La Parenté de Maxence et de Constance I d’après les monnaies

LA PARENTÉ
DE MAXENCE ET DE CONSTANCE I
d’après les monnaies


L’empereur Maxence pour cacher son usurpation a fait frapper une série de monnaies de consécration. Sur ces pièces il proclame sa parenté avec les divers empereurs et Divi de son temps ; c’est ainsi qu’il dédie des monnaies à la mémoire de son père Maximien I : DIVO MAXIMIANO PATRI MAXENTIVS AVG. (Cohen, 2.ème éd. tome VII, p. 495, n. 14 à 19) et celle de son beau-père Maximien II : DIVO MAXIMIANO SOCERO MAXENTIVS AVG. (Cohen, l. c., p. 102, n. 2 suiv.). Cette légende répond d’ailleurs à la vérité, puisque Maxence avait épousé Valeria Maximilla, fille de Gal. Val. Maximien et petite-fille de Val. Dioclétien, alliance qui introduit aussi du coté des femmes le nom de Valerius dans la maison de Maxence ; le tableau généalogique suivant le montre :

M. Avr. Val. Diocletianvs
Galeria Valeria
ép : C. Gal. Val. Maximianvs II
Val. Maximilla
ép : M. Avr. Val. Maxence
Val. Romvlvs.

Maxence frappe également des monnaies à la mémoire de son fils Val. Romulus avec la légende : IMP. MAXENTIVS DIVO ROMVLO N(obilissimo) V(iro) FILIO (Cohen, l. c, p. 182 suiv.) ; ce jeune prince a droit au titre de Nobilissimus, étant fils, petit-fils et arrière-petit-fils d’Augustes et Empereurs et réunissant le sang des Jovii et des Herculii.

En même temps Maximin II se donne, sur les monnaies, comme fils de Maximien II : DIVO MAXIMIANO MAXIMINVS AVG. FIL. (Cohen, l. c., p. 102, n. 7) ; Maximin II est en effet le fils adoptif du Divus cité ; mais une autre légende, si elle est authentique (Cohen, l. c., p. 103, n. 8) l’appelle neveu de ce Divus : DIVO MAXIMIANO MAXIMINVS AVG. NE. Cela coïnciderait, vu ce fait, prouvé par les auteurs, que Maximin II était le fils de la soeur de Maximin II, donc son neveu.

Ces exemples devraient suffir pour montrer que ces légendes ne reposent pas sur de simples fictions, mais bien sur des faits indubitablement établis.

Revenons à Maxence : ce prince éternise la mémoire de Constance I en écrivant sur des monnaies commémoratives :

IM . MAXENTIVS DIVO CONSTANTIO ADFINI. (Cohen l. c., p. 58, n. 2) et IMP MAXENTIVS DIVO CONSTANTIO COGN. (Cohen, l. c, p. 58, n. 5-6, voir aussi n. 3 et 4).

Comment se fait-il que la première fois il s’appelle affinis la seconde fois cognatus ?

Pourquoi se dit-il, sur une monnaie, “ parent par alliance „, de ce prince, et sur une autre, “ issu de la même race, consanguin „ ?

Le premier cas n’a rien de surprenant, puisque nous savons que Maxence était le beau frère de Constance, ce dernier prince ayant épousé sa soeur aînée, Theodora ; une seconde alliance même pourrait être citée donnant à Maxence le droit de s’appeler “ affinis „ de Constance : la soeur cadette de Maxence ne s’était-elle pas mariée au fils de Constance, au grand Constantin ? — J’ajoute, pour plus de clarté, le tableau généalogique :

Eutropia
1.er ép : N. N.
  2.ème ép : Maximien I  
   
 
1. Theodora
2. Maxence
2. Fausta
ép : Constance I
ép : Constantin I
 
 

Il est plus délicat, par exemple, de donner une explication fondée à l’épithète de “ cognatus „ prise par Maxence, qu’on ne prétende pas que l’usage de la basse latinité a confondu la valeur des deux expressions et que le bas-empire a fait des synonymes de cognatus et affinis. Non, la langue distingue de tout temps la parente du sang et de l’alliance.

Il faut donc trouver le sang commun à Maxence et à Constance, point que personne n’est parvenu jusqu’à présent à mettre en lumière à notre connaissance.

Pour nous, c’est le nom de famille se retrouvant dans la maison des deux princes, Flavius. Ce nom est porté par les deux soeurs de Maxence citées plus haut, par Theodora et par Fausta. Ces deux filles, issues de deux pères différents mais d’une seule mère, doivent donc tirer ce nom de la mère (Flavia) Eutropia.

Chez Constance le nom de Flavius doit remonter au père ; car sa mère s’appelle Claudia, le père de cette dernière (Claudius) Crispus, et les deux oncles, les empereurs Claude II et Quintille, M. Aurelius Claudius. Nous arrivons donc au résultat suivant, que Constance tire le nom de Flavius de son père (Flavius) Eutropius, et les soeurs de Maxence de leur mère (Flavia) Eutropia.

Ces deux personnages, qui portaient ainsi le méme nom doivent être parents, probablement frère et soeur ; Maxence et Constance sont donc cousins germains — cognati. Nous arrivons alors au tableau suivant :

Flavii Clavdii
 
Flavia Evtropia Flavivs Evtropius Clavdivs Crispvs Clavdivs II
Empereur
Qvintillvs Empereur
 
  Claudia
 
 
Flavivs Constantivs I
Flavia Theodora Maxentivs Flavia Fausta 1.ère ép :Helena
ép : Constantivs I ép : Constantinvs I 2.ème ép :Fl. Theodora
 
(Flavia) Evtropia Flavii
Flavivs Constantinvs I (Flavia) Evtropia
 
Flavivs Clavdivs Constantinvs II

C’est ainsi que le mot cognatus de la légende jette une nouvelle lumière sur la généalogie compliquée[1] de la maison impériale des Constantins.

Zurich.

E. A. Stückelberg.

  1. Un tableau plus détaillé se trouve dans ma brochure, Die Thronfolge von Augustus bis Constantin. Vienne, 1897, p. 52. Le silence des écrivains contemporains à Constantin sur cette parenté s’explique facilement par le fait que Maxence était déclaré “ tyran „, qu’il était païen, et par le second fait que Constantin a tué presque tous les Herculéens (Maximien I, Maxence et Fausta). Les mêmes écrivains se taisent également sur un autre point non favorable pour le premier empereur chrétien, la naissance illégitime de Constantin II (317) prouvée par M. Seeck (Zeitschritft für Numismatik, 1898, p. 33 suiv.).