L’Envers de la guerre/II/23

Texte établi par Ernest Flamarion,  (Tome II : 1916-1918p. 244-255).
◄  Mai 1918


JUIN 1918


— Le 1er. Passage de troupes à Serbonnes. L’arrière-front déménage devant l’avance allemande. Un bataillon d’infanterie, classe 18, cantonne au village. L’impression dominante, c’est que la vie militaire du temps de paix continue. À sept heures du soir, la troupe arrive. C’est la caserne en marche, l’aboiement des gradés « Une ! Deux ! Au pas ! Redressez la tête ! »

— Le 1er. Des réfugiés refluent de la Marne, par la route, au pas du bétail qu’ils emmènent. Longues et lamentables caravanes, chariots, troupeaux, le retour à la tribu barbare, à la vie nomade. Seules, les bicyclettes font anachronisme.

— Le 3. La zone des armées conquiert six nouveaux départements : Calvados, Eure-et-Loir, Sarthe, Loiret, Nièvre, Cher. On en donne comme prétexte la présence de centres américains dans ces régions, la facilité du contrôle des étrangers, des réquisitions, etc.

— Le 3. Loin de Paris, on suit l’offensive par les communiqués. Il faut chercher la vérité sous la phrase subtile, empreinte de l’éducation spéciale de l’État-Major. Un recul n’est pas avoué tout droit. On lit : « Partout ailleurs, nous avons conservé nos positions. » Ce qui donne à penser qu’en ce point nous ne les avons pas conservées. L’avance allemande, au septième jour, semble suivre la loi qui régit ces opérations, elle se ralentit. Des journaux impriment : « Vers la stabilisation. »

— Le 4. Mon train vers Paris est envahi à Fontainebleau de gens qui viennent dormir dans cette ville et qui rentrent à Paris chaque matin. Le comique, c’est qu’ils furent alertés la nuit dernière à Fontainebleau même. On signalait des avions sur Montereau.

À Paris, il y eut double alerte, le vendredi 31. Le samedi 1er la station du métro Corvisart fut « soufflée » par les bombes. Il y eut aussi alerte le lundi 3. Les journaux ont furtivement noté une trêve, canon et avions, le dimanche 2, où ont lieu, paraît-il, les processions de la Fête-Dieu.

— On a trouvé ces jours-ci de petites fourchettes de fer dans les rues. Naturellement, la main allemande les avait semées. En réalité, un sac, à bord d’un camion automobile, a crevé et a répandu son contenu. Ces petites fourches venaient de déchets d’emporte-pièces et étaient destinées à un fabricant de brosses.

— Beaucoup de gens portent en pendentif deux figurines de laine qui préservent des Gothas ! Nénette et Rintintin, deux poupées créées par Poulbot avant la guerre.

— Tout est absurde dans l’absurde. Un officier est-il tué par un obus à 12 kilomètres du front : il est mort glorieusement. Est-il tué à Paris par un obus de super-canon, je défie qu’on imprime : mort glorieusement ! Cependant, il pouvait, dans les deux cas, se rendre à son poste, être en service. Ce qui est vrai à 12 kilomètres, n’est plus vrai à 120. La gloire est fonction de la portée.

— Il devrait y avoir les « mutilés moralement de la guerre », ceux qui ont perdu leurs illusions.

— Le 27 mai, sur les ponts de l’Aisne, qu’on ne fit pas sauter, faute d’ordres, les Allemands et les Français se coulaient côte il côte. Les Allemands avaient en effet l’ordre d’atteindre leurs objectifs sans s’arrêter à faire des prisonniers.

— Le 4. Un obus du super-canon tombe rue des Gravilliers sur des enfants qui sortent de l’école.

— Le 4. Clemenceau obtient l’ajournement sine die d’une interpellation sur la situation militaire. Séance pénible et tumultueuse. Il est fatigué. Il décrit un Foch qui s’endort sur sa carte. Il a 370 voix contre 110.

— Le 5. Déjà la Banque de France, la Bibliothèque Nationale, envoient de gros ballets en province. Le Grand Livre de la Dette publique est à Angers. L’Écho de Paris, le Petit Parisien ont des presses prêtes à Tours. Sembat propose l’évacuation des femmes, enfants, vieillards. Le Gouvernement irait à Nantes.

— Des soldats coiffés d’un bonnet carré se promènent dans Paris. C’est l’armée tchécoslovaque. Un Officiel récent règle les conditions où les conseils de guerre jugeront ces hommes « au nom de la nation tchécoslovaque ». On se soucie d’abord de la façon de les mettre à mort. C’est leur acte de naissance.

— Briand fut pressenti vendredi par René Renoult pour prendre les Affaires Étrangères. Il refusa, ne voulant pas endosser l’affaire Czernin. Clemenceau lui-même n’était pas enthousiaste de la combinaison. C’était, disait-il, atteler une grenouille et un pur-sang. À quoi Briand répondit que la grenouille était un animal à sang froid, ce qui n’était pas à dédaigner, et que, d’ailleurs, il était trop facile d’appeler pur-sang une vieille rosse qui ruait dans les brancards.

— Anatole France a été sollicité de publier un manifeste en faveur de la paix. Il songerait à une lettre ouverte à Poincaré. Celui-ci n’y ferait certes pas le sort éclatant qu’il réserve à la lettre de Léon Daudet sur Malvy.

— Le 6. On dénonce d’avance une « offensive de paix » d’Hertling au Reichstag. Je trouve abominable cette tactique qui décide que les offres allemandes seront fallacieuses et inacceptables. Car enfin, si l’Allemagne est bloquée, réduite économiquement, si elle se plie aux exigences des Alliés, en un mot si l’Entente a atteint ses buts, pourquoi proclame-t-elle d’avance qu’elle ne les a pas atteints ?

— À Fère-en-Tardenois, on annonce à Clemenceau qu’une troupe d’une centaine d’Allemands est à 3 kilomètres. Il dit à un soldat : « Donne-moi ton fusil. J’y vais. » Beau sujet de gravure.

— Le 6, à 11 heures, on m’apporte une circulaire invitant les services ministériels à emballer tous les papiers inutiles au Service courant. Ces sacs partiront vendredi 7 pour une destination inconnue, où nous les rejoindrons… Effervescence.

— Clémentel voudrait que le Gouvernement allât à Clermont-Ferrand. Cela animerait son Auvergne.

— Le 6. L’offensive allemande, favorisée par un temps splendide, suit le rythme de celle du 21 mars. Elle se calme et se réduit à des actions locales. Les Allemands disent qu’en un point ils sont à 60 km. 800 m. de Paris. On craint l’installation de pièces de marine allemandes sur un front de Senlis à Meaux.

— Le 7. À midi 10 et midi 20, deux obus tombent rue de l’Université, à l’angle de la rue de Courty, puis à l’angle du Boulevard Saint-Germain, à 50 m. l’un de l’autre. Le bruit court qu’ils visent le ministère de la Guerre, tout éclaboussé d’éclats. Nous rencontrons, à cet endroit, le député Marin, qui sortait de la Chambre et qui est tout couvert de poussière.

— Caillaux écrit deux lettres, l’une à Deschanel, l’autre au Président de la Commission des « Onze ». Il rappelle qu’il est en prison depuis six mois. Il demande des juges. La Commission émet à l’unanimité le vœu qu’on lui en donne.

— Le 7. Audition à 4 h. de la C. G. T. par des groupes de la Chambre, même modérés. La C. G. T. vient faire acte de loyalisme. Elle demande la publication des buts de guerre et la fin des persécutions contre les militants comme Péricat.

— Le 7. Résolutions successives du Cabinet quant à l’exode. Le matin, les services devaient être méthodiquement acheminés vers les provinces, le Gouvernement allant à Tours. Le soir, Clemenceau devait se faire ensevelir sous la dernière pierre de Paris… Ces contradictions reflètent des vues militaires. Le G. Q. G. en effet est d’avis, après une bataille malheureuse, de déclarer Paris ville ouverte pour lui épargner la destruction et pour garder aux armées la liberté de manœuvre. Elles se replieraient au sud. Mais Dubail, gouverneur de Paris, fut d’avis de défendre la ville rue à rue. C’est à quoi le Gouvernement se rallie, en antagonisme latent avec le G. Q. G.

— Le 7. De l’Humanité aux Débats, un contre-courant se dessine pour examiner les offres allemandes. On fait allusion au discours récent du Kaiser dans la forêt de Pinon, discours censuré et même controuvé. Il y a en particulier un article significatif, éloquent, de Sembat dans l’Heure. C’est curieux qu’un parlementaire retrouve la raison dès qu’il n’est plus au pouvoir.

— Ce même numéro de l’Heure, sous l’article de Sembat, publie cette note d’une stupéfiante inconscience : « Cette nuit, des Gothas. Leur misérable besogne s’est limitée à un homicide. Les avions alliés auront sans doute mieux travaillé sur Trèves. »

— Tristan Bernard me dit : « Jusqu’ici, pour Clemenceau, faire la guerre a consisté à ne pas faire la paix. »

— Dans un voyage au front, Clemenceau dit à Poincaré : « Il y a deux organes inutiles : la prostate et la présidence de la République. »

— On a défini héroïquement l’alerte « l’heure où montent les saucisses et où descendent les andouilles ». Les saucisses, ce sont les ballons captifs dont les câbles doivent faire obstacle aux avions. Les andouilles, ce sont les gens qui descendent à la cave. Toute la niaise fanfaronnade de la guerre tient là-dedans. À la station Corvisart, il y eut 14 tués. Sans doute des « andouilles » qui n’étaient pas descendues.

— Échos de la retraite de l’Aisne : un camp d’aviation fut pris, qu’on n’eut pas le temps de détruire, où les appareils attendaient avec leur plein d’essence. Ailleurs des officiers abreuvaient leur petit jardin, l’arrosoir en main, quand ils furent entourés ; d’autres jouaient la comédie et durent se sauver déguisés en femmes ; d’autres, très nombreux, étaient à Paris sans permission régulière ; un général mariait sa fille à Paris et il se serait fait tuer volontairement à Fère-en-Tardenois.

— On ne veut pas voir la différence absolue entre cette guerre et les précédentes. Quand les Allemands font 45.000 prisonniers (chiffre qui eût décidé jadis de toute la guerre) ils ne font qu’enlever un homme sur cent, puisque les Alliés ont environ 4.500.000 hommes sur le front.

— Une laitière de Meaux est condamnée à huit mois de prison sans sursis pour avoir dit : « Les Allemands avancent. »

— Le 11. L’Œuvre dit que le Gouvernement interdit de donner des détails sur les effets des bombardements, mais laisse écrire que ces projectiles n’ont fait que de la fumée, même quand ils ont fait des morts. Ils interdisent la triste vérité et permettent le joyeux mensonge.

— Le 11. Chez des amis, Painlevé m’aborde assez drôlement, me prenant les bras : « Eh bien, que dit ce buveur de sang ? » On apporte un dessin du front, tracé par un blessé. Pour Painlevé, aux soucis de l’heure s’ajoute un ennui personnel. On parle en effet de Nivelle pour remplacer Franchet d’Esperey, à la tête d’un groupe d’armées. Il y verrait le triomphe de ses adversaires dans l’affaire du 16 avril 17. (En fin de journée Clemenceau déclare qu’il démissionnerait plutôt que de signer cette nomination.)

— Aux carrefours parisiens, les réverbères sont munis de bracelets de disques métalliques qui reflètent dans l’obscurité les feux des autos, et s’illuminant, permettent à celles-ci d’éviter l’obstacle. Le bruit a couru qu’ils contenaient du radium : ils ont été instantanément pillés.

— La vie qui s’éteint : plus de musées, fine joie des yeux. Ils sont clos, vidés, blindés.

— Compiègne, limite actuelle du front, est à 65 kilomètres de Paris à vol d’obus. Mais le tenace orgueil de nos journalistes a trouvé ceci : « Compiègne, qui est à 90 kilomètres de Paris par la route. » Il en est même à 1.700 kilomètres par Marseille.

— Un des vices hypertrophiés par la guerre, c’est l’hypocrisie. Tout est hypocrite : communiqués, discours, articles, propos même. C’est le règne officiel du mensonge. La première victime de la guerre, c’est la vérité.

— Le 14. Paris continue de déménager. À la gare P.-L.-M., les gens, alignés près de leur chariot à bagages, attendent leur tour cinq, six heures, voire une nuit. On voit de tout dans les paquets à la main, jusqu’à des lessiveuses.

Mon wagon, ce jour-là, est envahi par des réfugiés, par des soldats français et américains. Parmi les soldats, la forte tête : un garçon boucher de la Villette, qui, dans la paix, buvait tous les matins deux verres de sang avant d’abattre ses vingt bœufs. On lui dit : « Vous devez bien savoir dépecer le boche ! » Il répond : « J’aurais peur d’empoisonner ma lame. »

— Le 14. On a « limogé » 14 généraux, dont un commandant d’armée, à la suite de l’affaire du 27 mai. On continue de chercher les raisons de la retraite : troupes anglaises au repos, vieux territoriaux français, surprise, gaz toxiques, oubli de couper les ponts, infiltration des Allemands, officiers absents sans permission. On me cite une formation sanitaire où arriva une auto-mitrailleuse chargée d’officiers allemands, qui s’opposèrent au départ d’un train de blessés. Les infirmières s’esclaffèrent d’abord : elles croyaient à des officiers français déguisés…

L’Officiel, dans sa statistique de la Ville de Paris, omet cette semaine les « morts violentes », sans doute pour masquer le nombre des victimes des bombardements.

— On me renseigne sur la « Table d’écoute ». Une équipe de 30 officiers réformés est installée au bureau rue des Archives. Ils prennent un secteur et ils écoutent, comme on ouvre les lettres d’une formation du front, en coup de sonde.

— Les trains de marchandises se suivent, sur le P.-L.-M., à quelques minutes d’intervalle, chargés de malles, ou de ravitaillement pour Salonique, ou de matériel d’usines en déménagement. Car les usines quittent Paris. Les unes, surtout d’aviation, y sont contraintes et sont indemnisées. Les autres y sont invitées.

— Une affiche officielle tient ce langage pénible : « Placez vos disponibilités en Bons de la Défense. Ainsi vous accomplirez votre Devoir et vous ferez rapporter 5 % à votre argent. »

— Nuit du 15 au 16, raid d’avions où brûle le magasin de nouveautés Paris-France, boulevard Voltaire.

— Le Kaiser, dans un toast à Hindenbourg, dit : « Il s’agit d’une lutte entre deux conceptions du monde. Ou bien la conception allemande du Droit, de la Liberté, de l’Honneur, de la Morale, doit continuer à être respectée, ou bien la conception anglaise doit triompher, c’est-à-dire que tout doit se ramener à l’adoration de l’argent et que les peuples de la terre devront travailler comme des esclaves pour la race de maîtres anglo-saxons qui les tient sous le joug. Il faut absolument que l’une de ces deux conceptions soit vaincue… » L’affreusement comique, c’est que l’Entente tient un langage identique. Remplacez « allemand » par « anglais » et vous aurez un discours de Lloyd George ! Et c’est pour cela que 15 millions de jeunes hommes sont déjà morts !

— Briand, pièces en main, refait l’historique de ses tentatives de paix de septembre 17. Le récit est identique à celui que j’ai noté. Toutefois il dit que l’Alsace-Lorraine nous était rendue en retour d’avantages économiques pour l’Allemagne. Ces tractations devaient rester secrètes afin que les pangermanistes n’en prissent pas ombrage. Le partenaire allemand eût été Bethmann-Hollweg. Le chancelier Michaelis apparaît, dans cette affaire, favorable à la France. « Que risquait-on ? dit Briand. On ne signait qu’une fois la France et la Belgique libérées. » Il dit aussi qu’on ne peut pas actuellement signer la paix, si Paris est sous le canon allemand, à 40 kilomètres. Mais avec une petite victoire, cet hiver, peut-être cet automne, on pourrait reprendre les négociations. « Et puis, glisse-t-il, il y a des succès négociables… »

— Singulière journée, le jeudi 20. Une sorte de panique se répand sur Paris. Elle est provoquée par un article du Matin, mal compris, qui prêche l’évacuation, et par les mesures préparatoires que prennent en ce sens les administrations publiques. On demande à chaque fonctionnaire combien de personnes doivent l’accompagner, le tonnage de ses colis, en cas de départ. On dresse des états. On fait des propositions. Des représentants de chaque ministère se réunissent pour arrêter un plan d’ensemble. Les ministères de Défense Nationale se grouperaient autour de Toulouse, à Montauban, Agen, etc. De plus, des rapports d’aviation continuent de signaler de nouveaux groupements de super-canons. Des radios allemands confirment ces indices. Clemenceau annonce pour samedi la reprise du bombardement et des raids par avions géants.

Peut-être veut-on provoquer des départs afin qu’ils soient moins précipités et faciliter le ravitaillement. Peut-être veut-on éloigner les ouvriers, éviter ainsi des mouvements populaires. La thèse du G. Q. G., Paris ville ouverte, influence peut-être ces décisions. Enfin, des fantaisistes disent : on prépare la paix en répandant la crainte…

— Deux divisions « d’élite » étaient dans la Loire, où elles réprimaient durement les grèves, quand se déclenche l’attaque allemande du 27 mai sur l’Aisne.

— Rouen est bombardé de Péronne par super-canon. Silence de la presse.

— Tristan conte qu’en une ville du front, l’accès de la maison de tolérance est interdit aux Américains. Mais à 50 mètres de là, dans un chemin creux, les soldats américains échangent, avec des soldats français leur uniforme, pour pénétrer dans la Terre promise.

— Le 24. Le Japon va marcher, me téléphone-t-on. Les États-Unis l’y autorisent. Mais je ne parviens pas à savoir contre qui.

— On veut donner à une voie de Paris le nom de Wilson. Il y a 20 mois, lors de son élection, on le traînait dans la boue. Quelle pantalonnade ce serait, sans les morts !

— Depuis l’extension de la zone des armées, un sauf-conduit est nécessaire pour aller de Paris en banlieue même. Et c’est, dans les commissariats de police, la plus brutale et la plus grossière inquisition, surtout vis-à-vis des femmes. Nécessité de justifier le but du voyage, la parenté avec la personne qu’on va voir, de montrer la lettre où elle vous appelle. Le tout assaisonné de réflexions : « On ne fait pas de voyages d’agrément pendant la guerre. »

— Une Américaine à Paris dit que, dans tous les repas, dès que le nom de Clemenceau est prononcé, un grand silence tombe. On a peur de risquer un jugement. C’est la Terreur.

— Un docteur raconte les effets de l’ypérite : brûlures, conjonctivite, bronchites, inflammation des testicules. « Nous avons un gaz qui brûle encore plus », ajoute-t-il.

Il dépeint aussi le pillage par les soldats français des villages qu’ils abandonnent dans la retraite. « Ce n’est pas pour voler. Ils ne peuvent rien emporter. C’est une folie. Violer la maison vide, ouvrir les tiroirs, lire les lettres, s’amuser du linge, des vêtements, puis tout laisser là, au bout de quelques heures. Des Anglais, plus méthodiques, emportent les pianos en automobiles, sous couleur d’organiser les villages pour la défense. »

— Trois alertes nocturnes, nuits du 26, 27, 28. Le premier raid a pulvérisé les vitres du Boulevard Saint-Germain, des nos 193 à 201. Le deuxième a affecté surtout le quartier de la place Vendôme. Tous trois correspondent à des raids anglais sur Carlsruhe, Sarrebruck, Mannheim. Mais notre presse l’ignore et réclame des représailles.

— Le 29. Mon fils, arrivé en permission de la Montagne de Reims, dit que les coloniaux sont décidés à ne pas laisser prendre Reims tant qu’il y aura du champagne dans les caves.