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Alphonse Lemerre, éditeur (p. 3-16).
LA GLOIRE DE LAMARTINE




ODE DRAMATIQUE




La scène représente le temple de la Gloire. — Le buste de Lamartine voilé est au milieu du théâtre. Autour du buste sont groupés les héros qu’a célébrés le poëte et les types qu’il a créés. La Muse de la Poésie, des palmes à la main, se tient seule sur le devant de la scène.



Scène Première



la muse

Peuple, je suis la Muse, et je viens aujourd’hui
Devant toi, qu’un regret unanime rassemble,
Pleurer sur Lamartine et le parler de lui
Afin que nous pleurions ensemble.

Maintenant que la tombe est close sur son front,
Nos voix doivent s’unir et proclamer sa gloire
Immortelle et sacrée, afin que nul affront
Ne puisse atteindre sa mémoire,

Et, parmi ces grands noms, qui dans l’azur vermeil
Sur le monde ébloui répandent leur lumière,
Que son nom brille aussi, comme un nouveau soleil,
Près de Virgile et près d’Homère.

Car il fut grand. C’est lui qui dans ces jours de deuils
Où la pensée humaine expirait étouffée,
Pour ranimer les morts blêmes dans leurs cercueils
Se leva comme un autre Orphée.


C’est lui qui, modulant ces accords inconnus,
Plaintes des flots, échos des bois, concerts des anges.
Faisait naître les fleurs parmi les rochers nus
Et les candeurs parmi les fanges.

Il chanta la nature immortelle ; l’amour
Embaumé, radieux et pur à son aurore,
Comme sur les coteaux, quand apparaît le jour,
Les beaux fruits que le soleil dore.

Mais au souffle vainqueur des grandes passions,
Quand sa lyre exhalait ses notes douloureuses,
Sur le lac azuré des Méditations,
Ou sur les collines ombreuses,

Alors, tout se taisait pour écouter sa voix ;
Les ondes, les forêts apaisaient leurs murmures,
La brise interrompait sa plainte au fond des bois,
L’oiseau son chant dans les ramures.

Ou bien, se souvenant des coteaux de Milly,
Gravement, comme on fait pour une confidence,
Il parlait de sa mère, au front déjà pâli,
Et des rêves de son enfance.

Comme le matelot qui remonte le cours
D’un fleuve reflétant ses rives dans son onde,
Son hymne s’élevait et remontait toujours
Vers Celui qui créa le monde.

Il sonda l’Éternel et son immensité.
Le nom de Jéhovah remplit ses harmonies,
Et, dans son vers nombreux, vibra répercuté
Le chant des sphères infinies.

Puis, descendant du ciel vers les terrestres bords,
Calmant les désespoirs et dissipant les craintes,
Il connut, Liberté ! mère des peuples forts,
Tes chastes et mâles étreintes.


Il disait : « L’homme doit lutter contre l’erreur,
Se dévouer ; et puis, sa tâche terminée,
Se reposer le soir, comme le laboureur,
Quand il a fini sa journée.

» Aussi, quand vint le jour de sa rénovation,
Il parut, le front ceint d’une pure auréole,
Et faisant bouillonner devant la nation
Le flot puissant de sa parole.

Maintenant qu’il n’est plus, ô vous qui m’entourez,
Héros qu’il a chantés ou fils de sa pensée,
Apportez les lauriers du triomphe et pleurez
Autour de sa lyre glacée.


À ce moment le buste du poëte est découvert, et les personnages, se détachant du groupe, viennent se placer, suivant les scènes, sur le devant du théâtre.



Scène Deuxième

DAVID, SOCRATE



david

Le roi David, au nom des poètes sacrés,
Vient unir ses accords à vos chants inspirés.


socrate

Des lauriers à la main, comme pour une fête,
Socrate vient aussi rendre hommage au poëte.


david

Avant tout, gloire à Dieu, devant qui l’univers,
Comme la feuille errante aux souffles des hivers,
Ou comme un grain de sable au fond des mers profondes,
N’est qu’un point dans l’espace où fourmillent les mondes.
Lui seul est bon ! Lui seul est fort ! Lui seul est grand !
Le vent de son courroux brise le conquérant
Ainsi qu’un brin de mousse arraché de sa tige ;
Et l’homme, devant lui, se sent pris de vertige.


socrate

Oui, je confesse un Dieu, plus grand que tous nos dieux.
Unique, rayonnant de gloire au fond des cieux,
Et que notre œil devine au delà du mystère.
C’est Lui qui créa tout, le ciel, l’onde, la terre,
Et l’homme avec une âme immortelle.
C’est Lui Qui devant moi soudain, comme une flamme, a lui ;
Et, regardant la mort comme une délivrance,
J’ai bu le noir breuvage en criant : Espérance !


david

Au souffle tout-puissant de l’inspiration
J’entends vibrer encor la harpe de Sion,
Et des concerts divins ont frappé mes oreilles.
Le Seigneur vous choisit pour chanter ses merveilles,
Poètes, et vos vers, aux suaves accens,
Aux pieds de l’Eternel montent comme l’encens.


socrate

Par un beau soir d’été, quand le soleil se plonge
Tout en feu dans la mer, n’est-ce pas un doux songe
Que mourir ? ou plutôt n’est-ce pas un réveil
Dans un autre pays tout brillant de soleil ?
Grand poète, ton front glacé se décolore,
Mais pour toi le trépas est une grande aurore.



Scène Troisieme

GRAZIELLA, ELVIRE



graziella.

Je suis son premier rêve et sa Graziella !
Aux pieds du Pausilippe, aux bords de Procida,
Où rêve la mer de Sorrente,
Dans le petit jardin qu’ombrage l’oranger,
Heureuse, j’écoutais la voix de l’étranger,
Comme une source murmurante.


Tout chantait près de nous. Dans le calme et l’oubli
Les heures s’écoulaient. Pensif et recueilli,
Il prononçait de douces choses.
Les oiseaux paraissaient l’écouter en l’aimant,
Et la brise de mer inclinait doucement
Les figuiers et les lauriers-roses.

Pour lui plaire, j’avais des pendants de corail,
Des bijoux ciselés où scintillait l’émail,
Et mes habits de Procitane ;
Mais lui me souriant, disait : « Tous les trésors
Ne valent pas vos yeux. » Et j’étais fière alors
Et riche comme une sultane.

Oh ! que sa voix était sonore, et que j’aimais
Ses beaux cheveux bouclés, son grand front où jamais
Ne passait l’ombre d’un nuage.
L’entendre ainsi, le voir, accompagner ses pas,
C’était trop de bonheur pour une enfant. Hélas !
Il dut quitter notre rivage.



elvire

Elvire, dont le nom vibrait comme un accord
Dans ses vers pleins de douce et rêveuse tendresse,
Se rappelle ces chants qu’a respectés la mort,
Ces chants de bonheur et d’ivresse.

Le soir, lorsque la lune argente le vallon,
Lorsque des feux lointains s’allument dans la plaine.
Lorsque le laboureur trace un dernier sillon
Et que le vent n’a plus d’haleine ;

À cette heure de calme et de recueillement
Où l’on entend passer comme un adieu suprême,
Rêveur, il écrivait mélodieusement
Son mélancolique poème.

Et Phoebé radieuse et les astres des nuits,
Dans l’azur suspendant leur course vagabonde,
Comme dans un miroir, scintillaient reproduits.
Dans son ode claire profonde.


Ou bien, c’était la plainte ineffable des flots,
Les soupirs de la brise ou les accords des rames,
Que son vers exprimait avec de longs sanglots
Qui retentissaient dans les âmes.

Mais, soit qu’il méditât au penchant du vallon,
Soit qu’il chantât l’amour et ses ardentes fièvres,
Elvire était mêlée à son rêve, et son nom
Revenait toujours sur ses lèvres.


graziella

Un jour, il nous quitta, disant : Je reviendrai.
Et, loin de lui, la mort m’emporta sur son aile.
Mais sa gloire a vaincu la mort, et je vivrai
Autant que son œuvre immortelle.



elvire

Tes vers, divin Pétrarque, ont vaincu le trépas.
Et les eaux de Vaucluse, en murmurant tout bas,
Répètent le doux nom de Laure.
Ô Tasse ! si tes chants ont rendu tes amours
Éternels comme toi, mon nom vivra toujours
Comme celui d’Eléonore.



Scène Quatrième

CÉDAR, DAÏDHA



cédar

Dans ces temps primitifs où le monde naissant,
Chef-d’œuvre que d’un mot créa le Tout-Puissant,
Jouissait d’un bonheur sans tache et sans mélange,
Cédar, heureux et pur, ouvrait ses ailes d’ange.
Mais bientôt les mortels, vaincus par leurs désirs,
Oubliant Dieu lui-même au milieu des plaisirs,

Connurent la douleur, l’esclavage et la haine.
Les anges gémissaient sur la misère humaine
Et venaient protéger les faibles. Moi, j’errais
À travers les sentiers tortueux des forêts,
Où la liane pend en nœuds inextricables.
Sous les cèdres, sous les palmiers, sous les érables,
Je détournais le bras levé de l’ennemi,
Prêt à frapper l’enfant sur la mousse endormi,
Ou bien je délivrais l’esclave de ses chaînes.

Un soir, près d’un ruisseau bruissant sous les chênes,
J’aperçus Daïdha, dormant son pur sommeil.
Cette fille de l’homme, au front jeune et vermeil,
Etait si belle ainsi, reposant innocente
Sur ce tapis de fleurs, comme une fleur vivante ;
Quand elle s’éveilla, son sourire et sa voix
Me parurent si doux et si purs à la fois,
Que j’oubliai soudain les sphères éternelles.
L’amour remplit mon être et je perdis mes ailes.


daïdha

Oh ! comme Daïdha t’aimait ! Mais notre amour
Maudit par le Seigneur, hélas ! n’eut qu’un beau jour.
Je parcours le chemin de nos longues misères.
Je te revois sanglant, enchaîné par mes frères ;
Pour garder leurs troupeaux exilé sur les monts,
Seul, cherchant un abri dans les antres profonds.
Je vois nos deux enfants découverts sur la mousse ;
Ton effroi, la tribu qui crie et se courrouce
En demandant leur mort ; mes frères irrités,
Après avoir lié tes bras ensanglantés,
Féroces, te jeter dans les eaux écumantes ;
Ton retour, ta victoire et les heures charmantes
De liberté, de calme et d’amour dans les bois,
Lorsque nous fûmes seuls pour la première fois ;
Puis l’aigle qui ravit nos enfants ; notre marche
À travers les rochers aigus ; le patriarche
Radieux dans sa grotte, et couvrant de baisers
Nos deux fils qu’à ses pieds l’aigle avait déposés ;
Enfin, notre séjour chez les peuples qu’opprime
Nemphed, géant plongé dans la honte et le crime,

Et, puisque les mortels sont créés pour souffrir,
Le désert sans limite où nous devions mourir.



cédar

Oui, l’homme cherche en vain le bonheur sur la terre ;
Et celui dont l’esprit entrevit le mystère
Des âges primitifs, et qui, par ses accords,
Sut ranimer les os blanchis des peuples morts,
Peindre les grands aspects du monde à sa naissance,
Les végétations énormes, la puissance
Des éléments nouveaux se déchirant entre eux,
A voulu, dans ses vers sombres et douloureux,
Où vient se refléter sa tristesse profonde,
Montrer que le bonheur est banni de ce monde.



Scène Cinquième

RAPHAEL, JULIE, LAURENCE, JOCELYN


raphael

Raphaël et Julie, et vous, âmes de feu,
Laurence et Jocelyn, maintenant purs et calmes,
Ensemble nous venons, dans un dernier adieu,
À ses pieds déposer nos palmes.

Car il créa pour nous un amour idéal,
Victorieux des sens, une union des âmes
Sereine et blanche comme un rêve matinal,
Vive et pure, comme deux flammes.

Grand poète, mon cœur ardent s’est reflété
Dans cette œuvre inspirée où tu m’as fait revivre,
Et ton cœur apparaît, dans sa limpidité,
À chaque page de ton livre.

Je revois la maison paisible où je t’aimai,
Julie ! Et son étroit jardin plein de mystère,
Le sentier dans les bois, le vallon embaumé
Où j’étais au ciel sur là terre.


Et ce lac transparent, avec ses matelots,
Ses barques se mirant dans l’onde recueillie,
Et je songe aux pêcheurs luttant contre les flots,
Le soir où je sauvai Julie.


julie

Ô lac ! tu nous berças bien souvent sur tes flots.
Bien souvent, s’unissant aux soupirs de ton onde,
Nos cœurs se répondaient, ainsi que deux échos,
Loin des soucis du monde.

Et j’écoutais ta voix si tendre, Raphaël,
Et tu disais : « Le ciel est pour nous sans nuage.
Mais pourquoi ce moment n’est-il pas éternel ?
Pourquoi faut-il encor regagner le rivage ?

Aimons-nous ; aimons-nous. Ô temps ! suspends ton cours.
Laisse durer toujours l’heure qui nous rassemble ;
Et, pour que rien d’humain n’altère nos amours,
Mourons, mourons ensemble. »

Ces paroles de feu que l’amour inspira
Ont laissé dans les cœurs une trace profonde,
Et bien longtemps encor l’homme répétera,
Ô lac harmonieux, les accords de ton onde.


laurence

Grotte des aigles ! Pics neigeux ! Glaciers ! Torrents !
Où Jocelyn guidait mes pas à l’aventure !
Notre âme se mêlait à tes flots murmurants,
À tes parfums, à tes chansons, grande nature !

Nous allions, contemplant ces chefs-d’œuvre de Dieu,
Et nos voix s’unissant trouvaient des mélodies,
Pour célébrer les rocs de glace, le ciel bleu,
Et les montagnes reverdies.

Jours heureux ! Je marchais, m’appuyant sur ton bras.
Je sentais ton amour éclore dans ton âme,
Et tu me souriais ; car, tu ne savais pas
Que Laurence était une femme.


Ce rêve de jeunesse, hélas ! n’eut qu’un matin,
Et quand je songe au soir, je rougis de moi-même.
Le doute, le remords, la honte, le chagrin
Devaient me torturer jusqu’au moment suprême.


jocelyn

Ô tendre confident de mes longues douleurs,
Lamartine, ta voix a chanté mon martyre.
Tu créas un poëme immense avec mes pleurs,
Et mon sanglot devint un accord sur ta lyre.

Tout ce que j’ai senti, tout ce que j’ai souffert,
Dans tes vers inspirés tu l’as fait transparaître,
Et ton génie a mis mon cœur à découvert,
Mon cœur, volcan profond sous ma robe de prêtre.

Sacrifice, devoir, lutte, renoncement !
Telle est la destinée humaine, et j’ai dû vivre
Solitaire, Laurence, et te fuir en t’aimant,
N’ayant qu’un seul espoir, la mort qui nous délivre.

Ô toi qui sus te vaincre et te sacrifier
Et lutter sans repos, Lamartine, ô mon frère,
Je t’apporte en pleurant ces branches de laurier,
Au nom des cœurs brisés qui souffrent sur la terre.



Scène Sixième



geneviève

Grand poëte, voici les fleurs
Que Geneviève, humble servante,
Vient vous offrir avec ses pleurs. —
Bien qu’elle ne fût pas savante,

Votre regard plein de bonté
Lisait dans son âme ravie,
Et votre plume a raconté
La simple histoire de sa vie.


Le peuple est fier et généreux,
Disiez-vous, le beau le transporte.
Travaillons pour le rendre heureux ;
Car son âme est sensible et forte.

Le marin, perdu sur les flots,
Est grand, en face de l’orage.
L’ouvrier peut être un héros,
Et le cultivateur un sage. —

Ainsi vous parliez. — Aujourd’hui
Le peuple vous aime et vous pleure.
Car vous avez vécu pour lui,
Luttant jusqu’à la dernière heure.



Scène Septième

BARBAROUX, CHARLOTTE CORDAY, TOUSSAINT-LOUVERTURE



barbaroux

Lamartine, salut ! au nom de ces héros,
Modèles de vertu civique,
Qui livrèrent sans peur leurs têtes aux bourreaux
En bénissant la République,

Barbaroux vient t’offrir ces lauriers. — Oui, je viens,
En proclamant les droits de l’homme,
Dire que tu fus grand comme les citoyens
D’Athènes, de Sparte et de Rome.

Nos descendants verront, dans ton livre immortel,
Les fiers enfants de la Gironde,
Montant sur l’échafaud, comme sur un autel,
Et mourant pour sauver le monde ;

Et, brisant les liens qui les chargent encor,
En imitant ces grands exemples,
Ils sauront préparer le nouvel âge d’or
Pour l’avenir que tu contemples.


charlotte corday

Maintenant que l’histoire a jugé leur trépas,
Oublions nos colères.
Parlons d’eux en pleurant. Mais ne réveillons pas
Les haines populaires.

Parfois la destinée a frappé l’innocent ;
Mais sa mort est utile.
Le sol de la patrie, inondé de leur sang,
Est devenu fertile.

L’Égalité germa. L’arbre de Liberté
Fleurit à sa naissance,
Et les vastes rameaux de la Fraternité
Ombragèrent la France.


toussaint-louverture

Lamartine, ton cœur sensible et généreux,
Comme une iniquité, flétrissait l’esclavage.
Tu pleurais en voyant, sur un lointain rivage,
Souffrir un peuple malheureux.

Et ta voix s’élevait, imposante et sublime,
Et tu disais : Les blancs sont les frères des noirs ;
Les noirs ont comme nous des droits et des devoirs,
Et malheur à qui les opprime !

Aussi je te bénis, car ces cris de ton cœur
Ont fait vibrer là-bas de généreuses fibres.
Après de longs combats, les esclaves sont libres,
Et le droit de l’homme est vainqueur.

Parfois au milieu des ténèbres
D’une noire et profonde nuit,
Dissipant les ombres funèbres,
Soudain un météore luit.
En le voyant, l’oppresseur tremble ;
La foule joyeuse s’assemble ;

L’astre étincelle dans les cieux ;
Sa lumière apaise les haines ;
Les esclaves brisent leurs chaînes,
Et les peuples vivent heureux.


charlotte corday

Oui, quand avec des cris de rage
Le peuple entre en éruption,
Et que, sombre comme un orage,
Gronde la révolution,
Il faut que des hommes sublimes
Tombent, innocentes victimes,
Sous les coups aveugles du sort.
Comme eux, exposant ta poitrine
Tu te dévouas, Lamartine,
Et ta lyre a chanté leur mort.


barbaroux

Gloire à lui ! De sa voix puissante
Il contint le peuple irrité,
Et la République naissante
Proclama la Fraternité ;
Et quand il dit : « Malheur au lâche
Qui voudrait, ô drapeau sans tache !
Souiller ton éclat glorieux ; »
La France vit, comme une aurore,
Briller le drapeau tricolore
Sur Paris calme et radieux.



Scène Huitième



la fille du poete

Et moi je veux aussi rendre un dernier hommage
À celui qui n’est plus. Ô mon père, reçois
Ces palmes que je viens t’offrir, comme autrefois
Je t’apportais des fleurs sur un lointain rivage.


Oh ! les beaux jours brillants de joie et de soleil,
Où le matin faisait éclore ses tendresses !
Comme il me prodigua le miel de ses caresses,
Comme il sut me bercer pour le dernier sommeil !

Ô père bien-aimé ! Génie inépuisable !
La France a proclamé ta gloire en t’admirant.
Mais seule, j’ai connu ton cœur sensible et grand,
D’où la source d’amour coulait intarissable.



Scène Neuvième



la muse

Enfant, calme tes pleurs, et vous, quittez le deuil.
Le trépas du poëte est sa grande victoire.
Du Panthéon céleste il a franchi le seuil ;
Son nom appartient à l’histoire.

Son œuvre, grandiose en sa diversité,
Vaste comme la mer et comme elle profonde,
Contient tout : l’infini, l’ange, l’humanité ;
Et sa gloire éclaire le monde.

Voyez étinceler ses rayons éclatants ;
Car pour le créateur de ce poëme immense,
L’immortalité luit sans le secours du temps,
Et la postérité commence.