Petites Études : La Lanterne magique
G. Charpentier, éditeur (p. 55-56).
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Troisième douzaine


XXXIV. — LUXURE

En quête d’émotions extraordinaires, le vieux sadique Picharles se promène autour du Mont-de-Piété, dans la rue des Blancs-Manteaux, sachant bien que là viennent aboutir des proies étranges. Il est terrible à voir sous son costume de parfait dandy, car les Vices hyperphysiques ont tordu sa bouche en pâle rictus, et sur son visage d’une couleur inconnue, auquel la perruque ne consent pas à s’associer, supprimé toute trace de barbe, de sourcils et de cils. Une femme belle, jeune, élégamment vêtue, sort du Mont-de-Piété, livide, chancelante et les traits horriblement convulsés. Elle tient à la main un paquet fait à la hâte, mal enveloppé dans un journal, dont les plis et les cassures accusent, sans doute possible, les écrans qu’il renferme. Pour ne pas reconstituer le drame, il faudrait n’avoir même pas lu Balzac !

Il est évident que cette femme mal mariée a un amant, et que cet amant est un joueur, car le Jeu seul fait de tels ravages, non seulement sur son serviteur attitré, mais sur tous ceux qui l’approchent. L’amant a perdu, il faut qu’il paye ou qu’il meure ; la femme désolée cherche l’argent ; elle est allée chez Gobseck et chez Gigonnet qu’elle n’a pu attendrir ; le Mont-de-Piété non plus n’a pas consenti à prêter la somme suffisante, et ne pouvant sauver l’homme qu’elle adore, la malheureuse amante ne trouve rien de mieux que de mourir avec lui. Elle marche d’un pas fou, comme si elle avait été assommée par un coup de massue ; mais au moment où elle remonte dans le fiacre qui l’a amenée, le sadique s’approche de la portière encore ouverte, et regardant la femme bien en face, avec ses pâles yeux mystérieux :

— « Moi, lui dit-il d’une voix rauque, je puis vous donner l’argent ! »