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Bibliothèque des curieux (bibliographie méthodique et critique de tous les ouvrages composant cette célèbre collectionp. 240-296).


500. — Aline et Valcour, ou Le Roman Philosophique. Ecrit à la Bastille un an avant la Révolution de France. Orné de seize gravures. — A Paris, chez la veuve Girouard, libraire, maison Egalité, Galerie de Bois n° 196. — 1795.

1 volume petit in-12 de 503 p. Demi-reliure, veau fauve, plats marbrés, dos orné pièces, tranches peigne. Tome II seulement contenant la 3e et 4e partie. Avec 8 figures gravées non libres.

Par le marquis de Sade.

Destruction ordonnée pour outrages à la morale publique et aux bonnes mœurs, par arrêt de la Cour royale de Paris, en date du 19 mai 1815 (pas d’insertion au Moniteur).

Cet ouvrage a aussi été mis à l’index, par mesure de police, en 1825.

Malgré ces condamnations, on ne s’explique guère le classement à l’Enfer de cet ouvrage, où il y a beaucoup de traits auto-biographiques.


501-502. — Justine, ou Les Malheurs de la Vertu. « O mon ami ! la prospérité du crime est comme la foudre, dont les feux trompeurs n’embellissent un instant l’atmosphère, que pour précipiter dans les abîmes de la mort, le malheureux qu’ils ont ébloui. » — En Hollande, chez les Libraires Associés, 1791.

2 volumes in-8° de 283 et 191 p., rel. ancienne, veau raciné, filets, dos orné pièces, tranches dorées frontispice allégorique, par Chéry, gravé par Carrée.

Édition originale de l’ouvrage célèbre du marquis de Sade.

Un autre exemplaire à 503-504.

Voir, 94, 505 à 508, 509 à 512, 513-514.

Voir aussi La nouvelle Justine, Histoire de Justine et Histoire de Juliette.

Indépendamment des saisies d’éditions entières de Justine, faites par la police en 1797 et en 1801, la destruction en a été ordonnée par arrêt de la Cour royale de Paris, en date du 19 mai 1815 (pas d’insertion au Moniteur).

Nous donnons ici la Préface de la réimpression de Liseux (Paris, 1884). Elle est d’Alcide Bonneau :

« L’Édition originale de la fameuse Justine ou les malheurs de la Vertu, du marquis de Sade, est, en quelque sorte, un livre inconnu des lecteurs de la génération actuelle. L’auteur l’a désavouée, prétendant, selon l’usage, qu’un ami infidèle lui avait dérobé son manuscrit et n’en avait publié qu’un extrait tout à fait misérable, indigne de celui dont l’énergique crayon avait dessiné la vraie Justine. Il s’abusait étrangement. Ce prétendu extrait est, au contraire, l’œuvre capitale du trop célèbre monomane, et les remaniements qu’il lui a fait subir par la suite l’ont complètement gâtée. Il faut une intrépidité à toute épreuve pour affronter la lecture de la Justine en 4 volumes, suivie de la Juliette en 6 autres[1], que réimpriment à foison les officines de la Belgique, et, si l’on s’y essaye, l’ennui et l’écœurement ont bien vite raison de la volonté la plus tenace. Le cas, ici, est tout différent. Dans les deux tomes, de médiocre grosseur, dont se compose l’édition originale, nous tenons la première conception de l’écrivain, telle qu’il l’avait formulée avant que, le succès venant à l’enhardir, il n’entreprît de surenchérir encore sur ses excentricités ; nous tenons le livre dont le retentissement fut si grand, de 1791 à 1795, celui que les Révolutionnaires ne dédaignèrent pas de feuilleter, et qui, devenu très rare, est absolument oublié aujourd’hui…

«… Il nous suffira de dire que cette Justine primitive, au rebours de la longue divagation qui en a été postérieurement tirée, non seulement est lisible, mais se laisse lire avec intérêt. C’est un document. Le système que l’auteur y présente comme une intuition d’homme de génie, une vérité fondamentale restée inaperçue jusqu’alors et qu’il lui a été donné de révéler au monde, à savoir que la vraie volupté, la volupté complète, doit avoir pour condiment les cris de souffrance des victimes, livrées à d’épouvantables tortures, est un système monstrueux ; sa démonstration, d’ailleurs, est illogique, car les peintures de Justine sont plus propres à donner le cauchemar qu’à provoquer des ardeurs érotiques ; mais il y a dans ce bizarre amalgame, dans ce chaos de ténébreuses imaginations et de criminelles folies, un curieux sujet d’étude pour le lettré, le philosophe. Les dissertations morales, politiques, religieuses, sociales et autres, qui servent d’intermèdes aux scènes de débauche et aux supplices, montrent que le marquis de Sade n’était pas qu’un monomane enragé de luxure : il avait beaucoup lu, et, ce qui surprendra, quelque peu médité. Il n’est pas que l’écho des D’Holbach et des La Mettrie, dont il s’inspire évidemment : il a des idées à lui, et quelquefois des idées neuves. Qui s’attendrait, par exemple, à trouver en germe, dans un livre tel que Justine, les doctrines de Darwin sur l’évolution des espèces et la sélection par la lutte pour la vie ? Telle était l’extraordinaire fermentation des esprits, à l’aurore de la Révolution, qu’on en rencontre des témoignages jusque dans les documents où on ne songerait certes pas à les chercher. »

Quelques éclaircissements sont nécessaires pour expliquer une allusion de Bonneau :


Le marquis de Sade était l’ami de Marat dont il a écrit l’éloge. D’un autre côté, Saint-Just avait fait de la Justine son livre de chevet, et la lisait, sinon pour s’exciter à la cruauté, comme l’affirme un bibliographe, du moins pour se cuirasser contre la sensiblerie qu’il jugeait néfaste à la tâche de salut public qu’il s’était assignée.

À ces deux faits se bornent, sans doute, toute l’influence de la Justine sur les Révolutionnaires de 1793.

Alcide Bonneau a écrit, également, dans la Curiosité Littéraire et Bibliographique, une étude assez étendue sur l’ouvrage de de Sade. On nous permettra d’en citer également la conclusion qui donnera aux lecteurs, mieux que la préface citée plus haut, une idée exacte de Justine :


« …Tel est ce roman trop fameux, que l’on peut prendre pour le dernier mot de l’aberration perverse et de la conception délirante ; on ne fera jamais mieux ni plus complet. Justine est un rêve monstrueux, ne laissant dans l’esprit d’autre impression que celle d’un cauchemar ; les pensées et maximes, dont ce livre abject est émaillé, formeraient un code qui nous manque, le code de la scélératesse. Nous avons pu en donner une idée ; ce que nous avons dû passer sous silence ou n’indiquer qu’obscurément, c’est ce que l’auteur appelle avec complaisance les fantaisies, les écarts de passion, les procédés, les taquineries de ses immondes héros et qui sont autant d’actes inouïs de férocité ou de luxure. Les deux thèses principales qui servent comme de charpente au roman, à savoir que la vertu, cette ridicule faiblesse des âmes mal trempées, n’a que ce qu’elle mérite si tous les malheurs lui arrivent, que la compassion est un vice digne des pires châtiments, et, qu’au contraire, le crime est l’apanage des âmes vraiment fortes, richement organisées, que l’idée d’un assassinat, d’un inceste, d’un viol, ou son exécution, est le plus sûr moyen d’attirer le bonheur, ces deux thèses sont encore surpassées par une troisième, qui semble décidément avoir été celle de prédilection du marquis de Sade. Nous avons pu la laisser soupçonner, quoiqu’en promenant nos ciseaux à travers les trilles, les arpèges orduriers et autres fioritures qui servent d’accompagnement au poème, nous ayons un peu imité ce directeur de théâtre qui supprimait la musique de la Dame Blanche, pour rendre au dialogue toute sa vivacité : c’est que la cruauté est l’assaisonnement indispensable du plaisir et que le meilleur excitant du voluptueux blasé, ce sont les cris de souffrance de sa victime. Comme enchevêtrement d’aventures impossibles, compliquées de forêts ténébreuses, cavernes de voleurs, souterrains à porte de bronze, caveaux tendus de tapisseries funèbres, cimetières à fleur de sol où l’on enfonce dans une boue de cadavres, ossements en croix, lampes à trois mèches, on a fait beaucoup mieux que Justine, dans le genre noir : l’originalité du marquis de Sade, c’est de faire servir tout ce sinistre appareil à des explosions de lubricité. Partout des tortures et des supplices : femmes flambées à l’esprit-de-vin, écartelées, mordues, rongées par des dogues, étalées sur des chevalets où leurs membres se tordent et se disloquent, sur des croix garnies de pointes de fer ; puis la série continue : poires d’angoisse opérant d’effrayantes dilatations, aspersions d’eau bouillante, flagellations avec des martinets à griffes d’acier, des paquets d’épines, suspensions, strangulations, saignées, décapitations ; un Inquisiteur en resterait pensif ! — Justine, dit l’éditeur d’un excellent recueil (Bibliogr. des ouvr. relatifs à l’amour), Justine est un récit d’atrocités et de folies sanguinaires beaucoup plus qu’érotiques ; la difficulté de comprendre le motif qui avait pu dicter cet ouvrage a fait quelquefois supposer la folie chez son auteur. —

« Mais non, nulle difficulté, au contraire ; le marquis de Sade a vingt fois expliqué son système. Suivez bien le raisonnement : — L’émotion de la volupté, dit-il, ce chatouillement inexprimable qui nous égare, qui nous transporte au plus haut point du bonheur où puisse arriver l’homme, ne s’allumera jamais que par deux causes, ou qu’en apercevant réellement ou fictivement dans l’objet qui nous sert l’espèce de beauté qui nous flatte le plus, ou qu’en voyant éprouver à cet objet la plus forte sensation possible. Or, il n’est aucune sorte de sensation qui soit plus vive que celle de la douleur ; ses impressions sont sûres, elles ne trompent point comme celles du plaisir, perpétuellement jouées par les femmes et presque jamais ressenties par elles. Celui qui fera donc naître chez une femme l’impression la plus tumultueuse, celui qui bouleversera le mieux l’organisation de cette femme, aura décidément réussi à se procurer la plus grande dose de volupté possible. — L’homme qui émettait de pareils aphorismes n’avait pas volé le cabanon que Napoléon lui octroya, mais il possédait, du moins, le mérite d’être clair. C’était si bien compris, lors de la grande vogue de son roman, que l’on craignit de voir ces stupides doctrines faire école, et que Rétif de la Bretonne écrivit une Antijustine qui ne le cédait presque en rien à Justine elle-même en tableaux lascifs, simplement « pour éloigner de la cruauté, de la soif du sang, et de la mort de la femme possédée ». — Grand merci ! nous n’en sommes plus là, le besoin ne se fait plus sentir aujourd’hui de prouver qu’on peut aimer les femmes, sans pour cela prendre nécessairement plaisir à les écorcher vives, à les pendre et à les décapiter. »


Le Dr Cabanes a fait justice de la folie du marquis de Sade, laquelle n’exista jamais, et on étudie maintenant cet homme et ses idées avec attention. Le Dr Duehren l’appelle : « Un des hommes les plus remarquables du xviiie siècle, disons même de l’humanité en général. » Le marquis de Sade, qui mourut à 75 ans, en avait passé 27, dont 14 de son âge mûr, dans onze prisons différentes et tout cela, non point comme il paraît démontré, pour des atrocités, mais, avant tout, pour ses idées et ses écrits qu’il ne voulait point réformer. On pense qu’il subit surtout l’influence des idées émises par l’anglais Mandeville, dans sa fable des Abeilles. Il lisait aussi avec plaisir les romans anglais comme Le Moine de Lewis et les productions d’Anne Radcliffe. On a dit que Nietzsche goûtait la lecture des ouvrages du marquis.

On a signalé récemment, entre autres nouveautés, le rôle que le marquis semble avoir joué comme cause de la prise de la Bastille.

Nous avons lu, aux Mss de la Bibliothèque Nationale, le premier brouillon, le premier jet de la Justine, qu’on n’a pas encore publié. Ce manuscrit original a été écrit en quinze jours, de la fin juin au 8 juillet 1784. À cette époque, le marquis avait renoncé à en faire un roman et ne voulait plus qu’un conte qui devait être joint à son ouvrage intitulé : les Crimes de l’amour.

M. Jean Florence, traitant, dans la Vie intellectuelle du 15 fév. 1911, du sadisme et du marquis de Sade, parle des illogismes qui abondent dans les œuvres du divin marquis et de son style :


« Qu’il s’agisse de prouver l’excellence de l’inceste, de la sodomie, du meurtre, toujours intervient la dialectique du fair is foul and foul is fair, et c’est avec une monotonie fatigante et mélancolique que revient le souvenir de ce refrain, scandant les lourdes, pompeuses et prétentieuses périodes de ce sinistre bel esprit. Mais il continue, impitoyable comme la pluie et la destinée, car il ne se rend même pas compte de l’ennui qu’il distille. »


M. Jean Florence dit encore : « De Sade, écrivain, est un bien pauvre homme. S’il n’est pas un précurseur de Zola, il est un très faible disciple de Diderot. Parmi les disciples de Diderot, qui furent nombreux et où l’on peut compter deux esprits au moins qui sont loin du médiocre, Sébastien Mercier et Restif de la Bretonne, de Sade est certainement l’un des plus faibles, des plus ternes et des plus insignifiants et qui font le moins d’honneur au maître. »

En tout cas, le marquis de Sade a exercé une véritable influence sur les romanciers français du xixe siècle, comme Eugène Sue, Balzac et Flaubert.


503-504. — Justine, ou Les Malheurs de la Vertu. « O mon ami ! la prospérité du crime est comme la foudre dont les feux trompeurs n’embellissent un instant l’atmosphère, que pour précipiter dans les abîmes de la mort, le malheureux qu’ils ont ébloui. » — En Hollande, chez les Libraires Associées, 1791.

Double du 501-502, veau marbré, dent. sur les plats, dos orné tranches marbrées.


505-506-507-508. — Justine, ou Les Malheurs de la Vertu. « O mon ami ! la prospérité du crime est comme la foudre dont les feux trompeurs n’embellissent un instant l’atmosphère que pour précipiter dans les abîmes de la mort les malheureux qu’ils ont ébloui. Troisième édition. Corrigée et augmentée. Tome Premier [Deuxième, Troisième, Quatrième]. En Hollande, an 1800.

4 tomes en 2 volumes in-18 de (ix) 136, 136, 135 et 132 pages, cartonnés bradel, toile anglaise chocolat, entièrement non rognés. Sans gravures.

Cette 3e édition est, en réalité, la sixième, et n’est qu’une réimpression presque textuelle de l’édition originale. Bien que postérieure à l’apparition de la Nouvelle Justine, suivie de l’Histoire de Juliette, elle n’a rien de commun avec l’édition en 10 volumes, parue en 1797. Malgré l’indication du titre, l’édition de 1800 n’est pas augmentée. Les seuls changements apportés dans le texte sont des modifications de peu d’importance, et nécessitées plutôt par des considérations politiques. Qu’on en juge par cet exemple, tiré de la dernière page du roman :


[ Édition Originale (1791)]

« M. de Corville, digne d’obtenir les premiers emplois de sa patrie, y parvint, et n’en fut honoré que pour faire à la fois le bonheur des Peuples, la gloire de son Maître, qu’il servit bien, quoique ministre, et la fortune de ses amis.


3e Édition (1800).

M. de Corville, digne d’obtenir les premiers emplois de sa patrie, y parvint, et n’en fut honoré que pour faire à la fois le bonheur des Peuples, quoique ministre, et la fortune de ses amis. »


Il est probable qu’un éditeur, alléché par le succès obtenu par la Nouvelle Justine, a eu recours à cette supercherie pour écouler, auprès des clients naïfs, une réimpression du texte de la 1re édition, réimpression préparée peut-être depuis longtemps.

En annonçant, 3e, édition, corrigée et augmentée, l’éditeur voulait, évidemment, créer une confusion entre ses 4 volumes et les 10 volumes de la Nouvelle Justine.

2 autres exemplaires à 509 à 512 et à 513-514.

Voir l’édition originale et ses diverses réimpressions à 94, 501-502 avec notre notice, 503-504.

Voir notre notice sur la Nouvelle Justine (515 à 518).


Voir aussi Histoire de Justine et Histoire de Juliette.


509-510-511-512. — Justine

Double des 505 à 508.

4 volumes brochés, couv. de papier gris, non rognés. Avec le frontispice réduit de la 1re édition et 2 gravures libres, 1 au tome Ier et 1 au tome II.

Le tome II est incomplet des feuilles G et M ; les tomes III et IV ont été fortement goûtés des rats.


513-514. — Justine

Double des 505 à 508 et 509 à 512, 2 vol. brochés, papier gris.

Incomplet. Les 2 premiers volumes seulement. Brochés, non rognés. Avec, au 1er volume, le frontispice réduit de la Ire édition, et au second, une gravure libre, la même qui se trouve au 2e volume de l’exemplaire 509 à 512.


515-516-517-518. — La Nouvelle Justine, ou Les Malheurs de la Vertu, ouvrage orné d’un frontispice et de quarante sujets gravés avec soin.

On n’est point criminel pour faire la peinture
Des bizarres penchants qu’inspire la nature.


Tome Premier [Deuxième Troisième Quatrième] En Hollande, 1797.

(Dix) 4 volumes in-12 de viij-347, 351, 356 pages, 366. Reliure moderne, maroquin bleu poli, plats et dos ornés de filets à froid, larges dentelles intérieures, tranches dorées. À partir du 5e tome, le titre offre une variante (voir 519 à 524). Le tome côté 5 est donc le premier d’une série de 6 volumes qui du reste se vendaient séparément. Cet exemplaire (dix volumes) contient les 100 gravures. Admirable exemplaire en parfait état. La nouvelle Justine 4 vol. contient 40 gravures libres. Publié par Bertrandet (?)

Nous reproduisons ici l’Avis de l’Éditeur, placé en tête du 1er volume :


« Le manuscrit original d’un ouvrage qui, tout tronqué, tout défiguré qu’il étoit, avoit néanmoins obtenu plusieurs éditions, entièrement épuisées aujourd’hui, nous étant tombé entre les mains, nous nous empressons de le donner au public tel qu’il a été conçu par son auteur, qui l’écrivit en 1798. Un infidèle ami, à qui ce manuscrit fut confié pour lors, trompant la bonne foi et les intentions de cet auteur, qui ne vouloit pas que son livre fut imprimé de son vivant, en fit un extrait qui a paru sous le titre simple de Justine, ou les Malheurs de la Vertu, misérable extrait bien au-dessous de l’original, et qui fut constamment désavoué par celui dont l’énergique crayon a dessiné la Justine et sa sœur que l’on va voir ici.

« Nous n’hésitons pas à les offrir telles que les enfanta le génie de cet écrivain à jamais célèbre, ne fût-ce que par cet ouvrage, persuadé que le siècle philosophe dans lequel nous vivons ne se scandalisera pas des systèmes hardis qui s’y trouvent disséminés ; et quant aux tableaux ciniques, nous croyons, avec l’auteur, que toutes les situations possibles de l’âme étant à la disposition du romancier, il n’en est aucune dont il n’ait la permission de faire usage : il n’y a que les sots qui se scandalisent ; la véritable vertu ne s’effraie ni ne s’alarme jamais des peintures du vice, elle n’y trouve qu’un motif de plus à la marche sacrée qu’elle s’impose. On criera peut-être contre cet ouvrage ; mais qui criera ? ce seront les libertins, comme autrefois les hypocrites contre Tartuffe.

« Nous certifions, au reste, que dans cette édition tout est absolument conforme à l’original que nous possédons seul : coupe de l’ouvrage, scènes libidineuses, systèmes philosophiques, tout s’y trouve ; les gravures mêmes ont été exécutées d’après les dessins que l’auteur avoit fait faire avant sa mort, et qui étoient annexés à son manuscrit.

« Aucun livre, d’ailleurs, n’est fait pour exciter une curiosité plus vive. En aucun, l’intérêt, ce ressort si difficile à mouvoir dans un ouvrage de cette nature, ne se soutient d’une manière plus attachante ; dans aucun les replis du cœur des libertins ne sont développés plus adroitement, ni les écarts de leur imagination tracés d’une manière plus forte ; dans aucun, enfin, n’est écrit ce qu’on va lire ici. Ne sommes-nous donc pas autorisés à croire que, sous ce rapport, il est fait pour passer à la postérité la plus reculée ? La vertu même dût-elle en frémir un instant, peut-être faudroit-il oublier ses larmes, par l’orgueil de posséder en France une aussi piquante production.

« N. B. — Les aventures de Justine que nous publions en ce moment contiennent quatre volumes, ornés d’un frontispice et de quarante gravures. L’histoire de Juliette, qui y fait suite et qui s’y lie, en contient six, ornés de soixante gravures, ce qui forme une collection, unique en ce genre, de dix volumes et de cent estampes toutes plus piquantes les unes que les autres.

« La mise au jour de cette suite, dont la partie typographique est traitée avec le même soin que celle-ci, n’est retardée que par la confection des gravures, dont nous avons voulu que l’exécution répondît à celles renfermées dans les quatre premiers volumes. Aussitôt qu’elles seront terminées, nous satisferons la curiosité de nos lecteurs. »


Cet Avis, où l’on reconnaît le style du marquis de Sade, est généralement considéré comme n’étant pas l’expression absolue de la vérité, et tous les bibliographes sont d’accord pour affirmer que le texte de la première édition est antérieur à celui de cette édition et que ce n’est que devant le succès inespéré qui accueillit son ouvrage, que le marquis de Sade conçut l’idée de sa Nouvelle Justine et de sa Juliette en 10 volumes. D’ailleurs, tous les doutes ont été levés par l’examen que nous avons fait du manuscrit contenant le texte original et encore inédit de Justine, manuscrit qui se termine par la note suivante de la main du marquis de Sade même : « Fini au bout de 15 jours, le 8 juillet 1784. » (Voir 501-502).

Il est possible, cependant, que Juliette ait été commencée au moment où paraissait la première version imprimée de Justine. Les arguments en faveur de cette thèse sont fournis par Alcide Bonneau, dont on a lu la préface pour la réimpression de Justine, au n° 501-502. « Il écrivit certainement Juliette, dit-il, avant 1791, puisque, dans un passage, il parle de Mirabeau comme vivant encore. »

Il est certain, néanmoins, que l’ouvrage en dix volumes a été retouché avant d’être imprimé intégralement, en 1797, puisque le marquis y fait allusion à des événements qui eurent lieu l’année précédente.

Alcide Bonneau affirme que Juliette parut d’abord en 1796, en 4 volumes in-8. Ce fut, selon lui, aussitôt après, que Sade retoucha sa Justine, la mit au point et l’augmenta de 2 volumes, puis fit subir à Juliette la même opération.

Nous ne connaissons pas cette édition de Juliette en 4 volumes, avec la date de 1796, mais, si elle existe, ne pourrait-elle pas être seulement un résumé antidaté de la Juliette de 1797 ?

Notons que l’épigraphe On n’est point criminel…, est imitée de celle des Lettres galantes et philosophiques de deux nonnes parues en 1777 (voir 693).

Voir, 519 à 524, les 6 volumes formant l’Histoire de Juliette ; un autre exemplaire cordplet des 10 volumes (Justine et Juliette), coté 525 à 534 ; une réimpression moderne, sous le titre : Histoire de Justine, cotée 804 à 813.

Voir aussi notre notice accompagnant la 1re, édition de Justine (501-502) et les notes accompagnant l’édition de 1800 (505 à 508).


519-520-521-522-523-524. — La Nouvelle Justine, ou Les malheurs de la Vertu, suivie de l’Histoire de Juliette, sa sœur. Ouvrage orné d’un frontispice et de cent sujets gravés avec soin.

On n’est point criminel pour faire la peinture
Des bizarres penchants qu’inspire la nature.


Tome cinquième [sixième, septième, huitième, neuvième, dixième]. — En Hollande, 1797.

(Dix) 6 volumes in-18, de 371, 360, 357, 371, 370 et 352 p. Avec 60 gravures libres.

Suite des 4 volumes 515 à 518 (voir notre notice à ces numéros). Même reliure. Voici la note placée en tête du cinquième volume :


« Avis

« Juliette, faisant suite et servant de conclusion à la Nouvelle Justine, dont les aventures forment 4 volumes, le tome premier de Juliette, dont l’histoire en contient 6, a été coté tome V, et ainsi de suite jusqu’au tome X inclusivement.

« Les deux ouvrages, quoique se liant ensemble, se vendent séparément.

« Les quatre premiers volumes contiennent un frontispice et 40 gravures.

« Les six derniers 60 gravures. »


«Au tome IX, page 362, se trouve la note significative que voici, et qui donne une idée du ton général des 10 volumes :


« On nous avait fait, dans Justine, la mauvaise chicane de n’avoir introduit sur la scène que des scélérats masculins. Nous voici, grâce au Ciel, à l’abri de ces reproches désolans… »


Ajoutons que le marquis avait remanié encore une fois sa Juliette et que cette nouvelle version fut saisie, le 5 mars 1801, et servit de prétexte à l’arrestation du marquis chez son éditeur Bertrandet, à qui il venait l’apporter. La véritable cause de l’arrestation était Zoloé (v. 538), mais la Nouvelle Juliette, saisie, ne fut pas rendue et on n’en a plus entendu parler.


525-526-527-528. — La Nouvelle Justine, ou Les Malheurs de la Vertu. Ouvrage orné d’un frontispice et de quarante sujets gravés avec soin. Ou n’est point criminel pour faire la peinture, des bizarres penchans qu’inspire la nature. » Tome Premier [Second, Troisième, Quatrième]. — En Hollande 1797.

Double du 515 à 518.

4 volumes brochés couv. de pap. vert, non rognés, avec les figures.


529-530-531-532-533-534. — La Nouvelle Justine ou Les Malheurs de la vertu, suivi de L’Histoire de Juliette

Suite des précédents et double des 519 à 524.

6 volumes brochés, non rognés, sans les figures.


535-536. — La Philosophie dans le Boudoir, ouvrage posthume de l’auteur de Justine. Tome Premier [Deuxième]. « La mère en prescrira la lecture à sa fille. ». — A Londres. Aux dépens de la Compagnie, MDCCXCXV. [sic]

2 volumes in-18 de 1 f. n. chif. 180 et 214 p., reliure empire, veau vert, dent, sur les plats et roulette intér. dos orné pièces, tranches dorées, avec 1 frontispice non libre et 4 figures libres (2 à chaque volume). Par le marquis de Sade.

(Voir 537 et 802-803).

Posthume est mis ici à dessein. Sade n’avouait pas être l’auteur de Justine. Il écrivit même et publia une brochure pour s’en défendre. M. Henri d’Alméras doute s’il faut attribuer La Philosophie au marquis. Ni Restif ni personne n’en a jamais douté. Cela saute aux yeux. Il suffit de lire l’ouvrage. D’autre part, dans la Nouvelle Justine, le marquis cite complaisamment la Philosophie dans le boudoir, ce qu’il n’aurait point fait d’un livre où l’on s’appropriait ses idées. Voici la citation :


« Lorsque les femmes entrèrent avec le Prélat, elles trouvèrent dans ce local un gros abbé de quarante-cinq ans, dont la figure était hideuse, et toute la construction gigantesque, il lisait, sur un canapé, la Philosophie dans le boudoir. »


M. Jean Florence (loc. cit., nos 501-502), dit :


« C’est un joli titre que la Philosophie dans le boudoir et qui promet mille choses ingénieuses, légères et brillantes. Il n’en tient que de lourdes et de plates. Le paradoxe de Diderot est un papillon ; celui du marquis est un gros papillon de nuit qu’on entend bourdonner, qu’on voit venir, comme ou dit, de très loin et très longtemps avant de le voir. Dès qu’on l’a vu, on l’a assez vu. Le paradoxe de Diderot, qui vient inattendu comme un refrain dans la rue, tourne le coin et disparaît avec désinvolture aussitôt qu’il s’est montré. Le paradoxe de de Sade se prélasse lourdement, se pavane comme un benêt, s’épuise en vains efforts pour se montrer sous toutes ses faces, pour s’imposer à l’attention, il voudrait bien être impertinent, il ne réussit qu’à être insupportable. Et, comme bien on pense, le style vaut la pensée. Celui-ci ne vaut pas même le style des gazettes du temps. On traverse de mornes steppes de papier imprimé sans rien trouver de bien tourné, d’élégant, de gracieux, sans la moindre trace qui révèle un esprit curieux, sinon un artiste, une main habile, sinon un génie profond. L’expression est vague, flottante, indécise, incolore, l’exposé va à la dérive et, malgré une apparence de rigueur et un étalage de logique, on le suit désarticulé et sans force. Si tous les pornographes écrivaient de ce style, nous n’aurions bientôt plus à lire que les discours de M. Bérenger et les mandements des Évêques. On ne supporte pas une caillette qui tient bureau d’esprit. A-t-on idée d’un écrivain qui tient bureau d’immoralité ? L’immoralité en dix leçons, voilà la Philosophie dans le boudoir et le sous-titre que l’on propose n’a vraiment rien de séduisant. Catéchisme pour catéchisme, j’aime mieux l’autre, le vieux ; il a du moins l’avantage d’être beaucoup moins long, car de Sade n’a pas seulement l’imagination meurtrière, il a la dissertation mortelle, et parmi toutes les tortures qu’il imagine pour les victimes imaginaires de sa manie, s’il a oublié celle du bâillement, c’est qu’il l’a réservée à ses lecteurs. »


537. — La Philosophie dans le Boudoir, ouvrage posthume par l’Auteur de Justine. Tome premier [second] « La mère en prescrira la lecture à sa fille. » — Londres. Aux dépens de la Compagnie, MDCCXCXV.

2 parties en 1 volume in-18 (vers 1835) de 172 et 216 p., demi-reliure veau brun, plats marbrés, dos orné, entièrement non rogné, avec 10 lithos libres avec des personnages vêtus à la mode de 1830. Par le marquis de Sade. Ex-libris de M. Lebrun.

Voir 535-536 (notre notice), et 802-803.


538. — Zoloé et ses deux Acolythes, ou Quelques décades de la vie de trois Jolies femmes. Histoire véritable du siècle dernier, par un contemporain. A Turin ; se trouve à Paris, chez tous les marchands de nouveautés. De l’imprimerie de l’auteur, Messidor, an VIII.

1 volume in-12 de xii-142 pages, reliure moderne, maroquin vert poli, plats et dos ornés de filets à froid, tête dorée, ébarbé. Frontispice signé Lepagelet sc. Quelques feuillets racommodés.

Par le marquis de Sade.

Pamphlet contre Joséphine de Beauharnais, alors épouse du Premier Consul. Les Deux Acolythes que lui adjoint l’auteur, sous les noms de Laureda et de Volsange, sont Mmes Tallien et Visconti.

Cet ouvrage, dont il y a deux autres éditions de la même année et une édition publiée ouvertement en 1826, est devenu rare.

Au mois de juillet 1800, le marquis fit paraître Zoloé et ses deux Acolythes, roman à clef qui provoqua un énorme scandale. On y reconnaissait le Bonaparte (d’Orsec, anagramme de Corse), Joséphine (Zoloé), Mme Tallien (Laureda), Mme Visconti (Volsange), Barras (Sabar), Tallien (Fessinot), etc. Le marquis avait été obligé de l’éditer lui-même[2]. Son arrestation fut décidée le 5 mars 1801 ; il fut arrêté chez son éditeur, Bertrandet, à qui il devait remettre un manuscrit remanié de Juliette qui servit de prétexte à cette arrestation. Il fut enfermé à Sainte-Pélagie, de là transféré à l’hôpital de Bicêtre, comme fou, et enfin enfermé à l’hospice de Charenton, le 27 avril 1803. Il y mourut à l’âge de 75 ans, le 2 décembre 1814.


539. — La tentation de Saint Antoine. Ornée de figures et de Musique. — A Londres, MDCCLXXXIV.

1 faux titre et 10 feuillets (dont le titre) entièrement gravés, tirés d’un seul côté, plus huit pages de musique gravée. Avec un front. et 8 planches faisant vis-à-vis aux couplets du texte. Papier de Hollande. Par M. J. Sedaine.

Suivi de :

Le Pot-Pourri de Loth. Orné de figures et de musique. A Londres, M. DCC. LXXXIV.

1 faux titre et 10 feuillets de texte gravés (dont le titre) plus 12 pages de musique gravée, 1 frontispice de 8 planches.

Par Poinsinet.

Le tout forme un très bel exemplaire sur Hollande, presque intact de marge, en 1 vol. gr. in-8, reliure ancienne, veau marbré vert et rouge, plats encadrés ; dos orné, tranches dorées.

Un autre exemplaire à 540.


540. — La Tentation de Saint Antoine

Suivi du Pot-Pourri de Loth.

Double du 539. Demi-reliure moderne, maroquin Lavallière avec coins, dos janséniste, tête dorée, non rogné. Bel exemplaire lavé et encollé.


541. — La Foutro-Manie. Poème Lubrique.

Scilicet is Superis labor est, ea cura quietos
Sollicitat…
Scilicet is Superis labVirg. Æneid.


A Sardanapolis, aux Dépens des Amateurs, 1780.

1 volume in-8° de 80 p. Demi-reliure moderne, dos gris rouge, plats papier chagriné, filet, dos orné, tranches jaspées. Ex. d’Alfred Bégis saisi à son domicile et déposé à la Bibliothèque en 1866. Avec 7 figures libres. Par Sénac de Meilhan.

Le Catalogue Soleinne attribue faussement ce poème à Mercier de Compiègne,

2 autres exemplaires de cette édition à 542. Voir aussi 34, 543, 544, 545, 546, 548, 823.


542. — La Foutro-Manie. Poème Lubrique.

Scilicet is Superis labor est, ea cura quietos
Sollicitat…
Scilicet is Superis labVirg. Æneid.


A Sardanapolis, aux Dépens des Amateurs, 1780.

Double du 541. Ex. court de marges, demi-reliure vélin blanc, dos pièce rouge. Les gravures manquent. Ex. d’Alfred Bégis saisi à son domicile et déposé à la Bibliothèque en 1866.


543. — La Foutro-Manie. Poème lubrique, suivie de plusieurs autres Pièces du même genre.

Scilicet is Superis labor est, ea cura quietos
Sollicitat…
Scilicet is Superis labVirg. Æneid.


A Sardanapalis. Aux Dépens des Amateurs MDCCLXXX.

1 volume in-18 de 108 p. demi-reliure, toile anglaise, plats marbrés, ébarbé. Sans gravures.

Suivi de : La Comtesse d’Olonne, comédie (de Grandval). — Ode à Priape, de Piron. — Etymologie de l’aze-te-foute, conte en vers.

Voir 34, 541, avec notre notice, 542, 544, 545,546, 548, 823.


544. — La Foutro-Manie. Poème Lubrique, en six chants.

Scilicet is Superis labor est, ea cura quietos
Sollicitat…
Scilicet is Superis labVirg. Æneid.


A Sardanapolis, Aux Dépens des Amateurs.

1 volume in-8 s. d. de 72 pages (fin de 1778). Titre encadré. Demi-reliure, toile jaune, plats marbrés, non rogné.

Voir 34, 541, avec notre notice, 542, 543, 545,546, 548, 823.

C’est la première édition de ce poème maintes fois réimprimé et dont la dernière édition paraît être celle qui porte la rubrique de « Biblipatam, 1830, in-18, 6 fig. libres » (le poème n’a que 5 chants). Cet ouvrage est suivi, dans certaines éditions, soit de la Comtesse d’Olonne, soit de la Confédération de la nature, ou encore de l’Art de se reproduire, parodie de l’Art poétique, par le chevalier du Coudray.

La destruction de ce livre a été ordonnée par arrêt de la Cour royale de Paris, en date du 19 mai 1815 (point d’insertion au Moniteur).

Depuis, par jugement du tribunal correctionnel de la Seine, en date du 2 juin 1865 (6e Ch.), inséré au Moniteur du 8 nov. suivant, la destruction de ce poème lubrique a encore été ordonnée (Aff. contre Gay).

« Dans son livre Procès des raretés Bibliographiques, Gay fait remarquer que la Foutromanie n’avait pas été éditée par lui, et n’avait pas été destinée par lui à la vente. C’est un vieux volume relié qui a été trouvé chez lui lors de la saisie. Il l’avait acheté pour son usage personnel, afin de le consulter au cours de ses recherches en vue de la préparation d’une note bibliographique.

« Cette objection qui tend à prouver la bonne foi de J. Gay, et aussi à démontrer que, depuis 1830, il n’aurait pas été fait de réimpression de cet écrit, n’a pas de valeur au point de vue juridique ; car on sait que la présence d’un écrit ou d’un dessin, dans la boutique d’un éditeur ou libraire, suffit pour établir et constituer les caractères de la mise en vente » (Drujon).


545. — La Foutro-Manie, chant premier.

1 volume in-18 s. l. n. d. de 84 p., cartonné, papier gris, avec 8 figures libres, extraites de la série de Carrache. Les pages de titre et du faux-titre manquent.

Suivi de : Quatrain du comte de Guiche à M. d’Olonne. — Ode à Priape. — Le Chapitre général des Cordeliers.

Voir 34, 541 (notre notice), 542, 543, 544, 546, 548, 823.


546. — La Foutromanie. Poème Lubrique, orné de figures.

Scilicet is Superis labor est, ea cura quietos
Sollicitat…
Scilicet is Superis labVirg. Æneid.


A Londres.

1 volume s. d. (Paris, Cazin ?) petit in-12 de 142 et 6 p., avec 14 belles gravures libres. La page de titre est refaite à la main.

Suivi de :

Quatrain du comte de Guiche à M. d’Olonne (par Grandval).

La comtesse d’Olonne, comédie de M. de Bussi-Rabutin (par Grandval).

Ode à Priape, par M. Piron.

Etymologie de l’Ase-te-foute, conte.

La Confédération de la Nature, ou l’Art de se reproduire.

Ainsi que Mars, la Nature a son Champ.
Ainsi que Mars, la Nature a son (Anonyme).


A Londres, 1790.

A. — L’Editeur aux deux sexes.
B. — Préface.
C. — Epitre (en vers).
D. — L’Art de se reproduire.

Le Chapitre général des Cordeliers.

Le Débauché converti (conte de Robbé de Beauveset).

Pièces diverses (Epigrammes, contes, etc.).

Recette pour rester sage.


Voir 34, 541 (notre notice), 542, 543, 544,545, 548, 823.

Relié avec le 547.


547. — Parapilla. Poème en cinq chants. Traduit de l’italien. A Londres, MDCCLXXXII.

1 volume pet. in-12 de 43 p. Avec 6 belles figures libres.

Relié avec le 546.

Double du 254. Par Ch. Borde.

Voir 64 (avec notre notice), 253, 254, 255, 302, 823.

Deux ouvrages formant ensemble 1 vol., reliure ancienne maroquin rouge, triples filets, dent, inter., dos orné pièce, tranches dorées. Ex. d’Alfred Bégis saisi à son domicile et déposé à la Bibliothèque en 1860.


548. — La Foutro-Manie. Poème Lubrique en six chants suivie Du Temple de l’Amour. Nouvelle édition, revue corrigée et augmentée, enrichie de gravures des meilleurs maîtres. Dédié au beau sexe de Paris.

Scilicet is Superis labor est, ea cura quietos
Sollicitat…
Scilicet is Superis labVirg. Æneid.


A Londres, Aux dépens de la Chambre des Pairs, et imprimée sous les yeux de S. A. R. Monseigneur le Duc d’Orléans, premier Prince du Sang, 1791.

1 volume in-8 de 75 p., broché, couv, de papier rose. (Édition Cazin ?) Avec 1 frontispice et 8 gravures libres bien gravées, dont 6 sont les copies retournées de la suite parue dans le n° 546.

Suivi de : Epitre des foutromanes. — Quatrain du comte de Guiche. — Recette pour rester sage, conte. — Le Temple de l’Amour, poème.

Voir 34, 541 (notre notice), 542, 543, 544, 545, 546, 823.


549-550. — Le Parnasse Satyrique du sieur Théophile, suivi du Nouveau Parnasse Satyrique. Edition revue sur toutes les éditions du xviie siècle, corrigée et annotée. Tome Premier [Second]. L’an MCCCLXLV (sic).

2 volumes in-12 s. l. de iv-230 et 246 pages, plus 1 f. n. ch. (prospectus de la bibliothèque érotique). Brochés, sans couv, impr. (1364 pour 1864) (Bruxelles Poulet-Malassis). Avec un frontispice sur Chine volant, par Félicien Rops.

Divers exemplaires des éditions anciennes et des réimpressions se trouvent à la Réserve. Seul, cet exemplaire, dont le frontispice n’est pas libre, a été classé à l’Enfer.

Cette réimpression du Parnasse Satyrique a été condamnée à la destruction : 1° par jugement du tribunal correctionnel de Lille, en date du 6 mai 1868, inséré au Moniteur du 19 septembre suivant, pour outrages à la morale publique et religieuse ainsi qu’aux bonnes mœurs.

On sait que, par arrêt du 19 août 1623, le Parlement a condamné Théophile à être brûlé vif, Berthelot à être pendu et Colletet à un bannissement de 9 ans, comme auteurs du Parnasse Satyrique. Heureusement pour eux, cette sentence sévère ne fut point exécutée.

Nous ne raconterons pas ce procès célèbre que la plupart de nos lecteurs ne sont pas sans ignorer, et auquel M. Frédéric Lachèvre vient de consacrer un prodigieux travail (Le Procès de Théophile, Paris, Champion, 1911). Reproduisons seulement le document suivant, que M. Alleaume a fait figurer dans son édition, des Œuvres complètes du poète (Paris, P. Jeannet, 1856) :


« Arrest de la Cour du Parlement par lequel les sieurs Théophile, Berthelot et autres sont déclarez criminels de leze-majesté divine pour avoir composé et fait imprimer des vers impies contre l’honneur de Dieu, son Eglise et honnesteté publique.

« Avec deffenses, à toutes personnes d’avoir ny tenir aucuns exemplaires du livre intitulé le Parnasse Satyrique, n’autres œuvres dudit Théophile, sus peine d’estre déclarez fauteurs et adherans dudit crime et punis comme les accusez.

« A Paris, chez Antoine Vitray, au collège Sainct-Michel, 1623 (8 p. in-12).

« Arrest de la Cour du Parlement contre Théophile et autres faiseurs de vers impies, exécuté le 19 aoust 1623.

« Veu par la Cour, les Grande Chambre et Tournelle assemblées, l’arrest d’icelle du unze juillet dernier, par lequel, sur la plainte faite par le procureur général du roy et livres par luy representez, avoit esté ordonné que les nommez Théophile, Bertelot, Colletet et Frenique (lisez : Frenicle), autheurs des sonnets de vers contenans les impietez, blasphemes et abhominations mentionnées au livre très pernicieux intitulé Le Parnasse Satyrique, seroient pris au corps et emmenez prisonniers en la Conciergerie du Palais, pour leur estre le procez fait et parfait, et où ils ne pourroient estre appréhendez, adjournez à trois brefs jours à son de trompe et cris publics à comparoir en icelle ; exploits de perquisition faicts de la personne des dits accusez, adjournemens à trois brefs jours, les défauts à trois brefs jours obtenus en ladite Cour par le procureur général du roy contre iceux accusez le 5 aoust et autres jours suivans ; autres livres et œuvres dudit Théophile imprimez par les nommez Bilaine et Quesnel ; conclusions du procureur general du roy ; tout considéré, dit a esté que lesdits deffauts ont esté bien et deuemcnt obtenus, et, pour le profit d’iceux, ladite Cour a déclaré et déclare lesdits Théophile, Berthelot et Colletet, vrays constumax, atteints et convaincus du crime de leze majesté divine, et, pour réparation, les a condemnez et condemne, sçavoir : lesdits Théophile et Berthelot à estre menez et conduits des prisons de la Conciergerie en un tombereau au-devant la principale porte de l’église Nostre-Dame de ceste ville de Paris, et illec, à genoux, teste, pieds nuds, en chemise, la corde au col, tenans chacun en leurs mains une torche de cire ardente du poids de deux livres, dire et déclarer que très meschamment et abhominablement ils ont composé, fait imprimer et exposer en vente le livre intitulé le Parnasse Satyrique, contenant les blasphemes, sacrileges, impietez et abhominations y mentionnées contre l’honneur de Dieu, son Eglise et honnesteté publique, dont ils se repentent et en demandent pardon à Dieu, au roy et à justice. Ce fait, menez et conduits en la place de Grève de ceste dite ville, et là ledit Théophile bruslé vif, son corps réduit en cendres, icelles jettées au vent, et lesdits livres aussi bruslez, et ledit Berthelot pendu et estranglé à une potence qui, pour ce faire, y sera dressée, si pris et appréhendez peuvent estre en leurs personnes ; sinon, ledit Théophile par figure et représentation, et ledit Berthelot en effigie à un tableau attaché à ladite potence. Tous et chacun leurs biens déclarez acquis et confisquez à qui il appartiendra, sur lesquels et autres non subjects à confiscation sera preallablement pris la somme de quatre mil livres d’amende applicables à œuvres pies, ainsi que ladite Cour advisera, et a banny et bannit ledit Colletet pour neuf ans hors du royaume ; luy enjoint de garder son ban, à peine d’estre pendu et estranglé ; et, en tant que touche ledit Frenide (sic), a permis et permet audit procureur general du roy faire informer plus amplement contre luy des cas mentionnez audit procez, circonstances et dependances ; fait ladite Cour inhibitions et défenses à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu’ils soient, d’avoir et retenir par devers eux aucuns exemplaires dudit livre intitulé Le Parnasse Satyrique, n’autres œuvres dudit Théophile, ains leur enjoint les apporter et mettre dans vingt-quatre heures au greffe criminel d’icelle, pour estre pareillement bruslez et réduits en cendres, sur peine, contre les contrevenans et qui s’en trouveront saisis, d’estre declarez fauteurs et adherans dudit crime et punis comme les accusez. Outre, ordonne que les libraires, nommez Estoc, Sommaville, Billaine et Quesnel, qui ont imprimé les œuvres dudit Théophile, seront pris au corps et amenez prisonniers ès prisons de la Conciergerie du Palais pour estre ouys et interrogez sur aucuns faicts resultans dudit procez, et, où ils ne pourront estre apprehendez, seront adjournez à trois brefs jours à son de trompe et cry public à comparoir en icelle, leurs biens saisis et commissaires y establis jusques à ce qu’ils ayent obéis.

« Prononcé et exécuté le 19 aoust 1623. »

Si ce sinistre charabia n’eut pas les suites qu’il promettait, l’on se rattrapa, quelques années plus tard, en brûlant l’infortuné Claude Le Petit.


551. — Cléon, rhéteur cyrénéen, ou Apologie d’une Partie de l’Histoire Naturelle. Traduit de l’italien. Ille meos, primus qui me sibi junxit, amores Abstulit.
Virg. Ænæid. 4. v. 28.
A Amsterdam, 1750.

1 volume in-8, de 4 f. n. chif. (y compris le titre) et xxiv-100 p. Reliure ancienne, veau marbré, dos orné, tranches rouges. À la fin 4 f. manuscrits donnant la Clef assez complète des anagrammes et métaphores de l’auteur. Par Charles-Claude-Florent Thorel de Champigneulles.

2 autres exemplaires à 552 et 553.


552. — Cléon…

Double du 551, reliure ancienne, veau, dos orné, tranche rouge.

Pas de clef à la fin.


553. — Cléon…

Double des 551 et 552.

On a ajouté à ce volume, après la préface, une clef manuscrite, sur des feuillets remmargés. (Clef moins complète que celle du n° 551). En outre, une gravure galante, en taille douce, a été jointe, à la page 66.

Relié avec le 554.

Reliure de maroquin vert avec des attributs sexuels. Voir deux autres exemplaires de cette reliure à 231-232 et 324. (Celle-ci provient évidemment du même cabinet).

Nous reproduisons, bien qu’elle soit très incomplète, la « Clef » manuscrite qui accompagne cet exemplaire, et qui est surtout curieuse à cause des réflexions dont son auteur a fait suivre la traduction de chaque mot :

Cléon — Le C…

Inciolino — Joli C… (Presqu’impossible).

Vicaire — Doigt du milieu (Très nécessaire).

Per Ministre — La Tête.

Nasirola — La Raison.

Mentegui — Le Jugement.

Demichog : — Godmiché (Triste ressource).

Poncetti — Petit C… (Rien de si rare).

Dieu de Lampsaque — Priape.

Fervieto — V… de fer (Phénomène).

Cassone — C…asse (Assez commun).

Tramneo — Matronne.

Meeta — Déesse du Silence.

Stafiero — Tout défait.

Passeruti — V… passé (Qu’il y en a !)

Bilardure — V… durable (Qu’ils sont rares !)

Mutolité — V… molet (Il n’y a presque de cela) (sic).

Rubego — Bougre (Antipathie des femmes. Quel fléau pr elles).

Maia — Mère de Mercure.

Les réflexions indiqueraient une rédactrice plutôt qu’un rédacteur…


554. — Le Canapé couleur de Feu, par M. de ***. — A. Amsterdam, par la Compagnie des libraires, MDCCXLI.

1 volume in-12 de 115 p., relié avec le 553 (voir la note concernant la reliure à ce numéro).

Il y a quelques corrections à l’encre à ce volume.

À été attribué à Gresset, mais il a pour auteur Fougeret de Montbron.

Petit conte de fée, en onze chapitres. Histoire d’un homme transformé en chien, puis en canapé. Ce conte, qui n’est pas oriental, est le prototype du Sopha de Crébillon fils et autres petits romans à métamorphoses dont le dernier est l’Odyssée d’un Pantalon, par E. D. (Un ex. à l’Enfer).

Bien qu’on ne trouve point au Moniteur de texte de jugement, ou d’arrêt condamnant spécialement cet ouvrage, il est cité comme ayant été supprimé, dans la première partie du Catalogue des ouvrages condamnés comme contraires à la morale publique et aux bonnes mœurs, publié, en 1874, à la librairie des publications législatives de M. A. Wittersheim.

Ajoutons que le Canapé couleur de feu est un conte spirituel dont la morale publique n’a point à s’alarmer.


555. — Le Voluptueux hors de Combat, ou Le Défi Amoureux de Lygdame et de Chloris. Nouvelles Poésies galantes en françois et latin. — A Cythéropolis, chez Pierre l’Arretin, imprimeur de l’Académie des Dames, à la Vénus de Grèce.

1 volume in-8 de 64 pages plus 25 p. manuscrites. Reliure ancienne, veau fauve, filets à froid, dos orné, titre en long, tranches rouges. Précieux exemplaire. Sur le titre est la signature du Comte de Caylus (1638).

Texte en latin. Traduction française manuscrite inédite, par le comte Anne-Claude-P. de Caylus.

Des bibliographes ont attribué cet ouvrage à D’Estaing, mais Barbier nous affirme que le poème latin a été apporté en France par le chevalier Venieri, ambassadeur de Venise, et traduit en français par Ansselin, avec quelques vers de l’abbé Jacques Destrées.

Cet exemplaire contient : Elégie. — Le Défi Amoureux, poème (pour le texte français). Puis, le texte latin du poème, et une traduction manuscrite (26 p.) de ce dernier (dont le texte latin n’accompagnait qu’une imitation versifiée d’Ansselin, moins exacte). Cette traduction paraît de la même écriture que la signature du titre ; elle serait donc un autographe du comte de Caylus et probablement son œuvre. Nous ne croyons pas qu’elle ait été jamais publiée.

Voir aussi 556, 557 et 558.


556. — Le Voluptueux hors de Combat, ou Le Défi Amoureux de Lygdame et de Chloris. Nouvelles Poésies galantes en françois et latin. — A Cythéropolis, chez Pierre l’Arretin, imprimeur de l’Académie des Dames, à la Vénus de Grèce.

Double du 555, cartonnage dos toile, plats gris, (Le texte imprimé seulement, bien entendu).


557. — Le Voluptueux hors de Combat, ou Le Défi Amoureux de Lygdame et de Chloris. Nouvelles Poésies galantes en françois et latin. — A Cythéropolis, chez Pierre l’Arretin, imprimeur de l’Académie des Dames, à la Vénus de Grèce.

Double des 555 et 556, cartonnage dos toile, plats marbrés.


558. — Le Voluptueux hors de Combat, ou Défi Amoureux de Lygdame et de Chloris. — A Amsterdam.

1 volume pet. in-8° de 47 p. cartonné papier gris. La traduction en vers d’Ansselin seulement ; texte encadré (xviiie siècle).

Voir 555, avec notre notice, 556 et 557.


559. — La | Pvttana | Errante.

1 volume s. l. n. d. et. in-8 de 4 cahiers de 8 ff. n. ch. signés A. G. et 2 f. blancs, lettres rondes. Peut-être la plus ancienne édition. Texte italien.

Voir 89, 156, 220 et 560.

Suivi de :


559 bis. — La | Zaffetta.

Pet. in-8 de 22 feuillets, n. ch. dont les deux derniers blancs (lettres rondes).

Texte italien — Après le titre, un feuillet relié manuscrit, contenant une notice en italien. Ensemble, 1 vol. rel. moderne, maroquin noir à grain long, à compartiments ornés en or et à froid, dent. intér., dos orné en or et à froid, ébarbé. Ravissant exemplaire.

Pour la Zaffetta, voir le n° 541.


560. — La | Pvttana | errante, | di | Maf. Ven.

1 volume très petit in-8 s. l. n d. de 5 cahiers de 8 ff. non chif. signés A. E., le dernier cahier de 4 ff. seulement (lettres rondes) ; il paraît manquer un des feuillets liminaires, celui signé A 3. Le premier feuillet est occupé par le titre encadré d’un dessin sur bois, et blanc au verso, le 2e par un portrait de Maf, Ven. (Maffeo Veniero, évêque de Corfou), en médaillon, très beau d’expression. Au verso, l’avertissement : Ai Lettori. Cependant la remarque Del. concorde bien avec le femllet suivant qui porte le titre de départ : Della Pvttana errante (Lettres rondes).

Contient : Une préface, Ai Lettori, qui est un chef-d’œuvre en une page, le poème, puis deux sonnets ; Pasquino alli Lettori et Il divin Pietro Aretino, all’ Autore.

Voir 89, 156, 220 et 559.


561. — La | Zaffetta, | di | Maf. Ven.

1 volume en très petit in-8 s. l. n. d. de 2 cahier de 8 ff. n. ch. signés A. B. Au verso du titre encadré d’un dessin sur bois (portrait de Maf. Ven.), médaillon sur bois, le même que ci-dessus mais mal tiré (lettres italiques).

Relié avec les 560 et 562.

Voir 559.


562. — La | Cazzaria | del C. M.

1 volume très petit in-8 de 4 ff. n. ch. avec vignettes, 1 portrait sur bois d’une vigueur remarquable.

Relié avec les 560 et 561. En italien.

Suivi de : Persuasiva efficace, per coloro, che schifano la delicatezza del tondo.

Cette Cazzaria est un petit poème de 18 strophes de 8 vers qu’il ne faut pas confondre avec le dialogue d’Anton. Vignale, dit l’Arsiccio Intronato.

Les initiales C. M. indiquent comme l’auteur de ce poème le Cavalière Marino. Le portrait est celui du même chevalier romain.

La Cazzaria tient 3 feuillets, et la Persuasiva… 1 feuillet.

Ensemble 3 ouvrages en 1 vol. in-8 reliure ancienne (xviiie siècle), veau fauve, dent. intér., dos orné, tranches dorées.

Voir 67, 565 et 566.


563. — Valentine, ou Le V… Coupé, poëme en sept chants, par l’Abbé Bazin, Evêque de Mizoura en Mizourie. Orné d’une figure en taille douce. « Ride si sapis. » — Paris, An VII de la République.

Attribué à Voltaire par la préface.

Suivi de :


563 bis. — Histoire de Raoul d’Aigremont. L’anneau qui fait roidir et allonger les V… Conte joyeux tiré du gaulois et mis en bon français, par l’Abbé Bazin. Avec une figure en taille-douce. — Paris, An VII de la République.

du Fabliau de Haisiaux et d’un conte en vers : Le Consommé.

Broché avec le 563. Ensemble 1 vol. de iii-99 pp., broché, sans couv. impr. Papier de Hollande.

Voir 564.


564. — La vie et l’œuvre de Feu l’Abbé Bazin, évêque de Mizoura en Mizourie. « Ride si sapis »… — Paris, An VII.

1 volume in-12 de iii-176 pp., avec 2 belles gravures, dont une libre. Demi-rel. bazane marron, plats marbrés, couv. orange, dos orné, tranches marbrées. Il semble qu’il faudrait 4 ff. liminaires pour concorder avec le chiffre de la première page chiffrée, cotée 9.

Contient :

Avertissement de l’Editeur.

Introduction.

La vie et l’œuvre de jeu l’abbé Bazin

Valentine, poème en 7 chants. Avec 1 fig. en taille douce (n° 42). Attrib. à Voltaire.

Histoire de Raoul d’Aigremont (p. 101). Attribué à Voltaire.

Haly, fils d’Haly-Bed, conte arabe (p. 129).

Le Consommé, conte en vers (p. 174-176), attribué à Voltaire qui l’inséra avec la vie apocryphe de l’abbé Bazin (dans sa Philosophie de l’Histoire, Genève 1765). Mais le carnet inventaire l’attribue à Pons de Verdun.


565. — La | Cazzaria, | de lo arsic | cio intro | nato.

1 volume petit iii-8° s. l. n. d. de 91 p. Reliure ancienne, maroquin rouge, large encadrement aux petits fers et dent, intér., dos orné, tranches dorées. Texte en italien.

Voir 67, 562 et 566.

Note à l’encre (écriture du xviiie siècle) sur la page de garde :


« L’auteur della Cazzaria est Anton Vignale di Buonagiunta de Sienne instituteur (sic) de l’Académie des Intronati de cette ville.

« Cette Académie ne subsiste plus depuis environ 200 ans. Cet auteur vivoie (sic) entre les années 1520 à 1560. Son nom académicien étoit L’Arsiccio intronato.

« Le Perche est une imitation en vers della Cazzaria.

« Le livre della Cazzaria est de la plus grande rareté, et si rare que les plus savans Bibliographes soutène (sic) qu’il en (sic) existe aucun exemplaire imprimé. »


On a ajouté au volume, en feuille libre, une notice bibliographique signée Molini, Paris, le 19 Germinal l’an 8e et portant quelques corrections et adjonctions de la main du citoyen Leblond. Cette longue note jointe à l’exemplaire indique qu’il appartenait au prince de Conti d’où il passa chez Prault, chez Jeyliotte, chez Camus de Lymare, chez Molini…,

L’auteur de la Cazzaria est, en effet, Antonio Vignale (ou Vignali) di Buonagiunti, qui mourut vers 1559. Il fonda entre 1525 et 1530 l’Académie des Intronati, c’est-à-dire des Hébétés, il choisit le titre d’Arsiccio Intronata, ou archi-hébété. Il y aurait quatre éditions anciennes desquelles la première, en caractères italiques, aurait paru à Venise et porterait la date de 1531. La Cazzaria est un dialogue fécennin d’une érudition singulière et peu commune. Alcide Bonneau, qui l’a traduite, a signalé quelques points de contact — probablement de simples rencontres — avec le Moyen de Parvenir. La Monnoie faisait grand cas de ce qu’il appelait : « un Dialogue merveilleux de l’Arsiccio Intronato ».

Ajoutons que Molini, auteur de la note bibliographique jointe au volume, était un très curieux personnage parisien de son temps.

Gian-Claudio Molini, fut un très bon libraire, et bien qu’il ne fût pas extrêmement lettré, ne connaissant rien des langues anciennes, c’était un bibliographe de première force. Il donna d’excellentes éditions très correctes d’auteurs italiens, du Ninfale Fiesolano, de Boccace, des œuvres de Batacchi. Molini vendait très cher des livres rares qu’il savait seul dénicher. Il mourut à Paris, à 88 ans, le 9 octobre 1812. Il était l’oncle de Giuseppe Molini, éditeur et bibliographe de Florence. La famille Molini était française d’origine. Venant du Vivarais, elle alla s’établir à Pise en 1666.


566. — Dialogo Intitulato | La Cazzaria, del L’arsiccio intro-nato.

1 vol. s. l. n, d. pet. in-8° de 91 p., rel. de maroquin bleu à grains longs, à compartiments, orné à froid et en or, dent, intér., dos orné à froid et en or, tranches dorées. Caractères italiques, du même nombre de pages que le précédant ; mais l’imposition et la justification diffèrent. Les 6 premières pages consacrées aux préliminaires manquent. Toutefois le poème est complet, car il ne commence qu’à la page 7. Par Ant. Vignali.

Voir 67, 562 et 565.


567. — Exercices de Dévotion de M. Henri Roch avec Mme la Duchesse de Condor, par feu M. l’Abbe de Voisenon, de joyeuse mémoire et, de son vivant, membre de l’Académie Française. A Vaucluse, 1786.

1 volume in-12 de 104 pages. Page de titre gravée. Sans figures. Une semble avoir été arrachée.

Voir 74, 568 et 569.


568. — Les exercices de Dévotion de M. Henri Roch avec Mme la Duchesse de Condor, par feu l’Abbe de Voisenon, de joyeuse mémoire, et de son vivant, membre de l’Académie Française. Edition revue sur l’édition originale sans lieu ni date et sur l’édition de Vaucluse, 1786. Amsterdam, Aux dépens de la Compagnie.

1 volume de 108 pages. Avec 1 frontispice libre en deux états, noir et rouge. Réimpression moderne.

Voir 74, 567 et 569.


569. — Exercices de dévotion…

Double du 568.


570. — Lettre Philosophique, par M. de V***, avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de différents Auteurs. A Paris, Aux dépens de la Compagnie, MDCCLVI.

1 volume petit in-8°.

Voir 26 notre notice, et la liste des diverses éditions qui se trouvent à l’Enfer.


571. — Lettre Philosophique, par M. de V***, avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de différents Auteurs. A Berlin, Aux dépens de la Compagnie. MDCCLX.

1 volume.

2 autres exemplaires de cette édition à 572 et 730.

Voir 26, notre notice, et la liste des autres éditions qui se trouvent à l’Enfer.


572. — Lettre Philosophique, par M. de V***, avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de différents Auteurs. — A Berlin, Aux dépens de la Compagnie, MDCCLX.

Double du 571. Demi-reliure ancienne, veau fauve, dos orné, tranches jaspées.


573. — Lettre Philosophique, par M. DE V***, avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de différents auteurs. Nouvelle édition, revue et corrigée. — A Berlin, Aux dépens de la Compagnie, MDCCLXXIV.

Gr. in-8° de 151 p., reliure ancienne, veau écaille, dos orné pièce, tranches rouges. Bel ex. papier de Hollande ; ex-libris gravé de F. J. Ménage de Mondésir.

Double du 26.


574. — Lettre Philosophique, par M. de V***, avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de différents Auteurs. Nouvelle édition, revue et corrigée. — A Berlin, Aux dépens de la Compagnie, MDCCLXXIV.

Double des 26 et 573. Ancienne reliure veau écaille, dos orné, tranches jaspées.


575. — Lettre Philosophique, par M. de V***, avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de différents Auteurs. Nouvelle édition, revue et corrigée. — A Berlin, Aux dépens de la Compagnie. MDCCLXXV.

1 volume demi-reliure moderne, toile anglaise, plats marbrés, titre en long : Œuvres Diverses. Voir 26, notre notice, et la liste des autres éditions de cet ouvrage.


576. — Lettre Philosophique, par M. DE V***, avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de différents Auteurs. Nouvelle édition, augmentée de plusieurs pièces. — A Londres, MDCCLXXVI.

1 volume in-12 de 254 pages encadrées d’ornements, broché, couv. papier gris.

Deux autres exemplaires de cette édition à 577 et 578.

Voir 26, notre notice et la liste des autres éditions qui se trouvent à l’Enfer.


577. — Lettre Philosophique…

Double du 576.

Exemplaire non rogné, broché, couv. papier escargot.


578. — Lettre Philosophique

Double des 576 et 577, débroché.


579. — L’Odalisque. Ouvrage traduit du Turc, par Voltaire. — A Constantinople, chez Ibrahim Bectas, imprimeur du Grand Visir, auprès de la Mosquée de Sainte-Sophie. Avec privilège de sa Hautesse et du Muphti, 1796.

1 volume in-16 de viii-75 p., demi-maroquin rouge à long grain, plats marbrés, dos orné ; entièrement non rogné. Ex. sur gr. papier vélin, à toutes marges (taille d’un in-8), orné de 4 fig. libres en taille-douce tirées in-8, mais taché et qui vaudrait d’être lavé et encollé.

Note imprimée sur la page de garde :

« On trouve des exemplaires de cet ouvrage, à Paris, chez le Libraire, Cour Mandar, n° 9. »

Attribué à Voltaire, à Andrea de Nerciat, à Jean-François Mayeur de Saint-Paul, ou à Pigeon de Saint-Paterne.

Voici ce que dit Barbier :

« Une note écrite à la main sur le front. d’un ex. que j’ai vu dans le cab. de M. de Croisy, contient ces mots : — Remis à Genève, en 1871, par un secrétaire de Voltaire, qui l’avait écrite sous sa dictée. —

« M. du Croisy a écrit de sa main ces autres mots sur le même frontispice : — Par M. Pigeon de Saint-Paterne, sous-bibliothécaire de l’abbaye de Saint-Victor. —

« L’auteur de la Bibl. des ouvr. rel. à l’am., suppose que ce roman pourrait bien être dû à A. de Nerciat.

« M. Ch. Monselet l’attribue à J.-F. Mayeur de Saint-Paul.

« Dans tous les cas, il n’est certainement pas de Voltaire. »


Justement on remarque sur le titre une vignette avec les initiales J. F. M. entrelacées, qui ont fait penser que Mayeur de Saint-Paul était peut-être l’auteur de cette faible élucubration. Elle n’est pas plus de Nerciat qu’elle n’est de Voltaire. Ajoutons que l’édition de 1796 porte imprimée, en guise d’Avis de l’éditeur, une note qui concorde avec la note citée par Barbier :


« Voltaire a composé cet ouvrage à quatre-vingt-deux ans. Le manuscrit nous a été remis par son secrétaire intime, ce qui nous autorise à assurer l’authenticité de ce que nous annonçons. On verra qu’il nous aurait été facile de faire disparaître quelques expressions énergiques, mais une froide périphrase n’aurait pas aussi bien rendu l’expression du personnage. Au surplus nous pensons qu’il faut respecter un grand homme jusque dans les écarts de son imagination. »


L’Odalisque n’a été attribuée à Nerciat qu’à cause du titre de la 2e édition qui singeait celui du Diable au corps :


L’odalisque, ouvrage érotique, lubrique et comique, traduit du turc, par un membre extraordinaire de la joyeuse faculté phallo-coïro-pygo-glottonomique, à Stamboul, 1787.

In-12. C’est la deuxième édition ; elle parut, paraît-il, en Allemagne. Faisant allusion à ce titre modifié et copié en partie sur le titre du Diable au corps, Vital-Puissant avance sans élégance : « Nerciat aurait presque levé le voile qui cachait sa paternité. » On pourrait expliquer cela différemment. Cette seconde édition a sans doute été publiée par les mêmes imprimeurs qui avaient publié, en 1785, la première partie du Diable au corps, dérobée à Nerciat. Ils l’avaient intitulée : Les écarts du tempérament ou le catéchisme de Figaro ; quoi d’étonnant que, continuant leur contrebande de littérature, ils aient modifié le titre de l’Odalisque, l’amalgamant avec celui du Diable au corps, dont ils ne s’étaient pas servis !


580. — La Pucelle d’Orléans, Poème divisé en vingt-un chants, avec les notes de M. de Morza. Nouvelle édition, corrigée, augmentée d’un Chant entier, et de plusieurs morceaux répandus dans le corps de l’ouvrage, avec les Variantes que l’on a jointes à la fin de chaque Chant. — A Londres, MDCCLXXV.

1 vol. in-8° de xv-447 p., reliure ancienne, basane marbrée, dos orné pièce, tranches rouges, avec un frontispice et 18 (au lieu de 21) gravures libres. Celles des chants 5, 6 et 7 ont été arrachées. Par Voltaire,

Voir 581, 582, 583, 584 ; et : Suite de gravures pour la Pucelle, 585 et 586.

Le Chant entier, dont il est question dans le titre, est la Capilotade, déjà publié par Voltaire, en 1764, dans le volume intitulé : Contes de Guillaume Vadé, et sous le titre de : Un Chant d’un poème épique.

Ce poème, dit Decroix (Avertissement des éditeurs de Kehl), est un des ouvrages de M. de Voltaire qui ont excité en même temps et le plus d’enthousiasme et les déclamations les plus violentes. Le jour où Voltaire fut couronné au théâtre, les spectateurs qui l’accompagnèrent en foule jusqu’à sa maison, criaient également autour de lui : Vive la Henriade ! Vive Mahomet ! Vive la Pucelle !

En effet, excellemment écrite dans le genre marotique, la Pucelle devait rencontrer un succès plus grand encore que celui des Contes de La Fontaine. L’esprit du xviiie siècle, enjoué et libertin, a exclusivement raillé dans ce poème la Chasteté, — cette vertu comique, devait dire Stendhal.

Mais laissons de côté la critique littéraire pour les documents bibliographiques que nous donne l’Avertissement de Beuchot :


« C’est d’après Voltaire lui-même (cf. la préface de dom Apuleius Risorius), que les éditeurs de Kehl disent que la Pucelle fut composée vers 1730. Ce n’est pas donner une époque bien précise, et l’on peut tout aussi bien dire que le poème était au moins commencé en 1726, et même en 1725. Voltaire écrivait à Trevian, le 9 décembre 1736 : « Il y a dix ans que je refuse de laisser prendre copie d’une seule page du poème de la Pucelle. » Dix-neuf ans après, il disait à d’Argental que c’était « une vieille plaisanterie de trente ans ».


Dans une lettre à Fromont, que l’on croit de juin 1734, il est honteux d’avoir tant avancé un ouvrage si frivole. C’était le moment où les Lettres philosophiques venaient d’être condamnées, et il ne manifestait aucune crainte des indiscrétions qui, plus tard, lui causèrent tant de chagrin. Cependant il n’y avait encore que huit chants de composés au commencement de 1735 (Lettre à Ciderville, 6 févr. 1735) ; au milieu de la même année, le neuvième chant était fait (Lettre au même, 26 juin 1735).

Malgré ce qu’il dit dans sa lettre à Tressan, il avait communiqué très légèrement plusieurs chants à quelques amis et à de grands personnages. Lors des persécutions dont il fut l’objet en 1736, pour la satire du Mondain, Mme du Châtelet ne se borna pas à lui recommander plus de réserve et de prudence dans les communications des chants de la Pucelle, elle s’empara de tout ce que l’auteur avait en manuscrit, et ne voulut « pas s’en dessaisir » (Lettre de Voltaire à Frédéric, juillet 1737). Voltaire se trouva ainsi hors d’état de donner copie de son poème à Frédéric, alors prince royal.

Il n’y avait alors que dix chants de composés. On croit qu’un onzième le fut en 1738.

Frédéric était roi depuis trois ans lorsqu’il écrivit à Voltaire (18 sept. 1743) qu’il était possesseur de six chants. Trois ans après, toujours retenu par Mme du Châtelet, Voltaire (Lettre du 22 sept. 1746) s’excusait auprès du monarque de n’avoir pu lui remettre tout ce qui était composé. Dans les premiers mois de son séjour à Berlin, en 1750, il satisfit enfin les désirs de Frédéric. La copie qu’il en offrit était de la main de Tinois, son secrétaire, qui en fit en même temps une copie furtive pour le prince Henri (Lettre à Mme Denis, 3 janv. 1751), et fut congédié dès que son maître eut connaissance de cette infidélité.

S’il faut en croire Colini (Mon séjour auprès de Voltaire, pages 31 et 50), un quatorzième chant fut composé à Potsdam en 1752 ; et le quinzième commencé en février 1753, au milieu des dégoûts dont l’auteur était abreuvé à la cour de Prusse. Lorsqu’il fut arrêté à la porte de Francfort, il tira d’un portefeuille quelques papiers et les remit à Colini, en lui disant : « Cachez cela sur vous. » Colini les cacha dans le vêtement qu’un auteur ingénieux a nommé : le vêtement nécessaire. Lorsqu’il examina le précieux dépôt, il vit que c’était tout ce que Voltaire avait fait de son poème.

En 1754, les copies étaient multipliées tellement que Voltaire regardait l’impression comme inévitable, et comme « une bombe qui devait crever tôt ou tard pour l’écraser » (Lettre à d’Argental, 13 juin et 21 juillet 1755). Ces inquiétudes étaient prématurées. Elles redoublèrent en 1755, et il prit le parti de faire écrire par Mme Denis au lieutenant-général de police à Paris, pour le prier de faire des recherches : elles n’aboutirent à rien, ainsi qu’on le voit par le rapport de d’Hémery (le manuscrit de ce rapport était, en 1832, en possession de Beuchot), inspecteur de police, en date du 19 juin 1755. Mal disposé contre Voltaire, d’Hémery croit que l’impression n’aura lieu que du consentement de l’auteur. Dans un second rapport du 24 juillet, il signale la quantité de manuscrits qui sont à Paris dans les mains d’amis ou de connaissances de Voltaire ; « entre autres M. d’Argental, Mme de Graffigny, le sieur Thieriot, Mme Denis, Mme la comtesse de la Mark, M. le duc de La Vallière, qui n’aura sûrement pas manqué d’en donner une expédition à Mme la marquise. »

Cette marquise est Mme de Pompadour, à qui Voltaire en avait adressé une copie à la fin de juin, ou au commencement de juillet (Lettres à d’Argental). Quant au duc de La Valière, il lui en avait adressé un manuscrit vers le même temps. Mais ce riche amateur avait très bien pu s’en procurer un auparavant ; il en avait du moins marchandé un, dont on lui demandait cinquante louis.

C’est sur un manuscrit divisé en quinze chants que Darget avait fait à Vincennes, en mai 1755, une lecture de la Pucelle à quelques personnes. Cependant la lettre à d’Argental, du 6 février 1755, parle d’un dix-neuvième chant, qui était entre les mains de Mme du Thil, anciennement au service de Mme du Châtelet…

La police, continuant ses recherches, soupçonna un abbé de la Chair, ancien habitué de l’hôpital, et brouillé avec l’archevêque, d’avoir vendu des copies manuscrites. De semblables soupçons s’élevaient contre le chevalier de La Morlière.

Au milieu de tous ces ennuis, Voltaire lui-même multipliait les copies. Ce n’était pas seulement à Mme de Pompadour et au duc de La Vallière qu’il en envoyait ; il en promettait une à Froment, tout en renouvelant ses plaintes sur leur multiplication (Lettre à d’Argental, du 15 juin). En même temps, il recommandait à Mme de Fontaine de faire copier son poème (Lettre du 2 juillet), et de se faire rembourser par son notaire Delaleu les frais de copie (6 septembre). Il n’était pas étonnant que les manuscrits devinssent à bon marché. On en avait offert à Ximénès pour cinq louis (Lettre à d’Argental, 22 juillet), et Colini dit qu’on en avait pour un louis (op. cit., page 145).

Il est assez naturel de penser que les copies envoyées par Voltaire à Mme de Pompadour, au duc de La Vallière, etc., étaient conformes à l’ouvrage tel qu’il voulait l’avouer.

Palissot, qui alla aux Délices en octobre 1755, et qui s’est trouvé ainsi en position de voir ou d’apprendre bien des choses, dit que Voltaire « imagina d’employer à Paris même un grand nombre de copistes occupés jour et nuit à répandre dans le public des manuscrits de la Pucelle. Tous ces manuscrits différaient les uns des autres ; tous étaient plus ou moins chargés de vers détestables, ou de turpitudes révoltantes, que lui-même y faisait insérer à dessein. L’empressement qu’on avait de jouir de ce poème, quelque défectueux qu’il pût être, faisait acheter toutes ces copies. Chacun se flattait d’avoir la meilleure… Il n’était guère de société qui n’eût son manuscrit.


« Ce singulier moyen de défense, qu’on ne peut guère reprocher à un vieillard menacé d’une persécution si cruelle, lui paraissait un prétexte plausible pour désavouer hautement un ouvrage qui semblait être devenu l’objet des spéculations d’une foule de corsaires. »


Si ces additions de vers grossiers, défectueux, bizarres, étaient nécessaires, il n’était pas moins important de faire des suppressions.

Grasset, libraire à Lausanne, était venu, le 26 juillet 1755, offrir à Voltaire de racheter cinquante louis un manuscrit dont l’impression était commencée, et dont il montra une feuille manuscrite. Mis en prison, Grasset avoua qu’il tenait cette feuille de Maubert (Lettre à Darget, 5 août) ; ce capucin défroqué, interrogé à son tour, répondit qu’il l’avait reçue de Lausanne (Lettre à Brenlers, 5 août). Les magistrats de Genève conseillèrent à Grasset « de vider la ville », et déclarèrent à Maubert qu’on s’en prendrait à lui si la Pucelle était imprimée. Maubert et Grasset, sortis de Genève, n’avaient qu’à se moquer des magistrats.

À la fin d’octobre, Voltaire apprit que la Pucelle était imprimée (Lettres à D’Argental, du 29 oct. ; à Thieriot, du 3 novembre 1755). L’édition que l’on croit la première est intitulée La Pucelle d’Orléans, poème divisé en quinze livres, par M. de V***, Louvain, 1755, in-12 de 161 pages, plus le faux-titre, le titre, et une préface de deux pages. Sur le faux-titre on lit seulement : La P… d’O…, poème divisé en quinze livres. Le volume finit par trois lignes de points, et ces mots : Cætera désunt.

Dans sa lettre à l’Académie française, de nov. 1755, Voltaire dit : l’édition faite à Francfort, quoiqu’elle soit annoncée de Louvain ; il parle même de deux autres rééditions exécutées, dit-il, en Hollande.

L’existence des réclames au bas de chaque page indique une impression faite hors de France. « Je n’ai pas, ajoute Beuchot, la témérité de contredire l’assertion de Voltaire sur Francfort ; mais, en quelque lieu que cette édition ait été faite, je crois qu’on la doit au capucin Maubert. C’est à lui que Voltaire a toujours persisté à en faire honneur, si honneur y a ; c’est à lui seul qu’il s’attache dans une phrase ajoutée, en 1773, à une note de la Préface de dom Apuleius Risorius, et dans une note ajoutée, la même année, au chant XXI. »

En 1800, le poème fut traduit en anglais par lady Charville (La Pucelle, Paris, de l’Imprimerie de Crapelet, an II, 2 vol. gr. in-8, fig. de Monjiau. Papier vélin). Cette traduction, qui n’était pas destinée au public, dit Brunet, « fut détruite par l’auteur à la sollicitation de sa famille. On n’en distribua que 50 exemplaires en petit papier, et 5 en grand. Le livre est doublement remarquable, et comme l’ouvrage d’une femme, et comme une rareté typographique. »

Les nombreuses éditions et réimpressions de ce poème, tant isolées que dans les œuvres de Voltaire, ne se comptent plus. Mise à l’index du vivant de l’auteur, la Pucelle encourut maintes condamnations.

La destruction en fut ordonnée notamment dans notre siècle, pour outrages à la morale publique et religieuse ainsi qu’aux bonnes mœurs.

1° Par arrêt de la Cour royale de Paris, du 21 décembre 1822 (Affaire contre le sieur Pierre Lagier, libraire à Paris, déchargé d’une condamnation à un mois de prison et 100 francs d’amende, prononcée contre lui en 1re instance. Moniteur du 20 mars 1825) ;

2° Par arrêt de la Cour d’assises de la Seine, du 9 août 1842, condamnant Régnier-Becker à 6 mois de prison et 200 francs d’amende (Moniteur du 15 décembre 1843) ;

Et 3° Par arrêt de la même Cour, en date du 28 novembre 1845, condamnant Louis-Victor Deshayes à 8 mois de prison et 500 francs d’amende (Moniteur du 9 juin 1845).

Enfin, cet ouvrage a été mis à l’index, par mesure de police, en 1825.


581. — La Pucelle d’Orléans, Poème héroï-comique, en dix-huit Chants. « Non vultus, non color unus. » — A Londres, MDCCLXXX.

1 volume (Cazin) pet. in-12 de 2 ff. n. chif. compris le titre et 264 p., reliure ancienne, maroquin rouge triple filet, dent, intér., dos orné pièce verte, tranche dorée avec un titre, un front et 18 figures, dont 6 libres bien gravées. Les autres ont été arrachées. Réimpression de l’édition de Londres, chez les héritiers des Elzévirs, Blaew et Vascosan, 1761, pet. in-12 de 180 pages.

Voir 580, 582, 583, 584, 585, 586.


582. — La Pucelle d’Orléans, poème héroi-comique en dix-huit Chants. « Non vultus, non color unus, » Nouvelle édition, sans faute et sans lacune. Augmentée d’une Epitre du Père Grisbourdon à M. de Voltaire, et d’un Jugement sur le Poème de la Pucelle à M***, avec une Epigramme sur le même poème. — A Londres MDCCLXXX.

1 volume (Cazin) pet. in-12 de 252 p., reliure ancienne, veau écaille, triple filet, dos orné pièce rouge, tranches dorées. Charmant exemplaire sur papier azuré avec la même suite que le précédent. Les estampes qui ornaient cette édition ont été mise mises à part et forment maintenant le n° 585. Ex. de M. Alfred Bégis, saisi à son domicile et déposé à la bibliothèque en 1866.

Dans le 18e chant, l’âne triomphe quatre fois de suite de Jeanne d’Arc. C’est ainsi que se termine cette version.

Voir 580, 581, 583, 584, 585, 586.

Cette édition est une réimpression de l’édition de 1761, qui est elle-même la réimpression de l’édit. in-32 de 1756, la première où le chant de l’âne soit complet. Ce chant devait être désavoué par l’auteur ; mais ce désaveu, commandé par les circonstances, ne fait pas autorité pour tout le monde, quand on se rappelle que Voltaire, dans une lettre à d’Argental (7 nov. 1754), parle du chant de l’âne, et craint qu’on ne l’imprime tel que vous l’avez vu d’abord, et non tel que je l’ai corrigé. D’Argental était le seul qui eût copie de ce malheureux chant… Le roi de Prusse n’a jamais eu ce maudit chant de l’âne de la première fournée (id.) ; mais Mlle du Thil, qui avait été femme de chambre de Mme du Châtelet, avait une copie de ce chant, que Voltaire lui-même appelle intolérable (Lettre à d’Argental, 6 février 1755).

Il est évident que, dès 1749, et conséquemment bien longtemps avant que l’on pût supposer à des éditeurs l’intention de dénaturer la Pucelle, il existait un chant que réprouvait l’auteur après l’avoir composé. Lorsqu’il fut publié, les altérations faites par les éditeurs durent consister tout au plus en quelques interpolations et quelques inexactitudes.

Voltaire accusait d’abord La Beaumelle de l’avoir donné. Peu de temps après, c’était sur La Beaumelle et d’Arnaud que portaient ses soupçons. Mais il ne tarda pas à reconnaître qu’on l’avait trompé, du moins quant à d’Arnaud (Lettre à Thieriot, 19 décembre 1756). D’Alembert disait qu’on attribuait l’édition à Maubert ; et Voltaire, tout acharné qu’il était contre La Beaumelle, paraît s’être rendu à l’opinion de d’Alembert, si l’on en juge d’après ce qu’il écrivait dans les deux notes qu’il ajouta en 1773 (Beuchot).

Pour en revenir à notre édition de 1780, elle présente toutefois une variante remarquable ; le vers 43 du chant VI y est ainsi imprimé :


Quel doux espoir, quelle flamme hardie.


Les autres éditions portent :


Quel trait de flamme et quelle idée hardie.


L’épître du P. Grisbourdon, qui se trouve dans diverses éditions de la Pucelle, et qui avait été imprimée séparément en 1756 (in-12 de 12 pages), est de J.-B. de Junquières.

Ce qui, dans cette édition et dans quelques autres, est annoncé comme un Jugement sur le poème, n’est autre chose que des Vers sur le poème de la Pucelle, à M. M***, qui en avait envoyé une copie peu correcte, vers déjà imprimés séparément en quatre pages in-8°. Ces vers sont au nombre de 69. Dans l’édition de 1756, ils sont donnés comme adressés à M***, qui en a fait (de la Pucelle) deux éditions peu exactes. Dans l’édition de 1761, ils sont adressés à M. D. L. B., qui en a fait deux éditions peu exactes. Par ces initiales on a voulu désigner M. de La Beaumelle. La lettre M, qu’on lit sur une édition, désigne Maubert.


583. — La Pucelle d’Orléans, poème divisé en vingt chants, avec des notes. Nouvelle édition, corrigée, augmentée et collationnée sur le Manuscript de l’Auteur. — A Conculix.

1 volume in-24 de 264 pages, avec 20 figures non libres et un titre gravé. Sur ce titre gravé, qui n’a point de date, est un portrait de Voltaire, réduit d’après celui qui est en tête d’une édition du poème de la Loi naturelle. Entre les pages 138 et 139, avant le XIe chant, sont un faux-titre et un titre imprimés qui portent tome second. L’adresse et la date qu’on lit sur ce titre sont : Aux Délices, 1765.

Le texte est celui de 1762 (Genève, 1762, in-8°), avec la préface et les notes. Il n’y a point de variantes.

Voir 580, 581, 582, 584, 585, 586.


584. — La Pucelle d’Orléans, Poème de Voltaire. — Bruxelles, 1826.

1 volume très petit format, avec 12 figures libres d’après celles de différentes éditions.

Voir 580, 581, 582, 583, 585, 586.


585. — Suite de gravures pour la Pucelle de Voltaire.

Figures avant la lettre pour l’édition Londres 1780, ce sont les planches qui faisaient partie de l’Ex. 582 saisi au domicile de M. Alfred Bégis et déposé à la Bibliothèque en 1866. Chacune d’elles est marquée au verso et à la main de la lettre y, écrite à l’encre noire (voir n. 582).


586. — Suite de gravures pour la Pucelle de Voltaire.

Figures avec la lettre. Quelques-unes sont différentes de la suite placée à la cote 585.

Voir 580, 581, 582, 583, 584, 585.


587. — An Essay on Woman, By Pego Borewell, Esq ; with notes by Rogerus Cunœus, Vigerus Mutoniatus, etc. and a Commentary by the Rev. Dr Waburton. Inscribed to Miss Fanny Murray. — Ex Archetypo saepe in Femoralibus Reverendissimi Georgii Stone, Hiberniae Primatio, saepius in Podice Intrepidi Herois Georgii Sackville.

1 volume. Édition du xviiie siècle.

En anglais. Ce pamphlet en vers a été attribué à Warburton, à Thomas Potter, à John Wilkes, à Cleland. Il n’y a point de doute que l’auteur de An Essay on Woman (parodie de l’Essai sur l’homme de Pope) ne soit John Wilkes.

Gay, dans sa Bibliographie, avait écrit :


« D’après une note insérée dans un catalogue d’autographes vendus à Londres, par Sotheby, en 1829, le véritable auteur de cet Essai serait Cleland, l’auteur de The Woman of pleasure. »

Charles Nodier protesta dans le Bulletin du Bouquiniste (mars, 1861) :


« Il ne faut pas, écrivait-il, laisser se propager cette erreur en France, et il est probable même qu’elle a dû être signalée depuis longtemps en Angleterre.

« Wilkes est bien le véritable auteur de l’Essai sur la femme : il n’est permis, à aucun égard, de le révoquer en doute… »


Pisanus Fraxi a écrit à propos de l’Essay et de Wilkes un long article très intéressant.


La Bibl. Nat. conserve aussi à la Rés. Yk 200 un autre exemplaire de cet ouvrage rare, mais avec la traduction française, tandis que l’exemplaire de l’Enfer ne contient que le texte anglais. Encore une inconséquence du système.

Nous avons pensé qu’il serait bon de donner ici la description de cet exemplaire de la Réserve curieux volume qui comporte 40 pages.


Sur le recto du 1er feuillet on lit :

An Essay on Woman.


Et sur le verso :

An essai ou Woman, in three epistles (ici, un fleuron), London, Printed for the author. And sold by M Gretton, in Bond-Street And M Pottinger in Pater-Noster-Row.


Sur le recto du 2, feuillet, on lit :

Essai sur la Femme en trois épitres, traduit de l’Anglais (ici, un fleuron), Londres, imprimé par l’auteur. Et se vend chez M. Gretton dans le Bond Street et M. Pottinger, in Pater Noster Row.


Sur le recto du 3e feuillet on lit :

Essai sur la femme.


Au verso se trouve le poème anglais et en regard, sur l’autre page, on lit la traduction française en prose qui, plus longue, déborde le texte anglais et occupe aussi la page 40. Citons enfin un ouvrage anglais[3] où, à propos de la célèbre courtisane Fanny Murray, la question de l’Essay on Woman est éclaircie :

« Au commencement de l’hiver de 1763, vingt ans après l’arrivée de Fanny à Londres, une crise politique déchaînée par l’insaisissable John Wilkes remit de nouveau le nom de Fanny sur toutes les lèvres.

« Elle résulta d’une manière inattendue d’une passe d’armes entre le « Squinting Jacky » et le gouvernement.

« Wilkes avait publié, le 23 avril de cette année-là, chez l’éditeur George Kearsley, de Lugdate Hill, le numéro 45 de son journal, The north Briton, où il attaquait le discours du roi en termes peu mesurés. Sans doute, les ministres furieux ne purent infliger à l’insolent le châtiment qu’ils méditaient, car le Chief Justice, Pratt, ordonna sa mise en liberté, eu égard à son privilège de membre du Parlement, après un emprisonnement d’une semaine à la Tour de Londres. Mais les poursuites provoquèrent deux incidents qui hâtèrent la revanche de ses ennemis.

« En effet, Wilkes rendu plus audacieux par sa victoire, avait installé une imprimerie privée à son domicile de Great George Street. D’autre part, la police avait découvert, dans les bureaux de son éditeur, certains documents d’où il résultait que la bête noire du gouvernement était en train de composer un « livre obscène. Certes, l’Essai sur la femme méritait cette épithète !

« C’était une paraphrase licencieuse de l’Essai sur l’homme de Pope, écrite plusieurs années auparavant, à l’époque où la belle courtisane de Bath était la reine du moment. Le poème commençait par l’invocation : « Éveille-toi, ma Fanny », et miss Murray en était l’héroïne.

« Les ministres tenaient enfin le moyen de châtier leur dangereux adversaire : Philipp Carteret Webb, procureur du Trésor, reçut l’ordre de mettre la main à tout prix sur un exemplaire de cet ouvrage impie.

« La mission était difficile, car tous les aides de Wilkes avaient une grande affection pour leur patron, mais l’infatigable Webb, qui ne faisait en somme que remplir les devoirs de sa charge, quelque odieuse que sa conduite ait paru en l’occurence, exécuta les ordres de ses chefs avec une habile rapidité.

« Ses espions découvrirent qu’un des typographes de Wilkes était lié d’amitié avec un autre ouvrier employé chez William Fadan. Cet éditeur était intimement connu du Rév. John Kidgell, chapelain de lord March. L’ecclésiastique n’eut pas de peine à s’assurer la collaboration de son ami, qui, lui-même, obtint celle de son contremaître : dès le mois de juillet, quelques pages du poème obscène parvinrent dans l’atelier de Fadan et, de là, dans les mains de Kidgell.

« Ce ne fut qu’à la fin de septembre que Wilkes, revenant d’un court voyage à Paris, commença à soupçonner que ses typographes avaient été circonvenus : se croyant trahi par Michel Curray qu’il avait chargé de tirer à une douzaine d’exemplaires une partie de l’Essai sur la femme, il le renvoya sans délai.

« Cet individu qui avait été jusque-là coupable plutôt d’imprudence que de trahison, semble-t-il, s’empressa, pour se venger, d’apporter quelques autres placards d’épreuves à Fagan et à Kidgell. Ces placards joints aux feuilles obtenues précédemment, furent remis par l’ecclésiastique à son patron, lord March, qui les communiqua à Philip Carteret Webb et aux secrétaires d’État.

« Le gouvernement n’avait pas encore obtenu le poème complet tel qu’il existait en manuscrit ; il n’en avait que le quart déjà sorti des presses de Great George Street. Il faut croire que Georges Kearsley qui avait sans doute été chargé l’automne précédent d’imprimer l’ouvrage, n’avait pas pu faire la besogne, et que Wilkes de son côté, n’avait pas eu le temps d’imprimer plus de trois ou quatre feuilles !

« Aussi après tant d’efforts, M. Webb décrivait que cette obscène « publication » ne se composait que de fragments non publiés !

« Toutefois, il avait eu la bonne fortune de mettre la main sur les épreuves du frontispice curieusement gravé sur cuivre ; il comportait le titre du poème, et le dessin d’un phallus au-dessous duquel on lisait la devise : « Εωτήρ κοσμον », et, plus bas, cette indication : « Commentaires par le Révérend Docteur Warburton. »

« Ce frontispice était suivi de six pages intitulées « Avertissement de l’Editeur », et de quatre autres intitulées « Dessein de cet ouvrage », qui, d’après Kidgell, « passait toutes les bornes de l’indécence ».

« Pour ce qui est du poème lui-même dédié à Miss Murray, il n’y en avait que trois feuilles détachées, tirées en épreuves à l’encre rouge, et qui formaient tout au plus le quart de l’ensemble : l’Essai sur l’homme y était parodié vers par vers.

« On avait aussi une imitation grivoise des poèmes de Pope : La Prière universelle et le Chrétien mourant, et même une paraphrase du Veni creator, intitulée Prière de la Vierge.

« Tel était le butin des ministres. L’ouvrage était impie, sans nul doute, mais personne ne pouvait le qualifier de publication, puisqu’il était encore incomplet, et n’avait été destiné qu’à être reproduit à douze exemplaires pour l’usage particulier de quelques amis.

« Malgré la répugnance du chancelier Northington, jovial réprouvé qui, n’ayant pas oublié le temps de ses anciennes débauches avec Betsy Sans Souci, aux environs de Covent Garden, avait peine à faire à Wilkes un crime de ces péchés de jeunesse, le gouvernement résolut de prendre ce poème obscène pour prétexte à poursuivre son ennemi.

« Le 15 novembre, à la rentrée des Chambres, lord Landwich, le nouveau secrétaire d’Etat, prit la parole à la Chambre des lords, pour se plaindre « d’un imprimé intitulé : Essai sur la femme, où on lisait des notes attribuées au très Rév. Doct. Warburton, archevêque de Gloucester ; déclarant qu’un pareil usage du nom d’un lord était une grave injure faite à l’Assemblée. Prenant un air de vertueuse indignation, le consciencieux jeune comte stigmatisa l’ouvrage, scandaleuse profanation des Saintes Écritures et conclut que M. Wilkes avait « violé les lois les plus sacrées de la piété comme de la décence » !

« La plupart des nobles lords, en écoutant ce discours, étaient enchantés de ce que leur ennemi eût écrit ce livre, qui leur donnait barre sur lui ; mais tous aussi étaient stupéfaits de l’effronterie du secrétaire d’État : il était de notoriété publique, en effet, que lord Landwich avait aidé et accompagné l’homme qu’il flétrissait aujourd’hui, dans ses plus scandaleuses débauches, qu’il avait pris part avec lui à toutes les orgies de Medmenham Abbey, club licencieux dont les membres, s’intitulant moines de saint François, s’amusaient à offrir des sacrifices à Vénus et à Bacchus ; enfin, qu’il était, depuis deux ans, membre de la Sublime Société des Beefsteaks aux assemblées de laquelle il s’était réjoui d’entendre les mêmes vers qu’il condamnait à présent.

« Qui plus est, personne n’ignorait que l’héroïne du poème, Fanny Murray, avait jadis, comme nous l’avons dit, été sa maîtresse. Aussi plusieurs des pairs les plus distingués sourirent ouvertement de son rigorisme, et son ami, Lord Le Despencer, fondateur des moines de Metmenham, dit à son voisin, presque tout haut, « que c’était la première fois qu’il entendait prêcher le diable ».

« Toutefois, il y avait deux des lords qui ne riaient nullement. Le brouillon et honnête Warburton, le savant prélat dont l’édition de Pope était ainsi ridiculisée, se dressa blême de fureur, et après avoir solennellement répudié le poème et les notes, les déclara dignes de Satan.

« — Que dis-je ! ajouta-t-il, je demande pardon au diable, car il ne s’abaisserait pas à écrire cela.

« L’excellent baron Lyttelton ne trouvait pas non plus matière à rire en cette affaire et quelques passages du livre ayant été lus à haute voix, il protesta et n’en voulut pas entendre davantage.

« Après les discours de Landwich et de Warburton, les lords ne tardèrent pas à prendre une décision. Ils délibérèrent qu’« un certain imprimé intitulé Essai sur la femme, avec notes d’un autre, intitulé Paraphrase du Veni Creator, gravement injurieux pour un membre de cette Chambre, était une insulte manifeste au privilège de celle-ci, un libelle tout à fait scandaleux, obscène et impie ; une grave profanation de plusieurs parties des Saintes Écritures ; une tentative pernicieuse et blasphématoire, tendant à jeter le ridicule sur la personne de notre divin Sauveur[4] ».

« Puis, après avoir entendu quelques témoins, l’Assemblée renvoya le débat pour plus ample informé.

« Une fois de plus, l’insaisissable Wilkes glissa entre les mailles du filet tendu par ses ennemis. Le lendemain, il se battit en duel à Hyde Park, avec un membre du Parlement, appelé Samuel Martin qui, ayant prévu la rencontre, s’était depuis longtemps exercé au pistolet. Grièvement blessé au côté par la seconde balle de son adversaire, le champion de la liberté resta entre la vie et la mort pendant plusieurs semaines ; et encore que les Lords continuassent à discuter presque chaque jour l’affaire de son « impie et obscène poème », elle ne pouvait avancer, tant qu’on n’avait pas entendu sa défense.

« À la fin, quand il fut presque convalescent, la Chambre des Communes, impatiente de le voir comparaître, chargea des médecins d’examiner son état. Saisissant l’occasion favorable, il s’enfuit secrètement à Canterbury, le 24 décembre. Le lendemain, après midi, il était à Calais.

« Les persécuteurs ainsi frustrés de leur proie, firent tout ce qu’ils purent. Le 19 janvier, il fut exclu de la Chambre des Communes ; le 24 du même mois, la Chambre des lords le déclara convaincu d’être L’auteur et l’éditeur de l’Essai sur la femme, et chargea le gentilhomme huissier de la Verge noire de mettre la main sur lui. Le 21 février, il fut reconnu coupable, par Lord Mansfield, à la cour du King’s Bench, d’avoir imprimé le poème obscène et d’avoir réédité le n° 45 du North Briton. Comme il n’eut garde de se présenter, il fut déclaré contumace le 1er novembre.

« Entre temps, un châtiment plus prompt avait atteint deux de ses principaux ennemis. Quelques jours après le jugement de la Chambre Haute, l’infâme Kidgell publia un récit véridique et succinct pour démontrer que son rôle, dans l’affaire, avait été juste et honorable, mais son hypocrite et intempestive brochure le perdit à tout jamais dans l’estime publique.

« Quant au comte de Landwich, il lui arriva pis encore. Le 22 novembre 1763, au moment où chacun faisait des gorges chaudes de l’effronterie avec laquelle il avait accusé Wilkes d’indécence, on jouait à Covent Garden The Beggars Opéra.

« Lorsque M. Beard, qui tenait le rôle de Macheath le bandit, s’écria : « Que Jemmy Twitcher me fasse de la morale, j’avoue que c’est fort », toute la salle applaudit en riant et, depuis lors, personne n’appela plus lord Landwich que « Jemmy Twitcher ». Non que le peuple de Londres estima que Wilkes avait eu raison d’imprimer son obscène poème, mais on savait qu’il n’avait pas eu l’intention de le publier, ce qui suffisait et on comprenait que la conduite de ses accusateurs était une atteinte à la liberté individuelle.

« Plusieurs critiques se sont donné beaucoup de mal pour établir que John Wilkes ne fut pas l’auteur de l’Essai sur la femme. La question nous semble mal posée. L’accusation d’avoir composé l’imprimé et d’en avoir corrigé les épreuves, nous paraîtront aussi infamante que celle d’avoir rédigé le manuscrit.

« Il y a par ailleurs assez de noblesse dans la vie du champion de la liberté, pour qu’on puisse lui pardonner un péché de jeunesse qu’il aurait commis avant d’être majeur ou guère plus tard. Au contraire, il avait 36 ans au moment où l’imprimé sortit des presses de Great George Streat.

« Mais ses admirateurs sont moins inspirés lorsqu’ils s’efforcent de repousser les deux inculpations. Il faut convenir que leur cause est bonne. On ne peut retenir contre Wilkes que le fait de n’avoir jamais répudié expressément cette paternité, et d’avoir semblé, en trois occasions, reconnaître implicitement que le poème était bien de lui. Mais nous n’en avons aucune preuve positive et il est très possible qu’il ait tout pris sur lui pour éviter un châtiment à quelque ami.

« En tout cas, il ne l’aurait pas écrit seul, car il semble avéré que Thomas Potter y collabora. Autre argument très fort en sa faveur : il est certain qu’un grand nombre de ses contemporains, les mieux informés, n’ont jamais cru à sa culpabilité.

« Enfin, il faut bien se demander comment Wilkes aurait pu avoir l’idée singulière d’interrompre ces polémiques contre le gouvernement, pour perdre son temps à imprimer une indécente et stupide parodie.

« Personne n’a songé à exprimer sa sympathie pour la malheureuse femme dont le honteux passé se trouva brusquement tiré de l’oubli par l’éclat de cette cause célèbre. Il n’est pas douteux, cependant, que Fanny dut être profondément affectée par cet événement. Depuis son mariage, elle avait tâché d’effacer de la mémoire de son mari tout souvenir des jours passés ; elle avait pu croire que le temps aidant, l’image actuelle de l’épouse vertueuse qu’elle était, remplacerait dans les esprits celle de l’ancienne courtisane. La grande ambition était de se montrer digne du nouveau nom qu’elle portait et voici que le spectre de la demi-mondaine oubliée revenait hanter son foyer.

« Personne, en Angleterre, qui ne sût qu’elle était l’héroïne d’un poème obscène et impie. Toutes les éditions apocryphes de l’Essai sur la femme lui étaient dédiées. Toutes les fois qu’elle paraissait en public avec son mari, elle sentait que, comme jadis, tous les regards se tournaient vers elle et que tous les passants se parlaient à voix basse en se la montrant :

« — Voilà la célèbre Fanny Murray !

« Elle n’ignorait pas davantage que David Ross avait à endurer de nouveau, comme aux premiers jours de leur union, les ricanements furtifs de ses camarades de théâtre et leurs regards chargés de sous-entendus ; et il ne puisait plus, comme alors, la force de les dédaigner, dans l’ivresse de la lune de miel.

« Le soir, seule chez elle, tandis que David était au théâtre, elle imaginait le frémissement qui devait courir dans la salle lorsqu’il paraissait, ce succès de curiosité était inévitablement l’accueil quotidien qui attendait l’homme capable d’avoir légitimement épousé l’héroïne de l’Essai sur la femme.

« Comme bien l’on pense, ces événements troublèrent l’harmonie du foyer des Ross. Fanny eut beau opposer la douceur la plus résignée aux éclats de colère de l’acteur, celui-ci n’en vint pas moins à traiter sa femme avec moins de respect. Certes, sa conduite présente était inattaquable et il avait en sa fidélité une confiance absolue ; mais comment oublier qu’elle avait été, de notoriété publique, une impure courtisane ?

« Ces pensées le conduisirent à négliger ses propres obligations morales. Puisqu’elle ne lui avait point apporté une vertu intacte, il lui paraissait de peu d’importance que lui-même, de son côté, lui fût fidèle ou non : ses propres coups de canif ne pourraient tout au plus que le mettre, avec elle, sur le pied d’égalité.

« Une méchante petite danseuse de son théâtre le séduisit et leur liaison devint bientôt si manifeste, que Fanny ne put ne pas s’en apercevoir.

« Étant donné son passé, il n’eût pas été surprenant qu’elle, en retour, violât sa foi matrimoniale. Malgré ses débauches de jeunesse, elle était restée très jolie, elle demeurait toujours la fraîche et joyeuse jeune femme qu’elle avait été au temps du sandwich au billet de banque.

« Eh bien, elle n’appliqua pas à son mari, comme elle avait fait jadis à sir Atkins, la peine du talion. Elle ne songea même pas à le punir par des pleurs et des reproches : tout, au contraire, elle essaya de regagner son cœur par un redoublement de tendresse et resta toujours la plus douce et la plus dévouée des épouses.

« À coup sûr, si Fanny n’avait pas eu dans sa jeunesse le malheur de rencontrer l’infâme Spencer, elle serait devenue la compagne vertueuse de quelque bon citoyen de Bath. »


588. — Almanach des Honnêtes Femmes pour l’année 1790. Avec une gravure satyrique originale du temps, sur la duchesse de Polignac. « Et lassata viria nondum satura recessit. » — De l’imprimerie de la Société Joyeuse.

1 volume in-8 de 32 pages, avec 1 gravure libre et satirique contre la duchesse de Polignac. Par Sylvain Maréchal. Très rare.

Très curieux. Chaque saint est remplacé par une femme connue. Elles sont divisées en 12 classes, selon leur « genre » (1 classe par mois) : — Janvier, Fricatrices. — Février, Tractatrices, etc. Nous avons ainsi, à la suite, les Fellatrices, les Lesbiennes, les Corinthiennes, les Samiennes, les Phœniciennes, les Siphniassiennes, les Phicidisseuses, les Chaldisseuses, les Tribades et les Hircinnes.

Voici un exemple de la notice qui est placée en dessous du titre de chaque série : « Les phicidisseuses prétendent que l’espèce humaine n’est pas seule capable d’exciter le plaisir. Elles tremblent aux approches d’un homme vigoureux, et leur préfèrent la langue délicate de leurs petits chiens. »

L’ouvrage se termine par cette note :


« …Peut-être les femmes que j’ai nommées dans le calendrier s’offenseront-elles en lisant leurs noms ; qu’elles se consolent en voyant ceux des autres : c’est la ressource du sexe, »


589. — L’Ami des Dames de Faublas.

1 volume sur pap. glacé, in-18, de 36 pp. dont les 8 dernières seulement impr. des deux côtés. Les autres recto seulement pour faire face à des gravures. Couv. en travers gravée (vers 1850). Avec un Phallus au milieu du titre. Les gravures (il y en avait 13) manquent. Une note au crayon sur la couverture indique : Mq. la planche 5. Les autres auraient donc été arrachées depuis la mise à l’Enfer de cet ouvrage.

Les vers ne valent rien. Quelques-uns sont de mauvais plagiats de Robbé de Beauveset, comme le huitain intitulé : Rosemberg et la marquise de D…


590. — Amori Briganteschi, ossia narrazione storica di fatti galanti, grotteschi, e bestiale de’ briganti del 1861, et 1862. Con illustratione di 18 figure e litografie, che trattano episodi veri, e narrati da vari testimoni oculari. — Parigi, 1862.

Ce titre est illustré.

1 volume in-8 de 36 pages. Avec 18 figures libres. Couv. verte illustrée (pas libre), avec le mot Brigantaggio, au dos Gli Amori Briganteschi et à l’extérieur du second plat un encadrement et Prezzo l. 4.

Publication italienne de colportage, elle relate des actes de brigandages, des viols commis dans les provinces napolitaines, en 1856 et 1862. Satire contre les Bourbons, François II, Borjès, Antonelli, Mérode, et aussi contre Pie IX et le pouvoir temporel des Papes.


591. — Les Amours clandestins, ou Parties Nocturnes de l’Abbé de Montesquieu, député à l’Assemblée Nationale, Supérieur de Saint-Lazare, et de Madame Le Peintre, La Limonadière. — A Paris, de l’imprimerie des Démocrates, 1790.

1 volume in-12 de 36 pages, avec 1 figure libre, broché.

Pamphlet révolutionnaire.


592. — Les Amours de Charlot et Toinette, pièce dérobée à V***.

Scilicet is superis labor est, ea cura quietos
Sollicitat…
Scilicet is superis laborVirg. Æneid.

MDCCLXXIX.

1 brochure in-8 de 8 pages.

Édition originale de ce pamphlet. Très rare.

Voir 145, notre notice, 593 et 654.


593. — Les Amours de Charlot et Toinette, pièce dérobée à V***.

Scilicet is superis labor est, ea cura quietos
Sollicitat…
Scilicet is superis laborVirg. Æneid.

1789.

Double du 145.


594. — Les Amours de Garnison. Manuscrit trouvé dans le portefeuille d’un vieux capitaine de dragons.

Un militaire en garnison,
Fait seulement le service du con.


Aux Invalides, chez le Gardien du Dôme.

1 volume (vers 1820) pour le colportage.


595. — Les Amours du Saint-Père soi-disant Pape, avec Madame Victoire, ci-devant dame de France, ou Conférences infernales, libertines et sacerdotales, entre le Pape, les rois de Cœur, trèfle, carreau et de Pique, leurs concubines et leurs valets. Recueillies sur les procès-verbaux des séances tenues à la Chambre apostolique de Satan, par le Porte-Coton de Sa Sainteté.

Loin de moi ce coquin et sa triple couronne,
Il n’est pas de forfait qu’un juste ciel ordonne.


Au Vatican, par ordre exprès du Saint-Pontife, l’an dernier du règne de la papauté.

1 volume in-12 de 48 pp. broché, papier rose, avec 2 figures libres.

Met en scène Henri IV, Gabrielle d’Estrées, Louis XIV, Mlle de La Vallière, le Pape, la Montespan, Mme de Maintenon, Louis XV, la Pompadour, la Dubarry, etc.

Suivi d’une : Chanson sur la réforme de la fête des saints.

Ouvrage compris dans la liste des productions condamnées à la destruction par arrêt de la Cour royale de Paris, en date du 16 novembre 1822 (Moniteur du 26 mars 1825) (Affaire Rousseau).


596. — La Belle Cauchoise, ou Mémoires d’une jolie Normande, devenue Courtisane célèbre, ouvrage pour servir de suite à tous les ouvrages de la philosophie de la nature, par Un auteur critico-satirico-dramaturgico. — Londres, Alfeston et Comp. 1788.

1 volume. Réimpression (vers 1830),

Voir 679. La Cauchoise ou Mémoires d’une courtisane célèbre.

Barbier cite : La Belle Cauchoise, ou les Aventures d’une paysanne pervertie, par Rétif de ia Bretonne.

La Belle Cauchoise n’est pas de Rétif et n’a rien de commun avec la Paysanne Pervertie.

La destruction de cette édition a été ordonnée par arrêt de la Cour d’assises de la Seine, en date du 10 février 1852 (Affaire contre Chapelle).

La 3e édition de cet ouvrage a été condamnée également à la destruction par jugement du Tribunal correctionnel de Lille, en date du 6 mai 1868, inséré au Moniteur du 19 septembre 1868 (Affaire contre Sacré, Duquesne et consorts).


597. — La Bibliothèque d’Aretin, contenant les pièces marquées à la table suivante. — A Cologne, chez Pierre Marteau.

1 volume pet. in-12 de 500 pages. Réimpression allemande fort incorrecte faite au xixe siècle d’après l’édition originale (Hollande, Elzevier, vers 1680).

Cet ouvrage, contenant de nombreux outrages à la morale publique et aux bonnes mœurs, a été condamné à la destruction, par jugement du Tribunal correctionnel de la Seine, en date du 2 juin 1865, inséré au Moniteur du 8 novembre suivant (Affaire contre Gay).

Contient :

L’Ecole des Filles ou la Philosophie des Dames, divisée en deux Dialogues.

La Putain Errante, ou Dialogue de Madeleine et de Julie, par Pierre Aretino, fidèlement traduit de l’Italien en François, par N. N.

Marthe le Hayer, ou Mademoiselle de Sçay, petite comédie.

Comédie galante de M. de Bussy (la comtesse d’Olonne y joue le premier rôle, mais ce n’est pas la pièce de Grandval. Celle-ci est en vers libres et assez mal faite).

Nouvelles leçons du Commerce amoureux par la sçavante T…

Filon réduit à mettre cinq contre un. Amusement pour la Jeunesse, par Pierre-Corneille Blessebois.

Vers gaillards et satiriques.

La Putain errante n’est pas la traduction du poème d’Arétin (voir 87 et 89), mais d’un dialogue en prose qu’on lui attribue et dont il n’est pas l’auteur.


598. — Bibliothèque des Paillards, ou Choix de Poésies Erotiques. — A Paris, chez Madame Belle-Motte, rue des Déchargeurs, au Temple de la Volupté.

1 vol. s. d. in-18 de 144 pages, demi-rel. cuir de Russie, plats papier marbré, dos orné, tête dorée, non rogné. Avec 6 figures libres pour la Foutromanie.

Contient :

Epitre dédicatoire aux Foutromanes des deux sexes.

2, La Foutromanie. Par Senac de Meilhan, ornée de six gravures obscènes, une à chaque chant.

L’Ode à Priape. Par Piron.

Quatrain du comte de Guiche à M. d’Olonne.

La comtesse d’Olonne, comédie. Par Bussi-Rabutin.

Mon Testament. Par Piron (?)

Le Chapitre général des Cordeliers. (Piron ?)

Le Débauché converti. Par Robbé de Beuveset.

La Gageure. Par Piron.

10° Etymologie de l’Aze-te-f… Par Piron.

Un exemplaire différent à 599.

La destruction de cet ouvrage a été formellement prononcée par jugement du Tribunal correctionnel de la Seine, en date du 12 mai 1865 (Affaire contre Poulet-Malassis et consorts).


599. — Bibliothèque des Paillards, ou Choix de Poésies érotiques, — A Paris, chez Madame Belle-Motte, rue des Déchargeurs, au Temple de la Volupté.

1 volume in-18. Avec 6 figures libres (les mêmes qu’à 598, mais coloriées).

Moins de pièces que dans le 598, Contient :

La Foutromanie.

Ode à Priape.

La comtesse d’Olonne.

Mon Testament.

Le Chapitre général des Cordeliers.

Le Débauché converti.

La Gageure.

Etymologie de l’aze-te-foute.

  1. Voir La Nouvelle Justine (515 à 518).
  2. Aucun libraire n’avait voulu s’en charger.
  3. Horacé Bleackley. — Les grandes courtisanes anglaises du XVIIIe siècle. Traduit de l’anglais par Armand Fournier (Paris, Juven).
  4. Journal de la Chambre des Lords, XXX, 415.