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La Culture de la Betterave, ses avantages

LA CULTURE DE LA BETTERAVE
SES AVANTAGES.

Après la récolte de pommes de terre, qui s’est faite dans de bonnes conditions, arrive celle des betteraves, qui n’est pas moins importante, aujourd’hui surtout, que les fabriques de sucre se créent dans le centre de la France. Au point de vue agricole, c’est un fait très-heureux pour les départements du centre que l’extension de la culture de la betterave.

Elle nécessite des labours, des binages, des engrais, elle amène les cultures intensives et toutes les heureuses conséquences qui ont été si bien exposées par Morel-Vindé. Le premier, il a posé comme principe : 1° que la culture de la betterave et la fabrication de son sucre remplissent toutes les conditions nécessaires pour l’adoption générale d’une plante sarclée dans tous nos systèmes culturaux ; 2° que le perfectionnement de notre agriculture sera la suite certaine de la plus grande extension donnée à cette culture et à cette fabrication.

La betterave industrielle ou sucrière, ainsi que la pratique a permis de le constater depuis 30 ans, possède les avantages suivants : elle permet d’utiliser très-avantageusement les jachères, qui restent complètement improductives pendant une année, lorsque les terres sont de qualité ordinaire et non arides ; elle remplace très-économiquement dans le nettoiement du sol par les binages qu’elle exige les terres jachérées qu’on laboure et herse à diverses reprises, dans le but de supprimer ces myriades de plantes nuisibles dont la couche végétale recèle dans son sein ou les semences ou les racines vivaces ; enfin qu’elle soit utilisée dans une sucrerie ou dans une distillerie établie suivant le système de M. Champonnois, elle fournit une pulpe qui, bien employée, permet avec profit l’élevage, l’entretien ou l’engraissement des bêtes bovines ou ovines.

M. Gustave Heuzé fait observer dernièrement avec raison que, dans la plupart des assolements modernes en usage dans la région septentrionale de la France, la betterave est placée généralement en tête de la rotation, c’est-à-dire sur la sole fumée ; quand elle occupe une seconde et parfois une troisième sole pendant la durée de l’assolement, elle suit une céréale ou une plante industrielle. C’est par exception qu’elle est précédée par elle-même, c’est-à-dire qu’elle est cultivée deux fois de suite sur la même sole. Toutes choses égales, d’ailleurs, elle ne revient pas sur le même champ pendant la durée de sa rotation, sans être précédée par un engrais quelconque.

On s’est demandé si cette plante exerce réellement une influence favorable sur la céréale qu’elle précède dans la plupart des assolements. Cette question est non-seulement importante, mais elle emprunte à notre dernière récolte une certaine actualité, car cette année, les blés sur betterave ont parfaitement réussi. La betterave joue le rôle d’une plante sarclée et l’on sait que quand la récolte nettoyante ou sarclée comme les choux, les rutabagas, en laissent la terre libre très-tardivement, c’est-à-dire en décembre, janvier, février et mars, on ne peut les faire suivre avec succès que par une céréale de printemps : froment, orge ou avoine, ou par une culture de millet, de sarrasin. C’est ainsi qu’on agit dans la Vendée et l’Anjou, en Angleterre et en Écosse.

C’était bien évidemment dans le but d’éclairer les agriculteurs sur les avantages que présente un assolement bien étudié, bien combiné, que Morel-Vindé publiait en 1822, son mémoire ayant pour titre : Observations pratiques sur la théorie des assolements, véritable plan de culture selon Yrart, qu’il est très-utile de rédiger si l’on veut passer graduellement avec toutes les précautions convenables de l’assolement triennal avec jachère, à la rotation quadriennale sans jachère.

Alors comme de nos jours, le problème à résoudre pour renoncer à la jachère morte ou à la jachère improductive était celui-ci :

Trouver une plante dont la nature exige dans le cours d’une année deux ou trois binages et dont les produits soient d’un emploi facile et utile ou d’un débit certain.

Pendant longtemps, dans divers départements, les agriculteurs qui voulurent résoudre cet important problème adoptèrent avec avantage la pomme de terre, les choux non pommés, les navets ou le rutabaga.

Le Languedoc, la Guyenne ne pouvant cultiver ces divers plants sur de grandes étendues par suite de la sécheresse de leur climat, conservèrent le maïs ou blé de Turquie comme plante sarclée ou nettoyante. C’est d’abord dans la région du Nord que la betterave à sucre a permis d’abandonner la jachère et d’obtenir des céréales productives sur des terres exemptes, pour ainsi dire, de plantes indigènes ou nuisibles.

L’admirable découverte du sucre dans la betterave est dans notre économie nationale une de ces révolutions heureuses et rares dont les contemporains peuvent quelquefois ne pas assez sentir le prix, mais à laquelle la postérité, comme l’a dit M. Heuzé, finira par marquer sa place parmi les grandes richesses agricoles et commerciales. Nulle autre plante ne peut présenter cet avantage de faire naître universellement sur le sol de la France une denrée de nécessité absolue qu’il fallait aller chercher au delà des mers et de donner cette denrée sans froisser d’anciennes habitudes, ni d’anciens intérêts, et par conséquent sans craindre ni cultures rivales ni produits jaloux.

Et quand on observe que la plante qui, par la production de ce sucre rend enfin possible l’amélioration universelle de l’agriculture, fournit de plus par son rendu le meilleur de tous les engrais pour les bestiaux ; quand on ajoute à cette première considération que cette même plante remplit, en outre, à tel point toutes les conditions exigées des plantes sarclées, qu’il faudrait encore la substituer à la jachère pour nettoyer nos terres quand bien même elle ne donnerait pas de si riches produits, on a raison de s’étonner que la culture et la fabrication de son sucre aient été si longtemps à se répandre, surtout en considérant combien le chiffre de la production s’est accru chaque année.

Ernest Menault.