La Vie & la Mort/LES CIGALES

LES CIGALES


 
Comme un grand chien de pourpre aux cent langues dorées,
Le soleil mord la plaine et pompe les torrents ;
Et sentant ses crocs vifs dans leurs fronts odorants,
Les Pins pleurent tous bas leurs résines sacrées.


Août trône au ciel royal, de flamme revêtu ;
Le sable éblouissant harasse les prunelles ;
Et dans les bois, dans les ruisseaux, dans les tonnelles,
L’oiseau s’est tu, le flot s’est tu, le vent s’est tu.

Mais un cri fait vibrer la lumière écorchante :
Dans ce feu, dans ce sable, un éphémère est né !
Sans savoir s’il jouit ou s’il souffre, acharné,
Sous le soleil torride il chante, il chante, il chante !

Cigales, l’été passe et le bois a jauni ;
Chantons en chœur ! Demain notre voix sera morte.
Que le soleil caresse ou meurtrisse, qu’importe ?
C’est toujours le soleil ! qu’il soit toujours béni !


Jean Rameau.