L’Abbaye de Northanger/25

Traduction par Mme Hyacinthe de Ferrières.
Pigorau (1, 2, 3.p. 68-94).




CHAPITRE IV.


Le lendemain il ne fut pas possible à Catherine de trouver une circonstance propre à lui fournir l’occasion de visiter le mystérieux appartement. C’était un dimanche ; tout le tems qui s’écoula entre le service du matin, et celui de l’après-midi fut employé par le Général à la promenade extérieure qu’il avait coutume de faire. Si la curiosité de Catherine était grande, son courage ne l’était pas autant ; elle n’en avait pas assez pour faire cette visite après le dîner, au jour tombant ; elle en avait moins encore pour la faire plus tard, à la faible clarté d’une lampe, qui pourrait en outre la trahir. Cette journée n’eut donc rien de remarquable pour elle ; la seule chose capable d’agir sur son imagination, fut un très-beau monument érigé à la mémoire de Mistriss Tilney, et qu’elle vit placé dans le temple, précisément en face du banc de sa famille. Pendant tout le service, ses yeux se portaient sans cesse sur ce monument ; ils ne pouvaient s’en détacher. Elle fut affectée jusqu’aux larmes du style pompeux de l’épitaphe, qui retraçait les vertus de cette femme qui était dite adorée par son mari ; tandis que dans l’opinion de Catherine, c’était lui qui, d’une façon ou de l’autre, en avait causé la perte.

Il lui paraissait assez étonnant que le Général se fût déterminé à ériger un semblable monument, qu’il ne pouvait se dispenser de voir. Mais qu’il lui fût possible de se placer tranquillement en face, d’y fixer ses regards, de conserver un maintien assuré et la tête élevée, de promener autour de lui des yeux calmes et dans lesquels on ne découvrait aucun trouble, tandis qu’il devait en éprouver d’entrer seulement dans le temple ; voilà ce qu’elle ne pouvait comprendre, bien qu’elle se rappelât avoir vu dans les romans plusieurs exemples d’un pareil endurcissement dans le crime et qu’elle crût qu’il pouvait s’en trouver encore d’autres. Sa mémoire lui rappelait douze coupables au moins qui avaient persévéré dans le mal, allant d’assassinats en assassinats, usant de tous les moyens imaginables pour se défaire de tous ceux qui pouvaient mettre le moindre obstacle soit à leurs projets, soit au but de leur vengeance, et vivant sans aucuns remords, sans aucun sentiment d’humanité jusqu’au moment qu’une mort effroyable, causée par quelque catastrophe, venait leur ouvrir les yeux sur leur conduite, et en même tems terminer leur abominable carrière.

L’érection de ce monument ne fut pas capable de dissiper les doutes que Catherine avait conçus sur la mort de Mistriss Tilney. Ils étaient tels qu’elle n’y aurait pas renoncé quand bien même on l’eût fait descendre dans le caveau de la famille, quand elle eût vu de ses yeux le cercueil renfermant les cendres de cette infortunée. Ses lectures ne lui avaient-elles pas appris que dans des cas semblables, rien n’était plus facile que de substituer au prétendu mort quelque figure en cire ou autre substances, et de faire disparaître la personne dont on faisait les funérailles.

Le jour suivant favorisa ses désirs. Le Général sortit de bonne heure ; le tems était mauvais, ce qui plut à Catherine parce qu’on ne pouvait lui proposer de se promener. Dès qu’elle fut assurée que M. Tilney était hors de la maison, elle pria son amie de tenir la parole qu’elle lui avait donnée et de lui faire voir la chambre de sa mère. Celle-ci fut prête à l’instant et se mit en devoir de la satisfaire ; mais auparavant Catherine réclama l’exécution d’une autre promesse, celle qu’Éléonore lui avait faite de lui montrer le portrait de sa mère. Sans la moindre objection, Miss Tilney la conduisit dans sa chambre à coucher, lui montra ce portrait. Il représentait une jeune femme, d’une figure intéressante ; l’air doux, le maintien sérieux qu’elle lui trouva, s’accordaient avec l’idée qu’elle s’en était faite, elle fut seulement frappée de n’y trouver aucune ressemblance avec Éléonore, ni avec Henri. Elle comparait minutieusement les traits de ceux-ci avec ceux du portrait ; mais elle n’y voyait pas la moindre conformité ; et cependant d’après ce qu’elle avait lu dans les romans, tous les membres d’une même famille doivent nécessairement se ressembler, au moins de quelque manière. Elle en avait tellement la conviction, qu’elle pensait que le portrait du plus ancien des ancêtres devait suffire, au moyen de quelques faibles changemens, comme de modèle pour ceux de tous ses descendans. Quoique celui-ci contrariât ses idées, elle ne laissait pas de le contempler avec émotion. Et appelée ailleurs par un puissant motif, elle ne le quitta qu’avec regret.

En entrant dans la galerie elle éprouva une agitation trop forte pour qu’il lui fût permis de parler. Elle ne put que fixer avec la plus grande attention ses yeux sur son amie. La contenance d’Éléonore était triste, mais calme ; elle parlait tout naturellement de ce qu’elles allaient voir. Elle avait ouvert la porte piquée ; Catherine pouvait à peine respirer, elle s’était retournée avec une craintive précaution pour refermer la première porte, quand la figure, l’épouvantable figure du Général, s’offrit à ses yeux, à l’autre extrémité de la galerie. Le nom d’Éléonore prononcé au même instant de la voix la plus forte et raisonnant dans toute l’étendue de la galerie avertit Miss Tilney de la présence de son père et remplit de trouble et de terreur la pauvre Catherine. Son premier mouvement après avoir aperçu le Général avait été de chercher à se cacher ; elle ne pouvait espérer d’avoir échappé à ses regards ; et quand son amie, après s’être excusée par un coup d’œil, l’eût quittée pour aller rejoindre son père et qu’ils eurent disparus tous deux, elle se hâta de retourner dans sa chambre, s’estimant heureuse d’y être arrivée, de s’y trouver seule et ne se sentant plus le courage de pouvoir se rendre au salon.

Elle fut au moins une heure dans la plus violente agitation, elle déplorait le sort de son amie qu’elle croyait accablée par les reproches de son père, et elle attendait elle-même ceux que la colère de celui-ci lui dicterait relativement à la tentative qu’elle avait faite. Cependant elle n’entendait rien. La vue d’un carosse qui arrivait à l’abbaye ranima son courage et lui donna assez de force pour la déterminer à descendre au salon, en lui faisant penser que la présence des étrangers la protégerait dans ce moment.

Le Général la présenta à la société comme l’amie de sa fille ; il le fit en des termes si flatteurs pour elle qu’ils déguisaient parfaitement le ressentiment qu’elle lui croyait et qu’elle fut rassurée, au moins pour le moment.

Éléonore qui avait toujours un ton mesuré qui faisait honneur à son caractère, prit un moment pour lui dire à part : mon père m’appelait seulement pour me faire écrire un billet. Alors Catherine commença à espérer que peut-être le Général ne l’avait pas vue ou qu’au moins il avait de fortes raisons pour feindre de ne l’avoir pas aperçue. Il y eut beaucoup de gaieté pendant la durée du déjeûner.

Toutes les réflexions que Catherine fit sur ce qui s’était passé, la conduisirent à la résolution qu’elle avait prise de faire seule une nouvelle tentative pour pénétrer dans l’appartement proscrit. Elle trouva plusieurs raisons pour se dispenser d’en parler à Éléonore. D’abord elle jugea qu’il n’était pas convenable de l’exposer aux dangers d’une nouvelle surprise ; ensuite que c’était manquer à l’amitié que de l’entraîner en quelque sorte dans un appartement dont la vue devait déchirer son cœur. Et la colère du Général ne devait-elle pas être plus dangereuse pour Éléonore qu’elle ne pouvait l’être pour elle-même ? D’ailleurs elle pensait que seule elle serait plus à même de tout observer. D’un autre côté, elle ne pouvait se permettre de laisser paraître la moindre chose des soupçons qui la tourmentaient et qu’heureusement Éléonore semblait n’avoir jamais eus devant elle ; elle n’aurait pu chercher les preuves de la cruauté du Général, preuves qui pour le bonheur de celui-ci avaient échappé jusqu’alors ; mais qu’un secret pressentiment lui disait devoir exister, sous une forme quelconque, peut-être sous celle d’un journal soigneusement caché et rédigé par la victime.

Maintenant Catherine connaissait le chemin de cet appartement ; elle désirait exécuter son projet avant le retour de Henri, qu’on attendait pour le lendemain ; il n’y avait pas de tems à perdre. Il était trois heures et demie, le soleil avait deux heures à éclairer l’horizon. Une demi-heure lui suffit pour faire sa toilette, il lui en restait encore une et demie pour satisfaire sa curiosité. Elle s’affermit dans sa courageuse détermination, elle sortit de sa chambre et se trouva seule dans la galerie devant l’horloge au moment où elle frappa quatre heures. Elle ne délibéra plus ; elle se pressa et se glissa avec le moins de bruit possible jusqu’à la porte piquée, sans regarder, sans respirer ; elle la tira à elle, saisit la clef de l’autre porte qu’elle ouvrit facilement et sans produire aucun bruit capable d’accuser son indiscrétion, elle entra en marchant sur la pointe du pied ; elle put voir toute la chambre, et fut quelques minutes sans oser faire le second pas. Elle ressentit dans toute sa personne une espèce de frémissement. Elle jeta les yeux sur tout ce qui se présentait dans cette chambre qui était grande et belle. Elle y vit un superbe lit, garni de rideaux de bazin soigneusement arrangés, un poële très-brillant et très-orné, une commode en bois d’acajou, des fauteuils recouverts de toiles peintes, et une foule de beaux meubles que faisaient ressortir les rayons du soleil qui pénétraient à travers les carreaux de deux grandes fenêtres cintrées.

Catherine s’était attendue à voir des choses qui la frapperaient d’étonnement ; elle en voyait qui l’étonnaient en effet ; mais dans un genre bien différent de ce qu’elle s’était figuré. Quant à la chambre elle ne s’était pas trompée, c’était bien celle dont il s’agissait ; mais comme elle s’était abusée sur tout le reste ! comme elle avait mal interprêté les paroles et les sentimens de Miss Tilney ! Cet appartement, qui d’après ses calculs devait être d’une date si ancienne, était précisément le premier du bâtiment neuf construit par le père du Général ; celui-ci, malgré tous les crimes dont il s’était rendu coupable, n’avait-il pas trop d’esprit pour avoir laissé là le dernier voile de Mistriss Tilney ou le livre dont elle se servait, objets sur lesquels Catherine avait compté pour la découverte du secret qu’elle cherchait à pénétrer.


Toutes ces réflexions produisirent en elle une lueur de raison qui lui inspira quelque honte, de sorte que, voyant dans cet appartement deux portes autres que celle d’entrée, elle ne pensa autre chose, sinon que c’étaient des portes de cabinets de toilette ; elle ne fut nullement tentée de les ouvrir. Elle était dégoûtée de faire des recherches et aurait bien voulu être déjà rendue dans sa chambre sans avoir de témoins d’une folie, dont elle se crut alors guérie. Catherine se disposait à se retirer aussi doucement qu’elle était venue, lorsque le bruit des pas d’une personne vint frapper ses oreilles, sans qu’il fût toutefois possible de distinguer de quel côté venait ce bruit. Elle s’arrêta : un tremblement universel la saisit. Il eût été bien désagréable pour elle d’être surprise là, ne fût-ce que par un valet ; mais si c’était par le Général (et il se trouvait toujours dans les lieux où on l’attendait le moins) il y avait de quoi se désespérer. Elle prêta l’oreille et n’entendit plus rien. Déterminée à ne pas perdre un moment, elle sortit et ferma la porte. Au même instant une porte au-dessous s’ouvre avec vivacité, quelqu’un monte rapidement l’escalier près duquel il fallait qu’elle passât. Saisie d’un sentiment de terreur indéfinissable, elle reste sans mouvement, les yeux fixés sur l’escalier, au haut duquel elle voit aussitôt paraître Henri. M. Tilney, s’écria-t-elle, sans savoir ce qu’elle disait. Il la regarda avec étonnement. Bon Dieu ! continua-t-elle, vous ici ? Comment y êtes-vous venu ? Comment vous trouvez-vous sur cet escalier ?

— Comment je me trouve sur cet escalier ? dit-il plus étonné encore, c’est qu’il conduit à mon appartement.

Catherine se recueillit un moment, rougit beaucoup et n’ajouta plus rien. Henri la regardait et semblait chercher sur son visage l’explication de l’exclamation qu’elle avait faite en le voyant. Elle se retirait quand Henri en repoussant la porte piquée, lui dit, ne puis-je à mon tour, Miss Morland, vous demander comment vous êtes venue ici ? Ce passage est un chemin plus extraordinaire pour aller de votre appartement dans la salle à manger et dans le salon que cet escalier ne l’est pour conduire des cours dans mon appartement.

— Je suis venue, dit Catherine, en baissant les yeux, pour voir la chambre de votre mère.

— La chambre de ma mère ! Est-ce qu’il y a quelque chose d’extraordinaire à y voir ?

— Non rien du tout. Je croyais que vous ne reviendriez que demain matin.

— Quand je suis parti, je ne croyais pas pouvoir revenir aujourd’hui ; mais j’ai eu la satisfaction d’être libre plutôt que je ne l’espérais, et je suis venu dès que je l’ai été. Mais vous êtes pâle. Je vous ai sûrement effrayée en faisant du bruit sur l’escalier que vous ne connaissiez peut-être pas, ne sachant pas non plus où il pouvait conduire.

— Il est vrai que je ne le savais pas. Vous avez eu aujourd’hui un bien beau tems pour votre retour.

— Oui ; mais pourquoi Éléonore vous laisse-t-elle aller seule dans ces chambres, où il y a à craindre que vous ne vous égariez ?

— Elle m’en a montré une grande partie samedi ; nous avions aussi commencé à visiter celle-ci ; mais, ajouta-t-elle d’une voix entrecoupée, votre père était avec nous.

— Et il vous a empêchée d’examiner cet appartement, dit Henri en la regardant attentivement ; en avez-vous visité toutes les chambres ?

— Non je voulais seulement voir… mais il est bien tard, il faut que j’aille m’habiller.

— Il n’est que quatre heures un quart, dit-il, en regardant sa montre, vous n’êtes pas à Bath, vous n’irez ni au bal ni au spectacle, une demi-heure doit suffire à votre toilette, à Northanger.

Elle n’avait rien à répondre à cette observation, mais elle souffrait d’être arrêtée, elle craignait les nouvelles questions que Henri pouvait lui faire, et pour la première fois depuis leur liaison elle désirait de le quitter.

Ils avançaient lentement dans la galerie ; Henri lui demanda si elle avait reçu quelques lettres de Bath.

— Je n’en ai reçu aucune, et j’en suis étonnée à cause des promesses et des protestations que m’avait faites Isabelle de m’écrire tout de suite.

— Elle fait d’autant plus mal de ne pas tenir ses promesses, qu’elle ne peut ignorer qu’en ne les remplissant pas, elle vous afflige… La chambre de ma mère est trés-commode n’est-il pas vrai ? Elle est grande et agréable ; il en est de même des cabinets de toilette ; j’ai toujours regardé cet appartement comme le plus beau de la maison ; je suis étonné qu’Éléonore ne l’habite pas. Vous l’avez vu entièrement ? Catherine ne répondit rien.

Après un moment de silence pendant lequel Henri l’avait attentivement observée, il ajouta : comme il n’y a rien dans cette chambre qui mérite la curiosité, celle que vous avez eue est venue sans doute d’un sentiment de respect pour la mémoire de ma mère, inspiré par ma sœur d’après la manière dont elle vous aura parlé d’elle. Jamais il n’y a eu, je crois, une plus excellente femme. Éléonore vous aura sûrement donné beaucoup de détails sur elle, sur la vertu qu’elle pratiquait d’une manière si simple : elle ne brillait pas au dehors, et ses qualités renfermées au sein de sa famille, faisaient le bonheur de sa maison.

— Miss Tilney m’a beaucoup parlé de votre mère. Beaucoup, ce n’est pas cela tout à fait… Mais ce qu’elle m’en a dit était si intéressant, puis sa mort a été si subite… (prenant une voix basse et avec hésitation) : vous n’étiez pas à la maison lors de cet événement ; aucun de vous n’y était non plus, et votre père je pense qu’il ne l’aimait pas beaucoup.

— Et de toutes ces circonstances vous inférez peut-être, dit Henri en la regardant fixement, la probabilité de quelques faits particuliers.

Catherine fit involontairement un signe de tête approbatif, et même quelque chose de moins pardonnable encore : elle leva les yeux et le regarda fixement, ce qu’elle n’avait osé faire jusqu’alors.

La maladie de ma mère, continua-t-il, fut vive et sa mort prompte : c’était une fièvre bilieuse, dont précédemment elle avait déjà ressenti quelques attaques et qui venaient de sa constitution ; dès le troisième jour de la maladie, un médecin fut appelé ; c’était un homme respectable en qui depuis long-tems elle avait une grande confiance. Il déclara le danger ; deux autres médecins furent appelés le jour suivant et ne l’ont pas quittée pendant les vingt-quatre heures qui lui restaient à vivre. Elle mourut le cinquième jour. Pendant les progrès rapides de cette maladie, Frédéric et moi nous étions tous les deux à la maison ; nous l’avons vue plusieurs fois et nous avons été témoins qu’elle a eu constamment tous les soins de la plus tendre affection de la part de tous ceux qui lui en devaient. La pauvre Éléonore était absente, et trop éloignée pour qu’il lui eût été possible d’arriver avant le fatal moment de la mort.

— Votre père, dit Catherine, était-il bien affligé ?

— Il l’a été beaucoup et pendant long-tems. Vous êtes dans l’erreur en croyant qu’il l’aimait peu. Je suis assuré qu’il avait pour elle tout l’amour dont il est capable ; nous n’avons pas tous, comme vous le savez, une égale sensibilité. Je ne prétends pas dire que pendant qu’elle vivait ma mère n’ait pas eu un peu à souffrir de son humeur ; mais si par ses manières il a pu quelquefois l’affliger, il lui rendait justice ; il la respectait beaucoup, enfin quoique sa douleur soit éteinte, elle n’en a pas moins été longue et sincère.

— Je suis très-contente de tout ce que vous me dites ; il eût été très-fâcheux de…

Si je comprends bien, reprit Henri, vous avez formé des soupçons de telle nature que vous n’osez les proférer. Chère Miss Morland, considérez l’effroyable marche des choses, dont vous avez peut-être rempli votre imagination ; faites usage de votre jugement, rappelez-vous le pays et le siècle où vivez ; pensez que nous sommes Anglais, consultez votre raison, calculez les probabilités, pensez aux observations que vous avez faites sur tout ce qui se passe autour de vous. Sont-ce nos mœurs, est-ce notre éducation, qui nous rendraient capables de si grandes atrocités ? Nos lois sont-elles sans force ? Pourrait-on les éluder dans un pays tel que le nôtre, où la société entière, la liberté de la presse sont en sentinelle et surveillent les actions de tous, où chacun semble être le censeur naturel et libre de son voisin et où tout est publié dans les feuilles publiques. Ma très-chère Miss Morland, comment avez-vous pu concevoir de telles idées ?

Ils arrivaient en ce moment à l’extrémité de la galerie, et Catherine, sans répondre un seul mot, les joues couvertes des larmes de la honte, s’empressa de rentrer dans son appartement.