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J. Hetzel et Compagnie (p. 161-174).


XII
CE QUI S’ÉTAIT PASSÉ.


Après le départ du lieutenant Villette pour l’oasis de Gizeb, l’ingénieur avait commencé à prendre ses dispositions pour un séjour qui pouvait se prolonger.

En effet, personne n’avait songé à suspecter Mézaki, personne ne doutait que, le soir même, Pointar et lui seraient de retour à la section avec un certain nombre d’ouvriers ramenés par le lieutenant Villette.

On ne l’a point oublié, il ne restait au kilomètre 347, en comptant M. de Schaller et le capitaine Hardigan, que dix hommes, le brigadier Pistache, M. François, quatre spahis et les deux conducteurs de chariots. Tous s’occupèrent aussitôt de préparer un campement à la lisière de l’oasis, dans le voisinage du chantier. Là furent conduits les chariots ; puis, le matériel déchargé, on dressa les tentes comme d’habitude. Quant aux chevaux, les conducteurs et les spahis leur choisirent un pâturage, où ils devaient trouver une abondante nourriture. En ce qui concerne le détachement, il avait des vivres pour plusieurs jours encore. D’autre part, il était probable que Pointar, ses contremaîtres et ses ouvriers, ne reviendraient pas sans rapporter tout ce dont ils avaient besoin, et que la bourgade de Zeribet avait pu aisément leur fournir.

D’ailleurs, on comptait bien avoir assistance aux bourgades les plus rapprochées, Nefta, Tozeur, La Hâmma. Plus tard, les indigènes, on le répète, ne pourraient rien contre cette grande œuvre des continuateurs de Roudaire.

Comme il importait que, dès le premier jour, le ravitaillement du chantier du kilomètre 347 fût assuré, l’ingénieur et le capitaine Hardigan furent d’accord pour envoyer des messagers à Nefta ou Tozeur. Ils firent choix des deux conducteurs de chariots, qui connaissaient parfaitement la route pour l’avoir souvent parcourue avec le personnel des caravanes. C’étaient deux Tunisiens auxquels on pouvait accorder toute confiance. En partant, le lendemain, dès l’aube, ces hommes montant leurs propres bêtes atteindraient assez rapidement la bourgade qui pourrait faire parvenir quelques jours plus tard des vivres au Melrir. Ils seraient porteurs de deux lettres, une de l’ingénieur pour un des employés supérieurs de la Compagnie, une autre du capitaine Hardigan pour le commandant militaire de Tozeur.

Après le repas du matin, pris sous la tente, à l’abri des premiers arbres de l’oasis, M. de Schaller dit au capitaine :

« Maintenant, mon cher Hardigan, laissons Pistache, M. François et nos hommes procéder aux dernières installations… Je voudrais me rendre un compte plus exact des réparations à faire sur cette dernière section du canal… »

Il la parcourut sur toute son étendue afin d’évaluer la quantité des déblais qui avaient été rejetés à l’intérieur.

Et, à ce propos, il dit à son compagnon :

« Assurément, ces indigènes étaient en grand nombre, et je m’explique que Pointar et son personnel n’aient pu leur résister…

— Mais, cependant, il ne suffit pas que ces Arabes, Touareg ou autres, soient venus en force ; les ouvriers une fois chassés, comment ont-ils pu bouleverser les travaux à ce point, rejeter tant de matériaux dans le lit du canal ?… Cela a dû exiger un temps assez long, au contraire de ce que nous a affirmé Mézaki.

— Je ne puis l’expliquer que de cette façon, répliqua M. de Schaller. Il n’y avait pas à creuser, mais à combler et à ébouler les berges dans le lit du canal. Comme il n’y avait là que des sables, avec du matériel que Pointar et ses hommes ont dû abandonner dans leur fuite précipitée, et peut-être aussi avec celui d’autrefois, la besogne a été beaucoup plus simple que je ne l’aurais cru.

— Dans ce cas, expliqua le capitaine Hardigan, quelque quarante-huit heures auront suffi…

— Je le pense, répondit l’ingénieur, et j’estime que les réparations pourraient s’effectuer en quinze jours au plus.

— C’est heureux, observa le capitaine, mais il est une mesure qui s’impose : c’est de protéger le canal jusqu’à la complète inondation des deux chotts, dans cette section du grand chott au Melrir comme dans toutes les autres. Ce qui s’est passé ici pourrait se reproduire ailleurs. Il est certain que les populations du Djerid, et plus particulièrement les nomades, ont la tête montée, que les chefs de tribus les excitent contre cette création d’une mer intérieure, et des agressions de leur part sont toujours à redouter… Aussi, les autorités militaires devront-elles être prévenues. Avec les garnisons de Biskra, de Nefta, de Tozeur, de Gabès, il ne sera pas difficile d’établir une surveillance effective, et de mettre les travaux à l’abri d’un nouveau coup de main. »

C’était, en somme, ce qu’il y avait de plus urgent, et il importait que le Gouverneur général de l’Algérie et le Résident général en Tunisie fussent mis sans retard au courant de la situation. Ils auraient à sauvegarder les divers intérêts engagés dans cette grande affaire.

Il est certain toutefois – ainsi le répéta l’ingénieur – que la mer Saharienne, lorsqu’elle serait en exploitation, se défendrait seule. Mais, ne point oublier qu’au début de l’entreprise on estimait que l’inondation des dépressions Rharsa et Melrir ne demanderait pas moins d’une période de dix années. Puis, après une étude plus approfondie des terrains, cette période fut réduite de moitié. Toutefois, la surveillance ne serait à maintenir que sur les diverses stations des deux canaux, et non sur la patrie inondable des chotts. Il est vrai, les deux cent vingt-sept kilomètres du premier, les quatre-vingts du second, c’était là une longue ligne à garder pendant longtemps.

Et, pour répondre à la remarque que lui fit à ce sujet le capitaine Hardigan, l’ingénieur ne put que lui répéter ce qu’il avait dit déjà relativement à l’inondation des chotts :

« J’ai toujours l’idée que ce sol du Djerid, dans la partie comprise entre le littoral et le Rharsa et le Melrir, nous réserve des surprises. Ce n’est, en réalité, qu’une croûte salifère, et j’ai moi-même constaté qu’elle subissait certaines oscillations d’une amplitude assez considérable… Il est donc admissible que le canal s’élargira et se creusera au passage des eaux, et c’est sur cette éventualité que Roudaire comptait, non sans raison, pour compléter les travaux. La nature collaborerait avec le génie humain que je n’en serais nullement étonné… Quant aux dépressions, ce sont les lits desséchés d’anciens lacs et, soit brusquement, soit graduellement, ils s’approfondiront sous l’action des eaux au-delà de la cote actuellement prévue. Ma conviction est donc que l’inondation complète prendra moins de temps qu’on ne le suppose. Je le répète, le Djerid n’est point à l’abri de certaines commotions sismiques et ces mouvements ne peuvent que le modifier dans un sens favorable à notre entreprise ! Enfin, mon cher capitaine, nous verrons… nous verrons !… Moi, je ne suis pas de ceux qui se défient de l’avenir, mais de ceux qui comptent sur lui !… Et que diriez-vous si, avant deux ans, avant un an, toute une flottille marchande sillonnait la surface du Rharsa et du Melrir remplis à pleins bords ?

— J’accepte vos hypothèses, mon cher ami, répondit le capitaine Hardigan. Mais, que ce soit dans deux ans ou dans un an qu’elles se réalisent, il n’en faudra pas moins protéger par des forces suffisantes les travaux et les travailleurs…
« j’estime que les réparations pourraient s’effectuer en quinze jours. » (Page 163.)

— Entendu, conclut M. de Schaller, et je partage votre avis, Hardigan, il importe que la surveillance du, canal, sur toute son étendue, s’établisse sans aucun retard. »

La mesure s’imposait, en effet, et, dès le lendemain, après la rentrée des ouvriers au chantier, le capitaine Hardigan se mettrait en rapport avec le commandant militaire de Biskra, auquel il enverrait un exprès. En attendant, la présence de ses quelques spahis suffirait peut-être à défendre la section, et, dans ces conditions, une nouvelle attaque des indigènes n’était sans doute pas à craindre.

Leur inspection terminée, l’ingénieur et le capitaine revinrent au campement, dont l’organisation se poursuivait, et il n’y avait plus qu’à attendre le lieutenant, qui serait certainement de retour avant le soir.

Une question des plus importantes dans les circonstances où se trouvait actuellement l’expédition était celle du ravitaillement. Jusqu’alors, elle avait la nourriture assurée soit par les réserves des deux chariots, soit par les vivres achetés dans les bourgades et villages de cette partie du Djerid. Ne manquaient les approvisionnements ni pour les hommes ni pour les chevaux.

Or, au chantier rétabli du kilomètre 347, il y aurait à se pourvoir d’une façon plus régulière pour un séjour de plusieurs semaines. Aussi, en même temps qu’il aviserait les autorités militaires des garnisons voisines, le capitaine Hardigan demanderait que des vivres lui fussent fournis pendant toute la durée de son séjour à l’oasis.

On s’en souvient, dès le lever du soleil, ce jour-là, 13 avril, de lourdes vapeurs s’entassaient, à l’horizon. Tout annonçait que la matinée comme l’après-midi seraient étouffants. Nul doute qu’il ne se préparât dans le nord un orage d’une extrême intensité.

Et, en réponse aux observations que faisait le brigadier Pistache à ce sujet :

« Je ne serais pas surpris, déclara M. François, que cette journée fût orageuse, et, depuis ce matin, je m’attends à une prochaine lutte des éléments en cette partie du désert.

— Et pourquoi ?… demanda Pistache.

— Voici, brigadier. Tandis que je me rasais à la première heure, tous mes poils se hérissaient, et devenaient si durs qu’il m’a fallu repasser deux ou trois fois mon rasoir. De chaque pointe, on eût dit qu’il se dégageait une petite étincelle…

— Cela est curieux », répondit le brigadier, sans mettre un instant en doute l’assertion d’un homme tel que M. François.

Que le système pileux de ce digne homme jouît de propriétés électriques, comme la fourrure d’un chat, peut-être n’en était-il rien. Mais Pistache l’admettait volontiers.

« Et alors… ce matin ?… reprit-il en regardant la figure rasée de près de son compagnon.

— Ce matin, c’était à ne pas le croire !… Mes joues, mon menton se parsemaient d’aigrettes lumineuses…

— J’aurais voulu voir cela ! » répondit Pistache.

Au surplus, même sans se rapporter aux observations météorologiques de M. François, il était certain qu’un orage montait du nord-est, et l’atmosphère se saturait peu à peu d’électricité.

La chaleur devenait accablante. Aussi, après le repas de midi, l’ingénieur et le capitaine s’accordèrent-ils une sieste prolongée. Bien qu’ils fussent abrités sous leur tente et que cette tente eût été dressée sous les premiers arbres de l’oasis, une chaleur torride y pénétrait, et aucun souffle ne se propageait à travers l’espace.

Cet état de choses ne laissait pas d’inquiéter M. de Schaller et le capitaine. À cette heure, l’orage n’avait pas encore éclaté sur le chott Selem. Mais il n’y avait pas à douter que ses violences ne s’exerçassent alors dans le nord-est et précisément au-dessus de l’oasis de Gizeb. Les éclairs commençaient à sillonner le ciel de ce côté, si les roulements de la foudre ne se faisaient pas
« Cela est curieux », répondit le brigadier. (Page 168.)

encore entendre. En admettant que, pour une raison ou pour une autre, le départ du lieutenant n’eût pu s’effectuer avant l’orage, tout donnait à penser qu’il en attendrait la fin sous l’abri des arbres, dût-il même ne rentrer que le lendemain au campement.

« Et il est probable que nous ne le reverrons pas ce soir, fit observer le capitaine Hardigan. Si Villette fût parti cet après-midi vers deux heures, il serait maintenant en vue de l’oasis…

— Quitte à être retardé d’un jour, répondit M. de Schaller, notre lieutenant aura eu raison de ne point s’aventurer avec un ciel si menaçant ! Ce qu’il y aurait de plus fâcheux, ce serait que ses hommes et lui eussent été surpris sur la plaine, où ils ne trouveraient aucun abri…

— C’est mon avis », conclut le capitaine Hardigan.

L’après-midi s’avançait, et rien n’annonçait l’approche de la petite troupe, pas même les aboiements de Coupe-à-cœur, qui l’aurait précédée. Maintenant, à moins d’une lieue, les éclairs illuminaient l’espace sans discontinuer. La lourde masse des nuages, ayant dépassé le zénith, se rabattait lentement vers le Melrir. Avant une demi-heure, l’orage serait sur le campement, et se dirigerait ensuite vers le chott.

Cependant, l’ingénieur, le capitaine Hardigan, le brigadier et deux des spahis s’étaient portés sur la lisière de l’oasis. Devant leurs yeux s’étendait la vaste plaine dont, çà et là, les efflorescences réverbéraient la lueur des éclairs.

En vain leurs regards interrogeaient l’horizon. Aucun groupe de cavaliers n’apparaissait de ce côté.

« Il est certain, dit le capitaine, que le détachement ne s’est point mis en route, et il ne faut pas l’attendre avant demain…

— Je le pense, mon capitaine, répondit Pistache. Même après l’orage, la nuit venue, au milieu de l’obscurité, se diriger sur Goléah serait bien difficile…

— Villette est un officier expérimenté, et on peut compter sur sa prudence… Retournons au campement, car la pluie ne tardera pas à tomber. »

À peine tous quatre avaient-ils fait une dizaine de pas, que le brigadier s’arrêtait :

« Écoutez, mon capitaine… » dit-il.

Tous s’étaient retournés.

« Il me semble entendre des aboiements… Est-ce que le chien du marchef ?… »

Ils prêtèrent l’oreille. Non ! aucun aboiement pendant les courtes accalmies. Pistache s’était assurément trompé.

Le capitaine Hardigan et ses compagnons reprirent donc le chemin du campement et, après avoir traversé l’oasis dont les arbres se courbaient sous la violence du vent, ils regagnèrent leurs tentes.

Quelques minutes de plus, ils eussent été assaillis par les rafales qui faisaient rage au milieu d’une pluie torrentielle.

Il était six heures alors. Le capitaine prit ses dispositions pour cette nuit qui s’annonçait comme l’une des plus mauvaises depuis que l’expédition avait quitté Gabès.

Sans doute, il y avait lieu de penser que le retard du lieutenant Villette était dû à la survenue de ce formidable orage qui le retiendrait à l’oasis de Gizeb jusqu’au lendemain.

Néanmoins, le capitaine et M. de Schaller ne laissaient pas de ressentir certaines appréhensions. Que Mézaki se fût donné pour un des ouvriers de Pointar, ne l’étant pas, et qu’il eût préparé quelque criminelle machination contre l’expédition envoyée au Melrir, ils ne pouvaient pas même le soupçonner. Mais comment auraient-ils oublié ce qu’était l’état des esprits chez les populations nomades ou sédentaires du Djerid, l’excitation qui régnait parmi les diverses tribus contre cette création de la mer Saharienne ?… Est-ce qu’une attaque récente n’avait pas été dirigée contre le chantier de Goléah, attaque qui se renouvellerait probablement si les travaux de la section étaient repris ?… Sans doute, Mézaki affirmait que les agresseurs, après avoir dispersé les ouvriers, s’étaient retirés vers le sud du chott. Mais d’autres partis couraient peut-être la plaine et, s’ils le rencontraient, le détachement du lieutenant Villette serait écrasé sous le nombre !…

Cependant, à y bien réfléchir, ces craintes devaient être exagérées. Mais l’ingénieur et le capitaine y revenaient sans cesse. Et comment eussent-ils pu prévoir que, si quelque danger menaçait, ce n’était pas le lieutenant Villette et ses hommes sur la route de Gizeb, mais M. de Schaller et ses compagnons dans l’oasis ?

Vers six heures et demie, l’orage battait son plein. Plusieurs arbres furent frappés de la foudre et il s’en fallut de peu que la tente de l’ingénieur ne fût atteinte par le fluide électrique. La pluie tombait à torrents, et, sous la pénétration des mille rios qui s’écoulaient vers le chott, le sol de l’oasis se changeait en une sorte d’outtâ marécageuse. En même temps, le vent se déchaînait avec une effroyable impétuosité. Les branches se brisaient comme verre et nombre de palmiers, rompus aux racines, s’en allaient à la dérive.

Il n’eût plus été possible de mettre le pied dehors. Très heureusement, les chevaux avaient été abrités à temps sous un énorme bouquet d’arbres capables de résister à l’ouragan, et, malgré l’effroi que leur causait l’orage, ils purent être maintenus.

Il n’en fut pas ainsi des mules laissées sur la clairière. Épouvantées par les éclats de la foudre, et malgré les efforts de leurs conducteurs, elles s’échappèrent à travers l’oasis.

Un des spahis vint prévenir le capitaine Hardigan qui s’écria :

« Il faut à tout prix les reprendre…

— Les deux conducteurs se sont mis à leur poursuite, répondit le brigadier.

— Que deux de nos hommes se joignent à eux, ordonna l’officier. Si les mules parviennent à sortir de l’oasis, elles seront perdues… On ne pourra les rattraper en plaine !… »

Malgré les rafales qui s’abattaient sur le campement, deux des quatre spahis s’élancèrent dans la direction de la clairière, guidés par les cris des conducteurs qui, se faisaient parfois entendre.

Du reste, si l’intensité des éclairs et des éclats de la foudre ne diminua pas, il en fut autrement des rafales qui s’apaisèrent soudain, moins de vent et moins de pluie. Mais l’obscurité était
Après avoir rampé… (Page 174.)

profonde, et l’on ne pouvait se voir qu’à la lueur des fulgurations électriques.

L’ingénieur et le capitaine Hardigan sortirent de la tente, suivis de M. François, du brigadier et des deux spahis restés avec eux au campement.

Il va de soi, étant donnée l’heure avancée déjà, la violence de l’orage qui durerait sans doute une partie de la nuit, qu’il ne fallait aucunement compter sur le retour du lieutenant Villette. Ses hommes et lui ne se remettraient en route que le lendemain, alors que le cheminement à travers le Djerid serait praticable.

Quelles furent donc la surprise et aussi la satisfaction du capitaine et de ses compagnons, lorsqu’ils entendirent des aboiements dans la direction du nord.

Cette fois, pas d’erreur, un chien accourait vers l’oasis, et même s’en rapprochait rapidement.

« Coupe-à-cœur !… lui !… s’écria le brigadier. Je reconnais sa voix…

— C’est donc que Villette n’est pas loin ! », répondit le capitaine Hardigan.

En effet, si le fidèle animal précédait le détachement, ce ne devait être que de quelques centaines de pas.

À ce moment, sans que rien eût annoncé leur apparition, une trentaine d’indigènes, après avoir rampé le long de la lisière, bondirent sur le campement. Le capitaine, l’ingénieur, le brigadier, M. François, les deux spahis furent entourés avant d’avoir pu se reconnaître, saisis avant d’avoir pu se mettre en défense… Et d’ailleurs, qu’auraient-ils pu, vu leur petit nombre, contre cette bande qui venait de les surprendre ?…

En un instant, tout fut pillé, et les chevaux furent entraînés vers le Melrir.

Les prisonniers, séparés les uns des autres, dans l’impossibilité de communiquer, étaient poussés à la surface du chott, suivis du chien qui s’était lancé sur leurs traces. Et ils étaient déjà loin lorsque le lieutenant Villette arrivait au campement, où il ne trouvait plus trace des hommes qu’il avait quittés le matin, et des chevaux sans doute échappés pendant l’ouragan.