je pretens degrader cet Archevêque et faire voir qu’il n’est qu’un Cochon Mitré, non plus que les autres Prelats.

Scarron.

Ah ! je vous prie, Monsieur l’Abbé, pour l’amour du nom Le Tellier, à qui l’Etat est si redevable, ne lui ôtez pas le titre que la Feuillade lui a donné du consentement même du Roi.

L’abbé Furetière.

De grâce, entendons-nous. Je ne veux pas dire que l’Archevêque de Rheims ne soit un Franc Cheval de Carosse ; son naturel fanfaron et brutal paroît assez partout où il affecte de paroître39, pour ne pouvoir pas lui contester le titre dont la Feuillade l’a mis en possession : car, soit qu’il parle de Théologie, soit qu’il s’entretienne avec les Dames, soit qu’il mette le nez dans les affaires de l’Etat, soit qu’il joue à la bassette, soit qu’il mange, soit qu’il boive, il est cheval per omnes Casus. On ne vit jamais animal mieux formé40, on ne vit jamais un prelat mieux intentionné ; il est constant qu’il veut toujours plaire, mais il est si malheureux qu’il ne peut jamais faire ce qu’il veut. C’est donc un franc cheval de carosse à cet égard ; mais à un autre égard, quand il est question des Ministres d’amour, c’est un Cochon Mitré.

Scarron.

Il marche donc sur les traces du Cochon en Pourpre ? Il ira bien s’il ne s’écarte pas !

L’abbé Furetière.

Il est allé dejà aussi loin en qualité de Cochon Mitré ; mais je serai fort trompé s’il va jamais aussi loin pour attraper le Bonnet Rouge41. J’ai laissé la Cour de France si fort brouillée avec la Cour de Rome42, qu’il faut que les affaires changent du noir au blanc pour que l’Archevêque de Rheims puisse attraper le bonnet tant desiré par les Cochons Mitrez.

Scarron.

Caligula avoit honoré un de ses chevaux de la dignité de Senateur ; le Pape pourroit bien, comme successeur de cet Empereur Romain, appeler dans son senat notre Cheval de Carosse.

L’abbé Furetière.

J’y consens volontiers. Cependant il sera toujours, s’il vous plaît, un Cochon Mitré, comme l’Evêque de Laon avant qu’il fût le Cardinal d’Etrée. Voici le fait : La Duchesse d’Aumont43 ayant chassé une de ses femmes de chambre parce qu’elle avoit un commerce amoureux avec le marquis de Villequier44, son beau-fils, cette fille, outrée de douleur de se voir eloignée de son galant, lui dit, pour se venger, que l’archevêque de Rheims couchoit avec la duchesse d’Aumont toutes les fois que le duc alloit à Versailles. Quoi ! mon Oncle ! s’ecria en même temps le marquis tout etonné. Ah ! j’ai peine à le croire, et tu n’es qu’une medisante !

Scarron.

Il y a de l’apparence. M. l’archevêque de Rheims coucher avec la Duchesse d’Aumont, la femme de son beau-frère45 ! Ne voyez-vous pas l’esprit vindicatif de cette fille, et que, si sa maîtresse l’eût laissée en paix avec le marquis, elle n’eût eu garde de rien dire ?

L’abbé Furetière.

Ecoutez la suite, et vous verrez que l’esprit de vengeance n’a servi à autre chose qu’à decouvrir la verité et à l’épandre par toute la Cour. « Puisque vous êtes incredule, dit-elle au marquis, je vous le ferai voir dès que monsieur le duc ira à Versailles ». Elle lui tint parole. Ayant demandé pour toute grace à la duchesse qu’elle pût demeurer deux jours dans la maison, elle l’obtint, et, le duc etant parti, elle posta le Marquis en lieu propre à le satisfaire. Il vit entrer l’archevêque avec une lanterne sourde à la main et le nez dans son manteau, ce qui ne lui permit plus de douter de ce que la fille lui avoit dit.

Scarron.

C’etoit peut-être un fantôme et un diable galant et amoureux qui avoit pris, pour se faire honneur, la forme de l’archevêque.

L’abbé Furetière.

Le marquis ne crut pas s’être trompé. Il partit au plus grand matin de Versailles, et conta à tous les Courtisans de son âge tout ce qui s’etoit passé et tout ce qu’il avoit vu. En même temps cette nouvelle se repandit par toute la Cour. Le marquis de Louvois ne voulut jamais croire qu’elle vînt de son Neveu ; mais, n’en pouvant plus douter après le temoignage de tant de personnes differentes, il lui lava la tête autant que son imprudence le meritoit46.

Scarron.

Brave ! brave ! encore une fois brave l’archevêque de Rheims, de savoir si bien planter des cornes et faire si bien cocu son Beau-frère !

L’abbé Furetière.

Il est plus brave que vous ne pensez, puisqu’il a fait cocu son neveu aussi bien que son Beau-frère.

Scarron.

Il mange donc les poules et les poulets, ce brave Cochon ? Le voilà de bon appetit. N’avez-vous pas l’esprit un peu satirique ?

L’abbé Furetière.

Vous allez ouïr la pure verité. L’archevêque s’etant rendu amoureux de sa Nièce d’Aumont47, femme du marquis de Crequi, il resolut de s’etablir auprès d’elle sur les ruines de son Mari. Il lui declara donc que son Mari etoit amoureux ailleurs, et, ayant jetté le trouble dans son esprit par cette nouvelle : « Que vous êtes folle, Madame, lui dit-il, de vous en fâcher, comme si vous n’aviez pas à lui rendre le change ! S’il a fait une Maîtresse, vous n’avez qu’à faire un galant : l’un vaudra bien l’autre, et je crois que c’est là le meilleur conseil qu’on vous puisse donner.

Scarron.

Ah ! pauvre marquise, je te vas bientôt voir cochonnée. Achevez, je vous prie, que je voye la fin de la comedie.

L’abbé Furetière.

La marquise ne topa point à la proposition ; au contraire, elle fut fort surprise de voir son Oncle dans ces sentimens, lui qui devoit l’en détourner si elle eût eté de cet avis-là. Ainsi, n’ayant pas trouvé son compte avec elle, il prit le parti de s’expliquer mieux, ce qu’il fit en termes si intelligibles qu’elle ne douta point qu’il ne voulût être de moitié de la vengeance. Elle trouva cela horrible pour un Archevêque et pour un Oncle.

Scarron.

Avec tout cela je vois à travers tout ce nuage le cochon victorieux et la marquise cochonnée.

L’abbé Furetière.

En effet, comme elle recevoit beaucoup de bien de l’archevêque et qu’elle en esperoit encore davantage à l’avenir, elle ne jugea pas à propos de le mortifier, comme elle auroit fait sans cette consideration. Cela le rendit encore plus amoureux, s’imaginant qu’il y avoit de l’esperance pour lui ; et, pour boucher les yeux au Mari, il proposa de le defrayer, lui et toute sa maison48.

Scarron.

L’argent est le nerf de l’amour aussi bien que de la guerre. Le pauvre marquis en fut aveuglé, je le vois bien.

L’abbé Furetière.

Eh quoi donc ! le pauvre Cocu fut si touché des offres de l’Archevêque, rapportant toutes ses bontés à la qualité d’Oncle, et non à celle d’Amant, qu’il en temoigna partout sa reconnoissance. C’est-à-dire qu’il etoit fort reconnoissant de ce que son Oncle couchoit avec sa Femme en bien payant. Le Marechal de Crequy, son père, ne prit pas l’affaire dans ce biais ; il fut choqué des liberalitez excessives de l’Archevêque, sachant que les prelats les plus saints n’etoient que des Adultères, que des Incestes, que des Cochons, en un mot. Il s’en plaignit au Marquis de Louvois49, lequel eut cette reponse de son digne Frère : « Ce que vous en faites, lui dit-il, n’est que par jalousie ; tout riche que vous êtes, vous êtes encore assez interessé pour craindre que ma succession ne vous echappe. Le Marechal ayant appris du marquis le peu de succès qu’il avoit eu dans ses remonstrances, il s’adressa au Roi50, qui commanda à l’heure même à l’Archevêque de se retirer dans son archevêché51, ce qui fut fait. Le Prelat, prenant le temps qu’on accommodoit toutes choses pour son depart, fut dire Adieu à la marquise, laquelle il conjura de se souvenir que c’etoit pour l’amour d’Elle qu’il alloit souffrir l’exil.

Scarron.

Si j’etois sensible aux maux des vivans, je le serois beaucoup à la douleur de ce bon Prelat, le voyant forcé à s’eloigner d’une nièce qui fait tous ses plaisirs. N’avez-vous pas laissé quelque autre Cochon Mitré là haut ? Les recits que vous m’avez faits sont divertissans.

L’abbé Furetière.

Il n’y a point d’Evêque, ni d’Archevêque, ni de Cardinal, qui ne soit aussi cochon que l’Archevêque de Reims et le cardinal d’Etrée ; l’Evêque de l’Escure est peut-être le seul dont la vie n’est pas cochonne comme celle des autres, parcequ’il n’a pas le grain en abondance comme eux. Je vous ai entretenu de ces deux Prélats plutôt que de l’Archevêque de Paris, de l’Evêque de Meaux, de l’Evêque de Beauvais, de l’evêque de Valence et de tous les autres, parce qu’ayant ouï raconter les vies de ces deux Prelats sur lesquels je me suis etendu quelques jours avant ma mort, j’en ay retenu les idées plus fraîches. Mais avec le temps et un effort de reminiscence je pourrai vous entrenir de la vie de tous les Cochons ; outre qu’il arrive ici tous les jours assez de gens de Paris : il s’en trouvera quelqu’un qui pourra nous fournir la matière de plusieurs semblables entretiens.

Scarron.

On aura donc enfin une histoire qu’on pourra appeller veritable, dont l’autheur ne pourra pas être soupçonné de flatterie non plus que de haine, puisque les morts, ne craignant ni n’esperant rien de la part des vivans, ne peuvent être rien moins que flatteurs et passionnez.

L’abbé Furetière.

On aura de plus une histoire curieuse de tous les Evêques, qu’on pourra appeler l’histoire cochonnée, de même qu’on dit l’histoire auguste en parlant de celle des Empereurs.




1. Ce fameux libelle, dirigé surtout contre Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, et, en passant, contre Mme de Maintenon et l’Académie françoise, est d’un auteur encore inconnu. Barbier (Dict. des Anonymes, nº 2,403) l’attribue, d’après l’auteur de la Bastille dévoilée (9e livraison, p. 76, note), à François de la Bretonnière, bénédictin défroqué, réfugié en Hollande, où il faisoit la Gazette sous le nom de La Fond. C’est là qu’il auroit écrit ce pamphlet. Un juif, qui étoit de ses amis et qu’on acheta, l’auroit livré, toujours d’après l’auteur de la Bastille dévoilée, aux agents de la police françoise, et La Bretonnière seroit venu expier son libelle par trente ans de captivité dans la cage de fer du Mont Saint-Michel. Nodier, qui en avoit possédé un des rares exemplaires, vendu 21 fr. à sa première vente, en 1837, et 118 à la seconde, en 1830, et qui, en dernier lieu, n’en possédoit plus qu’une copie manuscrite, s’en tenoit, comme Barbier, à ce qu’avoit dit l’auteur de la Bastille. Il attribuoit le Cochon mitré à Fr. de La Bretonnière (Description raisonnée d’une jolie collection de livres, p. 419, nº 1027). Le Ducatiana le met au contraire sur le compte d’un nommé Chavigny, sans dire ce qui autorise son opinion. Ainsi, à ce sujet rien de certain, sinon peut-être que tout le monde s’est trompé. C’est l’avis de M. Leber : « Il y a, dit-il dans son livre sur l’État réel de la Presse et des Pamphlets depuis François Ier jusqu’à Louis XIV (p. 111), beaucoup d’erreurs dans ce qu’on a écrit sur l’auteur de cette infamie et sur sa punition. » Dans le Catalogue de sa Bibliothèque (t. 2, p. 324, nº 4478), M. Leber avoit déjà parlé de ces erreurs, et, de plus, il les avoit prouvées, en faisant voir que tout le roman qui se lit dans la note de la Bastille dévoilée est un emprunt fait à la Musique du Diable, ou le Mercure Galant dévalisé (Paris, 1711, in-12, p. 60). Tout s’y trouve en effet raconté de la bouche même de l’auteur du Cochon mitré. Il n’oublie rien que de dire son nom. C’est dans la note de la Bastille dévoilée que La Bretonnière est nommé pour la première fois, et, sans doute, fort gratuitement. M. Leber argue de la date de 1711, qui est celle de la Musique du Diable, que l’auteur du Cochon ne dut pas rester trente ans en prison, puisqu’on le donne pour mort dans ce livre, et puisque le Cochon mitré, cause de son emprisonnement, avoit paru en 1688. — Ce pamphlet eut dans l’origine deux éditions, qui se suivirent de près, et qui sont aujourd’hui aussi rares l’une que l’autre. Celle qui semble être la première a pour titre : Le Cochon mitré, dialogue, Paris, chez le Cochon (sans date). C’est un petit in-8 de 32 pages, y compris le titre et la gravure du cochon. L’exemplaire vendu deux fois chez Nodier étoit de cette édition. Elle dut paroître vers le mois de juillet 1688, c’est-à-dire peu de temps après la mort de Furetière, qui avoit eu lieu le 14 mai, et qui, d’après ce qu’on lit aux premières pages, devoit être encore toute récente. L’autre édition, que M. Brunet, dans le Manuel, croit au contraire être l’originale, n’indique pas de lieu d’impression et porte la date de 1689. C’est un in-12 de 28 pages. Il paroîtroit que l’une des deux avoit été subrepticement imprimée à Reims, à deux pas du palais qu’habitoit le prélat vilipendé. M. Brissart-Binet, à qui nous devons plusieurs des renseignements qui précèdent, tenoit de M. Hédouin de Pons-Ludon une anecdote qui le feroit croire. La voici telle que M. Hédouin la racontoit d’après une tradition de famille : « Lorsque quelques chanoines de Reims firent contre Maurice Le Tellier un libelle intitulé : Le Cochon mitré, imprimé chez Godard, que l’archevêque avoit tiré deux fois de la Bastille, l’imprimeur fut appelé chez Maurice Le Tellier, qui lui reprocha son ingratitude. « Monseigneur, dit l’ouvrier, ce qui m’a engagé à l’imprimer, c’est que l’ouvrage est bien fait. — Eh bien ! reprit le prélat, envoyez-m’en un exemplaire. » Puis, après l’avoir lu : « Je n’ai pas, dit-il, tous les défauts qu’on m’y suppose, mais qu’on en mette deux exemplaires dans ma bibliothèque. » — En 1850, M. Chenu a donné une édition du Cochon mitré à 110 exemplaires.

2. Furetière étoit, comme on sait, abbé de Chalivoy ; je ne sache pas qu’il fût en passe d’un évêché quand il mourut.

3. Nous avons déjà dit qu’il mourut le 14 mai 1688. Il avoit 68 ans.

4. Bruit, vacarme. On trouve dans Montaigne (liv. 3, chap. 10) l’expression : un tabut de valets.

5. On sait que Balzac étoit de la plus solennelle vanité. Un jour, après avoir été malade d’un gros rhume, il vint faire sa cour à Richelieu, qui lui demanda s’il se portoit mieux : « Eh ! monseigneur, dit Bautru, qui étoit là, comment voulez-vous qu’il se guérisse ? Il ne parle que de lui-même, et à chaque fois il met le chapeau à la main : cela entretient son rhume. »

6. Sa femme. Il lui donne là le nom que portoit la petite levrette de sa chienne de sœur.

7. Le maréchal d’Albret alloit souvent chez Scarron, surtout lorsqu’il fut marié, et l’on sait qu’après la mort du poète cul-de-jatte, sa femme n’eut pas d’abord d’autre asile que l’hôtel d’Albret.

8. Scarron revient souvent dans ses vers sur ce titre de : Malade de la Reine, sous lequel il s’étoit fait pensionner par Anne d’Autriche. C’est surtout dans sa requeste à la reine pour avoir un logement, en outre de sa pension, qu’il en a parlé avec esprit…

. . . . . . Votre malade exerce
Sa charge avec integrité
Pour servir Votre Majesté.
Depuis peu l’os la peau lui perce.
Tous les jours s’accroît son tourment ;
Mais il le souffre gaiement,
Il fait sa gloire de sa peine,
Et l’on peut jurer sûrement
Qu’aucun officier de la reine
Ne la sert si fidellement.

9. C’est-à-dire, marche de front, va de compagnie, comme deux chevaux qui traînent une voiture. Montaigne dit de La Boétie : « Nos âmes ont charrié si uniement ensemble. » (Liv. 1, ch. 27.)

10. C’est en 1672, après la mort du chancelier Séguier, qui l’avoit long-temps logée dans son hôtel, que l’Académie fut établie au Louvre par Louis XIV, « au même endroit, dit Perrault, où se tenoit le conseil lorsque Sa Majesté y logeoit ». (Mémoires de Ch. Perrault, Avignon, 1759, in-12, p. 134.)

11. On fait débiter ici à Furetière, presque mot pour mot, un fragment du second de ses factum contre quelques uns de l’Académie (Amsterdam, 1688, in-12, p. 46).

12. Voici le titre de cette épigramme, dans les Œuvres de Scarron, Paris, 1752, in-12, t. 1, p. 82 : Contre une chicaneuse qui juroit de manger jusqu’à sa chemise en plaidant contre Scarron.

13. « Afin, dit Perrault, d’engager davantage les académiciens à être assidus aux assemblées, il (le roi) établit qu’il leur seroit donné quarante jetons par chaque jour qu’ils s’assembleroient, afin qu’il y en eût un pour chacun, en cas qu’ils s’y trouvassent tous (ce qui jamais n’est arrivé), ou plutôt pour être partagés entre ceux qui s’y trouveroient, et que, s’il se rencontroit quelques jettons qui ne pussent pas être partagés, ils accroîtroient à la distribution de l’assemblée suivante. Ces jettons ont d’un côté la face du roi, avec ces mots : Louis le Grand, et de l’autre côté une couronne de lauriers, avec ces mots : À l’immortalité ; et autour : Protecteur de l’Académie françoise. » Les académiciens assidus, dont un jeton récompensoit chaque fois l’assiduité intéressée, reçurent le nom de jettoniers, qui s’emploie encore. C’est Corneille qui créa le mot, du moins à en croire Furetière, dans ce passage de son Troisième factum (p. 32–33), où, comme toujours, il trouve moyen de se répandre en invectives contre La Fontaine. « Si en général, dit-il, j’ai appelé les jettonniers ceux qui sont assidus à l’Académie pour vaquer aux travaux du Dictionnaire, je n’ai pu trouver de nom plus propre et plus significatif pour les distinguer des académiciens illustres par leur qualité et par leurs mérites...., qui n’ont aucune part à cet ouvrage et qui ne se trouvent qu’aux assemblées solennelles des réceptions. Encore n’ai-je pas la gloire de l’invention de ce titre ; elle est due au grand Corneille, qui en a été le parrain, et qui donna un billet d’exclusion au sieur de La Fontaine parcequ’il le jugeoit dangereux aux jettons, sur le fondement que c’est un miserable qu’on nourrit par charité et qui en a besoin pour subsister. On ne peut pécher après l’exemple d’un si grand homme, et son autorité est de tel poids que tous les confrères ont suivi son exemple et se traitent les uns les autres de jettonniers, selon qu’ils affectent plus ou moins d’être assidus et de se trouver avant que l’heure sonne, pour participer à cette distribution. »

14. Nous ne l’avons trouvée ni dans l’édition la plus complète des œuvres de Scarron, ni dans aucun recueil de vers et de chansons. Le refrain, qui fut très populaire, se lit seulement à la fin de ce couplet du Recueil de Maurepas (t. 3, p. 513).

Le pauvre comte de Guiche
Trousse ses quilles et son sac ;
Il faudra bien qu’il deniche
De chez la nymphe Brissac.
Il a gâté son affaire
Pour n’avoir jamais su faire
Ce que fait et que defend
L’ancien prelat de Rouen.

15. Fils d’Achille de Harlay, marquis de Champvallon, qui, en effet, avant d’occuper le siége archiépiscopal de Paris, avoit occupé celui de Rouen. C’étoit le plus beau prélat de France. On lui appliquoit ce vers de Virgile :

Formosi pecoris custos, formosior ipse.

C’est encore de lui qu’on disoit, à cause de ses galanteries : « Il est plus berger que pasteur. » Il mourut en 1675. On l’avoît appelé Harlay-Quint, parcequ’il étoit le cinquième archevêque de Paris. (V. Recueil de Maurepas, t. 4, p. 28–29.)

16.

Notre archevesque de Paris,
Quoique tout jeune, a des foiblesses.
De crainte d’en être surpris,
Il a retranché ses maîtresses :
De quatre qu’il eut autrefois,
Ce prelat n’en a plus que trois.
Ce p(Recueil Maurepas, t. 4, p. 3.)

17. V., sur ce proverbe, notre t. 2, p. 284, note.

18. Guillaume Le Boux, qui eut le courage de prêcher à Paris pendant la Fronde touchant l’obéissance qu’on devoit au roi, ce qui lui valut, en 1658, l’évêché d’Acqs, et non pas cetui d’Agde, comme il sera dit plus loin, et plus tard, en 1667, celui de Périgueux. Il avoit été, comme Mascaron, prêtre de l’Oratoire. Il mourut le 6 août 1693.

19. D’après l’auteur de la Vie abregée de Guillaume Le Boux, qui se trouve en tête de ses Sermons (Rouen, 1766, in-12, 2 vol.), ce ne seroit pas lui, mais l’un de ses amis, qui auroit fait au roi cette requête par calembour. Godeau en a fait une semblable quand, pour obtenir le siége de Grasse, il avoit dit à Richelieu : « Monseigneur, je vous demande Grasse. » Ce qui lui fut accordé.

20. Dès 1671 on prévoyoit bien que Mascaron ne resteroit pas à Tulle,

Bien que tout evesché soit bon,
Tulle est trop peu pour Mascaron.
Il n’en demeurera pas là.
Il n’en dAlleluia.
Il n’en(Recueil de Maurepas, t. 3, p. 419.)

21.

––Mascaron s’enflamme,
Etant près d’une dame ;
––Mascaron s’enflamme,
La voulant approcher ;
––––Tout plein de zèle
––––Dans sa ruelle
––––Luy dit : Ma belle,
––––Pour bien prescher,
Un predicateur doit toucher.
Un pred (Recueil de Maurepas, t. 3, p. 341.)

22. César d’Estrée, abbé de Saint-Germain-des-Prés, qui, en 1674, avoit quitté l’évêché de Laon et avoit été fait cardinal.

23. François Emmanuel de Bonne, comte (et non pas duc) de Sault. Il étoit fils du duc de Lesdiguières. Quand Mme de Cœuvres accoucha, il y eut, vu ses multiples galanteries, grande confusion dans les attributions de paternité. Le mari fut le seul à qui on ne pensa pas. Quant au comte de Sault, on ne l’avoit pas oublié :

Ce n’est point au bourgeois Michaut (Tambonneau)
L’enfant que Cœuvre a mis au monde,
Encor moins au comte de Sault,
Puisqu’on dit qu’elle n’est pas blonde.
À qui donc la donnerons-nous,
Ne pouvant être à son epoux ?
Ne p(Chansonnier Maurepas, t. 3, p. 439.)

24. François Annibal, comte d’Estrées, frère du cardinal, et grand-père du marquis de Cœuvres, qui s’appeloit comme lui François Annibal.

25. Le maréchal d’Estrées, à qui l’on prête ces belles paroles, étoit neveu de Gabrielle, de qui venoit toute la grandeur de sa maison.

26. C’est ce que dit Ch. Beys pour clore le 5e acte de ses Illustres fous :

La plus courte folie est toujours la meilleure.

27. Il vous a été dit tout à l’heure que la marquise de Cœuvres étoit fille de M. de Lionne.

28. Cette aventure se répandit, et fit, on le croira de reste, un grand scandale. Mme de Lionne avoit été en tout cela la corruptrice de sa fille. « Sa sorte de malhonnêteté, écrit Mme de Sévigné (2 août 1671) étoit une infamie si scandaleuse, qu’il y a long-temps que je l’avois chassée du nombre des mères. » V. aussi Supplément de Bussy, lettre à Mme de Montmorency, 30 juin 1671. Mme de Lionne, avant de se mettre de moitié dans les amours de sa fille et du comte de Sault, avoit déjà partagé avec elle M. de Béthune et le duc de Longueville. On lui fait dire, s’adressant au duc, dans une chanson du temps (Recueil de Maurepas, t. 3, p. 457) :

Pourquoy vous enfuyez-vous ?
––Si vous cherchez ma fille,
Profités du rendez-vous.
––––Mais accordons-nous :
Faisons cocu mon epoux,
Et puis je la laisse à vous.
––Je suis mère facile ;
Profitez du rendez-vous.

En note, on a mis : « Non seulement Mme de Lionne étoit débauchée, mais elle pratiquoit des plaisirs à sa fille. » — Une autre chanson (Ibid., p. 464–65) parle, sans rien omettre du scandale, de la parfaite entente de la mère et de la fille dans cette communauté d’amant :

Quand à sa fille on alloit,
––––––Il falloit
Que la mère prit son droit ;
Puis elle disoît : Ma mie,
Je t’en reponds sur ma vie.

Pour aiguiser l’appetit,
––––––Le deduit
Se passoit au même lit,
Entre Bethune et la mère,
Sault et la jeune commère.

29. D’après la chanson que je viens de citer, ce ne seroit pas le cardinal d’Estrées qui auroit trahi Mme de Cœuvres, mais son propre frère, l’abbé de Lionne, qui étoit tombé amoureux d’elle, et qu’elle avoit repoussé :

Enfin son frère l’abbé,
––––––Echauffé
Un matin s’est presenté.
Ne lui voulant rien permettre,
Il se saisit de ses lettres.

Son père il en regala,
––––––En parla,
De cecy et de cela.
Là finit la patience
D’un des grands cocus de France.

30. « Quoique le mari (M. de Lionne), écrit encore Mme de Sévigné (19 août 1671), fût accoutumé à sa propre disgrace, il ne l’étoit pas à celle de son gendre, et c’est ce qui l’a fait éclater, car vous savez bien l’humeur complaisante et même serviable de la mère. » Mme de Lionne reçut ordre du roi de se rendre à Angers. « Tous les jeunes gens de la cour ont pris part à sa disgrâce, dit Mme de Sévigné (2 août 1671) ; elle ne verra point sa fille ; on lui a ôté tous ses gens. Voilà les amants bien écartés. »

31. La mort ne laissa pas d’ailleurs à M. de Lionne le temps de faire expier à sa fille le scandale de sa conduite. Il mourut le 1er septembre. Le chagrin qu’il conçut de tout ce qui venoit de se passer fut, dit-on, pour beaucoup dans sa mort. Sa femme l’avoit pourtant, de longue date, accoutumé à de pareilles affaires, et lui-même s’en vengeoit en détail depuis bien long-temps.

32. Le cardinal d’Estrées fut en effet envoyé à Rome par le roi pour la paix de Clément IX et l’affaire de la Régale.

33. Pierre de Bonzi, fait cardinal en février 1672, et qui mourut archevêque de Narbonne, à l’âge de soixante-treize ans. Il eut surtout des intrigues avec Mlle de Gevaudan, qui devint plus tard la fameuse marquise de Ganges. (Recueil de Maurepas, t. 6, p. 131, et t. 7, p. 339.)

34. Emmanuel-Théodose de La Tour d’Auvergne, abbé de Cluny, grand aumônier de France, connu sous le nom de cardinal de Bouillon. Il n’étoit plus à la cour alors, il étoit en exil au château de Paray-le-Monial. (V. lettre de Mme de Sévigné, 28 octobre 1688.)

35. Guillaume de Furstemberg, évêque de Strasbourg, fait cardinal le 2 septembre 1686. Deux ans après, il avoit été élu coadjuteur de Cologne, grâce à l’influence de la France. Le pape lui refusa ses bulles, et Louis XIV, mécontent, fit occuper Cologne par ses troupes. Guillaume de Furstemberg étoit aussi abbé de Saint-Germain-des-Prés. C’est là qu’il mourut, le 10 avril 1704. Une des rues bâties en 1699 sur le terrain de l’abbaye lui doit son nom.

36. Charles Maurice Le Tellier, que la haute faveur de Louvois, son frère, avoit fait nommer coadjuteur de Reims lorsqu’il n’avoit encore que vingt-sept ans ! (Mém. de Choisy, Collect. Petitot, 2e série, t. 63, p. 458 ; Saint-Simon, 1re édit., t. 2, p. 279.)

37. Une anecdote racontée dans l’Almanach littéraire de 1793 fait allusion au reproche que Mazarin adressoit sans cesse à La Feuillade. En 1655, au siége de Landrecies, il avoit été blessé d’un coup de mousquet à la tête. Les chirurgiens, en lui appliquant le premier appareil, lui dirent que c’étoit grave, car on voyoit la cervelle : « Ah ! parbleu, si c’est ainsi, prenez-en un peu et envoyez-le sur un linge au cardinal, qui me dit cent fois le jour que je n’en ai point :

Ô messieurs, la bonne nouvelle !
À ce diable de Mazarin,
Qui pretend que j’en ai besoin,
Envoyons-en une parcelle. »

38. Il alloit toujours en grand équipage et grand train. C’est à lui qu’arriva sur la route de Saint-Germain cette aventure si bien racontée par Mme de Sévigné : Le carrosse de Monseigneur passant sur le corps d’un pauvre homme et de son cheval, puis versant du choc, tandis que l’homme et le cheval se relèvent et décampent au galop, « Il croit bien être grand seigneur, dit la marquise, mais ses gens le croient encore plus que lui. » (Lettre du 5 février 1674.)

39. Le portrait que fait de lui Saint-Simon (Mémoires, 1re édit., t. 2, p. 85) nous le représente bien plutôt comme un colonel de dragons que comme un prélat.

40. C’est ce qu’on dit dans un couplet qui fut fait lorsque Louvois le chargea de l’administration des haras :

Louvois n’aura pas d’embarras
À faire valoir ses haras,
S’il prend pour etalon son frère :
S’ilLère la, lère lan lère.
S’il pl(Recueil Maurepas, t. 6, p. 443.)

41. Il ne parvint pas à être fait cardinal. Louvois le désiroit fort, mais le roi Jacques refusa son appui et l’affaire manqua. Louvois en garda rancune au roi d’Angleterre, et, lorsqu’il eut été détrôné, il s’opposa long-temps à ce que le roi lui vînt en aide. Seignelay étoit d’un avis contraire, disant qu’il étoit de la dignité de la France de lui faire rendre sa couronne. Ce fut la cause d’une brouille entre les deux ministres.

42. On étoit en effet au plus mal avec le pape Innocent XI, qui, en 1687, avoit profité de la mort de notre ambassadeur à Rome pour abolir les franchises dont jouissoit le représentant de la France. Louis XIV vit là un acte d’hostilité et y répondit en se saisissant d’Avignon et en s’assurant de la personne du nonce.

43. La duchesse d’Aumont étoit l’aînée et la plus belle des trois filles du maréchal de La Mothe.

44. Il étoit fils d’un premier mariage du duc d’Aumont avec Madeleine Le Tellier, sœur de Louvois et de l’archevêque de Reims, et, par conséquent, neveu de l’un et de l’autre.

45. Voir la note précédente.

46. Cette affaire scandaleuse est aussi racontée dans la France galante, ou Histoire amoureuse de la Cour (Cologne, P. Marteau, 1695, in-12, p. 416–417). Saint-Simon ne dit rien contre les mœurs de Mme d’Aumont, et c’est étrange de la part d’un médisant comme lui, qui là n’avoit pas à inventer, comme il fit souvent, mais qu’à écouter seulement ce qui se disoit et se chantoit partout. Voici, par exemple, un couplet du Recueil Maurepas (t. 7, p. 37) :

Seras-tu toujours eprise
De toutes sortes de gens ?
À ton âge, est-on de mise ?
D’Aumont, quitte les galants.
––––— Je ne sçaurois.
— Quitte au moins les gens d’eglise.
––––— J’en mourrois.

Les Clérambault ont mis en note : « La duchesse d’Aumont étoit dévote de profession, et, comme elle avoit toujours eu quelque directeur en affection, qu’étant fort vive, elle étoit souvent avec lui et en parloit sans cesse, on avoit toujours médit d’elle et de ses directeurs. Les deux plus fameux qu’elle eut jusqu’à cette présente année 1691 étoient le P. Gaillard, jésuite, qu’elle quitta pour un père de l’Oratoire appelé le P. de La Roche. Mais, ce qui avoit encore plus que tout cela donné lieu à la médisance, c’est que Charles-Maurice Le Tellier, archevêque duc de Reims, pair de France et prélat très décrié du côté de la continence, avoit été très long-temps amoureux d’elle. Cette passion avoit d’autant plus fait de bruit que, la duchesse d’Aumont ayant aigri contre elle, quelques années auparavant, le marquis de Villequier, son beau-fils, celui-ci parloit publiquement contre le commerce de sa belle-mère avec l’archevêque de Reims. Le public renchérit encore là-dessus et n’épargna pas les directeurs, et peut-être avoit-il raison, car il faut toujours se défier des femmes, et surtout des dévotes. »

47. Elle étoit née, comme Villequier, du mariage du duc d’Aumont avec Madeleine Le Tellier. Comme Mme d’Aumont, sa belle-mère, elle avoit les apparences de la vertu, mais les apparences seules.

–––La Crequi veut faire
–––La dame d’honneur,
–––Une mine austère,
–––Un air de hauteur :
–––Ce sont là les preuves
Que l’on a de sa vertu,
––––––Lanturlu.
Qu(Recueil Maurepas, t. 7, p, 403.)

48. « Son amitié pour sa nièce, la marquise de Créqui, alla jusqu’au scandale, dit Saint-Simon (t. 8, p. 126). Il lui avoit donné une maison toute meublée et lui légua deux millions. » V. aussi la France galante, p. 295–385, 394, 414–15.

––Un homme d’Eglise
––Du soir au matin
––Lui fait en chemise
––Lire l’Aretin, etc…
––––––(Recueil Maurepas, t. 7, p. 405.)

Crequi, belle marquise,
Avec votre air coquet,
Vous seriez bien de mise
Si votre oncle n’eût fait :
Flon, flon, larira dondaine, etc.
––––––(Recueil Maurepas, t. 6, p. 59.)

49. Louvois et son frère avoient souvent ensemble de ces conversations d’affaires de famille. En voici une très vivement résumée dans un couplet :

Maurice disoit à Louvois :
Mon frère, vous n’êtes pas sage ;
De quatre enfans que je vous vois
Vous negligez l’avantage.
Louvois repond avec soupirs :
Il faut moderer ses desirs.
Barbezieux reglera l’Etat,
Soucré remplacera Turenne,
L’abbe vise au cardinalat ;
Pour Courtenvaux, j’en suis en peine ;
Il est sot et de mauvais air :
Nous n’en ferons qu’un duc et pair.

50. Il s’adressoit bien : Louis XIV n’avoit jamais aimé l’archevêque de Reims.

51. Si sa passion n’en eût pas souffert, l’archevêque n’eût pas vu là une bien terrible disgrâce. Il habitoit Reims de bon cœur : « Assez resident chaque année, dit Saint-Simon (t. 8, p. 126) ; gouvernant et visitant son diocèse, qui étoit le mieux reglé du royaume, et pourvu d’excellents sujets de tous genres, qu’il savoit choisir et s’attacher. »