L’État de la question monétaire. — Le double étalon

LA
QUESTION MONETAIRE

LE DOUBLE ETALON.

Il y a une question que nos malheurs nous ont fait perdre de vue, et qui a cependant une grande importance ; elle reparaît aujourd’hui avec une certaine intensité : c’est celle de la monnaie, ou plutôt du double étalon monétaire. La France, depuis plusieurs années, a préparé tous les travaux qui peuvent conduire à la solution de cette question. En 1867, au moment de l’exposition universelle, elle réunissait une commission internationale composée des hommes les plus compétens de chaque pays et dirigée avec talent par l’honorable M. de Parieu. Cette commission décida que, pour arriver à l’unité monétaire, qui paraissait alors le grand desideratum, il y avait lieu d’abord de supprimer le double étalon, qui existait encore dans beaucoup de pays, et d’adopter partout l’étalon d’or. Ces conclusions furent confirmées par un nouvel examen de la question en 1860. Enfin en 1870 une grande enquête fut ouverte, on entendit tous ceux qui avaient un avis à exprimer, on fit venir de l’étranger les hommes les plus éclairés sur la matière. La décision fut encore la même, c’est-à-dire qu’il y avait lieu de démonétiser l’argent et de passer à l’étalon unique d’or ; on ne fut un peu divisé que sur la question du type qui serait adopté pour la monnaie internationale, — car on s’occupait alors de monnaie internationale, — les uns se prononçant pour la pièce de 25 francs, d’autres pour le système français purement et simplement, à cause de la grande notoriété dont il jouit et de la parfaite décimalisé qui en est le caractère essentiel. Cette enquête avait été précédée d’une circulaire adressée aux chambres de commerce et aux receveurs-généraux, qui, à une très grande majorité également, avaient émis un avis favorable à l’étalon d’or. Comment se fait-il donc qu’une question si complètement étudiée, pour laquelle on a épuisé tous les genres d’information, ne soit pas encore résolue ? Il est vrai qu’au moment où le conseil supérieur de l’agriculture et du commerce formulait ses conclusions, la guerre éclatait contre la Prusse. Tout naturellement on eut d’autres préoccupations d’une nature beaucoup plus grave, et la question monétaire fut abandonnée. On aurait dû la reprendre depuis la fin de la guerre ; on ne l’a pas fait, et nous nous sommes laissé devancer par les autres nations, qui se sont emparées de nos travaux et sont en train de réformer leur système monétaire à nos dépens. C’est d’abord l’Allemagne. En 1869, en traitant ici même la question de l’étalon monétaire pour la première fois, nous avions prédit que, si on ne se pressait pas en France, cette nation démonétiserait son argent avant nous, et que nous en éprouverions un grand préjudice. On ne prévoyait pas alors que nous lui en fournirions nous-mêmes les moyens avec notre rançon ; mais on pouvait supposer, en voyant la majorité des chambres de commerce d’outre-Rhin se prononcer à plusieurs reprises pour l’étalon d’or, que cette réforme ne tarderait pas à s’accomplir, elle ne dépendait plus que des circonstances et des ressources dont pourrait disposer le pays. Attendons, disaient alors les temporisateurs, ou plutôt ceux qui avaient le secret désir de conserver le double étalon ; il sera toujours temps d’agir quand on agira autour de nous. Ce moment est venu, et nous hésitons toujours. L’Allemagne a décrété l’adoption de l’étalon d’or ; seulement, comme elle a encore beaucoup d’argent, pour 600 millions de thalers, ou plus de 2 milliards 200 millions de francs, elle ne peut pas passer sans transition d’un métal à l’autre ; elle est obligée d’y mettre de la prudence. Elle a donc déclaré que, jusqu’à une époque indéterminée, l’argent continuerait à circuler et serait reçu dans les caisses publiques. C’est le système du double étalon substitué momentanément à celui d’argent, qui régnait exclusivement au-delà du Rhin. Cependant, comme les Allemands sont devenus gens pratiques, surtout ceux qui dirigent aujourd’hui les destinées de ce pays, c’est-à-dire les Prussiens, on peut être sûr que le système provisoire ne durera pas longtemps. Les ateliers monétaires sont en pleine activité ; déjà au mois d’août dernier ils avaient frappé pour plus de 1 milliard de la nouvelle monnaie d’or. Elle n’est pas encore très répandue dans ; la circulation ; on la retient dans les caisses de l’état ou dans celles des grands établissemens publics. Cela est nécessaire, car, si on la laissait circuler, comme elle jouirait nécessairement d’une prime sur l’argent, qui est en ce moment un peu déprécié, elle disparaîtrait bien vite, serait refondue, et les ateliers monétaires de l’Allemagne se trouveraient faire le travail de Pénélope. L’état la retient jusqu’au jour où il croira en avoir en quantité suffisante pour répondre à tous les besoins ; alors il démonétisera l’argent tout d’un coup, et la réforme sera un fait accompli. Déjà dans la ville de Brême les comptes sont établis sur le marc d’or au lieu du thaler.

Ce qui se passe en Hollande est encore plus significatif. Ce pays, craignant l’effet que pourrait produire l’abondance des mines de l’Australie et de la Californie, avait en 1850 démonétisé son or et adopté l’étalon d’argent ; il a vécu plus de vingt ans avec ce régime, et ne s’en est pas toujours très bien trouvé. Aujourd’hui, frappé au contraire de l’abondance de l’argent et ne voulant pas servir de débouché à celui de ses voisins les Allemands, éclairé d’ailleurs par sa propre expérience, il revient à l’étalon d’or en prenant momentanément les deux.

Les États-Unis avaient, aussi le double étalon, sinon en fait, du moins en droit ; l’or seul circulait, parce qu’ils avaient eu la précaution en 1853 d’élever au profit de celui-ci le rapport de valeur entre les deux métaux précieux et d’adopter le rapport de 1 à 16 au lieu de 1 à 15. Ils viennent de faire un pas de plus en démonétisant absolument l’argent comme monnaie principale ; ce métal ne servira plus que de monnaie d’appoint, et on n’en pourra recevoir pour plus de 5 dollars dans les paiemens. L’union Scandinave a également adopté l’étalon d’or. Celui-ci désormais aura seul cours légal en Suède, en Norvège et en Danemark. Enfin l’Autriche est toute prête à faire la même chose ; elle l’était du moins il y a quelques années. Elle proposait de se rallier à notre système monétaire, à la condition que nous n’aurions plus que l’étalon d’or, et elle a déjà frappé une quantité de pièces de 4 et de 8 florins pour les mettre en rapport avec nos pièces de 10 et de 20 francs. La Belgique, qui est notre alliée monétaire depuis la convention de 1865, réclame aussi la monnaie d’or unique par la voix de ses chambres de commerce, et notamment de celle d’Anvers. Il n’est pas jusqu’à l’Espagne, la malheureuse Espagne, qui, si elle pouvait s’occuper de questions monétaires au milieu des épreuves qu’elle subit, ne fût disposée à opérer la même réforme ; elle le déclarait aussitôt après la révolution de septembre 1868. La question est donc posée presque partout en Europe, et partout elle est résolue dans le même sens.

Il y a quelques années, lorsque la solution ne pressait pas tant qu’aujourd’hui, on affectait de ranger les gens qui s’en occupaient en deux catégories : les théoriciens et les hommes pratiques. Les théoriciens étaient tout naturellement ceux qui se prononçaient pour l’étalon d’or unique, les gens pratiques défendaient le double étalon. Combien n’a-t-on pas abusé de cet argument pour faire peur au public qui, dans notre pays, est toujours rebelle aux innovations ! Aujourd’hui les gens pratiques sont d’accord avec les théoriciens, ils sont même les plus ardens à demander la réforme monétaire et les plus pressés de la réaliser. On ne placera pas en effet parmi les théoriciens les Allemands de M. de Bismarck, ni les Hollandais, dont l’esprit est si positif. Aussitôt qu’ils ont vu qu’il y avait péril à différer, ils se sont mis résolument à l’œuvre, et il ne se passera pas longtemps avant que la France ne soit pour ainsi dire le seul marché important de l’Europe où l’argent ait encore cours légal. Cette situation, déjà grave, le deviendra chaque jour davantage à mesure que l’argent sera démonétisé ailleurs. On ne la sent pas encore beaucoup, parce que nous vivons sous le régime du cours forcé des billets de banque. La monnaie métallique circule peu, et on n’en est pas encombré ; mais le jour où l’on sortira du cours forcé, — et il faudra bien que ce jour arrive, — la monnaie d’or disparaîtra, ou tout au moins elle fera prime, comme autrefois. Les paiemens se reprendront en espèces d’argent exclusivement, et alors nous éprouverons des embarras de toute espèce.

M. Dumas, dans une discussion fort intéressante qui eut lieu au sénat en 1869, disait qu’en trente ans, depuis 1839, nous avions accompli deux révolutions monétaires, la première pour substituer l’argent à l’or, qui faisait prime, la seconde en 1859 et 1860 pour reprendre l’or, la prime étant revenue à l’argent. Depuis un an ou deux, nous sommes en face d’une troisième, celle du retour à la circulation d’argent, et toutes ces révolutions, bien qu’elles ne concernent que la monnaie, ont aussi de grands inconvéniens : elles nous laissent toujours avec le métal le plus déprécié ; et comme aujourd’hui celui que nous allons avoir ne sera bientôt plus celui des états qui nous entourent, la question prend une certaine gravité pour les intérêts français. Il s’agit de savoir non-seulement si nous voulons conserver une monnaie incommode, comme celle d’argent, qui n’est plus en rapport avec les exigences de la civilisation, mais encore si nous sommes résignés à rester isolés dans notre système monétaire et à renoncer aux facilités que donne pour les relations internationales un instrument d’échange commun, au moins quant au métal.

I

Un des argumens nouveaux que font valoir avec un soin tout particulier les derniers défenseurs du double étalon est tiré du paiement de l’indemnité prussienne. On dit que, si nous n’avions pas eu à notre disposition les deux métaux précieux servant de monnaie, et principalement l’argent, nous aurions éprouvé des embarras considérables pour le paiement de cette indemnité, et qu’on n’aurait pu l’accomplir aussi vite qu’on l’a fait. Cet argument, à première vue, a quelque chose de plausible. Il semble en effet qu’avec deux métaux on a plus de ressources qu’avec un, et, si cette thèse est soutenue par des personnes ayant une certaine autorité financière, elle passe bien vite pour un axiome. Cependant, quand on y regarde de près, on ne tarde pas à s’apercevoir qu’elle ne repose sur rien de sérieux. Voilà l’Angleterre par exemple qui, pour les trois quarts de son commerce extérieur, est en rapport avec des pays qui n’ont que la monnaie d’argent, tels que l’Inde, la Chine, les républiques de l’Amérique du Sud ; comment fait-elle pour opérer ses règlemens et envoyer des espèces lorsqu’elle est débitrice ? Elle n’a que l’étalon d’or, et l’argent n’existe chez elle qu’à l’état de monnaie, d’appoint ; cependant on n’a jamais vu qu’elle fût embarrassée pour ses paiemens, et qu’elle ne pût pas trouver l’argent dont elle avait besoin, quand elle avait des soldes à faire dans les contrées qui ne connaissent que ce métal. Elle possède l’argent, comme toute autre marchandise, comme tout ce qui peut servir aux transactions, et ce qu’elle n’emploie pas pour son usage particulier, elle le réserve pour l’exportation. L’argent est chez elle au même titre que le tabac, le thé, le sucre, le vin, qu’elle importe pour des quantités plus considérables que celles qu’elle consomme ; le reste est en entrepôt en attendant qu’il trouve sa place au dehors. Venir dire que, si la France n’avait pas eu l’argent comme étalon monétaire, elle n’aurait pu s’en servir pour payer les Allemands, en supposant qu’elle y eût eu avantage, c’est absolument comme si on prétendait qu’un pays riche qui est en mesure de se procurer toutes les marchandises dont il a besoin et qu’il n’a pas chez lui n’aurait pu obtenir particulièrement celle dite argent. En vérité, la réfutation est trop facile et trop claire pour que nous insistions. Tout le monde sait, les hommes de finance au moins, que la plus grosse partie de l’argent circule déjà sous forme de lingots sans être monnayée ; c’est ainsi qu’on l’emploie notamment en Angleterre et aux États-Unis, dans les deux pays les plus commerçans du monde entier.

Mais l’argument se présente encore sous une autre forme. Si nous avions démonétisé notre argent, dit-on, avant les tristes événemens de 1870, nous aurions eu cette ressource de moins pour faire face à nos besoins. Et comment donc l’aurions-nous eue de moins ? On ne suppose pas apparemment que démonétiser signifie jeter à la mer ; si l’on avait démonétisé l’argent, on en aurait gardé d’abord ce qui nous était nécessaire comme monnaie d’appoint, et on aurait ensuite vendu le reste ou on l’aurait mis en réserve sous forme de lingots jusqu’à ce qu’on en ait eu le placement. Le stock métallique eût été probablement le même ; ce qui aurait manqué en argent eût été remplacé par de l’or. On fait grand bruit de cette prétendue facilité que nous a procurée la monnaie d’argent pour payer les Prussiens ; mais il a été démontré ici même [1] que, pour accomplir ce paiement, nous n’avons pas envoyé au dehors plus de 400 ou 500 millions d’espèces métalliques, le reste a été solde au moyen de nos échanges commerciaux, de la vente des valeurs mobilières que nous possédions sur l’étranger et de la part qu’ont prise à nos emprunts les capitalistes du dehors. Or, si on suppose que sur les 500 millions il y ait eu la moitié en argent, à qui fera-t-on croire que, ce métal n’ayant plus cours légal chez nous, on n’aurait pu se le procurer jusqu’à concurrence de 250 millions sous forme de lingots ? Une seule maison de banque, la maison Rothschild par exemple, se serait parfaitement chargée de l’opération.

Admettons pour un moment qu’on a trouvé plus aisément les 250 millions sous forme de monnaie, l’avantage qu’on prétend en avoir tiré est encore illusoire. La valeur commerciale de l’argent ne répond plus exactement au rapport de 15 1/2 à 1 fixé par la loi de germinal an XI entre les deux métaux précieux ; elle est de 2 pour 100 au-dessous. En payant en monnaie d’argent au lieu d’or, on aurait donc gagné 5 millions ; mais on oublie que, si on avait démonétisé l’argent avant la guerre, on aurait réalisé également ces 2 pour 100 qu’on perd aujourd’hui par suite de la dépréciation ; on l’aurait vendu 2 pour 100 de plus. Par conséquent la situation eût été exactement la même. Ce n’est pas assez dire : on aurait toujours conservé la faculté de s’acquitter en argent, et comme on aurait acheté ce métal à l’état de lingot, avec une dépréciation de 2 pour 100, on aurait profité absolument de la différence. On peut encore ajouter que, les lingots étant reçus de préférence aux espèces monnayées, attendu que les nôtres n’ont pas cours légal en Allemagne et doivent être refondues, nous aurions économisé en plus les frais de refonte, qui restent nécessairement à notre charge. Qu’on cesse donc de nous dire que l’on a trouvé plus de facilité et plus d’avantage à payer les Allemands en conservant le double étalon ; il n’y a pas eu plus de facilité, puisqu’on aurait aussi bien payé en lingots qu’en espèces monnayées, et quant à l’avantage, il a été moindre, puisque nous perdons les 2 pour 100 de la dépréciation de l’argent, que nous aurions gagnés autrement. Enfin notre réforme monétaire serait accomplie, et on ne serait plus en présence des dangers auxquels on s’expose en la différant.

Après avoir ainsi répondu à un argument de fait, voyons maintenant les raisons de principe qu’on persiste à donner en faveur du double étalon. Celle qui les domine toutes, c’est que l’argent, comme l’or, est fait pour servir de monnaie, qu’on ne peut pas lui ôter cette qualité sans nuire aux relations commerciales. On les compare tous deux au bois et au charbon, qui sont destinés l’un et l’autre à servir de combustible ; parce que le charbon donne plus de chaleur que le bois, dit-on, ce n’est pas un motif pour se passer de celui-ci. La comparaison peut paraître ingénieuse, mais elle n’est pas fondée. On comprend en effet que, plus il y a de choses pouvant servir au chauffage, plus il y a de gens qui en profitent, et de la concurrence de ces diverses choses résulte un abaissement de prix : c’est un avantage pour tout le monde. Il n’en est pas de même en ce qui concerne les métaux précieux. L’utilité n’est pas toujours en rapport avec la quantité. Si on les multiplie beaucoup, ils ne rendent pas plus de services pour cela ; ils se déprécient, et on est obligé de payer avec cinq ou six pièces de monnaie ce qui n’en exigeait que quatre auparavant. Le but à poursuivre avec les métaux précieux utilisés comme instrumens d’échange est non pas l’abaissement de prix, mais la fixité, et tout ce qui tend à altérer cette fixité est un inconvénient. Si l’or peut suffire aux besoins de la circulation, pourquoi y ajouter un autre métal qui serait sans utilité et ne pourrait que contribuer à la dépréciation du signe monétaire ?

On dit encore, dans le même ordre d’idées, que supprimer le double étalon, c’est conseiller à un homme qui a deux bras d’en couper un. C’est pousser bien loin le goût de la comparaison. L’homme qui a deux bras les garde, et il a raison : chaque bras lui rend des services particuliers, et tous deux réunis lui donnent une force qu’il n’aurait pas avec un seul ; mais quel service particulier rend l’argent en dehors de son rôle de monnaie d’appoint, si l’or peut suffire ? La réunion des deux métaux ne donne pas plus de force à l’instrument d’échange, en tant que force soit ici synonyme de fixité de valeur ; elle tend au contraire à l’affaiblir. Il ne faut donc pas s’arrêter à ces comparaisons de fantaisie, qui n’ont rien de sérieux, et examiner la question plus à fond.

On revient toujours à l’idée du parachute, et l’on prétend que les deux métaux dans la circulation se prêtent un appui mutuel, se protègent l’un l’autre contre la dépréciation. On a soutenu notamment que, si après la découverte des mines de la Californie et de l’Australie il n’y avait eu que l’or comme signe monétaire, la dépréciation eût été beaucoup plus grande qu’elle n’a pu être, qu’elle a été retenue par le rapport fixe de valeur entre celui-ci et l’argent. Il semblerait, à entendre les auteurs de cet argument, que, lorsqu’il y a deux métaux dans la circulation, celui qui est le moins abondant conserve une valeur absolue indépendante de la quantité qui existe de l’autre. On peut bien admettre en effet qu’il se déprécie un peu moins ; l’expérience nous le montre tous les jours. Si l’or, par exemple, est à l’argent dans le rapport de 1 à 15 1/2, il peut arriver à ne plus être que dans celui de 1 à 15 par suite d’une abondance exceptionnelle ; mais aller jusqu’à dire que cette abondance sera sans influence aucune sur le prix de l’argent, que ce dernier métal conservera sa valeur et aura la puissance de retenir l’autre sur la pente de la dépréciation, c’est contraire à toutes les lois de l’économie politique, et, si on voulait revenir à la comparaison de tout à l’heure, on pourrait demander si le charbon de terre, venant s’ajouter au bois comme combustible, a pu arrêter ou même ralentir la baisse de prix de celui-ci.

La dépréciation des choses peut être plus ou moins grande suivant les qualités particulières attachées à chaque chose, les usages différens qu’on en fait. Ainsi pour le bois, les nombreux emplois qu’il rencontre dans la construction et l’ébénisterie en maintiennent nécessairement le prix et l’empêchent de baisser autant qu’il aurait fait, s’il n’avait été utilisé que pour le chauffage. De même pour l’argent, les usages industriels auxquels on le destine lui donnent une valeur indépendante de l’utilité monétaire ; néanmoins, pour l’un comme pour l’autre, il y a diminution de prix du moment qu’il y a concurrence dans l’emploi principal, et l’emploi principal de l’argent, c’est évidemment la monnaie. S’il ne servait plus ainsi, personne ne doute qu’il n’arrivât à se déprécier considérablement ; ce n’est pas l’emploi industriel qui l’en pourrait garantir. Sur la quantité d’argent qui est produite chaque année, il n’y en a certainement pas la sixième partie qui est destinée à autre chose qu’à l’usage monétaire, et on ne voit pas comment ce métal, venant à s’ajouter à l’or et lui faire concurrence dans la circulation, peut arrêter la dépréciation de l’un et de l’autre ; il ne fait au contraire que la précipiter. L’or seul, obligé de répondre à tous les besoins, se soutiendrait nécessairement à un niveau de prix supérieur ; cela paraît incontestable. Ce que nous venons de dire de l’argent par rapport à l’or s’applique tout naturellement à l’or par rapport à l’argent ; c’est la réunion des deux métaux qui augmente la dépréciation. Du reste ce n’est pas ici une simple hypothèse : notre raisonnement s’appuie sur les faits les plus certains. Après la découverte de l’Amérique les mines très abondantes qui furent surtout exploitées étaient les mines d argent. L’or devint relativement beaucoup plus rare. Il semblerait, d’après la théorie du parachute, qu’il eût dû d’abord se déprécier beaucoup moins lui-même et ensuite arrêter la dépréciation du métal concurrent. Eh bien ! au bout d’un siècle environ, lorsque cette abondance de l’argent eut pu produire son effet sur la circulation métallique, celle-ci perdit jusqu’à 200 pour 100 de sa valeur par rapport aux autres choses, c’est-à-dire qu’il fallut trois fois plus de pièces de monnaie du même poids et du même titre pour acheter les mêmes objets, et l’or, quoique beaucoup moins abondant, ne fut pas plus favorisé ; seulement avant la découverte de l’Amérique il ne valait que onze ou douze fois son poids d’argent ; après, il valut quinze ou seize fois ce poids. Le rapport entre les deux métaux n’avait varié que d’un quart, et la dépréciation pour l’un et pour l’autre avait été de 200 pour 100. Voilà comment a déjà fonctionné le système du parachute à propos de la plus grande révolution monétaire qui ait eu lieu dans le monde. Et dernièrement encore, lorsque l’argent faisait prime et qu’on parlait de la dépréciation des métaux précieux, on ne faisait pas de distinction entre l’or et l’argent : il n’y avait de différence que dans la prime de 2 pour 100 dont celui-ci jouissait ; il subissait les suites de l’abondance du métal concurrent, et se dépréciait avec lui, si tant est qu’il y eût dépréciation, il ajoutait même à cette dépréciation par cela seul qu’il servait aux mêmes usages que l’or.

Quand on vient dire que, si ce dernier métal avait été seul en 1849 et 1850, au moment de la découverte des mines de la Californie et de l’Australie, il se serait déprécié davantage, on énonce une contre-vérité absolue ; il eût été à craindre au contraire que l’or ne pût pas suffire à lui seul à tous les besoins. C’est encore aujourd’hui la préoccupation de beaucoup de gens et une objection en sens inverse qu’on fait valoir pour le maintien du double étalon : si vous démonétisez l’argent, dit-on, vous allez priver la circulation d’un de ses agens essentiels ; êtes-vous sûr que le seul métal que vous garderez pourra suffire ? Déjà les mines d’or s’épuisent, elles ne produisent plus autant qu’autrefois ; le rendement de 700 à 800 millions par an de 1853 à 1860 est tombé à 500 millions, et rien ne dit qu’il ne tombera pas plus bas. Or une production annuelle de 500 millions par an, qui est destinée à se répandre dans le monde entier et qui devra réparer les pertes causées par le frai et fournir aux usages de l’industrie et de l’art, n’est assurément pas excessive. Il y a en ce moment de nombreux besoins qui ne sont pas satisfaits ; beaucoup de pays n’ont en circulation que du papier-monnaie. C’est le sort de l’Italie, de l’Autriche, de la Russie, de la France en Europe, et des États-Unis en Amérique. Que se passera-t-il le jour où ces pays reprendront les paiemens en espèces, et quelle quantité nouvelle d’or ne faudra-t-il pas ? Déjà même en Amérique on éprouve de grands embarras monétaires. Il y a crise au-delà de l’Atlantique, parce que la circulation fiduciaire, jointe à la circulation métallique, ne suffit pas. Qu’arrivera-t-il lorsque cette dernière sera seule, ou tout au moins que seule elle aura cours légal ? On doit encore faire attention au mouvement de la population et au progrès de la richesse, qui demanderont chaque jour plus de métaux précieux. On a beau multiplier les moyens de crédit, faire que la même pièce de monnaie rende plus de services, — comme les transactions se multiplient encore davantage, il faut toujours plus de numéraire pour servir de base à ces transactions. C’est ce qui explique du reste comment les 12 ou 15 milliards de métaux précieux qui ont été extraits des mines depuis vingt ans ont été si facilement absorbés. L’objection ainsi présentée est évidemment très sérieuse et mérite d’être examinée avec le plus grand soin.


II

D’abord il ne s’agit pas de démonétiser absolument l’argent ; il restera toujours comme monnaie d’appoint dans les pays qui prendront l’or comme monnaie principale, et cette qualité de monnaie d’appoint suffira pour en retenir une quantité considérable : elle en retiendra certainement pour 600 ou 700 millions en France, autant en Allemagne et peut-être aux États-Unis. Ce sera un auxiliaire précieux pour l’or, et puis ce qui est utile en Allemagne, en Hollande, en Suède, aux États-Unis, en France, ne l’est pas au même degré partout : il y a de nombreuses contrées peu riches où l’argent convient encore et sera longtemps la monnaie principale ; ainsi les états de l’Amérique du Sud et l’extrême Orient. Ces pays, en se contentant de la circulation chargent, dégageront d’autant les besoins qu’on aura d’or ailleurs. On exagère aussi beaucoup les demandes de numéraire qui pourront se manifester lorsque le cours forcé des billets cessera dans certains pays ; il y en a quelques-uns, tels que la France et les États-Unis par exemple, qui ont déjà en réserve presque tout l’or qui leur sera nécessaire. Seulement cet or ne circule pas, parce que l’inconvénient du papier-monnaie est de l’éloigner de la circulation. On ne paie pas en monnaie métallique lorsqu’on peut s’acquitter avec du papier, qui, même dans les états les plus favorisés, comme la France, est toujours un peu au-dessous du pair ; que ce papier n’ait plus cours forcé, qu’il soit au pair avec la monnaie métallique, immédiatement celle-ci reparaîtra dans la circulation, et il n’en faudra peut-être pas plus qu’il n’en existe déjà.

Il faut prendre enfin en sérieuse considération le développement des moyens de crédit. Sans doute en France et en Allemagne on n’arrivera pas de longtemps à se servir de tous ceux qui existent en Angleterre et aux États-Unis. Cela n’est pas désirable, car, si les Anglais et les Américains économisent beaucoup le numéraire et font reposer la plus grande partie de leurs transactions sur le crédit, ils en sentent quelquefois les inconvéniens. Ils sont exposés à des crises fréquentes, et, quand celles-ci éclatent, elles dégénèrent bien vite en panique ; chacun se précipite sur les banques pour avoir le remboursement de ce qui lui est dû, il n’y a plus de crédit, le mouvement commercial se trouve arrêté tout d’un coup, c’est comme un effondrement. Cela se comprend ; le numéraire est partout la seule mesure exacte de la valeur, celle qu’on a en vue en contractant : on peut y suppléer plus ou moins par des combinaisons de crédit ; mais, pour que ces combinaisons soient solides et inspirent confiance, il faut toujours qu’elles reposent sur la monnaie. C’est la base essentielle, et plus cette base sera large, plus le crédit, semblable à une pyramide, pourra s’élever haut. Il ne serait donc pas désirable, je le répète, de voir se réaliser chez nous une trop grande économie de la circulation métallique, cela serait plus dangereux encore que chez nos voisins ; nous n’avons pas les mêmes habitudes qu’eux ni la même confiance dans les spéculations hasardeuses, et s’il fallait que nous eussions, un système de crédit aussi développé que l’Angleterre, avec aussi peu de numéraire, nous n’y résisterions pas ; la moindre crise dégénérerait en une panique effroyable. Ce qui nous distingue, c’est la sûreté de nos relations commerciales. Aucun peuple ne supporte les crises aussi bien que nous et ne s’en tire à moins de frais ; même l’invasion et la révolution n’ont pas sérieusement ébranlé notre crédit. Cela est dû incontestablement à l’importance de notre stock métallique : il ne faudrait donc pas le diminuer ; mais entre ne pas le diminuer et l’augmenter démesurément il y a un milieu auquel on peut se tenir, et ce milieu, c’est l’état actuel. Il est assez large pour nous permettre de demander en toute sécurité à un développement de crédit les moyens de circulation dont nous pourrions encore avoir besoin par suite du mouvement de la population et du progrès de la richesse.

Un recueil anglais que nous citons souvent et qui a beaucoup d’autorité en matière de finance, the Economist, énumérait naguère ce qui pourra se passer en Europe dans un avenir assez rapproché à propos de la monnaie, et il concluait, il est vrai, que la production annuelle de 500 millions d’or serait facilement absorbée et à peine suffisante ; mais sa donnée principale était que les pays qui ont aujourd’hui le papier-monnaie auraient tout à coup de grands besoins le jour où ils reprendraient les paiemens en espèces. Cette donnée n’est pas absolument exacte. Lorsqu’un pays est soumis au papier-monnaie, les espèces métalliques disparaissent sans aucun doute de la circulation, mais elles ne passent pas toujours la frontière ; elles sont le plus souvent thésaurisées, mises en réserve pour des momens plus favorables ; on hésite d’autant plus à s’en séparer qu’on aurait de la peine à les retrouver ; dès qu’on peut se les procurer par le simple échange des billets, alors on n’a plus d’intérêt à les tenir cachées, on les met en circulation, et il peut arriver que le numéraire d’un pays soit moindre après le cours forcé que pendant. Il est probable au moins que le passage d’un régime à l’autre n’augmentera pas beaucoup la demande de numéraire. Cela n’est pas douteux en ce qui concerne la France, et l’on peut croire qu’il en sera de même aux États-Unis. L’or ne circule pas dans ce dernier pays à cause de la prime de 10 à 12 francs dont il jouit encore sur les billets, et il en résulte de grands embarras. On n’ose pas augmenter les billets dans la crainte de les déprécier davantage, et comme d’autre part il n’y a pas d’espèces métalliques en circulation, l’instrument d’échange devient insuffisant ; c’est ainsi que dans la dernière crise les difficultés financières se sont trouvées compliquées de difficultés monétaires. Que le cours forcé cesse, et les espèces métalliques venant s’ajouter aux billets de banque, qui seront reçus avec d’autant plus de faveur qu’on pourra les convertir à volonté, tous les besoins seront aisément satisfaits, et l’Amérique ne demandera probablement pas plus d’or que ce qu’elle en possède déjà Les seuls besoins à prévoir, en dehors d’une certaine part à faire aux progrès de la richesse, sont les emplois industriels, et la réparation de ce qui est perdu par le frai. Quelle peut en être l’importance ? D’après les calculs les plus accrédités, on peut évaluer à une centaine de millions par an ce qui est employé d’or dans l’industrie et dans les arts. Quant au frai, les meilleurs chimistes, M. Dumas entre autres, et les directeurs des établissemens de monnaie, l’estiment à 2 pour 1,000, soit à 1/5e pour 100. Si on applique cette évaluation aux 25 ou 30 milliards d’or qu’il peut y avoir dans le monde civilisé, on a 60 millions qui se trouveraient ainsi perdus ; ce serait donc une somme de 160 millions qui serait nécessaire chaque année pour maintenir la circulation métallique au niveau actuel. Portons-la à 200 millions ; si la production est de 500, il resterait encore 300 millions de disponibles pour les nouveaux besoins. On peut croire que ce sera suffisant, car enfin, malgré le papier monnaie, qui est dû à des circonstances tout à fait exceptionnelles et à des raisons beaucoup plus financières que monétaires, nous sommes dans un moment de pléthore métallique plutôt que de disette. On entend tous les jours des plaintes à propos de l’accroissement du prix des choses, que l’on attribue à l’abondance et à la dépréciation des métaux précieux. Dernièrement encore un économiste anglais distingué, tout en combattant l’exagération de certains auteurs, évaluait cette. dépréciation au minimum à 10 pour 100. Quelle que soit l’opinion qu’on ait à cet égard, on peut en conclure au moins qu’il n’y a pas en général pénurie monétaire, et que la rareté n’est pas le mal dont nous ayons à nous défendre aujourd’hui. C’est plutôt le contraire qui nous menace. Enfin, veut-on pousser les choses au pire, et admettre que l’or à lui seul ne suffira pas, eh bien ! on aura toujours la ressource de reprendre l’argent, il n’aura pas disparu, il existera comme marchandise à l’état de lingot sur les divers marchés du monde. Qui empêcherait de le frapper de nouveau ? On en serait quitte pour le racheter au prix qu’il vaudrait alors, et comme il restera toujours très abondant, on courrait certainement moins de risques en s’exposant à l’obligation de le reprendre qu’en cherchant à le garder malgré la dépréciation dont il peut être atteint.

Supposons en effet que les 500 millions de la production annuelle de l’or suffisent et qu’il doive en résulter une certaine fixité dans la valeur de l’instrument d’échange, ce qui est l’idéal. Si à ces 500 millions d’or s’ajoute une production annuelle de 400 millions d’argent, — c’est le chiffre auquel on l’évalue en ce moment, — toutes les prévisions sont renversées, il n’y a plus de fixité dans la valeur du signe monétaire, et on peut prédire à coup sûr qu’il se dépréciera rapidement. C’est un danger pour tous les pays, aussi bien pour ceux qui n’auront que l’étalon d’or que pour ceux qui auront conservé les deux, car, nous l’avons vu, la dépréciation se fait sentir à la fois dans les deux métaux servant de monnaie. Seulement les pays à double étalon subiront un autre inconvénient tout particulier, celui d’avoir un métal qui aura perdu en outre de sa valeur relative vis-à-vis de l’autre, et ce sera le seul en usage. En principe, on proclame le double étalon, mais en fait il n’y en a jamais qu’un en circulation, — le plus déprécié. Si le plus déprécié est l’or, comme il y a quelques années, l’inconvénient n’est pas grave. On a une monnaie très commode, celle qui s’use le moins, et qui est le mieux appropriée aux exigences nouvelles de la civilisation ; c’est celle des grands pays commerçans du monde, de l’Angleterre et des États-Unis, et, là où elle ne circule pas comme monnaie principale, elle est encore reçue avec faveur. Il n’en est pas de même de l’argent : d’abord ce n’est pas une monnaie commode ; elle est très lourde pour la valeur qu’elle a, et s’use très vite ; de plus, on est en train de la répudier partout en Europe. Si l’on persiste en France à garder le double étalon, nous n’aurons bientôt plus que l’argent, et alors notre situation deviendra très embarrassante : on ne pourra l’envoyer au dehors qu’avec une perte sensible, et nous n’aurons plus d’or.

Mais, dira-t-on, dans les rapports avec l’étranger le règlement en espèces métalliques est une exception. Nous l’avons constaté nous-mêmes, qui venons de payer une indemnité énorme, sans avoir presque expédié de numéraire ; le règlement se fait à l’aide de traites, et quand on est comme nous généralement créditeur de l’étranger, que le change nous est favorable, on n’a pas à s’inquiéter beaucoup des moyens de paiement. Cela est vrai ; mais, si nous sommes créanciers, comment nous paiera-t-on nous-mêmes ? On nous paiera évidemment avec le métal qu’on pourra se procurer à meilleur marché. Les pays qui auront l’or comme monnaie principale se garderont bien de nous l’envoyer, ils nous expédieront de l’argent en gardant pour eux la prime dont jouit l’autre métal, et, si cette prime est de 5 à 6 pour 100, c’est autant que nous perdrons sur ce qui nous sera dû au dehors. Il y a plus, la possibilité qu’on aura de nous payer avec une monnaie dépréciée servira de base au règlement des échanges. On recevra nos exportations au prix de l’argent, et nous acquitterons les importations à celui de l’or, — ce qui veut dire que nous achèterons plus cher que nous ne vendrons. Élèvera-t-on les prix pour parer à cet inconvénient, alors on retombe dans ceux du papier-monnaie. Il pourra y avoir des variations subtiles dans la valeur d’un métal, qui ne sera plus accepté sur les principaux marchés ; personne ne saura sur quoi il doit compter, et au dedans comme au dehors les transactions en souffriront, on n’osera plus contracter à long terme dans la crainte de recevoir beaucoup moins qu’on n’avait espéré. On dit quelquefois que le papier-monnaie active la circulation, parce que, n’ayant pas de valeur par lui-même, on a hâte de s’en débarrasser et de l’échanger contre des marchandises ayant une valeur réelle. Cela est possible ; mais l’effet qui en résulte pour le commerce est nécessairement restreint, et se borne tout au plus aux transactions de détail, il ne peut compenser dans aucun cas l’obstacle que fait naître pour les affaires le défaut de fixité de l’instrument d’échange. Certes la France, l’Italie et l’Autriche n’ont pas eu leur mouvement commercial suspendu parce qu’elles avaient le papier-monnaie ; mais il est permis de croire qu’il eût été plus actif, si elles avaient eu la monnaie métallique. Avoir un instrument d’échange déprécié par rapport aux autres pays, qu’il soit en papier ou en argent, c’est se mettre d’abord dans de grands embarras à l’intérieur et se constituer ensuite vis-à-vis du dehors dans une situation commerciale inférieure. Cela vaut la peine d’y penser.

Il y a en France aujourd’hui un stock métallique de 5 à 6 milliards, dont 4 peut-être sont en or. Si nous gardons le double étalon, l’or va disparaître par suite de la prime dont il jouit. Il est vrai que ceux qui le détiennent réaliseront cette prime, et que la perte ne sera pas immédiate ; mais que deviendra le métal par lequel on l’aura remplacé ? jusqu’où pourra s’étendre dans l’avenir, et peut-être dans un avenir rapproché, la dépréciation dont il sera l’objet ? Supposez que dans trois ou quatre ans, quand l’Allemagne aura démonétisé les 500 ou 600 millions de thalers d’argent qu’elle possède, la dépréciation de ce métal fasse de nouveaux progrès et arrive de 2 où 3 pour 100, où elle est aujourd’hui, à 5 et 6 pour 100. Sur 4 milliards d’or remplacés par de l’argent, c’est une perte sèche, à 3 pour 100 de différence, de 120 millions. La valeur du capital monétaire du pays sera diminuée d’autant, et cela pourquoi ? Pour avoir laissé prédominer dans la circulation un métal incommode, lourd, qui n’est plus en rapport avec les besoins de la civilisation. En vérité, on ne s’explique pas la résistance de ceux qui défendent encore le double étalon.

Mais, dira-t-on, — car nous ne voulons laisser passer aucune objection, — si vous prenez l’étalon unique d’or après avoir eu les deux, vous changez la situation du débiteur, il n’a plus le choix du métal à donner en paiement, et si l’or, resté seul, renchérit, vous aggravez ses charges. Cette objection n’est pas très sérieuse. La question de la monnaie a toujours été dans le domaine du législateur ; c’est à lui qu’il appartient de décider celle qui convient le mieux. Les métaux précieux ne circulent comme instrumens d’échange qu’avec l’empreinte et sous la garantie de l’état ; par conséquent celui-ci a le droit d’y mettre des conditions, et s’il y a des intérêts particuliers qui en souffrent, tant pis : c’est le résultat ordinaire du progrès. Les chemins de fer ont fait tort aux maîtres de poste, qui, eux aussi, avaient des droits acquis ; ils ont tué les diligences et mis en péril d’autres services de transport ; cela n’a pas empêché de les établir. Il faut bien que le progrès s’accomplisse, et il serait assez singulier qu’on fût arrêté devant l’adoption de l’or comme étalon unique par cette considération qu’il y a des débiteurs aujourd’hui qui ont le choix de payer avec l’un ou l’autre des deux métaux précieux, et qu’ils ne l’auront plus après. Cette raison n’a pas arrêté l’Allemagne ; elle n’a pas arrêté davantage la Hollande, qui, deux fois en vingt-cinq ans, aura changé complètement de système monétaire.

Tous les jours, les gouvernemens font des modifications beaucoup plus importantes ; ils imposent d’abord le cours forcé des billets de banque, bien que ceux-ci perdent quelquefois jusqu’à 20 pour 100 et plus de leur valeur nominale ; ils diminuent ensuite le poids et le titre de leur monnaie métallique. En 1816, l’Angleterre abaissa le titre de sa monnaie d’argent de 66 à 62, soit d’environ 6 pour 100. En 1839, la Hollande réduisit également de 9gr,613 à 9gr,450 l’argent pur du florin, soit de 0,03 centimes, ce qui équivaut à près de 2 pour 100. Enfin en 1853 les États-Unis, par une décision du congrès, diminuèrent de 6 pour 100 le poids de la monnaie d’argent. Nous ne parlons pas de la convention de 1865 entre la France, l’Italie, la Suisse et la Belgique, et dont l’effet fut d’abaisser le titre des pièces divisionnaires de plus de 10 pour 100, en le faisant descendre de 900 à 835. Comme il ne s’agissait que de monnaies d’appoint, cela n’avait pas la même gravité.

Tous ces exemples prouvent que les gouvernemens ne se font pas scrupule de réformer leur système monétaire, quand même il doit en résulter quelque légère modification dans la valeur d’un des métaux précieux. Cela ne veut pas dire qu’il faille approuver toutes ces réformes. C’est ici une question de mesure, et il faut se garder avant tout de faire de la fausse monnaie, c’est-à-dire une monnaie dont la valeur réelle soit très loin de celle dont elle porte l’indication ; mais lorsqu’il ne s’agit que d’éliminer de la circulation un des deux métaux précieux, parce que les intérêts généraux se trouveraient lésés, si on les conservait tous deux, il ne peut pas y avoir de doute sur le droit de l’état, il est tenu de veiller à ce qui sauvegarde ces intérêts. On parle de l’aggravation possible de la situation du débiteur, si on lui enlève le, choix du métal avec lequel il peut payer ; mais il faut voir l’autre côté de la question. Si, pour lui laisser le choix, on maintient le double étalon et que la dépréciation fasse des progrès, en raison de la concurrence des deux métaux, c’est le créancier à son tour qui est lésé ; il ne reçoit plus ce qu’il avait le droit d’attendre. On ne peut pas ménager l’un sans faire souffrir l’autre, et comme en somme dans la société tout le monde est à la fois débiteur et créancier, ce qu’on perd d’un côté, on le retrouve de l’autre. Il faut donc se diriger par des considérations d’intérêt général, et une des principales est de donner à l’instrument d’échange le plus de fixité possible. On y arrivera certainement plutôt avec un seul étalon qu’avec deux.

Tout le monde est d’accord en principe que la loi de germinal an XI, en fixant un rapport de valeur entre les deux métaux, est allée contre la force des choses. On reconnaît que, l’or et l’argent étant des marchandises, il ne peut pas y avoir de rapport fixe entre eux ; mais on répond qu’en fait les variations qui ont eu lieu depuis l’établissement de cette loi ont été insignifiantes, et que les deux métaux se retrouvent toujours à peu près au taux où ils étaient en l’an XI. C’est une grosse erreur. Il ne sera pas nécessaire de remonter bien loin pour le prouver. Entre l’année 1859, où l’argent, suivant les mercuriales anglaises, valait 62 shillings 1/2 l’once, et le moment actuel, où il vaut à peine 59 shillings, il y a une différence de plus de 6 pour 100. Est-ce donc là une variation insignifiante ? Et, nous le répétons, personne n’oserait prédire que la dépréciation de l’argent n’ira pas beaucoup plus loin. Il faut se rappeler qu’après la découverte de l’Amérique ce métal perdit 25 pour 100 de sa valeur relative par rapport à l’or. Et pourtant à cette époque il était très employé, c’était la monnaie principale de tous les pays. Que se passera-t-il lorsqu’il ne figurera plus dans bien des états que comme monnaie d’appoint, et qu’on en verra la production s’accroître chaque année, — ce qui a lieu déjà depuis dix ou douze ans ? Le rapport entre les deux métaux peut s’altérer encore sensiblement.

On ne se tient pas pour battu. — Qu’importe, continue-t-on, que le rapport de 15 1/2 à 1 de la loi de germinal soit un peu arbitraire ? C’est le fait de la plupart des lois d’établir des rapports arbitraires jusqu’à ce que l’expérience vienne les réformer. On pourrait déjà répondre que pour la loi de germinal cette expérience est faite ; elle a toujours abouti à nous donner non pas le double étalon, mais l’étalon alternatif, c’est-à-dire le plus déprécié, — de sorte que sous l’influence de cette loi nous restons soumis à une double dépréciation, d’abord à celle qui résulte du plus ou moins d’abondance des métaux précieux en général, ensuite à celle que fait naître le changement de rapport d’un métal à l’autre. Il serait temps d’aviser à quelque chose de mieux ; mais c’est un pur sophisme de comparer la loi qui fixe la valeur de deux métaux aux autres lois qui règlent les relations des citoyens entre eux. Assurément il y a quelquefois de l’arbitraire et de l’injustice dans ces autres lois ; le législateur qui les fait n’est pas infaillible, et il obéit souvent à des passions, surtout lorsqu’il s’agit d’actes politiques ; mais enfin il règle ce qu’il a le pouvoir de régler, tandis qu’en fixant un rapport de valeur entre deux métaux, il va, je le répète, contre la force des choses, et il peut s’apercevoir dès le premier jour qu’il fait une œuvre inutile. Sa loi ne sera pas observée ; l’or et l’argent conserveront un prix en dehors de la loi, et elle n’aura d’autre effet que d’apporter un trouble plus ou moins grand dans les affaires commerciales. Enfin, ajoute-t-on, si nous sommes condamnés au métal d’argent, nous en ferons peu d’usage, et n’en sentirons pas les inconvéniens. On est habitué à la circulation fiduciaire, on la gardera telle qu’elle est, et l’argent ne sera guère employé que comme monnaie d’appoint. La plus grosse partie restera dans les caisses publiques et servira de garantie aux billets au porteur. — Cet argument a de l’importance auprès de certaines personnes : il répond à la crainte qu’on a de voir reparaître dans la circulation les lourds sacs d’écus, sous le poids desquels gémissaient les garçons de recettes, et comme depuis quelque temps les billets de banque ont pris une extension considérable et une faveur inaccoutumée, sans qu’il en résultât d’inconvénient bien sensible, on se figure aisément que le problème peut être résolu de cette façon. On ne réfléchit pas qu’il y a une très grande différence entre un papier-monnaie qui circule tout seul, avec cours forcé en l’absence de numéraire, et une circulation fiduciaire qui repose sur une encaisse métallique et peut être échangée à tout moment contre des écus. Dans le premier cas, le papier-monnaie n’a pas de rival : il se déprécie, s’il n’est pas bien garanti et si on en émet trop ; mais il ne se déprécie pas par la concurrence que lui fait un autre instrument d’échange. Aujourd’hui notre papier-monnaie se tient à peu près au pair d’abord parce qu’il a une garantie sérieuse dans l’immense stock métallique qui existe au sein du pays, et ensuite parce qu’il ne trouve pas ce stock en face de lui comme concurrent dans la circulation. Le numéraire se cache et attend. La situation sera tout à fait différente avec la reprise des paiemens en espèces. Les métaux précieux circuleront, ou plutôt en France il n’en circulera qu’un, qui sera l’argent, et si, pour éviter le désagrément d’une monnaie aussi incommode, on laisse le papier-monnaie au chiffre où il est en ce moment, on sera débordé par l’instrument d’échange, il y en aura plus qu’il ne faut. On aura beau déposer la plus grosse partie de l’argent dans les caisses publiques à titre de garantie, elle n’en sera pas moins disponible, elle figurera à l’actif du capital social et circulant dont on pourra user, et elle aura les inconvéniens de toute circulation trop étendue, ceux d’agir sur les prix et de les élever d’une manière factice.

Un économiste américain distingué, M. Amasa Walker, dans un livre intitulé the Science of Wealth, a écrit des chapitres excellent sur cette question. Il a démontré par des faits que la circulation à la fois fiduciaire et métallique, qu’il appelle mixed currency, aboutit toujours, même lorsqu’elle est modérée, à l’élévation des prix. Cette conclusion, posée d’une façon aussi absolue, est peut-être trop rigoureuse ; il est certain au moins que, si la circulation fiduciaire en concurrence avec la circulation métallique est très étendue, le résultat signalé, par M. Amasa Walker se manifestera. Et ce n’est pas le seul inconvénient. Le billet de banque au porteur, même lorsqu’il repose sur une encaisse métallique, n’est après tout qu’un capital factice, une avance que fait le crédit. C’est à merveille, si l’avance est dans des limites restreintes qui ne dépassent jamais la possibilité qu’on a de se liquider à bref délai ; dans ce cas, le billet au porteur rend de grands services et est sans danger. Si au contraire on l’étend trop, alors on n’a plus aucune mesure ni des ressources disponibles du pays, ni de la valeur réelle des choses. On prend le capital factice pour un capital réel, on fait des entreprises en conséquence, et un beau jour, comme on a bâti un édifice en l’air, on ne peut plus le soutenir, il retombe de tout son poids en écrasant ceux qui ont contribué à l’élever et malheureusement d’autres encore, car il y a une certaine solidarité dans toutes les spéculations industrielles. On perd aussi la mesure exacte de la valeur. En effet, l’abondance apparente du capital fait renchérir le prix des choses ; tout s’élève à un niveau artificiel, et, comme ce niveau ne peut pas se maintenir indéfiniment, il arrive un moment où éclate une baisse plus ou moins grande ; c’est une nouvelle source de ruines. Voilà quelle peut être la conséquence de l’extension de la circulation fiduciaire avec le métal d’argent ; pour éviter le transport d’une monnaie incommode, on s’expose à des catastrophes financières.

Nous en avons fini de l’examen des raisons qu’on donne pour la conservation du double étalon. Il nous reste maintenant à conclure et à dire ce qu’il y aurait à faire. Il faudrait dès à présent interdire la fabrication des pièces de 5 francs d’argent. Cette fabrication, grâce à la baisse de prix de ce métal, s’est accrue singulièrement depuis quelques années. Si on la laisse libre, nos ateliers monétaires n’y suffiront pas et ne seront bientôt plus occupés qu’à convertir, les thalers allemands en monnaie française, et alors il se passera chez nous ce qui a déjà lieu en Belgique : avec le produit de cette conversion, on achètera des traites sur Londres et même sur l’Allemagne, si celle-ci parvient à se débarrasser très vite de son double étalon provisoire, et, comme l’achat de ces traites fera monter le change, pour le ramener à des conditions meilleures nous n’aurons plus qu’à exporter notre or. Ce sera le moyen par lequel cet or nous sera ravi ; par conséquent il y a urgence à interdire dès à présent la fabrication des pièces de 5 francs. Quelques personnes se borneraient à demander que la fabrication fût limitée. Ce serait une amélioration, incontestable, car maintenant chacun peut faire frapper dans la mesure du possible, c’est-à-dire en usant de toutes les ressources de nos ateliers monétaires, les lingots d’argent qu’il possède ; mais cette restriction ne serait pas suffisante : il ne faut pas oublier qu’il y a encore en France pour 1 milliard 500 millions de pièces de 5 francs d’argent en dehors de la monnaie divisionnaire. Il nous en est revenu beaucoup de l’étranger depuis quelques années, et il en reviendra encore. Si à ce stock déjà considérable on ajoute le produit d’une fabrication, même limitée, quand elle ne serait que de 250,000 francs par jour, comme elle était naguère, paraît-il, soit de près de 100 millions par an, nous en aurions bien vite au-delà de nos besoins et serions livrés à de grands embarras.

On dit que la fabrication actuelle a pour but de remplacer les billets de 5 francs émis par la Banque de France, et dont on a reconnu les inconvéniens. Le procédé est naïf : de deux choses l’une, ou la monnaie, même d’argent, fera prime sur le billet de banque, et alors celle qui est nouvellement frappée, comme celle qui l’a été depuis longtemps et qui est aujourd’hui cachée dans les tiroirs, disparaîtra bien vite de la circulation : c’est chercher à remplir le tonneau des Danaïdes, — ou bien cette monnaie d’argent sera dépréciée, se cotera au-dessous de la valeur du billet de banque le jour où on aura repris les paiemens en espèces et où l’or sera la monnaie principale : alors il est inutile de fabriquer de nouvelles pièces de 5 francs ; il en existe assez pour remplacer tous les billets de cette valeur et servir aux usages de la monnaie d’appoint, car c’est à ce rôle que doit se borner dorénavant le métal d’argent.

Il y a une autre mesure à prendre, c’est de limiter la somme qu’on sera tenu d’en recevoir dans les paiemens. On pourrait la fixer à 50 francs, comme en Angleterre ; c’est le double de ce qui a été admis tout récemment aux États-Unis. Avec l’interdiction absolue de la fabrication et la limitation à 50 francs dans les paiemens, on serait sûr, au moins en France, de n’avoir plus dans un temps prochain que la quantité d’argent qui serait strictement nécessaire et dont la dépréciation n’aurait plus alors d’importance, — pas plus que n’en a eu au fond celle des pièces divisionnaires depuis la convention de 1865. Il est difficile de dire au juste quelle serait cette quantité strictement nécessaire. Si on supprime à la fois et le billet de 5 francs et la pièce de même valeur en or, qui est infiniment trop petite et ne plaît à personne, elle serait encore considérable, peut-être de 600 à 700 millions, en dehors de la monnaie divisionnaire actuelle. Dans l’enquête monétaire de 1870, on faisait une grosse objection de la difficulté de se défaire du milliard ou des 1,200 millions d’argent qui pouvaient se trouver alors dans le pays, et sur lesquels 500 ou 600 millions au plus étaient à démonétiser. Les Allemands en ont pour plus de 2 milliards, et cela ne les a pas empêchés de décréter leur réforme. Attendrons-nous qu’elle soit accomplie pour agir nous-mêmes ? Dans ce cas, ce n’est plus 1 milliard 500 millions ou 2 milliards d’argent que nous aurons à démonétiser, notre stock en ce métal se sera grossi de celui de nos voisins, nous en aurons peut-être pour 4 ou 5 milliards, avec une dépréciation plus grande que celle qui existe aujourd’hui.

On dit quelquefois, pour nous flatter, que nous sommes un pays de progrès. Rien n’est plus faux. Nous savons faire des révolutions, changer notre gouvernement du jour au lendemain ; mais quant à ces améliorations successives qui sont le fruit de l’expérience et qui constituent le progrès, personne n’y est plus étranger que nous, ou plutôt on les discute dans des livres, dans des rapports, on nomme des commissions pour les étudier, et lorsqu’il s’agit de passer de l’étude à l’action, on trouve toujours mille raisons pour ajourner. Il n’y a peut-être pas de pays au monde où, pour les réformes sociales, la force d’inertie ait plus de puissance que chez nous. « Tout le monde profite des travaux de la France, excepté la France elle-même, » disait dernièrement un homme distingué de la Suède, qui s’est beaucoup occupé de la question monétaire, l’honorable M. Wallenberg. Rien n’est plus vrai. Notre hésitation à démonétiser l’argent rappelle la situation de cet ancien roi de Rome vis-à-vis des livres sibyllins : on lui offrait trois de ces livres, qui renfermaient les destinées de sa patrie ; il les trouva trop cher, et il attendit qu’il n’y en eût plus qu’un pour l’acheter au prix qu’il eût payé les trois. Nous avons hésité de même en 1869 et 1870, lorsqu’il y avait à peine pour 1,200 millions de pièces de 5 francs d’argent, et que la dépréciation n’existait pas encore, nous hésitons davantage aujourd’hui parce qu’il y en a peut-être pour 1,500 millions, et que la dépréciation commence à se manifester ; on se décidera lorsqu’il y en aura pour 3 ou 4 milliards, et que la dépréciation sera devenue très sérieuse. Il y a des mesures qui sont nécessaires, on peut les ajourner, mais non les écarter ; la démonétisation de l’argent est de ce nombre. Par conséquent le mieux serait de prendre son parti tout de suite ; plus on tardera, et plus il nous en coûtera de faire ce qui eût été si facile il y a trois ou quatre ans, et qui est encore très réalisable aujourd’hui.


VICTOR BONNET.

  1. Voyez la Revue du 1er juillet 1873.