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FROID, adj. qui sert à désigner dans les corps une qualité sensible, une propriété accidentelle appellée froid. Voyez l’article suivant.

Froid, s. m. (Physiq.) Le mot froid pris substantivement a deux acceptions différentes ; il signifie proprement une modification particuliere de notre ame, un sentiment qui résulte en nous d’un certain changement survenu dans nos organes, tel est le changement que l’on a quand on touche de la neige ou de la glace. On se sert aussi de ce même mot pour désigner une des propriétés accidentelles de la matiere, pour exprimer dans les corps l’état singulier dans lequel ils peuvent exciter en nous la sensation dont on vient de parler. Voyez Sensation & Perception. Voyez aussi Propriété & Qualité.

La sensation de froid est connue autant qu’elle peut l’être par l’expérience ; elle n’a pour nous d’autre obscurité, que celle qui est inséparable de toute sensation.

Pour développer la nature du froid, considéré dans les corps comme une propriété ou qualité sensible, il est nécessaire d’en exposer d’abord les principaux effets ; ils sont pour la plûpart entierement opposés à ceux que produit la chaleur. Voyez Chaleur & Feu. Les corps en général tant solides que fluides, se raréfient en s’échauffant, c’est-à-dire que la chaleur augmente leur volume & diminue leur pesanteur spécifique ; le froid au contraire les condense, il les rend plus compacts & plus pesans, ce qui doit être entendu, comme on le verra bien-tôt, avec quelques restrictions. Cette condensation est plus grande, quand le degré de froid qui l’opere est plus vif. Les corps les plus durs, tels que les métaux, le marbre, le diamant même, à mesure qu’ils se refroidissent, se réduisent comme les autres corps à un moindre volume. L’eau & les liqueurs aqueuses suivent cette loi, jusqu’au moment qui précede leur congelation ; mais en se gelant & lorsqu’elles sont gelées, elles semblent sortir totalement de la regle : elles se dilatent alors très sensiblement & diminuent de poids par rapport à l’espace qu’elles occupent ; plus le froid est violent, plus la dilatation qu’elles éprouvent dans cet état est considérable. Il y a beaucoup d’apparence, comme M. d’Alembert l’a remarqué (article Condensation), & comme nous le ferons voir nous-mêmes à l’article Glace, que ce phénomene dépend d’une autre cause que de l’action immédiate du froid sur les parties intégrantes des liquides dont nous parlons. Les huiles se condensent toûjours par le froid, soit avant leur congelation, soit en se gelant, & sur-tout lorsqu’elles sont gelées. Les graisses, la cire, les métaux fondus (à l’exception du fer qui dans les premiers instans qu’il perd la liquidité qu’il avoit acquise par la fusion, se trouve, suivant les observations de M. de Reaumur, dans le même cas que les liqueurs aqueuses) ; tous ces corps, dis-je, & d’autres semblables rendus fluides par l’action du feu, à mesure qu’ils se refroidissent, se resserrent toûjours de plus en plus, & occupent constamment un moindre volume.

Le froid lie les corps ; il leur donne de la fermeté & de la consistance ; il augmente la solidité des uns, il diminue la fluidité des autres ; il rend même entierement solides la plûpart de ces derniers, lorsqu’il a atteint un certain degré, susceptible de plusieurs variétés déterminées par les circonstances, & qui d’ailleurs n’est pas le même, à beaucoup près, pour tous les fluides dont il est ici question. On ne sauroit nier au-moins qu’il n’accompagne toûjours la congelation. Le froid produit beaucoup d’autres effets moins généraux, qui paroissent se rapporter à ceux que nous venons d’indiquer.

Les Philosophes ne sont pas d’accord sur la nature du froid. Aristote & les Péripatéticiens le définissent une qualité ou un accident, qui réunit ou rassemble indifféremment les choses homogenes, c’est-à-dire de la même nature & espece, & les choses héterogenes, ou de différente nature ; c’est ainsi, disent-ils, que nous voyons pendant la gelée le froid unir tellement ensemble de l’eau, des pierres, du bois, & de la paille, que toutes ces choses semblent ne plus composer qu’un seul corps. Cette définition est opposée à celle que ces mêmes philosophes nous ont donnée de la chaleur, dont le caractere distinctif, selon eux, est de rassembler des choses homogenes, & de désunir les hétérogenes. Il y a dans cette doctrine beaucoup d’illusion & d’erreur : il est faux que le froid rassemble toûjours indifféremment toutes sortes de corps. Quand on expose dans nos climats du vin, du vinaigre, de l’eau-de-vie à une forte gelée, ces liqueurs se décomposent ; la partie aqueuse du vin, par exemple, est la seule qui se glace ; l’esprit conserve sa fluidité, & le tartre se précipite. On voit ici une vraie séparation de plusieurs substances, une entiere desunion. En second lieu, les mots d’accident, de qualité, & tous les autres semblables, n’éclaircissant rien par eux-mêmes, il faut y joindre des explications particulieres.

Epicure, Lucrece, & après eux Gassendi, & d’autres philosophes corpusculaires, regardent le froid comme une propriété de certains atomes ou corpuscules frigorifiques absolument différens par leur nature & leur configuration des atomes ignés, qui selon les mêmes philosophes sont le principe de la chaleur. Le sentiment de froid dépend de l’action de ces corpuscules frigorifiques sur les organes de nos sens. On verra dans la suite de cet article ce qu’il faut penser de cette opinion. Selon la plûpart des physiciens modernes, le froid en général n’est qu’une moindre chaleur. Ce n’est dans les corps qu’une propriété purement relative ; un corps qui possede un certain degré de chaleur est froid par rapport à tous les autres corps plus chauds que lui ; & il est chaud, si on le compare à des corps dont le degré de chaleur soit inférieur au sien. Les glaces d’Italie sont froides comparées à de l’eau dans son état ordinaire de liquidité ; mais par rapport aux glaces du Groënland, elles sont chaudes : l’eau bouillante est froide relativement au fer fondu. Suivant cette idée, nul corps, s’il n’est privé de toute chaleur, ne sauroit être absolument froid. Nous appellons froids, dit M. s’Gravesande, element. physic. lib. III. pag. l. cap. vj. pr. edit. les corps moins chauds que les parties de notre corps, auxquelles ils sont appliqués, & qui par cela même diminuent la chaleur de ces parties, comme nous nommons chauds, ceux qui augmentent cette chaleur. A notre égard, le froid, continue le même auteur, n’est que le sentiment qu’excite en nous la diminution de chaleur que notre corps éprouve. Il y a de la chaleur, ajoûte-t-il, dans un corps que nous nommons froid ; mais une chaleur toûjours moindre que celle de notre corps, puisqu’elle diminue celle-ci. Voyez cet auteur à l’endroit que nous venons de citer ; Mariotte, troisieme essai de physique ; Musschenbroek, essai de physique, tome I. chap. xxvj. vers la fin ; Hamberger, element. physic. n°. 493 & seq. &c.

Qu’est-ce qu’une moindre chaleur ? La réponse à cette question dépend visiblement de l’idée qu’on doit se former de la chaleur en général ; on sait que les Physiciens sont partagés sur cet article. Le plus grand nombre persuadés que le feu est un corps particulier distingué de tous les autres, croyent que la seule présence de ce même feu mis en mouvement, constitue la chaleur. C’est le sentiment le plus vraissemblable, & qui paroît le mieux s’accorder avec l’observation. Voyez Feu & Chaleur. Au reste, comme la chaleur dans tous les systèmes imaginés jusqu’ici pour en expliquer la nature, est susceptible d’augmentation & de diminution, il est clair que dans chacun de ces systèmes particuliers, le froid peut toûjours être conçû comme une chaleur affoiblie.

Cette maniere de le concevoir est simple & naturelle ; elle ne multiplie point les principes sans nécessité ; elle rend raison des phénomenes. Pour les expliquer, elle n’a point recours à de vaines suppositions ; la diminution de chaleur & la force de cohésion suffisent à tout. J’entends ici par force de cohésion, celle que tous les Physiciens admettent sous ce nom, par laquelle les parties qui composent les corps, tendent les unes vers les autres, s’unissent entr’elles, ou sont disposées à s’unir. Voyez Cohésion. Cette force qui est si obscure dans son principe, & si sensible dans la plûpart des effet, qu’elle produit, est sans cesse en opposition avec la chaleur. Ce sont deux agens, qui par la contrariété de leurs efforts toûjours subsistans, peuvent se surmonter réciproquement. L’un des deux ne sauroit un peu s’affoiblir, que l’autre à l’instant ne rentre, si je puis m’exprimer ainsi, dans une partie de ses droits. On voit par-là, que quand la chaleur qui écartoit les parties des corps les unes des autres vient à diminuer, ces mêmes parties se rapprochent aussi-tôt par leur cohésion mutuelle, d’autant plus que leur chaleur s’est plus affoiblie. Ainsi les corps qui, généralement parlant, se raréfient tous à mesure qu’ils s’échauffent, doivent se condenser quand leur chaleur diminue, pourvû toutefois que nul agent physique différent de la chaleur ne s’oppose d’ailleurs à cette condensation. Voyez Cohésion & Attraction.

Ce n’est point précisément par le défaut de chaleur (on ne peut trop le faire remarquer) que les corps se réduisent à un moindre volume. Un tel effet pourroit-il dépendre d’une simple privation, d’un être purement négatif ? Non sans doute, c’est la force de cohésion qui condense les corps ; une moindre chaleur n’est ici qu’une résistance plus ou moins diminuée, qu’un obstacle plus facile à surmonter.

Ne perdons point de vûe ce principe incontestable que la cohésion des parties intégrantes des corps est d’autant plus forte, que la chaleur est plus affoiblie. Il suit évidemment de-là qu’un corps en devenant moins chaud, acquiert plus de fermeté & de consistance. Si la solidité & la fluidité dépendent essentiellement, comme on ne sauroit en disconvenir, du plus ou du moins de cohésion ; si par une conséquence nécessaire la chaleur doit être regardée comme une des principales causes de la fluidité, quelle difficulté y aura-t-il à concevoir qu’un corps auparavant fluide, devienne par une plus forte adhésion des parties qui le composent, une masse entierement solide, quand il aura été privé d’une partie de sa chaleur ?

Nous venons de déduire la formation de la glace de l’idée du froid, conçû comme une moindre chaleur. Musschenbroek, quoiqu’attaché à cette même idée, explique autrement la congelation : le froid & la gelée ont beaucoup moins de rapport, selon lui, qu’on ne l’imagine communément. Il regarde le froid comme la simple privation du feu, & il croit que la gelée est l’effet d’une matiere étrangere, qui s’insinuant entre les parties d’un liquide, fixe leur mobilité respective, les attache fortement ensemble, les lie en quelque maniere, comme feroit de la colle ou de la glu. La présence de cette matiere tantôt plus, tantôt moins abondante dans l’air, & la facilité qu’elle a d’exercer son action en certaines saisons & en certains climats, supposent la réunion de plusieurs circonstances, dont le froid, s’il en faut croire l’illustre auteur que nous citons, n’est pas toûjours la plus essentielle. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner en détail cette explication. Voyez Glace. Qu’on la rejette on qu’on l’adopte, le froid entant qu’il influe plus ou moins sur la formation de la glace, pourra toûjours être conçû comme une moindre chaleur.

C’est encore à l’introduction de cette matiere étrangere, que le même Musschenbroek attribue l’augmentation du volume de l’eau glacée. Essai de physique, tome I. chap. xxv. D’autres physiciens en très-grand nombre, pensent que l’air contenu dans l’eau forme différentes bulles, qui se dilatant par leur ressort, sont l’unique cause de cet effet. Il y en a qui ont eu recours au dérangement des parties d’eau, en vertu de leur tendance à former entr’elles certains angles déterminés. Voyez M. de Mairan, dissert. sur la glace, pages 169 & suiv. M. de Reaumur admet un déplacement dans les parties du fer fondu, pour rendre raison de la dilatation qu’éprouve ce métal, dans l’instant qu’il perd sa liquidité acquise par la fusion. Toutes ces explications qui rapportent le phénomene dont il s’agit, à des causes particulieres, différentes de l’action générale du froid, ont chacune leur probabilité, comme nous le verrons à l’article Glace. Ce qu’il est important d’observer ici, c’est qu’elles ne donnent aucune atteinte à l’idée du froid conçû comme une moindre chaleur, & qu’elles laissent subsister entierement le principe que nous avons établi, que les corps dont la chaleur diminue se condensent de plus en plus, quand rien d’ailleurs ne s’oppose à leur condensation.

Si nous considérons dans les corps froids l’action qu’ils exercent sur nos organes, nous n’aurons pas de peine à comprendre comment un corps moins chaud que les parties de notre corps auxquelles il est appliqué, peut en diminuant la chaleur de ces mêmes parties, exciter en nous la sensation de froid. Et premierement il est clair que l’application d’un tel corps doit diminuer le degré de chaleur de nos organes, suivant ce principe général, que deux corps inégalement chauds étant contigus, le plus chaud des deux communique de la chaleur à l’autre, & en perd lui-même. D’un autre côté, cette diminution de chaleur introduisant dans nos organes un véritable changement, pourquoi la sensation de froid n’en pourroit-elle pas résulter ?

Consultons l’expérience ; elle nous apprendra que la sensation de froid est relative à l’état actuel de l’organe du toucher, de sorte qu’un corps est jugé froid, quand il est moins chaud que les parties de notre corps auxquelles il est appliqué, quoiqu’à d’autres égards le degré de sa chaleur soit considérable. C’est par cette raison que des caves d’une certaine profondeur, qui réellement sont plus chaudes en été qu’en hyver, nous paroissent si froides dans la premiere de ces deux saisons, & si chaudes dans la derniere. Voyez Caves. Il arrive souvent en été, qu’un orage succede à des chaleurs excessives & suffocantes. A peine cet orage est-il passé, que l’air semble se rafraîchir, & que cette grande chaleur est suivie d’un froid très-incommode. Nos corps sont vivement affectés de ce prompt changement ; ils frissonnent, & l’on diroit presque qu’on est au milieu de l’hyver. Cependant le thermometre prouve que cet air, qui paroît si froid, est réellement si chaud, que s’il l’étoit à ce point en hyver, nous ne serions pas en état d’en supporter la chaleur. En effet, si dans le tems de la plus forte gelée, on excitoit dans une chambre un degré de chaleur, qui, au rapport du thermometre, seroit le même absolument que celui qu’a l’atmosphere au mois d’Août, après quelqu’un de ces orages, dont on vient de parler, il n’y auroit aucun homme, qui sortant d’un lieu découvert, où il auroit été exposé pendant quelque tems à un air froid, pût soûtenir la chaleur de cette chambre sans tomber en défaillance. Boerhaave, Chim. tom. I. tract. de igne. Les voyageurs nous disent que les nuits de certains pays situés sur la zone torride, sont quelquefois si froides, qu’elles causent des engelures aux Européens même établis depuis quelque tems dans ces pays. Ces mêmes nuits seroient jugées fort tempérées dans d’autres climats. Voyez observ. physiq. & mathém. faites aux Indes & à la Chine, dans les anciens mémoires de l’académie, tome VII. part. XI. Il seroit facile de multiplier ces sortes d’exemples, mais ceux-ci sont plus que suffisans pour prouver que la sensation de froid peut être facilement conçûe comme une perception confuse de l’impression que fait sur nous une moindre chaleur.

Tous les autres effets du froid s’expliquent avec la même facilité par la simple notion d’une chaleur affoiblie. Cette idée se soûtient toûjours parfaitement dans l’application qu’on en fait au détail des phénomenes. Elle est d’ailleurs d’une grande simplicité. Par ces deux raisons elle doit être préférée. Imaginer d’autres systèmes, ce seroit s’écarter de la premiere regle de Newton, suivant laquelle on ne doit admettre pour l’explication des effets naturels, que des causes réellement existantes, propres à rendre raison de ces mêmes effets.

C’est en vain qu’on auroit recours à des parties frigorifiques, dont l’existence, pour ne rien dire de plus, n’est nullement prouvée. On ne nie pas que certaines particules subtiles s’introduisant dans les pores d’un corps ne puissent en chasser le feu, au moins en partie, & on conviendra de même qu’elles pourront diminuer le mouvement intestin des parties du corps, si, comme le prétendent quelques philosophes, un certain mouvement déterminé constitue la chaleur. C’est en agissant de la sorte que les sels communiquent en se fondant un nouveau degré de froid à la neige ou à la glace pilée. Mais outre qu’il n’est pas prouvé que les corpuscules salins ou d’autres particules de cette espece se trouvent toûjours par-tout où il y a diminution de chaleur ; il est certain d’ailleurs que ces sortes de particules ne sont point frigorifiques dans le sens qu’on attache communément à ce terme. Les Gassendistes & ceux qui pensent comme eux à cet égard, désignent par-là des parties, qui non-seulement chassent le feu des corps, mais qui de plus exercent une action particuliere sur les organes de nos sens, en se repliant autour des filamens de la peau, en les serrant & les tiraillant ; ce qui cause ce sentiment vif & piquant que nous appellons froid. Or l’existence de ces sortes de parties n’est constatée, comme je l’ai déjà dit, par aucun phénomene. Voyez ce qu’on dira ci-après du froid artificiel.

Le froid n’étant qu’une chaleur affoiblie, le plus grand degré de refroidissement d’un corps est la privation de toute chaleur. Un corps refroidi à ce degré seroit froid absolument & à tous égards ; ainsi on a raison de donner à cette extinction totale de chaleur le nom de froid absolu. Il y a apparence qu’un tel froid n’existe point dans la nature. La chaleur tend toûjours à se répandre par-tout uniformément. Ainsi nul corps n’est probablement exempt de toute chaleur.

En voilà assez sur la nature du froid. Il est tems de parler des causes qui peuvent opérer le refroidissement des corps, ou ce qui est le même, diminuer leur chaleur. Ces causes sont en grand nombre ; les unes purement naturelles, agissent d’elles mêmes en certaines circonstances ; les autres, pour produire leur effet, attendent que l’art ou l’industrie humaine les mette en action ; de-là la division du froid en naturel & artificiel.

Du froid naturel. Le froid naturel, comme nous venons de le dire, doit sa naissance à des causes purement naturelles, à des agens que l’art des hommes n’a point excités, mais qui obéissent simplement aux lois générales de l’univers. Tel est le froid qui se fait sentir en hyver dans nos climats ; tel est celui qu’éprouvent les habitans des zones glaciales pendant la plus grande partie de l’année.

C’est dans l’air de notre atmosphere que le froid dont il est ici question s’excite le plus promptement ; les autres corps placés sur la superficie de notre globe reçoivent les mêmes impressions ; ce froid penetre enfin dans l’intérieur de la terre, jusqu’à une profondeur qui excede rarement 90 ou 100 piés.

Tout ceci ne suppose qu’une chaleur simplement diminuée. Or une grande partie de la chaleur des corps terrestres venant de l’action que le soleil exerce sur eux, il est évident que tout ce qui affoiblit cette action doit par-là même contribuer au froid.

On a vû au mot Chaleur quelles sont les causes générales du chaud en été, & du froid en hyver, c’est pourquoi nous y renvoyons.

Les causes particulieres & accidentelles du froid en se mêlant avec la cause générale, empêchent qu’on ne puisse reconnoitre ce qui appartient précisément à celle-ci. Ces causes accidentelles sont de plusieurs sortes. Celles qu’on a raison de regarder comme les principales, sont la situation particuliere des lieux, la nature du terrein, l’élévation ou la suppression de certaines vapeurs ou exhalaisons, les vents.

Plusieurs pays sont par leur situation particuliere beaucoup plus froids que leur latitude ne semble le comporter. En général plus le terrein d’un pays est élevé, plus le froid qu’on y éprouve est considérable. C’est une chose constante qu’à toutes les latitudes & sous l’équateur même la chaleur diminue, & le froid augmente, à mesure qu’on s’éloigne de la surface de la terre ; de-là vient qu’au Pérou, dans le centre même de la zone torride, les sommets de certaines montagnes sont couverts de neiges & de glaces que l’ardeur du soleil ne fond jamais La rareté de l’air toûjours plus grande dans les couches plus élevées de notre atmosphere, paroît être la principale cause de ce phénomene. Un air plus rare & plus subtil étant plus diaphane, doit recevoir moins de chaleur par l’action immédiate du soleil. En effet, quelle impression pourroient faire les rayons de cet astre sur un corps qui se laisse traverser presque sans obstacle ? La chaleur du soleil refléchie par les particules de l’air échauffe beaucoup plus que la chaleur directe. Or les particules d’un air subtil étant fort écartées les unes des autres, les rayons qu’elles réfléchissent sont en trop petite quantité. A cette raison générale, ajoûtons pour expliquer le froid qui se fait sentir sur le sommet des montagnes, que le soleil n’éclaire chacune des faces d’une montagne que pendant peu d’heures ; que les rayons sont souvent reçûs fort obliquement sur ces différentes faces ; que sur une haute pointe de rochers fort escarpés, laquelle est toûjours d’un très-petit volume, la chaleur n’est point fortifiée comme dans une plaine horisontale par une multitude de rayons, qui refléchis sur la surface de la terre, se croisent & s’entrelacent dans l’air de mille manieres différentes, &c. M. Bouguer, relation abregée du voyage fait au Pérou, à la tête du livre intitulé la figure de la terre déterminée par les observations, &c.

Les pays situés vers le milieu des grands continens sont en général plus élevés que ceux qui sont plus voisins de la mer ; aussi fait-il plus de froid dans les premiers que dans les derniers, toutes choses d’ailleurs égales. Moscou par cette raison est beaucoup plus froid qu’Edimbourg, quoique les latitudes de ces deux villes different à peine de quelques minutes.

La nature du terrein mérite une considération particuliere. Rien n’est plus ordinaire que de voir arriver au milieu même de l’été, de grands froids & de très-fortes gelées dans les pays dont le terrein contient beaucoup de salpetre, comme par exemple, à la Chine & dans la Tartarie chinoise. La plûpart des sels fossiles, & sur-tout le sel ammoniac, lorsqu’il s’en trouve dans les terres, produisent de semblables effets. Voyez ce que dit M. de Tournefort, voyage du levant, lettre 18. du grand froid qu’il éprouva dans le mois de Juin aux environs d’Erzerom, ville capitale de l’Arménie, pays abondant en sel ammoniac naturel. On doit remarquer qu’Erzerom n’est tout au plus qu’au 40°. degré de latitude.

En parlant du froid artificiel, nous verrons que les sels ont la propriété de refroidir l’eau dans laquelle ils sont dissous. Il suit de-là que des terres chargées de sels, pourvû qu’elles se trouvent fort humides, peuvent acquérir indépendamment de la cause générale des saisons, un degré de froid considérable. La froideur du terrein se communique en partie à l’air ; & si comme le prétendent plusieurs physiciens, l’action du soleil ou quelque autre cause fait élever dans l’atmosphere une assez grande quantité de corpuscules salins, le froid redouble, ces corpuscules refroidissant les molécules d’eau dispersées & soûtenues dans l’air. M. de Mairan, dissert. sur la glace, pag. 42 & suiv.

Il y a dans l’intérieur de la terre, au-moins jusqu’à une certaine profondeur, un fond de chaleur qui n’est nullement assujetti à la vicissitude des saisons. La température assez constante de certaines caves, des mines, & de la plûpart des lieux un peu profonds, les sources d’eaux chaudes, les volcans, les tremblemens de terre, & mille autres phénomenes en sont la preuve incontestable. Je n’examinerai point si cette chaleur a sa source dans un feu central, ou si elle dépend principalement de la nature du soufre & de certains minéraux qui se trouvent abondamment dans les entrailles de la terre. Tout ce qu’il importe de considérer ici, c’est que la terre indépendamment de l’action du soleil, doit pousser hors d’elle-même des vapeurs chaudes, quand rien ne s’y oppose d’ailleurs. Or ces vapeurs chaudes une fois admises, il est clair que la quantité qui s’en eleve en différens tems & en différens pays, doit varier à cause des fréquens changemens qui arrivent dans l’intérieur de la terre ; & il n’est pas moins évident qu’on ne peut supprimer en tout ou en partie ces mêmes vapeurs, sans que la chaleur qui en résultoit sur la terre & dans l’air n’en soit diminuée, ou ce qui revient au même, le froid augmenté. Plusieurs causes locales, telles que des bancs de rochers, des nappes d’eau soûterreines, & même en certains endroits des amas de glaces, peuvent intercepter les vapeurs dont nous parlerons. M. de Mairan, dissert. sur la glace, pp. 55. & suiv. Voyez Feu central, Terre, Tremblement de Terre , &c.

Tout ce qui vient d’être dit, sert à rendre raison de certains froids excessifs très-peu proportionnés à la latitude des lieux où on les éprouve. Les hyvers sont beaucoup plus rigoureux en Sibérie entre les 55 & 60 degrés de latitude, que dans la plûpart des autres pays situés entre les mêmes paralleles. C’est que la Sibérie, si on s’en rapporte aux rivieres qui y prennent leur source, est peut-être le pays du monde le plus élevé ; que le terrein y est fort compacte ; qu’il abonde en nitre & en autres sels ; que presque toûjours on y trouve en plusieurs endroits de la glace à quelques piés sous terre, & que cette glace s’étend vraissemblablement à une très-grande profondeur. Nous verrons ailleurs comment ces amas de glace peuvent se conserver sous terre, la chaleur de l’été n’étant pas assez forte pour les fondre entierement. Voyez Glace.

On éprouve à la baie de Hudson sous la latitude de 57 degrés 20 minutes, un froid pour le moins aussi grand que celui qui se fait sentir en Sibérie. En général il regne un froid extrème dans le nord-oüest de l’Amérique. Le célebre M. Halley conjecture que cette partie du nouveau monde étoit située autrefois beaucoup plus près du pole ; qu’elle en a été éloignée par un changement considérable arrivé il y a fort long-tems dans notre globe. Il regarde en conséquence le froid qu’on ressent actuellement dans ces contrées, comme un reste de celui qu’elles éprouvoient dans leur ancienne position, & les glaces qu’on y trouve en très-grande quantité, comme les restes de celles dont elles étoient autrefois couvertes, qui ne sont pas encore entierement fondues.

L’air froid de la Sibérie ou de la baie de Hudson étant emporté par les vents dans d’autres régions, y doit augmenter considérablement la rigueur de l’hyver. Il fait beaucoup de froid dans la partie méridionale de la Tartarie moscovite ou chinoise, par certains vents qui viennent de la Sibérie. De même les vents qui soufflent du nord-oüest de l’Amérique, causent un froid extrème dans le Canada. C’est probablement la principale raison pour laquelle Quebec & Astracan, placés à-peu-près sous les latitudes de 46 ou 47 degrés, éprouvent des froids très-supérieurs à ceux qu’on ressent en France sous les mêmes paralleles.

Les vents ont une influence très-marquée sur les vicissitudes des saisons ; ils ne rafraîchissent point l’air par leur mouvement, mais ils apportent souvent avec eux l’air de certaines régions plus froides que la nôtre : ce qui fait le même effet. Dans notre hémisphere boréal le vent de nord est froid, principalement en hyver, parce que les pays d’où il vient sont plus froids par leur position que ceux où sa direction le porte. Il faut dire le contraire du vent de sud, qui dans notre hémisphere souffle des pays chauds vers les pays froids. Il est aisé de comprendre que dans l’hémisphere austral le vent de nord est chaud, & le vent du midi froid.

Il suffit de considérer ce qui arrive dans notre hémisphere. Puisque généralement parlant, le vent de nord y est froid, & le vent du midi chaud, les plus grands froids doivent se faire sentir en hyver par le vent de nord, ou par ceux de nord-oüest, de nord-est, &c. qui participent plus ou moins à la froideur du premier. C’est aussi ce que l’on observe le plus communément.

On remarque souvent en hyver que quand le vent passe subitement du sud au nord, un froid vif & piquant succede tout-à-coup à une assez douce température. La raison de ce dernier changement est facile à trouver. Quand le vent de sud regne en hyver, l’air est plus échauffé par ce vent qu’il ne le seroit par la seule action des rayons du soleil. Cependant la chaleur dans ces circonstances est encore assez foible ; puisque dans les provinces méridionales de la France, le vent étant au sud dans les mois de Décembre, de Janvier, & de Février, le thermometre de M. de Réaumur ne s’éleve guere le matin qu’à 6 ou 7 degrés au-dessus de la congelation, & l’après-midi à 10 ou 11 degrés. La seule privation du vent de sud doit donc causer dans l’atmosphere un refroidissement, qui sans être fort considérable, ira bien-tôt jusqu’à un terme fort approchant du terme de la glace dans des pays qui ne sont pas extrèmement froids. Si nous ajoûtons que le vent de nord augmente le refroidissement, nous verrons clairement pourquoi le froid est déjà assez vif, lorsqu’à peine le vent le nord a commencé de souffler.

Si le vent de nord est déterminé à souffler en même tems sur une grande partie de la surface de notre globe, le froid pourra commencer en même tems dans des pays fort éloignés.

Le froid est plus général ou plus particulier, selon que le vent de nord qui l’amene regne sur une plus grande ou sur une moindre étendue de pays ; il est d’autant plus considérable que les régions d’où vient ce vent de nord, sont plus voisines du pole, ou plus froides d’ailleurs par quelqu’une des causes locales indiquées ci-dessus.

Il n’y a nulle difficulté à concevoir qu’un vent de nord, ou tout autre vent regne en même tems dans une grande partie de notre hémisphere, les causes qui produisent les vents étant par elles-mêmes assez puissantes pour imprimer à une partie considérable de l’atmosphere terrestre un certain mouvement déterminé. Voyez Vent.

Qu’un vent de nord apporte dans notre zone tempérée l’air glacé des régions voisines du pole, c’est ce qui doit arriver naturellement dans plusieurs circonstances. Si par exemple les vents de sud ont soufflé pendant long-tems avec beaucoup de violence dans une grande partie de notre hémisphere, l’air fortement comprimé se sera resserré vers notre pole ; il se rétablira avec force, quand les causes qui produisoient les vents de sud auront cessé ; il s’étendra au loin ; il sera très-froid, parce que les régions d’où il viendra seront fort septentrionales.

C’est dans des circonstances à-peu-près semblables que le froid devenant plus considérable & plus général, on pourra éprouver dans une grande partie de la terre un froid pareil à celui qui se fit sentir en 1709.

Au reste je ne prétens nullement décider qu’on se soit effectivement trouvé en 1709 dans les circonstances que je viens d’indiquer. Différentes combinaisons des causes accidentelles du froid avec la cause générale pouvant produire à-peu-près les mêmes effets, il est souvent très-difficile, quand un froid extraordinaire arrive, de déterminer précisément ce qui peut y avoir donné lieu.

Le vent de nord nous apporte en assez peu de tems l’air des pays septentrionaux. On trouve par un calcul fort aisé, qu’un vent de nord assez modéré, qui parcourroit 4 lieues par heure, apporteroit l’air du pole à Paris en moins de 11 jours. Ce même air arriveroit à Paris en 7 jours par un vent violent, qui feroit par heure jusqu’à 6 lieues. Un vent de nord-nord-est viendroit de la Norwege ou de la Laponie en moins de tems.

Bien des physiciens sont persuadés que le vent de nord souffle presque toûjours de haut en-bas, parce qu’il nous apporte un air plus condensé. Je crois que cette direction de haut en-bas, à laquelle la terre résiste, n’a guere lieu que pour certains vents de nord qui soufflent dans une étendue de pays peu considérable. Un vent qui regne dans une grande partie de notre hémisphere, ne peut guere s’écarter de la direction horisontale que pour souffler de bas en-haut. Je mets à part les obstacles que les montagnes opposent à la direction du vent.

Ce qui est bien certain, c’est qu’un vent est froid, par cela seul qu’il prend sa direction de haut en-bas, la raison en est sensible, après ce que nous avons dit, que les couches supérieures de notre atmosphere étoient toûjours plus froides que les inférieures.

Les vents qui ont passé sur les sommets des montagnes refroidissent beaucoup les plaines voisines, dans lesquelles ils se font sentir, principalement lorsque ces montagnes sont couvertes de neige. L’effet de ces sortes de vents est assez connu ; ils sont souvent bornés à une étendue de pays peu considérable, & ils occasionnent par-là des froids particuliers.

Un vent de nord peut quelquefois au milieu même du printems ramener dans un climat d’ailleurs assez tempéré, toutes les rigueurs de l’hyver. On sait que la fin de l’automne & le commencement du printems sont froids, par la cause générale des saisons. Si quelque nouvelle cause survient, il ne sera pas impossible que le froid de l’hyver soit surpassé par celui de l’automne ou du printems.

Sans apporter aucun changement à l’ordre des saisons, les vents peuvent causer du dérangement dans les climats. On ne niera point, par exemple, que le climat de Paris ne soit en général plus froid que celui de Montpellier ; cependant il a fait plus de froid en certaines années à Montpellier qu’à Paris. Un vent de nord-oüest ou de nord-est soufflant dans l’une de ces deux villes pendant que le sud-oüest regne dans l’autre, rend suffisamment raison de cette irrégularité.

Nous avons beaucoup parlé de vents de nord, de nord-oüest, de nord-est, &c. qui régulierement parlant, sont les plus froids de tous : les vents d’est & d’oüest peuvent aussi contribuer dans certains cas à la rigueur de l’hyver. Il suffit pour cela que dans les pays d’où ils viennent, le froid soit actuellement considérable. Le vent de sud même est froid en certaines circonstances, comme on l’éprouve à Paris, quand les montagnes d’Auvergne méridionales à l’égard de cette capitale, sont couvertes de neige.

Un vent de nord, comme tout autre vent, selon les obstacles & les différentes résistances qu’il trouve, change de direction & passe à l’est, à l’oüest, ou même au sud, sans perdre son degré de froid. On peut expliquer par-là pourquoi en 1709 il gela très-fortement à Paris pendant quelques jours par un petit vent de sud ; ce vent succédant à un vent de nord qui venoit de loin & qui s’étendoit loin, n’étoit qu’un reflux de même air que le nord avoit poussé, & qui ne s’étoit refroidi nulle part. Voyez l’hist, de l’acad. des Scienc. année 1709. pag. 9.

On voit par tout ce qui vient d’être dit jusqu’où peut aller l’influence des vents sur la production du froid, & en général sur les saisons. Les vents étant fort variables, fort inconstans dans les zones tempérées, les saisons par une conséquence nécessaire y seront pareillement sujettes à de grandes variations. Voyez Vent & Saison.

Quoique certains vents, ceux de nord sur-tout, produisent le froid de la maniere que nous l’avons expliqué, ce n’est pourtant pas lorsqu’ils soufflent avec plus de violence que le plus grand froid se fait sentir. Il ne regne d’ordinaire qu’un petit vent pendant les plus fortes gelées. Les grands vents échauffent un peu l’air par le frottement qu’ils causent. Si le vent, généralement parlant, refroidit plus nos corps qu’un air qui n’est point agité, c’est par une raison connue de tous les Physiciens. On sait que nos corps naturellement plus chauds qu’un air tranquille qui les environne, échauffent une partie de cet air, & par-là se trouvent comme plongés dans une atmosphere d’une chaleur souvent égale ou peu inférieure à celle de nos organes. Or les vents enlevent & dissipent promptement cette atmosphere chaude, pour mettre un air froid à sa place ; il n’en faut pas davantage pour qu’un air agité nous paroisse beaucoup plus froid qu’un air tranquille refroidi précisément au même degré.

L’instrument qui sert à mesurer les degrés de chaleur, comme ceux du froid, est connu sous le nom de thermometre ; il est fondé sur la propriété qu’a la chaleur de raréfier les corps, sur-tout les liqueurs, & sur celle qu’a le froid de les condenser. Voyez Thermometre.

Le thermometre nous a appris que le plus grand froid se faisoit sentir chaque jour environ une demi-heure après le soleil levé ; c’est au-moins ce qui arrive le plus souvent, & en voici, je crois, la principale raison. La chaleur imprimée à un corps ne se conservant que quelque tems, la terre & l’air se refroidissent depuis trois ou quatre heures après midi jusqu’au soir, & plus encore pendant la nuit : ce refroidissement doit continuer même après le lever du soleil, jusqu’à ce que cet astre, dont l’action est très foible à l’horison, ait acquis par son élévation assez de force pour communiquer à l’air & à la terre, plus de chaleur qu’ils n’en perdent par la cause qui tend toûjours à les refroidir. Or c’est ce qui n’arrive qu’au bout d’une demi-heure ou environ, la hauteur du soleil commençant alors à être un peu considérable. Au reste ici comme ailleurs, les vents peuvent causer d’assez grandes irrégularités. On a vû quelquefois, mais rarement, le froid de l’après-midi surpasser celui de la matinée ; ce qui venoit d’un vent qui s’étoit élevé vers le milieu du jour.

Depuis qu’on a rectifié la construction des thermometres, on a observé avec beaucoup d’exactitude certains froids excessifs en différens lieux de la Terre. La table suivante fera connoître quelques-uns des principaux résultats de ces diverses observations ; elle est tirée d’une autre table un peu plus étendue, donnée par M. de Lisle, à la suite d’un mémoire très curieux du même académicien, sur les grands froids de la Sibérie. Ce mémoire est imprimé dans le recueil de l’académie des Sciences de l’année 1749.

Table des plus grands degrés de froid observés jusqu’ici en différens lieux de la terre.
Degrés au-dessous de la congelation,
suivant la division de M. de Reaumur.
A Astracan en 1746 24
A Petersbourg en 1749 30
A Quebec en 1743 33
A Tornea° en 1737 37
A Tomsk en Sibérie en 1735 53
A Kirenga en Sibérie en 1738 66
A Yeniseik en Sibérie en 1735 70

En jettant les yeux sur cette table, on sera bientôt pleinement convaincu qu’un froid égal à celui qui se fit sentir à Paris en 1709, exprime par degrés au-dessous de la congelation, est un froid très-médiocre à beaucoup d’égards. Il suffit de comparer ce degré de 1709, avec la plûpart de ceux qu’on a marqués dans la table.

Le froid qu’on a marqué le quatrieme est celui qu’éprouverent en 1737 MM. les académiciens, qui allerent en Laponie pour mesurer un degré de méridien vers le cercle polaire. Ce froid fit descendre au trente-septieme degré les thermometres de mercure, reglés sur la division de M. de Reaumur ; les thermometres d’esprit-de-vin se gelerent. Par un tel froid, lorsqu’on ouvroit une chambre chaude, l’air de dehors convertissoit sur le champ en neige la vapeur qui s’y trouvoit, & en formoit de gros tourbillons ; lorsqu’on sortoit, l’air sembloit déchirer la poitrine. Mesure de la terre au cercle polaire, par M. de Maupertuis, & c.

Un froid qui produit de tels effets, est inférieur de 30 & de 33 degrés à certains froids qui se font quelquefois sentir en Sibérie.

On n’a point d’observations du thermometre faites à la baie de Hudson ; mais ce que les voyageurs anglois nous racontent des grands froids qu’on y éprouve, est prodigieux. Dans ces contrées, lorsque le vent souffle des régions polaires, l’air est chargé d’une infinité de petits glaçons que la simple vûe fait appercevoir. Ces glaçons piquant la peau comme autant d’aiguilles, y excitent des ampoules, qui d’abord sont blanches comme du linge, & qui deviennent ensuite dures comme de la corne. Chacun se renferme bien vîte par des tems si affreux ; mais quelque précaution qu’on prenne, on ne sauroit s’empêcher de sentir vivement le froid. Dans les plus petites chambres & les mieux échauffées, toutes les liqueurs se gelent, sans en excepter l’eau-de-vie ; & ce qui paroîtra peut-être plus étonnant, c’est que tout l’intérieur des chambres & les lits se couvrent d’une croûte de glace épaisse de plusieurs pouces, qu’on est obligé d’enlever tous les jours.

On ne croiroit pas, si l’expérience ne prouvoit le contraire, qu’un pareil froid pût laisser rien subsister de ce qui végete & de ce qui vit. Ce qui est certain, c’est que des froids bien moins considérables sont souvent nuisibles aux plantes & aux animaux.

La chaleur du soleil étant le principal agent employé par la nature dans l’ouvrage de la végétation, il est clair que quand cette chaleur diminue, les arbres & les plantes croissent avec plus de lenteur : ainsi le froid retarde par lui-même les progrès de la végétation. Il est vrai que certaines plantes exigent moins de chaleur que d’autres ; & de-là vient en grande partie la diversité des plantes selon les lieux & les climats : mais d’un autre côté il n’est pas moins constant que le froid poussé jusqu’à un certain degré est toûjours nuisible, & même pernicieux à quantité de végétaux. Voyez Végétation, Plante.

Les fortes gelées qui accompagnent les grands froids, produisent aussi sur les arbres & sur les plantes de funestes effets. Voyez Gelée & Glace.

Plusieurs auteurs ont parlé des effets du froid sur les corps des animaux. Ils nous disent qu’un air froid resserre, contracte, racourcit les fibres animales ; qu’il condense les fluides, qu’il les coagule & les gele quelquefois ; qu’il agit particulierement sur le poumon, en le desséchant, en épaississant considérablement le sang qui y coule, & c. de-là les différentes maladies causées par le froid, les catarrhes, les inflammations de poitrine, le scorbut, la gangrene, le sphacele, l’apoplexie, la paralysie, & c. Le froid tue quelquefois subitement les hommes, & plus souvent les autres animaux, qui ne peuvent pas comme l’homme se procurer des défenses contre les injures de l’air. Tout ceci est parfaitement conforme à l’idée qu’on a donnée jusqu’ici de la nature du froid. Voy. Boerhaave, instit. med. n°. 747. Arbuthnot, essai des effets de l’air sur le corps humain, &c.

Une différence essentielle entre les animaux vivans & les corps inanimés, tels que les plantes, les minéraux ; c’est que ceux-ci prennent au bout d’un certain tems la température du milieu qui les environne, ensorte qu’ils participent aux changemens qui arrivent dans le degré de chaleur ou de froid de ce même milieu ; au lieu que les animaux vivans conservent dans les saisons les plus extrèmes, un degré de chaleur constant & indépendant en quelque sorte de l’air dans lequel ils vivent. Cette chaleur animale répond dans l’homme au trente-deuxieme degré au-dessus de la congelation du thermometre de M. de Reaumur. Au reste nous parlons ici de la chaleur intérieure du corps humain, ou de la chaleur des parties qu’on a suffisamment munies contre le froid ; car il est certain que la peau du visage, des mains, & en général la surface du corps humain, quand on néglige de prendre les précautions nécessaires, se refroidit plus ou moins, selon que l’air qui agit sur elle est plus ou moins froid. Voyez Chaleur animale.

Nous ne parlerons point de quelques autres effets du froid, qui ont trouvé ou qui trouveront leur place ailleurs. Voyez, par exemple, sur l’évaporation des liquides pendant le grand froid, les artic. Evaporation & Glace.

Du froid artificiel. On donne le nom de froid artificiel, à celui que les hommes produisent en quelque sorte par différens moyens, dont plusieurs sont très-connus. Le plus simple de tous ces moyens est l’application d’un corps plus froid ou moins chaud que celui qu’on veut refroidir ; car il suit de la loi générale de la propagation de la chaleur, que ce dernier corps doit être rendu par-là moins chaud ou plus froid qu’il n’étoit auparavant. C’est ainsi que pour rafraîchir de l’eau, du vin, ou d’autres liqueurs, on les met à la glace ou dans la neige.

Un autre moyen de faire naître du froid est le mélange intime de différentes substances, soit solides, soit fluides. Il faut remarquer que ces substances qu’on mêle ont souvent le même degré de température ; & quand cela n’est pas, la plus chaude refroidit quelquefois celle qui l’est moins. Voici ce que l’expérience nous apprend au sujet du froid, qui résulte de ces divers mélanges.

1°. Si l’on jette dans une suffisante quantité d’eau un sel alkali volatil quelconque, ou un sel neutre tel que le nitre, le sel polychreste, le vitriol, le sel gemme, le sel marin, l’alun, le sel ammoniac, &c. ce sel en se dissolvant dans l’eau, la refroidira au-delà même du degré ordinaire de la congelation, si la froideur de cette eau en approchoit déjà : à cet égard le sel ammoniac est de tous les sels le plus efficace. Une livre qu’on en jette dans trois ou quatre pintes d’eau, fait descendre la liqueur du thermometre de M. de Reaumur de quatre, cinq, ou six degrés, plus ou moins, selon le degré de froid qu’avoit l’eau avant qu’on y eût mis le sel. De l’eau qu’on a refroidie de cette maniere au-delà du terme de la glace, ne se gele pourtant point. Si quelques gouttes séparées de cette dissolution viennent à se glacer, c’est par le hasard d’une prompte crystallisation, & par le concours de plusieurs circonstances rarement réunies. M. Geoffroy, mém. de l’académ. des Sciences, ann. 1700, pag. 110. & suiv. M. de Mairan, dissert. sur la glace, pag. 374. & suiv. M. Musschenbroek, essai de Physique, tom. I. ch. xxvj. & suiv. Voyez Sel, Dissolution, & Menstrue.

2°. Tous les sels concrets ou qui sont sous forme seche, de quelque espece qu’ils soient d’ailleurs, acides, neutres, ou alkalis, tant fixes que volatils, étant mêlés avec de la neige ou de la glace pilée, ce mélange prend bien-tôt un nouveau degré de froid plus ou moins considérable, selon que les sels ont plus ou moins de vertu, ou qu’on les employe en différentes doses. La maniere si connue de faire geler des liqueurs en été malgré le chaud de la saison, est une suite de cette propriété des sels. Voyez Glace.

On voit par toutes les expériences qu’on a faites jusqu’à présent, que les sels mêlés avec la glace la fondent promptement, & que ce n’est qu’en la sondant & en s’y dissolvant eux-mêmes, qu’ils la rendent plus froide. Tout ce qui accélere cette fusion réciproque de la glace & des sels, doit hâter le refroidissement : au contraire, quand par un moyen dont nous parlerons bien-tôt, on empêche cette fusion, nulle nouvelle production du froid.

Deux parties de sel marin mêlées avec trois parties de glace pilée, font descendre dans les jours les plus chauds, la liqueur du thermometre de M. de Reaumur à 15 degrés au-dessous de la congelation. Le sel ammoniac un peu moins actif à cet égard, ne donne à la glace que 13 degrés de froid. L’efficacité du salpetre raffiné, ou de la troisieme cuite, est beaucoup moindre ; le froid qui en résulte, n’est que de trois degrés . Le salpetre de la premiere cuite qui contient beaucoup de sel marin, fait descendre le thermometre de 11 degrés. Il suit évidemment de-là qu’on s’est trompé pendant long-tems, quand on a regardé le salpetre comme le sel le plus propre aux congelations artificielles. Le sel marin fait plus d’effet : cependant il ne tient pas ici le premier rang, puisque le froid qu’il produit est inférieur de deux degrés à celui que donne le sel gemme, & de deux degrés au froid qu’on fait naître avec de la potasse qui est un sel alkali. Tout ceci est constant par les expériences de M. de Reaumur. Voyez le mémoire de cet académicien sur les congelations artificielles, dans le recueil de l’académie des Sciences pour l’année 1734.

3°. Les esprits de sel & de nitre possedent à un plus haut degré que les sels concrets, la vertu de produire le froid. De l’esprit de nitre qu’on aura en soin de refroidir jusqu’au point de la congelation du thermometre, étant versé sur de la glace pilée, dont le poids soit environ double du sien, on verra bientôt le thermometre descendre avec vitesse jusqu’à 19 degrés. On produira un degré de froid plus considérable, si avant que de verser l’esprit de nitre sur la glace pilée, on a fait prendre à ces deux matieres un froid beaucoup plus grand que celui de la congelation, en les environnant séparément l’une & l’autre de glace, mêlée avec d’autre esprit de nitre. On a par cette préparation un esprit de nitre déjà très-froid, qui versé sur de la glace extrèmement refroidie, fera descendre le thermometre à 25 degrés. En refroidissant davantage par cette même voie l’esprit de nitre & la glace, nous aurons de plus grands degrés de froid. De cette maniere M. Fahrenheit a poussé le froid artificiel jusqu’à 40 degrés au-dessous du zéro de sa division, ou ce qui revient au même, au trente-deuxieme degré des thermometres de M. de Reaumur. Voyez le détail curieux de l’expérience de M. Fahrenheit, dans la chimie de Boerhaave, expér. jv. coroll. 4.

Il est possible en pratiquant cette même méthode, d’augmenter beaucoup le froid qui résulte du mélange de la glace & d’un sel concret, quoiqu’on ne puisse jamais rendre ce dernier froid égal à celui que l’on obtient en employant des esprits acides. Si, par exemple, avant de mêler la glace & le sel marin on a fait prendre à chacune de ces deux matieres 14 degrés de froid, on pourra faire naître un froid de 17 degrés & , qu’il sera facile de pousser ensuite jusqu’à 22 degrés, en suivant toûjours le même procédé, pourvû néanmoins qu’après avoir mis ensemble la glace & le sel déjà refroidis, on verse sur ce mélange de l’eau chargée de sel marin, & froide de huit à neuf degrés : sans cela, comme M. de Reaumur l’a éprouvé, le sel & la glace ne se fondant point l’un l’autre, il n’y auroit aucun nouveau froid ; c’est qu’un froid de 12 à 14 degrés a congelé l’humidité nécessaire à ces deux substances, pour s’entamer réciproquement. Cette maniere de dessécher le sel & la glace en les refroidissant, est le moyen que nous avons annoncé plus haut de mettre obstacle à leur fusion, & d’empêcher par-là la production d’un nouveau froid.

Quoique le sel marin soit fort supérieur au salpetre par rapport à l’effet dont il s’agit, l’esprit de sel est cependant un peu inférieur à l’esprit de nitre. Eût-on deviné cette bisarrerie apparente ? Mais ce qui paroîtra plus singulier, c’est le froid causé par une liqueur ardente & inflammable, comme l’esprit-de-vin : ce froid n’est inférieur que d’environ deux degrés à celui que produit l’esprit de nitre, employé précisément de la même façon.

En général toutes les liqueurs, soit acides, soit spiritueuses, refroidissent la glace en la sondant ; les liqueurs alkalines volatiles, telles que l’esprit de sel ammoniac, ou l’esprit d’urine, font le même effet. Les huiles fondent bien la glace ; mais comme elles ne se mêlent point avec l’eau qui lui succede, elles ne donnent aucun nouveau froid. M. de Reaumur, dans le mémoire déjà cité. M. Musschenbroek, tentamina experimentorum naturalium, &c.

4°. Certaines dissolutions chimiques accompagnées d’effervescence, c’est-à-dire où les matieres bouillonnent & se gonflent, & même avec bruit, sont cependant froides, & font descendre le thermometre qui y est plongé. C’est ce qu’on éprouve quand on mêle des alkalis volatils avec différentes liqueurs acides, par exemple le sel volatil d’urine avec le vinaigre distille ; le sel ammoniac étant jetté dans l’esprit de nitre ou dans de l’huile de vitriol, fait aussi avec chacune de ces deux liqueurs une effervescence froide très-considérable.

Du mélange du sel ammoniac & de l’huile de vitriol, il en sort pendant l’effervescence des vapeurs chaudes. Si par exemple on projette sur trois dragmes d’huile de vitriol deux dragmes de sel ammoniac, il s’en exhalera une fumée qui sera monter un thermometre placé immédiatement au-dessus d’elle d’environ quatre degrés & demi de la division de M. de Reaumur ; tandis qu’un autre thermometre placé dans le mélange, baissera de plus de cinq degrés. M. Musschenbroek ayant fait cette même expérience dans le vuide, le résultat en a été différent ; les vapeurs se sont élevées comme auparavant, mais elles n’ont fait aucune impression sensible sur le thermometre exposé à leur action ; apparemment la chaleur de ces vapeurs s’augmente beaucoup par l’action & la réaction de l’air. A l’égard du thermometre plongé dans le mélange, il baisse également & dans l’air subtil & dans l’air grossier. M. Geoffroi, mém. de l’acad. des Seiences, année 1700, pag. 110. & suiv. M. Musschenbroek, tentamina experiment. natural. & c. Voy. Dissolution, Menstrue, Effervescence.

Quand on plonge une bouteille pleine d’eau dans un mélange de sel & de glace pilée, l’eau contenue dans la bouteille ne se refroidit & ne se glace que parce qu’étant plus chaude que le mélange qui lui est en quelque maniere contigu, elle lui communique selon la loi générale une partie de sa chaleur. Il n’en est pas de même des substances, qui mêlées intimement, font naître le froid artificiel ; elles ont le plus souvent le même degré de température ; quelquefois même un corps se refroidit en s’unissant à un autre corps moins froid que lui ; du sel, par exemple, moins froid de plusieurs degrés que de la glace, ne laisse pas de la refroidir. La loi générale de la propagation de la chaleur, paroît être ici violée ; mais on doit remarquer que cette loi ne s’observe que dans les corps simplement appliqués, & qui n’agissent l’un sur l’autre que par leurs surfaces. Quand deux substances s’unissent par voie de dissolution, d’autres lois se rendent sensibles par d’autres effets. Cet article est de M. de Ratte, secrétaire perpétuel de la S. R. des Sciences de Montpellier, membre de l’institut de Bologne & de l’acad. de Cortone.

Froid, (Chimie.) Les Chimistes prennent ce mot dans deux acceptions différentes.

Premierement, pour la présence, l’action positive & réelle d’une chaleur foible, de celle que notre atmosphere emprunte des rayons refléchis du soleil, ou, ce qui est la même chose, pour la chaleur naturelle de l’ombre, dans toutes les saisons de l’année. C’est ainsi qu’ils disent d’une dissolution faite à l’ombre, & sans le secours d’un feu artificiel, qu’elle est faite à froid ; d’une certaine application de l’eau, chaude comme l’atmosphere qui l’environne, que c’est une macération ou infusion à froid ; d’une lessive saline placée pour crystalliser loin de tout feu artificiel & à l’abri des rayons directs du soleil, qu’elle est mise ou gardée au froid, ou bien dans un lieu froid ou frais.

Les variétés des saisons & les diverses températures des lieux plus ou moins bas & profonds, ou ombragés par l’interposition de corps plus ou moins denses, fournissent les différens degrés de ce froid chimique sous lequel on opere ordinairement. La perfection qu’acquierent certains vins en vieillissant dans les bonnes caves, est dûe à une espece de digestion lente ou de fermentation insensible, que le froid, c’est-à-dire la chaleur foible du lieu, entretient dans ces liqueurs. Il est quelques cas rares dans lesquels on augmente ce froid par art, par l’application de la glace, comme dans la préparation de l’éther nitreux. Voyez Ether nitreux.

Il est clair que le froid dont nous venons de parler, n’est proprement qu’un degré de feu. Voyez Feu.

Secondement, les Chimistes prennent le mot froid dans son acception la plus vulgaire, pour le contraire ou l’absence de la chaleur. Le froid ainsi conçû comme agent ou comme obstacle physique, est employé principalement à suspendre des mouvemens chimiques, ces altérations communément appellées spontanées, que subissent les corps composés sous la température moyenne de notre atmosphere, c’est-à-dire à conserver ces substances. Voyez Conservation, (Pharmac.) Ce froid est encore employé à modérer l’expansion de certains produits volatils des distillations, & à empêcher par là la dissipation de ces produits ; ce qui s’appelle rafraîchir. Voy. Rafraichir (Chimie), & Distillation.

L’emploi de ce froid chimique est toûjours absolu ; & par conséquent les Chimistes cherchent toûjours à s’en procurer le degré le plus fort qu’il est possible.

Mais le degré usuel, commun, vulgaire, est celui qu’on obtient dans le raffraîchissement, par l’application des linges mouillés, de l’eau froide en masse, ou tout au plus de la glace ; & pour la conservation, celui que fournissent les bonnes caves.

Il est clair par ce que nous venons d’exposer, que nous n’opérons & que nous n’observons que sous un degré de froid peu considérable ou peu durable. Cependant l’emploi philosophique d’un froid plus fort & plus constant, nous procureroit diverses connoissances aussi utiles que curieuses : d’abord, il feroit connoître le premier ou le plus insensible degré de corruption, & par conséquent, l’action naissante du feu, l’énergie de son moindre degré chimique ; il nous fourniroit l’occasion d’observer l’altération lente & réguliere de certaines matieres, des substances animales, par exemple, que le froid des meilleures caves ne sauroit préserver d’une corruption prompte & tumultueuse. Il y auroit même des cas où l’action d’un feu si leger pouvant être réputée nulle, on auroit la contre-preuve de nos dogmes sur le feu, par la considération des phénomenes à la production desquels cet agent ne contribueroit pas.

Une bonne glaciere qu’on pourroit disposer de diverses façons commodes, dans laquelle on pourroit pratiquer des especes d’étuves froides, des tiroirs à la façon de ceux des fours à poulets ; une bonne glaciere, dis-je, fourniroit le réservoir le plus sûr & le plus commode de ce froid. Nous ne saurions dans nos climats nous procurer un froid durable plus fort ; car les gelées ne s’y soûtiennent pas long-tems sans interruption, & les froids artificiels excités par des dissolutions salines, ne sont que momentanés, ou du moins fort courts. L’application continuelle de la glace à l’air ouvert, n’est pratiquable que pour un tems fort court : or la durée & la continuité du froid sont absolument essentielles ; car comme la lenteur du changement chimique est proportionnelle au peu d’intensité de la cause qui le produit, du feu, il faut que cette lenteur soit compensée par la durée de l’action : il faudra souvent plusieurs années pour pouvoir observer des altérations sensibles.

Le chimiste qui voudra donc connoître les effets de la suite entiere des degrés du feu chimique sur différentes substances, placera son laboratoire entre un fourneau de verrerie & une glaciere, ou se pourvoira de l’un & de l’autre.

Le même degré de froid employé à conserver & à fournir en tout tems des gibiers & des fruits inconnus dans certaines saisons, pourroit procurer une source de luxe qui figureroit très-bien à côté des serres chaudes de nos modernes Apicius. Le premier moyen iroit au même but que le dernier, par une voie vraissemblablement plus commode & plus sûre, mais qui seroit moins dispendieuse, & par conséquent moins magnifique ; ce qui est un inconvénient réel.

La concentration à la gelée du vin & du vinaigre n’a aucun rapport avec l’usage du froid chimique, qui a fait le sujet de cet article. Voyez Concentration, Vin, & Vinaigre. (b)

Froid, (Docimastique.) donner froid ; expression usitée dans cette partie de l’Alchimie, où elle signifie ralentir l’action du feu. On donne froid à un régule qu’on affine, quand les vapeurs s’élevent jusqu’à la voûte de la moufle ; que la moufle est de couleur de cerise, &c. On dit par opposition donner chaud. Voyez ce mot, & Essai. Article de M. de Villiers.

Froid, (Economie animale.) il n’y a point de corps dans la nature qui ne soit plus ou moins pénétré dans l’intensité de ses parties élémentaires, par le fluide universel, la plus subtile de toutes les substances matérielles, c’est-à-dire par l’élément du feu.

Il n’est donc aucun corps dans la nature qui ne soit plus ou moins agité dans ses parties intégrantes, par l’action propre à ce fluide, qui consiste à tendre autant à opérer la desunion des parties de matiere auxquelles il est placé, que ces parties-ci tendent par elles-mêmes, c’est-à-dire par leur force de cohésion, à se rapprocher, à s’unir de plus en plus. Or comme cette action varie continuellement, ne subsiste jamais la même deux instans de suite, & qu’elle produit ainsi une sorte d’oscillation continuelle dans les corps, voyez Feu, (Physique) ; il en résulte un frottement plus ou moins fort entre leurs molécules intégrantes ; d’où s’ensuit qu’il existe un mouvement continuel dans les particules ignées, qui est ce en quoi consiste la chaleur plus ou moins sensible, selon que ce mouvement est plus ou moins considérable. Voy. Feu, Chaleur, & sur-tout ce qui a rapport à ces différentes matieres ; les élémens de Chimie de Boerhaave, partie II. la Physique de s’Gravesande, de Musschenbroeck, &c.

On peut dire conséquemment à ce principe, qu’il n’y a point de corps qui ne soit chaud, dès qu’on regarde la chaleur comme une qualité qui suppose dans le corps où on la conçoit, une action de feu, telle qu’elle puisse être, à quelque degré qu’elle puisse avoir lieu. Il n’y a donc point de corps, c’est-à-dire d’aggrégé des parties élémentaires de la matiere, dont on puisse dire qu’il est absolument froid, en entendant par ce terme la qualité d’un corps dans la substance duquel il n’y a aucune action du feu. On ne peut imaginer que les élémens même, atomi, qui, comme ils sont les seuls solides parfaits, indivisibles, inaltérables, doivent par conséquent n’être pénétrables par aucun agent dans la nature, sur-tout par aucun agent destructeur, telle que le feu : mais comme cette exception unique, qui présente ainsi l’idée d’un froid absolu dans les seules parties élémentaires des corps ne tombe pas sous les sens, le froid qui peut nous affecter, n’est donc qu’une qualité respective par laquelle on a voulu désigner non une absence totale du feu, mais une diminution de son effet, c’est-à-dire de la chaleur relativement à celle qui a lieu naturellement dans notre corps.

Ainsi c’est la chaleur animale qui fixe l’idée du chaud & du froid, selon qu’il résulte du premier de ces attributs une sorte de sensation à laquelle il est attaché de représenter à l’ame un plus grand effet du feu, que celui qu’il produit dans notre corps considéré dans l’état de santé ; & qu’il suit de l’attribut opposé, qu’il n’est autre chose que la faculté d’affecter d’une autre sorte de sensation, par laquelle l’ame s’apperçoit d’un moindre effet du feu que celui qu’il opere dans notre corps bien disposé.

Nous n’appellons donc chaud & froid, que ce qui nous semble plus ou moins agité par l’action du feu que ne l’est notre propre corps, autant que nous pouvons en juger par la comparaison des impressions que fait sur nos parties sensibles cette action du feu dans les substances dont nous sommes composés, avec celles qui nous viennent du dehors par le contact des corps ambians. Nous ne nous appercevons du chaud & du froid, que par les effets de cette agitation ignée, qui sont plus ou moins considérables, qui excedent ou qui n’égalent pas ceux de la chaleur vitale au degré qui est propre à l’état de santé dans chaque individu.

Le terme de froid n’est donc employé que pour désigner une sorte de modification des corps, respectivement à la sensation qu’ils excitent en nous, lorsqu’ils nous affectent par une mesure de chaleur moindre que celle de la nôtre. Comme les corps ne sont dits chauds, qu’autant que l’action du feu est en eux plus forte qu’en nous ; qu’autant que nous la sentons telle ; car elle n’est pas toûjours réellement ce qu’elle paroît, ainsi qu’on le prouvera ci-après : c’est donc toûjours la mesure de notre chaleur animale, qui est la regle de comparaison pour juger de la chaleur ou du froid de tous les corps qui sont hors de nous.

Or cette chaleur vitale, dont la mesure ne peut être déterminée que par le moyen du thermometre, ayant été fixée à l’égard de l’homme, par l’observation faite avec cet instrument, de la façon & selon la graduation de Farenheit, à la latitude de quatre-vingt-douze à quatre-vingt-dix huit degrés pour les différens tempéramens & les différens âges dans l’état naturel ; & la plus grande chaleur de l’atmosphere étant limitée à un degré bien inférieur, puisqu’aucun animal ne pourroit vivre dans un milieu dont la chaleur seroit constamment portée à 98 degrés : il s’ensuit que l’on pourroit dire avec fondement, d’après ce qui a été établi ci-devant, que l’action du feu dans l’atmosphere ne va jamais jusqu’à la rendre chaude respectivement à nous, puisqu’elle n’excede & n’égale même jamais, d’une maniere durable & supportable, la chaleur qui nous est naturelle. Ainsi on peut regarder le milieu dans lequel nous vivons comme étant toûjours froid, respectivement à ce que nous en sentons : ce rapport est variable, selon que ce froid s’approche ou s’éloigne plus ou moins de la chaleur animale, non-seulement pour les hommes en général, mais encore pour chacun en particulier, selon la différence du tempérament & de l’âge, à-proportion de l’intensité ou de la foiblesse de cette chaleur naturelle, dans la latitude des limites auxquelles on vient de dire qu’elle s’étend en plus ou moins : de même tous les corps dans lesquels l’action du feu peut faire monter le thermometre à un degré quelconque supérieur à ceux de la chaleur humaine, sont constamment regardés comme chauds, à-proportion de l’excès de cette action en eux sur celle qui a lieu dans nos corps : telle est l’idée que l’on peut donner en général des qualités des corps, que nous distinguons en chauds & en froids, relativement à nos sensations à cet égard.

Ainsi nous attachons toûjours l’idée d’un sentiment de froideur ou de fraîcheur à l’impression que nous sommes susceptibles de recevoir de l’application, à la surface de notre corps, de l’air renouvellé & de l’eau laissés à leur température naturelle, selon que cette température est plus ou moins éloignée de la nôtre ; ce qui fait que l’air agité par le vent, par un éventail, nous paroît froid ou frais ; que l’on trouve plus de fraîcheur en été, en se baignant dans l’eau courante ; parce que ces fluides, par le changement qui se fait continuellement de leur masse autour de notre corps, y sont toûjours appliqués avec leur propre température, & ne le sont pas assez pour participer à l’excès de chaleur de la nôtre sur la leur : il en est de même de tous les corps, qui n’ont d’autre chaleur que celle du milieu, dans lequel ils sont contenus ; ils sont réellement tous froids, c’est-à-dire moins chauds que notre corps dans son état naturel : ainsi ils nous paroissent tous en général être froids au toucher ; & ce froid est au même degré dans tous, quoiqu’il nous paroisse plus ou moins sensible, comme dans les métaux, le marbre comparé au bois & à d’autres corps. Cette différence ne vient que du plus ou moins de facilité avec laquelle notre propre chaleur se communique aux corps que nous touchons : ainsi les plus denses s’échauffent plus difficilement ; ils doivent donc nous paroître plus froids, parce qu’ils résistent, pour ainsi dire, plus long-tems à devenir chauds : la durée de la disposition à procurer la sensation du froid, nous semble être son intensité, respectivement aux corps moins denses, qui participent plus promptement à la chaleur que nous leur communiquons en les touchant, & dont le froid cesse sitôt qu’il ne nous donne pas, pour ainsi dire, le tems de le sentir, & de nous appercevoir qu’ils ont moins de chaleur que notre corps.

Cette différence de l’impression plus ou moins froide, que font sur nous ces différens corps, ne doit effectivement être attribuée qu’à cette cause ; puisque par le thermometre, on leur trouve la même température, & que c’est une chose démontrée, qu’il n’est aucun corps dans la nature qui ait plus de chaleur par lui-même qu’un autre, dans le même milieu ; une pierre à feu n’a pas plus de chaleur par elle-même, qu’un morceau de glace ; & les corps mêmes des animaux chauds, n’ont après leur mort pas plus de chaleur que tous les corps inanimés qui les environnent, à-moins que ce ne soit par l’effet de la putréfaction, ainsi qu’il arrive au foin, qui est susceptible, par les différens mouvemens intestins qui peuvent s’exciter dans sa substance, de devenir plus chaud que le milieu dans lequel il se trouve : de même l’effervescence chimique fait naître de la chaleur dans l’union, le mélange de certains corps, par le rapport qu’il y a entre eux, qui séparément n’auroient que la chaleur de tous les autres corps ambians inanimés.

Il suit encore de ce qui a été établi précédemment, que nous pouvons même, sans qu’un corps change de milieu, & avec une température constamment la même, juger différemment relativement au chaud & au froid dont ce corps peut exciter en nous la sensation ; ce qu’on ne doit attribuer qu’à la différente disposition de l’organe de nos sensations. Qu’on expose en hyver une main à l’air jusqu’à ce qu’elle soit froide ; qu’on chauffe l’autre main au feu, & qu’on ait alors un pot rempli d’eau tiede : aussi-tôt qu’on plongera la main chaude dans cette eau, on dira qu’elle est froide, respectivement au degré de chaleur qu’on sent dans cette main ; qu’on plonge, après cela la main froide dans la même eau, & on jugera qu’elle est chaude, parce qu’elle a en effet plus de chaleur que cette main n’en sentoit avant d’être plongée. Voyez à ce sujet les essais de Physique de Musschenbroeck.

Nous ne jugeons donc pas, suivant la véritable disposition des corps qui sont hors de nous, à l’égard du chaud ou du froid, mais suivant que ces corps sont actuellement exposés à l’action du feu comparée avec celle qui a lieu dans notre corps, dont les organes sensitifs portent continuellement à l’ame les impressions qu’ils reçoivent, par l’effet de la chaleur vitale jointe à celle du milieu, dans lequel nous nous trouvons ; ensorte que l’ame porte ensuite son jugement par comparaison des corps plus ou moins chauds, que celui auquel elle se trouve unie.

C’est ainsi que l’on peut rendre raison pourquoi les caves nous paroissent froides en été & chaudes en hyver. Si l’on suspend un thermometre dans une cave assez profonde, pendant toute une année, on trouvera que la cave est plus chaude en été qu’en hyver ; mais qu’il n’y a pas une grande différence du plus grand chaud au plus grand froid qu’on y peut observer. Il paroît par-là que quoique les caves nous semblent être plus froides en été, elles ne le sont pourtant pas, & que cette apparence est trompeuse. Voici ce qui donne lieu à ce phénomene.

En été, notre corps se trouvant exposé au grand air, notre chaleur étant toûjours de 94 à 98 degrés, la chaleur du grand air est alors dans les climats tempérés de 80 à 90 degrés ; au lieu que l’air qui se trouve dans ce tems-là renfermé dans les caves, n’a qu’une chaleur de 45 à 50 degrés ; de sorte qu’il a beaucoup moins de chaleur que notre corps & que l’air extérieur : ainsi dès qu’on entre dans une cave, lorsqu’on a fort chaud, on y rencontre un air que l’on sent très-froid, en comparaison de l’air extérieur, qui est presque aussi chaud qu’on l’est soi-même en hyver ; au contraire, lorsqu’il gele, le froid de l’air extérieur peut augmenter depuis le trente-deuxieme degré du thermometre de Farenheit, jusqu’à zéro, tandis que la température de la cave reste encore à 43 degrés : ainsi nous trouvant exposés dans ce tems-là à l’air froid extérieur, qui fait sur notre corps une impression proportionnée, & qui le refroidit en effet, nous n’entrons pas plûtôt dans une cave, que nous trouvons chaud l’air qui nous avoit paru froid en été, lorsque la température y étoit à-peu-près la même : ce qui arrive donc par la différente disposition avec laquelle nous y entrons : d’où il résulte, que nous ne pouvons pas savoir ni juger, par la seule impression que l’air fait sur nous dans la cave, relativement au plus ou au moins de feu qu’il contient, s’il y en a effectivement davantage, ou pour mieux dire, s’il est plus en action en été qu’en hyver. Ce n’est qu’à l’aide du thermometre, que nous pouvons être assûrés qu’il y a plus de chaleur dans les caves en été qu’en hyver, puisque c’est précisément le contraire de ce que nous éprouvons, par les différentes sensations qui en résultent.

Mais quelle est donc la disposition de nos corps à laquelle il est attaché, de pouvoir porter à l’ame l’idée du froid conséquemment aux impressions qu’ils reçoivent des causes frigorifiques ? Cette question tient à la recherche des causes de la chaleur animale, puisque ce ne peut être qu’une diminution des effets de ces causes, qui change les sensations des organes affectés par la chaleur : on a examiné dans l’article Chaleur animale, avec une critique aussi éclairée que sage, & avec toute la précision possible, dans un sujet qui n’en est guere susceptible de sa nature, les différens systèmes les plus remarquables tant des anciens que des modernes, sur ce qui allume dans les corps animés, le feu qui y produit cet effet d’une maniere presqu’invariable dans quelque température qu’ils se trouvent. On y a prouvé presque jusqu’à la démonstration, par les raisonnemens les plus solides, que nous sommes encore bien éloignés de pouvoir regarder les sources de la chaleur animale comme sûrement découvertes, puisqu’aucune des explications tant physiques que méchaniques, les plus spécieuses, n’ont pas encore acquis le degré de perfection nécessaire, pour rendre raison de tous les phénomenes qui dépendent du principe qu’il est question de connoître. On y donne à entendre avec raison, que l’idée de Galien & des Arabes, sur le feu inné, ventillé par l’air respiré, sur-tout entant qu’il est considéré comme un agent physique & réel, ainsi que Sennert & Riviere l’ont conçû, & non pas comme une qualité, selon la plûpart des auteurs antérieurs, n’est pas autant dénuée de fondement, qu’elle l’a paru assez généralement depuis que le joug de l’ancienne école a été secoué. On fait voir cependant aussi dans l’article dont il s’agit, que de toutes les hypothèses proposées sur ce sujet, il n’en est point jusqu’à-présent qui semblent davantage approcher de la vérité, que celles qui sont fondées sur l’effet méchanique, qui est une suite nécessaire des mouvemens qui entretiennent la vie, c’est-à-dire, l’attrition ou le frottement qui se fait des solides entr’eux, ou des fluides contre les solides. On y donne l’extrait du meilleur ouvrage qui ait paru en ce genre, qui est l’essai sur la génération de la chaleur dans les animaux, du docteur Douglas ; extrait par lequel on fait connoître que cet auteur en réfutant les différentes opinions des Physiologistes tant anciens que modernes, rejette également toutes les causes physiques, chimiques & méchaniques, pour substituer son sentiment, qui a néanmoins pour fondement une cause de cette derniere espece, le frottement des globules sanguins dans les vaisseaux capillaires, proportionné au resserrement de ces vaisseaux par le froid ; frottement auquel il attribue de pouvoir produire & entretenir une chaleur toûjours uniforme dans la latitude ordinaire des variations de notre température, ce qui fait le principal des phénomenes à expliquer, à l’égard duquel tous les systèmes lui ont paru en défaut ; mais mal-à-propos, selon l’auteur de l’art. Chaleur animale, qui fait observer fort judicieusement que dans le système des anciens, qui attribue cette chaleur au feu inné excité par l’air respiré, la proportion entre l’augmentation de la chaleur du milieu & la diminution de sa densité, diminution par laquelle il contribue moins à l’entretien du feu vital, à-mesure que celui de l’atmosphere est plus en action, y opere plus de raréfaction ; entre la diminution de la chaleur du milieu & l’augmentation de sa densité (par laquelle seule, il peut rendre plus actif le feu du corps animé, à-mesure que le feu ambiant perd de son activité, & qu’il peut par conséquent en être moins communiqué à ce corps), est suffisante pour rendre raison de cette uniformité.

L’auteur de l’article mentionné ne se borne pas à revendiquer le peu d’avantage que peuvent avoir les opinions réfutées par le docteur Douglas, & à les défendre autant qu’elles en sont raisonnablement susceptibles ; après avoir rendu justice au système anglois, en convenant que c’est le plus satisfaisant qui ait paru sur cette matiere, il ne l’épargne pas ensuite, en lui opposant des difficultés qui paroissent sans réplique ; il attaque donc l’idée qui fait la base du sentiment de ce docteur, savoir, que le resserrement causé par le froid dans les vaisseaux capillaires, donne lieu à l’augmentation de frottement entre les globules sanguins & ces vaisseaux, & par conséquent de la cause interne de la chaleur animale, à-mesure que la chaleur externe diminue, & vice versâ. D’où il suit que la quantité de chaleur est à-peu-près toûjours la même dans l’animal, soit que cette chaleur lui vienne du dedans ou du dehors.

Mais, dit l’auteur de l’article dont il s’agit, 1°. la même cause interne qui engendre de la chaleur, c’est-à-dire ce resserrement des capillaires qui donne lieu à une plus grande attrition des globules sanguins dans ces vaisseaux, par-là même qu’il échauffe le sang plus qu’il ne seroit échauffé par le feu de l’air ambiant, n’échauffe-t-il pas aussi ces mêmes capillaires ? ne fait-il pas en même tems cesser à-proportion le resserrement de ces mêmes capillaires ? & par conséquent cette cause interne de chaleur animale ne se détruit-elle pas elle-même, dès qu’elle commence à produire ces effets ? 2°. En admettant le resserrement constant dans les capillaires, ne s’ensuit-il pas au-moins que le mouvement du sang doit y être diminué à-proportion ; d’où il semble qu’il doive se faire une compensation entre l’augmentation des surfaces exposées au frottement & la diminution de l’impulsion des globules, qui doivent opérer le frottement : compensation qui doit rendre de nul effet ce changement de disposition ? 3°. En ne s’arrêtant même pas aux deux difficultés précédentes contre l’auteur anglois, pourroit-on en passer sous silence une troisieme, qui n’est pas moins forte ? Elle consiste à faire observer qu’en supposant avec lui que la chaleur ne s’engendre que dans les seuls capillaires, les instrumens générateurs sont bien peu proportionnés à la masse qui doit être échauffée par leur moyen, puisqu’alors le foyer de la chaleur est censé n’exister que dans la peau.

L’auteur de ces objections contre le système du docteur Douglas, les laisse subsister comme une preuve que ce système a le sort de tant d’autres ; que quelque satisfaisant qu’il paroisse au premier abord, il n’est cependant pas parfait, & que la cause de la chaleur animale qui nous a été jusqu’à-présent cachée comme un de ses mysteres, ne nous a pas encore été révélée.

Mais si l’on convient que le système anglois approche plus qu’aucun autre de la perfection, on ne peut disconvenir aussi qu’il ne soit avantageux au progrès des connoissances humaines, de lever autant qu’il est possible les obstacles qui l’empêchent d’y atteindre. C’est dans cette vûe que l’on va placer ici quelques réflexions sur les trois objections qui viennent d’être remises sous les yeux au sujet de ce système ; ce qui sera d’autant moins étranger au sujet traité dans cet article, qu’il en résultera un grand nombre de conséquences qui y sont relatives, & serviront à rendre raison de bien des phénomenes qui en dépendent.

Premierement, ne peut-on pas dire, que quoique la chaleur qui naît des frottemens des globules sanguins dans les capillaires, puisse être conçûe se communiquer en même tems aux solides mêmes de ces vaisseaux, & les relâcher par la raréfaction qui s’ensuit, ce dernier effet sera toûjours d’autant moindre, qu’il sera plus contre-balancé par celui du froid extérieur, qui cause le resserrement de ces vaisseaux ; parce que le relâchement seroit bien plus considérable, tout étant égal, par l’effet de la cause interne de la chaleur, si ce froid extérieur ne s’y opposoit pas ? Ainsi, ne peut-on pas conclure de-là, qu’il reste toûjours que le resserrement doit être plus considérable par les effets du froid, qu’il n’est empêché par les effets synchrones de la chaleur dont il occasionne la génération ? d’où doit résulter plus de frottement, plus de chaleur par conséquent dans le cas du froid externe, que dans le cas opposé. Ne peut-on pas concevoir ainsi une contrenitence continuelle entre la cause de la chaleur animale & le froid extérieur ? D’où on peut inférer que dans l’hyver, la chaleur animale appartient davantage à l’animal même ; que dans l’été elle appartient plus aux causes externes ; qu’il y a donc en quelque sorte moins de vie dans les animaux en été, qu’en hyver ; puisqu’il y a moins d’action vitale ; que l’on est plus fort, plus vigoureux en hyver, tout étant égal ; parce que le froid, qui condense tous les corps en tenant les vaisseaux dans un état de plus grande constriction, & en donnant lieu par-là à l’augmentation des résistances, occasionne plus d’action, plus d’efforts par conséquent de la part de la puissance motrice pour les vaincre ; d’où l’augmentation du mouvement progressif, des humeurs, plus de frottement dans les capillaires, plus de chaleur, sans que ces efforts, ce mouvement, puissent être regardés comme des effets de fievre proprement dite, puisqu’ils augmentent sans diminution de forces ; au contraire, attendu que l’augmentation d’action dans les solides procure une plus grande élaboration, une plus grande atténuation d’humeur, d’où résulte une préparation, une secrétion plus abondante de fluide nerveux ; plus de disposition par conséquent au mouvement musculaire, à l’exercice : au lieu qu’en été la raréfaction des solides en général, par la chaleur extérieure diminue l’élasticité des fibres des animaux, en diminuant la cohésion de leurs parties élémentaires ; d’où tout étant égal, résulte moins de jeu dans leurs vaisseaux ; d’où s’ensuit dans les grandes chaleurs une presqu’atonie universelle, une diminution proportionnée de l’action des organes vitaux ; d’où le ralentissement du cours des humeurs dans les capillaires, le relâchement de ces vaisseaux, le moins de frottement des globules sanguins, moins de chaleur qui est l’effet de ce frottement, moins de résistance au cours des humeurs dans tous les vaisseaux ; conséquemment moins d’efforts de la puissance motrice, pour surmonter cette résistance ; d’où moins d’attrition, d’atténuation de la masse des humeurs, d’élaboration, de secrétions du fluide nerveux; d’où enfin la foiblesse, l’abattement que l’on éprouve toûjours par une suite de la chaleur de l’atmosphere : d’où s’ensuit, que les hommes obligés à se livrer à de grands travaux, à de grandes peines de corps, les soûtiennent mieux dans les tems froids, ont plus de forces, plus d’appétit pour les maintenir, que dans les tems chauds. C’est sans doute par cette considération, que Dioclès medecin contemporain d’Aristote, dans sa lettre à Antigonus, roi d’Asie, qui contient plusieurs préceptes, concernant la conservation de la santé, donne pour maxime, en forme d’aphorisme, qu’il faut prendre plus d’alimens, boire moins en général, & boire davantage de vin pur, à-proportion qu’il fait plus froid ; & qu’il faut par conséquent manger moins, boire davantage, & boire son vin plus trempé, à-proportion que les chaleurs augmentent. On peut donc conclure de ce qui vient d’être dit, que le plus ou le moins de constriction dans les vaisseaux en général, & dans les vaisseaux capillaires en particulier, influe principalement sur tous ces effets, comme sur le plus ou le moins de génération de la chaleur animale ; ainsi l’on peut concevoir que cette chaleur y est produite, sans qu’elle fasse en même tems cesser le resserrement de ces mêmes vaisseaux, qui est la condition efficiente : ainsi l’assertion du docteur Douglas qui établit ce resserrement, & en conséquence le frottement des globules sanguins dans les capillaires, comme cause de la chaleur animale, semble subsister sans atteinte à l’égard de la premiere objection : passons à la seconde.

On ne peut que convenir avec tous les Physiologistes, que le mouvement du sang est très-lent dans tous les capillaires ; que le degré de cette lenteur doit varier à-proportion des résistances, & par conséquent qu’elle augmente avec le plus de resserrement causé par l’augmentation du froid. Mais n’y a-t-il pas lieu de penser qu’il augmente ce ralentissement du cours des humeurs, seulement jusqu’à ce que les forces vitales par la disposition naturelle de la puissance motrice, ayent surmonté les résistances qui le causent, sans changer l’état de resserrement des solides, c’est-à-dire jusqu’à ce que les humeurs ayent éprouvé l’effet de l’augmentation du ressort dans tous les vaisseaux, la plus grande action qu’ils exercent en conséquence sur elles ; que celles ci en soient en général plus affinées, & que les globules sanguins en particulier soient desunis au point de pouvoir passer l’un après l’autre dans les extrémités capillaires, & même d’être forcés à s’alonger, à prendre la forme ovale ; ce qui les rend propres à opérer plus de frottement, à-proportion qu’ils touchent les parois des vaisseaux par des surfaces plus étendues ; qu’il se fait par conséquent entre eux un frottement plus considérable qu’il ne se faisoit, lorsqu’il passoit plus d’un globule à la fois, & qu’ils touchoient aux parois des vaisseaux par moins de points : ensorte que l’on peut concevoir ainsi, que le mouvement des humeurs dans les capillaires redevient aussi peu lent qu’il étoit avant le resserrement, sans que le resserrement en diminue d’aucune façon, dans la supposition que la cause en subsiste toûjours. Or comme la faculté de procurer la sensation du froid est attachée à l’impression qui résulte de la diminution du mouvement intestin causé par l’action du feu, au-dessous de celui qui constitue notre chaleur naturelle : que la cause de cette diminution dépende du froid de l’atmosphere, ou d’une gêne dans le cours du sang, occasionnée par un resserrement spasmodique des vaisseaux, ou par épaississement des humeurs ; il est aisé ensuite de ce qui vient d’être dit, de rendre raison pourquoi est-ce qu’on est si sensible au froid, lorsqu’on passe tout-d’un-coup d’un milieu qui est d’une température plus approchante de notre chaleur, à une température bien plus froide. N’est-ce pas parce que celle-ci produit si promptement le resserrement des capillaires cutanés, qu’elle y forme à-proportion de plus grandes résistances au cours des humeurs qui se ralentit aussi à-proportion ? d’où la sensation du froid, ainsi qu’on l’observe à l’égard des changemens subits du chaud au froid dans l’air, qui ont lieu sur-tout en automne, tems auquel on éprouve plus de sensibilité à ce changement de température, qu’on n’en éprouve dans le tems de la gelée la plus forte, quoique dans le premier cas, les effets du froid soient absolument moins considérables, quoiqu’il se fasse alors une moindre constriction dans les capillaires, & qu’il en résulte absolument moins de résistance au cours des humeurs. Cette résistance est respectivement plus effective, parce que le relâchement des solides subsistant encore intérieurement, la puissance motrice ne peut augmenter ses efforts, & opposer plus d’action pour vaincre cette résistance, qu’après que les effets du froid ont condensé de proche en proche tous les solides, en ont augmenté le ressort, ont attenué les humeurs, en ont tiré plus de fluide nerveux ; ce qui n’a lieu que lorsque le froid a subsisté quelque tems. Alors un plus grand froid fait moins d’impression, parce que le cours du sang dans les capillaires étant rétabli, sans que leur resserrement ait cessé, il s’y fait plus de frottement, il s’y engendre conséquemment plus de chaleur. C’est par une raison à-peu-près semblable, que l’on est affecté d’une sensation de froideur dans les parties sujettes aux accès de douleur rhumatismale ; dans ces différens cas, cette sensation dure jusqu’à ce qu’il survienne, pour ainsi dire une fievre, c’est-à-dire, une augmentation d’emploi des forces vitales, une plus grande action des organes circulatoires, qu’il n’en falloit auparavant pour surmonter une moindre résistance dans les capillaires, où le cours des humeurs s’est ralenti. De ces augmentations doivent s’ensuivre plus de division de ces humeurs, plus de fluidité qui y rétablit la disposition à passer librement par les vaisseaux resserrés ou embarrassés ; d’où la cessation de celle qui donnoit lieu à cette sensation. C’est aussi pourquoi ceux qui passent en peu de tems d’un pays froid, d’un pays de montagne, par exemple, dans un pays d’un climat plus doux, dans un pays de plaine, trouvent qu’il fait chaud dans celui-ci, tandis que ceux qui l’habitent s’y plaignent du froid. On ne peut en effet attribuer cette différence de sensation dans le même milieu, qu’à ce que les premiers ayant leurs vaisseaux capillaires dans un état de resserrement plus grand que ne les ont ceux de la plaine, & la puissance motrice étant néanmoins montée dans ceux-là à surmonter ce resserrement, à en tirer plus de chaleur animale, par conséquent ils passent dans un milieu plus chaud ou moins froid, sans que la disposition génératrice de la chaleur interne, qui n’est pas la même dans ceux qui sont habitués à ce milieu, cesse aussi-tôt. Ainsi il y a donc dans ceux-là une cause de chaleur qui n’est pas dans ceux-ci : d’où suit l’explication du phénomene tirée de la lenteur des humeurs qui subsiste dans les capillaires des derniers, tandis qu’elle a été surmontée dans les premiers. Ainsi il suit de tout ce qui vient d’être dit, que la difficulté tirée de la lenteur des humeurs, ne peut plus être mise en-avant ; s’il est prouvé, comme on se flate de l’avoir fait, que par la disposition la plus admirable dans le corps animal, bien loin que le resserrement des capillaires retarde le cours des humeurs ; aussi constamment qu’il subsiste lui-même, il en occasionne l’accélération, par-là même qu’il lui avoit d’abord opposé de la résistance : ainsi la seconde objection contre le système anglois, paroît n’être pas plus décisive que la premiere ; il reste à examiner la troisieme.

Cette difficulté tirée du petit nombre de vaisseaux générateurs de la chaleur animale, en comparaison de toutes les autres parties, qui non-seulement ne contribuent pas à sa production, mais encore absorbent, pour ainsi dire, la plus grande partie de celle qui est engendrée dans ces vaisseaux. Cette difficulté paroît assez embarrassante dans le système du docteur anglois, si l’on borne, avec lui, le resserrement des capillaires causé par le froid, aux seuls capillaires cutanés, & si l’on ne considere ce resserrement comme cause occasionnelle de la chaleur animale, qu’entant qu’il a lieu dans ces seuls vaisseaux : mais en admettant, d’après ce qui a été proposé ci-devant, que le froid opere ce resserrement non-seulement à la surface du corps, mais encore dans toutes ses parties internes, à mesure que le froid, par sa durée & par son intensité, parvient à condenser tous les corps sans exception, en gagnant de proche en proche de la circonférence au centre ; cette condensation ne peut-elle pas être conçûe également dans le corps humain, si l’on fait attention à ce que le froid extérieur étant en opposition avec la cause interne de la chaleur animale, quant à la propagation de celle-ci, empêche que les solides se raréfient, se relâchent autant qu’il arriveroit si le milieu ambiant n’absorboit pas, pour ainsi dire, les effets de la chaleur interne, à-proportion qu’elle est plus considérable que celle de ce milieu ? Cette soustraction des effets de la chaleur ne peut-elle pas être regardée, par rapport aux parties qui les éprouveroient si elle n’avoit pas lieu, comme une vraie condensation proportionnée au moins de relâchement qui résulte de cette soustraction ? Ainsi, dans cette supposition, les solides de tous les vaisseaux, & par conséquent ceux des capillaires, devant être condensés par l’effet du froid, d’où s’ensuit la diminution en tout sens du volume du corps animal, dont il n’y a pas lieu de douter & de rendre raison autrement ; les capillaires de toutes les parties internes peuvent donc contribuer à la génération de la chaleur animale, par leur resserrement à-proportion de ce qu’ils sont susceptibles de recevoir les impressions du froid extérieur : ils le sont à la vérité d’autant moins qu’ils sont plus éloignés de la surface du corps ; mais ils le sont, & on ne peut pas refuser d’accorder que leur nombre est bien pour le moins aussi supérieur à celui des capillaires cutanés, que ceux-ci sont plus exposés au froid extérieur que ceux-là : la chose est trop évidente pour qu’il y ait besoin de calcul. On peut hardiment assûrer que la somme du resserrement des capillaires internes, quoiqu’il soit bien moindre dans chacun en particulier, doit au moins égaler celle du plus grand resserrement des externes ; d’où s’ensuit que ceux-là concourent autant que ceux-ci à la génération de la chaleur : par-là même, que ceux-là pris en total sont susceptibles des effets du froid, à-proportion autant que ceux-ci.

Cela posé, c’est-à-dire les trois difficultés établies contre le système du docteur Douglas, étant ainsi résolues, il semble, par l’addition qui vient de lui être faite, n’avoir que gagné, en acquérant plus de vraissemblance, & en devenant plus conforme à tous les phénomenes que le froid produit dans l’œconomie animale ; puisqu’il n’en reste pas moins, que la génération de la chaleur interne se fait dans les capillaires par le resserrement des capillaires cutanés ; mais qu’il en résulte aussi qu’elle se fait dans tous les autres capillaires ; & qu’il s’ensuit ainsi de plus, que les sources de cette chaleur sont plus étendues, plus abondantes, plus proportionnées à la masse à laquelle elle doit se communiquer. On satisfait de cette maniere à toutes les objections rapportées ci-devant.

On évite même une autre difficulté qui se présente à cette occasion ; elle consiste en ce qu’il n’est guere possible de comprendre comment on peut être affecté de la sensation du froid, si l’organe qui est le plus exposé à en recevoir les impressions, n’est pas moins exposé en même tems aux impressions qui lui viennent des seuls organes générateurs de la chaleur : car les houpes nerveuses sont bien aussi contiguës pour le moins aux vaisseaux capillaires cutanés, qu’elles le sont à la surface de l’atmosphere qui s’applique à celle du corps. Cette difficulté bien réfléchie paroît être assez importante contre le système du docteur Douglas, entant qu’il n’admet que les capillaires cutanés pour foyer de la chaleur animale ; au lieu qu’en l’étendant à tous les capillaires, elle tombe aisément.

D’ailleurs, il est des cas où les capillaires cutanés sont si resserrés par le froid, pendant un tems considérable, soit que ce froid vienne de cause externe, soit qu’il provienne de cause interne, que l’on ne peut pas concevoir que les humeurs y conservent encore du mouvement ; ou il est si peu considérable, que le frottement qui en peut résulter, entre les humeurs & les vaisseaux qui les contiennent, non-seulement n’est pas suffisant pour engendrer une chaleur assez grande pour se communiquer à toutes les parties internes du corps, & y conserver uniforme celle qui subsistoit auparavant ; mais encore pour en engendrer une qui excede tant-soit-peu le degré de celle de l’atmosphere : d’où il suit que la chaleur du dedans du corps doit bien-tôt périr dans ces cas, comme celle de sa surface, puisqu’elle n’est plus renouvellée ; ce qui est contraire à l’observation, dans ceux qui sont rappellés à la vie d’une mort apparente causée par la violence du froid auquel ils ont été exposes, qui n’a pû être assez contrebalancé par la chaleur interne, & dans ceux qui sont dans un grand froid de fievre, mais sur-tout dans la fievre lypyrie. Il n’en est pas ainsi, dans la supposition que les capillaires internes contribuent à la chaleur animale, ainsi que les externes : dans tous ces cas, ceux-là peuvent conserver suffisamment la chaleur, pour empêcher la cessation du cours des humeurs dans les gros vaisseaux, & en entretenir la fluidité & la circulation, assez pour conserver un germe de vie, en empêchant que les humeurs ne perdent entierement leur fluidité : mais à l’égard de l’espece de fievre qui vient d’être mentionnée, peut-on ne pas convenir que les capillaires internes sont aussi propre, à engendrer la chaleur, que les externes, tout étant égal ; puisque dans cette fievre, les malades se sentent dévorés par l’excès de chaleur interne, tandis qu’ils paroissent gelés au-dehors ? ce qu’il est aisé d’expliquer, en attribuant aussi la génération de la chaleur aux capillaires internes. Le grand épaississement des humeurs chargées de beaucoup de parties huileuses, suffit pour en concevoir, qu’elles ne peuvent pas être portées dans les capillaires cutanés, sans que le froid de l’atmosphere ne les dispose davantage à suivre la tendance de leur force de cohésion, à se figer, à suspendre leur cours, qu’à produire de la chaleur par le frottement ; tandis que les capillaires internes moins exposés à l’effet coagulant de l’air ambiant, contribuent d’autant plus à la génération de la chaleur, que les humeurs en général, & particulierement les globules sanguins, ont plus de densité. D’où on peut inférer ici à cette occasion, pourquoi les personnes d’un tempérament phlegmatique, cacochyme, cholorotique, ne sont pas sujettes à des fievres de cette espece, aux fievres ardentes, comme les personnes d’un tempérament bilieux, sanguin, & c’est aussi pourquoi ceux-là, dans l’état de santé même, ont moins de chaleur naturelle que ceux-ci ; non-seulement donc parce que les humeurs sont plus denses, mais encore parce que les solides sont plus élastiques dans ceux-là que dans ceux-ci ; ce qui rend aussi les premiers plus susceptibles, tout étant égal, que les seconds, de sensibilité au froid, & de tous les effets qui en suivent.

Il n’a été question jusqu’ici, en traitant des causes de la chaleur, pour rechercher celles du froid, que du frottement entre les fluides & les solides : pourquoi ne seroit-il pas fait mention du frottement ou de l’attrition des solides entre eux, & des globules des fluides aussi entre eux ? Le docteur Douglas a prétendu, dans son ouvrage cité, que les effets de ces frottemens ne devoient point être comptés parmi les puissances méchaniques qui contribuent à la génération de la chaleur animale : mais son jugement à cet égard étant dénué de preuves solides, peut-il être regardé comme sans réplique, tant qu’il reste des faits, dont il est bien difficile d’écarter l’application qui se présente à en faire au sujet dont il s’agit ? Il est certain que les mains frottées l’une contre l’autre, sont susceptibles de s’échauffer : il ne se fait autre chose dans ce cas, qu’une attrition des fibres cutanées ; telle qu’elle peut avoir lieu entre deux morceaux de bois frottes l’un contre l’autre, qui s’échauffent par ce seul effet.

Peut-on ne pas concevoir que les vaisseaux innombrables dont est composé le corps humain, étant tous contigus, ne peuvent osciller, se dilater, augmenter de diametre, se resserrer, s’alonger, & se raccourcir ; éprouver alternativement ces différens changemens sans discontinuité, pendant toute la vie, sans se frotter entre eux, sans se toucher pendant leur dilatation, par un plus grand nombre de points qu’ils ne faisoient pendant leur contraction ; ce qui est sur-tout bien sensible à l’égard de l’espece de vaisseaux que l’on sait être susceptibles d’une pulsation marquée, continuellement renouvellée, tant que la vie dure. Ces changemens de continuité plus ou moins étendue, ne peuvent pas se faire sans qu’il se fasse aussi en même tems une espece d’attrition entre les parties élémentaires des fibres qui composent les vaisseaux, & le frottement étant aussi répété & aussi sort que l’impulsion des humeurs dans leurs vaisseaux, il ne peut que s’ensuivre un développement, une plus grande action des particules ignées distribuées entre ces fibres, entre ces parties élémentaires, d’où doit être engendrée une véritable chaleur dans le corps qui en est composé. Voyez les élémens de Chimie de Boernaave, part. II. expér. X. corol. 5.

Il y a donc lieu de penser que le mouvement des vaisseaux entre eux, l’oscillation de leurs fibres, le frottement des muscles les uns contre les autres, lorsqu’ils sont mis en action dans les exercices & les travaux du corps, peuvent contribuer à la production de la chaleur animale ; & par conséquent, que ces différentes sortes de mouvemens servent par cette raison à combattre, à empêcher les effets du froid, à proportion qu’ils sont plus considérables ; & vice versâ.

Il n’est pas moins vraissemblable, que le mouvement des fluides, sur-tout le choc des globules sanguins entre eux, leur broyement en tout sens par la contraction des vaisseaux, par la force impulsive, par la pression contre les extrémités résistantes, ont aussi part à ce phénomene. Si on a égard à ce que rapporte le docteur Martine, dans son traité de la chaleur animale, au sujet de l’eau même, qu’il assûre avoir échauffée par le seul mouvement, par la seule agitation : mais sur-tout ce qu’a observé Albinus à l’égard du lait, qui acquiert une chaleur sensible par la seule attrition nécessaire pour le convertir en beurre ; ce qui n’est pas ignoré des gens même qui le font ; observation fort relative à ce dont il s’agit, à cause de l’analogie que l’on sait être entre le lait & le sang, qui sont composés l’un & l’autre d’un grand nombre de globules huileux flottans dans un véhicule aqueux ; & entre la maniere dont sont préparés, battus, l’un & l’autre de ces fluides, pour que le lait soit changé en beurre & le chyle en sang : de ce que le lait est susceptible d’être échauffé par le seul mouvement, on peut même en inférer, à l’égard du sang, que tout étant égal, l’effet doit être plus grand, à proportion de la densité des globules de celui-ci sur les globules de celui-là.

Ainsi on peut conclure de cette derniere assertion, que la différence du sang dans les différens sujets, contribue beaucoup à la différence que l’on observe dans la chaleur naturelle ; & le plus ou le moins de disposition à recevoir les impressions du chaud & du froid, à l’égard de chaque individu, respectivement au tempérament dont il est doüé, c’est-à-dire selon que la masse de ses humeurs abonde plus ou moins en globules rouges, & que ces globules sont plus ou moins denses, plus ou moins élastiques. C’est sans doute par cette considération, que l’auteur du livre sur le cœur, que l’on trouve parmi les œuvres d’Hippocrate, dit, en comparant le sang aux autres humeurs, qu’il n’est pas chaud de sa nature, mais susceptible de s’échauffer, apparemment à cause de sa consistence : ce qui paroît en effet devoir réellement concourir, avec la disposition des solides, pour la production plus ou moins facile, plus ou moins constante de la chaleur animale, qui augmente & diminue avec l’augmentation & la diminution d’action dans les vaisseaux, & d’agitation dans les humeurs ; ce qui rend raison de l’intempérie froide qui domine dans les personnes d’un tempérament pituiteux, dans les hydropiques, dans les chlorotiques, en un mot dans tous ceux dont le sang est mal travaillé, manque de condensation, ou dont les globules rouges bien conditionnés ne sont pas en suffisante quantité, comme après les grandes hémorrhagies : ce qui sert aussi à l’explication du défaut de chaleur propre dans la plûpart des poissons, & dans tous les animaux, dont les solides relâchés, les humeurs aqueuses, ne sont susceptibles entre eux & les solides, que de frottemens, de chocs très-foibles ; d’où résulte si peu de chaleur, qu’elle est emportée par le milieu ambiant, à-mesure qu’elle est produite : d’où s’ensuit que ces animaux ne peuvent acquérir aucun degré de chaleur supérieur à celle de ce milieu, & que leur température éprouve toutes les variations de celle des corps inanimés.

Toutes ces différentes puissances méchaniques qui viennent d’être proposées, d’après la plûpart des physiologistes modernes, comme propres à concourir à la génération de la chaleur propre aux animaux, & à la production, par la raison des contraires, de tous les phénomenes du froid, que les animaux sont susceptibles de ressentir, & dont ils éprouvent les effets les plus importans, particulierement pour le maintien de l’uniformité de cette chaleur, paroissent exister dans l’économie animale, d’une maniere si prouvée, qu’il est impossible de se persuader, avec le docteur Douglas, qu’elles doivent être rejettées, en faveur de son système ; d’autant plus qu’elles ne sont point incompatibles avec lui, ainsi qu’on vient de tâcher de l’établir ; & qu’au contraire elles sont comme des accessoires qui servent à l’étayer & à le soûtenir contre les objections qui pourroient le renverser entierement, si elles n’étoient pas de nature à fournir des moyens de défense tirés de l’adresse même avec laquelle l’attaque a été formée. Il est vrai que ce système perd par-là l’avantage de la simplicité, & qu’il semble par conséquent n’être plus conforme aux vûes de la nature, qui opere en général avec le moins de dépense possible : mais elle ne peut en user ainsi, que pour des effets non compliqués : il lui faut des causes multipliées, là où les besoins sont essentiellement distingués & différens, quoique relativement au même objet : les diverses combinaisons qui en dérivent exigent autant de causes différentes, qui prises séparément, sont aussi simples les unes que les autres, parce qu’elles ont chacune leur destination particuliere, par rapport aux circonstances variées qui les mettent en œuvre.

Il résulte donc de tout ce qui a été dit dans cet article, que par une admirable disposition dans l’économie animale, c’est à la diminution de la chaleur dans l’atmosphere, c’est-à-dire au froid même, qu’il semble démontré que l’on doit attribuer principalement l’entretien des effets du feu, à l’égard des animaux chauds, à un degré à-peu-près uniforme dans l’état de santé, & proportionné en raison inverse, précisément à celui de l’augmentation du froid ; pourvû cependant que les efforts des organes vitaux pour conserver la fluidité, le mouvement, le cours des humeurs, soient toûjours supérieurs aux résistances causées par la constriction des solides, par le resserrement des vaisseaux ; effets constans du froid, auxquels il est attaché, en donnant occasion à de plus grands frottemens entre toutes les parties du corps animal, tant solides que fluides, mais sur-tout entre les globules sanguins & les parois des vaisseaux capillaires, d’exciter l’action des particules ignées dans l’intérieur de ce corps, à-proportion qu’elle diminue au-dehors.

Ce sont donc les mouvemens absolumens nécessaires pour la conservation de la vie saine dans les animaux, qu’il faut regarder comme les antagonistes du froid ; puisque tout étant égal & bien disposé, la chaleur augmente constamment à-mesure qu’ils augmentent de force & de vîtesse, & qu’elle diminue de même avec la diminution de ces mouvemens, parce que le frottement qu’ils occasionnent augmente & diminue avec eux. Ainsi dans tous les cas où ils ne sont pas suffisans, soit par l’excès du froid dans le milieu ambiant, soit par le vice particulier des solides, ou par celui des fluides, pour entretenir la chaleur animale dans sa latitude ordinaire ; chaleur qui doit par conséquent toujours excéder celle de l’atmosphere même, dans les plus grandes chaleurs de l’été : l’animal dans lequel ce défaut de chaleur naturelle a lieu, éprouve le sentiment & les autres effets du froid dans toutes les parties de son corps, si ce défaut y est général ; ou dans quelques-unes seulement, si ce défaut n’est que particulier. Dans l’un & dans l’autre cas, le froid ne peut ainsi se faire sentir pendant un tems considérable, sans devenir une cause de desordre dans l’économie animale. (d)

Froid, (Patholog.) il suit de ce qui vient d’être établi à la fin de l’article précédent, que le froid considéré entant qu’il produit ses effets dans le corps des animaux chauds, dans le corps humain, peut être lui-même produit par des causes externes & par des causes internes, par rapport à l’individu qui le souffre.

La principale cause externe de ce froid animal est le froid de l’atmosphere. Le premier degré de celui-ci, relativement à ses effets physiques les plus susceptibles, hors de nous, de tomber sous les sens, est marqué par la diminution de l’action du feu à l’égard de l’eau, au point où elle cesse d’être fluide, où elle devient un vrai solide, qui est la glace : mais ce changement, qui est la congelation, ne se fait encore à ce degré de froid, que dans de très-petites masses d’eau. Il est toûjours plus considérable, à-mesure que le froid augmente ; & dans les climats tempérés, cette augmentation se fait jusqu’à la moitié du nombre des degrés dont augmente l’action du feu dans l’atmosphere, par-dessus le degré de la congelation, pour former la plus grande chaleur dont ces climats-ci sont susceptibles : ensorte que comme le plus grand hyver de ce siecle y fit descendre le mercure du thermometre de Farenheit environ à 32 degrés au-dessous de zéro, c’est-à-dire du point où commence la congelation, les plus grandes chaleurs l’ont fait monter à environ 98 : ce qui fait une augmentation de deux tiers par-dessus le point de la congelation : ainsi le degré moyen entre le plus grand chaud & le plus grand froid dans l’atmosphere, est celui de la température qui a été observée dans les caves de l’Observatoire de Paris ; ce degré est fixé à 10 au-dessus du point de la congelation. Selon la division du thermometre de M. de Réaumur, c’est le point moyen des variations de cette température, dont la latitude, selon le thermometre de Farenheit, s’étend du quarante-cinquieme degré, ou environ, au cinquante-cinquieme. Ainsi au degré moyen de cette latitude, l’eau est également éloignée d’être convertie en glace & de devenir tiede. Tant que la chaleur de l’atmosphere n’est pas diminuée jusqu’à ce degré moyen, quoiqu’elle soit toûjours moins considérable que celle qui est ordinaire au corps humain, dans l’état de santé ; si la premiere diminue insensiblement jusqu’à ce degré, on ne s’en apperçoit pas beaucoup ; on n’est pas fort incommodé de cette diminution dans l’action du feu de l’atmosphere ; diminution a laquelle il est cependant attaché de produire les effets du froid, d’en exciter la sensation, comme étant la disposition physique qui est la principale cause externe du froid animal. Cette cause opérant à-proportion de son intensité, la sensation qui en resulte n’est pas bien forte, tant que le froid du milieu n’est pas parvenu au degré de la température dont on vient de parler ; d’autant que la chaleur propre à l’animal augmente à-proportion qu’il en reçoit moins de ce milieu : & cette augmentation se fait en raison de celle du resserrement que ce froid cause dans la surface du corps. Mais plus le froid approche du degré de la congelation, plus ce resserrement devient considérable ; il va toûjours en augmentant avec le froid, au point qu’il ralentit le cours des humeurs ; soit par la trop grande résistance qu’il cause ainsi dans les solides, soit par la condensation des fluides, qui leur fait perdre leur fluidité dans les portions où est opérée cette condensation ; effets qui diminuent par conséquent l’activité du frottement & la génération de la chaleur, qui dépend de cette activité ; d’où s’ensuit un double obstacle à l’impulsion des fluides dans les parties affectées du froid ; duquel obstacle établi suit une sorte d’impression sur les nerfs, qui a la propriété, étant transmise à l’ame, de faire naître la sensation desagreable du froid animal, ainsi qu’il a été dit dans l’article précédent : & cette sensation devient forte de plus-en-plus, à-proportion que le froid externe, & conséquemment le resserrement des vaisseaux capillaires, le ralentissement des humeurs, augmentent & s’étendent davantage de la circonférence vers le centre : ce qui arrive sur-tout si l’on est constamment exposé à l’air libre ; si l’atmosphere qu’il forme autour du corps est continuellement renouvelle par le vent : ensorte que l’air ambiant ne restant point assez appliqué au corps animal, pour le faire participer à la chaleur qu’il en tire, ne fait que lui en enlever sans cesse, & ne lui communique que son froid actuel, qui pénetre dans sa substance, opere une véritable constriction dans ses solides, dispose à la coagulation ses fluides ; d’où s’ensuit qu’il diminue de volume en tout sens, & que bien des gens ont observé que les habits qui ne les entouroient, ne les enveloppoient qu’avec peine en été, pendant la raréfaction de tous les corps par l’effet de la chaleur, se trouvent alors trop amples ; tant la condensation de toutes les parties se rend sensible.

Ainsi les effets du froid de l’air sur le corps humain, peuvent être si considérables, qu’il y a des exemples d’hommes qui sont morts subitement par le seul effet du grand froid, sans aucune autre mauvaise disposition que celle qu’il avoit produite : ce qui arrive assez communément dans les pays septentrionaux, non seulement à l’égard des hommes, mais encore à l’égard des bêtes.

On ne sauroit douter que ce qui donne lieu à des accidens de cette nature, ne soit le resserrement des vaisseaux, qui lorsqu’il est porté à un degré considérable, intercepte le cours des humeurs : à quoi se joint la coagulation de celles-ci : effets qui ont lieu principalement dans les poumons, où les vaisseaux très-minces, très-exposés, très faciles à se laisser pénétrer par le froid, & le sang très-exposé aux influences de l’air, étant presque à découvert dans ce viscere, sont, par ces différentes raisons, très susceptibles d’engorgemens inflammatoires & autres, si prompts même & si étendus, lorsqu’ils sont produits par un froid extreme, qu’ils peuvent procurer une suffocation subite ; comme dans les cas qui viennent d’être mentionnés.

Personne n’ignore que le sang sorti d’une veine & reçu dans un vase sous forme fluide, se fige dans l’espace de trois ou quatre minutes dans un air tempéré, & qu’il se change ainsi en une masse solide, qui s’attache ordinairement aux parois du récipient. Ce fluide de animal se coagule encore plus promptement, si l’air auquel il est exposé est bien froid, comme dans un tems de gelée ; il n’est cependant pas aisé de déterminer précisément à quel degré de la diminution de la chaleur dans l’air, le sang perd ainsi sa fluidité, puisque cela arrive également dans l’été, & qu’il n’y a de différence en comparaison avec ce qui se passe à cet égard en hyver, qu’en ce que la coagulation est moins prompte dans la premiere que dans la seconde de ces circonstances : on sait seulement que la sérosité du sang ne se congele qu’au vingt-huitieme degré du thermometre de Farenheit, & que par conséquent il faut un plus grand froid pour la convertir en glace. Qu’à l’égard de l’eau qui commence à se geler dès le trente-deuxieme, c’est peut-être parce que la sérosité est un peu salée, qu’elle résiste davantage à perdre sa fluidité : mais il suffit pour le sujet dont il s’agit ici, que l’on soit assuré que le froid hâte la tendance naturelle du sang à la coagulation ; c’est pourquoi s’il arrive à ceux qui tombent en syncope de rester assez dans cet état pour que par la grande diminution du mouvement des humeurs elles ayent eu le tems de se refroidir, il se forme alors, par une suite du défaut d’agitation vitale & du froid qui s’ensuit, des concrétions polypeuses autour du cœur dans les gros vaisseaux ; concrétions qui sont le plus souvent de nature a ne pouvoir être resoutes.

La constriction des vaisseaux & la coagulation du sang, sont donc des effets du froid de l’air sur les corps des animaux ; d’où peuvent s’ensuivre de grands desordres dans leur économie, à-proportion de l’intensité de la cause qui a produit ces effets. Cette cause est même de nature à pouvoir les opérer après la mort, puisque dans cet état il ne reste plus dans le corps animal d’autre principe de chaleur, que de celle qui lui est commune avec tous les corps inanimés ; chaleur qui à quelque degré qu’elle soit dans l’atmosphere, n’est jamais, comme il a été dit plusieurs fois, qu’un froid respectif : ainsi ce froid causant une constriction générale dans tous les solides, elle est plus forte dans chaque partie à-proportion de sa densité ; par conséquent les arteres dont les tuniques sont plus compactes que celles des veines, se resserrant davantage, tout étant égal, expriment la partie la plus fluide du sang dans les vaisseaux plus foibles, c’est-à-dire dans les veines, & ne retiennent que la plus grossiere, celle qui a perdu sa fluidité, ensorte même qu’elles se vuident souvent entierement ; d’où résulte que le froid contribue à donner de l’action aux vaisseaux, non-seulement pendant la vie pour la conserver par l’exercice des fonctions, en y entretenant la chaleur à un degré uniforme & toûjours supérieur à celle de l’atmosphere, mais encore après la mort, en donnant lieu à certains mouvemens dans les solides & dans les fluides, tant que ceux-ci sont disposés à conserver de la fluidité, & à céder à l’action de ceux-là : d’où surviennent souvent dans les cadavres différentes sortes d’évacuations de sang, de sérosités, d’urine, &c. par les voies qui n’offrent pas de la résistance à ces efforts automatiques. On peut donc encore inférer de ces effets posthumes, que si le froid peut opérer des mouvemens aussi marqués dans les corps des animaux sans le concours de la vie, il doit influer bien davantage à-proportion sur les opérations des corps animés, en tant qu’il contre-balance les effets qu’y produit la chaleur qui leur est propre, en les bornant, d’autant plus qu’il a plus de part à sa génération, dans une certaine latitude ; en empêchant par conséquent le trop grand relâchement des fibres, la dissolution trop considérable des humeurs qui seroient les suites de la chaleur & du mouvement laissés à eux-mêmes dans les animaux ; en conservant convenablement la fermeté, l’élasticité dans celles-là, & la densité, la consistance dans celles-ci.

Mais lorsque le froid augmente au point de former des résistances au cours des fluides, résistances que la puissance motrice ne peut plus surmonter, & dont conséquemment elle ne peut plus tirer avantage pour la production de la chaleur animale, les effets qui s’ensuivent ne peuvent, comme on l’a déjà fait pressentir, qu’être très-nuisibles à l’exercice des fonctions nécessaires pour la vie saine, & même seulement pour l’entretien de celles sans lesquelles la vie ne peut subsister. Le cours des humeurs est d’abord considérablement ralenti, & s’arrête même totalement dans les parties les plus exposées à l’impression du froid, & dans lesquelles la force impulsive est le plus affoiblie, à cause de l’éloignement du principal instrument qui l’a produit, c’est-à-dire du cœur : ainsi la surface du corps en général, & particulierement les extrémités, les piés, les mains, le nez, les oreilles, les levres, sont les parties les plus susceptibles d’être affectées des effets du froid ; la peau se fronce, se resserre sur les parties qu’elle enveloppe immédiatement ; elle comprime de tous côtés les bulbes des poils, elle rend ainsi ces bulbes saillans ; elle reste soûlevée sous forme de petits boutons dans les portions qui les recouvrent comparées à celles des interstices de ces bulbes ; elle est seche & roide, parce que ses pores étant resserrés, ne permettent point à la matiere de l’insensible transpiration de se répandre dans sa substance, pour l’humecter, l’assouplir, & que les vaisseaux cutanés ne recevant presque point de fluides, elle perd la flexibilité qui en dépend. Les ongles deviennent de couleur livide, noirâtre, à cause de l’embarras dans le cours du sang des vaisseaux qu’ils recouvrent : c’est par cette même raison que les levres & différentes parties déliées de la peau, paroissent violettes, attendu que les vaisseaux sanguins y sont plus nombreux, plus superficiels. Tout le reste des tégumens est extrèmement pâle ; parce que le resserrement des vaisseaux cutanés empêche le sang d’y parvenir. Le sentiment & le mouvement sont engourdis dans le visage, dans les mains & les piés ; parce que la constriction des solides pénétrant jusqu’aux nerfs & aux muscles, gêne le cours des esprits animaux, empêche le jeu des fibres charnues : d’où s’ensuit que même les mouvemens musculaires qui servent à la respiration, se font difficilement ; ce qui contribue à l’oppression que donne le froid, joint à ce que la surface des voies de l’air dans les poumons ayant beaucoup d’étendue, n’étant pas moins exposée que la peau, & n’ayant que très-peu d’épaisseur, éprouve à proportion les mêmes effets du froid qu’elle, par conséquent avec plus d’intensité ; & que le sang de ce viscere y est, comme il a été dit, très-exposé à la coagulation ; ce qui ajoûte beaucoup à l’embarras du cours des humeurs dans ce principal organe auxiliaire de la circulation.

Tous ces différens symptomes peuvent exister avec plus ou moins d’intensité ; mais ils constituent toûjours un véritable état de maladie : lorsque la lésion des fonctions en quoi ils consistent est durable, ils peuvent même, comme il a déjà été dit, avoir les suites les plus funestes, si par la continuation des effets du froid, les embarras dans le cours des humeurs s’étendent beaucoup de la circonférence vers le centre, & deviennent à proportion aussi considérables au-dedans qu’au-dehors : d’où tirent d’abord leur origine la plûpart des maladies causées par la suppression de la transpiration insensible (voyez Transpiration) ; d’où se forment souvent de violentes inflammations dans les membres, sur-tout dans leurs extrémités qui ont beaucoup de disposition à le terminer par la gangrene, le sphacele (voyez Engelure, Gangrene, Sphacele) ; d’où plus souvent encore prennent naissance les fluxions inflammatoires de la membrane pituitaire, de la gorge, des poumons, de la plevre, à cause du contact immédiat ou presque immédiat de l’air froid auquel sont exposées toutes ces parties. Voyez Rhume, Enchifrenement, Esquinancie, Péripneumonie, Pleurésie.

L’application de l’air, de l’eau, ou de toute autre chose qui peut exciter un sentiment vif de froid sur certaines parties du corps qui y sont le moins exposées, qui sont toûjours plus chaudes que d’autres, produit toûjours des constrictions, des resserremens non-seulement dans les vaisseaux de la partie ainsi affectée & même de toute l’étendue de la peau, mais encore dans l’intérieur, dans les visceres, où peuvent être produits les mêmes vices, qui sont les suites des impressions immédiates du froid : d’où il arrive souvent entre autres accidens, que les femmes éprouvent la suppression de leurs regles, par l’effet d’avoir passé subitement d’un air chaud à un air bien froid, ou d’avoir souffert le froid aux piés, aux mains avec assez d’intensité ou de durée, ou de s’être trempé ces parties dans de l’eau bien froide. Tous ces accidens surviennent dans ces cas d’autant plus aisément, si les personnes qui les éprouvent avoient auparavant tout leur corps bien chaud. Il en est de même à l’égard de la boisson bien froide, de la boisson à la glace, dans la circonstance où le corps est échauffé par quelque exercice, par quelque travail violent ; ce qui donne lieu à des maladies très-aiguës & très-communes parmi les gens de la campagne, les gens de fatigue.

Dans tous ces cas, quoique l’effet immédiat du froid ne porte que sur les parties externes, ou sur celles qui communiquent avec l’extérieur qu’il affecte par les propriétés physiques qui ont été si souvent mentionnées ; cet effet ne se borne pas à la surface de ces parties ; il est attaché à l’impression du froid, de causer une sorte de stimulus dans le genre nerveux, d’en exciter l’irritabilité, & d’occasionner une tension, un érétisme général dans toutes les parties du corps ; d’où se forme un resserrement dans, tous les vaisseaux, qui fait un obstacle dans tout le cours des humeurs, à raison de la diminution proportionnée dans le diametre de chacun d’eux, diminution qui restraint par conséquent la capacité des parties contenantes, & donne lieu à une pléthore respective ; ensorte que la partie des humeurs qui devient excédente par-là, est forcée par les lois de l’équilibre, dans le systeme vasculeux du corps animal, à se porter dans la partie qui en est la plus foible ; ou s’il n’en est aucune qui cede, il s’ensuit nécessairement que la circulation des humeurs trouvant par-tout une égale résistance, se trouve aussi par-tout embarrassée, & disposée à s’arrêter. Tel fut le cas d’Alexandre, mentionné dans Quinte-Curce, lib. II. cap. v. Ce prince ayant voulu pendant le fort de la chaleur du jour, dans un climat brûlant, se laver dans le fleuve Cydnus, de la poussiere mêlée à la sueur dont son corps étoit couvert, après s’être échauffé excessivement par les plus grandes fatigues de la guerre, fut tellement saisi du froid de l’eau, que tout son corps en devint roide, immobile, couvert d’une pâleur mortelle, & parut avoir perdu toute sa chaleur vitale ; ensorte qu’il fut tiré du fleuve sans forces, sans usage de ses sens, en un mot comme sans vie. Tous ces effets furent produits si subitement, que le froid n’avoit pas pû pénétrer dans l’intérieur, pour agir immédiatement, comme à l’extérieur, par sa faculté de resserrer les solides, de condenser, de figer les fluides : ce ne pouvoit être que par le moyen des nerfs qu’il se fit un desordre si prompt & si terrible dans toute l’économie animale de ce jeune héros ; desordre qui faisoit un état si dangereux, que l’habileté & le zele des medecins de Philippe son pere eurent bien de la peine à l’en tirer, à le rappeller, pour ainsi dire, à la vie, & à lui rendre la santé ; parce que la lésion des fonctions avoit été d’autant plus considérable, que le sujet étoit plus robuste, & qu’il ne se trouva point dans son corps de partie foible disposée à souffrir pour le tout ; ensorte que le mal intéressa dans ce cas généralement toutes les conditions nécessaires pour l’entretien de la santé. Voyez, sur la théorie relative aux accidens de cette espece, l’article Equilibre, (Economie animale.)

La cause à laquelle on vient d’attribuer ces derniers phénomenes comme effets du froid, sans qu’il porte ses impressions immédiatement, en tant que froid externe, sur les parties internes de l’animal, semble être encore plus prouvée par ce qui arrive en conséquence de l’application subite d’une colonne d’air froid, ou de quelqu’autre corps bien froid, sur une partie bien chaude & bien sensible de la surface de notre corps ; application qui excite une sorte de tremblement sur toute la peau, un vrai frisson momentané, c’est à-dire qui dure autant que la sensation même du froid. C’est ainsi que l’aspersion de l’eau bien froide sur le visage des personnes disposées à la syncope, rappelle les sens & rétablit les mouvemens vitaux prêts à être suspendus, en produisant une sorte de secousse dans tout le genre nerveux : c’est ainsi que l’on a quelquefois arrêté des hémorrhagies, en touchant quelque partie du corps bien chaude, avec un morceau de métal bien froid, ou un morceau de glace ; en occasionnant par la sensation vive qui résulte de cette application, une sorte de crispation des solides en général, qui resserre comme par accident les vaisseaux qui se trouvent ouverts.

Ces considérations concernant les effets du froid externe sur le corps humain (effets que l’on peut distinguer en les appellant sympathiques, parce qu’ils influent sur des parties où ils n’ont pû être portés ou produits que par communication, & non immédiatement), menent à dire quelque chose d’autres effets du froid dans les animaux, produits par des causes absolument internes, sans aucun concours du froid externe : tels sont tous les obstacles à l’action du cœur & des arteres, tant qu’ils ne peuvent pas être facilement surmontés par sa puissance motrice ; tout ce qui de la part des humeurs s’oppose à leur propre cours, comme le trop de consistance, leur épaississement, leur trop grande quantité qui fait une masse trop difficile à mouvoir, leur volume trop diminué par les grandes évacuations, les hémorrhagies surtout qui diminuent trop considérablement la partie rouge du sang, le nombre de ses globules, tout ce qui empêche la distribution du fluide nerveux & en conséquence le mouvement des organes vitaux, même de ceux qui sont soûmis à la volonté, comme dans les parties paralysées qui sont toûjours froides ; enfin tout ce qui peut diminuer ou suspendre l’agitation, le frottement de la partie élastique de nos humeurs entre elles, & contre les vaisseaux qui les contiennent. Voyez Fievre maligne, lipyrie, intermittente, Venin, Poison, Gangrene, &c.

Ces différentes causes internes du froid animal sont certaines & fréquentes : il en est cependant encore d’autres d’une différente nature, qui produisent des effets que l’on ne sauroit attribuer à celles qui viennent d’être exposées, puisqu’il s’agit de cas où l’on éprouve une sensation de froid très-marqué & souvent très-vif, sans qu’il y ait aucune diminution d’agitation dans les solides & dans les fluides ; au contraire même souvent avec des mouvemens violens dans les principaux organes de la circulation du sang, du cours des humeurs, avec toutes les dispositions nécessaires pour la conservation de leur fluidité ; ensorte qu’il arrive quelquefois que les parties supérieures du corps sont brûlantes, tandis que les inférieures sont glacées ; qu’un côté du corps est refroidi, pendant que l’on sent beaucoup d’ardeur dans le côté opposé ; que l’on sent comme un air froid se répandant sur un membre, comme par un mouvement progressif, tandis que l’on est fatigué de bouffées de chaleur ; qu’il se fait des transports d’humeurs, des engorgemens dans d’autres parties, avec les symptomes les plus violens. On ne peut attribuer la cause de semblables phénomenes qu’à l’action des nerfs, qui par l’effet d’un cours irrégulier des esprits animaux, sont tendus & resserrent les vaisseaux dans quelques parties ; d’où les humeurs devenues surabondantes par rapport à la diminution de la capacité des vaisseaux, sont comme repoussées dans d’autres parties qui n’opposent point de résistance extraordinaire, où elles sont portées avec beaucoup d’agitation, tandis que leur cours est presque arrêté dans les vaisseaux resserrés ; de maniere qu’il s’établit dans ceux-ci une disposition, telle qu’elle peut être produite par le froid externe, pour exciter la sensation qui résulte de son application sur les parties sensibles ; & dans ceux-là une disposition telle qu’il la faut pour faire augmenter la génération de la chaleur animale, & le sentiment qu’elle fait naître. Voyez Chaleur animale, & sur ces effets singuliers, ce qui est dit en son lieu de chacune des différentes maladies dans lesquelles on les observe, telles que la Fievre nerveuse, la Passion hypocondriaque, hystérique, les Vapeurs, l’Epilepsie, &c.

Dans d’autres cas il survient en peu de tems, & quelquefois subitement, à des personnes qui ont toute leur chaleur naturelle, tant au dehors qu’au-dedans, un froid répandu sur toute la surface du corps avec pâleur, frisson, tremblement dans les membres, sueur froide ; tous symptomes que l’on ne peut encore attribuer qu’au resserrement plus ou moins prompt, qui se fait dans les vaisseaux capillaires par le moyen des nerfs, ensuite d’une distribution irréguliere, plus abondante qu’elle ne devroit être, du fluide nerveux dans l’habitude du corps, & dans les organes du mouvement ; resserrement qui arrête le cours des humeurs, dans tous les tégumens, & en exprime sous forme sensible la matiere de la transpiration condensée par le défaut de chaleur animale.

On observe ces différens phénomenes avec plus ou moins d’intensité dans les grandes passions de l’ame, comme le chagrin, la peur, la surprise, l’effroi, la terreur, &c. Voyez Passions, animi pathemata.

Après avoir considéré quelles sont les différentes causes tant externes qu’internes, qui peuvent nous affecter de la sensation du froid, il reste à dire quelque chose des différens moyens que l’on peut employer pour faire cesser la disposition contre nature qui produit cette sensation ; parce que l’on peut inférer de l’effet de ces moyens, la confirmation de tout ce qui a été avancé ici concernant la théorie du froid animal.

Parmi les causes, tant externes qu’internes, qui peuvent produire la disposition à laquelle en est attachée la sensation, il n’en est point de si générale & de si commune, que l’application du froid de l’air ambiant : or comme c’est par l’agitation de l’air, par le renouvellement continuel de la partie de ce fluide qui nous environne, que le froid est le plus sensible, tout étant égal ; le premier moyen que les hommes nés nuds & laissés à-peu-près sans défense à cet égard, ont trouvé de se garantir un peu de cette impression desagréable, a été vraissemblablement de se mettre à couvert du vent derriere des arbres ou tout autre corps, qui pouvoient être interposés entre eux & le courant d’air. On eut ensuite bien-tôt occasion de découvrir quelque creux de rocher, quelque caverne, où l’on pouvoit encore se mettre plus aisément à l’abri de toutes les injures de l’air ; mais on ne pouvoit souvent pas y rester autant qu’elles duroient ; il falloit passer d’un lieu à un autre pour pourvoir à ses besoins. On s’apperçut que la nature avoit donné aux bêtes différens moyens attachés à leur individu, tels que les poils, les plumes, dont le principal usage paroissoit être de couvrir la surface de leur corps, & de la défendre des impressions fâcheuses que pouvoient leur causer les corps ambians : envier cet avantage & sentir que l’on pouvoit se l’approprier, ne furent presqu’une même réflexion. En effet l’homme ne tarda pas à se procurer par art ce dont la nature ne l’avoit sans doute laisse dépourvû, que parce qu’elle lui avoit donné d’ailleurs bien supérieurement à tous les animaux, l’intelligence nécessaire non seulement pour se défendre de toutes les incommodités de la vie, mais encore pour trouver tous les moyens possibles de se la rendre agréable, & par conséquent celui de se garantir du plus grand inconvénient de sa nudité, en se couvrant contre le froid, & de la faire servir par le moyen d’un tact plus fin & plus étendu, à des délices de différentes especes (que les animaux ne sont pas disposés à goûter), dans bien des circonstances où il pouvoit desirer d’avoir la surface de son corps découverte & exposée au contact d’autres corps propres à lui procurer des sensations agréables comme dans les chaleurs de l’été, où il lui étoit facile de se dépouiller de tout ce qui pouvoit l’empêcher de sentir la fraîcheur de l’air, lorsque l’occasion s’en présentoit ; il se détermina donc bien-tôt à sacrifier au besoin qu’il avoit de se défendre du froid les bêtes, auxquelles il crut voir les couvertures les plus convenables qu’il pût convertir à son usage. Il n’eut pas à balancer pour le choix ; les animaux dont les fourrures sont les plus fournies, dûrent avoir tout-de-suite la préférence : c’est-là vraissemblablement le premier motif qui a porté les hommes à égorger des animaux ; ils pouvoient s’en passer à l’égard de la nourriture, les fruits pouvoient leur suffire ; mais il ne se présentoit rien d’aussi propre à les couvrir, & qui demandât moins de préparation, que la peau garnie de poil, dont la nature avoit couvert un grand nombre d’animaux de différentes grandeurs.

L’art ajoûta ensuite beaucoup à ce vêtement simple, pour le rendre plus commode ; il ne servit d’abord qu’à envelopper le tronc ; on ne parvint pas si-tôt à trouver le moyen de couvrir les extrémités séparément. Tout ce qu’on se proposa d’abord en cherchant à le perfectionner, fut d’en rendre l’application plus intime sur les parties que l’on en couvroit, & d’empêcher qu’il ne restât des issues à l’air pour pénétrer jusqu’à la peau. On s’apperçut bientôt que plus la substance du vêtement est compacte, plus elle garantit du froid : la chaleur du corps animal se répandant autour de lui, échauffe ce qui l’environne jusqu’à une certaine distance : ainsi l’air ambiant participe à cette chaleur, d’autant plus qu’il est appliqué plus long-tems à ce corps chaud sans être renouvellé, & il lui rend de cette chaleur empruntée à proportion de ce qu’il en a reçû. Mais comme les corps en général retiennent & communiquent plus de chaleur selon qu’ils sont plus denses, l’air étant de tous les corps celui qui a le moins de densité, ne peut donc retenir & communiquer que très peu de la chaleur qu’il a reçue de notre corps : c’est donc en fixant davantage cette chaleur exhalée hors de nous, & en nous la rendant pour ainsi dire reversible, que les vêtemens nous servent d’autant plus qu’ils sont plus compactes, & plus exactement appliqués à la surface de notre corps ; de maniere qu’ils empêchent le contact de l’air, qui est plus propre à enlever de la chaleur animale, qu’à en rendre la dissipation profitable, & qu’ils absorbent eux-mêmes en bonne partie, ce qui s’échappe ainsi continuellement de cette chaleur, pour la réfléchir sur le corps qui l’a produite, pour contribuer par-là à empêcher les effets du froid sur la surface du corps, & s’opposer au trop grand resserrement des vaisseaux capillaires cutanés, à la trop grande condensation des humeurs qui y sont contenues, d’où suivroit la disposition contre nature, à laquelle est attachée la sensation du froid.

Ainsi c’est par le moyen des habits que l’on conserve la chaleur des parties qui en sont couvertes, que l’on garantit ces parties des effets du froid externe ; c’est aussi l’inconvénient de cette précaution qui les rend plus sensibles, tandis que le visage, les mains, ou toute autre partie qui est exposée au contact immédiat de l’air, peuvent être très-froides en comparaison de celles là, sans qu’il en résulte une sensation aussi desagréable, ab assuetis non fit passio. Le plus souvent les premieres ne deviennent froides que par la communication sympathique dont il a été traité ci-devant, & non pas par l’impression immédiate du froid externe, qui pénetre difficilement lorsqu’on est bien vêtu, lorsque les habits sont d’un tissu serré & qu’ils enveloppent le corps bien exactement. Ils rendent au corps la chaleur dont ils sont imbus, & qu’ils retiennent d’autant plus qu’ils y participent, qu’elle leur est communiquée sans interruption, à-mesure par conséquent qu’elle s’engendre & qu’elle se dissipe. Ainsi le resserrement causé par le froid n’est jamais si considérable dans les parties couvertes ; il s’y engendre donc moins de chaleur animale, à proportion que dans celles où il y a plus d’effet, du froid, telles que le visage, que l’on n’habille jamais ; celles-là conservent leur chaleur par le moyen des corps chauds qui leur sont continuellement appliqués ; celles-ci en engendrent davantage, à-proportion qu’elles en perdent davantage ; ou elles se refroidissent lorsque le resserrement des capillaires y est si fort, qu’il empêche le mouvement des humeurs, & par conséquent la génération de la chaleur animale ; on peut encore dire à l’égard de l’effet des habits, en tant qu’ils servent à la conserver, qu’ils y contribuent peut-être aussi un peu par leur poids, en ce qu’ils compriment la surface du corps, & qu’en resserrant ainsi les vaisseaux, ils favorisent le frottement des humeurs contre leurs parois, auquel est attaché de reproduire la chaleur ; il est certain que des couvertures pesantes contribuent autant à détendre du froid, que des couvertures d’un tissu bien dense ; mais celles-là produisent cet effet d’une maniere très-incommode.

Ce n’est pas encore le tout d’être bien couvert, bien vêtu pour se garantir du froid externe ; il faut de plus, que comme on se propose par le moyen des habits d’empêcher la dissipation immédiate de la chaleur animale, l’on empêche aussi l’enlevement de celle qui est communiquée aux habits ou autres différentes couvertures ; au-moins est il besoin de s’opposer par des moyens convenables à ce qu’ils ne perdent pas absolument toute celle qu’ils reçoivent ; ce qui arrive lorsque l’air ambiant se renouvelle continuellement par agitation ou par l’effet du vent ; on ne peut empêcher cette dissipation de la chaleur refléchie des vêtemens, qu’en se tenant dans un lieu bien fermé ; en rendant autant qu’il est possible l’air comme immobile autour de soi par les paravents, les rideaux, les alcoves, &c. ce qui procure alors une atmosphere toûjours chaude, parce qu’on l’échauffe soi-même, & que l’on se fait de cette maniere, pour ainsi dire, un poîle naturel dont le foyer de la chaleur animale est lui-même le fourneau ; on se procure encore plus sûrement cette atmosphere chaude par le moyen des poîles proprement dits (hypocausta), des chambres échauffées avec les différentes matieres combustibles dont on forme & entretient le feu domestique ; il n’est pas hors de propos d’observer ici que cette chaleur artificielle ne doit jamais être assez considérable pour faire monter le thermometre au dessus de 60 degrés du thermometre de Farenheit, parce qu’étant jointe à celle que nous engendrons en tems froid, qui est beaucoup plus considérable qu’en tems chaud, elle seroit excessive, & relâcheroit trop vîte l’habitude du corps ; d’ailleurs, quoique la chaleur de l’été éleve souvent le thermometre bien au dessus du terme qui vient d’être indique pour les poîles, il y a cette différence, qu’on ne reste pas en cette saison dans un lieu fermé, dont l’air ne soit pas renouvellé ; c’est le renouvellement de l’air auquel on s’expose tant qu’on peut pendant les chaleurs de l’été, qui contribue le plus à les rendre supportables, attendu que l’air n’y participe jamais à un degré supérieur, & même égal a celui de la chaleur animale dans ce tems-là ; par conséquent l’air agité, le changement d’atmosphere propre ou du fluide qui la forme, enlevent continuellement de cette chaleur, qui n’est pas alors bien plus considérable que celle de l’atmosphere en général, parce qu il s’en engendre d’autant moins en nous, comme il a été établi dans l’article précédent, que l’air est plus échauffé & communique davantage de sa chaleur à notre corps.

Tous les moyens que nous employons pour nous garantir ou pour nous délivrer des effets du froid externe, tendent donc tous à opérer les mêmes changemens en nous & autour de nous, qui se font par le passage de l’hyver à l’été ; nous échauffons l’air qui nous environne, les corps qui nous enveloppent, & par à même la surface de notre corps médiatement ou immédiatement, ainsi nous ne faisons autre chose qu’empêcher ou faire cesser le trop grand resserrement de nos solides, la constriction de nos vaisseaux capillaires, sur-tout de ceux de la peau, qui sont le plus exposés ; la condensation excessive de nos humeurs, leur disposition à une coagulation prochaine, qui sont constamment les effets d’un trop grand froid, bien marqués par tous les symptomes qui s’ensuivent, dont la cause leur a été attribuée ci-devant à juste titre ; & par les douleurs que l’on ressent en réchauffant des parties bien froides ; douleurs qui ne sont produites que parce que le relâchement causé par la chaleur dans les solides, favorise le mouvement progressif, le frottement des humeurs presque coagulées, qui roulent durement, pour ainsi dire, dans les vaisseaux qui les contiennent, & causent conséquemment de l’irritation dans leurs tuniques ; ensorte que cette sensation desagréable dure jusqu’à ce que la chaleur extérieure ait ramolli, dissous ces humeurs en les pénétrant, & leur ait rendu leur fluidité naturelle ; les frictions sur les parties affectées du froid faites avec des linges chauds, sont plus propres à les dissiper sans douleur de l’espece dont on vient de parler, que de se présenter tout-à-coup à un grand feu.

La sensation & les autres effets du froid animal causés par communication (des parties affectées immédiatement par le froid externe à celles qui ne le sont pas, & qui en reçoivent cependant les impressions,) ne sont susceptibles d’être corrigés par les mêmes moyens que lorsqu’ils proviennent entierement de quelque cause externe immédiate que ce puisse être ; mais il n’en est pas tout-à-fait de même des causes internes du froid animal, c’est-à-dire de celles qui sont indépendantes du froid externe ; le plus souvent elles sont de nature à ne pas céder à l’application extérieure des moyens propres à dissiper les effets du froid externe ; ainsi lorsque la masse des humeurs est tellement épaissie, a contracté une si grande force de cohésion dans ses parties intégrantes, qu’elle ne cede point à l’action dissolvante des vaisseaux, ni à celle des particules ignées dont on les pénetre, comme il arrive dans le froid de la fievre, particulierement de certaines fievres malignes, pestilentielles, de celles qui sont causées par l’effet de certains poisons ou venins coagulans, de quelques especes de fievres intermittentes (voyez à l’article Fievre ce qui concerne le froid fébrile) : dans ces différens cas, on réussit mieux le plus souvent à faire cesser les effets du froid par tout ce qui est propre à ranimer, à exciter l’action des organes vitaux, le mouvement, le cours des humeurs ; à favoriser le rétablissement de leur fluidité, comme les cordiaux, les délayans aromatiques, les stimulans tant internes qu’externes, & ceux-ci particulierement à l’égard du froid des parties affectées de rhumatisme, que par quelqu’autre moyen que ce soit, appliqué à l’extérieur pour procurer de la chaleur.

Le vice des solides peut aussi être tel qu’ils manquent des qualités qu’ils doivent avoir pour co-opérer à la génération de la chaleur animale ; ils peuvent donc aussi contribuer à disposer à la sensation du froid ; c’est ainsi que dans le corps des vieillards les tuniques des vaisseaux deviennent si solides, si peu flexibles, qu’elles ne peuvent pas se prêter aux mouvemens, à l’action nécessaire, pour entretenir le cours des humeurs avec la force & la vîtesse, d’où dépendent l’intensité du frottement des globules sanguins dans les vaisseaux capillaires, & les autres effets qui concernent la chaleur naturelle ; ensorte que la vieillesse établit dans les solides une disposition contraire à la génération de la chaleur; tout comme le grand froid : senescere, sicut frigescere est continuò rigescere. C’est pourquoi l’usage modéré du vin, des liqueurs spiritueuses, & de tout ce qui peut fournir aux organes vitaux des aiguillons pour exciter leurs mouvemens, est si salutaire aux gens âgés pour l’entretien ou le rétablissement de leur chaleur naturelle ; & quant aux moyens externes qu’il convient d’employer pour le même effet, il est certain que la chaleur douce & humide des jeunes personnes long-tems couchées avec les vieilles gens, est plus efficace, & leur est plus utile que la chaleur seche du feu artificiel : attendu que celle-ci raccornit toûjours plus les fibres, & augmente par-là le vice qui empêche la production de la chaleur naturelle ; & que celle-là, en suppléant à ce défaut, assouplit les solides, ou au-moins entretient le peu de flexibilité qui leur reste.

Mais le froid animal le plus rebelle à l’action du feu artificiel appliqué tant extérieurement qu’intérieurement sous quelque forme que ce soit, & à quelque degré que l’on le porte, c’est le froid causé par le spasme de cause interne, l’érétisme du genre nerveux : puisque la chaleur, sur-tout lorsqu’elle est excessive, ne fait qu’augmenter le stimulus qui en est la cause ; par conséquent la disposition, le resserrement des vaisseaux qui s’opposent au cours des humeurs, d’où dépend la génération de la chaleur animale. Il n’y a que le relâchement procuré par la cessation du stimulus, de la cause qui irrite les nerfs, de l’influx irrégulier des esprits animaux, qui en augmentent la tension contre nature, selon le langage des écoles, qui puisse faire cesser cette disposition, de laquelle provient le froid animal dans les passions de l’ame, dans les maladies dont la cause occasionne un pareil desordre, qui se manifeste principalement par l’effet de tout ce qui affecte immédiatement la partie éminemment irritable & sensible du corps humain.

Comme donc ce desordre dans le physique animal proprement dit, dépend le plus souvent beaucoup de la relation qui subsiste entre la faculté pensante & les organes qui y ont un rapport immédiat, & qu’il est sur-tout entretenu par l’influence réciproque entre celle-là & ceux-ci, le repos de l’esprit & du corps, la cessation des peines de l’un & l’autre, les remedes moraux sont souvent les moyens les plus propres à faire cesser le froid animal qui provient de la tension des nerfs, sans aucune cause physique qui l’entretienne. Il est cependant bien des cas où ces moyens n’étant pas suffisans, on peut avoir recours avec succès aux médicamens propres à faire cesser cette tension morbifique, le resserrement des vaisseaux qui en est l’effet : tels sont les médicamens anodyns, narcotiques, anti-spasmodiques : les émolliens chauds employés intérieurement & extérieurement, tels que les lavemens, les bains de même qualité, &c. mais ce ne sont là le plus souvent que des palliatifs : le régime, l’exercice, les médicamens propres à fortifier les solides en général, à diminuer la délicatesse, la sensibilité, l’irritabilité du genre nerveux, sont les moyens les plus propres à détruire la cause du symptome dont il s’agit, c’est-à dire du froid animal, & de tous ceux qui proviennent du vice mentionné que Sydenham appelloit ataxie du fluide nerveux. Voyez le traitement de toutes les maladies spasmodiques & convulsives, & sur-tout des vapeurs. (d)

Froid, considéré médicinalement comme cause non naturelle & externe : froid de l’atmosphere, du climat, des saisons, des bains, voyez (ainsi que pour le mot Chaleur, sous le même rapport) Air, Atmosphere, Climat, Saison, Bain, & en général ce qui sera dit à ce sujet sous le mot Hygiene.

Froid fébrile, voyez Froid, (Patholog.) Fievre, Fievre intermittente.

Froid considéré comme signe dans les maladies aiguës, voyez Fievre en général, Fievre intermittente, Extrémités du corps . (d)

Froid, (Belles-Lettres.) on dit qu’un morceau de poésie, d’éloquence, de musique, un tableau même est froid, quand on attend dans ces ouvrages une expression animée qu’on n’y trouve pas. Les autres arts ne sont pas si susceptibles de ce défaut. Ainsi L’Architecture, la Géométrie, la Logique, la Métaphysique, tout ce qui a pour unique mérite la justesse, ne peut être ni échauffé ni refroidi. Le tableau de la famille de Darius peint par Mignard, est très-froid, en comparaison du tableau de Lebrun, parce qu’on ne trouve point dans les personnages de Mignard, cette même affliction que Lebrun a si vivement exprimée sur le visage & dans les attitudes des princesses persanes. Une statue même peut être froide. On doit voir la crainte & l’horreur dans les traits d’une Andromede, l’effort de tous les muscles & une colere mêlée d’audace dans l’attitude & sur le front d’un Hercule qui soûleve Anthée.

Dans la Poésie, dans l’éloquence, les grands mouvemens des passions deviennent froids quand ils sont exprimés en termes trop communs, & dénués d’imagination. C’est ce qui fait que l’amour qui est si vif dans Racine, est languissant dans Campistron son imitateur.

Les sentimens qui échappent à une ame qui veut les cacher, demandent au contraire les expressions les plus simples. Rien n’est si vif, si animé que ces vers du Cid, va, je ne te hais point.... tu le dois.... je ne puis. Ce sentiment deviendroit froid s’il étoit relevé par des termes étudiés.

C’est par cette raison que rien n’est si froid que le style empoulé. Un héros dans une tragédie dit qu’il a essuyé une tempête, qu’il a vû périr son ami dans cet orage. Il touche, il intéresse s’il parle avec douleur de sa perte, s’il est plus occupé de son ami que de tout le reste. Il ne touche point, il devient froid, s’il fait une description de la tempête, s’il parle de source de feu bouillonnant sur les eaux, & de la foudre qui gronde & qui frappe à sillons redoublés la terre & l’onde. Ainsi le style froid vient tantôt de la stérilité, tantôt de l’intempérance des idées ; souvent d’une diction trop commune, quelquefois d’une diction trop recherchée.

L’auteur qui n’est froid que parce qu’il est vif à contre-tems, peut corriger ce défaut d’une imagination trop abondante. Mais celui qui est froid parce qu’il manque d’ame, n’a pas de quoi se corriger. On peut modérer son feu. On ne sauroit en acquérir. Article de M. de Voltaire.

Froid, (Jurispr.) en termes de droit, frigidus, est la qualité que l’on donne à un homme qui est atteint du vice de frigidité. Voyez ci-devant Frigidité. (A)

FROIDES, (semences) matiere médicale ; voyez Semences.

Froide, (allure) Manége. si l’on s’en rapporte à certains auteurs de vocabulaires, & même à quelques-uns de ceux qui ont écrit sur notre art, on se persuadera que l’on doit entendre par allure froide, celle du cheval qui ne releve point en marchant, & qui rase le tapis ; mais si l’on recherche le véritable sens de cette expression, on se persuadera qu’elle ne doit être mise en usage que relativement au cheval dont la marche n’a rien de marqué ni d’animé, dont l’action des membres ne présente rien de remarquable & de soûtenu, qui chemine, en un mot, pour cheminer, & qui convenable à des personnes d’un certain âge, ou à des personnes du sexe, parce qu’il a de la sagesse, & que son allure n’est point fatigante, ne doit point être confondu avec des chevaux naturellement foibles ou usés, & toûjours peu sûrs. (e)

Froide, (épaule) Manége. Voyez Epaule.