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Louis Conard (p. 644-677).
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INDEX.


1. Mme Lafarge. — Mme Lafarge (1816-1852) passionna longtemps la curiosité publique. Accusée d’avoir empoisonné son mari, mort le 14 janvier 1840, elle comparut devant la cour d’assises de la Corrèze le 2 septembre suivant. Après douze jours de débats palpitants, elle fut déclarée coupable avec circonstances atténuantes et condamnée aux travaux forcés à perpétuité.

2. M. Guizot. — M. Guizot (1787-1874) avait déjà été plusieurs fois ministre à l’époque où se place le récit de Flaubert, et était à la veille de devenir président du Conseil. Le 29 octobre 1840, Louis-Philippe lui confiait, avec le portefeuille des Affaires étrangères, la direction effective du Cabinet, que présidait nominalement le maréchal Soult. Guizot était le chef incontesté des conservateurs.

3. «… Ensuite il s’établit marchand d’hommes à Troyes. » — Les marchands d’hommes procuraient des remplaçants pour le service militaire.

4. Croupier d’élections. — « Les collèges électoraux (sous Louis-Philippe) se composaient en général de peu d’électeurs ; beaucoup en comptaient à peine 200, parmi lesquels nombre de fonctionnaires. La corruption était donc facile : les fonctionnaires obéissaient aux ordres reçus, et l’on achetait l’électeur ordinaire en donnant à ses protégés des bureaux de tabac, des bourses de collèges, ou en lui donnant à lui-même quelque importante fonction administrative. » (Albert Malet, Histoire contemporaine, p. 350)

5. Centre gauche. — À partir de 1836, le parti conservateur, le « parti de la résistance », comme on disait en 1830, s’était partagé en deux fractions : le centre droit, dirigé par Guizot, et le centre gauche, sous la conduite de Thiers. Ces deux hommes étaient séparés non seulement par une rivalité d’ambitions ministérielles, mais encore par des doctrines opposées. « Le trône, disait Guizot, n’est pas un fauteuil vide. » Pour Thiers, au contraire, il fallait que « le roi règne et ne gouverne pas ».

6. Le Cabriolet ou voiture à deux roues et à deux places, dont celle du cocher, fit son apparition à Paris en 1800. C’était, avec le fiacre, la seule catégorie de voiture de place d’alors. Le tarif, fixé à 1 franc la course, fut porté plus tard à 1 fr. 25.

7. Revue des Deux Mondes. — La Revue des Deux Mondes fut fondée, en 1829, par Ségur, Dupeyron et Mauroy, mais son existence ne date réellement que de 1831 avec la direction de Buloz. Sous la Monarchie de Juillet, ses principaux collaborateurs furent Sainte-Beuve, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, George Sand, Balzac, Alexandre Dumas.

8. Réforme. — À partir de 1841, la réforme électorale devint la plate-forme de l’opposition, qui réclamait l’abaissement du cens à 100 francs ou tout au moins le droit de vote pour certaines capacités, bacheliers, officiers de la garde nationale, etc. La campagne des « banquets réformistes » avait commencé le 2 juin 1840 dans le Xe arrondissement. D’autres banquets avaient eu lieu dans le courant de la même année à Paris, Limoges, Tours, Auxerre, Toulouse, Lille, Metz, Rouen, Marseille.

9. Recensement Humann. — Humann était ministre des Finances dans le cabinet Guizot. Le recensement, ordonné en vertu de la loi du 14 juillet 1838, avait pour but de relever des taxes. Les agents du fisc, chargés de cette opération, ne se firent pas accompagner des commissaires répartiteurs, dont la loi de 1832 exigeait la présence. De là protestations de plusieurs conseils municipaux. Des troubles, parfois sanglants, eurent lieu à ce sujet, dans le courant de l’année 1841, à Toulouse, Strasbourg, Bordeaux, Lille, Montpellier, Clermont-Ferrand, Lyon et à Paris.

10. Sociétés secrètes. — Les principales sociétés secrètes sous Louis-Philippe furent : les Amis du Peuple, la société des Droits de l’Homme, la société des Familles, la société des Saisons.

La société des Amis du Peuple fut fondée en septembre 1830. Ses principaux membres étaient Godefroy Cavaignac, Audry de Puyraveau, Marrast, Raspail, Trélat, Flocon, Blanqui, Delescluze, Lamarque, Cabet.

La société des Droits de l’Homme fut fondée à la fin de 1832. Le comité directeur comprenait parmi ses membres Audry de Puyraveau, Voyer d’Argenson, de Kersausie, Godefroy Cavaignac, Trélat, Guinard. Les sections étaient placées sous le patronage de Robespierre, Marat, Babeuf, Louvel, etc.

Le mot de sociétés secrètes, appliqué à ces sociétés, n’est pas tout à fait juste. Il serait plus exact de les appeler sociétés plus ou moins secrètes. Elles n’eurent pas le caractère mystérieux du Carbonarisme sous la Restauration.

Pour la société des Familles, qui devint ensuite la société des Saisons, voir la note consacrée à cette société.

11. À bas Pritchard ! — Flaubert commet une erreur en parlant de l’affaire Pritchard en 1841 ; elle n’est en réalité que de 1844. Rappelons en passant cette fameuse affaire, qui eut un retentissement immense. Le contre-amiral Dupetit-Tnouars avait occupé en Océanie les îles Marquises, et la reine de Taïti, Pomaré, s’était placée sous le protectorat de la France. Un Anglais nommé Pritchard, à la fois consul, commerçant et missionnaire protestant, excita la reine Pomaré contre nous et souleva les indigènes, qui massacrèrent plusieurs de nos matelots. L’amiral fit arrêter Pritchard. Les Anglais demandèrent immédiatement une réparation ; l’opinion française se prononça énergiquement contre cette solution. En Angleterre, les sociétés bibliques poussaient le fanatisme protestant à une gallophobie enragée. En France, toutes les vieilles haines contre l’Angleterre se réveillèrent avec une intensité extraordinaire ; dans les théâtres on réclamait le fameux air : Jamais en France, jamais l’Anglais ne régnera. Le gouvernement de Guizot se refusa aux satisfactions réclamées par l’Angleterre, mais accorda une indemnité à Pritchard. Lorsque cette affaire fut portée à la tribune de la Chambre, le gouvernement n’obtint qu’une majorité de huit voix. L’attitude de Louis-Philippe et de Guizot froissa vivement l’opinion publique, et jusqu’en 1848 il fut souvent question, dans les attaques de l’opposition, de Pritchard et des Pritchardistes.

12. Béranger. — Béranger (1780-1857) était républicain. En 1830 il s’était montré favorable à l’avènement de Louis-Philippe, mais ne considérait la Monarchie de Juillet que comme une transaction. « Je fais comme les Savoyards, avait-il dit ; quand il pleut, je jette une planche sur le ruisseau. » Pendant tout le règne de Louis-Philippe il se tint à l’écart des faveurs officielles et refusa même la Légion d’honneur, que le roi lui avait fait offrir.

13. Laffitte. — Laffitte (1767-1844) siégea dans les rangs de l’opposition depuis sa sortie du Ministère (13 mars 1831) jusqu’à sa mort.

14. Chateaubriand. — Chateaubriand était en coquetterie réglée avec le parti républicain sous la Monarchie de Juillet (comme il l’avait été avec le parti libéral sous la Restauration). Tout en manifestant une fidélité de grand apparat à la Légitimité, il prophétisait avec complaisance l’avènement de la Démocratie.

« Ce qui donne une saveur irritante à ce caractère, c’est que Chateaubriand, barde de la Religion, de la Légitimité, de la Charte, altier et solennel à souhait dans ce rôle où, en un sens, il ne ment pas, est d’ailleurs le naturel le moins disciplinable, le plus débridé. Le clergé, la noblesse, les conservateurs, illustre clientèle étrangement accordée autour de lui avec la jeunesse romantique et les émeutiers de juillet, ne recherchent pas de trop près ce qu’il y a de piété dans sa religion, de subordination individuelle dans son royalisme, de foi en l’homme dans ses idées constitutionnelles. Ils font bien. Des grandes institutions et doctrines humaines, Chateaubriand aime le décor, la façade historique, autant dire le passé, la ruine. Comme gouvernantes réelles et actives de l’homme moral, il ne les entend même pas… » (Pierre Lasserre, Le Romantisme français, p. 138 et 139.)

15. Troubles du mois de septembre. — Allusion aux troubles, provoqués par le recensement Humann, qui eurent lieu au mois de septembre 1841 dans plusieurs villes de France.

16. Le National. — Le National avait été fondé, le 3 janvier 1830, par Thiers, Mignet et Carrel. Son rôle dans la Révolution de 1830 fut prépondérant. Au lendemain des journées de juillet, Thiers et Mignet quittèrent le National ; Armand Carrel en devint alors le rédacteur en chef. Il attaqua le ministère Casimir Périer et, à partir de 1832, devint franchement républicain. Après la mort d’Armand Carrel (1826), le National fut dirigé par Thomas, Trélat, Bastide, Armand Marrast et Duclerc. Jusqu’à la fin du règne de Louis-Philippe il resta un journal d’opposition, mais dans des limites plutôt indécises entre la gauche dynastique et le parti républicain.

17. L’embastillement de Paris. — En 1833, le Gouvernement avait présenté à la Chambre des députés une demande de crédits pour fortifier Paris. La Chambre répondit par un refus à la suite d’une vigoureuse campagne de l’opposition. Le général Demarçay qualifia les forts de « Bastilles dirigées au moins pour moitié contre la population de Paris ».

18. Les lois de septembre. — Les lois de septembre 1825 avaient été votées à la suite de l’attentat de Fieschi (28 juillet 1835). Elles avaient été présentées par M. de Broglie, président du Conseil.

La première, relative au jury, réduisait de huit à sept, sur douze, le nombre de voix nécessaires à la condamnation et décidait que le vote des jurés serait secret.

La seconde permettait au Ministre de la justice de créer autant de cours d’assises qu’il le croirait nécessaire pour juger les actes de rébellion.

La troisième, concernant la presse, punissait d’une amende de 10,000 à 50,000 francs l’outrage à la personne du roi et toute attaque contre le principe du Gouvernement, par le moyen de la presse. Elle soumettait les journaux à une discipline sévère ; elle interdisait de jouer aucune pièce de théâtre et de mettre en vente aucun dessin sans autorisation préalable.

19. Lord Guizot. — L’opposition reprochait à Guizot ses complaisances anglophiles. M. Thureau-Dangin rapporte que le jour de l’entrée des cendres de Napoléon à Paris, il y eut des cris de : À bas Guizot ! À bas les traîtres ! À bas les Anglais !

20. Ce qui l’inquiétait principalement, c’était la frontière du Rhin. — Au lendemain de la Révolution de 1830, lorsqu’on put craindre une nouvelle coalition de l’Europe contre la France, il y eut une explosion patriotique extraordinaire. Les républicains évoquèrent les souvenirs de 1792 et se montrèrent chauds partisans d’une guerre, qui nous permettrait de déchirer les traités de 1815 et de prendre la rive gauche du Rhin ; on peut dire qu’ils étaient les interprètes d’une très grande partie de l’opinion française. La Révolution de 1830, qui avait arboré pour la première fois depuis quinze ans le drapeau tricolore, semblait aussi nationale que libérale, une sorte de revanche contre les Alliés. Tout fut calmé par la politique pacifique de Casimir Périer.

En 1840, lors des difficultés relatives à l’Égypte, il y eut une explosion toute pareille. On se mit à chanter la Marseillaise et à parler de la rive gauche du Rhin. La brochure d’Edgar Quinet, 1815 et 1840, est très significative à cet égard. Les Allemands ripostèrent en évoquant les souvenirs de 1813 ; ce fut alors que Becker composa son chant fameux : « Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand. » Musset répondit, en 1841, par son « Rhin allemand ».

Il est à noter que cette préoccupation des libéraux et des républicains français relative à la frontière du Rhin avait été celle de Charles X. En 1830, il avait traité secrètement à ce sujet avec le tsar de Russie ; la France devait s’emparer de la rive gauche du Rhin et appuyait la Russie du côté des provinces danubiennes.

21. Il comparait le style de M. Marrast à celui de Voltaire. — Marrast (1801-1852) était un ancien maître d’études du lycée Louis-le-Grand et de l’École normale. Au début du règne de Louis-Philippe il dirigeait le journal républicain, la Tribune, ce qui lui valut de nombreuses condamnations. Après l’insurrection d’avril, Marrast fut emprisonné, mais réussit a s’évader avec plusieurs de ses codétenus. Il vécut à l’étranger jusqu’à l’amnistie. Rentré en France, il devint à la mort de Carrel le principal rédacteur du National, et ses luttes de presse contre le gouvernement de Louis-Philippe ne furent pas sans un certain éclat. Il fut secrétaire du Gouvernement provisoire de 1848, puis président de l’Assemblée constituante. Il ne fut pas réélu à l’Assemblée législative et mourut dans la misère en 1852. Marrast avait fait paraître en 1846 un certain nombre de ses articles du National et de la Tribune sous le titre de Galerie des pritchardistes.

22. Le Citoyen… accusait la Camarilla de perdre des millions en Algérie. — À la suite de la victorieuse expédition de 1844 contre les Marocains, la France ne réclama même pas les frais de la guerre, qui s’élevaient à 20 millions de francs. L’opposition reprocha vivement au Gouvernement de gaspiller l’argent du pays. Guizot répondit par l’organe d’un des principaux journaux ministériels (le Journal des Débats) : « La France est assez riche pour payer sa gloire. »

23. Le Siècle. — Le Siècle fut fondé, en 1836, par Armand Dutacq, sous le patronage des principaux députés de l’opposition constitutionnelle, Jacques Laffite, Dupont de l’Eure, Saverte, Odilon Barrot, Chapuis-Montlaville. Le Siècle était l’organe de la gauche dynastique.

24. Le Charivari. — Le Charivari fut fondé le 1er décembre 1832 par Charles Philipon. Il combattit avec beaucoup de verve la Monarchie de Juillet. Ses principaux collaborateurs étaient Louis Desnoyers, Altaroche, Albert Clerc, Louis Huart, Taxile Delord, Clément Caraguel, Laurent Jan.

25. De simples avocats commandaient à des généraux, des va-nu-pieds battaient les rois… — Les œuvres de Thiers, Mignet, Michelet, Louis Blanc, et surtout l’Histoire des Girondins, de Lamartine, avaient inspiré aux jeunes générations le culte de la Révolution. Le public lisait avec une véritable passion tout ce qui se rapportait à cette époque. Il n’est pas exagéré de dire que le succès de ces œuvres a été un facteur important de la Révolution de 1848.

26. — La rue Rumford et non Rumfort allait de la rue Lavoisier à la rue de la Pépinière, aux n° 37 et 37 bis. Elle fut ouverte en 1838, autorisée et dénoncée en 1840 (Félix Lazare, Dictionnaire administratif des rues de Paris, 1844). Cette rue disparut dans la percée du boulevard Malesherbes.

27. La Revue Indépendante. — La Revue Indépendante parut du 1er novembre 1841 au 24 février 1848. Ses principaux collaborateurs étaient Pierre Leroux, George Sand et Louis Viardot. Le but de cette revue était de traiter, au point de vue démocratique, toutes les questions à l’ordre du jour.

28. Fourier. — Fourier (1772-1837) basait ses doctrines sur la loi de l’attraction. Chaque homme doit chercher à satisfaire ses passions. Le travail, dans la société nouvelle, ne sera plus pénible, car il ne sera plus imposé ; il deviendra si attrayant que tous les oisifs d’aujourd’hui s’y livreront avec plaisir. Si les passions sans frein ont été funestes jusqu’à présent, il n’en sera pas de même lorsqu’elles auront trouvé le milieu convenable, c’est-à-dire l’association organisée suivant « l’ordre combiné ». Une association de dix-huit cents membres constitue un phalanstère, le phalanstère se subdivise en phalanges, la phalange en séries, la série en groupes, le groupe se compose de sept ou neuf individus.

Fourier était hostile aux saint-simoniens qu’il appelait des « histrions sacerdotaux ».

Après la mort de Fourier, son école fut dirigée par Victor Considérant, et joua un rôle important jusqu’à la Révolution de 1848.

29. Saint-Simon. — Saint-Simon était mort en 1825. Son école fut florissante surtout aux environs de 1830. Les principaux adeptes furent Augustin Thierry, Auguste Comte, Olinde Rodrigues, Bailly de Blois, Léon Halévy, Duvergier, Bazard, Enfantin, Cerclet, Buchez, Carnot, Michel Chevalier, Pierre Leroux, Jean Regnaud, E. Péreire, Félicien David, Guéroult, Charton, etc. Les saint-simoniens se dispersèrent en 1832 (voir à ce sujet la note consacrée au père Enfantin). Le saint-simonisme eut une influence énorme sur les écoles socialistes qui suivirent.

30. Comte. — Auguste Comte (1795-1857) avait publié le Système de politique positive (1828) et le Cours de philosophie positive (1839-1842).

31. Cabet. — Cabet (1788-1856) avait été avocat à Dijon, puis à Paris. Après la Révolution de 1830 il fut nommé procureur général en Corse, mais révoqué l’année suivante pour outrages au gouvernement de Louis-Philippe. Les électeurs de Dijon l’envoyèrent à la Chambre des députés (1831). Il fit paraître une Histoire de la Révolution de 1830, et fonda un journal : le Populaire.

En 1834, il fut condamné à deux ans de prison pour offense au roi et se réfugia en Angleterre. Il posa les principes d’une société communiste dans ses Douze lettres d’un communiste à un réformiste et dans son Voyage en Icarie (1842).

En 1847, Cabet acheta des terrains considérables dans le Texas et réunit 150 Icariens. Une première expédition d’émigrants (2 février 1848) échoua complètement. Cabet revint en France, mais retourna en Amérique à la fin de l’année 1848. Il trouva la communauté divisée en deux camps. Après avoir rallié la majorité, il l’établit à Nauvoo.

32. Louis Blanc. — Louis Blanc (1812-1882) était devenu célèbre en 1840 par la publication de son livre l’Organisation du travail. « Les idées essentielles en étaient que tout homme a droit au travail et que la société a le devoir de procurer du travail à tous. L’État, représentant la société, doit être « le banquier des pauvres ». Il fournira donc aux ouvriers l’argent nécessaire à la fondation, pour chaque industrie, d’ateliers sociaux, où les travailleurs se dirigeraient eux-mêmes et toucheraient, en dehors de leur salaire, un quart des bénéfices nets. Les idées de Louis Blanc eurent un grand succès parmi les ouvriers. Il les développa, aidé par Ledru-Rollin, dans la Réforme, qui devint ainsi le principal organe des socialistes et le lien entre eux et les républicains radicaux, partisans du suffrage universel. » (Albert Malet, Histoire contemporaine, p. 355.)

33. Les meurtres de Buzançais et la crise des subsistances. — L’hiver 1846-1847 fut marqué par la disette. Le département de l’Indre fut un des plus éprouvés. Dans une commune de ce département, à Buzançais, les affamés se réunirent en bandes et repoussèrent les gendarmes envoyés pour les disperser. Ils incendièrent les fermes, pillèrent les boulangeries et proférèrent des menaces contre les gros propriétaires, qu’ils accusaient d’être les auteurs de la famine. Le 13 janvier 1847 ils égorgèrent un propriétaire de Buzançais, nommé Chambert-Huard. Quelques jours après c’était le tour d’un propriétaire de Bélabre, nommé Robin-Tailland. Le Gouvernement décida de se montrer impitoyable. Trente des émeutiers furent traduits devant la cour d’assises de l’Indre. Cinq furent condamnés à mort, quatre aux travaux forcés à perpétuité, dix-huit aux travaux forcés à temps. Les condamnés à mort furent exécutés le 11 avril 1847, sur la place de Buzançais.

34. Les phalanstériens. — Phalanstériens ou fouriéristes.

35. Les mariages espagnols. — Louis-Philippe désirait reprendre la politique traditionnelle de la France en Espagne. Il en avait été empêché jusque-là par la crainte de mécontenter l’Angleterre. Dans l’affaire des mariages espagnols, il agit au contraire avec une grande énergie contre les prétentions anglaises. La reine-mère d’Espagne, Marie-Christine, se proposait de marier ses deux filles, l’une, la reine Isabelle, à son cousin don François d’Assises, et l’autre, Louisa-Fernanda, au duc de Montpensier, fils de Louis-Philippe. L’Angleterre souhaitait vivement voir la reine Isabelle accorder sa main au prince Léopold de Saxe-Cobourg, cousin de la reine Victoria. Lord Palmerston, chef du Cabinet anglais, mit tout en œuvre pour aboutir à ce résultat. Il fut victorieusement battu en brèche, grâce au tact de l’ambassadeur de France à Madrid, M. Bresson, et, il faut bien le reconnaître, grâce à la fermeté de Louis-Philippe. Le 25 septembre 1846, Palmerston s’adressait directement à Guizot et lui envoyait une protestation formelle en invoquant le traité d’Utrecht. Le 10 octobre suivant était célébré, à Madrid, le double mariage d’Isabelle avec don François d’Assises, et de Louisa-Fernanda avec le duc de Montpensier.

36. Les dilapidations de Rochefort. — Allusion à un scandale de l’époque. Un contrôleur, nommé Sanson, dénonça des malversations qui auraient été commises dans les ateliers et les magasins de Rochefort. Le ministre de la marine et le préfet maritime ne donnèrent aucune suite à la plainte de Sanson. Ce dernier s’adressa alors aux tribunaux. Il fit traduire en justice trente-six employés et en fit condamner cinq (13 janvier 1847). Le chef des subsistances de Rochefort s’était suicidé pour échapper aux poursuites. L’opposition reprocha au Gouvernement sa mollesse dans cette affaire.

37. Le nouveau chapitre de Saint-Denis. — Un projet de réorganisation du chapitre de Saint-Denis avait été adopté par la Chambre des pairs au début de 1847. En 1848 il n’avait pas encore été présenté à la Chambre des députés.

38. Barbès. — Armand Barbès (1809-1870). Proudhon le surnomma le Bayard de la démocratie. Né à la Guadeloupe, il fit ses études à Sorrèze, dans le même collège que Berryer. Étudiant en droit à Paris, il devint un ardent républicain. Affilié à la Société des Droits de l’Homme, il fut emprisonné après l’insurrection d’avril 1834, puis après l’attentat de Fieschi (1835). Quelques mois après il était condamné à un an d’emprisonnement pour fabrication clandestine de poudre. Le 12 mai 1829, Barbès joua un rôle prépondérant dans l’émeute de la Société des Saisons. Condamné à mort, puis gracié, il resta en prison jusqu’à la Révolution de février.

39. Moi, ce que je reproche à Louis-Philippe, c’est d’abandonner les Polonais. — Une grande partie de l’opinion française reprochait à Louis-Philippe de n’être pas intervenu en faveur des Polonais en 1830.

À la nouvelle de la prise de Varsovie, une véritable émeute avait eu lieu à Paris. Est-il besoin de rappeler les fameuses paroles du ministre Sébastiani, auxquelles les événements donnaient une ironie sinistre : « L’ordre règne à Varsovie » ?

Pendant toute la durée de la Monarchie de Juillet, la Chambre des députés fit souvent entendre des protestations en faveur de la nationalité polonaise.

40. On avait calomnié les papes, qui, après tout, défendaient le peuple ; et il appelait la Ligue « l’aurore de la démocratie, un grand mouvement égalitaire contre l’individualisme des protestants ». — Il est impossible de ne pas voir dans ces paroles une réminiscence de la doctrine de Buchez, qui essayait alors de réunir le catholicisme et la Révolution.

« Il est vrai que la justification appliquée par lui (Buchez) à la Terreur s’étend à l’Inquisition, que la Saint-Barthélemy est loué par les mêmes raisons que les massacres de septembre, et que la faction des Seize, sous la Ligue, est exaltée au même titre que le Comité de salut public. Dans ces divers événements, l’auteur voit l’application d’un principe qu’il affirme être commun au catholicisme et à la Révolution, la « souveraineté du peuple ». C’est même par là que le catholicisme se distingue, à ses yeux, du protestantisme, fondé sur l’individualisme, sur la « souveraineté du moi. » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. VI, p. 88.)

41. Lola Montès. — Lola Montès était la célèbre favorite du roi de Bavière.

42. Quand on voit M. de Genoude donner la main au Siècle. — M. de Genoude, directeur du grand journal légitimiste la Gazette de France, préconisa, dès le lendemain de la Révolution de Juillet, l’alliance des légitimistes et des républicains. De 1830 à 1848, il réclama le suffrage universel. Son programme était d’appuyer la monarchie traditionnelle sur la souveraineté populaire.

43. Un catholique. — « Tout le monde parlait alors du « mouvement religieux », de la « réaction chrétienne ». On en discutait l’origine et la portée ; nul n’en contestait la réalité. Aussi bien, pour s’en convaincre, suffisait-il de voir la foule inaccoutumée qui, depuis quelques années, se pressait au pied des autels… Le Constitutionnel constatait, d’un ton boudeur et inquiet, ce phénomène auquel il ne comprenait rien. « Qu’est-ce que cela veut dire ? lui répondait en raillant le Journal des Débats. Le sentiment religieux n’est donc pas détruit ? Le catholicisme n’est donc pas mort ? L’esprit de Voltaire n’est donc plus l’esprit dominant ?… » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. II, p. 354 et 355.)

44. Le père Enfantin. — Enfantin (1706-1864) était un ancien élève de l’École polytechnique. Il était directeur de la Caisse hypothécaire, lorsqu’il rencontra Saint-Simon et s’attacha à ses doctrines (1825). Il fonda, avec Olinde Rodrigues, le Producteur. Après 1830, l’école saint-simonienne prit un grand développement sous la direction d’Enfantin et de Bazard, mais les idées d’Enfantin sur l’amour et le mariage amenèrent un schisme qui fut nuisible à la propagande saint-simonienne. En 1832, Enfantin et ses disciples furent traduits en cour d’assises sous l’inculpation d’attentat à la morale et d’association illégale. Après deux jours d’audience (27 et 28 août 1832) ils furent déclarés coupables. Enfantin fut condamné à un an de prison et 100 francs d’amende. À sa sortie de prison, il passa deux ans en Égypte. Revenu en France, il fut successivement maître de poste, membre de la Commission scientifique de l’Algérie, directeur, puis administrateur du chemin de fer de Lyon.

45. Pierre Leroux. — Pierre Leroux (1797-1831) fut d’abord saint-simonien ; puis, s’étant brouillé avec le père Enfantin, exposa ses doctrines personnelles. L’homme, d’après lui, est sensation, sentiment, connaissance. À cette division correspond la division de la société, qui se compose des savants ou hommes de la connaissance, des artistes ou hommes du sentiment, et des industriels ou hommes de la sensation. De là la triade qui, selon Pierre Leroux, est le premier élément social. Une réunion de triades forme un atelier, une, réunion d’ateliers une commune, une réunion de communes un État.

46. Le célèbre Algérien Bou-Maza. — Bou-Maza avait été un des plus redoutables adversaires de l’armée française en Algérie. Fait prisonnier par Saint-Arnaud en 1847, il fut traité avec beaucoup d’égards par le gouvernement de Louis-Philippe. On lui assigna Paris comme résidence avec une pension de 15,000 francs. Somptueusement installé avenue des Champs-Élysées, il fit bientôt figure de « personnalité bien parisienne ».

47. Edgar Quinet. — Edgar Quinet (1803-1875) avait été, en 1839, professeur de littérature étrangère à la Faculté des lettres de Lyon. En 1840, il avait fait une incursion dans la politique par sa brochure 1815-1840, qui eut un grand retentissement. En 1842, Quinet obtenait au Collège de France la chaire des langues et littératures de l’Europe méridionale. On discutait alors la question de la liberté de l’enseignement. Quinet publia en 1843, avec Michelet, un livre sur les Jésuites. Dans ses cours il attaquait violemment non seulement les jésuites, mais le catholicisme. Bientôt le Collège de France devint le théâtre de manifestations. En 1846 le Gouvernement retira à Quinet sa chaire de professeur.

48. Mickiewicz. — Adam Mickiewicz (1798-1855) occupait la chaire des langues et littératures slaves au Collège de France. Grand écrivain, il joua aussi un grand rôle comme patriote polonais. Il fut en relations avec Gœthe, Montalembert, La Mennais, Cousin, Quinet, Michelet. Ses principaux ouvrages sont : Grazyna, Dziady, Conrad Wallenrod, le Livre des pèlerins polonais, etc. Ses cours au Collège de France provoquèrent une véritable émotion. Le gouvernement de Louis-Philippe les suspendit. En 1848, Mickiewicz fonda un journal : la Tribune des peuples. Au moment de la guerre de Crimée, il espéra un contrecoup favorable à la Pologne et alla dans ce but en Turquie. Il mourut à Constantinople le 26 novembre 1855. Il fut enterré d’abord en France, au cimetière polonais de Montmorency, puis à Cracovie, dans le caveau des rois de Pologne.

49. Les affaires Drouillard et Bénier. — Drouillard était un banquier parisien qui fut condamné le 17 février 1847, par la cour d’assises de Maine-et-Loire, sous l’inculpation d’avoir employé une somme de 150,000 francs pour acheter des voix d’électeurs.

Bénier était directeur de la Manutention générale des vivres. Il avait été accusé de malversations par un chef de bureau nommé Tessier, mais l’affaire avait été étouffée. À la mort de Bénier (31 mai 1845) on découvrit dans sa caisse un déficit de 300,000 francs. Lanjuinais interpella le Gouvernement à ce sujet (5 juin 1846), et la Chambre des députés ordonna une enquête. Deux intendants militaires furent mis à la retraite.

50. Godefroy Cavaignac. — Godefroy Cavaignac (1801-1845) était le fils du conventionnel et le frère du général. Il prit part à la Révolution de 1830, fut un des fondateurs de la société des Amis du peuple et de celle des Droits de l’Homme. Il fut plusieurs fois poursuivi et acquitté. Le 6 avril 1831, devant la cour d’assises de la Seine, Godefroy Cavaignac avait fait entendre la première profession de foi républicaine depuis l’avènement de Louis-Philippe. « Nous ne conspirons pas, dit-il, nous nous tenons prêts. » Il fut acquitté.

Condamné à la suite des journées d’avril 1834, il s’évada de Sainte-Pélagie et vécut à l’étranger jusqu’à l’amnistie. Il fut l’un des principaux rédacteurs de la Réforme.

Godefroy Cavaignac est une des plus nobles figures du parti républicain.

Son désintéressement et son courage commandaient la sympathie et même l’admiration. Chez lui, le culte de la République se confondait de façon touchante avec le culte de son père, le conventionnel. Louis Blanc raconte que Godefroy Cavaignac lui disait une fois, parlant d’un chapitre de l’Histoire de dix ans : « Sais-tu ce qui, dans ce chapitre, m’a particulièrement touché ? C’est la note qui apprend au lecteur que le Cavaignac d’Afrique est mon frère. Mais pourquoi n’as-tu pas ajouté qu’il est le fils de cet autre Cavaignac ? »

« Il regarda le ciel, dit Louis Blanc, et ne put continuer, tant il était ému. »

51. Les Mystères de Paris. — Les Mystères de Paris, d’Eugène Sue, parus en feuilleton dans le Journal des Débats en 1842 et 1843, eurent un immense succès.

« L’auteur ne crut pas devoir se gêner avec ceux qui se montraient d’accueil si facile. Au contraire, on eût dit qu’il prenait un plaisir de gamin à voir jusqu’où il pourrait mener les honnêtes abonnés de la feuille ministérielle. Il se mit à les promener par les ruelles infâmes, les arrêta dans les bouges, les assit aux tapis francs, en société de prostituées et de forçats, leur parla argot, ne leur procurant d’autre diversion à ces vilaines odeurs que l’âcre parfum des scènes lubriques…

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« En somme, dans le monde même qui eût dû leur être le plus sévère, le succès des Mystères de Paris fut immense.

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« L’exemple, d’ailleurs, était donné de haut. Un matin, M. Duchâtel entrait précipitamment dans le cabinet de ses attachés, avec un air qui semblait annoncer un gros événement politique : « Eh bien, dit-il, vous savez ! La Louve est morte ! » La Louve était une des héroïnes des Mystères de Paris. Un autre ministre, le maréchal Soult, se mettait en colère quand le feuilleton manquait ; Eugène Sue, ayant été mis en prison pour négligence obstinée dans son service de garde national, menaçait de ne pas donner de « copie » tant qu’il serait sous les verrous ; le maréchal se hâta de lui faire ouvrir les portes. » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. VI, p. 74, 75 et 76.)

52. Thiers. — Thiers avait fait paraître son Histoire de la Révolution française de 1823 à 1827. La publication de l’Histoire du Consulat et de l’Empire commença en 1845.

53. Dulaure. — Dulaure (1755-1835). L’ouvrage, dont il est question ici, est sans doute Esquisses historiques de la Révolution.

54. Barante. — De Barante (1782-1866). Il est sans doute question ici de son Histoire des ducs de Bourgogne (12 vol., 1824-1826).

55. Les Girondins. — L’Histoire des Girondins, de Lamartine, parut du 20 mars au 12 juin 1847. Elle eut un succès prodigieux.

56. Société des Familles. — « Quelques républicains socialistes avaient organisé une société secrète qu’ils nommèrent d’abord Société des Familles, mais qui porta ensuite le titre de Société des Saisons, à partir de 1837. Leur doctrine était la suivante : « Le peuple et les travailleurs utiles, produisant tout, ont droit exclusif à tout. L’établissement de la République est moins un but qu’un moyen de faire passer les biens des possesseurs qui ne travaillent pas, aux travailleurs qui ne possèdent rien. » Cette société secrète, organisée d’une manière particulière, se composait d’un comité suprême, dont chaque membre, ayant la qualité d’agent révolutionnaire, dirigeait quatre groupes ou saisons, placées sous les ordres d’un chef nommé printemps. Une saison comprenait trois mois, commandés chacun par un chef, qui recevait le titre de juillet. Dans un mois il y avait quatre semaines ; enfin chaque semaine était formée de sept membres, dont un chef ; c’est-à-dire que le mois comptait 28 hommes, la saison 84 et le bataillon de chaque agent révolutionnaire 336 hommes. Les associés étaient étrangers les uns aux autres et les différents chefs n’avaient de rapports qu’avec leurs supérieurs immédiats. Chacun, en entrant dans la société, jurait de répondre au premier appel qui lui serait fait.

« Le comité suprême comprenait des hommes d’une grande énergie, tels que l’ouvrier typographe Martin Bernard, le jeune et riche créole Armand Barbès, et le conspirateur de profession Auguste Blanqui. » (Jules Trousset, Histoire d’un siècle, t. VIII, p. 215 et 216.)

57. Affaire de mai 1839. — L’émeute du 12 mai 1839 fut organisée par la Société des Saisons.

« Les affiliés, au nombre d’environ 600, furent convoqués pour le 12 mai 1839. Ils se réunirent par une belle journée de printemps, vers une heure, dans la rue Bourg-l’Abbé, fixée pour lieu de rendez-vous. La plupart d’entre eux ignoraient ce que l’on allait faire et ne savaient même pas le nom de leurs chefs. Tout à coup Blanqui, Barbès et Martin Bernard se firent connaître et crièrent : « Aux armes ! » Il y eut d’abord de l’hésitation ; nul n’avait d’armes ; où s’en procurer ? Sur un ordre de Martin Bernard, les plus résolus se jetèrent dans l’importante fabrique de l’armurier Lepage, et en quelques minutes, ceux qui voulurent participer à cette folle entreprise furent pourvus de fusils, de pistolets et de sabres. Sans perdre un instant, la troupe d’insurgés se divisa en deux colonnes. L’une, commandée par Martin Bernard et Blanqui, se dirigea vers la Préfecture par la place du Châtelet ; la seconde, énergiquement enlevée par Barbès, marcha vers le Palais de justice par le quai aux Fleurs. Il y avait, à la Conciergerie, un poste de municipaux comprenant une trentaine d’hommes. À la vue des insurgés en armes, le lieutenant Drouineau, chef du poste, s’avança pour savoir de quoi il s’agissait. « Bas les armes ou la mort ! lui cria l’un des assaillants. — Plutôt la mort ! » lui répondit le lieutenant. Un coup de feu lui répliqua, et il tomba mortellement blessé. Une décharge générale faite à brûle-pourpoint par les insurgés blessa une dizaine de municipaux ; les autres s’enfuirent en laissant le poste au pouvoir de Barbès.

« La bande continua sa route vers le Palais de justice, mais l’alarme était déjà donnée ; les portes étaient fermées et gardées ; les fenêtres garnies de soldats. Barbès, forcé de rétrograder, se replia sur la place du Châtelet, où il rallia l’autre colonne qui s’y était arrêtée sans rien entreprendre.

« Les deux colonnes, réunies en une seule, coururent à l’Hôtel de Ville où personne ne se doutait de rien. En peu d’instants, les insurgés s’emparèrent de l’Hôtel de Ville, du poste de la place Saint-Jean et de la mairie du IVe arrondissement, non sans tuer ou blesser quelques-uns des soldats qui essayèrent de résister.

« Quelques barricades furent construites ; mais déjà les troupes arrivaient de tous côtés ; deux brigades, commandées par Bugeaud, occupaient les boulevards, depuis la porte Saint-Denis jusqu’à la Bastille. D’autres soldats, sous les ordres du général Trezel, reprirent l’Hôtel de Ville et s’échelonnèrent le long de la rue Saint-Antoine. Les insurgés, refoulés dans les rues Beaubourg, Transnonain et Grenétat, s’y défendirent jusqu’à dix heures du soir. Enveloppés de tous côtés, et n’ayant pas réussi à soulever la population indifférente, ils se débandèrent. Barbès, atteint de plusieurs blessures, dont une assez grave à la tête, fut arrêté par les gardes municipaux dans la rue du Grand-Hurleur, chez un marchand de vin, où il était entré pour se faire panser.

« Le lendemain matin, les insurgés élevèrent une barricade dans la rue Saint-Denis ; quelques-uns se présentèrent en portant un cadavre devant l’École polytechnique, mais les élèves ne bougèrent pas ; la barricade fut enlevée, et à midi tout était terminé. Martin Bernard tomba, peu de temps après, entre les mains de la police. Quant à Blanqui, il échappa pendant six mois à toutes les recherches…

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« Elle (la Chambre des pairs) s’érigea ensuite en cour de justice pour juger les prisonniers faits pendant et après l’insurrection du 12 mai. Les débats commencèrent le 27 juin et se terminèrent le 12 juillet. Barbès, accusé d’avoir assassiné le lieutenant Drouineau, avec préméditation et guet-apens, repoussa énergiquement la responsabilité de ce meurtre. Il n’en fut pas moins condamné à la peine de mort ; Martin Bernard à la déportation ; Mialon aux travaux forcés à perpétuité pour avoir tué un brigadier de la garde municipale ; Delsade et Auster à quinze années de détention ; les autres, sauf quatre qui furent acquittés, à des peines variant de six années de détention à deux ans de prison.

« La condamnation de Barbès parut excessive, parce que l’accusation n’avait pu prouver qu’il fût le véritable assassin de l’officier Drouineau. Le jour même où fut prononcé le verdict, les écoles s’agitèrent et firent une manifestation en faveur d’une commutation de peine. Victor Hugo en appela à la clémence royale dans cette strophe éloquente où il fit une touchante allusion à la mort récente de la princesse Marie, décédée en janvier 1839, et à la naissance du comte de Paris :

Par votre ange envolée ainsi qu’une colombe,
Par ce royal enfant, doux et frêle roseau !
Grâce, encore une fois ! Grâce au nom de la tombe !
Grâce au nom du berceau !

« Mme Carl, sœur de Barbès, vint se jeter aux pieds de Louis-Philippe, qui lui promit une commutation. Ce fut en vain que les ministres voulurent le faire revenir sur sa parole : « J’ai promis à la sœur, dit-il, le frère ne peut mourir » ; et, plus humain que ses conseillers, il usa de son droit de grâce en commuant la peine de Barbès en celle de la prison perpétuelle. » (Jules Trousset, Histoire d’un siècle, t. VIII, p. 216, 217, 218, 219 et 220.)

58. Alibaud. — Alibaud (1810-1836) tira un coup de fusil sur Louis-Philippe au Pont-Royal, le 25 juin 1836. Il fut condamné à mort par la Chambre des pairs le 3 juillet, et exécuté le 11.

59. Rue Transnonain. — Le 13 avril 1834, à la nouvelle du soulèvement de Lyon, les républicains avaient organisé une émeute à Paris. Elle fut promptement réprimée, dès le matin du 14, par le général Bugeaud. « Un terrible massacre marqua la fin du soulèvement. Un officier, qu’on transportait blessé, ayant été atteint de nouveau d’un coup de feu tiré des fenêtres du numéro 12, rue Transnonain, ses soldats se ruèrent dans la maison et tuèrent tous les habitants, les femmes même et les enfants. » (Albert Malet, Histoire contemporaine, p. 334.)

Le sanglant souvenir de la rue Transnonain fut évoqué souvent par l’opposition républicaine sous le règne de Louis-Philippe.

60. M. Benoist. — Il s’agit sans doute de Benoist d’Azy, député légitimiste sous la Monarchie de Juillet, qui fut vice-président de l’Assemblée législative.

61. Le paupérisme. — «… Le premier résultat de ce développement industriel, dont notre siècle s’enorgueillissait, semblait être l’apparition d’un mal nouveau, d’une forme spéciale de paupérisme qu’on appelait précisément le paupérisme industriel : misère matérielle et morale, parfois plus hideuse que tout ce qu’on avait vu à des époques réputées moins prospères, et surtout rendue plus insupportable par le voisinage et le contraste de la richesse que ces misérables contribuaient à créer. » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. VI, p. 148.)

62. Ancien carbonaro. — Parmi les défenseurs de « l’ordre » sous la Monarchie de Juillet se trouvaient beaucoup d’anciens carbonari, qui avaient conspiré jadis sous la Restauration dans les Ventes de la Charbonnerie. Au début du règne, dans un procès politique, un des accusés déclara qu’il avait autrefois juré haine à la royauté sur le même poignard que l’ancien carbonaro Barthe, devenu conservateur et garde des sceaux de Louis-Philippe.

63. La pourriture de ces vieux l’exaspérait. — Guizot écrivait plus tard, en parlant de son parti : « Trop étroit de base, trop petit de taille, trop froid ou trop faible de cœur ; voulant sincèrement l’ordre dans la liberté, et n’acceptant ni les principes de l’ordre, ni les conséquences de la liberté ; plein de petites jalousies et de craintes ; étranger aux grands désirs et aux grandes espérances, les repoussant même comme un trouble ou un péril pour son repos. »

Le fils de Louis-Philippe, le duc d’Orléans, parlait avec mépris de ces bourgeois, « qui ne voyaient dans la France qu’une ferme ou une maison de commerce ».

64. Les fables de Lachambeaudie. — Lachambeaudie (1806-1872) avait publié à Roanne les Échos de la Loire, petite revue poétique, à laquelle collabora M. de Persigny. Il vint à Paris, fut saint-simonien, et, grâce à l’appui d’Enfantin, publia en 1839 ses Fables populaires, qui eurent un grand succès et furent couronnées par l’Académie. En 1848, Lachambeaudie fit partie du club de Blanqui. Arrêté après les journées de juin, il fut relâché à la suite de l’intervention de Béranger. Il fut encore arrêté au coup d’État de décembre, mais son ancien collaborateur Persigny le sauva de la déportation à Cayenne.

65. Le Napoléon de Norvins. — De Norvins (1769-1854) fit paraître en 1827 une Histoire de Napoléon en 4 volumes in-8°, qui fut souvent réimprimée et eut un grand succès.

66. Le suffrage universel. — Un certain nombre de républicains, notamment Ledru-Rollin, réclamaient le suffrage universel. On les appelait les radicaux.

67. Les banquets réformistes se multipliaient dans les provinces. — De juillet à décembre 1847, l’opposition organisa des banquets dans toute la France en faveur de la réforme électorale.

Duvergier de Hauranne avait proposé à la Chambre des députés d’abaisser à 100 francs le cens électoral. M. de Rémusat demandait d’exclure les fonctionnaires de la députation. Ces deux propositions furent repoussées. L’opposition avait d’autant moins de chances d’aboutir, que les élections de 1846 avaient renforcé la majorité conservatrice ; elle décida alors d’agiter le pays par la campagne des « banquets réformistes ». Le 9 juillet 1847 eut lieu à Paris le banquet du Château-Rouge. Il fut suivi de nombreux banquets en province.

À Mâcon, Lamartine termina son discours par ces paroles menaçantes : « Elle tombera, cette royauté, soyez-en sûrs ; elle tombera, non dans le sang, comme celle de 89, mais elle tombera dans son piège ! Et après avoir eu les révolutions de la liberté et les contre-révolutions de la gloire, vous aurez la révolution de la conscience publique et la révolution du mépris. »

À Châlons, un toast fut porté à la Convention.

D’autres banquets eurent lieu à Colmar, Pontoise, Reims, Strasbourg, Dijon, etc.

68. Le Piémont… — Au début de l’année 1848, le Piémont était très agité, comme toute l’Italie. Le 30 octobre 1847, le roi Charles-Albert, cédant à la pression de son peuple, avait congédié son ministre réactionnaire et annoncé plusieurs réformes libérales : élection des administrateurs locaux, égalité des classes dans les conseils des villes, abolition des tribunaux d’exception, etc.

69. Naples… — Le roi Ferdinand II de Naples avait été obligé d’accorder, le 24 janvier 1848, une constitution calquée sur la charte française de 1830. Le fait était d’autant plus significatif que le roi Ferdinand II était de tous les princes italiens le plus hostile aux idées libérales. Son attitude jusqu’à ce jour lui avait même valu les félicitations du tsar Nicolas, bon juge en matière d’absolutisme.

70. La Toscane… — M. Thureau-Dangin caractérise ainsi la situation de la Toscane au début de 1848 :

« Point de gouvernement, une presse sans frein, une garde civique en grande partie aux mains des radicaux, les manifestations de la rue à l’état permanent et dégénérant souvent en émeute, partout le cri de guerre contre l’Autriche.

« Le grand-duc de Toscane est à la dérive, sans savoir où il jettera l’ancre », écrit M. de Barante. » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. VII, p. 278.)

71. Nous avions sacrifié la Hollande pour obtenir de l’Angleterre la reconnaissance de Louis-Philippe… — En réalité, l’Angleterre ne fit aucune difficulté pour reconnaître Louis-Philippe.

«… Si le renversement de Charles X blessait les tories dans leurs principes, il flattait les ressentiments qu’avait éveillés chez eux la politique extérieure de la Restauration. L’Angleterre ne s’était-elle pas sentie naguère menacée d’isolement par le rapprochement de la France avec les puissances continentales ? N’avait-elle pas été surtout indisposée et effrayée par les projets d’alliance franco-russe ? Tout récemment, l’expédition d’Alger ne venait-elle pas de raviver de vieilles jalousies britanniques que déjà, plusieurs années auparavant, la guerre d’Espagne avait irritées ? Les hommes d’État d’outre-Manche en voulaient même particulièrement à M. de Polignac, sur lequel, pendant son ambassade à Londres, ils s’étaient imaginés avoir mis la main. La Révolution, si déplaisante qu’elle leur parût à d’autres égards, leur offrait donc cette compensation qu’elle frappait un gouvernement dont ils croyaient avoir à se plaindre, et qu’elle empêchait la France de reprendre, au moins avant longtemps, la politique qui les avait inquiétés. » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. I, p. 61 et 62.)

72. Et cette fameuse alliance anglaise, elle était perdue, grâce aux mariages espagnols. — La politique de Guizot dans l’affaire des mariages espagnols fut très énergique. Il était imbu de cette idée que la France ne pouvait perdre la clientèle de l’Espagne en la laissant passer sous l’influence de l’Angleterre. L’entente cordiale était compromise, mais nous n’étions plus dans la même situation qu’au début du règne de Louis-Philippe ; nous entretenions de bonnes relations avec toutes les puissances européennes, il était donc inutile de tout sacrifier à l’alliance anglaise. Lord Palmerston essaya d’entraîner les cabinets d’Europe contrela France, il échoua piteusement.

73. En Suisse, M. Guizot, à la remorque de l’Autrichien, soutenait les traités de 1815. — Depuis 1830, il y avait une sourde agitation en Suisse. Le parti radical tendait à centraliser. En 1845, les sept cantons catholiques de Fribourg, Lucerne, Schwitz, Unterwalden, Uri, Valais et Zug formèrent une ligue, le Sonderbund, et refusèrent de faire exécuter le décret de la diète fédérale expulsant les ordres religieux. Les cantons protestants se liguèrent de leur côté. Les catholiques, vaincus à Fribourg et à Lucerne (1847), furent contraints de dissoudre le Sonderbund et d’exécuter les décrets d’expulsion.

L’Autriche et la France entreprirent une intervention diplomatique en faveur des catholiques, pour garantir la liberté cantonale accordée à chaque canton par les traités de 1815. M. de Metternich était même partisan d’une action militaire, mais ce projet fut peu goûté par Guizot. L’Angleterre prit en main la cause des radicaux, ce qui empêcha toute intervention franco-autrichienne. La question était toujours pendante en 1848.

74. La Prusse avec son Zollverein nous préparait des embarras… — Le zollverein était en effet très favorable à la Prusse. Il date de 1833. En 1847 se passait un événement plus important : le roi de Prusse donnait une constitution à ses États. Guizot semble avoir été très clairvoyant en cette circonstance, si l’on en juge par cette lettre à l’ambassadeur de France à Vienne (25 février 1847) : « Un fait considérable vient de s’accomplir en Allemagne. Le roi de Prusse a donné une constitution à ses États ; ce que lord Palmerston voit surtout, c’est un triomphe de l’esprit libéral…

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« Nous sommes frappés du grand parti que la Prusse ambitieuse pourrait désormais tirer, en Allemagne, des deux idées qu’elle tend évidemment à s’approprier : l’unité germanique et l’esprit libéral. Elle pourrait, à l’aide de ces deux leviers, saper peu à peu l’indépendance des États allemands secondaires, et les attirer, les entraîner, les enchaîner à sa suite, de manière à altérer profondément l’ordre germanique actuel et, par suite, l’ordre européen. Or l’indépendance, l’existence tranquille et forte des États secondaires de l’Allemagne nous importent infiniment, et nous ne pouvons entrevoir la chance qu’ils soient compromis ou seulement affaiblis au profit d’une puissance unique, sans tenir grand compte de cette chance et la faire entrer pour beaucoup dans notre politique. »

75. La question d’Orient restait pendante. — La question d’Orient en était alors à la Convention des Détroits (13 juillet 1841), en vertu de laquelle la Turquie avait le droit d’interdire l’entrée des Dardanelles et du Bosphore aux vaisseaux de guerre de toutes les nations. C’était un avantage pour l’Angleterre et un échec aux prétentions de la Russie à accaparer la mer Noire.

76. M. Cousin. — Cousin fut en quelque sorte le grand maître de la philosophie d’État sous Louis-Philippe. Les doctrines de l’école éclectique étaient enseignées d’office dans tous les lycées et toutes les Facultés de France. Cette question fut agitée au moment des discussions sur la liberté de l’enseignement. Plusieurs mandements d’évêques reprochèrent à la philosophie officielle ses tendances rationalistes et panthéistes.

77. Les loups-cerviers de la Bourse. — L’agiotage s’était beaucoup développé après les premiers chemins de fer.

« Ce fut comme un débordement de compagnies nouvelles qui se disputaient les concessions, rivalisaient de promesses dans leurs prospectus, recherchaient, pour en décorer leurs conseils, les ducs et les princes, les notabilités politiques et administratives, ou même les généraux et les amiraux. Bouche béante, le public était prêt à mordre à tous les hameçons. Excité par le spectacle de quelques fortunes rapides, chacun croyait voir là un trésor et se précipitait pour mettre la main dessus. À quelles étranges sollicitations certains fondateurs de sociétés n’étaient-ils pas en butte ! À peine émises ou même avant de l’être, les actions étaient l’objet d’une spéculation effrénée qui tenait les convoitises en haleine. C’était la préoccupation dominante, universelle. Non seulement à la Bourse, mais à la Chambre, dans les journaux, dans les salons, on ne parlait presque pas d’autre chose. La concurrence que se faisaient ces nombreuses sociétés dans la poursuite des concessions les poussaient à offrir des conditions extrêmement onéreuses pour elles…

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« Parfois, du reste, on s’inquiétait moins du chemin de fer à établir que de la prime à réaliser par la plus-value des actions. Certaines sociétés sans base réelle se fondaient, non pour vivre, mais pour vendre leur mort à des concurrents plus solides. Ce n’était même plus de la spéculation, c’était du pur agiotage, avec les désordres et les scandales qui en sont la suite, brusques alternatives de hausse et de baisse, engouements et paniques, fortunes faites et défaites en un instant. Le marché public était livré à des coups de main dont les naïfs et les faibles étaient généralement les victimes. » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. VI, p. 33 et 34.)

78. La corruption des fonctionnaires. — La corruption des fonctionnaires fut une des accusations favorites de l’opposition contre le gouvernement de Louis-Philippe, surtout à la fin du règne. (Voir, à ce sujet, les notes consacrées au procès Teste-Cubières, au scandale de Rochefort, etc.)

79. Le procès Teste-Cubières. — Teste, président de chambre à la Cour de cassation et grand officier de la Légion d’honneur, fut poursuivi sous l’inculpation d’avoir, étant Ministre des travaux publics, en 1842, reçu 100,000 francs pour accorder une concession de mine de sel gemme. L’intermédiaire avait été le général Cubières, pair de France et deux fois ministre, en 1839 et 1840.

Teste fut condamné le 17 juillet 1847, par la Chambre des pairs, à la dégradation civique, à 94,000 francs d’amende et à trois années d’emprisonnement. Le général Cubières et ses complices Pellapra et Parmentier furent condamnés à la dégradation civique et chacun à 10,000 francs d’amende.

80. La duchesse de Praslin. — La duchesse de Choiseul-Praslin, fille du maréchal Sébastiani, fut assassinée dans la nuit du 17 au 18 août 1847. Elle vivait en mauvaise intelligence avec son mari ; celui-ci fut convaincu par l’instruction, malgré ses dénégations, d’avoir été l’auteur du crime. Emprisonné, et sur le point de comparaître devant la Chambre des pairs, il se suicida le 21 août sans avoir avoué. L’opinion se passionna pour cette affaire. Il se trouva même des gens pour prétendre que le duc de Choiseul ne s’était pas suicidé, mais avait réussi à s’évader et vivait en Angleterre.

81. La Démocratie pacifique. — La Démocratie pacifique, « journal des intérêts des gouvernements et des peuples », était un organe fouriériste, qui parut du 1er août 1843 au 30 novembre 1851 sous la direction de Victor Considérant.

82. Le jongleur de l’Hôtel de Ville. — Allusion à une caricature qui eut beaucoup de succès sous Louis-Philippe et qui représentait le roi en escamoteur : « Tenez, messieurs, disait-il, voici trois muscades : la première s’appelle Juillet, la seconde Révolution et la troisième Liberté. Je prends la Révolution qui était à gauche, je la mets à droite ; ce qui était à droite, je le mets à gauche. Je fais un micmac auquel le diable ne comprend goutte, ni moi non plus : je mets tout cela sous le gobelet du juste milieu, et avec un peu de poudre de non-intervention, je dis passe, impasse et contre-passe… Tout est passé, messieurs ; pas plus de Liberté et de Révolution que dans ma main… À un autre, messieurs. »

83. L’ami du traître Dumouriez. — En 1793, Louis-Philippe, alors duc de Chartres, servait comme général sous les ordres de Dumouriez ; il prit la fuite avec ce dernier pour éviter d’être arrêté par les commissaires de la Convention.

84. Il trouvait Louis-Philippe poncif, garde national, tout ce qu’il y avait de plus épicier et bonnet de coton. — Ces reproches furent adressés à Louis-Philippe pendant tout son règne et contribuèrent beaucoup à affaiblir le prestige de sa monarchie dans l’opinion du pays.

85. L’aristocratie nouvelle, la bourgeoisie, ne valait pas l’ancienne, la noblesse. Il soutenait cela, et les démocrates l’applaudissaient, comme s’il avait fait partie de l’une et qu’il eussent fréquenté l’autre. — « On prétendait que le règne de cette classe (la bourgeoisie) aboutissait à rétablir une nouvelle féodalité, la « féodalité financière », ou, pour parler comme Proudhon, à remplacer l’aristocratie par la « bancocratie ». Il semblait, du reste, qu’on fût bienvenu, dans ce temps, à mal parler de la bourgeoisie. C’était désormais contre elle que s’exerçait la satire, que s’acharnait la caricature ; c’était d’elle que l’on se moquait sous les traits de Prudhomme ou de Paturot. Sa prépondérance avait éveillé la jalousie. La noblesse, qu’elle traitait en vaincue, et le peuple, qu’elle traitait en suspect, étaient également empressés à la trouver en faute, et tous deux s’accordaient à lui reprocher un matérialisme dont ils se flattaient de n’être pas atteints au même degré. » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. VI, p. 48 et 49.)

86. M. d’Alton-Shée. — Le comte d’Alton-Shée (1810-1874) entra à la Chambre des pairs en 1836. Il vota d’abord avec les conservateurs, soutint la politique de Guizot, puis, en 1847, passa subitement à l’opposition. En 1848, il devint républicain très avancé.

87. Le Pape… — Pie IX avait été proclamé pape le 17 juin 1846. Il fit, dans ses États, plusieurs réformes, qui lui valurent une grande popularité. Dans les premiers jours de 1848, le Pape ne pouvait apparaître dans Rome sans être l’objet d’ovations enthousiastes. « C’est le dimanche des Rameaux qui précède la passion », dit le clairvoyant pontife. En effet, son refus de se mettre à la tête d’une sorte de croisade italienne contre l’Autriche (février 1848) fut le prélude de la révolution et de la proclamation de la république romaine.

88. L’insurrection de Palerme. — En janvier 1848, Palerme insurgée avait repoussé les troupes du roi de Naples, réclamé l’autonomie de la Sicile et la constitution libérale de 1812.

89. Le banquet du XIIe arrondissement. — L’opposition avait organisé, pour le 13 janvier 1848, un banquet réformiste dans le XIIe arrondissement de Paris (quartier du Panthéon). Le préfet de police refusa l’autorisation nécessaire. Le 7 février, M. Duvergier de Hauranne porta la question à la tribune de la Chambre des députés. La discussion se prolongea plusieurs jours. Le 12 février, le Gouvernement ne l’emportait qu’à 43 voix de majorité.

90. L’avocat venait de partir, étant nommé commissaire en province. — « Le Gouvernement avait partout remplacé les anciens préfets et les sous-préfets par des commissaires, choisis, autant que possible, parmi les républicains de la veille, c’est-à-dire parmi ceux qui n’avaient pas attendu la proclamation de la République pour se déclarer ses partisans. Mais le nombre de ces républicains de race et d’instinct était si restreint que force avait été de choisir un grand nombre de commissaires parmi les républicains du lendemain, hommes de toutes les opinions, ou pour mieux dire sans opinion, qui s’étaient bruyamment ralliés à la République après l’événement. » (Jules Trousset, Histoire d’un siècle, t. IX, p. 62.)

91. Les hommes de Caussidière. — Caussidière (1808-1861) avait été dessinateur à Lyon. Il prit part à l’insurrection d’avril 1834 et fut condamné par la Cour des pairs. Il fut amnistié en 1837. Caussidière devint préfet de police après la Révolution de 1848. Il organisa, sous le nom de Montagnards, un corps de police, composé d’anciens combattants de Février et de membres des sociétés secrètes. Ces policiers improvisés portaient des blouses bleues, des ceintures rouges et des grands sabres. Caussidière fut accusé de complicité dans l’affaire du 15 mai 1848 ; le 26 août, l’Assemblée constituante autorisa des poursuites contre lui. Caussidière se réfugia à Londres et ne rentra en France qu’en 1861.

92. Lamartine. — Lamartine eut d’abord un immense succès au lendemain de la Révolution de Février. Il fut élu à l’Assemblée constituante par dix départements, et la Seine le plaça avec 250,000 voix à la tête de ses 34 représentants. Mais une réaction ne tarda pas à se produire contre lui. Le 10 mai 1848, il ne fut placé que le quatrième sur la liste des cinq membres nommés par l’Assemblée pour la Commission exécutive. Il quitta le pouvoir avec ses collègues lors des journées de Juin et son rôle devint fort effacé. Il ne réunit que 7,910 voix pour l’élection à la présidence de la République. Il ne fut pas réélu en 1849 et n’entra à l’Assemblée législative que grâce à une élection partielle dans le département du Loiret.

93. Ledru-Rollin. — Ledru-Rollin (1809-1874) fut élu député du Mans en 1841. Il prit part à la campagne des banquets réformistes. En 1848, il devint membre du Gouvernement provisoire et ministre de l’Intérieur. Trois départements, la Seine, la Saône-et-Loire et l’Algérie l’envoyèrent à l’Assemblée constituante. L’étoile de Ledru-Rollin ne tarda pas à pâlir. Il ne fut nommé que le dernier comme membre de la Commission exécutive. Candidat à la présidence de la République contre Louis-Napoléon et Cavaignac, il n’obtint que 370,000 voix. Ledru-Rollin fut réélu à l’Assemblée législative. Chef de l’émeute du Conservatoire (13 juin 1849), il passa en Angleterre et fut condamné par contumace à la déportation. En 1870, il fut élu député à l’Assemblée nationale par trois départements, mais donna bientôt sa démission et se retira de la politique.

94. Dupont (de l’Eure). — Dupont (de l’Eure) (1767-1855) était un ancien avocat au Parlement de Normandie. Il fut membre du Conseil des Cinq-Cents, président à la Cour impériale de Rouen, député en 1814 et pendant les Cent-Jours. Réélu constamment de 1817 à 1848, il fut un des chefs du parti libéral sous la Restauration, garde des sceaux après la Révolution de Juillet jusqu’au 27 décembre 1830, député de l’opposition sous Louis-Philippe, président du Gouvernement provisoire en 1848, député à l’Assemblée constituante ; il ne fut pas réélu en 1849.

95. Albert. — Albert avait été successivement ouvrier mécanicien, puis employé chez un fabricant de boutons. En 1840 il avait fondé le journal l’Atelier. En 1848 il prit part à la Révolution de Février et fut nommé membre du Gouvernement provisoire, surtout à titre de représentant des ouvriers. Albert fut vice-président de la Commission du Luxembourg et député de la Seine à l’Assemblée constituante. À la suite de la journée du 15 mai, il fut déporté à Belle-Isle.

96. Blanqui. — Blanqui avait été enfermé au Mont-Saint-Michel après l’affaire du 12 mai 1839. Mis en liberté après la Révolution de Février, il vint à Paris et fonda le club de la Société républicaine centrale. Il prit une part prépondérante à la journée du 15 mai 1848, puis fut emprisonné à Belle-Isle.

97. Le sac des châteaux de Neuilly et de Suresnes. — Le château de Neuilly, résidence de prédilection de Louis-Philippe, fut mis à sac le 25 février 1848.

Le château de Rothschild, à Suresnes, subit le même sort au milieu des cris de : « à l’accapareur ! »

98. Les troubles de Lyon. — À Lyon, les ouvriers avaient dévasté les manufactures et détruit les machines.

99. La circulaire de Ledru-Rollin. — Avant les élections à l’Assemblée constituante, Ledru-Rollin, ministre de l’Intérieur, envoya une circulaire aux commissaires du Gouvernement provisoire pour leur recommander de préparer le succès des républicains éprouvés, « les républicains de la veille », comme on disait alors.

100. Le cours forcé des billets de Banque. — L’argent s’était épuisé et la Banque de France fut sur le point de suspendre ses payements. On décréta le cours forcé des billets de banque ; mais, pour éviter une dépréciation, l’émission des billets à cours forcé fut limitée à 250 millions.

101. L’impôt des quarante-cinq centimes. — Le 16 mars 1848, sur la proposition de Garnier-Pagès, le Gouvernement provisoire décida une augmentation de 45 centimes p. 100 sur les quatre contributions directes. Cette mesure mécontenta beaucoup le pays.

102. Flocon. — Flocon (1800-1866) avait été rédacteur en chef de la Réforme. En 1848, il fut membre du Gouvernement provisoire, ministre du Commerce, député de la Seine à l’Assemblée constituante.

Flocon échoua aux élections de 1849 à l’Assemblée législative, dirigea un journal à Colmar, fut proscrit lors du coup d’État et mourut en Suisse.

103. Il était de ceux qui, le 25 février, avaient voulu l’organisation immédiate du travail. — Le 25 février 1848, une manifestation tumultueuse eut lieu à l’Hôtel de Ville. « C’est la question sociale qui surgit. Ceux qui ont fait la Révolution vont-ils mourir de faim, comme après 1830 ? Telle est, en réalité, le point d’interrogation qui se dresse en ce moment.

« On ouvre la pétition. Elle demande : l’organisation du travail ; le droit au travail garanti ; le minimum assuré pour l’ouvrier et sa famille en cas de maladie ; le travailleur sauvé de la misère, lorsqu’il est incapable de travailler.

« En quelques mots, le pétitionnaire, dont l’animation ne tarde pas à cesser, invoque les souffrances et la vie précaire des ouvriers, qui meurent de privation au milieu des richesses qu’ils produisent ; cette question qui se dresse tout à coup, surprend plupart des membres du Gouvernement provisoire, qui n’y sont pas préparés. Lamartine et plusieurs autres ont ignoré jusque-là qu’il y eût vraiment une question sociale. Ils croyaient que quelques esprits dévoyés avaient imaginé ce moyen de se mettre en évidence. Ils se révoltèrent d’abord à l’idée de donner satisfaction aux prolétaires : « Vous me couperez la main avant que je signe cela ! », s’écria Lamartine. Mais Louis Blanc plaida chaleureusement la cause des ouvriers, Garnier-Pagès se laissa convertir le premier, et paraissant à une fenêtre, apaisa la multitude en lui faisant des promesses. La proclamation suivante fut aussitôt rédigée et signée par tous les membres du Gouvernement : « Le Gouvernement provisoire de la République française s’engage à garantir l’existence de l’ouvrier par le travail et à garantir du travail à tous les citoyens ; il reconnaît que les ouvriers doivent s’associer entre eux pour jouir du bénéfice légitime de leur travail ; il rend aux ouvriers, auxquels il appartient, le million qui va échoir de la liste civile. » (Jules Trousset, Histoire d’un siècle, t. IX, p. 40. )

104. L’Assemblée nationale fut fondée le 29 février 1848. Rédigée par d’anciens fonctionnaires de la Monarchie de Juillet, elle combattit la politique du Gouvernement provisoire. Suspendue après les journées de Juin, elle reparut le 7 août suivant.

105. Il avait défendu les bureaux de la Presse. — Avant les élections à l’Assemblée constituante, Émile de Girardin avait posé, dans la Presse, la question de savoir ce que ferait le Gouvernement provisoire si les députés ne proclamaient pas la République. De là cette agression organisée par des clubistes contre son journal.

106. Quand on envahit la Chambre… — Le 15 mai 1848, la Chambre fut envahie par des manifestants, qui l’occupèrent pendant plusieurs heures, proclamant la dissolution de l’Assemblée et un nouveau Gouvernement provisoire. L’émeute fut réprimée par la garde nationale et la garde mobile.

107. Les conférences du Luxembourg. — « Le 28 février, une députation des disciples et des partisans de la doctrine étatiste de Louis Blanc, suivie d’environ 2,000 ouvriers, se présenta à l’Hôtel de Ville pour demander la création d’un ministère du progrès, destiné à organiser le travail. Louis Blanc insista vivement pour donner à la résolution un sens social en mettant un terme à l’exploitation des prolétaires.

« La majorité du Conseil répondit qu’il existait un ministère des Travaux publics et que cela paraissait suffisant. La discussion devint pénible. Louis Blanc, que l’on avait admis, ainsi que les autres secrétaires, à faire partie du Gouvernement provisoire, offrit de donner sa démission, ce qui, dans les circonstances présentes, aurait eu des circonstances désastreuses et pouvait même faire naître une guerre civile. Ses collègues refusèrent sa démission, et pour concilier toutes les opinions, offrirent une transaction qui consistait à nommer une commission qui élaborerait toutes les questions relatives au travail et à l’amélioration matérielle des ouvriers. Louis Blanc, nommé président de cette Commission, avec Albert pour vice-président, rédigea de suite un décret constitutif, dont il donna lecture au peuple assemblé sur la place de l’Hôtel de Ville. Les ouvriers se retirèrent en criant : Vive la République ! et en chantant la Marseillaise.

« Le siège de la Commission fut fixé au Luxembourg, La première séance eut lieu le 1er mars.

« Cette création fut d’abord accueillie avec une certaine sympathie, parce qu’on espéra que des discussions paisibles entre patrons et ouvriers produiraient la conciliation et l’apaisement. Les premières questions que l’on débattit furent celles des heures de travail et du marchandage. Après une discussion approfondie, des résolutions furent adoptées et soumises au Gouvernement qui les formula en décret le 2 mars. La journée de travail fut diminuée d’une heure, et réduite, à Paris, de onze à dix heures ; en province, de douze à onze heures.

« Le marchandage fut aboli, c’est-à-dire qu’il fut défendu à des ouvriers de prendre à tâche un travail pour le faire faire par d’autres ouvriers, sur lesquels ils prélèvent un bénéfice qui va quelquefois jusqu’à la moitié du prix payé par le patron. Le marchandage est un abus, sans doute ; mais c’est l’un des mille détails de la question sociale. Son abolition fut très maladroite en ce moment de crise. Les intermédiaires ont souvent leur utilité et sont quelquefois même indispensables à certaines industries ; l’abus réside surtout dans les bénéfices exagérés qu’ils prélèvent sur l’ouvrier, ce qui leur a valu le nom populaire de buveurs de sueur. Le décret qui les supprimait devait rester sans effet. Il ne fit que mécontenter une foule de petits bourgeois qui avaient acclamé la Révolution de Février. Ce ne fut pas son seul résultat. Les intermédiaires ne prirent, pendant quelque temps, de l’ouvrage que pour eux seuls et n’en donnèrent pas aux ouvriers, qui restèrent sans travail et encombrèrent les ateliers nationaux. Les patrons, dont les affaires périclitaient, par suite de la crise, ne firent presque plus travailler…

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

« Au Luxembourg, la Commission présidée par Louis Blanc siégeait dans la salle éclatante d’or, de peintures et de moulures, où les pairs de France se réunissaient auparavant. La conférence prenait un aspect grave et presque solennel, comme pour mériter le titre de pairie ouvrière, qu’on lui donnait quelquefois ; là se trouvaient des économistes, des socialistes, des ouvriers et des patrons soucieux de résoudre le problème si intéressant, mais si complexe de l’organisation du travail. Parmi ce parlement en blouse, on remarquait trois bonnets féminins : c’étaient trois déléguées des brocheuses, des coloristes et des pileuses. Les huissiers de l’ancienne pairie, en grand costume, avec frac noir, cravate blanche et épée, faisaient leur service comme si rien n’eût été changé. Les délégués des corporations ne discutaient que les théories de Louis Blanc, ce qui enlevait à leur enquête tout caractère d’indépendance… » (Jules Trousset, Histoire d’un siècle, t. IX, p. 52, 53, 54, 60 et 61.)

108. Les ateliers nationaux. — « Les Ateliers nationaux, ouverts en vertu du décret du 27 février, avaient été constitués de la manière suivante. Tous les ouvriers sans travail y étaient admis ; ils étaient groupés militairement par escouades, brigades, compagnies. Quel que fût leur métier, maçons, ciseleurs, tapissiers, ébénistes, cordonniers, terrassiers de profession, ils étaient uniformément employés à des terrassements, en particulier aux terrassements nécessités par la construction de la gare Saint-Lazare et de la gare Montparnasse. Le salaire était de deux francs par jour : on eut dès le premier jour dix mille ouvriers. Comme on ne pouvait pas les utiliser tous à la fois sur les chantiers, on donna néanmoins à ceux qui ne travaillaient pas 1 fr. 50, et l’on établit un roulement de travail et de repos entre les équipes. La possibilité de gagner trente sous sans rien faire, attira aux Ateliers nationaux nombre de paresseux et de vagabonds, qui accoururent même de la province.

« D’autre part l’agitation socialiste, effrayant la bourgeoisie, avait amené l’arrêt presque complet du commerce ; faute de commande, les ateliers privés se fermaient, et par là de nouveaux contingents d’ouvriers sans travail affluèrent aux Ateliers nationaux. On y comptait plus de 60,000 hommes au milieu d’avril et, quoique l’on eût diminué les salaires, ramenés à 8 francs par semaine, 117,000 au mois de mai. Comme tous les travaux utiles étaient achevés, on les employait à déplacer des pavés, à remuer de la terre pour rien, au Champ de Mars ; il en coûtait plus de 150,000 francs par jour à l’État.

« Cette ruineuse organisation des Ateliers nationaux s’était faite malgré les protestations de Louis Blanc. Présentée comme l’application de son système, elle n’en était pas même la caricature. Louis Blanc eût voulu que les ouvriers fussent groupés d’après leur profession, et que le Gouvernement se bornât à leur prêter l’argent nécessaire au fonctionnement d’ateliers qu’ils organiseraient et exploiteraient eux-mêmes, à leurs risques et périls. L’expérience fut faite par des tailleurs, auxquels on donna l’entreprise de l’habillement de la garde nationale ; elle réussit. Les Ateliers nationaux furent organisés contre Louis Blanc, par un de ses collègues du Gouvernement provisoire, Marie, dont le but, de son propre aveu, était de ruiner la popularité de Louis Blanc et de démontrer aux ouvriers que les théories sur l’organisation du travail étaient « vides, fausses et inapplicables ». L’expérience faite sans bonne foi avait coûté des millions inutilement gaspillés ; elle allait coûter des flots de sang. » (Albert Malet, Histoire contemporaine, p. 394.)

109. Malgré la loi contre les attroupements. — Grâce à cette loi, de nombreuses arrestations eurent lieu sur les boulevards.

110. Vive Napoléon ! — Louis Napoléon était rentré en France après la Révolution de Février.

« Il accourut à Paris et adressa la lettre suivante au Gouvernement provisoire :

Paris, le 28 février 1848.
Messieurs,

Le peuple de Paris ayant détruit, par son héroïsme, les derniers vestiges de l’invasion étrangère, j’arrive de l’exil me ranger sous le drapeau de la République, qu’on vient de proclamer. Sans autre ambition que celle de servir mon pays, je viens annoncer mon arrivée aux membres du Gouvernement provisoire, et les assurer de mon dévouement à la cause qu’ils représentent, comme de ma sympathie pour leurs personnes.

Recevez, Messieurs, l’assurance de ces sentiments.

« Louis-Napoléon Bonaparte. »

« Malgré cette adhésion spontanée de Louis-Napoléon à la République, le Gouvernement provisoire ne crut pas prudent de l’autoriser à séjourner en France, tant que l’Assemblée nationale n’aurait pas décidé du sort des anciennes familles régnantes que les lois tenaient exilées.

« Louis-Napoléon retourna en Angleterre.

« Il laissait à Paris quelques amis dévoués, qui travaillèrent avec ardeur à réunir les éléments d’un parti napoléonien. Des journaux furent créés, des brochures répandues, tous les moyens de propagande mis en œuvre pour populariser le nom de Louis-Napoléon. La prodigieuse influence que le souvenir de l’Empereur exerçait encore sur le peuple des villes et des campagnes rendait cette tâche facile. Aussi eut-elle un succès aussi rapide que considérable. Dès les premiers jours de mai jusqu’aux journées de Juin, le cri de « Vive Napoléon ! » fut souvent le cri dominant dans les agitations populaires. » (Eugène Ténot, Paris en décembre 1851, p. 8 et 9.)

111. À bas Marie ! — C’était Marie qui avait soutenu, avec beaucoup de véhémence, à la tribune de l’Assemblée, le projet de loi sur les attroupements.

112. Le bannissement des d’Orléans. — L’Assemblée constituante vota le bannissement des d’Orléans le 26 mai 1848. Le lendemain, elle abrogeait la loi de bannissement contre les Bonaparte.

113. Proudhon. — Proudhon (1809-1865) avait publié, en en 1840, son fameux mémoire : Qu’est-ce que la Propriété ? Après la Révolution de Février il fonda le Représentant du Peuple, qui fut bientôt supprimé. Député de la Seine, il développa à la tribune de l’Assemblée constituante (31 juillet 1848) ses théories sociales en présentant un projet d’impôt sur le revenu, qui fut repoussé. De 1848 à 1850, il fonda successivement trois journaux, qui succombèrent sous les condamnations : le Peuple, la Voix du Peuple, puis de nouveau le Peuple. Le 31 janvier 1849, il créa sa Banque du Peuple, mais fut interrompu dans cette œuvre par une condamnation à trois ans de prison pour délit de presse.

114. Considérant. — Considérant avait donné sa démission de capitaine du génie pour se consacrer à la propagande fouriériste. À la mort de Fourier (1837) il prit la direction de la Phalange, qui fut remplacée en 1845 par un organe quotidien, la Démocratie pacifique. Considérant fut député à la Constituante et à la Législative.

115. Grâce à M. de Falloux. — M. de Falloux avait été nommé rapporteur dans la question des Ateliers nationaux et avait conclu à leur dissolution immédiate.

116. Bréa. — Le général Bréa fut tué par les insurgés à la barrière de Fontainebleau, le 25 juin.

117. Négrier. — Le général de Négrier (1788-1848) fut tué le 25 juin.

118. Le représentant Charbonnel. — Le représentant Charbonnel fut tué place de la Bastille, le 25 juin.

119. L’archevêque de Paris. — Mgr Affre (1793-1848), qui tomba victime de son héroïsme pendant les journées de Juin, était archevêque de Paris depuis 1840. Il avait été successivement professeur à Saint-Sulpice, grand vicaire de Luçon (1821), d’Amiens (1823), coadjuteur de Strasbourg (1839).

120. Sénécal, enfermé aux Tuileries sous la terrasse du bord de l’eau. — 1,500 prisonniers furent enfermés sous la terrasse des Tuileries.

121. Tiens ! en voilà ! dit le père Roque, en lâchant son coup de fusil. — « Pendant la nuit du 26 au 27, l’autorité militaire, voulant donner un peu d’air à cette horrible prison (la terrasse des Tuileries), fit sortir 250 détenus et les confia aux gardes nationaux de province. Pendant que ceux-ci les emmenaient, l’un d’eux, qui était ivre, fit partir son fusil ; les autres crurent que les prisonniers se révoltaient et tirèrent dans le tas ; les postes d’alentour accoururent et tirèrent, dans l’obscurité, sur les provinciaux comme sur les insurgés. En quelques instants, 200 morts ou blessés jonchèrent le sol. » (Jules Trousset, Histoire d’un siècle, t. IX, p. 162 et 163.)

122. Lamoricière. — Lamoricière (1806-1865) s’était fait connaître par les guerres d’Algérie. Député de la Sarthe en 1846, il avait été réélu à l’Assemblée constituante de 1848. Il seconda Cavaignac dans la répression des journées de Juin et fut ministre de la Guerre du 28 juin au 20 décembre 1848. Député à l’Assemblée législative, Lamoricière fut chargé de mission extraordinaire en Russie. Arrêté pendant la nuit du 2 décembre, il fut emprisonné à Ham, puis exilé et ne rentra en France qu’en 1857. Lamoricière commanda l’armée pontificale en 1860, mais fut écrasé à Castelfidardo par des forces supérieures.

123. Cavaignac. — Cavaignac (1802-1857) s’était distingué dans les guerres d’Algérie. En 1848 il était gouverneur de la province d’Oran. Le 2 mars 1848, il fut nommé gouverneur de l’Algérie. Élu à l’Assemblée constituante par les départements de la Seine et du Lot, il fut chargé du portefeuille de la Guerre. Pendant l’insurrection de Juin, l’Assemblée lui délégua le pouvoir exécutif. Le 29 juin il résigna ses fonctions, mais l’Assemblée le nomma chef du pouvoir exécutif jusqu’au 20 décembre 1848. Après avoir été le concurrent malheureux de Louis-Napoléon à la présidence de la République, il fut élu à l’Assemblée législative par le département du Lot. Au 2 décembre, il fut enfermé à Ham.

124. La proposition Rateau. — M. Rateau, député de la Charente, avait présenté le 8 janvier 1849 un projet de dissolution de l’Assemblée constituante et d’élection d’une Assemblée législative. Ce projet, soutenu par Montalembert et combattu par Jules Grévy, fut renvoyé le 12 janvier à l’examen des bureaux. Appuyée de nombreuses pétitions, la proposition Rateau fut adoptée le 29 janvier 1849.

125. Assez de lyre ! — Lors de l’envahissement de l’Assemblée (15 mai 1848) Lamartine essaya de haranguer les émeutiers, mais de leurs rangs s’élevèrent plusieurs cris de : Assez de lyre comme ça !

126. L’affaire du Conservatoire. — Le 13 juin 1849, une manifestation avait été organisée pour protester contre l’expédition de Rome.

« Un certain nombre de représentants montagnards se sont rassemblés dans la matinée, au siège ordinaire de leur groupe, rue du Hasard, près de la rue de Richelieu. De là, escortés par Guinard, colonel de l’artillerie de la garde nationale, ils se rendent au Conservatoire des Arts et Métiers, au centre du quartier le plus populeux et le plus remuant : 300 artilleurs de la garde nationale, sur plus de 12,000, ont seuls répondu à leur appel. La population ne bouge pas.

« Ils rédigent une proclamation où ils déclarent la Montagne en permanence et appellent le peuple et l’armée à la défense de la Constitution violée.

« Les troupes arrivent de toutes parts et emportent rapidement quelques barricades hâtivement élevées autour du Conservatoire. Les artilleurs de la garde nationale et plusieurs insurgés tirent quelques coups de fusil et lâchent pied. Le Conservatoire est occupé, sans autre résistance, par une compagnie de la garde nationale, qui précède un détachement d’infanterie.

« Les représentants, réunis dans la salle des dessins, ne songent plus qu’à la fuite. Ils quittent rapidement leur écharpe, sautent dans le jardin et s’échappent par la grille qui donne sur la rue Vaucanson. Ils se confondent dans la foule d’artilleurs et d’ouvriers qui se sauvent par le même chemin.

« Ledru-Rollin et quelques-uns de ses amis, qui n’ont pas quitté leur costume, sont reconnus, arrêtés, alignés le long d’un mur, en face d’un peloton d’exécution. Un officier va donner le signal de l’exécution, quand un chef supérieur accourant à toute bride, fait relever les fusils. Les représentants parviennent à quitter le Conservatoire. Ledru-Rollin se cache pendant trois semaines et gagne l’Angleterre, d’où il ne reviendra qu’après la chute de l’Empire. » (Jules Trousset, Histoire d’un siècle, t. IX, p. 221 et 222.)

127. Changarnier. — Changarnier (1793-1877) avait été remarqué pendant les guerres d’Algérie.

Rentré en France en 1848, il s’était mis spontanément à la tête des troupes qui avaient dispersé l’émeute du 16 avril. Le 4 juin 1848 il fut élu député de la Seine. Cavaignac lui confia le commandement de la garde nationale. Changarnier avait la réputation d’un homme énergique ; il devint bientôt l’espoir de la droite et fut considéré comme une sorte de Monck. L’écrasement de l’émeute du Conservatoire (13 juin 1849) augmenta encore sa réputation « d’homme à poigne ». Louis-Napoléon lui enleva son commandement aux approches du coup d’État (janvier 1851).

128. Les pontons de Belle-Isle. — Un grand nombre d’émeutiers de juin étaient détenus à Belle-Isle.

129. Refus d’allocation… au Président. — Le 10 février 1851, le Ministre des Finances avait demandé à l’Assemblée un supplément de traitement de 1,800,000 francs pour le Prince-Président. L’Assemblée avait repoussé cette demande par 396 voix contre 294.

130. M. Piscatory. — Piscatory (1799-1870) avait été député conservateur (1832-1842), ministre plénipotentiaire à Athènes (1844-1846), pair de France (1846), ambassadeur en Espagne (1847). Député à l’Assemblée législative (1849), il se montra très hostile à Louis-Napoléon.

131. Montalembert. — Montalembert (1810-1871) joua un rôle très marqué à l’Assemblée constituante et à l’Assemblée législative.

132. M. Chambolle. — Chambolle, après avoir collaboré au Courrier Français et au National, fut directeur du Siècle jusqu’en 1848. Député de la Vendée de 1828 à 1848, il siégeait à la gauche dynastique. Réélu à l’Assemblée législative (1849), il vota avec la droite et fut l’un des députés arrêtés le 2 décembre à la mairie du Xe arrondissement.

133. Ils tuent notre République… — Le 10 janvier 1851, à la tribune de l’Assemblée, Thiers avait prononcé le mot fameux : l’Empire est fait !

134. Et la pauvre Venise… — Venise avait été reprise par les Autrichiens le 25 août 1849.

135. La pauvre Pologne. — Les Autrichiens et les Prussiens faisaient des répressions très dures en Galicie et dans le grand-duché de Posen.

136. La pauvre Hongrie. — L’insurrection hongroise avait été écrasée en août 1849.

137. D’abord, on a abattu les arbres de la Liberté. — Au commencement de l’année 1850, le préfet de police Carlier fit enlever les arbres de la Liberté.

138. Puis restreint le droit de suffrage. — La loi électorale du 31 mai 1850 stipulait que, pour être électeur, il faudrait être domicilié depuis trois ans dans la commune et que le fait fût prouvé par l’inscription sur les registres de l’impôt.

139. Fermé les clubs. — Le 6 juin 1850, l’Assemblée avait voté la prorogation pour une année de la loi du 19 juin 1849 contre les clubs.

140. Rétabli la censure. — Le 16 juillet 1850, l’Assemblée avait voté une loi sur la presse.

141. Livré l’enseignement aux prêtres. — La loi de 1850 sur l’enseignement était très libérale. Pour l’instruction primaire, elle attribuait la nomination des instituteurs publics au Conseil municipal et, à son défaut, au Conseil académique.

Dans l’enseignement secondaire, le monopole de l’Université était aboli. Le certificat d’études, faites ou achevées dans un établissement de l’État, n’était plus nécessaire pour se présenter au baccalauréat.

142. Des conservateurs nous souhaitent bien les Cosaques. — Romieu écrivait dans une brochure fameuse alors, le Spectre rouge :

« Cette société de procureurs et de boutiquiers est à l’agonie, et si elle peut se relever heureuse, c’est qu’un soldat se sera chargé de son salut. Le canon seul peut régler les questions de notre siècle, et il les réglera, dût-il arriver de la Russie. »

143. Nadaud. — Nadaud était un ouvrier maçon venu de la Creuse à Paris en 1830. Converti au socialisme par Cabet, il prit la parole dans les clubs de Paris en 1848. Ses compatriotes de la Creuse l’envoyèrent à l’Assemblée législative, où il siégea sur les bancs de la Montagne. Il fut exilé après le coup d’État.