L’Année terrible/Participe passé du verbe Tropchoir

L’Année terribleMichel Lévy, frères (p. 270-271).

XVII


Il y avait dans les esprits une véritable exagération de la valeur, des facultés, de l’importance de la garde nationale… Mon Dieu, vous avez vu le képi de M. Victor Hugo qui symbolisait cette situation.
(Le Général Trochu à l’Assemblée Nationale, — 14 juin 1871.)


Participe passé du verbe Tropchoir, homme
De toutes les vertus sans nombre dont la somme
Est zéro, soldat brave, honnête, pieux, nul,
Bon canon, mais ayant un peu trop de recul,
Preux et chrétien, tenant cette double promesse,
Capable de servir ton pays et la messe,
Vois, je te rends justice ; eh bien, que me veux-tu ?
Tu fais sur moi, d’un style obtus, quoique pointu,
Un retour offensif qu’eût mérité la Prusse.
Dans ce siège allemand et dans cet hiver russe,
Je n’étais, j’en conviens, qu’un vieillard désarmé,
Heureux d’être en Paris avec tous enfermé,
Profitant quelquefois d’une nuit de mitraille
Et d’ombre, pour monter sur la grande muraille,
Pouvant dire Présent, mais non pas Combattant,
Bon à rien ; je n’ai pas capitulé pourtant.


Tes lauriers dans ta main se changent en orties.
Quoi donc, c’est contre moi que tu fais des sorties !
Nous t’en trouvions avare en ce siège mauvais.
Eh bien, nous avions tort ; tu me les réservais.
Toi qui n’as point franchi la Marne et sa presqu’île,
Tu m’attaques. Pourquoi ? je te laissais tranquille.
D’où vient que ma coiffure en drap bleu te déplaît ?
Qu’est-ce que mon képi fait à ton chapelet ?

Quoi ! tu n’es pas content ! cinq longs mois nous subîmes
Le froid, la faim, l’approche obscure des abîmes,
Sans te gêner, unis, confiants, frémissants ?
Si tu te crois un grand général, j’y consens ;
Mais quand il faut courir au gouffre, aller au large,
Pousser toute une armée au feu, sonner la charge,
J’aime mieux un petit tambour comme Barra.
Songe à Garibaldi qui vint de Caprera,
Songe à Kléber au Caire, à Manin dans Venise,
Et calme-toi. Paris formidable agonise
Parce que tu manquas, non de cœur, mais de foi.
L’amère histoire un jour dira ceci de toi :
La France, grâce à lui, ne battit que d’une aile.
Dans ces grands jours, pendant l’angoisse solennelle,
Ce fier pays, saignant, blessé, jamais déchu,
Marcha par Gambetta, mais boita par Trochu.