L’Abeille (Hégésippe Moreau)

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Comme l’abeille fugitive
Qui fait son miel en voyageant ;

Le chansonnier de rive en rive
Va bourdonnant et voltigeant ;
Comme elle, du myrte à la treille,
Il recommence vingt détours :
Vole, vole, petite abeille,
Vole, vole, vole toujours.

Hélas ! je rampais, demi-nue,
Sans ailes d’or, sans aiguillon,
Quand tout mon essaim vers la nue
S’envola dans un tourbillon ;
Mais Dieu me sourit, Dieu qui veille
Sur un insecte sans secours,
Me dit : « Vole, petite abeille,
» Vole, vole, vole toujours.

» Loin des tourbillons de poussières
» Que font les grands et leurs laquais,
» Dans la mansarde ou la chaumière
» Murmure à de joyeux banquets ;
» Mais en fuyant, pique à l’oreille
» Les Midas qui peuplent les cours :
» Vole, vole, petite abeille,
» Vole, vole, vole toujours.

» Oui, garde bien, pauvre orpheline,
» Un dard caché pour les méchants ;
» Mais si quelque vierge enfantine
» Cueille des bluets dans les champs,
» Va bourdonner dans sa corbeille,
» Et fais-la rêver aux amours :
» Vole, vole, petite abeille,
» Vole, vole, vole toujours.

» Mon souffle a reverdi la terre,
» Teinte du sang des oppresseurs ;
» Longtemps l’éclat du cimeterre
» Sur l’Hymette effraya tes sœurs ;
» Mais à la Grèce qui s’éveille,
» La Liberté rend ses beaux jours.
» Vole, vole, petite abeille,
» Vole, vole, vole toujours. »

Moi, dans les paroles divines
Je me confie, et sans savoir
Si sur des fleurs ou des épines
Il faudra m’endormir le soir ;
Quand vient la brise, je sommeille,
Et je m’abandonne à son cours :


Vole, vole, petite abeille,
Vole, vole, vole toujours.

1828.