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Œuvres de Sully PrudhommeAlphonse LemerrePoésies 1865-1866 (p. 23-24).

Les Berceaux


 
Après le départ des oiseaux,
Les nids abandonnés pourrissent.
Que sont devenus nos berceaux ?
De leur bois les vers se nourrissent.

Le mien traîne au fond des greniers,
L’oubli morne et lent le dévore ;
Je l’embrasserais volontiers,
Car mon enfance y rit encore.

C’est là que j’avais nuit et jour,
Pour ciel de lit, des yeux de mère
Où mon âme épelait l’amour
Et ma prunelle la lumière.


Sur le cœur d’amis sûrs et bons,
Femmes sans tache, sur le vôtre,
C’est un berceau que nous rêvons
Sous une forme ou sous une autre.

Cet instinct de vivre blottis
Dure encore à l’âge où nous sommes ;
Pourquoi donc, si tôt trop petits,
Berceaux, trahissez-vous les hommes ?