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Traduction par anonyme.
Arthus Bertrand Libraire (4p. 66-89).
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CHAPITRE XLIV.


Environ dix jours après la mort de madame Churchill, M. Weston vint le matin, et fit prier Emma de descendre, ayant à lui communiquer quelque chose d’important. Il fut au-devant d’elle à la porte du salon, et se donnant à peine le temps de s’informer tout haut de l’état de sa santé, il lui demanda à l’oreille, pour ne pas être entendu de son père, si elle pouvait dans la matinée aller à Randalls, que madame Weston avait absolument besoin de lui parler.

« Est-elle malade ? »

« Non, non du tout, elle est un peu agitée. Elle serait venue en voiture ; mais elle désire vous voir seule et vous savez… (lui montrant son père) Eh ! pouvez-vous y aller ? »

« Certainement, tout à l’heure, si vous le désirez. Il m’est impossible de vous refuser ; mais de quoi s’agit-il ? Est-elle véritablement en bonne santé ? »

« Vous pouvez m’en croire ; mais plus de questions. Vous saurez tout en temps et lieu. L’affaire la plus extraordinaire ! Mais, chut ! chut ! »

Il était impossible, même à Emma, de deviner ce que cela voulait dire. Ses regards annonçaient quelque chose de très-important ; mais puisque son amie était en bonne santé, elle prit patience, et disant à son père qu’elle allait faire un tour de promenade, ils sortirent ensemble, et marchèrent à grands pas du côté de Randalls.

« Maintenant, dit Emma, que nous sommes hors des barrières, dites-moi, M. Weston, ce qui est arrivé. »

« Non pas, non pas, répliqua-t-il gravement. Ne me demandez rien. J’ai promis à ma femme de ne vous rien dire, de lui en laisser le soin ; elle est plus en état que moi de vous faire l’ouverture de cette affaire. Ne soyez pas impatiente, Emma, cela ne viendra que trop tôt. »

« Me faire une ouverture à moi, s’écria Emma, s’arrêtant terrifiée, grand dieu ! M. Weston, dites-moi sur-le-champ. Il est arriva quelque chose de sinistre sur la place Brunswick. Qui cela regarde-t-il ? Par tout ce que vous avez de plus sacré, ne me cachez rien. »

« En vérité vous vous trompez ! »

« M. Weston, pas de plaisanterie. Considérez combien j’ai d’amis dans la place Brunswick, dites-moi à l’instant ce qui en est. »

« Sur ma parole, Emma. »

« Sur votre parole, pourquoi pas sur votre honneur ! Pour quelle raison ne dites-vous pas sur votre honneur, que l’affaire en question n’a rien de commun avec eux ? Juste ciel ! Quelle ouverture peut-on me faire qui ait quelque rapport avec aucun membre de cette famille ? »

« Sur mon honneur, dit-il, très-sérieusement, il n’y en a point. Cette affaire ne regarde en rien aucun individu de la famille Knightley. »

Emma reprit courage et continua à marcher.

« J’ai eu tort, continua-t-il, de vous parler d’ouverture, je n’aurais pas dû me servir d’une pareille expression. Dans le fait, cette affaire ne vous regarde pas du tout : elle ne regarde que moi seul. Du moins nous espérons… Hem ! Enfin, ma chère Emma, vous n’avez aucun sujet de vous alarmer. Je ne dis pas que cette affaire ne soit très-désagréable ; mais elle aurait pu être plus mauvaise. Si nous marchons un peu vite, nous arriverons bientôt à Randalls. »

Emma vit qu’il fallait attendre ; la chose n’était plus difficile, ainsi elle ne fit plus de questions, elle s’abandonna à son imagination qui lui suggéra bientôt que ce pouvait être une affaire d’argent, qui venait de se découvrir, et qui affectait les intérêts de la famille ; quelque chose que le dernier événement de Richemont avait probablement mis au jour. Son imagination travaillait activement. C’était peut-être une demi-douzaine d’enfans illégitimes, et le pauvre Frank déshérité. Tout cela, quoique peu désirable, ne la tourmentait pas beaucoup, et ne lui inspirait que de la curiosité.

« Qui est-ce ce monsieur qui est à cheval ? » dit-elle. Faisant cette question pour aider M. Weston à garder son secret, plutôt que par envie de savoir qui il était.

« Je ne sais pas, un des Otway, ce n’est pas Frank, je vous assure. Vous ne le verrez pas, il doit être à présent à moitié chemin de Windsor. »

« Vous avez donc vu votre fils ? »

« Oh ! oui, vous n’en saviez rien ? Mais c’est égal. » Il garda un moment le silence, puis ajouta avec réserve :

« Oui, Frank est arrivé ce matin uniquement pour nous demander comment nous nous portions. »

Ils marchèrent d’un bon pas et arrivèrent peu après à Randalls. « Eh bien ! ma chère, dit-il en entrant dans la salle, je l’ai amenée, je me flatte que vous serez dans peu beaucoup mieux. Je vous laisse ensemble. Dépêchez-vous, le retard ne vaut rien. Si vous avez besoin de moi, je ne serai pas loin. »

Emma lui entendit dire à sa femme, quoiqu’il lui parlât à l’oreille :

« J’ai tenu ma parole, elle n’a pas la moindre idée… »

Madame Weston avait l’air d’être si indisposée et si troublée, que l’inquiétude d’Emma en augmenta, et lorsqu’elles furent seules, elle dit avec vivacité : « Qu’avez-vous, ma chère amie ? Il vous est arrivé quelque chose de très-désagréable, à ce que je vois. Faites m’en part sur-le-champ. J’ai été dans la plus vive inquiétude depuis Hartfield jusqu’ici. Toutes deux nous n’aimons pas d’être tenues en suspens. Vous vous trouverez soulagée en me confiant vos chagrins, de quelque nature qu’ils soient. »

« En vérité, vous n’avez pas la moindre idée ? dit madame Weston, d’une voix tremblante, ne pouvez-vous pas, ma chère Emma, vous former une idée de ce que j’ai à vous communiquer. »

« Autant que cette affaire regarde M. Frank Churchill, je le crois. »

« Vous avez raison, elle le regarde, et je vais tout vous dire (reprenant son ouvrage, pour lui servir de contenance et ne pas lever les yeux.) Il est venu ici ce matin pour une affaire très-extraordinaire. Il est impossible d’exprimer notre surprise. Il est venu parler à son père sur un sujet… Pour annoncer un attachement… »

Elle s’arrêta pour reprendre haleine. Emma pensa d’abord à elle-même et puis à Henriette.

« C’est bien plus qu’un attachement, reprit madame Weston, c’est un engagement, et un engagement positif. Que direz-vous, Emma, que diront tous ses amis, toutes ses connaissances, quand on saura que Frank Churchill et mademoiselle Fairfax sont engagés l’un à l’autre, et cela depuis long-temps ! »

Emma sauta de surprise, et frappée d’horreur s’écria : « Jeanne Fairfax ! Grand Dieu ! Vous ne parlez pas sérieusement ? Vous ne le pensez pas ? »

« Votre surprise est bien légitime, reprit madame Weston, sans la regarder, et parlant avec vivacité, afin de donner à Emma le temps de se remettre, vous avez lieu d’être étonnée, mais c’est la vérité. Il y a eu un engagement solennel formé entre eux en octobre dernier, dont personne n’a eu connaissance. Cela est arrivé à Weymouth. Il n’y avait qu’eux dans le secret. Ni les Campbell, ni leurs familles respectives n’en ont rien su. Cela est si étonnant que quoique convaincue de la vérité du fait, j’ai peine à y croire. Je me flattais de le connaître. »

Emma entendait à peine ce qu’elle disait. Son esprit était partagé sur deux idées différentes. Ses conversations avec lui sur mademoiselle Fairfax, et la pauvre Henriette ; et pendant quelque temps, elle ne fit que des exclamations et demander de rechef la confirmation de ce qu’elle avait entendu.

« Fort bien, dit-elle enfin, en tâchant de se remettre, c’est une histoire à laquelle il faut que je pense au moins la moitié de la journée avant de la comprendre. Comment avoir été engagé avec elle pendant tout l’hiver. Avant qu’ils soient venus à Highbury… »

« Oui, Emma, engagé depuis le mois d’octobre. Cela m’a fait une peine horrible, ainsi qu’à son père. Nous ne pouvons excuser quelques parties de sa conduite. »

Emma réfléchit un moment, et répliqua : « Je ne veux pas prétendre cause d’ignorance, je vous entends, et je vais vous donner toute la consolation dont vous avez besoin. Je vais vous surprendre, mais bien agréablement. Sachez donc que les soins que ma rendus M. Frank Churchill, n’ont point eu l’effet auquel vous vous attendiez. »

Madame Weston leva les yeux, craignant d’avoir mal entendu ; mais la contenance d’Emma était aussi assurée que ses paroles.

« Pour que vous ayez moins de difficulté à croire à la parfaite indifférence dont je me glorifie, continua-t-elle, je vous dirai, de plus, qu’il y eut un temps, au commencement de notre connaissance, que je le trouvais à mon gré, et que j’étais disposée à m’attacher à lui ; je dis plus, je l’étais. Comment cela a cessé, je l’ignore. Heureusement cependant cela est arrivé. Il y a en vérité plus de trois mois que je ne sens rien du tout pour lui. Vous pouvez m’en croire, madame Weston, je vous dis la pure vérité. »

Mad. Weston, les larmes aux yeux, se jeta à son cou, et aussitôt qu’elle put parler, elle l’assura que rien au monde ne pouvait lui faire autant de bien que ce qu’elle venait de lui entendre dire. M. Weston sera presque aussi satisfait que moi, quand il apprendra l’assurance que vous me donnez de votre indifférence pour son fils. C’est le seul point qui nous tenait au cœur. C’était le souhait le plus ardent de nos cœurs que vous pussiez avoir de l’attachement l’un pour l’autre ; et nous étions persuadés qu’il en était ainsi. Imaginez-vous ce que nous avons souffert à cause de vous. »

« Je l’ai échappé belle, et vous, ainsi que moi, devons en être aussi contentes que j’en suis étonnée. Mais cela ne l’acquitte pas, et je dois dire que je le crois très-blâmable. De quel droit est-il venu parmi nous, étant engagé, se conduire de manière à faire croire qu’il était parfaitement libre ? Quel droit avait-il de chercher à plaire, et il a réussi, et de distinguer une jeune personne par des attentions suivies, comme il a fait, tandis qu’il était engagé à une autre ? Comment ne prévoyait-il pas le mal qu’il pouvait faire ? Était-il sûr que je ne l’aimerais pas ? Il s’est en vérité fort mal conduit. »

« D’après quelque chose qu’il a dit, ma chère Emma, j’ai lieu d’imaginer… »

« Et comment pouvait-elle supporter une pareille conduite ! Quelle tranquillité d’âme ! Regarder sans s’en ressentir, les attentions suivies qu’on rendait devant elle à une autre femme ; c’est un degré de douceur que je ne comprends pas, et dont je ne fais aucun cas. »

« Ils étaient brouillés, Emma, il nous l’a dit. Il n’a pas eu le temps de nous donner des détails. Nous ne l’avons eu qu’un quart-d’heure, et dans une telle agitation, que nous avons perdu partie de ce court espace de temps ; mais il a positivement assuré qu’il y avait eu un mal-entendu entre eux. C’est ce qui a amené cette crise, et probablement que leur brouillerie venait de la conduite peu mesurée qu’il a tenue. »

« Peu mesurée ! Oh ! madame Weston, l’épithète est douce. Il en mérite une beaucoup plus sévère. Je ne saurais vous dire combien il a perdu dans mon esprit. Cela ressemble si peu à ce qu’un homme doit être. Rien de cette intégrité innée, de cet amour pour la vérité et les principes ; rien de ce souverain mépris pour les petitesses et les ruses, dont un galant homme doit se faire honneur dans toutes ses actions. »

« Maintenant, Emma, je dois le défendre ; car quoiqu’il ait eu tort en cela, il y a assez long-temps que je le connais pour répondre qu’il possède beaucoup de bonnes qualités ; et… »

« Bon Dieu ! s’écria Emma, qui ne l’écoutait pas, madame Smallridge aussi ! Jeanne sur le point d’aller chez elle en qualité de gouvernante ! Quelle marque de délicatesse ! de permettre qu’elle ait pensé à adopter une pareille mesure, même de souffrir qu’elle y songeât ! »

« Ma chère Emma, il l’ignorait absolument. Sur cet article, il n’est pas coupable. C’est elle qui a pris cette résolution sans la lui communiquer, ou si elle l’a fait, ce n’était que très-indirectement. Ce n’est que d’hier qu’il a eu connaissance de ses projets, par quelque lettre ou message ; et c’est positivement ce qui l’a engagé à se déclarer sur-le-champ, de tout avouer à son oncle, de réclamer ses bontés, pour mettre fin à une aventure qui était cachée depuis si long-temps. »

Emma commença à mieux entendre.

« J’attends une lettre de lui sous peu de jours, continua madame Weston ; il me dit, en partant, qu’il m’écrirait bientôt, et promit de me donner des détails qu’il n’était pas en son pouvoir, vu le peu de temps qu’il avait à rester, de me communiquer alors. Il faut donc attendre cette lettre. Elle pourra atténuer ses torts ; elle rendra sans doute intelligibles et excusables des choses que nous ne comprenons pas, et qui nous paraissent condamnables à présent. Ne nous pressons donc pas de le juger sévèrement ; ayons un peu de patience. Je ne puis m’empêcher de l’aimer, et maintenant que je suis débarrassée du poids énorme qui m’accablait, je désire ardemment que l’affaire réussisse, et j’ose même l’espérer. Ils doivent avoir beaucoup souffert tous les deux d’un pareil système, qui les a forcés si long-temps à cacher le secret de leurs engagemens. »

« Il ne paraît pas, reprit séchememt Emma, qu’il ait beaucoup souffert. Hé bien, comment M. Churchill a-t-il pris la chose ? »

« Très-favorablement pour son neveu. Il a donné son consentement sans presque faire de difficultés. Que d’événemens dans cette famille en une seule semaine ! Tant que la pauvre madame Churchill eût vécu, je ne suppose pas qu’elle eût jamais donné son consentement, et à peine est-elle dans la tombe, que son mari se conduit tout différemment qu’elle n’eût fait. Qu’il est heureux que son injuste influence ne lui ait pas survécu. Qnant à lui, Frank a eu très-peu de peine à lui persuader de donner son consentement.

« Ah ! se dit Emma à elle-même, il l’eût aussi donné pour Henriette. »

« Cette affaire fut arrangée hier au soir, et Frank est parti au point du jour ce matin. Je suppose qu’il s’est arrêté quelque temps à Highbury ; de là il est venu chez nous ; mais il avait une telle hâte d’aller rejoindre son oncle, auquel il est plus nécessaire que jamais, que, comme je vous l’ai dit, il ne nous a donné qu’un quart-d’heure. Il était dans une agitation extraordinaire, et si forte, qu’il était à peine reconnaissable. Ce qui lui avait causé les plus vives douleurs, ce fut de la trouver dans le pitoyable état où elle est ; il n’avait pas la moindre idée qu’elle fût malade. Oh ! ma chère Emma, il a horriblement souffert. »

« Et vous êtes bien persuadée que cette affaire a été conduite de la manière la plus secrète, et que les Campbell et les Dixon n’ont eu aucune connaissance de leur engagement ? »

Emma ne put prononcer le nom de Dixon sans rougir un peu.

« Personne au monde. Il a assuré qu’âme qui vive n’en a jamais rien su qu’eux deux. »

« À la bonne heure, dit Emma, il faudra bien se faire à cette idée-là ; je leur souhaite toute sorte de bonheur ; mais je penserai toujours qu’il s’est conduit de la manière la plus détestable. Ce système annonce la fraude et l’hypocrisie, l’espionnage et la trahison. Venir parmi nous avec l’apparence de la candeur et de l’ingénuité, et avoir formé entre eux une ligue pour nous éprouver tous ! c’est abominable ! Pendant tout l’hiver et tout le printemps, nous avons été trompés, nous croyant de pair en vérité et en honneur, avec deux personnes au milieu de nous, qui se sont établies juges de nos sentimens, de notre façon de penser sur elles deux, et qui ont pu se communiquer des paroles que nous n’avions pas intention de leur faire connaître. Tant pis pour elles, si elles ont entendu quelque chose de désagréable ! »

« Quant à moi je ne le crains pas, car je n’ai jamais dit à l’une ce que j’aurais voulu cacher à l’autre. »

« Vous êtes fort heureuse, car la petite méprise que vous fîtes de soupçonner qu’un certain monsieur de nos amis était amoureux de la demoiselle n’a été connue que de moi seule. »

« Vous avez raison, mais j’ai toujours eu bonne opinion de mademoiselle Fairfax ; je n’aurais jamais pu rien dire contre elle : et si j’avais dit du mal de lui ; je ne courais pas grand risque. «

En ce moment, M. Weston parut à quelque distance de la fenêtre, il paraissait aux aguets. Sa femme lui fit signe d’entrer, et pendant qu’il prenait le chemin de la porte, madame Wceston dit : « Ma chère Emma, ayez la bonté de dire, soit par votre contenance, soit par vos discours, tout ce qui pourra le mettre à son aise sur ce mariage. C’est ce qu’il y a de mieux à faire. L’on ne peut rien dire contre mademoiselle Fairfax. Ce n’est pas une alliance dont on puisse tirer vanité, mais si M. Churchill s’en contente, de quel droit le trouverions-nous mauvais ? Cette circonstance d’ailleurs peut être très-avantageuse à Frank, il est fort heureux pour lui de s’être attachée une fille d’un caractère aussi ferme et d’un jugement aussi solide, ce sont les qualités que j’ai toujours reconnues en mademoiselle Fairfax, qualités que je lui reconnais encore malgré la faute qu’elle a commise. Je pense d’ailleurs que la situation dans laquelle elle se trouvait, atténue en quelque sorte cette faute. »

« Je pense comme vous, s’écria Emma, avec sensibilité, si l’on peut excuser une femme qui ne pense qu’à elle-même, c’est sans doute à celle qui se trouve dans la position de Jeanne Fairfax. D’elle on peut presque dire, comme elle n’a rien dans ce monde, elle ne doit pas être sujette à ses lois. »

Emma fut à la rencontre de M. Weston, avec un agréable sourire sur les lèvres, et en s’écriant : « C’est un très-joli tour, en vérité, que celui que vous m’avez joué. C’était pour éprouver sans doute jusqu’à quel point j’étais curieuse, ou me forcer d’exercer mes talens dans l’art de deviner. Vous m’avez causé un effroi mortel ; j’ai véritablement cru que vous aviez perdu la moitié de votre fortune, et au lieu de vous faire des complimens de condoléances, je dois au contraire vous féliciter. C’est ce que je fais de tout mon cœur, sur la flatteuse perspective que vous avez d’être bientôt le père d’une des plus charmantes filles de toute l’Angleterre, et l’une des plus accomplies. »

Un coup d’œil ou deux entre le mari et la femme lui firent connaître que tout allait bien, qu’il pouvait ajouter foi à ses paroles, ce qui fit sur lui un effet surprenant ; il recouvra sa voix et sa gaîté ordinaires, il lui prit affectueusement les mains, et parla comme un homme auquel il ne fallait qu’un peu de temps et de persuasion pour être convaincu que ce mariage n’était pas si mauvais. Sa compagne n’employa que des palliatifs en parlant de l’offense, ne présenta que de faibles objections ; et lorsqu’ils eurent bien discuté l’affaire en s’en retournant à Hartfield, il était tout à fait réconcilié avec les deux coupables ; peu s’en fallut même qu’il ne pensât que c’était la meilleure chose possible pour Frank Churchill.



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