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Louis Conard (p. 613-634).
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NOTICE.


I


Un des grands chagrins de Flaubert fut l’échec de l’Éducation sentimentale. D’abord les circonstances se prêtèrent assez mal à un succès ; on était à la veille des événements de 1870, et Flaubert a pu dire que la guerre avait « tué » son livre[1]. Il y eut aussi un véritable courant d’hostilité. La critique fut presque unanimement malveillante.

« Votre vieux troubadour est fortement dénigré par les feuilles, écrivait Flaubert à George Sand. Lisez le Constitutionnel de lundi dernier, le Gaulois de ce matin, c’est carré et net. On me traite de crétin et de canaille. L’article de Barbey d’Aurevilly (Constitutionnel) est, en ce genre, un modèle, et celui du bon Sarcey, quoique moins violent, ne lui cède en rien. Ces messieurs réclament au nom de la morale et de l’idéal ! J’ai eu aussi des éreintements dans le Figaro et dans Paris par Cesena et Duranty. Je m’en fiche profondément ! Ce qui n’empêche pas que je suis étonné par tant de haine et de mauvaise foi. La Tribune, le Pays et l’Opinion nationale m’ont en revanche fort exalté… »[2].

Dans une seconde lettre à George Sand :

« Votre vieux troubadour est trépigné et d’une façon inouïe. Les gens, qui ont lu mon roman, craignent de m’en parler, par peur de se compromettre ou par pitié pour moi. Les plus indulgents trouvent que je n’ai fait que des tableaux et que la composition, le dessin manquent absolument. Saint-Victor, qui prône les livres d’Arsène Houssaye, ne veut pas faire d’article sur le mien, le trouvant trop mauvais. » Et il termine avec amertume : « Voilà. Théo est absent, et personne, absolument personne, ne prend ma défense. »[3]

« Sans méconnaître les qualités, qui font de M. Flaubert un écrivain d’une certaine originalité, écrivait Saint-René-Taillandier dans la Revue des Deux Mondes, nous n’admirons sans réserves ni son art, ni son style. Qu’est-ce qu’un art dont le résultat est de supprimer la composition, de rendre l’unité impossible, de substituer une série d’esquisses à un tableau… ?

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« Oui certes M. Flaubert est un artiste, il sait peindre, il sait graver à l’eau-forte, il a des touches puissantes, qui font saillir en plein relief certains aspects de la réalité, mais il écrit comme ceux qui possèdent le don du style, sans en connaître suffisamment les lois[4]. »

Cuvillier-Fleury, dans le Journal des Débats, disait que Flaubert n’avait pas fait un roman, mais une satire ; encore trouvait-il la satire bien exagérée[5].

Schérer, dans le Temps, reprenait la même accusation sous une autre forme : « Son livre n’est pas un roman, c’est un récit d’aventures, ce sont des mémoires. À force d’être réaliste il est réel, sans doute, mais à force d’être réel il cesse de nous intéresser[6]. »

Dans le Figaro, Amédée de Cesena faisait grief à Flaubert de « ses fréquentes excursions dans le domaine de la politique », et concluait : « Ce n’est pas pour y retrouver les déclamations des réunions publiques que les femmes ouvrent un roman »[7].

George Sand avait le courage de prendre la défense du livre ainsi attaqué : « Il n’y a pas de question morale, comme on l’entend, soulevée dans ce livre, écrivait-elle dans la Liberté. Toutes les questions solidaires les unes des autres s’y présentent en bloc à l’esprit, et chaque opinion s’y juge elle-même. Quand il sait si bien faire vivre les figures de sa création, l’auteur n’a que faire de montrer la sienne. Chaque pensée, chaque parole, chaque geste de chaque rôle exprime clairement à chaque conscience l’erreur ou la vérité qu’il porte en soi. Dans un travail si bien fouillé, la lumière jaillit de partout et se passe d’un résumé dogmatique. Ce n’est pas être sceptique que de se dispenser d’être pédant.

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« Il (Flaubert) a mis devant nos yeux un miroir en disant : « Regardez-vous ; si votre image n’est pas ressemblante, celle de « votre voisin le sera peut-être. » Et en effet nous avons tous trouvé le voisin ressemblant. C’est à vous de conclure et de vous demander si notre époque est effectivement médiocre, ridicule et condamnée à l’éternel avortement de ses aspirations »[8].

Et en réalité l’opinion de George Sand n’était pas aussi favorable qu’elle voulait bien le dire aux lecteurs de la Liberté. Elle ne s’en cachait pas à Flaubert :

« Il n’est pas inutile, lui écrivait-elle le 9 janvier 1870, de savoir l’opinion des bonnes gens et des jeunes gens. Les jeunes disent que l’Éducation sentimentale les a rendus tristes.

« Ils ne s’y sont pas reconnus, eux qui n’ont pas encore vécu, mais ils ont des illusions et disent : « Pourquoi cet homme si bon, si aimable, si gai, si simple, si sympathique, veut-il nous décourager de vivre ». C’est mal raisonné, ce qu’ils disent, mais comme c’est instinctif, il faut peut-être en tenir compte[9]. »

Cinq années plus tard (19 décembre 1875) George Sand revenait encore sur ce sujet ; elle reprochait au roman le manque d’action des personnages sur eux-mêmes : « On est homme avant tout. On veut trouver l’homme au fond de toute histoire et de tout fait. Ç’a été le défaut de l’Éducation sentimentale, à laquelle j’ai tant réfléchi depuis, me demandant pourquoi tant d’humeur contre un ouvrage si bien fait et si solide. Ce défaut, c’était l’absence d’action des personnages sur eux-mêmes. Ils subissent les faits et ne s’en emparent jamais »[10].

Rappelons pour mémoire les violentes attaques de Barbey d’Aurevilly qui peuvent se résumer dans cette phrase : « Je dis enfin qu’il n’y a plus à s’occuper de Flaubert qu’au seul cas où il changerait de système et de manière, et il n’en changera pas »[11].

Depuis, la critique a été plus favorable. M. Faguet, sans se ranger au nombre de ceux qu’il appelle « les fanatiques de l’Éducation », a reconnu que « si Flaubert n’avait pas écrit Madame Bovary, il aurait cependant son chef-d’œuvre. Il faut bien qu’un auteur en ait un. Et je ne crois pas que ce fût Salammbô, et je crois que ce serait l’Éducation »[12].

Flaubert eut toujours un faible pour cet ouvrage. Il en était même arrivé à regretter Madame Bovary, que l’on accolait toujours à son nom. « Un jour, raconte Maxime Du Camp, il (Flaubert) me dit : « Je voudrais faire un coup de bourse et gagner une grosse somme. Pourquoi ? Pour racheter, n’importe à quel prix, tous les exemplaires de la Bovary, les jeter au feu et ne plus jamais en entendre parler. » En revanche il a toujours cru que l’Éducation sentimentale était un chef-d’œuvre »[13]

II

Cette prédilection s’explique mieux encore lorsqu’on sait que Flaubert avait mis dans ce roman une « tranche de sa vie » [14]. Comme son héros, Flaubert aima une Mme Arnoux[15]. « En 1838, alors qu’il avait seize ans et demi, il avait été passer ses vacances à Trouville avec sa famille, qui y possédait une terre assez considérable…

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« Il rencontra ou, pour mieux dire, il aperçut une femme qui avait alors vingt-huit ans, car elle est née en 1810. Il la regarda. Il l’admira et, comme il le disait, eut vers elle une grande aspiration. Elle était jolie et surtout étrange…

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« Inconnue elle ne le fut pas longtemps, car elle avait un mari avec lequel il n’était pas difficile d’entrer en relations. C’était un brasseur d’affaires, qui avait les mains dans vingt opérations à la fois, dirigeait à Paris une importante maison de commerce, flairant les truffes de loin et abandonnant sa femme pour courir après le premier cotillon qui tournait au coin des rues, passé maître en fait de réclame, jetant les pièces d’or par les fenêtres et se baissant pour ramasser un sou. Flaubert se prit à l’admirer et restait bouche béante à écouter le récit de ses conquêtes. Il fut admis dans l’intimité du ménage, et continua, sans plus, à contempler la femme. En 1839, en 1840, il les chercha à Trouville, où il revint ; ils n’y étaient pas. Il les retrouva plus tard à Paris, persista à admirer le mari, persista à regarder la femme et persista à se taire. C’est là le grand amour dont il disait : « J’en ai été ravagé »[16].

On retrouve dans l’Éducation plusieurs détails, qui se rattachent à l’existence de Flaubert. Le pays de Frédéric Moreau est Nogent-sur-Seine. Là était précisément le berceau de la famille paternelle de Flaubert ; son grand-père y avait été vétérinaire[17].

Lui-même pouvait rattacher à cette ville des souvenirs d’enfance. « Tous les deux ans la famille entière se rendait à Nogent-sur-Seine, chez les parents Flaubert. C’était un vrai voyage qu’on faisait en chaise de poste, à petites journées, comme au bon vieux temps. Cela avait laissé d’amusants souvenirs à mon oncle… [18] »

Frédéric prend ses repas dans un restaurant de la rue de la Harpe[19]. « Je descends rue de la Harpe, écrivait Flaubert étudiant à sa sœur, et je vais dîner pour 30 sous[20]. »

Dans les débuts de l’existence de Frédéric à Paris on peut remarquer des particularités de l’existence de Flaubert. « À Paris il (Flaubert) habitait rue de l’Est un petit appartement de garçon où il se trouvait mal installé. Les plaisirs bruyants et faciles de ses camarades lui semblaient bêtes, il n’y participait guère. Alors il restait seul, s’enfermait, ouvrait un livre de droit qu’il rejetait aussitôt, s’étendait sur son lit, fumait et rêvait beaucoup. Il s’ennuyait démesurément et devenait sombre[21]. »

III

Il serait injuste de considérer l’Éducation comme une simple autobiographie. Le dessein de Flaubert a été visiblement de nous faire pénétrer dans la société française de la fin du règne de Louis-Philippe et la seconde République. Il a voulu surtout nous faire connaître les idées et les sentiments de la génération qui arrivait à l’âge d’homme entre 1840 et 1848.

Un des traits dominants de cette génération a été l’influence romantique. Quelle était au juste cette influence et à quelle époque surtout s’est-elle fait sentir ? « Le romantisme, à donner au mot sa signification la plus étendue, commence au point précis où l’imagination et la sensibilité, l’imagination surtout, usurpent le rôle qui devrait toujours être réservé normalement à l’intelligence et à la raison, et où l’on s’en remet à la faculté la plus capricieuse du soin de connaître de toutes choses et finalement de nous conduire. »[22]

M. Maigron nous donne à l’appui de sa thèse des documents qui s’étendent de 1832 à 1847[23], précisément la période de l’Éducation sentimentale. Et de quels témoins émanent ces documents ? « Leur origine est fort diverse. Il en est, assez peu à la vérité, qui furent écrits par des mains aristocratiques, d’autres, un peu plus nombreux, que signèrent de simples rapins ou des bohèmes. Mais la plupart émanent de jeunes gens et de jeunes femmes qui, sans avoir jamais eu, semble-t-il, une personnalité bien marquée, appartiennent cependant à cette catégorie sociale qui forme en France la meilleure et la plus sûre clientèle des écrivains, surtout quand ces écrivains sont des romanciers ou des auteurs dramatiques. Ces témoins, nous venons de le dire, sont jeunes en général : on ne subit d’influence vraiment sérieuse qu’autant que la formation intellectuelle et morale reste encore inachevée, c’est-à-dire pendant la jeunesse. Leur rang social enfin, étudiants, « apprentis hommes de lettres », avocats, fonctionnaires, petites bourgeoises et femmes de fonctionnaires, leur rang social nous est une garantie qu’ils sont bien représentatifs des classes moyennes de leur temps. Il semble donc qu’ils puissent servir à mesurer avec assez d’exactitude l’action qu’à une époque déterminée le romantisme a exercée sur les mœurs, et la vraie nature et la portée réelle de cette action. »[24]

Ne retrouvons-nous pas là tous ou presque tous les personnages de l’Éducation sentimentale ? Frédéric, Deslauriers, Sénécal, Arnoux, etc., appartiennent à ces milieux, qui subissaient l’influence romantique aux environs de 1840.

L’état d’esprit des personnages de Flaubert répond bien à cette définition de M. Maigron : « Impatience d’abord, puis mépris et dégoût des humbles réalités familières, qui ont le tort inévitable de ne pas se conformer à l’éblouissante idée qu’on s’en était forgé dans des rêveries naïves ; enthousiasme et exaltation constants, culte de la passion tenue pour signe éclatant de force morale, considérée comme source de toute générosité, de toute noblesse, de toute vertu ; haine enfin de tout ce qui peut faire obstacle à l’exercice de l’individualisme ou de la passion, c’est-à-dire la société et ses institutions essentielles : ce sont bien les traits caractéristiques et c’est bien ainsi que l’école de 1830 l’a représentée vivant ou essayant de vivre sa vie »[25].

Dès le début, Flaubert nous présente son héros sous des traits romantiques bien caractérisés : « Frédéric pensait… au plan d’un drame, à des sujets de tableaux, à des passions futures. Il trouvait que le bonheur mérité par l’excellence de son âme tardait à venir. Il se déclama des vers mélancoliques »[26].

Et quand il aperçoit pour la première fois Mme Arnoux : « Elle ressemblait aux femmes des livres romantiques. Il n’aurait voulu rien ajouter, rien retrancher à sa personne. L’univers venait tout à coup de s’élargir. Elle était le point lumineux où l’ensemble des choses convergeait… »[27].

Ce qui est encore bien romantique, c’est que Frédéric est un maniaque d’exotisme, cette tendance de l’imagination à émigrer dans l’espace ou dans le temps, parce qu’on se trouve mal à l’aise dans son pays ou dans son époque.

Il suppose de suite que Mme Arnoux vient d’un pays étranger ; et ce pays il le recule a plaisir, il le met autant que possible au delà des mers. « Il la supposait d’origine andalouse, créole peut-être ; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle »[28].

Son rêve emporte facilement l’image de Mme Arnoux dans un cadre cher aux romantiques, à Venise : « Il se mit à écrire un roman intitulé Sylvio le fils du pêcheur. La chose se passait à Venise. Ce héros, c’était lui-même ; l’héroïne, Mme Arnoux. Elle s’appelait « Antonia » ; et, pour l’avoir, il assassinait plusieurs gentilshommes, brûlait une partie de la ville et chantait sous son balcon »[29].

… « Quand il allait au Jardin des Plantes, la vue d’un palmier l’entraînait vers des pays lointains. Ils voyageaient ensemble, au dos des dromadaires, sous le tendelet des éléphants, dans la cabine d’un yacht parmi des archipels bleus, ou côte à côte sur deux mulets à clochettes, qui trébuchent dans les herbes contre des colonnes brisées. Quelquefois, il s’arrêtait au Louvre devant de vieux tableaux ; et son amour l’embrassant jusque dans les siècles disparus, il la substituait aux personnages des peintures. Coiffée d’un hennin, elle priait à deux genoux derrière un vitrage de plomb. Seigneuresse des Castilles ou des Flandres, elle se tenait assise, avec une fraise empesée et un corps de baleines à gros bouillons. Puis elle descendait quelque grand escalier de porphyre, au milieu des sénateurs, sous un dais de plumes d’autruche, dans une robe de brocart…[30] »

On retrouve toujours chez lui la hantise de l’Orient : « Frédéric se meublait un palais à la moresque, pour vivre couché sur des divans de cachemire, au murmure d’un jet d’eau, servi par des pages nègres »[31].

Un jour il a des velléités d’action, il veut « se faire trappeur en Amérique, servir un pacha en Orient, s’embarquer comme matelot… »[32].

La haine de la société, obstacle au bonheur, et des autorités sociales, causes de toutes les injustices et de tous les maux, était un des sentiments en vogue. « Est presque toujours méprisable et vil quiconque a une place dans les cadres réguliers de la société ; et généralement aussi l’abjection du personnage est en raison directe de son importance sociale »[33].

Deslauriers porte un toast, qui peut nous paraître fantaisiste, mais n’en synthétise pas moins les aspirations d’une grande partie de la jeunesse de 1847 : « Je bois à la destruction complète de l’ordre actuel, c’est-à-dire de tout ce qu’on nomme Privilège, Monopole, Direction, Hiérarchie, Autorité, État ! — et, d’une voix plus haute — que je voudrais briser comme ceci, en lançant sur la table le beau verre à patte, qui se fracassa en mille morceaux »[34].

Prenons les idées du brave Dussardier, un des rares personnages sympathiques du livre. « Tout le mal répandu sur la terre, il l’attribuait naïvement au Pouvoir ; et il le haïssait d’une haine essentielle, permanente, qui lui tenait tout le cœur et raffinait sa sensibilité… Qu’il (Sénécal) fût coupable ou non, et sa tentative odieuse, peu importait ! Du moment qu’il était la victime de l’Autorité, on devait le servir »[35].

Flaubert nous fait l’esquisse d’un comédien de vingt-cinquième ordre, qui, à ce point de vue, est tout à fait dans le goût du temps : « Un drame, où il avait représenté un manant qui fait la leçon à Louis XIV et prophétise 89, l’avait mis en telle évidence, qu’on lui fabriquait sans cesse le même rôle ; et sa fonction, maintenant, consistait à bafouer les monarques de tous les pays ; brasseur anglais, il insultait Charles Ier ; étudiant de Salamanque, maudissait Philippe II ; ou, père sensible, s’indignait contre la Pompadour, c’était le plus beau ! »[36]

M. Maigron nous signale encore comme caractéristique la prétention à être littérateur ou artiste. « Tout le monde en ambitionne le titre et la qualité, comme s’il y avait enclos dans ce vocable, on ne sait quel charme magique, et quel pouvoir mystérieux »[37].

Frédéric, dès le collège, a une vocation bien arrêtée ; il veut être « le Walter Scott de la France »[38].

Puis il hésite, il est attiré à la fois par la prose, par la poésie, par la musique, par la peinture : « Frédéric, dans ces derniers temps, n’avait rien écrit ; ses opinions littéraires étaient changées : il estimait par-dessus tout la passion ; Werther, René, Franck, Lara, Lélia et d’autres plus médiocres l’enthousiasmaient presque également. Quelquefois la musique lui semblait seule capable d’exprimer ses troubles intérieurs ; alors il rêvait des symphonies ; ou bien la surface des choses l’appréhendait et il voulait peindre. Il avait composé des vers… »[39].

«… Une faculté extraordinaire, dont il ne savait pas l’objet, lui était venue. Il se demanda, sérieusement, s’il serait un grand peintre ou un grand poète ; et il se décida pour la peinture, car les exigences de ce métier le rapprocheraient de Mme Arnoux »[40].

Frédéric est un paresseux. Il songe bien au Conseil d’État, mais ne prépare pas l’examen ; il a des velléités d’être député, mais n’affronte pas la campagne, électorale. Seule, la perspective d’écrire le décide à aborder le travail. « … Il résolut de composer une Histoire de la Renaissance. Il entassa pêle-mêle sur sa table les humanistes, les philosophes et les poètes, il allait au Cabinet des estampes voir les gravures de Marc-Antoine ; il tâchait d’entendre Machiavel »[41].

Il manifeste ce culte de l’art et de la littérature jusque dans son ébauche de profession de foi électorale en 1848 : « Quand le pays fournirait à des hommes comme Delacroix ou Hugo cent mille francs de rente, où serait le mal ? »[42].

M. Maigron nous rapporte, dans cet ordre d’idées, une conversation, qui aurait pu être tenue par des personnages de l’Éducation sentimentale. Elle vaut la peine d’être citée ; par comparaison nous pouvons juger avec quelle exactitude Flaubert a peint cette époque : « Deux camarades de collège se rencontrent sur le boulevard, après plus de quinze ans qu’ils s’étaient perdus de vue. L’un a une situation brillante dans l’industrie, en province ; il est marié, père de famille, considéré, déjà influent. L’autre est resté à Paris, il a écrit quelques vagues pièces qu’il n’a encore pu faire recevoir à aucun théâtre, mais « son tour viendra, il en est sûr ».

« En attendant il est dépenaillé, et sa mine dit avec assez d’éloquence qu’il ne dîne peut-être pas tous les jours. L’ingénieur invite l’homme de lettres. Menu abondant et délicat, qu’un appétit trop aiguisé empêche évidemment le convive de savourer. L’heure est venue de se quitter. « Alors, demande le bohème, tu retournes à tes fourneaux, à tes ouvriers ?

« Mais où retournerais-je ?

« Eh bien, mon cher, je te plains[43]. »

Frédéric n’est pas le seul des héros de l’Éducation à agir d’après ces sentiments.

Deslauriers est un garçon pauvre. Il est intelligent, il est doué de la ténacité qui manque à Frédéric, mais il est atteint d’une hypertrophie d’ambition par trop romantique. Il n’a aucune prétention au littérateur ou à l’artiste, mais il ne veut pas vivre la vie moyenne. Le bon sens lui conseillerait de chercher une honnête petite situation, mais c’est là chose sans importance et indigne de son intérêt. « Deslauriers ambitionnait la richesse, comme moyen de puissance sur les hommes. Il aurait voulu remuer beaucoup de monde, faire beaucoup de bruit, avec trois secrétaires sous ses ordres, et un grand dîner politique une fois par semaine »[44].

Des expériences malheureuses ne le font pas changer : « Chaque déception nouvelle le rejetait plus fortement vers son vieux rêve : un journal où il pourrait s’étaler, se venger, cracher sa bile et ses idées. Fortune et réputation, d’ailleurs, s’ensuivraient. »[45].

Cette disproportion entre le rêve et la réalité conduit nécessairement à des échecs à la fois lamentables et douloureux. C’est le sort des héros de l’Éducation. De là l’impression d’amer pessimisme qui se dégage de ce roman.

Frédéric, après avoir mangé les deux tiers de sa fortune, est contraint de vivre en petit bourgeois, lui qui ne trouvait aucune situation à la hauteur de ses talents.

Deslauriers, qui personnifiait l’arriviste, comme nous disons aujourd’hui, qui n’avait que l’ambition comme règle de conduite, et aucun scrupule, devient préfet, puis descend toujours un échelon plus bas ; il est successivement chef de colonisation en Algérie, secrétaire d’un pacha, gérant d’un journal, courtier d’assurances, enfin employé dans un contentieux.

Et cela n’est rien à côté de l’ironie féroce qui se dégage de la destinée de Sénécal. Ce républicain austère, fanatique d’Alibaud, ce conspirateur impliqué dans l’affaire des bombes incendiaires, toutes les fois qu’on le retrouve dans les pages du livre, on se demande sur quelle barricade il va tomber ou dans quelle geôle il sera martyr de la Liberté ! Tout cela pour le voir finir agent de police au 2 décembre et meurtrier d’un de ses amis.

Ce pessimisme général de l’œuvre n’était pas goûté de George Sand. « Tous les personnages de ce livre sont faibles et avortent, écrivait-elle à Flaubert, sauf ceux qui ont de mauvais instincts… Si l’on m’eût apporté ton livre sans signature, je l’aurais trouvé beau, mais étrange, et je me serais demandé si tu étais un immoral, un sceptique, un indifférent ou un navré »[46].

Au reste le pessimisme faisait le fond du caractère de Flaubert. Les Goncourt ne disaient-ils pas de lui qu’il semblait « porter la fatigue de la vaine escalade de quelque ciel » ? Lui-même a laissé échapper cet aveu : « Je n’ai jamais vu un enfant sans penser qu’il deviendrait vieillard, ni un berceau sans songer à une tombe »[47].

On peut mettre en regard de l’Éducation sentimentale l’opinion de l’historien de la Monarchie de Juillet, M. Thureau-Dangin, sur la même époque : « Pour le vulgaire, la gouaillerie cynique de Vautrin ou de Robert Macaire, pour les raffinés le dégoût désespéré de Rolla, est-ce donc là qu’est arrivée, en quelques années, cette génération que nous avions vue, à la fin de la Restauration, si riche d’espérances, si confiante dans son orgueil, et qui avait cru trouver dans la révolution de 1830 le signal de sa pleine victoire ? Après ce départ d’une allure si joyeuse et si conquérante, cet arrêt plein de lassitude, de malaise et d’impuissance ; après des dithyrambes et des affirmations si hautaines, un ricanement si grossier ou un sanglot si navrant ; après avoir si sincèrement et si fastueusement proclamé l’amour de l’humanité et prédit son progrès indéfini, une misanthropie si désolée et si méprisante ; tant de scepticisme ironique ou découragé, violent ou mélancolique, après ce que M. Guizot a appelé « l’excessive confiance dans l’intelligence humaine » ; tant de désillusion, de sécheresse ou de rouerie, après tant de vaniteuse et généreuse candeur ; tant d’avortement et de stérilité, après tant de promesses et d’espoirs de fécondité ! Quel contraste et quelle leçon ! »[48]

IV

Il n’est pas douteux que Flaubert n’ait voulu traiter d’histoire politique en écrivant l’Éducation sentimentale. « Il s’imaginait… avoir résumé dans ces deux volumes la science économique de notre temps, avoir expliqué les aspirations sociales, les tendances révolutionnaires dont la France est tourmentée et avoir ainsi produit une œuvre d’un intérêt exceptionnel »[49].

Au reste il avait travaillé dans ce sens. Le côté historique du livre le préoccupait beaucoup. « Je brûle la Révolution de 48 avec fureur, écrivait-il à son ami Louis Bouilhet. Sais-tu combien j’ai lu et annoté de volumes depuis six semaines ? 27, mon bon, ce qui ne m’a pas empêché d’écrire dix pages »[50].

Enfin, il avait vécu les années qu’il voulait raconter et il utilisait ses souvenirs personnels : « Je connais le livre de Tenot, qui ne m’a rien appris de neuf, car j’ai assisté de ma personne au coup d’État, et j’ai même manqué rester sur le trottoir. Des gens ont été tués sous mes yeux ; je ne sais comment je l’ai échappé »[51].

Flaubert manquait absolument de sens politique. Ses opinions diverses et contradictoires, qu’il émet dans sa correspondance, nous le prouvent surabondamment[52]. Il n’aimait pas la politique, elle ne l’intéressait pas. Maxime Du Camp nous rapporte à ce sujet une anecdote de l’année 1866 : «… Un lundi soir, Flaubert arriva chez moi, furieux et rugissant. Il me raconta qu’il venait de quitter le dîner où ses amis étaient rassemblés, parce que l’on y parlait politique et que c’était indécent pour des gens d’esprit. « La Prusse, disait-il, l’Autriche, qu’est-ce que cela peut nous faire ! Ces hommes-là ont des prétentions à être des philosophes, et ils s’occupent de savoir si les habits bleus ont battu les habits blancs ; ce ne sont que des bourgeois, et ça me fait pitié de voir X et Y et Z perdre leur temps à discuter des annexions, des ratifications de frontières, des dislocations, des reconstitutions de pays, comme s’il n’y avait rien de mieux à faire, comme s’il n’y avait plus de beaux vers à réciter et de prose sonore à écrire !… Nous ne sommes ni Français, ni Algonquins ; nous sommes artistes, l’art est notre patrie ; au diable soient ceux qui en ont une autre ! » Parole emportée, qui n’impliquait rien contre le patriotisme, car Flaubert a souffert jusqu’aux larmes, jusqu’à la maladie, lorsque la France recula devant l’Allemagne. »[53]

Flaubert lui-même disait que de toute la politique il ne comprenait qu’une chose : « l’émeute »[54].

Que cela tienne à son inaptitude ou à son pessimisme il n’a pris parti à aucun passage de son livre. C’est à peine, si, en rapprochant certaines pages de sa correspondance d’un discours de Deslauriers (il serait temps de traiter la politique scientifiquement…, p. 253), on peut trouver des idées personnelles de l’auteur. Et encore faut-il connaître la correspondance ; la seule lecture de cette tirade n’indique pas que Flaubert ait voulu faire sien le programme exposé par un personnage somme toute désagréable.

Une chose le disposait à juger sévèrement le gouvernement et la société de la Monarchie de Juillet, c’était son hostilité à l’égard de tout ce qui était bourgeois. « … Car il avait la haine du « bourgeois » et employait constamment ce terme, mais dans sa bouche il était synonyme d’être médiocre, envieux, ne vivant que d’apparence de vertu et insultant toute grandeur et toute beauté »[55].

La personne de Louis-Philippe était plutôt antipathique à Flaubert, si nous en croyons cette anecdote racontée par lui-même à sa sœur (26 juillet 1842) : « Voilà qu’on s’avise de parler de Louis-Philippe et que je déblatère contre lui à propos du musée de Versailles. Figure-toi, en effet, que ce porc-là, trouvant qu’un tableau de Gros n’était pas assez grand pour remplir un panneau de muraille, a imaginé d’arracher un côté du cadre et de faire ajouter deux ou trois pieds de toile peinte par un artiste quelconque. Je voudrais voir la mine de cet artiste-là. Donc, M. et Mme D***, qui sont philippistes enragés, qui vont à la cour et qui, conséquemment, comme Mme de Sévigné après avoir dansé avec Louis XIV, disent : Quel grand roi ! ont été très choqués de la manière dont je traitais celui-ci. Mais tu sais que plus j’indigne les bourgeois, plus je suis content, ainsi j’ai été très satisfait de ma soirée, ils m’auront sans doute pris pour un légitimiste, parce que je me suis également « gaudy » sur le compte des hommes de l’opposition »[56].

Le personnage de l’Éducation qui symbolise la bourgeoisie orléaniste est M. Dambreuse. Flaubert le campe ainsi moitié homme d’affaires, moitié politicien (il fait penser à plus d’un personnage connu de la Monarchie de Juillet) : « M. Dambreuse s’appelait de son vrai nom le comte d’Ambreuse ; mais, dès 1825, abandonnant peu à peu sa noblesse et son parti, il s’était tourné vers l’industrie ; et, l’oreille dans tous les bureaux, la main dans toutes les entreprises, à l’affût des bonnes occasions, subtil comme un Grec et laborieux comme un Auvergnat, il avait amassé une fortune que l’on disait considérable ; de plus, il était officier de la Légion d’honneur, membre du Conseil général de l’Aube, député, pair de France un de ces jours ; complaisant du reste, il fatiguait le ministre par ses demandes continuelles de secours, de croix, de bureaux de tabac ; et, dans ses bouderies contre le pouvoir, il inclinait au centre gauche »[57].

Parfois Flaubert laisse couler sa haine et son mépris à pleins bords : « La plupart des hommes qui étaient là (chez M. Dambreuse) avaient servi, au moins, quatre gouvernements ; et ils auraient vendu la France ou le genre humain, pour garantir leur fortune, s’épargner un malaise, un embarras, ou même par simple bassesse, adoration instinctive de la force. »[58].

Il a bien observé l’évolution politique de cette bourgeoisie, qui, libérale avant 1830, était devenue férocement réactionnaire une fois au pouvoir. Un des convives de M. Dambreuse traduit ainsi cet état d’esprit : « C’est comme votre Presse ! Les lois de septembre… sont infiniment trop douces ! Moi, je voudrais des cours martiales pour bâillonner les journalistes ! À la moindre insolence, traîné devant un conseil de guerre !… »[59].

Il note au passage son égoïsme à l’égard des ouvriers, égoïsme que Martinon résume dans cette phrase hypocrite et prudhommesque : « Quand les basses classes voudront se débarrasser de leurs vices, elles s’affranchiront de leurs besoins. Que le peuple soit plus moral et il sera moins pauvre »[60].

On pourra objecter qu’il a exagéré, qu’il a été aveuglé par sa haine du « bourgeois », et cependant M. Thureau-Dangin, peu suspect de partager les antipathies de Flaubert, ne porte pas un jugement très favorable à la bourgeoisie : « On prétendait que le règne de cette classe aboutissait à rétablir une nouvelle féodalité, la « féodalité financière », ou pour parler comme Proudhon, à remplacer l’aristocratie par la « bancocratie »…

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

« Depuis qu’elle était maîtresse, la bourgeoisie avait fait preuve de sérieuses qualités ; elle s’était montrée sensée, instruite, laborieuse, honnête. Mais elle avait deux causes de faiblesse : l’une était sa rupture avec l’aristocratie de naissance, que l’aristocratie d’argent ne suppléait pas ; l’autre était la part insuffisante faite, dans sa vie morale, au christianisme, que ne pouvait pas non plus remplacer la philosophie éclectique, alors officiellement investie du gouvernement des âmes, mais incapable de répondre à toutes leurs questions, de satisfaire à tous leurs besoins… »[61].

Ailleurs, M. Thureau-Dangin cite ces paroles de Renan au sujet de la bourgeoisie de la fin du règne de Louis-Philippe : « Le matérialisme en politique produit les mêmes effets qu’en morale ; il ne saurait inspirer le sacrifice, ni par conséquent la fidélité… On dira peut-être que ses intérêts bien entendus, en faisant sentir au bourgeois le besoin de la stabilité, suppléeront aux principes et l’attacheront solidement à son parti : il n’en est rien. Loin de lui conseiller la fermeté, ses intérêts le porteront à être toujours de l’avis du plus fort. De là ce type fatal, sorti de nos révolutions, l’homme d’ordre, comme on l’appelle, prêt à tout subir, même ce qu’il déteste. L’intérêt ne saurait rien fonder, car, ayant horreur des grandes choses et des dévouements héroïques, il amène un état de faiblesse et de corruption où une minorité décidée suffit à renverser le pouvoir établi »[62].

Tout ce que Flaubert nous raconte de la bourgeoisie après la révolution de Février est un véritable commentaire de cette page de Renan.

Tout d’abord les bourgeois sont désemparés : leur système de gouvernement est renversé, ils n’ont plus le pouvoir et n’ont jamais eu de principes ; c’est l’effondrement pur et simple ; Flaubert s’en donne à cœur joie aux dépens des « hommes pondérés », qui croient prévoir les événements et les trois quarts du temps sont trompés par eux. « De tous les Français, celui qui tremblait le plus fort était M. Dambreuse. L’état nouveau des choses menaçait sa fortune, mais surtout dupait son expérience. Un système si bon, un roi si sage ! était-ce possible ! La terre allait crouler ! Dès le lendemain, il congédia trois domestiques, vendit ses chevaux, s’acheta, pour sortir dans les rues, un chapeau mou, pensa même à laisser croître sa barbe ; et il restait chez lui, prostré, se repaissant amèrement des journaux les plus hostiles à ses idées, et devenu tellement sombre, que les plaisanteries sur la pipe de Flocon n’avaient pas même la force de le faire sourire »[63].

Le premier moment de stupeur passé, la bourgeoisie, orléaniste la veille, se rallie à la République ; celle-ci n’est-elle pas le Gouvernement, par conséquent le plus fort ? Et ce ralliement est tout de lâcheté, de mensonge, de petitesse et d’arrière-pensée :

« Somme toute, il (Dambreuse) se réjouissait des événements, et il adoptait de grand cœur « notre sublime devise : Liberté, Égalité, Fraternité, ayant toujours été républicain au fond ». S’il votait, sous l’autre régime, avec le ministère, c’était simplement pour accélérer une chute inévitable. Il s’emporta même contre M. Guizot, « qui nous a mis dans un joli pétrin, convenons-en ! » En revanche, il admirait beaucoup Lamartine, lequel s’était montré « magnifique, ma parole d’honneur, quand à propos du « drapeau rouge… ».

« Après quoi, il déclara sa sympathie pour les ouvriers. — Car enfin, plus ou moins, nous sommes tous des ouvriers ! — Et il poussait l’impartialité jusqu’à reconnaître que Proudhon avait de la logique…

« Lui aussi (Martinon) pensait qu’il fallait « se rallier franchement à la République », et il parla de son père laboureur, faisait le paysan, l’homme du peuple »[64].

Au moment des journées de Juin, c’est la pleine panique. Alors les légendes les plus effarantes et les plus stupides se donnent libre cours : « Elle (Mme de Larsillois) tremblait extrêmement, car elle avait entendu, tout à l’heure, sur un orgue, une polka qui était un signal entre les insurgés. Beaucoup de bourgeois avaient des imaginations pareilles ; on croyait que des hommes, dans les catacombes, allaient faire sauter le faubourg-Saint-Germain ; des rumeurs s’échappaient des caves ; il se passait aux fenêtres des choses suspectes »[65].

Puis c’est la répression féroce : « Ils (les gardes nationaux) furent, généralement, impitoyables. Ceux qui ne s’étaient pas battus voulaient se signaler. C’était un débordement de peur. On se vengeait à la fois des journaux, des clubs, des attroupements, des doctrines, de tout ce qui exaspérait depuis trois mois ; et, en dépit de la victoire, l’égalité (comme pour le châtiment de ses défenseurs et la dérision de ses ennemis) se manifestait triomphalement, une égalité de bêtes brutes, un même niveau de turpitudes sanglantes… »[66].

Les salons conservateurs retentissent de calomnies ridicules contre les républicains ; ce sont les échos des pamphlets de la rue de Poitiers : « Louis Blanc, d’après Fumichon, possédait un hôtel rue Saint-Dominique et refusait de louer aux ouvriers. — Moi, ce que je trouve drôle, dit Nonancourt, c’est Ledru-Rollin chassant dans les domaines de la Couronne ! — Il doit vingt-mille francs à un orfèvre, ajouta Cisy… »[67].

La bourgeoisie avait peur de la République, mais ne savait par quoi ou par qui la remplacer. Son imagination troublée lui fabriquait des sauveurs d’un jour, idoles qu’elle renversait le lendemain. « M. Dambreuse, tel qu’un baromètre, en exprimait constamment la dernière variation. On ne parlait pas de Lamartine sans qu’il citât ce mot d’un homme du peuple : « Assez de lyre ! » Cavaignac n’était plus, à ses yeux, qu’un traître. Le Président, qu’il avait admiré pendant trois mois, commençait à déchoir dans son estime (ne lui trouvant pas « l’énergie nécessaire » ) ; et, comme il lui fallait toujours un sauveur, sa reconnaissance, depuis l’affaire du Conservatoire, appartenait à Changarnier : « Dieu merci, Changarnier… Espérons que Changarnier… Oh ! rien à craindre tant que Changarnier… »[68].

Pour le 2 décembre Flaubert semble avoir tiré bon parti de ses souvenirs personnels. En quelques lignes sobres il donne la note des événements :

« Comment ! est-ce qu’on ne va pas se battre ? » dit Frédéric à un ouvrier.

« L’homme en blouse lui répondit : « Pas si bêtes de nous faire tuer pour les bourgeois ! Qu’ils s’arrangent ! »

« Et un monsieur grommela, tout en regardant de travers le faubourien : « Canailles de socialistes ! Si on pouvait cette fois les exterminer »[69].

Sur l’état d’esprit des ouvriers au 2 décembre, rapprochons du témoignage de Flaubert celui d’Eugène Ténot : « Nourrissant… depuis juin, de profondes rancunes contre la bourgeoisie qui s’était montrée impitoyable contre eux, ils ne jugèrent pas devoir se préoccuper outre mesure de ce qui leur parut, au premier abord, une simple querelle entre Louis-Napoléon et les classes moyennes »[70].

Il nous a montré de façon excellente l’influence de la Révolution française sur la jeune génération de 1840 à 1848. Les ouvrages de Thiers, de Mignet, et surtout les Girondins de Lamartine avaient donné un regain de mode à tout ce qui touchait à la Révolution. Cette jeunesse, dégoûtée d’un présent qu’elle trouvait plat, se faisait un idéal d’avenir tout d’action à l’image de 1789 et de 1793.

Lamartine rappelait avec complaisance une parole de Talleyrand lui prédisant qu’il serait le Mirabeau d’une nouvelle révolution[71]. Combien d’autres, aussi ambitieux et plus obscurs, se taillaient des rôles à l’avance dans la future révolution et s’apprêtaient à jouer les conventionnels ou les généraux « de vingt ans ».

Deslauriers et Frédéric se confient leurs projets, Deslauriers les mêle aussitôt à une idée de révolution : « … Patience ! un nouveau 89 se prépare ! On est las de constitutions, de chartes, de subtilités, de mensonges ! »[72].

Plus tard la vue du Palais-Royal provoque chez lui cette évocation de la Révolution française : « Ah ! c’était plus beau, quand Camille Desmoulins, debout là-bas sur une table, poussait le peuple à la Bastille ! On vivait dans ce temps-là, on pouvait s’affirmer, prouver sa force ! De simples avocats commandaient à des généraux, des va-nu-pieds battaient les rois, tandis qu’à présent… Il se tut, puis tout à coup : « Bah ! l’avenir est gros ! » Et tambourinant sur les vitres, il déclama ces vers de Barthélémy :

« Elle reparaîtra, la terrible Assemblée
« Dont, après quarante ans, votre tête est troublée,
« Colosse qui sans peur marche d’un pas puissant !  »[73]

Après les journées de Février, lorsque Frédéric songe à se présenter à l’assemblée constituante, il pense aussitôt aux représentants de 93 : « Les grandes figures de la Convention passèrent devant ses yeux »[74].

Flaubert nous montre encore cette archéologie révolutionnaire au Club de l’Intelligence : « … Et, comme chaque personnage se réglait alors sur un modèle, l’un copiant Saint-Just, l’autre Danton, l’autre Marat, lui (Sénécal), il tâchait de ressembler à Blanqui, lequel imitait Robespierre »[75].

Flaubert ne néglige pas les petits côtés de l’histoire. Il rappelle d’un mot, en passant, Mme Lafarge, les affaires Teste-Cubières, Praslin, Drouillard et Bénier, etc. Il nous introduit dans un poste de gardes nationaux en 1848. Son aptitude à saisir le ridicule nous vaut la description si vivante du Club de l’Intelligence, qui est un vrai chef-d’œuvre.

Le croquis des députations à l’Hôtel de Ville est très 48 : « Le spectacle le plus fréquent était celui des députations de n’importe quoi, allant réclamer quelque chose à l’Hôtel de Ville, car chaque métier, chaque industrie attendait du Gouvernement la fin radicale de sa misère… »[76].

Le féminisme n’est pas oublié avec la Vatnaz : « Elle était une de ces célibataires parisiennes, qui, chaque soir, quand elles ont donné leurs leçons ou tâché de vendre de petits dessins, de placer de pauvres manuscrits, rentrent chez elles avec de la crotte à leurs jupons, font leur dîner, le mangent toutes seules, puis, les pieds sur une chaufferette, à la lueur d’une lampe malpropre, rêvent un amour, une famille, un foyer, la fortune, tout ce qui leur manque. Aussi, comme beaucoup d’autres, avait-elle salué dans la Révolution l’avènement de la vengeance ; et elle se livrait à une propagande socialiste effrénée »[77].

Il y a aussi bien des lacunes.

Flaubert avait cherché à se renseigner sur le mouvement catholique sous Louis-Philippe[78]. Et il ne nous donne rien à ce sujet. Il y avait là cependant un mouvement intéressant par sa générosité et sa nouveauté, et par la valeur de ses chefs.

Il n’y a presque rien sur le socialisme. Il y a un socialiste, Sénécal ; Flaubert nous expose assez longuement ses origines, son caractère, ses lectures, ses aspirations, mais rien ne nous fait connaître ses idées précises. Après avoir lu l’Éducation sentimentale on ignore les doctrines des diverses écoles socialistes sous la Monarchie de Juillet.

Rien non plus sur le napoléonisme, qui fut cependant très en vogue de 1830 à 1848 et prépara le second Empire.

Avec Hussonnet, Flaubert pouvait nous faire pénétrer dans le monde de la presse. L’histoire d’une très vague feuille (le Flambard) est insuffisante pour nous faire connaître le journalisme du temps. Et cependant il y avait beaucoup à dire. C’est à cette époque, sous Louis-Philippe, que la presse a pris des allures commerciales.

V

Flaubert disait une fois, en 1871, en montrant les ruines des Tuileries : « Si l’on avait compris l’Éducation sentimentale, rien de tout cela ne serait arrivé »[79]. Ces paroles sont bien obscures. Il est difficile de trouver quel sens Flaubert pouvait exactement leur donner. Par contre il n’est pas exagéré de dire que l’Éducation nous fournit, en quelque sorte, la clef de ces événements ; elle nous fait mieux comprendre la politique extérieure du second Empire.

Il y avait une fermentation extraordinaire dans toute l’Europe à la fin du règne de Louis-Philippe ; c’était la conséquence directe des agitations nationales provoquées par les guerres de Napoléon Ier. Des insurrections éclatent dans toute l’Italie. En Allemagne, le roi de Prusse devient constitutionnel. Ces mouvements rencontrent d’autant plus de sympathie dans l’opinion française, qu’ils sont dirigés contre l’Autriche, l’Autriche abhorrée, symbole vivant des traités de Vienne, de la Sainte-Alliance, de l’ancien régime féodal ! Lorsque Frédéric Moreau et ses amis s’entretiennent de leurs espérances politiques, l’horizon pour eux n’est pas limité à la France : « Du reste le moment approchait… le Piémont, Naples, la Toscane… »[80].

Il faut bien reconnaître que la diplomatie de Louis-Philippe fut plus clairvoyante en cette matière que l’opinion publique et n’en subit pas les entraînements. Une des raisons pour lesquelles Thiers avait été congédié du ministère était le réveil national que sa politique belliqueuse provoquait en Allemagne. En 1847, Guizot envisageait de façon presque prophétique le rôle de la Prusse en Allemagne, si l’on en juge par cette note adressée à l’ambassadeur de France à Vienne : « Un fait considérable vient de s’accomplir en Allemagne. Le roi de Prusse a donné une constitution à ses États ; ce que lord Palmerston voit surtout dans cet événement, c’est un triomphe de l’esprit libéral… et c’est dans ce sens qu’il travaille à attirer l’événement et à l’exploiter. Nous n’avons certes aucun éloignement pour l’extension du régime constitutionnel en Europe, et nous aussi, au moins autant que l’Angleterre, nous pouvons la regarder comme possible. Mais nous voyons dans ce qui se passe en Prusse deux choses : d’une part, le fait purement intérieur pour la Prusse, le changement apporté dans son mode de gouvernement au dedans ; d’autre part, le fait extérieur et germanique, la situation nouvelle que, par suite de ce changement, la Prusse prend ou pourra prendre en Allemagne. Nous n’avons, quant au premier de ces faits, aucun rôle à jouer, aucune influence à exercer ; le changement des institutions intérieures de la Prusse excite notre intérêt sans appeler notre action. Le changement de sa situation en Allemagne, au contraire, nous préoccupe fort, et notre politique y est fort engagée. Nous sommes frappés du grand parti que la Prusse ambitieuse pourrait désormais tirer en Allemagne des deux idées qu’elle tend évidemment à s’approprier : l’unité germanique et l’esprit libéral. Elle pourrait à l’aide de ces deux leviers, saper peu à peu l’indépendance des États allemands secondaires, et les attirer, les entraîner, les enchaîner à sa suite, de manière à altérer profondément l’ordre germanique actuel et, par suite, l’ordre européen. Or l’indépendance, l’existence tranquille et forte des États secondaires de l’Allemagne nous importent infiniment, et nous ne pouvons entrevoir la chance qu’ils soient compromis ou seulement affaiblis au profit d’une puissance unique, sans tenir grand compte de cette chance et la faire entrer pour beaucoup dans notre politique. Il y a donc pour nous, dans ce qui se passe en Prusse, tout autre chose que ce que paraît y voir lord Palmerston, et nous y regarderons de très près. Qu’en pense le prince de Metternich ? Quelle conduite l’Autriche tiendra-t-elle en cette circonstance ? Nous avons grand intérêt à le savoir »[81].

À l’égard de l’Italie, Guizot montrait la même prudence. L’opinion française et ses organes favoris ne partageaient pas la manière de voir du Gouvernement ; les intérêts étaient laissés de côté ; on ne voulait voir que la question de sentiments, et l’on reprochait à Guizot de marcher d’accord avec l’Autriche réactionnaire contre la Prusse constitutionnelle et l’Italie libérale[82].

Nous retrouvons dans l’Éducation sentimentale un écho de ces accusations. Deslauriers reproche à Guizot d’être « à la remorque de l’Autrichien »[83].

Au reste, Guizot ne tarde pas à disparaître, avec Louis-Philippe, derrière les barricades de Février. Ce jour-là, Dussardier, qui a fait le coup de feu, ne borne pas sa joie à l’avènement de la République Française, il salue l’affranchissement de l’Europe entière[84].

Et l’on put se demander un instant s’il n’avait pas raison ; la Révolution était partout. Frédéric Moreau en frémissait d’enthousiasme : « Il lui sembla qu’une aurore magnifique allait se lever. Rome, Vienne, Berlin étaient en insurrection, les Autrichiens chassés de Venise, toute l’Europe s’agitait »[85]

En 1851, ce sont des déceptions et des découragements que Dussardier confie à Frédéric. Il ne se lamente pas seulement sur l’écrasement des républicains et le triomphe de la réaction en France, mais sur « la pauvre Pologne », « la pauvre Venise », « la pauvre Hongrie »[86]. Écœuré, désespéré, il va se faire tuer, lors du coup d’État du 2 décembre, devant Tortoni[87].

… Le Prince, qui arrivait au pouvoir ce jour-là, devait s’inspirer des idées de Dussardier en politique extérieure. Le résultat, nous le connaissons ! Le réveil lamentable après le rêve magnifique ; un échec dans l’ordre politique comparable à l’échec des personnages de l’Éducation dans l’ordre individuel.

Le peuple, qui incarnait avec tant d’héroïsme la nationalité opprimée, la Pologne, est resté dans les fers. La nation de proie par excellence, la Prusse, a réussi à former autour d’elle la nationalité allemande. Et tout cela, grâce aux « aberrations » de la politique extérieure, de l’Empire, pour employer l’expression d’un écrivain bonapartiste[88].

Napoléon III avait eu dans sa jeunesse les aspirations de Dussardier. Carbonaro, il avait rêvé l’affranchissement de l’Italie ; empereur, il voulut la réaliser. C’était déjà une incompréhension excessive des intérêts français : « À ne considérer que les intérêts égoïstes, la formation du royaume d’Italie fut désavantageuse pour la France. En effet, malgré la cession de la Savoie et de Nice, la sécurité sur la frontière du Sud-Est n’est plus aujourd’hui aussi grande qu’avant 1860, au temps de l’Italie morcelée. Il a fallu consacrer d’importantes ressources et une bonne partie de nos forces militaires à l’organisation de la défense dans la région du Rhône. D’autre part, la France a cessé d’être la seule grande puissance sur la Méditerranée, et son influence séculaire dans le Levant est aujourd’hui menacée par l’active et intelligente concurrence de l’Italie »[89]

Et ce n’est pas tout. Solférino, Castelfidardo, Sadowa et Sedan sont les quatre étapes de la même route.

En 1866, toujours pour servir l’Italie, Napoléon III prépare l’unité allemande. « Hanté du désir d’assurer la possession de la Vénétie à Victor-Emmanuel, il lui conseilla d’adhérer aux propositions d’entente faites par Bismarck et l’engagea à traiter avec la Prusse contre l’Autriche »[90].

Cette politique n’eût pas été possible sans la complicité de l’opinion publique française. Et cette opinion était en grande partie celle de contemporains de Frédéric Moreau, de ceux qui étaient arrivés à l’âge d’homme entre 1840 et 1848, et avaient fait leur éducation politique à cette époque sous des influences romantiques. Ils voyaient dans la politique extérieure de Napoléon III la réalisation d’une partie de leurs rêves de jeunesse et ne prévoyaient pas les conséquences, qui pèsent aujourd’hui si lourdement sur nous et sur l’Europe.


  1. Maxime Du Camp. Souvenirs littéraires, t. II, p. 391.
  2. Correspondance, 4e série.
  3. Idem.
  4. Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1869. Voir Opinions de la presse.
  5. Journal des Débats, 14 décembre 1869. Voir Opinions de la presse.
  6. Temps, 7 décembre 1869. Voir Opinions de la presse.
  7. Figaro, 20 novembre 1869.
  8. Liberté, 22 décembre 1869. Voir Opinions de la presse.
  9. Correspondance entre George Sand et Gustave Flaubert, p. 196.
  10. Idem, p. 433.
  11. Barbey d’Aurevilly. Le Roman contemporain, p. 105.
  12. Faguet. Flaubert, p. 126.
  13. Faguet. Flaubert, p. 344.
  14. Idem, p. 338.
  15. Correspondance, Ire série.
  16. Maxime Du Camp. Souvenirs littéraires, t. II, p. 337 et 338.
  17. Caroline Commanville. Souvenirs sur Gustave Flaubert, p. 14.
  18. Caroline Commanville. Souvenirs sur Gustave Flaubert, p. 30.
  19. L’Éducation sentimentale, p. 34.
  20. Correspondance, Ire série.
  21. Caroline Commanville. Souvenirs sur Gustave Flaubert, p. 35.
  22. Louis Maigron. Le Romantisme et les mœurs, préface, p. iii.
  23. Idem, p. iii.
  24. Louis Maigron. Le Romantisme et les mœurs, préface, p. ix et x.
  25. Idem, p. 2.
  26. L’Éducation sentimentale, p. 3.
  27. L’Éducation sentimentale, p. 12.
  28. Idem, p. 7.
  29. Idem, p. 34.
  30. Idem, p. 97 et 98.
  31. Idem, p. 76.
  32. Idem, p. 133.
  33. Louis Maigron. Le Romantisme et les mœurs, p. 361.
  34. L’Éducation sentimentale, p. 200.
  35. Idem, p. 333.
  36. Idem, p. 250.
  37. Louis Maigron. Le Romantisme et les mœurs, p. 74.
  38. L’Éducation sentimentale, p. 19.
  39. L’Éducation sentimentale, p. 21.
  40. Idem, p. 71.
  41. Idem, p. 265 et 266.
  42. Idem, p. 430.
  43. Louis Maigron. Le Romantisme et les mœurs, préface, p. 91 et 92.
  44. L’Éducation sentimentale, p. 76.
  45. Idem, p. 219.
  46. Correspondance entre George Sand et Gustave Flaubert, p. 442.
  47. Correspondance, 1re série.
  48. Thureau-Dangin. Histoire de la Monarchie de Juillet, t. I, p. 383.
  49. Maxime Du Camp. Souvenirs littéraires, t. II, p. 341.
  50. Correspondance, 3e série.
  51. Correspondance, 4e série.
  52. Correspondance, 4e série. Voir notamment ses appréciations sur la guerre de 1870.
  53. Maxime Du Camp. Souvenirs littéraires, t. II, p. 291 et 292.
  54. Correspondance, 1re série.
  55. Caroline Commanville. Souvenirs sur Gustave Flaubert, p. 23.
  56. Correspondance, 1re série.
  57. L’Éducation sentimentale, p. 26 et 27.
  58. L’Éducation sentimentale, p. 342. À rapprocher d’une appréciation de Renan citée plus loin.
  59. Idem, p. 227.
  60. Idem, p. 339.
  61. Thureau-Dangin t. VI, p. 48 et 49.
  62. Thureau-Dangin, t. VI, p. 53 et 54.
  63. L’Éducation sentimentale, p. 425.
  64. L’Éducation sentimentale, p. 426.
  65. Idem, p. 488 et 489.
  66. Idem, p. 483.
  67. Idem, p. 492.
  68. Idem, p. 521 et 522.
  69. L’Éducation sentimentale, p. 597.
  70. Eugène Ténot. Paris en décembre 1851, p. 132.
  71. Thureau-Dangin, t. V, p. 144.
  72. L’Éducation sentimentale, p. 22.
  73. L’Éducation sentimentale, p. 161 et 162.
  74. Idem, p. 427.
  75. Idem, p. 434.
  76. Idem, p. 422 et 423.
  77. Idem, p. 428.
  78. Correspondance, 3e série.
  79. Maxime Du Camp. Souvenirs littéraires, t. II, p. 342.
  80. L’Éducation sentimentale, p. 377.
  81. Thureau-Dangin, t. VII, p. 167 et 168.
  82. Thureau-Dangin, t. VII, p. 171.
  83. L’Éducation sentimentale, p. 377.
  84. Idem, p. 419.
  85. Idem, p. 427.
  86. Idem, p. 571.
  87. Idem, p. 539.
  88. Jules Delafosse. Revue hebdomadaire, 19 février 1910, p. 331.
  89. Albert Malet. Histoire contemporaine, p. 444.
  90. Idem, p. 462.