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L’Éventail satyrique, fait par le nouveau Theophile, avec une apologie pour la satyre. Ensemble la Consolation aux dames sur la reformation des passemens et habits.

1622



L’Eventail satirique1, fait par le nouveau Theophile2, avec
une apologie pour la satyre
.
M. DC. XXVIII.

Si le grave censeur de Rome
Vivoit en ce temps où nous sommes,
On ne verroit tant d’hospitaux,
Tant de gueux, tant de courtisanes,
Tant d’abus, tant de mœurs profanes,
Tant de cocus et maquereaux.

Je veux qu’on m’appelle un critique,
Un charlatan, un empirique,
En ce temps un donneur d’advis ;
Il faut pourtant en ma police
Dresser la chambre de justice
Contre le luxe des habits3.

Bonnes estoient les lois d’Athènes4
Qui deffendoient l’or et les chaisnes5
À leurs filles, et les presens ;
Que s’il estoit ainsi d’entr’elles,
Las ! on trouveroit des pucelles
Encor à l’âge de quinze ans.

Mais les filles sont si volages,
Qu’elles donnent leurs pucelages
Pour du satin et du velours,
Et tiennent que c’est resverie
De syndiquer6 la braverie,
Estant si commune entre tous.

Ah ! que les Indes sont barbares
De remplir ces humeurs avares,
Nos vaisseaux et nos hameçons !
Que la rame est infortunée
Qui a dans Paris amenée
La mode de tant de façons7.

Encor, si de ces braveries
On en voyoit des rencheries,
Il n’y auroit un seul cocu ;
Mais elles gaignent ces richesses
Aysément pour un tour de fesses
Ou pour un simple coup de cu.

À voir leurs habits sont des garces,
Ou bien des joueuses de farces
Les plus honnestes au maintien ;
Leur simarre à l’italienne8
Sent mieux la licence payenne
Que l’honneur d’un grave chrestien.

Depuis les pieds jusqu’à la teste,
La dame qui fait plus l’honneste
Veut sembler garce en son atour9,
Où la putain, tout au contraire,
Tasche l’honneste contrefaire,
Et non pas la fille d’amour.

Je ne puis donner de louanges,
Mesdames, à ces manches d’anges10,
À ces jupes et ces rabas ;
Car, soit au cours ou dans les tables,
Vrayment ! il faudroit estre diables
Pour se garder de vos appas.

Ô ! que vous avez bonne mine
Sous un taffetas de la Chine11
En mettant les ventres au vent !
Est-ce ainsi que l’ont fait vos mères,
Femmes qui estoient si sevères
À faire couvrir leur devant12 ?

Dieux, quel prodige ! Sans le linge,
On verroit vostre petit singe
Qui enrage sous ce quaintin
Et de la pasture demande,
Sçachant que vous estes friandes
Des postures de l’Aretin.

Bien tost sans doute une furie
Qui preside à la braverie
Inventera quelque metal,
Quelque crespe, ou plus fine soye,
Afin que nues on vous voye
Ainsi qu’au travers d’un cristal.

À voir tous vos gestes lubriques
Et vos postures impudiques,
Vos devants et vos paradis,
Dieu sçait si vous faites gambades,
Ne portant plus de vertugades,
Ainsi que vous souliez jadis.

Les bourgeoises, qui font les belles,
Sont braves comme demoiselles13
Qui se vont promener à tas ;
Ont elles pas un petit chose
(Que l’on appelle un c.. en prose)
Pour achepter du taffetas ?

Tout leur vaillant est sous le busque14,
Qu’elles frottent d’ambre et de musque
Pour faire le galimatias ;
Bref, employant tout aux etoffes,
Elles sont de vrays philosophes
Qui portent tout comme Bias.

C’est entr’elles une maxime,
Qu’il faut bien faire plus d’estime
D’un vieil penard ou païsan
Avecques beaucoup de pistoles,
Que des caresses et paroles
Du plus accomply courtisan.

Pour oster cet abus du monde,
Faut chasser la mode feconde,
Qui f..timasse tant d’habits ;
Jamais Mathieu, dans son histoire,
Ne vit un luxe si notoire
En perles, satins et rubis.

Les beaux habits font qu’on chevauche
Et que les femmes on desbauche,
Que tant d’abus sont dans Paris.
Ce n’est donc pas contre les femmes,
Mais contre leurs habits infames,
Que s’entend ce charivaris.

Ô que de f..tus hymenées,
De ramonneurs de cheminées ;
Que de cocus, que de cornards,
Que de putains, que de nourrices,
Que de mangeuses de saucisses,
Que de furets, que de renards !

Ô satin, mort des pucelages !
Velours, père des cocuages !
Habits, juppes, robes, rabas !
Contre vous crie ma satyre.
Que si on ne s’en fait que rire,
Pour moy, je n’en pleureray pas.

Apologie pour la satyre.

On peut remarquer aisément que ceste satyre a esté comme le symptome de la reformation qui commence à operer, et dont nous esperons quelque bonne crise ; pour moy, j’estime que poëte satyrique et sevère censeur ne sont qu’une mesme chose, puisque la satyre est une sorte de poësie où l’on trouve des pointes aiguës contre la volupté, le luxe et la vanité, meslée pourtant de traicts piquants et moqueurs ; si dans les termes de leur reprimende ils sont differends, l’intention les rend semblables, qui est de donner la chasse aux vices. Ne sçait-on lequel des deux a des forces ou amorces plus puissantes pour se faire obeyr. Aussi n’y a il drogue au monde capable, à mon advis, de purger les vicieuses humeurs d’un siècle corrompu et les opinions bigearres des esprits malades qu’une satyre, pourveu qu’on la prepare et assaisonne si à point qu’on ne la sente en l’avallant. Que si, par hazard, dans ceste liberté qui est permise il se rencontre quelque chose de licentieux, il faut en excuser ou la rime, ou la naïfveté qu’on y doit observer tousjours, ou le zèle d’un esprit passionné ; au plus, si nous sommes si foibles que de nous scandaliser pour des simples paroles, nous devons nous souvenir de celles de la femme d’Auguste, qui disoit que la veuë de plusieurs hommes tous nuds qu’elle avoit rencontrez en son chemin ne l’avoit non plus esmeuë que s’ils eussent esté des statues de marbre. Au reste, ceux là se trompent lourdement qui, sous le nom de satyre, taschent à couvrir leurs medisances ou leurs lubricitez. Le sang de Licambe15 ne coule point dans la fontaine d’Hypocrène, et les Muses sont entièrement vierges, aussi peu capables d’invectives que de saletez, n’y ayant pas moins de crime à prophaner la poësie qu’à débaucher une vestale. La satyre s’esloigne esgallement de ces deux extremetez, et, en quelque façon que ce soit, son intention se doit conserver toute pure. C’est en ceste sorte de vers piquants qu’Horace a excellé. Juvenal est trop aigre, Perse trop sevère et sententieux. De nostre temps, à peine en avons nous un pour admirer. Tous les siècles ont produit des vices, mais non pas tousjours des esprits veritablement satyriques, et maintenant la mesdisance et la flatterie sont si familières, que personne ne s’attache qu’à l’une ou à l’autre. Pour ceste satyre, je la laisse au jugement de ceux qui s’y cognoissent. On n’ignore point l’occasion qui l’a faict naistre, et je sçay que la reformation dont elle a esté le prognostic16 aura peut estre blecé quelques esprits : c’est pourquoy j’en prepare icy la drogue et le remède.

Consolation aux dames sur la reformation
des passemens et habits.

Ces points couppez17, passements et dentelles,
Las ! qui venoient de l’Isle et de Bruxelles8,
Sont maintenant descriez, avilis,
Et sans faveur gisent ensevelis ;
Ces beaux quaintins19, où l’œil ravy descouvre
Plus de beautez qu’il n’en paroist au Louvre,
Sont despouillez de leurs chers ornemens ;
On n’y voit plus ces petits regimens,
Ces bataillons, ces mousquets et ces mines
Qui faisoient voir que vous estiez bien fines ;
Tous ces oyseaux, ces amours et ces fleurs,
Où ne restoit que l’ame et les couleurs,
Sont sans pouvoir, sans grace et sans merite,
Depuis que l’ordre à ce luxe est prescrite ;
Ces beaux collets, ces manches, ces rabas,
Où un Tartare eust trouvé des appas ;
Tous ces pourtraicts et ces vaines figures
Qui vous gagnoient beaucoup de creatures,
Comme trompeurs, et du tout superflus,
Dames, enfin, ne nous paroissent plus.

Si ces atours avoient une parole
Qu’ils vous diroient en un langage drolle :
Cessez, beaux yeux, en vos pleurs vous noyer !
C’est à nous seuls qu’il convient larmoyer
De n’estre plus maintenant en usage,
D’avoir quitté l’air de vostre visage,
De ne voir plus l’or de vos blonds cheveux,
Cordages saincts, l’object de tant de vœux ;
De ne toucher à vostre belle gorge,
Dont l’amour faict les soufflets de sa forge,
Et non à vous, qui estes l’ornement
Du plus superbe et riche accoustrement,
Car sans habits, passements et dentelles,
Vous ne laissez de paroistre assez belles.

Mais, dites-moy, ce mal que vous plaignez,
Et pour lequel vos yeux sont tous baignez,
Vous l’eussiez bien inventé par la mode
Qu’auriez jugé peut-estre plus commode,
Mode feconde en mille inventions !
Le seul effroy de tant de nations,
Monstre, prodige, estrange et bien difforme,
Demain pompeuse, aujourd’huy en reforme.
Voulez-vous point que vos desseins maudits
Soient observez plustost que les edicts ?

Or je sçay bien que chante vostre plainte :
C’est que jamais vous n’aymez la contrainte,
Et en ce point vostre sexe est si doux,
Qu’il ne se voit qu’aucune d’entre vous
Ait ceste reigle enfreinte d’adventure ;
Vous vous plaisez à gloser la nature,
Faire des loix, corriger l’univers,
Ne vouloir rien, s’il n’est tout de travers ;
Contre le droit vostre desir s’obstine,
Pour l’equité vostre ame se mutine,
Rien ne vous plaist que ce qui vient de loing ;
Ce qui est cher resveille vostre soin ;
Vous vous portez tousjours à la deffense,
Le bien permis plus souvent vous offense !
Bref, vostre esprit de contradiction
Pour le desordre a de la passion.

Ne pleurez plus, changez de contenance,
Et, sans gronder, reverez l’ordonnance
Qui met la drogue à un malheur fatal,
Et pour le bien ne faites point le mal.
Que si quelqu’un s’apprestoit pour vous rendre
Ce que le roi vous a voulu deffendre,
Devroit-on pas plustost vous consoler ?
D’aise au rebours vous devez bien voler,
Puisque l’edict maintenant vous delivre
Par chacun an de huict ou neuf cent livres.
Vous ne perdrez vos amples revenus,
D’oresnavant point de maris cornus,
Et, dans Paris, vos filles trop volages
Ne donneront leurs jolis pucelages ;
Vous n’employ’rez les soirs et les matins
À façonner vos grotesques quaintins.
Ô folle erreur ! ô despence excessive !

Mais, dites-vous, nostre beauté si vive,
Sans la faveur de ces riches rabas
Pour captiver n’aura plus tant d’appas,
Et, desormais, n’estant veuës si braves,
Il ne faut plus esperer tant d’esclaves,
Sous nos drapeaux de jeunes combattans.
Or, en ce poinct, dames, je vous attens :
C’est bien trahir la raison et vous-mesme,
Et faire un crime egal à un blasphème,
De croire ainsi que soyez sans beauté
Hors la faveur de ce bien emprunté.

Le naturel jamais l’art ne surmonte.
Vous devriez toutes mourir de honte
De profaner ces aymables thresors
Que vous avez et de l’ame et du corps !
Comment veut-on qu’une laide se pare,
Si des atours une belle s’empare ?
Les ornemens sont pour les seuls deffauts.
C’est attirer de soy-mesme ses maux,
C’est offenser le ciel et la nature
De rechercher l’estrangère parure ;
Si ces atours estoient plus precieux
Ny que la main, ou la bouche, ou les yeux,
Avecques vous elle les eust fait naistre
En tous les lieux où ils souloient parétre.
Trouvez-vous donc un teton plus mignard
Pour estre plein de parure et de fard ?
Un œil plus doux, une plus belle bouche
Pour les atours qu’auprès d’elle l’on couche ?
Si vous gardez encor le souvenir
Du temps auquel on vous pouvoit tenir,
En ce temps-là vous estiez sans dentelles :
Donc autresfois vous n’avez esté belles.
Tout cet abus gist en l’opinion
Et n’est au vray que pure illusion :
Car dans six mois seroit une folie
De ramener ceste mode abolie.
Telle aujourd’huy qui la raison combat,
Qui semble belle en un simple rabat,
Douce, agreable et humble comme un ange,
Avec un autre elle seroit estrange.
Je jure, moy, par le flambeau du jour,
Que jamais tant vous ne donnez d’amour
Qu’en simple habit, ou estant toute nuës :
Deux veritez qui sont par trop cogneuës.

J’advoue bien qu’un subit changement
Peut esbranler un ferme jugement ;
Le mal vous cuit et vous fait de la peine.
Mais qui croiroit guerir une gangrène
Ou un ulcère avecque peu de mal,
Le medecin seroit un animal.
Les vanitez, le luxe et les delices,
Qui, en un mot, sont l’amorce des vices,
Chancres malins corrompent les citez,
Et sans douleur ne sont point emportez.
Je veux du mal à celles qui, peu sages,
Vont ramenant ces funestes usages
En violant les edicts et les loix,
Ouvrage sainct de tant de braves rois ;
C’est à chercher tousjours mille artifices
Pour contenter les yeux et les délices,
Par des couleurs taschant à deguiser
Et des façons qu’on leur laisse adviser,
Qui coustent plus et qui sont moins utiles,
Par où l’abus se glisse dans les villes.

Cecy n’est dit qu’aux vulgaires esprits,
Car je ne croy qu’il y ait du mespris
Dedans vostre ame, ô belle Callirée !
En tous mes vœux sainctement adorée,
Vous ne donnez au change vos regrets.
Voudriez-vous enfraindre les arrests,
Vous qui si bien maintenez vostre empire ?
C’est faire un crime alors que je souspire ;
Vous gouvernez, par vos commandemens,
Mon cœur, mon ame et tous mes mouvemens ;
Bref, vous avez la plus grande puissance
Qu’on puisse avoir sur une obeyssance,
Et ce bel œil qui me donne la loy
Est mon seigneur, mon monarque et mon roy.
Puis vous sçavez que la vertu est belle
Sans le secours d’une mode nouvelle ;
Que la beauté a trop d’allechemens
Sans l’atirail de ces vains ornemens ;
Que le poison des vertus plus antiques
Gist en l’abus de ces molles pratiques.

Reservez donc vos soupirs et vos pleurs
Pour l’advenir et les autres douleurs :
Ce reglement et ces nouvelles choses
Ne sont au prix, mesdames, que des roses ;
Et, cependant, observez les edicts,
Si vous voulez aller en paradis ;
N’endurez point qu’on vous mette à l’amende,
Je suis logé chez la belle Flamande.




1. Cette pièce, devenue assez rare aujourd’hui, eut pourtant plusieurs éditions. C’est d’après la dernière que nous la reproduisons. Elle fut publiée une première fois en 1622, sous ce titre : Le Tableau à deux faces de la foire Saint-Germain, ou Les souvenirs satyriques du carnaval, avec une Apologie pour la satire, in-8. En 1625, il en parut une autre édition, sous le titre conservé ici : L’Eventail satyrique, mais sans la pièce qu’on y a jointe, et qui se trouvoit aussi à la fin du Tableau à deux faces. Ce dernier titre a plus de rapport qu’on ne pourroit croire avec celui d’Eventail satyrique. Le Tableau à deux faces, en effet, n’étoit autre chose qu’une de ces images pliées en éventail, qui, grâce à cette disposition, font voir une figure à droite et une figure ordinairement toute différente à gauche. Cette curiosité, déjà fort ancienne au 17e siècle, et sur laquelle nous avons fait une assez longue note, t. 2, p. 327–328, est encore aujourd’hui une marchandise de foire.

2. Ce nom ne se trouve ni sur l’édition de 1622, ni sur celle de 1625. Pour prendre le nom de Théophile, il semble qu’on eût attendu que le poète du Parnasse satyrique n’existât plus. Or, il étoit mort le 25 septembre 1626. V. la notice de M. Alleaume, en tête de ses œuvres, édit. elzev., t. 1, p. xcj.

3. Henri IV et Louis XIII avoient, comme avant eux Charles IX et Henri III, sévi par des ordonnances contre le luxe toujours renaissant des habillements. C’est à quoi l’on fait allusion ici, surtout dans la pièce mise à la suite. Au mois de novembre 1606 avoit paru un Edict du roy portant deffenses de porter sur les habits aucuns draps de toille d’or ou d’argent. Mais, quoique cet édit somptuaire soit resté l’un des plus célèbres (Lettres de Mme Denoyer, in-12, t. 4, p. 197), il ne paroît pas qu’on lui obéit mieux qu’aux précédents. À la fin de 1609 on n’y pensoit déjà plus. V. Lettres de Malherbe à Peiresc, p. 100–101. C’est ce qui rendit nécessaire la promulgation d’une nouvelle ordonnance, parue le 8 février 1620, pour reprimer, dit le titre, le luxe et superfluité qui se void ès habits et ornements d’iceux.

4. Nous avons cherché, mais n’avons pu trouver, de quelle loi des Athéniens on veut parler ici.

5. Les chaînes au col ou sur la robe comptoient parmi les niveleries les plus à la mode. V. notre t. 3, p. 262.

6. Soumettre au contrôle des syndics.

7. Ce mot s’employoit surtout pour les modes. Les Angloit nous le prirent et le modifièrent suivant leur prononciation ; ils en firent leur mot fashion, que nous croyons leur avoir emprunté, tandis qu’en le reprenant nous n’avons fait que rentrer dans notre bien. Cette singularité n’a pas échappé à Noël et Carpentier, dans leur Dictionnaire étymologique, t. 1, p. 566. Elle est une nouvelle preuve de la vérité de ce mot : l’anglois n’est que du françois mal prononcé.

8. Les modes et les étoffes italiennes, bandes et passements de Milan, etc., étoient surtout proscrits par l’ordonnance de Louis XIII.

9. Je n’ai pas besoin de faire remarquer combien cela est resté vrai de nos jours.

10. Ces manches sont justement à la mode aujourd’hui. « Elles étoient fort larges, dit Furetière, au mot Ange, dans son Dictionnaire, et n’alloient qu’à la moitié du bras. » On les appeloit ainsi parce que les anges peints sur les tableaux en ont ordinairement de semblables. Sorel, au livre V de Francion, parle de ces robes à l’ange (édit. de 1663, p. 248). — Ces manches n’étoient pas alors les seules qui fussent à la mode. Courval-Sonnet, dans sa satire IV contre la vanité, inconstance et superfluité des habits, cite encore

Les manches de la robe à bouillons, en arcades.

11. Les taffetas de la Chine, alors fort en faveur, étoient rayés de bleu, d’incarnat, de jaune d’or et d’argent. (Céremonial françois, t. 2, p. 68.) Brebeuf, dans son Lucain travesti (Rouen, 1656, in-8, p. 16), parle aussi du taffetas ondoyé de la Chine. Le mot chiné appliqué aux étoffes bariolées vient de là.

12. Le devanteau, sorte de petit tablier qu’on portoit en déshabillé, étoit pourtant encore à la mode. Courval-Sonnet n’oublie pas, dans sa satire citée tout à l’heure :

Un devanteau de toile à créneaux rayonnés.

13. Sur cette prétention des bourgeoises à se faire appeler dames et damoiselles, V. notre t. 1, p. 309.

14. Le busque étoit de bois, d’ivoire ou de baleine ; on le mettoit dans le corps de jupe et on l’en ôtoit à volonté. De Cailly s’adresse, dans l’une de ses plus jolies pièces, à un busque dont il avoit fait don à l’incomparable Orante :

Busque, si proprement tourné
Et de petites fleurs orne, etc.

15. Il se tua du désespoir que lui causèrent les iambes dirigés contre lui par Archiloque, à qui, malgré sa promesse, il avoit refusé de marier sa fille Néobule. (Horace, lib. 5, ode 6.)

16. Ceci donneroit à penser que cette pièce fut écrite avant l’ordonnance de 1620, puisque l’auteur se vante de l’avoir provoquée et pronostiquée.

17. V., sur les point-coupés, notre t. 3, p. 246, note.

18. La mode des dentelles de Flandre commençoit alors et s’est toujours maintenue. V., comme preuve de leur vogue sous Louis XIV, notre t. 1, p. 239–240.

19. Le quaintin étoit une toile très fine, sur laquelle on brodoit ou dans laquelle on découpoit des figures du genre de celles dont on parle ici.