La Cavalière/18

Société générale de librairie catholique (p. 412-416).

CONCLUSION


Le vent d’amont s’était levé avec le jusant, dispersant au loin la brume. Le ciel brillait pendant qu’une fraîche brise achevait de balayer le brouillard. La bataille était finie et les honteux soldats de mylord ambassadeur ne l’avaient pas gagnée. Le cutter le Shannon descendait le fleuve, toute voiles dehors.

Sur le pont, Jacques Stuart était entouré dû ses gentilshommes, en brillants costumes écossais. Auprès de lui, la Cavalière se tenait debout et il y avait sur son triomphe comme un voile de tristesse.

En passant au large devant la tour François Ier, le cutter hissa le pavillon royal d’Écosse, qu’il appuya de douze coups de canon.

Sur le terre-plein de la tour, quelques gentils-hommes, parmi lesquels était le capitaine de Royal-Auvergne, agitèrent leurs chapeaux. Mais les canons des remparts se turent ; depuis la mort de Louis XIV, les canons de France ne savaient plus parler qu’anglais.


L’expédition du premier chevalier de Saint-Georges, au delà de la Manche, se termina en quelque sorte avant d’avoir commencé, par suite de la jalousie inspirée par les Français qui suivaient le prétendant légitime. Un auteur a dit qu’il n’y avait qu’un homme dans l’état-major écossais du jeune roi, et il nomma Lady Mary Stuart : La Cavalière.

Les Écossais, braves comme des lions, mais hargneux et indisciplinés, se battirent, à l’ordinaire, non point tant contre les Anglais, que les uns contre les autres. Ils furent vaincus sans que les Anglais eussent besoin de s’en mêler. Jacques Stuart, retiré à Rome, épousa la princesse Marie-Casimire-Sobieska, dont il eut un fils : ce héros d’aventure, beau, vaillant, spirituel, généreux, le second chevalier de Saint-Georges qui, au moins, gagna des batailles.

La poste de Nonancourt fut tenue pendant des années par Hélène Olivat, qu’on n’appelait point Mme Nicaise, quoiqu’elle eût donné sa main au fatout. Au contraire, chacun connaissait Nicaise sous le nom « du mari de la dame Olivat, » ce qui prouve bien que l’emploi de prince conjoint n’a pas été inventé de l’autre côté de la Manche.

Après la mort de son père et de sa mère, Raoul appela au château de Combourg Hélène et son docile époux. Ainsi l’avait souhaité celle qui, près de lui, ne souhaitait jamais rien en vain, lady Mary Douglas de Glenbervie, comtesse de Châteaubriand-Bretagne, que notre Nicaise s’habitua, à la longue, à ne plus appeler la Poupette.

Le comte René de Coëtlogon et la comtesse, sa femme, née Stuart de Rothsay, demeurèrent longtemps à Rome, suivant la cour du prince exilé. Quand la guerre s’alluma pour la succession d’Autriche, René de Coëtlogon revint en France et salua « Messieurs les Anglais » à Fontenoy.

L’année suivante, le nom de la Cavalière fut prononcé une dernière fois. Une femme admirablement belle, quoiqu’elle eût dépassé les limites de la jeunesse, portait l’étendard du clan de Mac-Leod à la bataille de Prestonpans où le jeune Charles-Edouard, vainqueur, put se croire un instant roi d’Angleterre. Cette femme enleva le clan jusqu’au cœur de l’armée protestante pour dégager le Stuart que sa téméraire intrépidité avait entraîné trop avant. Stuart lui baisa la main, entouré qu’il était encore d’ennemis et la nomma « ma cousine. »

Le clan fidèle fit broder sur la bannière l’écusson de Coëtlogon de Bretagne, au-dessus du chiffre de Mary Stuart de Rothsay, comtesse de Coëtlogon avec cette légende : « Victoire de Prestonpans où la CAVALIÈRE me portait. — Le roi sauvé par Mac-Leod. ».


fin