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La nouvelle Justine/Chapitre VI

CHAPITRE VI.


Ce que c’est que le nouvel asyle offert à notre infortunée. — Sorte d’hospitalité qu’elle y reçoit. — Aventure épouvantable.


Notre héroïne avait dix-sept ans lorsqu’elle se présenta chez monsieur Rodin, maître de la pension de Saint-Marcel : ses attraits, mieux développés, offraient encore plus de charmes ; toute sa personne avait, malgré ses chagrins, acquis un genre de perfection qui la rendait vraiment une des plus jolies filles qu’il fut possible de voir. Mademoiselle, lui dit Rodin, en la recevant très honnêtement, vous me trompez sans doute, en vous présentant à moi comme domestique ; ce n’est ni avec une aussi jolie taille, ni avec une peau aussi belle, des yeux aussi brillans, des cheveux si superbes, une manière de s’exprimer aussi pure ; ce n’est pas, sans doute, avec toutes ces graces que l’on se trouve réduite à servir : si bien traitée par la nature, vous ne sauriez être la victime du sort, et je dois bien plutôt attendre des ordres de vous, qu’il ne m’appartient de vous en donner. — Oh ! monsieur, à quel degré pourtant je dois me plaindre de la fortune ! Eh bien c’est une injustice ; nous la réparerons, mademoiselle ; et, là-dessus, Justine, encouragée, raconta ses malheurs à Rodin. Voilà qui est affreux, dit l’adroit imposteur ; ce monsieur de Bressac est un monstre, connu depuis long-tems par ses excessives débauches, et je vous regarde comme très-heureuse d’être sortie de ses mains. Mais, belle Justine, je persiste à vous dire que vous n’êtes pas créée pour servir : celle aux genoux de qui devrait être l’Univers, celle qui pourrait l’enchaîner par ses yeux, ne doit exister que pour être libre. Si ma maison vous convient, je vous l’offre ; j’ai une fille qui vient d’atteindre sa quatorzième année, elle sera trop heureuse d’avoir une société comme la vôtre, vous mangerez avec nous, vous partagerez nos peines pour cette classe intéressante de l’humanité, que la France entière daigne confier à mes soins attentifs ; comme nous vous contribuerez à l’œuvre méritoire de cultiver les talens de la jeunesse ; et comme nous, vous travaillerez à la perfection de ses mœurs.

Était-il au monde un rôle plus analogue au caractère doux, pieux et sensible de notre intéressante orpheline ? en était-il un qui dût lui convenir davantage ? Des larmes coulèrent de ses yeux ; elle pressa la main de son bienfaiteur… la couvrit des baisers de sa reconnaissance ; mais l’adroit Rodin se soustrait à des témoignages qu’il sent bien mériter aussi peu. On fait venir Rosalie, Justine lui est présentée, et les liens de la plus vive tendresse réunissent bientôt ces deux charmantes personnes.

Avant que d’aller plus loin, nous devons, il semble, rendre compte des premiers devoirs que Justine crut nécessaires à remplir. Elle desirait avec ardeur savoir ce qui s’était passé au château de Bressac depuis l’époque de sa fuite ; elle jette les yeux pour cette commission sur une jeune paysanne vive, spirituelle, qui lui promet de prendre au plutôt sous main toutes les informations capables de l’instruire. Malheureusement Jeannette est soupçonnée, on la questionne, elle se coupe ; et la seule chose qu’elle a la prudence de taire, est le lieu de la retraite de celle qui l’envoie. Eh bien ! gardez votre secret, dit Bressac, mais en quelque lieu que soit cette coquine, remettez-lui cette lettre, et dites-lui de prendre garde à elle. Jeannette effrayée revient en hâte, et voici la lettre qu’elle rend à Justine.

« Une scélérate, capable d’avoir assassiné ma mère, est bien hardie de renvoyer dans le même lieu où son crime s’est exécuté ! Ce qu’elle peut faire de plus sage, est de cacher avec soin le lieu de sa retraite ; elle peut être sûre qu’on l’y troublera, si on l’y découvre ; qu’elle s’abstienne d’une seconde mission ; on lui déclare qu’on ferait arrêter son ambassadrice. Au reste, il est bon qu’elle sache que l’affaire de la Conciergerie qu’elle a cru terminée, ne l’est point ; le décret n’a pas été purgé. On la laissait ainsi sous le glaive, pour voir comment elle se conduirait, avec le projet de ne s’intéresser à elle, qu’au cas qu’elle en fût digne : qu’elle juge donc, d’après l’état où elle est, de quel poids doit être en justice la seconde accusation bien plus grave qui vient d’être dirigée contre elle ». Justine pensa s’évanouir en voyant ce billet ; elle le porte à Rodin qui la rassure, et la chère innocente revient questionner Jeannette. En se retirant, l’adroite commissionnaire avait donné le change ; et dans la crainte d’être poursuivie, elle était entrée dans Paris, elle y avait couché, et en était sortie le lendemain à la pointe du jour. Tout d’ailleurs était dans le trouble au château de Bressac ; les parens étaient là, la justice venait d’accourir ; et le fils qui jouait la désolation, n’accusait que Justine du malheur arrivé. Plusieurs vols précédens, dont Bressac chargeait également la malheureuse Justine, jetaient du jour sur le second crime ; et, à moins que de l’avoir vu commettre, il devenait certain qu’on ne pouvait en soupçonner d’autres.

Jasmin, Joseph avaient déposé, on les croyait ; Justine devait frémir. Bressac devenait d’ailleurs, au moyen de cette nouvelle succession, beaucoup plus riche qu’on ne l’avait cru. Le coffre-fort, le porte-feuille, le mobilier, les bijoux mettaient ce jeune homme, indépendamment des revenus, en possession de plus d’un million comptant. À travers sa douleur affectée, il avait, disait-on, bien de la peine à cacher sa joie ; et les parens convoqués pour l’examen du cadavre, en déplorant le sort de la victime, avaient juré de la venger. Les morçures un moment avaient embarrassé l’artiste examinateur ; mais Bressac, en prouvant qu’un chien était resté par mégarde enfermé vingt-quatre heures auprès du cadavre, avant qu’on eût eu le tems d’appeler des prêtres de Paris, avait par cet adroit mensonge dissipé la surprise du chirurgien.

Eh bien ! dit Justine, voilà donc encore une croix que la main du ciel me présente ! Par une inconcevable fatalité du destin, je serai suspectée, accusée, peut-être même punie d’un crime… dont j’ai détesté jusqu’à l’idée ; et celui qui me l’a fait commettre, celui qui a guidé mon bras, celui qui seul est coupable du plus infâme matricide dont la terre ait été souillée ; celui-là, dis-je, est heureux, il est riche, il est comblé des bienfaits de la fortune, et je n’ai pas, moi, dans le monde, un seul coin où je puisse me reposer en paix. Être-Suprême ! poursuivit-elle en larmes, je me soumets à tes desseins sur moi, que ta volonté s’accomplisse, je ne suis née que pour la remplir… Et pendant que l’intéressante créature fait de profondes réflexions sur la méchanceté des hommes, et sur-tout sur celle des libertins assez dépravés pour sacrifier tout au plaisir d’éjaculer leur foutre un peu plus chaudement, nous allons donner au lecteur une idée succincte, et du personnage chez lequel elle était, et des motifs de l’agréable réception qu’elle avait reçue.

Rodin, maître du logis, était un homme de trente-six ans, brun, le sourcil épais, l’œil vif, l’air vigoureux, bandant fort dur, la taille haute, bien prise, l’air de la force et de la santé, mais en même-tems du libertinage. Très-au-dessus de son état, Rodin, n’exerçant la chirurgie que par goût et l’institution que par raison de luxure, possédait, indépendamment des fruits de sa profession, environ vingt mille livres de rente. Une sœur belle comme un ange, et dont nous allons parler tout-à-l’heure, remplaçait près de lui, dans toute l’étendue du terme, l’aimable épouse, que depuis près de dix ans lui avait enlevé la mort. Une très-jolie gouvernante et Rosalie sa fille, partageaient les faveurs de cet impudique. Essayons, s’il se peut, de peindre ces objets.

Célestine, sœur de Rodin, âgée de trente ans, était grande, mince, bien faite, les yeux les plus expressifs, et la physionomie la plus lubrique qu’il fût possible de posséder, brune, très-velue, le clitoris fort long, le cul coupé à la manière des hommes, peu de gorge, un tempérament excessif, beaucoup de méchanceté et de libertinage dans l’esprit, ayant tous les goûts, mais principalement celui des femmes, et celui plus extraordinaire encore pour une femme, de n’aimer à se prêter aux hommes que de cette manière que les sots proscrivent, et dont la nature a fait si délicieusement le plus divin des écarts de l’amour[1].

Marthe était le nom de la gouvernante ; elle avait dix-neuf ans, une figure ronde et fraîche, de beaux yeux bleus, blanche comme un cigne, toutes les formes de la plus agréable proportion, et le plus beau cul qu’il fût possible de voir.

Pour Rosalie, on peut dire avec vérité que c’était une de ces filles célestes que la nature offre bien rarement à l’hommage des mortels ; atteignant à peine sa quatorzième année, Rosalie réunissait à tous les charmes les plus capables de faire sensation, une taille de nymphe, des yeux pleins du plus tendre intérêt, des traits mignons et piquans, la plus jolie bouche, de superbes cheveux châtains, tombant au bas de sa ceinture, la peau d’un éclat… d’une finesse… déjà la plus jolie gorge du monde et le plus beau cul… O divins amateurs de cette délicieuse partie ! il n’en est pas un de vous qui ne se fût enthousiasmé à l’aspect de ces fesses divines, pas un qui ne leur eut rendu le culte le plus saint ; il n’y avait peut-être que celles de Justine au monde qui pussent leur être comparées.

Monsieur Rodin, comme nous l’avons dit, tenait chez lui une pension des deux sexes ; il en avait obtenu le privilège du vivant de sa femme, et sa sœur remplaçant la maîtresse du logis, les choses n’avaient point changées ; les élèves de Rodin étaient nombreux et choisis ; il y avait toujours chez lui deux cents pensionnaires, moitié filles et moitié garçons ; jamais il ne les prenait au-dessous de douze ans ; ils étaient toujours renvoyés à dix-sept. Rien n’était joli comme les élèves qu’il admettait. Si on lui en présentait un qui eût quelques défauts corporels ou de vilains traits, il était aussi-tôt rejeté sous vingt prétextes, colorés de sophismes toujours indestructibles ; par ce moyen ou le nombre de ses pensionnaires n’était pas complet, ou ce qu’il possédait était toujours charmant.

Rodin donnait lui-même les leçons aux jeunes gens ; il leur enseignait les sciences et les arts, et Célestine sa sœur en faisait autant chez les filles ; aucun maître étranger n’entrait ; par ce moyen tous les petits mystères lubriques de la maison, toutes les iniquités secrètes se concentraient dans l’intérieur.

Dès que Justine vit clair, son esprit pénétrant ne put s’empêcher de se livrer à bien des réflexions, et l’intimité qu’on lui laissait avec Rosalie la mit bientôt à même de tout éclaircir avec elle ; la charmante fille de Rodin ne fit d’abord que sourire aux questions de Justine ; et ce procédé redoublant l’inquiétude de notre jeune aventurière, elle n’en pressa Rosalie de s’éclaircir qu’avec infiniment plus d’instances. Écoute, lui dit cette charmante fille, avec toute la candeur de son âge et toute la naïveté de son aimable caractère ; écoute, Justine, je vais tout t’apprendre, je vois que tu es incapable de trahir les secrets que j’ai à te révéler, et je ne veux plus en avoir pour toi :

Assurément ma chère amie, mon père, ainsi que tu l’observes fort bien, pourrait se passer du métier qu’il exerce, et s’il tient à l’une et à l’autre de ces professions, deux motifs que je vais te développer en sont causes. Il exerce la chirurgie par goût, pour le seul plaisir de faire de nouvelles découvertes ; il les a tellement multipliées, il a donné sur cette partie des ouvrages si goûtés, qu’il passe pour le plus habile homme qu’il y ait maintenant en France ; il a travaillé quelques années à Paris, et c’est pour son agrément qu’il s’est retiré dans cette campagne ; le véritable chirurgien de Saint-Marcel est un nommé Rombeau qu’il a pris sous sa protection, et qu’il associe à ses expériences. Tu veux savoir à présent, ce qui l’engage à tenir pension, le libertinage, ma chère, le seul libertinage, passion portée à l’extrême en lui ; mon père et ma tante, aussi débauchés l’un que l’autre, trouvent tous deux dans leurs écoliers mâles ou femelles des objets que la faiblesse et la dépendance soumettent à leur luxure, et ils en profitent ; leurs goûts se ressemblent, leurs penchans sont les mêmes, ils se servent si bien l’un et l’autre, qu’il n’est pas une fille que Rodin ne donne à sa sœur, et pas un garçon que celle-ci ne fournisse à son frère. Et les suites de cette abominable intrigue, dit Justine, établissent sans doute entre eux l’inceste le plus effrayant. Plût au ciel qu’ils en restassent là, dit Rosalie ! — Dieu ! tu m’effrayes. — Tu sauras tout, mon ange, reprit l’aimable fille de Rodin… oui, je t’apprendrai tout. Viens, suis-moi, nous sommes à vendredi, c’est précisément un des jours où l’instituteur corrige les coupables ; telle est la source des plaisirs de Rodin ; c’est en infligeant ces tourmens qu’il se délecte ; suis-moi, te dis-je, tu vas voir comment il opère ; on peut tout observer du cabinet de ma chambre, voisin de ses expéditions ; rendons-nous-y sans bruit, et garde-toi sur-tout de jamais ouvrir la bouche de tout ce que je te dis et de tout ce que je te fais voir.

Il était important pour Justine de connaître les mœurs du nouveau personnage qui lui offrait un asyle, elle le sentit ; et ne voulant rien négliger de tout ce qui pouvait les lui dévoiler, elle suit les pas de Rosalie, qui la place près d’une cloison assez mal jointe, pour laisser entre les planches qui la forment, un jour suffisant à distinguer et à entendre tout ce qui se dit, et tout ce qui se fait dans la chambre voisine.

Mademoiselle Rodin et son frère y étaient déjà ; nous allons rendre le compte le plus exact de tout ce qu’ils se dirent, du moment ou Justine put les entendre ; et comme ils ne fesaient que d’entrer, vraisemblablement ils ne s’étaient pas encore dit grand chose. Qui fouette-tu, mon Frère, dit la demoiselle ? — je voudrais que ce fût Justine ; — cette jolie fille t’échauffe terriblement la tête ? — Tu l’as vue, ma sœur, je t’ai foutu cette nuit deux coups, et je ne déchargeais que pour elle… je lui crois le plus délicieux cul… tu n’imaginerais pas le desir que j’ai de le voir ; — il me semble que cela n’est pas difficile. — Plus que tu ne le penses… de la vertu, de la religion, des préjugés. Voilà tous les monstres que j’ai à combattre : si je ne prends pas la citadelle d’assaut, je n’en serai jamais le maître. — Oh ! par Dieu, s’il ne faut que la violer, je te promets mon aide ; sois bien certain que nous en viendrons à bout, ou par séduction ou par force ; il faudra bien que la putain y passe. — Est-ce qu’elle ne t’inspire rien, ma sœur ? — Elle est charmante, mais je lui crois peu de tempérament ; et je ne m’étonne point qu’avec sa tournure, elle échauffe plus facilement un homme qu’une femme. — Tu as raison ; mais elle m’irrite beaucoup, moi… Oh ! étonnamment ; et ici Rodin leva par derrière les jupons de sa sœur, et lui claqua les fesses assez fortement à plusieurs reprises. Branle-moi, Célestine, lui dit-il, mets-moi en train ; et notre homme s’asseyant sur un fauteuil, place son vit mollet dans les mains de sa sœur, qui, en deux ou trois tours de main, lui rendit bientôt toute son énergie. Pendant ce tems, Rodin, tenant toujours les jupes de sa sœur relevées, exposait à ses yeux paillards les fesses de la libertine : il les maniait, il les entr’ouvrait ; il était même facile de distinguer, par le genre de baisers dont il les accablait, à quel point ce trône de l’amour avait d’empire sur ses sens. Prends des verges, dit Rodin en se relevant, et vient t’égayer sur mon cul ; il n’est point de cérémonie au monde qui me mette plus en train que celle-là ; j’ai besoin d’y être ce matin, mon imagination est très-allumée, et je sens que mes forces ne la soutiennent pas. Célestine ouvre une armoire, eu tire une douzaine de poignées de verges, qu’elle étale sur une commode, et choisissant la meilleure, elle vient en flageller son frère, qui se branle, qui s’extasie sous les coups qu’on lui porte, en s’écriant toujours à voix basse : « Ah ! Justine, si je te tenais… mais je te tiendrai, Justine, tu y passera ; il ne sera pas dit que je t’aie donné l’hospitalité pour rien… je brûle de voir ton cul, je le verrai… je le fouetterai, je le fouetterai, ce beau cul, Justine ; tu ne sais pas ce que sont mes desirs, quand le libertinage les allume ; » et Célestine cessant un moment ici de flageller son frère, vint s’appuyer les mains sur les bras du fauteuil, les fesses en l’air, en le provoquant au combat ; mais Rodin, qui ne voulait qu’essayer ses forces, et non les perdre, se contente de quelques claques, de deux ou trois morçures, et prie sa sœur d’aller lui chercher tour-à-tour les enfans de l’un et l’autre sexe, que son dessein est d’expédier. En ce moment de repos, Justine se jette dans les bras de son amie : oh ! Dieu, dit-elle, as-tu donc entendu la conjuration formée contre moi ? Ah ! ma chère fille, s’écria Rosalie, je crains bien que tu ne t’en tires pas ; tu serais la seule qui serais sortie intacte de cette maison. Je me sauverai, dit Justine, Cela est impossible, reprit Rosalie ; sa profession lui donne le droit de fermer ses portes ; cette maison est comme un couvent. Une évasion, en te faisant traiter de séductrice ou de voleuse, pourrait te conduire à Bicêtre ; prends patience, ma chère, c’est le plus court ; et le bruit que nos deux espions entendirent les obligea de se remettre au trou. Célestine amenait avec elle une jeune fille de quatorze ans, blonde et jolie comme l’amour : la pauvre enfant, toute en larmes, trop malheureusement au fait de ce qui l’attend, n’approche qu’en gémissant son dur instituteur ; elle se jette à ses pieds, elle implore sa grace ; mais Rodin, inflexible, allume, dans cette sévérité même, les premières étincelles de son plaisir ; elles jaillissent déjà de son cœur par ses regards farouches. Oh ! non, s’écrie-t-il, non, non, voilà trop de fois que cela vous arrive, Julie ; je me repends de mes bontés, elles n’ont servi qu’à vous plonger dans de nouvelles fautes ; la gravité de celle-ci, d’ailleurs, pourrait-elle me permettre la clémence, à supposer que je le voulusse ? Gardez-vous-en, mon frère, s’écrie Célestine, ce serait encourager cette fille au mal ; l’exemple en serait pernicieux dans la maison : oubliez-vous donc que cette petite coquine a donné hier un billet à un garçon, en entrant dans la classe… Je vous proteste que non, dit la charmante Agnès en larmes ; oh ! rien n’est plus faux, monsieur, croyez-moi… croyez-moi, j’en suis incapable. Ne sois pas la dupe de ces reproches, dit promptement Rosalie à Justine ; toutes ces fautes sont imaginées à dessein de consolider ses prétextes : cette petite fille est un ange ; c’est parce qu’elle lui résiste, qu’il la traite avec dureté ; et pendant ce tems, la sœur de Rodin, lâchant le cordon des jupes, les fait couler au bas des jambes, et relevant la chemise de l’enfant autour des reins, expose aux yeux de son frère le petit corps le plus voluptueux qu’il fut possible de voir. Le paillard, pendant ce tems-là, saisit les mains de la jeune fille, les attache à l’anneau du pillier placé à ce dessein dans le milieu de la chambre de correction, s’empare d’une poignée de verges, prise cette fois au sein d’une cuve remplie de vinaigre, où elles acquièrent, par cette lotion, plus de verdeur et de piquant, met son vit entre les mains de sa sœur, qui, agenouillée devant lui, le branle, pendant qu’il va opérer et se prépare à la plus rigoureuse… à la

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plus sanglante opération. Six coups, assez légèrement appuyés, sont les préliminaires de l’orage ; Julie frémit… la malheureuse elle, n’a plus de défenses… plus d’autres que sa belle tête languissamment tournée vers son bourreau… de superbes cheveux en désordre et des pleurs inondant le plus beau visage du monde… le plus doux… le plus intéressant. Rodin considère le tableau, il s’en embrâse sa bouche effleure celle de la victime… il n’ose la baiser, il n’ose dévorer les pleurs dont sa férocité s’électrise ; une de ses mains, plus hardie, parcourt les fesses… que de blancheur !… que de beautés ! ce sont des roses effeuillées sur des lys par la main même des grâces ! Quel est-il donc l’être assez dur pour condamner aux tourmens des appas si frais… si mignons ? Quel monstre peut chercher le plaisir au sein des larmes et de la douleur ? Rodin contemple ; son œil égaré parcourt, ses mains osent profaner les fleurs que sa cruauté veut flétrir ; tantôt le libertin entr’ouvre, et tantôt il resserre ces attraits divins qui l’enchantent ; il les offre, sous toutes les formes, à son œil examinateur : mais c’est à ceux-là seuls qu’il s’en tient ; quoique le vrai temple de l’amour soit à sa portée, Rodin, fidèle à son culte, n’y jette pas même ses regards ; il en craint jusqu’aux apparences. Si l’attitude les expose, il les déguise ; le plus léger écart troublerait son hommage, il ne veut pas qu’on le distraie ; enfin, sa fureur n’a plus de bornes ; il l’exprime par des invectives, il accable de sottises et de menaces cette pauvre petite malheureuse, tremblante sous les coups dont elle se voit prête à être déchirée : Rodin, que l’on branle toujours, est aveuglé par le plaisir. Allons, dit-il, préparez-vous, il faut souffrir ; et le cruel laissant, d’un bras vigoureux, tomber ses faisceaux à-plomb sur toutes les parties qui lui sont offertes, en applique cette fois-ci vingt coups, qui changent bientôt en vermillon le tendre et divin incarnat de cette peau si fraîche. Julie pousse des cris, des pleurs coulent de ses beaux yeux et se répandent en perles sur sa jolie gorge : Rodin n’en devient que plus furieux ; il reporte brutalement ses mains sur les parties molestées, les touche, les comprime, semble les préparer à de nouveaux assauts. Rodin recommence, sa sœur l’excite. Tu la ménages, lui crie cette mégère. Eh non, non, dit Rodin, n’appuyant plus un seul coup qui ne soit précédé d’une invective, d’une menace ou d’un reproche. Le sang paraît ; Rodin s’extasie, il se délecte à contempler les preuves parlantes de sa férocité ; il ne peut plus se contenir ; son vit gonflé, distille le foutre ; il s’approche de l’enfant, contenu par Célestine, qui fait voir à son frère le cul qu’il desire. Le bougre, en furieux, se présente à la brèche. Fais-le entrer, dit-il tout bas à sa sœur ; et du bout de la tête de l’énorme machine, il attaque légèrement le petit trognon de rose qui se présente à lui : que ne donnerait-il pas pour aller plus avant ? mais il n’ose. Célestine le secoue de nouveau ; et le cruel recommençant à frapper, achève d’entr’ouvrir, à force de cinglons, cet asyle des grâces et de la volupté ; il ne sait plus où il en est ; son ivresse est au point de ne plus même lui laisser l’usage de sa raison ; il jure, il blasphême, il tempête ; tout ce qu’il voit de charmes est traité avec la même rigueur ; les reins, les cuisses, les fesses, ce qu’il peut saisir en dessous du plus joli petit con-vierge, tout se déchire, tout se flagelle en détail ; rien n’est soustrait à ses barbares coups : à la violence dont sa sœur le pollue, on dirait qu’elle pompe une citerne, Le scélérat s’arrête cependant ; il sent l’impossibilité de passer outre, sans risquer de perdre des forces qui lui deviennent utiles pour de nouvelles opérations. R’habillez-vous, dit-il à Julie, en la détachant et se rajustant lui-même, et si pareille chose vous arrive encore, songez que vous n’en serez pas quitte pour si peu. Julie sort, et rentre dans sa classe. Tu me branlais trop vîte, dit Rodin à sa sœur, peu s’en est fallu que je ne déchargeasse ; il ne faut faire que plotter et me sucer de tems en tems. Elle est jolie, cette petite fille, l’as-tu eue ? — Et quelle est celle qui ne m’a point passé par les mains ? — Mais tu ne t’attendris pas quand je les fouette. — Que m’importe le sort d’une putain qui m’a fait décharger ? je la déchirerais moi-même. Ah ! tu ne connais pas mon cœur ; il est encore plus féroce que le tien. Entre un instant dans mon cul, Rodin, je brûle ; et se remettant à la même place où elle s’était présentée avant la fustigation de Julie, elle relève ses jupes et présente ses fesses ; Rodin s’y plonge sans préparation ; il la lime un demi-quart-d’heure ; la coquine se branle, décharge, et, contente sans être appaisée, elle va chercher de nouvelles victimes.

Celle qu’on présente cette fois-ci est une fille de l’âge de Justine ; elle lui ressemblerait même un peu, s’il était possible d’admettre que la nature eût pu refaire deux fois un aussi parfait modèle de grâces et de beautés. Aimée, lui dit Rodin, il est singulier qu’à votre âge vous vous mettiez dans le cas d’être fouettée comme un enfant. Mon âge et ma conduite ne devraient pas m’exposer à un tel affront, monsieur, répondit fièrement cette charmante fille, mais quand on est la plus faible, on a toujours tort. Voilà une réponse bien insolente, mademoiselle, dit Celestine, je me flatte qu’elle n’excitera pas beaucoup d’indulgence dans l’ame de mon frère ; elle en peut être sûre, dit Rodin, en dénouant les jupes avec brutalité. — Mais monsieur, je ne croyais… et le paillard, achevant de détacher promptement tout ce qui le gêne, met au jour le cul le plus frais, le plus appétissant qu’il eût encore vu. Aimée, lui dit Rodin en la courbant sur un fauteuil, vous m’avez dit que vous souffriez quelquefois d’hémoroïdes ; pendant que j’y suis, je vais examiner, et si vraiment ce mal paraissait de quelqu’importance, vous traiterais avec plus de douceur ; jamais, monsieur, répondit modestement Aimée, non, jamais, je ne me suis plaint d’une telle chose… N’importe, poursuivit Rodin, et continuant de courber, cela pourrait venir, il est bon que j’observe ; et comme Célestine aidait à la chose, la pauvre Aimée, sans pouvoir s’en défendre, fut bientôt mise à quatre pattes, et voilà Rodin examinant, parcourant, maniant tout-à-l’aise les plus belles chairs… les plus divins attraits ; non vraiment, il n’y a rien de ce que je croyais, dit Rodin, tout cela est en bon état, allons, nous pouvons châtier ; les mains se saisissent, on les attache, et la belle Aimée reste en proie aux scélératesses de ces monstres ; commence-là, ma sœur, dit Rodin, je veux voir si la pitié ne te fera pas enfreindre ton devoir ; Célestine, prend les verges, son frère examine en face, il veut jouir des contorsions que la frayeur arrache, il n’ose se branler, il est vu ; mais sa main frotte la cuisse sur laquelle repose l’engin tout dressé. L’opération commence, et mademoiselle Rodin, tout aussi cruelle que son frère, frappe pour le moins avec autant de force ; cependant celui-ci qui veut tout voir, tout saisir, passe auprès de sa sœur pour mieux juger de l’effet des coups sur les belles masses qu’ils ensanglantent ; ne pouvant plus se contenir, il se saisit d’une nouvelle poignée, éloigne sa sœur, et flagelle avec une telle violence, que le sang paraît aussi-tôt. La pauvre infortunée ne souffle pas ; on ne se doutait de ses douleurs que par un mouvement convulsif de ses deux fesses qui s’entr’ouvraient quand on ne frappait point, et se resserraient à l’approche du coup ; même tentative à celle-ci qu’à l’autre, Rodin se présente au combat, Aimée le devine, et resserre le cul ; Rodin de rage lui assène un coup de poing dans les reins qui la fait aussitôt courber ; il se représente, mais Aimée se relève, et par ce mouvement le fait reglisser encore ; tout cela, monsieur, dit-elle à la fin, ne me paraît pas tenir à la pénitence que vous avez dessein de m’infliger, je vous supplie donc de finir ; Rodin furieux refouette de nouveau, et deux cens coups de fouet appliqués d’un bras sûr, calment à peine la colère où le plongent les refus qu’il éprouve ; son engin furieux semble menacer le ciel ; Célestine veut le saisir et le diriger vers l’inattaquable forteresse ; non, dit Rodin, qu’on l’éloigne de mes yeux… Emmenez, emmenez cette fille rebelle, je veux qu’elle soit huit jours enfermée au pain et à l’eau pour lui apprendre à me manquer.

Aimée sort en baissant les yeux, et le féroce instituteur demande un garçon.

Celui que Célestine amène est un écolier de quinze ans, plus beau que l’Amour même ; Rodin le gronde. Plus à l’aise avec lui, sans doute, il le cajeole, il le baise, en le sermonant. Vous avez mérité d’être puni, lui dit-il, et vous allez l’être. À ces mots, la culotte est à-bas. Mais tout l’intéresse ici ; rien n’est exclut, les voiles se relèvent, tout se palpe indistinctement ; le cul, le vit, les couilles, le ventre, les cuisses, la bouche, tout se baise, tout se dévore ; Rodin menace, il caresse, il invective, il flatte, il est dans ce désordre délicieux de la luxure, où les passions n’écoutent plus que leur organe, où le voluptueux ne se plaint, que de l’impossibilité dans laquelle il est de ne pas multiplier ses outrages. Ses doigts obscènes cherchent à faire naitre dans ce jeune garçon les mêmes sentimens de lubricité qu’il en reçoit ; il le branle. Eh bien, dit le satire en voyant ses succès, vous voilà pourtant dans cet état impur que je vous ai si sévèrement défendu ; je gage qu’avec deux mouvemens de plus, tout partirait sur moi. Trop sûr des titillations qu’il produit, le libertin s’avance pour en recueillir l’hommage, et sa bouche est le temple offert à ce divin encens ; ses mains en excitent les jets, il les attire, il les dévore, lui-même est tout prêt d’éclater ; mais il veut en venir au but. Ah ! je vais vous punir de cette sottise, dit-il en se relevant, les lèvres encore inondées du foutre qu’il avale ; oui, fripon, je vais vous punir. Il prend les mains du jeune homme, il les captive, s’offre en entier l’autel où veut sacrifier sa fureur, il l’entrouvre, ses baisers le parcourent, sa langue s’y enfonce, elle s’y perd. Rodin, ivre d’amour et de férocité, remèle encore les expressions et les sentimens de tous deux. Ah ! petit fripon, s’écrie-t-il, il faut que je me venge de l’impression que tu me fais. Les verges se prennent, Célestine suce son frère, celui-ci fouette. Plus excité sans doute qu’avec la vestale, ses coups deviennent et plus forts et bien plus nombreux. L’enfant pleure, Rodin s’extasie. Mais de nouveaux plaisirs l’appellent. On détache l’écolier ; d’autres surviennent. Une petite fille de douze ans, belle comme le jour, succède au garçon ; à celle-ci un écolier de seize, suivi d’une fille de quatorze. Rodin, toujours servi, toujours aide par sa sœur, en fustige soixante dans sa matinée, trente-cinq filles et vingt-cinq garçons. Le dernier est un Adonis de quinze ans, d’une figure vraiment enchanteresse.

Rodin n’y tient plus ; en venant de le mettre en sang, il veut le foutre ; sa sœur aide à ce viol affreux ; elle contient le patient aux desirs effrénés de son frère. Rodin encule, il sacre, il pourfend, il déchire, et darde bientôt au fond du cul de ce bel ange les jets écumeux de sa flamme. On console l’enfant, il est excorié ; on lui donne des bonbons, il se tait. Et voilà comme ce libertin abusait de la confiance que l’on avait en lui ; voilà comme il trompait les parens, qui, ne voyant que les progrès vraiment rapides de cette école, fermaient imbécillement les yeux sur les dangers dont elle était remplie.

O ciel ! dit Justine, quand ces orgies furent terminées, comment ose-t-on se livrer à de tels excès ? comment peut-on trouver des plaisirs dans les tourmens que l’on inflige ?

Ah ! tu ne sais pas tout, répondit Rosalie. Écoute, lui dit-elle en repassant dans sa chambre, ce que tu as vu a pu te faire comprendre, que, lorsque mon père trouve quelques facilités dans les jeunes filles, il agit avec elles de la même manière qu’il vient de traiter ce jeune garçon. Les filles, au moyen de cette précaution, ne sont point déshonorées, poursuivit Rosalie, point de grossesse à craindre, et rien dès-lors ne peut les empêcher de trouver des époux. Il n’y a point d’années où il ne jouisse ainsi de plus de la moitié des garçons ou des filles. O Justine ! poursuivit cette chère enfant en se précipitant dans les bras de son amie, et moi-même j’ai été victime de son libertinage ; à sept ans il m’avait violée, et presque tous les jours depuis… Mais, interrompit Justine, depuis que tu as atteint un âge plus mur, la religion t’offrait un recours, que ne consultais-tu un directeur ? Hélas ! Ignores-tu donc, reprit vivement Rosalie, qu’il étouffe dans nous toutes les semences de religion, à mesure qu’il nous pervertit, et qu’il nous en défend tous les actes. D’ailleurs, j’ignore ma religion ; à peine m’en a-t-il instruit. Le peu qu’il m’a dit sur ces matières n’a jamais été que dans la crainte que mon ignorance ne trahît son impiété ; mais je n’ai jamais été à confesse, je n’ai jamais fait ma première communion. Il jette un si grand ridicule sur toutes ces choses, il en absorbe si bien dans nous jusqu’aux moindres idées, qu’il éloigne à jamais de ces devoirs celles dont il a joui ; ou, si elles sont contraintes à les remplir, à cause de leur famille, c’est avec une tiédeur, une indifférence, un mépris tel qu’il ne redoute rien de leurs indiscrétions avec les confesseurs. Quelquefois il réunit les jeunes personnes de l’un et l’autre sexe dont il est sûr ; et là, il leur fait des conférences, dont le but est d’anéantir totalement en elles tous les germes de religion et toutes les semences de vertu. Mais il en est qui ne participent jamais à ces faveurs, soit à cause de leur trop de faiblesse, ou de leur ridicule attachement aux préjugés dont leur famille les empoisonne. Que de prudence, dit Justine ! Il en faut, répondit Rosalie, pour maintenir le calme qu’il veut goûter au milieu des orages qui doivent nécessairement s’élever sans cesse sur l’atmosphère d’une route semblable ; et c’est à cette politique étonnante qu’est due la tranquillité dont il jouit depuis dix ans.

Viens Justine, dit Rosalie quelques jours après cette scène, viens juger par tes propres yeux de tout ce qu’entreprend mon père avec sa sœur, avec moi, sa gouvernante et quelques-uns de ses favoris. Ces horreurs, je l’espère, te convaincront de ce que je t’ai dit ; elles te prouveront ce que doit souffrir une fille honnête comme moi, à laquelle la nature semble avoir donné de l’horreur pour tout ce à quoi son devoir la soumet. — Son devoir ! Jamais ; dis son malheur. — Hélas ! le cruel me compose des devoirs de mes malheurs, et je serais perdue si je résistais. Pressons-nous, poursuivit Rosalie ; voilà la classe qui se ferme ; c’est l’heure où, échauffé des préliminaires, il va venir se dédommager de la contrainte que lui impose quelquefois sa prudence. Remets-toi où je t’avais placée l’autre jour, et tes yeux vont tout découvrir.

Pour peindre à nos lecteurs la scène libidineuse dont Justine fut témoin, il faut d’abord leur indiquer les acteurs.

Ces personnages étaient Marthe, gouvernante de Rodin, âgée, comme nous l’avons dit, de dix-neuf ans, et jolie comme un ange ; Célestine, sœur du même ; Rosalie sa fille ; un jeune écolier de seize ans, nommé Fierval ; et sa sœur, âgée de quinze ans, que l’on appelait Léonore ; couple enchanteur qui semblait se disputer de grâces, de figure, de taille et d’agrémens. Tous deux se ressemblaient beaucoup, tous deux s’aimaient, et l’on va voir jusqu’à quel degré notre lubrique instituteur favorisait cette incestueuse passion.

Nous voilà tranquilles, dit Rodin en fermant soigneusement toutes les portes ; ne nous occupons que de paillardises ; les fustigations de ce matin m’ont mis dans un état… Vous le voyez, dit-il en mettant sur la table un vit dur et bandant, qui paraissait déjà menacer tous les culs… oui, tous les culs ; il faut que nos lecteurs se familiarisent ici avec l’idée de ne voir fêter à Rodin que cet unique temple ; soit prédilection, soit sagesse, le bon Rodin s’interdisait tout autre jouissance, et ce n’est que dans celle-ci que nous allons le voir s’escrimer.

Viens, cher petit ange, dit-il à Fierval en lui dardant sa langue dans la bouche ; viens que je commence par toi ; tu sais que je t’idolâtre ; Léonore, venez déculotter votre frère ; vous savez que ce soin vous regarde : que ce soient vos mains qui présentent à mes baisers le sublime cul de ce bel enfant… À merveille ! voilà précisément ce que je veux… et le coquin baisait, palpait, entr’ouvrait, suçait le plus joli derrière qu’on put imaginer. Ma sœur, poursuivit Rodin, pendant que je gamahuche ce beau jeune homme, agenouille-toi devant lui, et suce-le ; toi, Marthe, viens trousser Léonore ; je veux baiser son cul près de celui de son frère ; cette réunion m’excitera… oui, voilà ce que c’est. Mais il manque quelque chose au tableau ; Rosalie, trousse Marthe, et place-toi de façon à ce que je puisse manier à-la-fois vos deux culs ; un instant, le tableau reste fixe. Mais Rodin avait trop de desirs, trop d’imagination, pour ne pas le varier promptement.

Voici comme le second s’arrange :

Sa sœur, agenouillée devant lui, suce son vit ; Léonore et Fierval se placent par échelon en face de sa bouche, en telle sorte qu’il puisse baiser à-la-fois, et celle du jeune homme et le trou du cul de la sœur ; de droite et de gauche il manie les fesses de Marthe et de Rosalie.

Essayons autre chose, dit-il encore au bout d’un instant ; il faut que je fouette, ce plaisir est inoui pour moi, je ne puis m’en rassasier. Léonore, voyons votre beau cul ; les baisers dont je viens de le couvrir n’ont fait qu’irriter en moi le desir de le traiter avec fureur ; mais je voudrais que votre frère commençât l’opération ; placé derrière lui, les verges à la main, je le traiterai durement, s’il a le malheur de vous ménager ; l’attitude s’arrange ; mais Rodin, pendant qu’il opère, veut que sa sœur le branle sur les fesses de sa fille, et que Marthe le fouette. Qui le croirait ? Fierval, digne élève de Rodin, n’annonce aucune envie de ménager sa sœur ; excité par les coups qu’il reçoit lui-même, le petit libertin la frappe à tour-de-bras : allons, mon ami, dit Rodin, fous ta sœur, encule-là ; rien n’est délicieux comme de foutre un cul qu’on vient de fouetter ; viens, que je te conduise, que je devienne le premier agent de ton voluptueux inceste ; et le saisissant par le vit, il l’attire près du derrière de Léonore, mouille lui-même avec sa bouche et le vit du jeune homme, et le cul de la victime, les unit, leur apprend à se baiser en se foutant de cette manière, place la main du jeune homme au clitoris de la patiente, et se dispose alors à sodomiser lui-même le fouteur : monte sur les reins de Fierval, dit-il à Rosalie, je gamahucherai ton cul en foutant celui de cet Amour ; Marthe, continue de me fouetter, et que ma sœur remplisse ma main de ses belles fesses.

Oh, foutre ! quelle jouissance ! s’écrie le paillard en la savourant, en peut-il être de plus délicieuse ?… Oui, sans doute il en est, reprend-il, Rosalie, tu vas m’en convaincre ; c’est ton beau cul qui va me le prouver : dérangeons tout cela, c’est ma fille que je veux foutre. Inconstant, lui dit Célestine, tu n’es satisfait de rien. — Eh ! ma sœur, l’est-on jamais avec une tête aussi dépravée que la mienne ? mais est-ce à toi de te surprendre ? et la plus lubrique des filles doit-elle donc s’étonner de quelques caprices libertins ?

Attendez, dit le paillard, avant que de former le groupe qui me coûtera sûrement du sperme, papillonnons encore une minute. Placez-vous tous à genoux, appuyés contre ce canapé, de manière à ce que Léonore m’offre un cul, Fierval une bouche, ma sœur un cul, Marthe une bouche ; Rosalie, tenant mon engin, me conduira d’autels en autels, et j’offrirai mon hommage à chaque ; aussi-tôt qu’elle m’aura niché, elle s’élancera sur le sopha, s’accroupira sur mon visage, et me fera baiser, comme malgré moi, ses fesses et le trou mignon de son cul… Ah ! petite coquine, dit-il à Rosalie, quand il fut au bout de la file, c’est-à-dire, dans la bouche de Marthe, ah ! petite gueuse, vous allez être punie de l’indécence que vous venez de commettre… faire baiser votre cul à celui dont tous tenez le jour ! oser lui en torcher le nez ! impudente créature… ! je vais vous faire voir si l’on se moque ainsi de son père ; et il la saisit, tout en se faisant sucer par Marthe ; il la fouette, il la déchire avec un martinet armé de camions ; rien n’est épargné, la malheureuse est en sang, depuis le milieu des reins, jusqu’au bas des cuisses ; les branches de son cruel instrument ne s’impriment nulle part, que ses lèvres ne s’y collent aussi-tôt ; et l’intérieur de l’autel, et la bouche de la victime, tout, excepté le devant, tout est dévoré de suçons. Bientôt, sans varier l’attitude, se contentant de se la rendre plus propice, Rodin pénètre dans l’asyle étroit des plaisirs : le scélérat encule sa fille, Fierval le sodomise, la perspective est le délicieux cul de Léonore, que Rodin couvre de baisers ; à droite et à gauche sont, sous ses mains, les culs de sa gouvernante et de sa sœur. Que pouvait-il desirer davantage ? Il touche, il baise, il pourfend, il déchire, on l’encule, mille suçons plus chauds les uns que les autres expriment son ardeur sur ce qu’on offre à sa luxure. La bombe éclate ; c’est le cul de sa fille qu’il inonde de foutre ; et le libertin,

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enivré, ose goûter les plus doux plaisirs au sein de l’inceste et de l’infamie.

Un moment de repos succède à ces orgies : on entoure Rodin, on le caresse ; l’une s’efforce à le rendre à la vie par la chaleur de ses baisers lascifs ; celle-ci presse son vit, le décalotte et le secoue légèrement, pendant qu’une troisième chatouille le trou de son cul, et qu’une quatrième offre son beau derrière à toutes les caresses qu’il lui plaît d’inventer ; le jeune Fierval lui fait sucer son vit. Tant de soins raniment bientôt notre moribond ; Marthe, qui le branlait, en montrant l’état du patient, félicite chacun de ses succès. Vous voulez me tuer à force de plaisirs, dit Rodin ; eh bien, j’y consens ; il est doux d’expirer ainsi. Célestine, fous sous mes yeux, je t’en prie, avec le jeune Fierval, et que Léonore, sa sœur, agenouillée entre tes jambes, suce ton clitoris ; pendant ce tems-là, Rosalie et Marthe me branleront, l’une le cul, l’autre le vit, en face de l’opération, et sois sûre que ton foutre aura bientôt déterminé le mien.

Mais Rodin augurait beaucoup trop de ses forces ; sa sœur avait déjà déchargé six fois, avant que le triste vit de Rodin eut seulement acquis le quart de la consistance nécessaire à l’éjaculation qu’il projette, Venez, dit-il, venez tous me sucer les uns après les autres ; pendant qu’une de vos bouches comprimera mon vit, qu’une autre s’adapte sur mes lèvres ; qu’une troisième gamahuche mon cul ; afin que je sois chatouillé, par des langues, aux endroits les plus lascifs de mon corps, et que ce ne soit qu’à des langues que mon éjaculation soit due. Le projet était bien senti, mais Rodin n’en avait pas calculé la durée ; on fut une heure à le mordiller, à le pressurer, à le sucer dans tous les sens, lorsque la nature, revêche, le comble enfin de ses faveurs ; il décharge dans la bouche de sa fille, ayant celle de Léonore sur la sienne, celle de Fierval au trou de son cul, et sous ses mains de droite et de gauche, les fesses de sa sœur et de Marthe.

S’il est quelque chose de délicieux dans le monde, dit Rodin, dès qu’il fut tranquille, assurément c’est le libertinage ; où trouver une passion qui tienne tous nos sens dans un chatouillement plus lascif ? est-il rien sur la terre qui rende plus heureux ? C’est le libertinage qui brise les hochets de l’enfance ; c’est lui qui allume le flambeau de la raison, qui donne de l’énergie à l’homme ; et si cela est, ne doit-il pas induire de-là que c’est pour ce seul plaisir que l’a créé la nature ; qu’il mette tous les autres en parallèle avec celui-ci, il verra quelle différence, il sentira s’il en est un seul qui l’embrâse avec autant d’ardeur. Son empire est tel sur une ame, qu’aussi-tôt qu’elle en est remplie, elle ne peut plus penser à autre chose. Examinez un homme vraiment libertin, vous le verrez toujours occupé ou de ce qu’il a fait, ou de ce qu’il projette de faire. Dans une parfaite insouciance sur tout ce qui ne tient pas à ses plaisirs, vous le verrez pensif, concentré dans lui-même, et comme s’il craignait de donner accès à un mouvement qui pût le distraire une minute des libidineuses idées qui l’enflamment ; on dirait qu’une fois enchaîné au culte de ce Dieu, il lui devient absolument impossible d’être ému par quoi que ce puisse être, et que rien n’est capable de distraire son ame de la délicieuse passion qui le captive : c’est donc à elle seule que nous devons tout sacrifier ; il ne doit être qu’elle seule de respectable à nos yeux ; méprisons souverainement tout ce qui s’en éloigne ou la combat ; et pour mieux lui prouver notre hommage, plongeons-nous aveuglément dans tous les écarts de ses vices ; que rien ne soit sacré pour nous que ce qui la caractérise ou la sert ; ne sentons, n’existons, ne respirons que pour elle ; il n’y a que les sots qui la trouvent dangereuse. Eh ! comment pourrait jamais l’être un rafinement de jouissance ? Le libertinage est-il autre chose ? Non, sans doute : eh bien, comment ce qu’il y a de meilleur peut-il avoir des inconvéniens ? Je dis plus, ces inconvéniens même, existassent-ils, ne seraient-ils pas préférables encore à tous les dangers de la tempérance… à tout l’ennui de la sagesse ? L’état d’inertie de l’homme sobre n’est-il pas l’image du sommeil de la mort ? l’homme froid et indifférent est le repos de la nature : à quoi sert-il dans l’univers ? que met-il en mouvement ? qu’exécute-t-il ? à quoi son pédantisme est-il bon ? S’il est nul, n’est-il pas condamnable, et n’est-il pas dès-lors à charge à la société ? Si la tempérance et la sobriété dominaient malheureusement dans le monde, tout y languirait, tout y végéterait ; il n’y aurait dus ni mouvement ni force, et tout retomberait dans le cahos. Voilà ce que nos moralistes ne veulent point comprendre, parce qu’étayant sans cesse leurs principes sur les bases religieuses, ils ne peuvent concevoir un état au-delà des plans de leur divinité, tandis qu’il n’est point de divinité, et que ce monstre de l’imagination échauffée des hommes ne peut jamais entrer pour rien dans les calculs de la philosophie. Mais une chose bien singulière, c’est que les freins que l’homme oppose au libertinage ne sont que les aiguillons du libertinage même ; la pudeur, le premier de ces freins, n’est-elle pas un des stimulans les plus actifs de cette passion ? elle est essentielle à la luxure ; on est fâché qu’un autre sache nos fantaisies ; il semble qu’elles ne devraient être entendues que de nous, et que tout ce qui n’est pas nous ne devrait pas avoir l’esprit de les comprendre. Tel fut le premier motif qui fit jeter des gazes sur les actions impures ; on ne voulut pas faire devant tout le monde ce qu’il ne paraissait pas que tout le monde dût savoir ; mais le rideau ne fut tiré que pour redoubler ses excès. Ne doutons pas qu’il n’y eût moins de libertins, si le cinisme était à la mode ; on ne se cache, que parce qu’on veut sortir de la règle ordinaire, et le premier qui, dans l’enfance des sociétés, fit passer sa maîtresse derrière un buisson, fut le plus libertin de la peuplade. Corrompons-nous donc, mes enfans, souillons-nous donc de toutes les impuretés possibles, foutons sans règle et sans mesure, lâchons la bride à tous nos penchans, chérissons nos goûts, et soyons certains que plus nous nous livrerons à la débauche des sens, et plus nous approcherons du bonheur dont la lubricité couronnera toujours ceux qui la chérissent et la servent.

Ici le jeune Fierval témoigna le desir de foutre Rosalie ; il était près d’elle, il la baisait, il la maniait. Encule donc, imbécille, lui dit Rodin ; ne semble-t-il pas que tu craignes de céder à tes desirs ; sont-ce donc là les fruits du sermon que je viens de te faire. Viens sodomiser ma fille dans mes bras, je vais te la tenir ; j’aime l’idée d’être son maquereau. Ma sœur, branle-lui le cul pendant qu’il fout ma fille ; et toi, Marthe, fais-lui baiser ton joli derrière ; il faut environner de plaisirs ce joli petit ange ; il faut l’en rassasier, et Rosalie, soumise, fut encore obligée de soutenir cet assaut… elle dont la vertu composait l’existence ! elle qui, consultée, n’eût voulu pour bonheur qu’un couvent et qu’un Dieu !

Fierval ne fut pas long ; aussi vivement excité, le petit libertin déchargea bientôt. Rodin qui, en tenant sa fille sur ses genoux, avait pris plaisir à lui sucer la bouche pendant l’opération, voulut aussi sucer le vit du jeune homme au sortir du cul de sa fille ; il en exprima jusqu’à la dernière goutte de foutre ; et ces épisodes l’ayant fait rebander, il encule Léonore et sa fille alternativement ; il baise le cul de Fierval, Célestine et Marthe le fouettent tour-à-tour ; et c’est dans le derrière de sa fille qu’il décharge, en étrillant à tour-de-bras les délicieuses fesses de Léonore.

Le brave instituteur va se mettre à table après de tels exploits ; et Justine, affligée, honteuse de tout ce qu’elle a vu, s’écrie, en, se repliant sur la pureté de sa conscience : O mon Dieu ! ne suis-je donc née que pour vivre au milieu du crime et de l’infamie, et serait-ce pour exercer ma patience que votre équité me condamne à de si cruelles épreuves !

Sans l’extrême amitié qu’elle portait à sa jeune compagne, on ne doit pas douter que Justine ne se fût évadée sur-le-champ. Mais pleine de cette force que donne la vertu, elle aspirait à l’honneur d’arracher Rosalie au libertinage ; cet espoir la déterminait à la patience, lorsque Rodin, las d’en avoir autant, se décide enfin à savoir ce qu’il doit attendre de sa nouvelle acquisition.

Il y avait environ quinze jours que notre héroïne était dans cette maison, lorsque Rodin, enflammé du desir que nous venons de peindre, se présente un matin chez elle. Après quelques instans de conversation générale, Rodin fit parler ses desirs. Peu accoutumé aux préliminaires d’un sentiment dont le coquin n’éprouve que le besoin physique, il saisit Justine à brasse-corps et veut la culbuter sur un lit ; laissez-moi, monsieur, dit cette vertueuse fille ; laissez-moi où j’appelle toute la maison en témoignage de l’horreur que vous vous proposez ; et à quel titre, je vous prie, prétendez-vous faire de moi la victime de votre brutalité ; est-ce parce que vous m’avez reçu chez vous ? Mais, je m’y rends utile, j’y gagne ma vie ; et quand je m’y conduis bien, j’y dois être à l’abri de vos insultes ; souvenez-vous qu’il ne sera jamais rien dans le monde qui puisse m’y soumettre ; ma reconnaissance vous est due, mais je ne l’acquitterai pas au prix de mon honneur.

Rodin, confondu d’une résistance à laquelle il ne s’attendait point avec une fille tellement dénuée de ressources, et que d’après l’injustice ordinaire aux hommes il ne devait pas supposer si sauvage ; Rodin, dis-je, regarda Justine avec attention. Mon cœur, lui dit-il au bout d’un instant, c’est assez mal-à-propos que tu fais la vestale avec moi ; j’avais, ce me semble, quelque droit à des complaisances de ta part ; n’importe, ne me quittes pas pour cette bagatelle, je suis bien-aise d’avoir une fille sage dans ma maison ; celles qui m’entourent, le sont si peu ! Puisque tu affiches tant de vertu dans ce cas-ci, tu en montreras, j’espère, dans tous, mes intérêts y gagneront, ma fille t’aime, elle me supplie de t’engager à ne nous jamais quitter ; restes donc près de nous, je t’y invite ; monsieur, répondit Justine, je n’y serai pas heureuse, on ne m’y verra pas sans jalousie, et je serai bientôt contrainte à vous quitter ; ne l’appréhendes pas, dit Rodin ; ne crains nul effet de la jalousie de ma sœur ou de ma gouvernante ; celle-ci te sera toujours subordonnée, et je sais que ma sœur t’aime ; sois donc sûre que ma protection et ma confiance te seront toujours accordées ; mais pour continuer d’en être digne, il est bon que tu saches qu’une discrétion à toute épreuve est la première qualité que j’exige de toi ; il se passe ici beaucoup de choses qui contrarieront tes principes ; il faut tout voir et tout entendre, sans te permettre même une réflexion… Oh ! oui oui, Justine, poursuivit chaleureusement Rodin, à ces conditions ne me quitte jamais ; au sein des vices multipliés où m’emporte un tempérament de feu… un cœur très-gangrené, j’aurai du moins la consolation de posséder un être vertueux près de moi, et dans les bras duquel je me jetterai comme aux pieds d’un Dieu, quand je serai rassasié de mes débauches. Eh bien ! pensa Justine en ce moment, la vertu est donc nécessaire, elle est donc indispensable à l’homme, puisque le vicieux lui-même est obligé de se rassurer par elle ; et notre aimable fille se rappelant alors les instances que Rosalie lui avait faites pour ne la point quitter… croyant reconnaître quelques bons principes dans Rodin, s’engagea décidément avec lui ; Justine, lui dit Rodin, c’est bien décidément auprès de ma fille que je vais te placer à présent ; tu n’auras rien à démêler avec mes autres femmes, et je te donne quatre cents livres d’appointemens.

Une telle place devenait une fortune dans la position de notre malheureuse orpheline. Enflammée du desir de ramener Rosalie au bien, et peut-être même son père, si elle acquérait quelqu’empire sur lui, elle ne se repentit point de ce qu’elle venait de faire. Rodin la présente à sa fille. Rosalie, lui dit-il, je n’avais jusqu’à ce moment qu’un desir vague de lier éternellement Justine à toi, cette intention fait aujourd’hui le charme et la consolation de ma vie ; daigne accepter ce présent de ma main : les deux jeunes filles s’embrassent, et voilà Justine instalée.

Il ne se passa pas huit jours sans que cette sage et vertueuse fille ne commençât à travailler aux conversions qu’elle desirait ; mais l’endurcissement de Rodin rompait toutes ses mesures.

« Ne crois pas, répondait-il un jour aux sages conseils de cette vertueuse créature, que l’espèce d’hommage que j’offre à la vertu, dans toi, soit une preuve, ou que j’estime la vertu, ou que j’aie envie de la préférer au vice ; non Justine, ne l’imagines pas, tu t’abuserais. Ceux qui, partant de mon procédé pour toi, soutiendraient, d’après lui, qu’il prouve, ou l’importance ou la nécessité de la vertu, tomberaient dans une grande erreur ; et je serais bien fâché que tu crusses que telle est ma façon de penser. La mâzure qui me sert d’abri à la chasse, quand les rayons trop ardens du soleil dardent à-plomb sur mon individu, n’est assurément pas un monument utile ; sa nécessité n’est bien sûrement que de circonstance. Je m’expose à une sorte de danger, je trouve quelque chose qui m’en garantit, je m’en sers ; mais ce quelque chose est-il moins inutile, en doit-il être moins méprisable ? Dans une société totalement vicieuse, la vertu ne servirait à rien ; nos associations n’étant pas de ce genre, il faut absolument ou jouer la vertu ou s’en servir, afin d’être moins redouté de ceux qui la suivent : que personne ne l’adopte, elle deviendra inutile ; je n’ai donc pas tort, quand je soutiens que sa nécessité n’est que d’opinion ou de circonstance. La vertu, ne nous y trompons pas, n’est pas d’un prix incontestable ; elle n’est qu’une manière de se conduire, qui varie suivant chaque climat, et qui, par conséquent, n’a rien de plus réel que les modes usitées dans telle province, et inadoptées dans d’autres. Il n’y a que ce qui est utile à tous les âges, à tous les peuples, à tous les pays, qui soit réellement bon ; ce qui n’a pas une utilité démontrée, et ce qui change perpétuellement, ne saurait prétendre à un caractère de bonté. Voilà d’où vient que les Théistes, en établissant une chimère, mirent l’immutabilité au rang des perfections de leur dieu. Mais la vertu est absolument privée de ce caractère ; non-seulement il y a des vertus de religion, de mode, de circonstance, de tempérament, de climat, mais il y en a aussi de gouvernement. Les vertus d’une révolution, par exemple, sont bien éloignées d’être celles d’un gouvernement tranquille. Brutus, le plus grand des hommes en république, eût été roué dans une monarchie ; Labarre, exécuté sous Louis XV, eût peut-être mérité des couronnes quelques années plus tard. En général, il n’est pas deux peuples sur la surface de la terre qui soient vertueux de la même façon ; donc la vertu n’a rien de réel, rien de bon intrinséquement, et ne mérite en rien notre culte. Il faut s’en servir comme d’étaie, adopter hypocritement celle du pays où l’on vit, afin que ceux qui la pratiquent par goût, ou qui doivent la révérer par état, vous laissent en repos ; et afin aussi que cette vertu, respectée où vous êtes, vous garantisse, par sa prépondérance de convention, des attentats de ceux qui professent le vice. Mais encore une fois, tout cela est de circonstance, et rien de tout cela n’assigne un mérite réel à la vertu. Il est telle vertu d’ailleurs impossible à certain homme. Recommandez la chasteté à un libertin, la tempérance à un ivrogne, la bienfaisance à un homme féroce, la nature, plus forte que vos recommandations et vos loix, rompra tous les freins que vous voudrez imposer ; et vous serez forcé de convenir qu’une vertu qui contrarie ou qui combat les passions, ne peut être que très-dangereuse. Ce seront assurément chez les hommes que je viens de citer, les vices opposés à ces vertus qui deviendront préférables, puisque ce seront les seuls modes… les seules manières d’être qui s’arrangeront le mieux à leur physique ou à leurs organes ; il y aura donc dans cette hypothèse des vices très-utiles. Or, comment la vertu le sera-t-elle, s’il est démontré que ses contraires puissent l’être. On vous dit à cela, la vertu est utile aux autres, et, sous ce rapport, elle est bonne ; car, s’il est reçu de ne faire que ce qui est bon aux autres, à mon tour je ne recevrai que du bien. Prenons-y bien garde, ce raisonnement n’est qu’un sophisme. Pour le peu de bien que je reçois des autres, en raison de ce qu’ils pratiquent la vertu ; par l’obligation de la pratiquer à mon tour, je fais un million de sacrifices qui ne me dédommagent nullement ; recevant moins que je ne donne, je fais donc un mauvais marché ; j’éprouve beaucoup plus de mal des privations que j’endure pour être vertueux, que je ne reçois de bien de ceux qui le sont. Le pacte n’étant point égal, je ne dois donc pas m’y soumettre ; et sûr, étant vertueux, de ne pas faire aux autres autant de bien que je recevrai de peine, en me contraignant à l’être, ne vaudra-t-il donc pas mieux que je renonce à leur procurer un bonheur qui doit me coûter autant de mal : reste maintenant le tort que je peux taire aux autres étant vicieux, et le mal que je recevrai à mon tour, si tout le monde me ressemble. En admettant une entière circulation de vices, je risque assurément, j’en conviens ; mais le chagrin éprouvé par ce que je risque, est compensé par le plaisir de ce que je fais risquer aux autres. Dès-lors, tout le monde est à-peu-près également heureux, ce qui n’est pas, et ce qui ne saurait être, dans une société, où les uns sont bons et les autres méchans, parce qu’il résulte de ce mélange des pièges perpétuels, qui n’existent point dans l’autre cas. Dans la société mélangée tous les intérêts sont divers, voilà la source d’une infinité de malheurs ; dans l’association totalement vicieuse tous les intérêts sont égaux ; chaque individu qui la compose est doué des mêmes goûts, des mêmes penchans, tous marchent au même but, tous sont heureux. Mais, vous disent les sots, le mal ne rend point heureux ; non, quand on est convenu d’encenser le bien. Mais déprisez, avilissez ce que vous appelez le bien, ne révérez plus que ce que vous avez la bêtise d’appeler le mal, et tous les hommes auront du plaisir à le commettre, non point parce qu’il sera permis (ce serait souvent une raison pour en diminuer l’attrait), mais c’est que les loix ne le punissent plus, et qu’elles diminuent, par la crainte qu’elles inspirent, le plaisir qu’a placé la nature au crime. Je suppose une société où il sera convenu que l’inceste (adoptons ce délit moral comme tout autre), que l’inceste, dis-je, soit un crime, ceux qui s’y livreront seront malheureux, parce que l’opinion, les loix, le culte, tout viendra glacer leurs plaisirs ; ceux qui desireront de commettre ce mal, ou qui ne l’oseront d’après ses freins, seront également malheureux : ainsi la loi qui proscrira l’inceste n’aura fait que des infortunés. Que dans la société voisine l’inceste ne soit pas un crime, ceux qui ne le desireront pas ne seront point malheureux, et ceux qui le desireront seront heureux ; donc la société qui aura permis cette action conviendra mieux aux hommes, que celle qui aura érigé cette même action en crime. Il en est de même de toutes les autres choses mal-adroitement considérées comme criminelles ; en les observant sous ce point de vue, vous faites une foule de malheureux ; en les permettant, personne ne se plaint ; car celui qui aime cette chose quelconque, s’y livre en paix ; et celui qui ne s’en soucie pas, ou reste dans une sorte d’indifférence qui n’est nullement douloureuse, ou se dédommage de la lésion qu’il a pu recevoir par une foule d’autres lésions dont il grève à son tour ceux qu’il n’aime pas ; donc, tout le monde dans une société criminelle se trouve ou très-content, ou dans un état d’insouciance qui n’a rien de pénible ; par conséquent, rien de bon, rien de respectable, rien de fait pour rendre heureux dans ce qu’on appelle la vertu ; que ceux qui la suivent, ne s’énorgueillisent donc pas de cette sorte d’hommage, que le genre de constitution de nos sociétés nous force à lui rendre. C’est une affaire purement de circonstance ; mais, dans le fait, ce culte est ridicule… il est chimérique ; et la vertu qui l’obtient un instant, n’en est pas pour cela plus belle ; le vice, au contraire, est rempli d’agrémens ; dans sa seule pratique est tout le bonheur de la vie ; lui seul enflamme, échauffe les passions ; et celui qui a pris, comme moi, l’habitude d’y vivre, n’a même plus la faculté d’adopter une autre carrière ; je sais que les préjugés le combattent, que l’opinion en triomphe quelquefois ; mais y a-t-il rien de plus méprisable au monde que les préjugés, et rien qui mérite d’être bravé comme l’opinion ? L’opinion, a dit Voltaire, est la reine du monde ; n’est-ce pas avouer qu’elle n’a, comme les reines, qu’une puissance de convention, qu’une arbitraire autorité ; et que me fait à moi l’opinion des hommes ; que m’importent ce qu’ils pensent de mon individu, pourvu que je trouve le bonheur dans les principes que je me suis fait. De deux choses l’une : ou ils me cachent cette opinion, de ce moment elle ne me fait aucun mal ; ou ils me la témoignent, et j’éprouve dès-lors une jouissance de plus… oui, sans doute, une jouissance ; le mépris des sots en est une pour le philosophe ; il est délicieux de braver l’opinion publique ; et le comble de la sagesse, sans doute, est de la réduire au silence. On nous vante l’estime générale, et que gagne-t-on, je vous prie, à être estimé des autres ? Ce sentiment coûte à l’homme ; il offense l’orgueil ; j’aimerai quelquefois celui que je méprise ; jamais celui que je révère ; ce dernier aura toujours un grand nombre d’ennemis, quand on prendra à peine garde à l’autre ; ne balançons donc point entre deux modes, dont l’un, la vertu, ne conduit qu’à l’inaction la plus stupide et la plus monotone, et l’autre, le vice, à tout ce que l’homme peut espérer de plus délicieux sur la terre.

Telle était la logique infernale des malheureuses passions de Rodin ; l’éloquence douce et naturelle de Justine n’en pouvait sapper les sophismes : mais Rosalie, plus douce et moins corrompue, Rosalie détestant les horreurs auxquelles on la soumettait, se livrait plus facilement aux conseils prudens de son amie. Cette sage directrice desirait avec ardeur faire remplir à son élève les premiers devoirs de la religion ; il aurait fallu pour cela mettre un prêtre dans la confidence, et Rodin n’en voulait aucun dans sa maison ; il les détestait tous aussi cordialement que le culte qu’ils professaient ; pour rien au monde il n’en eut souffert un près de sa fille. Conduire cette jeune personne à un confesseur, était également impossible ; Rodin ne laissait jamais sortir Rosalie sans qu’elle fût accompagnée : il fallait donc attendre que quelque occasion se présentât ; et, pendant ce délai, Justine instruisait toujours son élève ; en lui donnant le goût des vertus, elle lui inspirait celui de la religion ; elle lui en expliquait les dogmes, elle lui en dévoilait les mystères, et liait tellement ces deux sentimens dans son jeune cœur, qu’elle les rendaient indispensables au bonheur de sa vie.

O mademoiselle ! lui disait-elle un jour, recueillant les larmes de sa componction, l’homme peut-il s’aveugler au point de croire qu’il ne soit pas destiné à une meilleure fin ? ne suffit-il pas qu’il ait été doué du pouvoir et de la faculté de connaître son Dieu, pour s’assurer que ces dons ne lui ont été accordés que pour remplir les devoirs qu’ils imposent ? Or, qu’y a-t-il au monde de plus capable de plaire à l’Éternel, si ce n’est la vertu dont lui-même est l’exemple ? Le créateur de tant de merveilles peut-il avoir d’autres loix que le bien ? et nos cœurs pourraient-ils lui plaire, si la bonté, la bienfaisance et la sagesse n’en étaient pas les premiers élémens ? Il me semble, poursuivait la crédule orpheline, qu’avec les ames sensibles il ne faudrait jamais employer d’autres motifs d’amour envers cet Être-Suprême, que ceux qu’inspire la reconnaissance. N’est-ce pas une faveur que de nous avoir fait jouir des beautés de cet univers ? et ne lui devons-nous pas quelque gratitude pour un tel bienfait ? Mais une raison, plus forte encore, établit, constate la chaîne universelle de nos devoirs : pourquoi refuserions-nous de remplir ceux qu’exige sa loi, puisque ce sont les mêmes que ceux qui consolident notre bonheur avec les hommes ? N’est-il pas doux de sentir qu’on se rend agréable à l’Être-Suprême, rien qu’en se livrant aux vertus qui doivent contribuer à notre félicité sur la terre, et que les moyens qui nous rendent propres à vivre avec nos semblables, sont les mêmes que ceux qui nous donnent, après cette vie, l’assurance de renaître au sein de l’Éternel ? Ah ! Rosalie, comme ils s’aveuglent ceux qui voudraient nous ravir cet espoir ! Séduits, trompés par leurs misérables passions, ils aiment mieux nier les vérités éternelles, que d’abandonner ce qui les en rend indignes ; ils aiment mieux dire, on nous abuse, que d’avouer qu’ils s’abusent eux-mêmes : l’idée des pertes qu’ils se prépareraient ainsi, troublerait leurs affreuses voluptés ; il leur paraît moins terrible d’anéantir l’espoir du ciel, que de s’assujétir à ce qui doit le leur acquérir ; mais quand ces tyranniques passions s’affaiblissent en eux, quand le voile se déchire, quand rien ne balance plus dans leur cœur corrompu, cette voix impérieuse du Dieu que méconnaissait leur délire, quel il doit être, ô Rosalie ! ce cruel retour sur eux-mêmes, et combien le remords qui l’accompagne doit leur faire payer cher l’instant d’erreur qui les aveuglait ? Voilà l’état où il faut juger l’homme pour régler sa propre conduite : ce n’est ni dans l’ivresse, ni dans le transport d’une fièvre ardente, que nous devons croire à ce qu’il dit ; c’est lorsque sa raison, calmée, jouissant de toute son énergie, cherche la vérité, la soupçonne et la voit. Nous le desirons de nous mêmes alors, cet être saint, autrefois méconnu ; nous l’implorons, il nous console ; nous le prions, il, nous écoute ; et pourquoi le nierions-nous ? pourquoi le méconnaîtrions-nous cet objet si nécessaire au bonheur ? pourquoi préférerions-nous de dire, avec l’homme égaré, il n’est point de Dieu, tandis que le cœur de l’homme raisonnable nous offre à tout instant des preuves de l’existence de cet être divin ? Vaut-il donc mieux rêver avec les fous, que de penser juste avec les sages ? Tout découle néanmoins de ce premier principe : dès qu’il existe un Dieu, ce Dieu mérite notre culte ; et la première base de ce culte est incontestablement la vertu.

De ces premières vérités, Justine déduisait facilement les autres, et Rosalie, déiste, était bientôt chrétienne ; mais quel moyen de joindre un peu de pratique à la théorie ? Rosalie, contrainte d’obéir à son père, ne pouvait tout au plus que montrer du dégoût à porter la chaîne qu’il lui imposait ; et avec un homme comme Rodin, cela ne pouvait-il pas devenir dangereux ? Il était intraitable, aucun des systêmes pieux et moraux de Justine ne tenait contre lui ; mais si elle ne réussissait pas à le convaincre, au moins ne l’ébranlait-il pas.

Pendant que Justine cherchait à convertir la fille de la maison où elle était, Rodin ne perdait pas l’espoir de faire, à son tour, une prosélite de Justine. Au nombre d’une infinité de petits pièges tendus pour se procurer le plaisir d’examiner les corps de ceux des pensionnaires que Rodin voulait connaître avant que de séduire, ou dont il voulait simplement se procurer la vue, sentant l’impossibilité d’aller plus loin avec ces sujets-là, il y avait un cabinet d’aisance très-élégant, et dont on ne donnait la clef qu’aux individus dont on voulait dérober les charmes. Le siège de ce cabinet d’aisance était pratiqué de manière que quand la personne qui s’y plaçait était assise, tout son postérieur se trouvait à la vue et à la portée de Rodin, commodément assis dans un cabinet contigu ; l’enfant se doutait-il de quelque chose, se levait-il pour regarder ? une trappe à ressort se fermait soudain sans le moindre bruit, et l’opérant, tranquille, se replaçait en paix ; la trappe se r’ouvrait alors, et Rodin, le nez près du cul, le voyait chier tout à l’aise : ce qu’il avait dérobé lui plaisait-il ! on était bientôt condamné au fouet, et du fouet à la sodomie.

On imagine bien que la clef de ce cabinet magique fut bientôt confiée à Justine, et que notre paillard, électrisé de ce qu’il surprit chez cette aimable enfant, complotta bientôt contre ses charmes d’une manière plus certaine et plus décidée qu’il ne l’avait fait jusqu’alors. Oh Dieu ! ma sœur, s’écria-t-il, en revoyant Célestine, au retour de l’une de ces expéditions ; oh ! juste ciel ! tu n’as pas d’idée des divins appas de cette fille ; non, il n’est rien ici qui la vaille ; il n’est pas un seul cul qui ressemble au sien… Justine me tourne la tête… elle me met hors de moi ; il faut que je l’aie, ma sœur ; il faut que j’en jouisse, à tel prix que ce puisse être ; essaie, tente, promets, séduits, mais triomphe, ou la rage, remplaçant dans mon cœur le sentiment que Justine y fait naître, me portera peut-être à des excès… dont tu sais que je suis capable, quand les difficultés me maîtrisent.

Célestine mit tout en usage ; quinze jours entiers s’employèrent à ces séductions, sans que la Sirène en recueillît d’autres certitudes que celle de voir avorter tous ses plans.

Certes, disait-elle un jour à Justine, tu es bien dupe de préférer au bonheur certain qui t’attend le systême idéal de sagesse que nourrit ton extravagance. Comment, avec l’esprit que je te connais, peux-tu imaginer que cette pureté de mœurs dont tu fais ici tant d’étalage puisse jamais être bonne à quelque chose ? Quel gré crois-tu que te sauront les hommes de te conserver pure avec eux ? Cette fierté, qui étonne un moment, en blessant celle des autres, finit bientôt par n’obtenir d’eux que des mépris, et tu auras passé l’âge de plaire, sans tirer le moindre parti des dons précieux que t’a prodigué la nature ; tu l’outrage, en négligeant ces dons : et quel mal crois-tu donc faire, en prêtant ton corps à celui qui le desire ? ce mouvement, dans lui, n’est-il pas celui de la nature ? tu l’offense en n’y cédant pas ; tu t’opposes au véritable but de cette mère sage, qui, destinant aux plaisirs des hommes les attraits qu’elle plaça dans toi, doit te punir tôt ou tard de l’opposition que ta vertu met à ses desseins. Cette chasteté ridicule à laquelle tu attaches un si grand mérite, n’est donc plus, comme tu le vois, qu’une criminelle résistance aux intentions qu’elle a sur toi. Ah ! crois-moi, mon ange, les hommes ne nous estiment qu’en raison des plaisirs qu’ils reçoivent de nous ; si nous les refusons, ils nous délaissent ; et, repliées sur nous-mêmes alors, il ne nous reste plus pour jouissance que le petit orgueil d’avoir résisté. De tels triomphes valent-ils ceux que je t’offre… Oh ! mon enfant, est-il rien de plus doux que les voluptés sensuelles ? est-il rien qui délecte aussi puissamment tout notre être… qui donne des jouissances aussi vives… aussi prolongées… Ah ! oui, oui, mon ange, n’en doute pas ; un instant au sein de l’amour vaut mieux que mille ans de vertu. Cède, Justine, cède, ta vanité en sera satisfaite également ; Rodin te préfere à tout ce qui est ici : cette douce victoire de l’amour-propre ne vaut-elle pas tous les sacrifices faits à la vertu ? et, couronnée par la main des grâces, ne seras-tu pas plus heureuse en cédant aux plaisirs, qu’en résistant à la nature ? quelle est imbécille, celle qui croit s’élever au-dessus des autres par la sotte pratique des bonnes mœurs ! que lui arrive-t-il après des siècles de privation ? tout le monde oublie les vertus par lesquelles elle croyait s’immortaliser, et les hommes, partagés en deux classes sur ce qui la concerne, offrent une moitié d’individus qui la méprise près d’une seconde partie qui se refuse à l’admission de sa sagesse ; mais pas un être en sa faveur, pas un qui lui sache gré de ce qu’elle n’a fait que pour elle seule… Me parleras-tu du contentement de soi-même ? Ah ! Justine, quelle triste jouissance ! et que celle qui ne se rend heureuse que par de telles chimères, est au-dessous de l’être charmant qui ne trouve sa félicité que dans le sein du libertinage : goûte, goûte un instant ces plaisirs contre lesquels tes préjugés se révoltent, et tu ne voudras plus exister que pour eux seuls. Mon frère t’adore, il fera tout pour toi ; oublies-tu ce qu’il a déjà fait ? le premier devoir d’une ame sensible n’est-il pas la reconnaissance ? tu y manques à ce devoir sacré, tu y manques, Justine, en résistant à ton bien-faiteur.

Mais rien ne persuadait cette fille angélique, et trouvant dans son honnête cœur des armes pour repousser de telles séductions, elle persistait à n’offrir à ses hôtes que de la résistance et des refus, lorsque ce libertin, persuadé du peu de succès de ses premières démarches, se décide enfin à l’exécution d’une ruse infernale, dont il n’y avait au monde qu’une tête comme la sienne qui pût avoir conçu le projet.

Aidé d’un trou qu’il avait pratiqué dans l’une des cloisons qui entouraient la chambre de Justine, il avait remarqué que dans les grandes chaleurs, cette chère fille aimait à coucher toute nue ; elle se déshabillait dès qu’elle se croyait bien enfermée, et se jetait imprudemment de cette manière sur son lit, pour y reposer plus au frais. Rodin fit promptement et mystérieusement exécuter une trape, au moyen de laquelle le lit de Justine pouvait s’enlever dans la chambre qui était au-dessus ; il s’empare de cette chambre, et une belle nuit, dès qu’il croit sa victime dans les bras du sommeil, la trape joue, et voilà notre infortunée toute nue et sans la plus légère défense, au pouvoir de ce scélérat, bien fermé, bien barricadé dans la chambre où il croit enfin réussir.

Ah ! je te tiens, coquine, s’écrie-t-il en se jetant sur sa proie, tu ne m’échapperas plus maintenant ; et le paillard, en disant cela, éclairé par six bougies, placées avec intention dans cette chambre, jouit à-la-fois, et du plaisir de considérer le corps sublime de la jeune innocente, et de la volupté plus grande encore de le couvrir de ses baisers. Nous n’avons pas besoin de peindre son état. On se représente aisément celui d’un libertin qui possède enfin ce qu’il desire, après l’avoir attendu des siècles. Mais, quelque vigueur que cet état lui prête, il n’en acquiert aucune supériorité sur Justine. Plus forte de sa vertu que Rodin ne l’est de son crime, elle s’élance, légère et souple comme une anguille, elle se glisse, échappe au bras qui la retient, ouvre une fenêtre, et crie au secours. On ne songe pas à tout, quand on combine une mauvaise action ; aveuglé par les délices que sa jouissance nous promet, on néglige presque toujours les soins les plus importuns. Rodin ne s’était pas souvenu que cette maudite fenêtre donnait précisément sur le dortoir des jeunes filles, et que l’esclandre que fesait Justine allait peut-être le perdre pour la vie. Arrête, malheureuse, arrête, lui crie-t-il ; sors, je vais t’ouvrir ; ne dis mot ; au nom du ciel, ne me perds pas ! Eh bien, ouvrez-moi la porte, dit Justine, je cesserai de crier, dès que je la verrai ouverte. Il fallut obéir, la prudence l’exigeait ; Justine sort, et le crime, encore une fois repoussé par l’énergie de la vertu, ne retire de ses entreprises que le regret de les avoir aussi mal exécutées.

C’était bien ici le cas de quitter la maison de Rodin ; et Justine eût sans doute profité de la circonstance, si elle ne se fût pas trouvée positivement alors dans la crise la plus importante de la conversion de Rosalie. Mais il faut, avant que de développer l’évènement affreux produit par ce projet, remonter aux premières démarches de Justine pour en opérer le succès.

Cette fille, plus libre de sortir que Rosalie, avait trouvé le moyen de confier à un jeune prêtre de la paroisse tout le plan inventé par elle, pour initier son amie aux grands mystères d’une religion dont on lui cachait les trésors. L’abbé Delne, passionné serviteur de Christ, avait saisi avec empressement la sainte et sublime idée de faire rentrer au giron de l’église une douce brebis qu’on en voulait distraire. Depuis trois semaines, par l’entremise de Justine, Delne avait avec Rosalie des conférences pieuses, et c’était dans là chambre même de Rosalie que se tenaient ces conciliabules. La fille de Rodin suffisamment instruite, pleine du plus ardent desir de s’approcher d’un sacrement dont on lui déguisait la grandeur, devait s’échapper un matin, à la pointe du jour, pour voler promptement à l’église, s’acquitter d’un si saint devoir, et rentrer ensuite mystérieusement. Tout promettait le plus entier succès ; et Rosalie, arrachée au libertinage de son père, devait éclater ensuite, et se faire obtenir un couvent, lorsque cette fois-ci le ciel ne permit pas, comme dans la scène précédente, que la vertu triomphât du vice. Une imprudence perdit tout, et le crime rentra dans ses droits.

Justine ordinairement n’assistait point à ces mystiques exhortations ; elle faisait le guet, et son rôle était d’avertir si Rodin venait à paraître.

Se croyant tous les trois au port, on se négligea cette fois. Justine est appelée chez Rosalie ; on l’invite à partager l’extase où sa compagne va se plonger, et nos trois anges s’élançaient de concert vers la voûte du ciel, lorsque Rodin, plus rapproché des objets terrestres, et tout naturellement dévoré du desir d’enculer sa fille, la cherchait le vit à la main. Il entre dans sa chambre, croyant la trouver au lit. Dieu ! quelle est sa surprise de la voir aux genoux d’un prêtre, et le crucifix à la main ! Un moment Rodin croit rêver ; tour-à-tour il avance et recule d’effroi ; enfin il appelle à lui. Ma sœur, dit-il à Célestine qui s’avance avec Marthe, vous voyez comme on me trahit. Justine, il m’est aisé de voir à qui je dois le plan de cette séduction infâme ; retirez-vous, je ne vous en veux point, mes sentimens pour vous sont tels, qu’eussiez-vous attenté à mes jours, je crois que je vous pardonnerais encore. Mais pour toi, scélérat, dit-il en saisissant l’ecclésiastique au colet… pour toi, suborneur atroce, indigne satellite d’une religion que j’abhorre, tu ne sortiras pas d’ici, sois-en sûr, aussi facilement que tu y es entré ; un cachot va me répondre de toi ; je t’apprendrai à venir souiller de ton souffle impur les principes de philosophie que je répands dans cette maison. Sortez, Rosalie, allez chez votre tante, et n’en sortez pas sans mes ordres. Rodin entraîne alors l’abbé, tout interdit, et, aidé de sa sœur et de sa gouvernante, il le plonge dans un caveau de sa maison où jamais le jour n’avait pénétré. Il revient de-là chercher Rosalie pour l’enfermer dans un autre cachot. Rodin sort, il parcourt le village. On vient d’enlever ma fille, dit-il à tout le monde, et je soupçonne l’abbé Delne… On vole chez lui, l’abbé ne s’y trouve point. Voilà mon malheur éclairci, dit Rodin ; je n’avais que des soupçons… d’affreuses vérités m’éclairent… C’est ma faute, j’avais vu commencer cette intrigue ; que ne la troublé-je dès les premiers jours !

Tout le monde donna dans le piége ; et dès qu’au moyen de cette ruse, Rodin se voit maître de son homme, il n’ouvre sa prison que pour la changer en tombeau ; et, par un raffinement bien digne d’un tel monstre, sitôt que Delne a rendu l’ame, son corps est cloué sur les murs du cachot, et c’est dans ce cercueil que le barbare Rodin vient replacer sa fille… Je veux que ton séducteur soit toujours sous tes yeux, lui dit-il, jusqu’à ce que ton sang ait lavé ton crime. Tel était l’état des choses, lorsque Justine, à laquelle Rodin n’avait encore rien dit, se croyant à couvert de tout en raison de l’amour qu’elle inspirait à ce barbare, entreprit l’impossible pour découvrir le sort de son amie, bien sûre que si elle la trouvait, elle saurait aussi ce que Delne était devenu ; profitant de tous les momens où elle croit n’être pas surveillée, elle parcourt les plus secrets recoins de la maison ; elle croit entendre quelques gémissemens au fond d’une cour très-obscure, elle s’approche ; un tas de bois paraît boucher une porte étroite et reculée, elle avance en écartant tous les obstacles ; de nouvelles plaintes se font entendre… O Justine ! est-ce toi ? — Oui, chère et tendre amie, s’écrie-t-elle, en reconnaissant la voie de Rosalie ; oui, c’est Justine que le ciel envoie pour te secourir ; et les questions multipliées de cette tendre fille laissent à peine à celle de Rodin le tems de répondre. Ce fut alors que Justine apprit, et l’horrible situation où était Rosalie, et le meurtre commis par son père en la personne du pauvre abbé Delne, mais dont Rosalie ignorait les détails ; la seule chose dont elle paraissait sûre, c’est que Rodin avait eu pour complices, et sa sœur et sa gouvernante ; et que la victime, sans doute, avait beaucoup souffert, s’il en fallait juger par ses cris et par les coups de couteau dont son cadavre paraissait percé. C’est mon tour, ajouta Rosalie : hier soir mon père entra dans ma prison, suivi de Rombeau, le chirurgien de ce village, et dont je t’ai déjà dit les liaisons avec Rodin ; tous deux se sont permis des horreurs avec moi ; mon père a voulu (ce qui jamais ne lui avait passé par la tête), il a exigé que je servisse aux passions effrénées de son confrère ; mon père même me tenait pendant cette affreuse scène… Ensuite il leur est échappé des propos qui ne me laissent plus douter de mon malheureux sort. O Justine ! je suis perdue, si tu ne parviens à me délivrer ; tout, ma chère amie, tout me prouve que ces monstres vont me faire servir à quelques-unes de leurs expériences.

Oh ciel ! dit Justine, en interrompant la fille de Rodin, est-ce que pareille chose leur est déjà arrivée ? — J’ai de fortes raisons pour le croire ; quand ils tiennent ici des jeunes personnes de l’un ou l’autre sexe, qui n’ont ni père ni mère. — Eh bien ! tu me fais trembler. — Elles disparaissent sans qu’il soit possible de savoir ce qu’elles sont devenues ; il n’y a pas un mois qu’une jeune fille de quatorze ans, belle comme le jour, disparut ainsi, et je me souviens très-bien que ce jour-là, j’entendis des cris étouffés dans le cabinet de mon père ; le lendemain on dit qu’elle s’était sauvée. Quelque tems après un jeune orphelin de quinze ans s’éclipsa de même, et on n’en a pas reparlé davantage ; je frémis, en un mot, ma chère, si tu ne réussis pas à me tirer promptement de ce cachot.

Justine demanda à son amie si elle savait ou l’on mettait les clefs de cette cave ; Rosalie l’ignorait, elle ne croyait pourtant pas que l’on eût l’habitude de les emporter ; Justine les cherche, mais en vain ; et l’heure de reparaître arriva, sans qu’elle pût donner à cette chère enfant d’autres secours, que des consolations, quelques espérances et des pleurs. Rosalie fit jurer à Justine qu’elle viendrait la voir le lendemain, et celle-ci le lui promit, en l’assurant même que, si à cette époque elle n’avait rien découvert de satisfaisant sur ce qui la regardait, elle irait sur-le-champ porter ses plaintes en justice, pour soustraire cette malheureuse, à tel prix que ce pût être, au sort affreux qui la menaçait.

Justine remonte. Rombeau, ce soir-là, soupait avec Rodin : déterminée à tout pour éclaircir le sort de son amie, elle se cache dans un cabinet à issue particulière, et tenant à la chambre où soupaient ces deux scélérats. Là, leur conversation la convainquit bientôt et des forfaits déjà commis, et de ceux que devait redouter encore son infortunée Rosalie.

Je suis désespéré, dit Rodin à son confrère, de ne t’avoir pas associé à ma vengeance. Oh ! mon ami, tu ne saurais imaginer les plaisirs que j’ai recueilli du sacrifice offert à cette passion chérie de mon ame. — Il est certain qu’un plus sensible outrage était difficile à te faire… Ta fille à ses genoux !… Le scélérat, il aurait bientôt passé de ses exhortations mystiques, à des entretiens plus flateurs : il ne voulait qu’enfiler ta fille, tu peux, je crois, en être bien certain. — Je crois que je lui aurais plutôt pardonné cette injure, que celle de lui gâter l’esprit. L’infâme ! il l’aurait confessée, communiée, il aurait perdu cette créature. — Que tu dois te savoir de gré d’avoir coupé court à cela ! Et quelle mort lui as-tu fait subir ? — Oh ! c’est une scène unique ; Marthe et ma sœur m’aidaient. J’ai fait exécuter devant lui vingt postures plus lubriques les unes que les autres ; elles l’ont sucé, branlé ; je l’ai fait épuiser avant que de l’envoyer dans l’autre monde ; et je te réponds que si les furies s’en emparent, elles auront de la peine à le faire bander. — Et enfin ? — Je l’ai fait crucifier ; j’ai voulu que le valet expirât de la même mort que son maître ; et pendant les quatre heures qu’il a langui sur cette croix, il n’est pas de supplices que je ne lui aie fait éprouver ; je l’y ai foutu, je l’y ai fouetté, je lui ai vingt fois enfoncé mon couteau dans le corps. Oh ! combien j’aurais voulu que tu me servisses dans cette délicieuse opération ! Mais tu n’y étais pas, et j’étais pressé ; on ne vit pas, tant qu’un ennemi respire. — Et ta coupable fille n’y passera-t-elle donc pas ? Songe, Rodin, songe à quel point un pareil sujet peut être utile à l’anatomie ; jamais elle ne sera à son dernier degré de perfection, que l’examen des vaisseaux ne soit fait sur un enfant de quatorze ou quinze ans, expiré d’une mort cruelle. Ce n’est que de cette contraction que nous pourrons obtenir une analyse complexe d’une partie aussi intéressante ; il en est de même de la membrane qui assure la virginité ; il faut nécessairement une jeune fille pour cet examen. Qu’observe-t-on dans l’âge de puberté ! Rien ; les menstrues déchirent l’hymen, et toutes les recherches deviennent inexactes. L’âge de ta fille est précisément celui qu’il nous faut ; elle n’est pas réglée ; nous ne l’avons vu que par derrière ; de telles attaques n’endommagent nullement cette membrane, et nous l’étudierons tout à l’aise. J’espère que tu te détermineras. — Sacre-Dieu ! je le suis, reprit Rodin ; il est odieux que de futiles considérations arrêtent ainsi le progrès des sciences ; les grands hommes se sont-ils laissé captiver par d’aussi méprisables liens ? Tous nos maîtres en l’art d’Hypocrate ont fait des expériences dans les hôpitaux ; mon instituteur en chirurgie disséquait tous les ans des créatures vivantes de l’un et l’autre sexe, et nous n’avons tous deux rectifié les bévues de nos prédécesseurs, que par de semblables opérations. Pour une douzaine de sacrifices, nous avons sauvé la vie à plus de deux mille individus ; et je demande si l’on doit jamais balancer en tel cas. Tous les artistes ont pensé de même : quand Michel-Ange voulut rendre un Christ au naturel, se fit-il un cas de conscience de crucifier un jeune homme, et de le copier dans les angoisses ? La sublime Madelaine en pleurs du Guide fut prise sur une belle fille que les élèves de ce grand homme avaient flagellée à outrance ; tout le monde sait qu’elle en mourut. Mais quand il s’agit des progrès de notre art, de quelle nécessité ne doivent pas être ces mêmes moyens ? et combien y a-t-il un moindre mal à se le permettre ? Le meurtre opéré par les loix est-il d’une autre espèce ? et l’objet de ces loix, qu’on trouve si sages, n’est-il pas le sacrifice d’un pour en sauver mille ? On nous devrait, au contraire, des récompenses, quand nous sommes assez courageux pour vaincre ainsi la nature au profit de l’humanité, Oh ! la victoire n’est pas bien grande, dit Rombeau ; je ne te conseilles pas de t’en faire un mérite aux yeux de ceux qui connaissent le chatouillement excessif que produisent ces sortes d’actions, — Je ne te cache pas qu’elles m’aiguillonnent infiniment : en général, toutes les douleurs que je produis sur les autres, soit en opérant, soit en flagellant, soit en disséquant sur le cru[2], mettent les animaux spermatiques dans une telle discordance en moi, qu’il en résulte un prurit manifeste et une érection involontaire, laquelle, sans me toucher, me conduit plus ou moins vîte à l’éjaculation, en raison du degré de souffrance imprimé sur le sujet. Tu te rappelles de m’avoir vu décharger, sans que personne ne me touchât, la dernière fois que nous opérâmes ensemble sur ce jeune garçon dont j’ouvris le flanc gauche pour observer les palpitations du cœur ? Quand j’en fus à couper les linéamens qui captivent ce viscère, et que j’enlevais par conséquent la vie au sujet, tu te souviens que mon foutre partit malgré moi, et que tu fus obligé de m’achever ; tu te rappelles de même que les dernières gouttes de sperme n’étaient pas élancées du canal, que je rebandais encore. Au reste, ne nous chicanons pas ; j’ai assez de preuves, mon cher, du rapport de tes goûts aux miens, pour que nous n’ayons aucune querelle à nous chercher mutuellement sur cet objet. Je l’avoue, dit Rombeau, j’éprouve les mêmes mouvemens, et je ne conçois point par quelle inexplicable contradiction la mystérieuse nature inspire tous les jours à l’homme le goût de la destruction de ses œuvres. Je l’entends parfaitement, moi, dit Rodin : ces portions de matière désorganisées et jetées par nous dans le creuset de ses œuvres, lui donnent le plaisir de recréer sous d’autres formes ; et si la jouissance de la nature est la création, celle de l’homme qui détruit doit infiniment flatter la nature ; or, elle ne réussit à ses créations que par des destructions. Il faut donc étonnamment détruire des hommes pour lui composer la voluptueuse jouissance d’en créer, — Aussi, le meurtre est un plaisir. — Je dis plus, il est un devoir, il est un des moyens dont la nature se sert pour parvenir aux fins qu’elle se propose sur nous. Et n’eut-il pas même un but important, comme celui qu’il acquiert par nos expériences ; ne fut-il commis que par le seul effet des passions, il serait toujours une bonne œuvre ; car ces passions, n’en doutes pas, mon ami, ne sont placées par la nature dans nous, que pour adoucir les répugnances que ses volontés nous inspireraient sans cela. Ne dut-il donc s’agir que de ma seule fantaisie, je regarderais la chose comme toute simple ; à plus forte raison quand elle devient nécessaire à un art aussi utile aux hommes : quand elle peut fournir d’aussi grandes lumières, dès-lors ce meurtre devient la plus belle, la plus sage de toutes les actions, et ce ne serait qu’à se la refuser qu’il pourrait exister du crime ; c’est le prix ridicule que nous attachons à cette vie qui nous fait éternellement déraisonner sur le genre d’action qui engage un homme à se délivrer de son semblable. Croyant que l’existence est le plus grand des biens, nous nous imaginons stupidement faire un crime en soustrayant ceux qui en jouissent. Mais la cessation de cette existence, ou du moins ce qui la suit, n’est pas plus un mal que la vie n’est un bien ; ou plutôt, si rien ne meurt, si rien ne se détruit si rien ne se perd dans la nature, si toutes les parties décomposées d’un corps quelconque n’attendent que la dissolution pour reparaître aussi-tôt sous des formes nouvelles, quelle indifférence n’y aura-t-il pas dans l’action du meurtre ? et qu’il serait imbécille, l’être qui oserait y trouver un crime !

À la bonne heure, dit Rombaud ; mais faut-il te l’avouer ? En raison des liens qui t’enchaînent à cette créature, je craignais que tu ne balançasse. — Et quelle puissance t’imagines-tu que le titre de fille puisse jamais avoir sur mon cœur ? Sois donc persuadé, mon ami, que je regarde un peu de foutre éclos ; du même œil (au poids près), que celui qu’une putain fait éjaculer de mon vit ; je n’ai jamais fait plus de cas de l’un que de l’autre ; on est le maître de reprendre ce qu’on a donné ; jamais le droit de disposer de ses enfans ne fut contesté chez aucun peuple. Les Perses, les Mèdes, les Arméniens, les Grecs en jouissaient dans la plus extrême latitude ; les loix de Licurgue, le modèle des législateurs, non-seulement laissaient aux pères tous droits sur leurs enfans, mais condamnaient même à la mort ceux que les parens ne voulaient pas nourrir, ou qui se trouvaient mal conformés. Une grande partie des sauvages tuent leurs, enfans aussi-tôt qu’ils naissent. Presque toutes les femmes de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique se font avorter sans encourir de blâme. Cook retrouva cet usage dans toutes les isles de la mer du Sud. Romulus permit l’infanticide ; la loi des douze tables le tolère de même, et jusqu’à Constantin, les Romains exposaient ou tuaient impunément leurs enfans. Aristote conseille ce prétendu crime ; la secte des Stoïciens le regardait comme louable : il est encore très en usage à la Chine ; chaque jour on trouve et dans les rues et sur les canaux de Pékin, plus de dix mille individus immolés ou abandonnés par leurs parens ; et quelque soit l’âge d’un enfant dans ce sage empire, un père, pour s’en débarrasser, n’a besoin que de le mettre entre les mains d’un juge. D’après les loix des Parthes, on tuait son fils, sa fille, sa sœur, son frère, sans encourir la moindre peine. César trouva cette coutume généralement établie dans les Gaules ; plusieurs passages du Pentateuque prouvent qu’il était permis de tuer ses enfans chez le peuple de Dieu, et Dieu lui-même enfin l’exigea d’Abraham, L’on crut long-tems, dit un célèbre moderne, que la prospérité des empires dépendait de l’esclavage des enfans ; cette opinion était fondée sur les principes de la plus saine raison ; Eh quoi ! un gouvernement quelconque se croira autorisé à sacrifier vingt ou trente mille de ses sujets dans un jour pour sa propre cause, et un père ne pourra, lorsqu’il le jugera convenable, devenir le maître de la vie de ses enfans ; quelle absurdité ! quelle inconséquence, et quelle faiblesse dans ceux qui sont contenus par de telles chaînes ! L’autorité du père sur ses enfans, la seule réelle, la seule qui ait servi de base ou de modèle à toutes les autres, nous est dictée par la voie de la nature même, et l’étude réfléchie de ses opérations nous en offre à tout instant des exemples ; le Czar Pierre ne doutait nullement de ce droit, et il en usa ; il adressa une déclaration publique à tous les ordres de son empire, par laquelle il disait que, d’après les loix divines et humaines, un père avait le droit absolu de juger ses enfans à mort, sans appel, et sans prendre l’avis de qui que ce fut ; il n’y a que dans notre France barbare où une fausse et ridicule pitié crut devoir enchaîner ce droit. Non, poursuivit Rodin avec chaleur, non, mon ami, je ne comprendrai jamais qu’un père qui voulut bien donner la vie, ne soit pas libre de donner la mort ; je m’entendrai jamais que l’être qu’il a créé ne lui appartienne pas ; il ne peut exister au monde une propriété plus sacrée ; or, si cette propriété est bien établie, la possibilité d’en disposer à son gré en devient une suite nécessaire ; combien de races parmi les animaux nous donnent l’exemple de l’infanticide ? Combien en est-il qui, comme le lapin, n’ont pas de plus grand plaisir que celui de dévorer leurs enfans ; je vais plus loin, mon ami, je suis affirmativement convaincu qu’une des meilleures actions qu’un père ou qu’une mère puissent faire, consiste à se débarrasser de ses enfans ; nous n’avons point de plus grands ennemis dans le monde. Et n’est-il donc pas bien fait, d’après cela, de s’en délivrer avant qu’ils soient en âge de nous nuire ? La propagation est d’ailleurs infiniment trop nombreuse en Europe ; elle excède infiniment ses moyens de subsistance ; le meurtre de ses enfans est donc encore une excellente action, considérée sous ce nouveau point de vue. Qui pourrait donc me retenir ? l’humanité ! ô mon ami, je ne connais pas, je l’avoue, une plus fausse vertu ; l’humanité, je le prouverai quand on voudra, n’est qu’une manière d’être, qui, prise dans le sens que les moralistes lui donnent, bouleverserait bientôt l’Univers[3].

Ah ! dit Rombeau, plein d’enthousiasme pour d’aussi effrayantes maximes, je t’approuve, mon cher ; ta sagesse m’enchante, mais ton indifférence m’étonne ; je te croyais amoureux de ta fille. — Moi, mon cher, amoureux d’une femme !… Ah ! Rombeau, je me supposais mieux connu de toi… de toi qui connais si parfaitement mes goûts… de toi qui dois être si pénétré de l’horreur que m’inspire un sexe dont je me sers par libertinage, et jamais par penchant. Le goût prodigieux que j’ai pour les culs, l’ivresse où me met un derrière, m’oblige à fêter indistinctement tous les êtres en qui je suppose de la supériorité dans cette partie ; et c’est pour multiplier mes hommages que je ne mets jamais de distinction, ni entre les âges, ni entre les sexes. N’as-tu pas la preuve de ce que je dis, Rombeau ? et malgré tes quarante-cinq, la sublimité de tes fesses ne m’engage-t-elle pas, tu le sais, à t’enculer de tems en tems ? Voilà du libertinage… mais de l’amour… jamais. Ce sentiment pusillanime fut toujours inconnu de mon cœur. Il y a mieux : c’est que pour peu qu’une jeune fille ou qu’un jeune garçon ait malheureusement nourri mon illusion trop long-tems, le dégoût s’annonce avec énergie, et je n’ai jamais connu qu’un moyen d’y satisfaire délicieusement, c’est de tuer, mon ami, de tuer, il n’y a que cela ; c’est, j’en conviens, le dernier plaisir, que peut nous donner un objet de luxure, mais c’est bien aussi le meilleur. Il y a sept ans que ma fille sert à mes plaisirs, il est tems qu’elle paye la cessation de mon ivresse par celle de son existence… Et Rodin, qui bandait fort dur, mit en ce moment son vit entre les mains de son ami, qui ne tarda pas à lui faire empoigner le sien. Il me semble, dit Rombeau, que nous sommes fort en état de remplir les intentions conçues. Oui, voilà des vits très-en l’air, dit Rodin ; lève-toi donc, que je manie ton cul, je ne m’en rassasie jamais ; et le paillard déculottant son ami, se met à lui palper, à lui claquer, à lui mordre les fesses un quart-d’heure. Rombeau le rend à son camarade, et les deux vilains se mettent dans une telle posture, qu’ils peuvent à-la-fois se branler le vit, en se gamahuchant le trou du cul. Rodin n’y tient pas ; il courbe son camarade sur un canapé, et lui plante le vit dans le derrière jusqu’aux couilles, en le polluant à pleines mains. Si tu étais, dit-il, aussi sûr que moi de ne pas décharger (car il faut réserver ses forces) ; oui, si tu étais aussi ferme que je vais l’être, quoiqu’en te foutant, je t’enverrais chercher quelqu’un pour te mettre en train, et après une heure d’épouvantables paillardises, nous irions prendre la victime. Je te réponds de moi, dit Rombeau, il n’y a personne au monde qui soit plus maitre de son foutre. Eh bien ! qui veux-tu ? — Des garçons… Et ici Rodin ayant déculé son ami, sonna sa gouvernante, qui vint aussitôt prendre ses ordres.

Justine ne croit pas devoir rester plus longtems ; si elle a tant tardé, c’est pour éclaircir le sort de Rosalie ; il ne lui est que trop dévoilé maintenant ; il n’est plus question que de la secourir ; notre héroïne y vole, résolue de périr ou de délivrer son amie.

Infortunée, lui crie-t-elle, pas un moment à perdre… Les monstres !… tu n’avais que trop raison… c’est pour ce soir… ils vont venir ; et en prononçant ces mots entrecoupés, la trop compatissante Justine fait l’impossible pour enfoncer la porte, Une de ses secousses fait tomber quelque chose, elle y porte la main, c’est la clef, elle la ramasse, elle se hâte d’ouvrir, elle embrasse son amie, la presse de fuir, lui répond de suivre ses pas. Un moment Rosalie veut faire voir à Justine l’horreur du cachot qu’elle habite, le cadavre dont il est tapissé. Ce malheureux retard fait perdre tout le succès de l’entreprise. Le tems se perd. Rosalie, qui s’en apperçoit, s’élance à la fin. Juste ciel ! il était encore dit que la vertu devait succomber, et que les sentimens de la plus juste et de la plus tendre commisération allaient être durement punis. Rodin et Rombeau, éclairés par la gouvernante, tous trois dans un désordre suffisant à prouver le genre des actions où ils viennent de se livrer, paraissent tout-à-coup. Rodin saisit sa fille au moment où elle franchit le seuil de la porte, au-delà duquel elle n’avait plus que quelques pas à faire pour se trouver libre.

Où vas-tu ? s’écrie ce père furieux en arrêtant Rosalie, pendant que Rombeau s’empare de Justine. Ah, ah ! continue-t-il en regardant celle-ci, c’est cette putain qui favorise ta fuite… Scélérate, ajoute-t-il en sacrant, voilà donc l’effet de vos grands principes de vertu !… Enlever une fille à son père ! et voilà la récompense des bontés que j’ai eu de ne t’avoir pas poignardé l’autre jour, quand je vis, par tes soins, ma fille aux pieds d’un prêtre ! — J’ai dû faire tout ce que j’ai fait, répond fermement Justine. Quand un père est assez barbare pour vouloir assassiner sa fille, il n’est rien qu’on ne doive entreprendre pour prévenir un pareil forfait. — Bon ? dit Rodin, de l’espionnage et de la séduction… tous les vices les plus dangereux dans une domestique. Montons, montons ; il est très-important de juger cette affaire. Et Rosalie, suivie de Justine, toutes deux traînées par ces scélérats, regagnent l’intérieur de la maison. Célestine, quelles y trouvent presque nue, les reçoit en les accablant d’injures ; Marthe ferme soigneusement toutes les portes, revient se mettre au rang des actrices, et la plus effrayante, la plus abominable, la plus cruelle des scènes se prépare.

Essayons de la peindre. Au défaut de l’énergie, dont elle serait susceptible sous d’autres pinceaux que les nôtres, mettons-y du moins de la vérité.

Commençons par boire, dit Rodin ; je n’aime pas a me mettre à semblable besogne, sans avoir la tête un peu prise. Comme la table est encore dressée, il n’est question que de faire sauter des bouchons, et six bouteilles du meilleur Champagne sont avalées dans un quart-d’heure. Donnez-en six autres, dit Rodin à sa sœur, nous les expédierons en travaillant. Ah ! mademoiselle Justine, dit le scélérat, en se rapprochant de cette chère fille toute en larmes, et ne prévoyant que trop le sort qui l’attend, c’est donc ainsi que vous débauchez les filles de chez leur père ; vous, qui jouez si bien la vestale… Crois-tu, Rombeau, que j’ai fait l’impossible pour avoir cette fille-là, et que je n’ai pu y réussir ; mais nous la tenons, sacre-Dieu, nous la tenons ; je lui défie maintenant de nous échapper. Et vous, petite putain, continue-t-il, en attirant sa fille à lui, et lui appliquant un soufflet à tour de bras, vous vous laissez donc séduire par cette coquine !… Rombeau, il faut les disséquer toutes deux ; nous ferons sur ma fille les expériences de l’hymen, celles des battemens du cœur sur Justine. Je ferai tout ce qu’on voudra de cette poulette, dit Rombeau, à moitié ivre, en venant manier brutalement la gorge de Justine ; il y a long-tems que la garce m’échauffe la cervelle ; depuis que je la connais, je me suis déjà branlé deux ou trois fois en sa faveur ; et tout en discourant, Rombeau travaille à faire disparaître les gazes qui gênent leur luxure. Ces deux pauvres enfans furent bientôt dans l’état le plus complet de nudité ; mais comme on connaissait Rosalie, c’est sur le beau corps de notre aventurière que tous les regards se dirigent. Célestine s’approche ; et la saisissant dans ses bras : oh ! foutre, la belle fille, s’écrie-t-elle. Eh bien, branlez-vous, dit Rodin. Rombeau, amusons-nous de ce spectacle préliminaire ; j’aime assez à contraindre une fille qui pleure à décharger malgré elle. Mademoiselle Rodin emporte Justine, en larmes, sur un canapé ; et, pendant qu’elle la pollue avec tout l’art possible, Rodin, agenouillé devant les fesses de cette belle fille, que sa sœur avait soin de lui présenter, accablait ce beau cul des plus ardens baisers. Rombeau, placé devant le couple, excroquait des suçons à Justine, pendant que Marthe paitrissait le cul de son maître, qui, de l’une de ses mains, traitait assez brutalement celui de sa fille.

Célestine triomphe ; la gueuse y met tant d’adresse et tant d’énergie, que le plaisir l’emporte sur la douleur, et que notre innocente décharge… La putain a donné du foutre, dit Rombeau ; je m’en suis apperçu au resserrement de son anus ; je le léchais pendant ce tems-là… Oui, il y a du foutre, dit mademoiselle Rodin, j’en ai les doigts mouillés ; et la garce les suce, en baisant Justine sur la bouche. Mon enfant, dit Rodin à cette charmante fille, je suis fort content de ce que vous venez de faire ; croyez-moi, continuez d’être de la plus extrême complaisance avec nous ; peut-être regagnerez-vous, par ce procédé, ce que vous ont fait perdre vos sottises. Ah ! triple Dieu ! comme elle est belle dans ce mélange de plaisir et de douleur ! Oh ! monsieur, qu’exigez-vous donc de moi, dit Justine ? — Rien que nous ne puissions obtenir de force, et rien qui, je vous le répète, n’adoucisse votre sort, si vous nous l’accordez de bonne grâce : par exemple, à présent nous voulons que vous branliez ma sœur avec la langue ; elle va se poster de manière à vous offrir à-la-fois et son con et son cul ; Rosalie lêchera le cul et vous le con. Il fallut obéir ; y avait-il moyen de résister à des demandes si faciles à changer en ordres. Le tableau s’arrange ; Rodin, pour en completter l’ordonnance, s’étend à la droite de sa sœur, Rombeau à gauche ; ils sont arrangés de façon à ce que leurs vits soient à la portée de la bouche de Justine, et leurs culs à celle de la langue de Rosalie, qui toutes deux reçoivent l’injonction de les gamahucher et de les sucer, en même-tems que Célestine. Marthe parcourt les rangs, elle patine les couilles, elle veille à ce que les bouches travaillent alternativement les parties qui lui sont confiées, et montre ses belles fesses tour-à-tour à chacun des deux libertins. Rosalie, plus au fait, se soumet, avec une résignation plus entière, à des horreurs qui répugnent à Justine, et que, comme elle néanmoins, elle n’exécute qu’en gémissant. Ces préambules électrisent nos paillards. Rombeau, dit Rodin, enculons Justine ; tu n’imagines pas à quel point la supériorité de ses fesses ambrâse ma tête ; il n’y a peut-être pas en France un homme qui ait autant vu de culs que moi, et je te jure, mon ami, qu’il ne m’en est jamais tombé sous la main de plus beau, de mieux coupé, de plus blanc, de plus ferme, de plus appétissant que celui de cette petite garce-là ; et chacun de ces éloges se gravait en baisers de feu sur l’idole fêtée.

Justine, entendant son arrêt se jette aux pieds de ses bourreaux. Ce sont avec les accens les plus énergiques de la douleur et du désespoir que la malheureuse implore sa grâce. Oh ! prenez ma vie, leur dit-elle, et laissez-moi l’honneur. Mais tu ne seras coupable de rien, dit Rombeau, nous allons te violer. — Sans doute, dit Rodin, de ce moment plus de péché sur ta conscience, ce sera la force qui t’auras tout ravi ; et l’infâme, en consolant Justine de cette cruelle manière, la plaçait déjà sur un canapé. Le beau cul ! poursuivait-il en l’examinant ; tiens, Rombeau, prends cette poignée, ne frappes que la fesse gauche, moi la droite ; celui des deux qui fera paraître la première goutte de sang aura l’honneur de la sodomiser avant l’autre. Rosalie, venez ici, mettez-vous à genoux devant Rombeau, sucez-lui le vit, pendant qu’il flagelle ; vous, Marthe, sucez le mien.

Justine était couchée dans les bras de Célestine, qui la branlait en dessous, pour lui faire oublier ses peines ; mais Rodin s’en étant apperçu, réprimanda sa sœur : laisse-là donc souffrir, dit-il durement ; ce ne sont pas des plaisirs que nous voulons qu’elles ressentent, ce sont des douleurs, et tu troubles, tu changes absolument l’esprit de nos projets, en dérangeant l’état de son physique. Les coups se donnent ; chacun devait en distribuer cinquante ; ceux de Rombeau furent vigoureux ; mais Rodin, plus habitué à cet exercice, fit jaillir le sang au trentième, et n’en finit pas moins la reprise : allons, dit-il, tu vois que c’est à moi. Oui, dit Rombeau ; mais prends garde de décharger ; songe au besoin que nous avons de nos forces : à ta place, je me contenterais de quelques détails, et je me réserverais pour la grande expédition. Eh ! non, non, foutre-Dieu, dit Rodin, en écartant les fesses de Justine et y présentant son hochet, plus dur qu’une barre de fer, non, non, il ne pourrait exister aucune considération dans le monde qui pût m’empêcher d’enculer cette belle créature ; il y a trop long-tems que je la desire, il faut qu’elle y passe… elle y passera, la putain ; et déjà la tête du fougueux instrument ébrêchait le trou délicat et mignon de notre infortunée, qui, n’ayant jamais été attaqué qu’une fois, avait repris toute sa fraîcheur et toute sa délicatesse Un cri terrible, suivi d’un mouvement violent, dérange un instant Rodin, qui, trop accoutumé à ce genre d’attaque pour se laisser ainsi désarçonner, saisit fortement les reins de la jeune fille, pousse avec violence, et disparaît, jusqu’aux couillons, dans ce cul frais et voluptueux. Ah ! bougre de Dieu ! s’écrie-t-il, m’y voilà, je défie Dieu ou ses foutus agens de m’empêcher de la sodomiser à présent… elle est foutue, la garce… Oh ! mon ami, le beau cul… il est d’un chaud… d’un étroit… Et sans les précautions de Célestine pour s’opposer aux cris de la patiente, on les aurait entendus d’une lieue. Rombeau, dit Rodin, encules ma fille sous mes yeux, et place-toi de manière à ce que je puisse manier ton cul pendant que tu foutras ; Marthe nous étrillera tous les deux. Attends, dit Rombeau, déranges-toi un instant ; c’est le plaisir d’une seconde attaque que je te prépare. Voici ce que je desire : Il faut placer ces deux demoiselles l’une sur l’autre ; Justine va se mettre à quatre pattes, les reins en l’air ; j’établirai ta fille sur cette base, les deux trous seront opposés, et nous les sonderons tous deux, en passant alternativement de l’une à l’autre : Marthe, comme tu le disais tout-à-l’heure, nous fustigera pendant l’opération, et ta sœur fixera l’attitude… De par tous les foutus Dieux du christianisme, rien n’est bon comme cette manière de foutre, dit Rodin, dès qu’il en eut tâté ; mais nous pourrions faire mieux, ce me semble : mettons ma sœur et Marthe dans la même posture, cela doublera la somme de nos jouissances. Une heure entière nos paillards s’amusent à sonder ainsi ces quatre culs ; ils les tournaient avec une telle rapidité, qu’on les eût pris pour les ailes d’un moulin à vent ; ils en laissèrent le nom à cette attitude, que nous conseillons à tout libertin d’essayer. Ils s’en lassent enfin ; rien n’est inconstant comme la luxure : avide de jouissance, elle s’imagine toujours que ce qu’elle conçoit vaut mieux que ce qu’elle quitte, et ce n’est jamais qu’au-delà des bornes qu’elle suppose la volupté.

L’irritation de nos deux libertins devint telle, qu’on voyait des flammes sortir de leurs yeux ; leurs engins, colés sur le ventre, paraissaient menacer le ciel. Rodin, spécialement acharné sur Justine, semblait conjurer sa perte, il la baisait, la pinçait, la claquait, incroyable mélange de caresses et d’invective, de délicatesse et d’horreur, le coquin avait l’air de ne savoir qu’inventer pour fêter et dégrader tour-à-tour la divinité de sa luxure. Pudiques de notre naturel, nous rougirions de dévoiler les obscénités où il se livra. Eh bien ! dit-il enfin à Justine, tu vois, ma chère, qu’il y a pourtant toujours quelque chose à gagner avec les bougres ; ton honneur est intact ; des libertins moins vertueux l’eussent impitoyablement flétri, nous le respectons. Ne crains point que Rombeau ni moi concevions seulement le desir d’y porter atteinte ; mais le cul… ce beau cul, mon ange, il sera souvent perforé ; il est si frais, si bien coupé, si joli… Et le coquin le branlait en disant cela, il le baisait, il y introduisait quelquefois son vit. Enfin, les grands coups se portèrent ; Rodin saisit sa fille, il lui lance des regards furieux ; l’arrêt de cette infortunée est écrit dans ses yeux barbares. Oh ! mon père, s’écrie la malheureuse en pleurs, qu’ai-je donc fait pour mériter un tel sort ?… — Ce que tu as fait, dit Rodin ? peux-tu le demander ? tes crimes ne sont-ils donc pas assez noirs ; tu as voulu connaîtra un Dieu, putain, comme s’il en devait exister d’autres pour toi que mes voluptés et mon vit ; et il le lui faisait baiser en disant cela, il lui en frottait le visage, ainsi que de son derrière, duquel il semblait, flétrir voluptueusement les roses de ce teint d’albâtre. Il la souffletait, il l’invectivait, en blasphêmant comme un scélérat ; et Rombeau, voyant tout cela, se branlait sur les fesses de Justine, en encourageant son ami. Enfin, la pauvre fille de Rodin est assise sur un petit rond étroit, élevé de deux pieds, sur lequel porte sa croupe seule. Quatre cordes descendaient du plafond ; on y attache les membres de Rosalie dans le plus grand écartement possible ; Rodin établit sa sœur entre les cuisses de la victime, et les fesses tournées vers lui. Marthe devait servir l’opération, et Rombeau, bien en face, devait enculer Justine. L’infernal Rombeau, voyant que la tête de Rosalie penche et n’est soutenue par rien, imagine de l’appuyer sur ses fesses, de manière qu’à chaque coup de reins qu’il donnera en enculant Justine, il fasse rebondir cette tête sur son cul, comme une balle sur une raquette. Cette idée divertit infiniment le cruel Rodin, qui, pendant ce tems, apprête bien d’autres supplices à sa malheureuse fille. Le vilain encule sa sœur ; il semble que ce ne soit qu’au sein de l’inceste et de la sodomie qu’il veuille arriver à l’infanticide. Marthe lui remet un scalpel, et il instrumente. On juge des cris de la victime ; mais les précautions

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sont prises de manière à ce qu’il n’en puisse rien résulter de fâcheux. Cependant Rombeau veut voir opérer son confrère ; il emporte sa fouteuse avec lui, et vient se placer tout près de l’opération. Le bas-ventre s’ouvre. Rodin, tout en foutant, taille, déchire, détache, et dépose dans une assiette, sous les yeux de son confrère, et la matrice et l’hymen, et tout ce qui s’ensuit. Les scélérats déculent pour faire leurs observations. Rosalie, languissante, lève des yeux éteins vers son père, et semble lui reprocher sa barbarie ; mais la voix de la pitié pénètre-t-elle dans une ame semblable ! Le féroce Rodin met son vit dans la blessure, il aime à s’inonder de sang. Rombeau l’excite ; Marthe et Célestine éclatent de rire, la seule Justine ose donner des secours et des larmes à sa trop malheureuse amie ! on lui reproche cette commisération, on s’y oppose, on maltraite celle qui s’y livre. Rodin, pour la punir, l’oblige à sucer le vit tout barbouillé du sang de celle qu’elle pleure ; puis, la fesant contenir, la tête courbée sur la plaie, il la fustige en cet horrible état. On le fouette lui-même. Il n’y tient plus ; tant de férocités l’entraînent ; il n’a que le tems de se replonger dans le cul de Justine, qu’on étend, par ses ordres, sur le chevalet de Rosalie, en telle sorte que la tête de celle-ci est entre les jambes de notre héroïne, et que la sienne est appuyée contre la plaie vaste et sanglante que son fer infanticide vient de faire ; il décharge ; Rombeau l’imite dans le cul de Célestine, en baisant les fesses de Marthe, et nos deux scélérats épuisés retombent langoureusement sur des fauteuils.

Cependant Rosalie vit encore. Justine ose prier pour elle. — Imbécille, lui dit Rodin, tu vois bien qu’elle n’en peut revenir. — Oh monsieur ! dit Justine égarée, peut-être qu’avec des soins… détachez-la… couchez-la, je la veillerai… la malheureuse, que vous avait-elle fait ? Rétablissons promptement dans nous l’irritation spermatique, dit Rombeau, en maniant assez grossièrement les tetons de Marthe ; car ces deux putains m’étourdissent, l’une par ses cris, l’autre par ses supplications. Eh bien ! dit Rodin, buvons ces six bouteilles de Champagne, et que Marthe et Célestine nous branlent, tout en les sablant.

On opère :

Et que ferons-nous après, dit Rombeau, que les secousses de Marthe et les rasades de Champagne commencent à faire bander… Ce que nous ferons ?… le voici, dit Rodin : nous attacherons Justine sur le cadavre de son amie, tu m’enculeras en la disséquant toute vive, et moi, placé vers la bouche de ma fille, je recueillerai, branlé par ma sœur, les derniers soupirs de notre victime… Non, dit Rombeau, il me vient une toute autre idée pour punir ta Justine. Le plaisir de tuer une femme est bientôt passé ; elle n’éprouve plus rien dès qu’elle est morte ; les délices de la faire souffrir disparaissent avec sa vie ; il n’en reste plus que le souvenir. Faisons mieux ; poursuit Rombeau, en mettant un fer au feu, punissons-la mille fois davantage que si nous lui dérobions la vie, marquons-la, flétrissons-la, cet avilissement joint à toutes les mauvaises affaires qu’elle a sur le corps, la fera pendre, ou mourir de faim ; elle souffrira du moins jusqu’au dernier moment de sa vie, et notre luxure infiniment plus prolongée en deviendra plus délicieuse ; il dit : Rodin s’empare de Justine, et l’abominable Rombeau lui applique derrière l’épaule le fer ardent dont on marque les voleurs ; qu’elle ose paraître à présent, dit ce monstre ; qu’elle l’essaie, et en montrant cette lettre ignominieuse, nous légitimerons suffisamment les raisons qui l’auront fait renvoyer avec tant de mystère et de promptitude. Soit, dit Rodin ; mais il faut s’en rassasier avant ; nous rebandons, livrons-nous avec elle à quelques dernières horreurs ; une énorme poignée de verges tombe sous les mains du barbare ; prends-la sur tes épaules, continue ce monstre, je vais la fouetter sur ton dos, et de tems en tems je laisserai retomber les coups sur tes fesses ; que ma sœur te suce pendant ce tems-la, Marthe me rendra les coups que je vous porterai à tous deux, et le supplice de Justine finira par une enculade. On exécute, Rodin ne ménage pas, et le sang qui coule des fesses de notre héroïne, retombant en perles sur celles de Rombeau, lui cause un inexprimable chatouillement. À mon tour, dit ce coquin-ci ; mais je veux qu’en la prenant sur tes reins, elle y soit différemment postée ; c’est son con que je veux flageller, ce sont ces cuisses, son ventre, sa motte, toutes ces horribles attenances d’un devant que j’abhorre. Oh ! double-foutu-Dieu ! s’écrie Rodin, pourquoi cette idée ne m’est-elle pas venue ? je suis désespéré que tu l’aies plutôt conçu que moi ; cette nouvelle lubricité s’exécute ; toutes les parties antérieures de notre héroïne sont cruellement lacérées, le cul de Rodin l’est aussi ; Marthe, en ce moment, lui suce le vit ; Justine est enfin placée sur un canapé ; et les deux amis, chacun fustigé, l’un par Marthe, l’autre par Célestine, laissent au fond du cul de l’orpheline les dernières preuves de leur détestable luxure.

Ici Rosalie, que ces scélérats avaient continué d’exposer à leurs regards pour s’exciter par cet affreux spectacle, tourne ses yeux mourans vers Justine, et rend l’ame. Les monstres l’entourent, ils l’observent encore d’un œil féroce, ils la touchent, ils la manient, et le féroce Rodin plante avec volupté ses dents au milieu des chairs encore palpitantes du triste résultat de ses anciens amours. Son cadavre est enfin jeté dans un trou du jardin, où reposaient sans doute bien d’autres victimes de la scélératesse de Rodin ; et Justine r’habillée, est reconduite aux bords de la forêt, où l’on l’abandonne à son mauvais sort, en lui laissant entrevoir le danger d’une récrimination, si elle ose l’entreprendre dans le funeste état où elle se trouve.

FIN DU PREMIER VOLUME.

  • Celestine: Célestine
  • étaie: étai
  • Presque toutes les tribades en sont-là ; en imitant les passions des hommes, elles en chérissent leurs raffinemens ; et comme celui de la sodomie est le plus délicat de tous, il est tout simple qu’elles en composent un de leurs plus divins plaisirs.
  • Terme de l’art que ces messieurs employent pour exprimer leurs opérations sur les sujets plein de vie.
  • Cette dissertation se verra dans Juliette.