L’Année terrible/Je n’ai point de colère et cela vous étonne


                        VII 

Je n’ai point de colère et cela vous étonne. 
Votre tonnerre tousse et vous croyez qu’il tonne ; 
Grondants, vous essoufflez sur moi votre aquilon : 
Votre petit éclair me pique le talon ; 
Je n’ai pas l’air de voir la peine qu’il se donne ; 
Vous sentez quelque chose en moi qui vous pardonne, 
Cela vous froisse. Au fait, on est trop châtié 
De vouloir faire mal et de faire pitié. 
Quoi ! s’unir contre un homme, en tenter l’escalade, 
Et n’avoir même pas l’honneur d’une ruade ! 
Ne pas recevoir même un soufflet ! c’est blessant. 
Le proscrit parfois tombe et jamais ne descend ; 
Il laisse autour de lui grincer la haine infâme ; 
Ce n’est pas pour cela qu’il dérange son âme, 
Donc soyez furieux. Serai-je irrité ? Non. 
Je doute que j’en vienne à savoir votre nom. 
Les vieux bannis pensifs sont une race inculte ; 
Avant de nous fâcher parce qu’on nous insulte, 
C’est notre usage à nous qui sommes exigeants 
De regarder un peu la stature des gens.