Jane Austen, sa vie et son œuvre/1/7

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CHAPITRE VII


Dernières œuvres et dernières années.
« Emma ». « Persuasion ».


À mesure que se répandait le renom de ses livres, Jane Austen recevait, avec des louanges, des avis et des conseils. Amis et lecteurs se croyaient le droit d’enseigner à l’auteur d’« Orgueil et Parti pris » comment il convenait de s’y prendre pour bien écrire un roman. Lorsqu’on lui proposait comme modèle « Maîtrise de soi-même » par l’obscure Mary Brunton, « Rosanne », ou bien encore « Margiana », dont les titres ne sont pas complètement oubliés parce qu’elle les a énumérés dans sa correspondance, Jane Austen se contentait de sourire. Ses conseillers bénévoles pouvaient ainsi la croire toute disposée à faire son profit des judicieux avis dont ils l’avaient gratifiée. Mais elle écrivait à sa sœur : « Je vais me réhabiliter aux yeux de Mr. D. en écrivant une imitation aussi exacte que possible de « Maîtrise de soi-même ». Je veux même renchérir sur une œuvre si belle. Mon héroïne ne se contentera pas d’être entraînée par le courant d’une rivière d’Amérique et de voguer à la dérive ; elle traversera l’Atlantique, seule dans un canot, et ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint Gravesend ». [1] Elle utilisa cependant certaines idées qu’on lui avait suggérées, mais pour écrire quelques pages humoristiques, retrouvées plus tard parmi ses papiers et intitulées : « Plan d’un roman que j’écrirai en me servant d’idées fournies par diverses personnes ».

Ce fut pour s’affirmer à elle-même sa volonté de rester fidèle à la vérité en dépit du goût de l’époque pour le romanesque et la fade sentimentalité qu’elle annonça en commençant « Emma » : « Je vais choisir une héroïne qui ne plaira guère à personne qu’à moi ». [2] Il est probable que Jane Austen commença « Emma » immédiatement après avoir achevé « Le Château de Mansfield ». Pendant l’hiver et le printemps suivants, qu’elle passa à Chawton, la solitude du Cottage fut égayée par l’évocation des personnages qui évoluent autour de la charmante Miss Woodhouse dans la petite ville de Highbury. Nous ne savons cependant rien de précis sur la vie — apparemment heureuse et très bien remplie — de Jane Austen en 1815 avant le mois d’octobre. À ce moment, son frère Henry étant tombé dangereusement malade à Londres, elle se rendit auprès de lui, accompagnée de Cassandre. À leur arrivée, les deux sœurs trouvèrent le malade dans un état très alarmant. Mais, au bout de quelques jours le docteur l’ayant déclaré hors de danger, Cassandre retourna à Chawton auprès de Mme Austen, laissant à Jane la charge de surveiller la convalescence de leur frère.

Le docteur qui soignait Henry Austen était un des médecins du Prince Régent et savait que la sœur de son malade était l’auteur d’« Orgueil et Parti pris ». Il apprit un jour à Jane que le Prince admirait grandement ses livres, les relisait souvent, et en possédait des exemplaires dans la bibliothèque de chacune de ses nombreuses résidences. Il ajouta que le Prince avait ordonné à Mr. Clarke, son bibliothécaire, d’aller présenter ses respects à l’auteur du fameux roman. En effet, Mr. Clarke se rendit le lendemain à Hans Place. Il engagea Jane Austen à visiter Carlton House, disant qu’il avait reçu de son maître l’ordre de lui montrer la bibliothèque et de se mettre entièrement à sa disposition. Il semble aujourd’hui que le « premier gentilhomme de l’Europe » fit preuve d’assez peu de courtoisie en invitant Miss Austen à admirer les murs de son palais et les rayons de sa bibliothèque. Cependant, on peut supposer que des considérations d’étiquette empêchèrent le Régent de témoigner d’autre façon son estime pour le talent d’une romancière. Jane Austen accepta d’ailleurs l’invitation, et, en lui faisant visiter Carlton House, Mr. Clarke lui apprit que, si elle publiait prochainement un roman, elle avait la pleine et entière permission de le dédier au Prince. Les arrangements nécessaires pour la publication d’« Emma » ayant été faits avec l’éditeur Murray avant la maladie d’Henry Austen, le roman était alors en cours d’impression. Ne sachant si elle devait considérer la permission de dédier un livre au Prince Régent comme un désir ou comme un ordre, Jane Austen écrivit à Mr. C.larke pour lui exposer son embarras et lui demander quelle conduite elle devait tenir.

Hans Place, 15 novembre 1815.
Monsieur,

Permettez-moi de vous poser une question. Parmi les flatteuses choses que vous m’avez dites lundi dernier pendant ma visite à Carlton House, vous m’avez annoncé que je pouvais me considérer autorisée à dédier un de mes prochains ouvrages à Son Altesse le Prince Régent, sans avoir à solliciter d’autre permission. Tel est du moins ce que j’ai cru comprendre. Comme je désire ne pas me tromper sur la valeur de cette autorisation, je vous prierai de vouloir bien me dire ce qu’elle signifie au juste, et s’il est nécessaire que je prouve ma gratitude pour l’honneur qui m’est fait en dédiant au Prince un roman aujourd’hui sous presse. Il me serait également pénible de montrer ou trop de présomption, ou trop peu de reconnaissance.

La réponse de l’aimable et bienveillant Mr. Clarke arriva le lendemain. L’excellent homme, tout en déclarant de la plus courtoise façon que le Régent désirait seulement que Miss Austen lui fit l’honneur d’une dédicace, crut bon de donner quelques avis à une jeune femme évidemment très discrète et très timide. Sa lettre et la réponse qu’y fit Jane Austen, méritent d’être citées en entier.

Carlton House, 16 novembre 1815.
Chère Madame,

Vous n’êtes en aucune façon tenue de dédier à Son Altesse Royale votre roman en ce moment sous presse. Mais si vous désirez faire cet honneur au Régent, maintenant ou en une prochaine occasion, je suis heureux de vous envoyer la permission de le faire, permission qui vous dispense de toute autre demande ou formalité. Vos ouvrages récents, Madame, et en particulier « Le Château de Mansfield » font le plus grand honneur à votre génie et à vos principes. À chaque nouvel ouvrage, votre esprit semble gagner en force et en puissance d’observation. Le Régent a lu et admiré tout ce que vous avez publié. Acceptez mes meilleurs remerciements pour le plaisir que m’ont procuré vos livres. En les lisant, j’avais souvent éprouvé le grand désir de vous écrire pour vous féliciter. En même temps, j’aurais désiré vous demander de peindre, dans un nouvel ouvrage, le milieu, le caractère et les goûts d’un clergyman qui passerait sa vie, tantôt dans la capitale, tantôt à la campagne et ressemblerait un peu au « Ménestrel » de Beattie : « Muet dans la joie, affectueux quoique timide, — Mélancolique et réservé d’aspect, — Et parfois faisant un éclat de rire, sans que nul en sût la raison ». Ni Goldsmith, ni La Fontaine, dans son « Tableau de famille » [3] n’ont, à mon sens, exactement dépeint un clergyman anglais de notre temps, voué à l’étude des lettres qu’il aime par-dessus tout et incapable de causer jamais la moindre peine à qui que ce soit. Je vous en prie, chère Madame, réfléchissez un peu à tout cela.

Croyez-moi en tout temps, sincèrement et respectueusement, votre fidèle et obligé serviteur.

J. S. Clarke.


Jane Austen ne manqua pas de réfléchir à tout cela et le fit d’une façon dont le bon Mr. Clarke ne se douta jamais. Cette lettre lui fournit quelques passages de son « Plan d’un roman ». On lit, en effet, dans ce « Plan » satirique : « Le père de l’héroïne sera le plus excellent homme qu’on puisse voir, parfait sous le rapport des qualités, du caractère et des manières, sans le plus léger défaut ou la moindre originalité qui puisse l’empêcher d’être le plus agréable compagnon qui soit. Prêtre de paroisse de mœurs exemplaires, il sera passionnément attaché aux lettres… Au moment de mourir — cette scène se passera au Kamtchaka — le père épuisé se jettera à genoux, et après cinq ou six heures d’affectueuses recommandations et d’avis solennels donnés à son enfant affligée, il expirera dans un élan d’amour des belles-lettres ». [4]

Tout en se divertissant à la lecture des « avis solennels » que lui envoyait son correspondant, Jane Austen était une femme du monde trop accomplie pour répondre à des conseils ridicules, mais bienveillants, par autre chose qu’une défaite courtoisement ironique :

11 décembre 1815.
Cher Monsieur,

Mon « Emma » étant si près de la publication, je tiens à vous assurer que je n’ai pas oublié votre recommandation d’envoyer immédiatement un exemplaire à Carlton House. Mr. Murray m’a promis que le roman sera envoyé à Son Altesse Royale trois jours avant la mise en vente, sous une enveloppe qui vous sera adressée. Je profite de cette occasion pour vous remercier des très généreuses louanges que vous donnez à mes autres romans. J’ai trop de vanité pour jamais souhaiter vous convaincre que vous les avez loués au-delà de leur mérite. Mon plus grand souci pour l’instant est que mon quatrième livre ne soit pas indigne de ce qu’il y avait de bien dans les autres. Mais sur ce point, je dois vous avouer en toute franchise, que — malgré mon désir de le voir bien accueilli — je suis hantée par l’idée que, aux yeux de tels de mes lecteurs qui préfèrent « Orgueil et Parti pris » il paraîtra moins spirituel, et que, aux yeux de ceux qui préfèrent « Le Château de Mansfield », il semblera moins raisonnable. Tel qu’il est, j’espère que vous me ferez le plaisir d’en accepter un exemplaire, Mr. Murray a mes instructions pour vous l’envoyer. Je suis grandement touchée à la pensée que vous me jugiez capable de peindre un clergyman semblable à celui dont vous me parlez dans votre lettre du 16 novembre. Mais je vous assure que cette tâche est au-dessus de mes moyens. Je pourrais peut-être réussir le côté comique du personnage mais non pas ce qu’il devrait avoir de perfection, d’enthousiasme, d’amour des belles-lettres. La conversation d’un homme de ce genre doit souvent rouler sur des sujets de science et de philosophie qui me sont étrangers. Du moins, elle doit parfois être émaillée de citations et d’allusions qui dépassent les connaissances d’une femme, lorsque celle-ci, comme moi, ne sait rien que sa langue maternelle et n’est point versée dans les auteurs. Une éducation classique ou une connaissance très étendue de la littérature anglaise, ancienne et moderne, me semble indispensable à l’écrivain qui voudrait bien réussir ce portrait. Quant à moi, je crois pouvoir me dire, en toute vanité, la femme la plus ignorante et la moins instruite qui ait jamais osé écrire.

Croyez-moi, cher Monsieur, votre très obligée et très humble servante.

Jane Austen.


Ce refus poli et souriant ne découragea pas M. Clarke. Quelque temps après, il fut nommé chapelain du Prince Léopold de Saxe-Cobourg, qui allait bientôt épouser la Princesse Charlotte, fille unique du Prince Régent. Et — par un trait qui le rapproche du révérend Mr. Collins d’« Orgueil et Parti pris » — son zèle à imaginer des attentions délicates à l’adresse de ses nobles maîtres, lui suggéra l’ingénieuse idée de proposer un nouveau sujet à Miss Austen. En lui transmettant les remerciements du Prince Régent pour l’envoi d’« Emma », il lui écrivit qu’un roman historique « traitant de l’auguste maison de Cobourg serait à l’heure actuelle d’un grand intérêt ». Non moins courtoisement qu’auparavant, mais avec une fermeté qui devait couper court à tout autre tentative de la part de l’officieux bibliothécaire, Jane Austen lui adressa la lettre suivante :


Mon cher Monsieur,

Je suis très honorée des remerciements du Prince et vous suis très obligée de la bonté avec laquelle vous parlez de mon ouvrage. Je dois aussi vous remercier d’une lettre que vous m’aviez envoyée à Hans Place. J’ai été très touchée de toute la bienveillance qu’elle exprimait. J’espère que vous avez vu en mon silence une preuve de ma crainte de vous faire perdre votre temps à lire des remerciements oiseux. Je vous adresse mes meilleures félicitations pour toutes les situations honorifiques auxquelles vos talents et vos travaux littéraires vous ont fait parvenir comme pour celles que vous devez à l’estime du Prince Régent. Vos nouvelles fonctions vont, je l’espère, vous conduire à d’autres encore plus élevées. Il me semble que les services rendus aux princes ne sont jamais trop récompensés car les sacrifices de temps et de liberté qu’ils exigent n’ont pas de prix.

Il est très aimable à vous de m’indiquer le genre de composition qui pourrait me faire bien voir à l’heure actuelle. Je conçois aisément qu’un roman historique sur la maison de Cobourg pourrait me valoir plus de profit et de célébrité que ces peintures de la vie de famille et de la vie de province auxquelles je me consacre. Mais il me serait aussi impossible d’écrire un roman historique qu’un poème épique. Je ne pourrais être poussée à écrire un ouvrage d’imagination du genre sérieux par un autre désir que celui d’échapper à une mort certaine. Si j’étais absolument obligée de continuer sur ce ton et de ne jamais me laisser aller à rire de moi-même ou des autres, je serais bien sûre d’être pendue avant la fin du premier chapitre. Non, il faut que je m’en tienne à mon genre et continue d’écrire à ma façon. Même si en continuant je ne peux désormais réussir, je serai malgré tout persuadée que, dans tout autre genre que le mien, je n’aurais jamais connu que l’insuccès.

Chawton, près d’Alton, le 1er avril 1816.


Avec « Emma » qui est peut-être son chef-d’œuvre et dans lequel se révèle plus clairement que jamais la perfection de son talent et la sûreté de son goût, Jane Austen revint au genre qu’elle avait créé et dont elle s’était écartée dans « Le Château de Mansfield » en tentant de faire à certaines pages œuvre de moraliste.

Emma Woodhouse juge que les forces de la destinée et le jeu des événements ont souvent grand besoin de la direction intelligente qu’elle se sent capable de leur donner. Sa première entreprise est d’amener sa protégée, Harriet Smith, et Mr. Elton, le jeune pasteur de Highbury, à s’éprendre l’un de l’autre. Elle se félicite déjà de son succès lorsqu’elle subit une désillusion aussi cruelle qu’imprévue : au lieu de la prendre pour confidente des sentiments que lui inspire Miss Smith, le révérend Elton fait à Emma l’aveu de l’attachement dévoué, respectueux et tendre qu’il ressent pour la « charmante Miss Woodhouse ».

Après un instant de découragement, Emma sent renaître sa confiance en elle-même. Une nouvelle tache s’offre d’ailleurs à son activité. Frank Churchill, qui est jeune, riche et bien né, est fort empressé auprès d’elle ; il suffira d’un peu d’adresse pour incliner le jeune homme à donner à Harriet l’affection qu’Emma ne paie point de retour. Nouvelle déception : les assiduités de Frank Churchill envers Emma n’ont jamais eu d’autre but que d’égarer les soupçons des indifférents et des indiscrets. Frank Churchill, dès sa première visite à Highbury était secrètement fiancé à une orpheline. Miss Fairfax, envers laquelle Emma s’est toujours montrée avare d’attentions et d’égards. Mr. Knightley, depuis de longues années le meilleur ami des Woodhouse, croit Emma atteinte dans son amour-propre et dans sa tendresse par la duplicité de Frank Churchill. Il lui apporte des paroles de consolation et de réconfort. Apprenant qu’elle n’a jamais aimé le fiancé de Miss Fairfax, il demande à Emma de devenir sa femme. Éclairée sur ses propres sentiments par quelques heures de réflexion, Emma accepte avec joie l’amour de celui que, sans le savoir, elle a toujours aimé.

Sur cette donnée si légère, Jane Austen a bâti le plus attachant de ses romans. Nous sommes jusqu’à la fin aussi loin de deviner la vérité qu’Emma elle-même. Lorsque nous la connaissons, nous voyons que pas un incident n’est sans contribuer au développement de l’action dont le secret ressort, jusqu’au dernier instant, nous échappe. Admirable de construction, avec une intrigue dont la progression fait d’un dénouement inattendu le seul qui puisse vraiment nous satisfaire, « Emma » est aussi l’étude psychologique la plus poussée de toute l’œuvre de Jane Austen. Le caractère d’Emma, avec sa gaieté, sa franchise et, en même temps, son amour des combinaisons, des petites manœuvres, est le portrait le plus fini de toute une galerie de figures féminines.

À côté d’Emma, une série de personnages secondaires est présentée en traits menus et précis : le ménage Weston, lui tout en dehors, parlant beaucoup et un peu à l’étourdie ; elle fine et discrète, dans son charme un peu passé d’être qui toujours a joué les rôles les plus effacés dans la vie, d’abord comme institutrice, puis comme femme d’un homme mûr, remuant et autoritaire. Vient ensuite Mr. Knightley qui incarne le bon sens et la pondération avec une solidité un peu terne. Puis Mr. Woodhouse, avec ses craintes perpétuelles pour la santé d’autrui, ses maladies et son régime. C’est encore Frank Churchill, grand enfant gâté, qui sait aimer, mais non point jusqu’à épargner à celle qu’il aime des soucis et des froissements constants. Enfin les personnages humoristiques, les Elton, admirablement assortis, car l’ambition un peu lourde du mari s’allie bien à la vulgarité, à la prétention de sa remuante moitié. Auprès de ces deux figures si vivantes, se dresse un personnage unique et délicieux : Miss Bates. Mélange, suivant le mot de Walter Scott, de sottise et de naïveté, — a character of folly and simplicity — celle-ci est un de ces êtres foncièrement bons et bienveillants, mais affligés du terrible défaut de parler d’autant plus qu’ils ont moins à dire. Elle jase pendant des heures, raconte ce qu’elle a pensé lorsqu’elle a rencontré telle ou telle personne, et elle voit tout et connaît tout le monde à Highbury. Son interminable babil, qui devrait être exaspérant, qui le serait dans la vie réelle, se déploie à travers le roman comme un récitatif monotone auquel et presque malgré soi on prête attention. Une naïveté enfantine, jointe à une extrême pauvreté d’esprit, donne à Miss Bates une figure à la fois ridicule et touchante. Le commentaire qu’elle débite avec une intarissable abondance sur chaque événement est un chœur d’où tout esprit prophétique et toute amertume sont absents. Qu’il s’agisse d’une balle de pommes envoyée par Mr. Knightley, d’une lettre de sa nièce ou d’une toilette de Mme Elton, Miss Bates est prête à admirer, à remercier, à expliquer aussi longtemps qu’on voudra bien la laisser parler. Walter Scott, qui écrivit en 1815 pour la « Quarterly Review » le premier article de critique sur l’œuvre de Jane Austen, dit que de tels personnages « nous paraissent amusants au premier abord ; mais, ajoute-t-il, si nous les voyons reparaître trop souvent ou pendant trop de temps, leurs longs discours deviennent aussi fastidieux dans le roman que dans la vie réelle ». Il oublie que la présentation désintéressée du réel peu fort bien nous rendre acceptable et même agréable ce qui dans la vie, au milieu du conflit d’intérêts, de motifs, de sensations dont celle-ci est faite, nous serait désagréable et presque odieux. Ce reproche, cependant, mérite d’être signalé car il exerça une certaine influence sur la dernière œuvre de Jane Austen. La verve humoristique à laquelle elle avait donné libre cours dans « Emma », est dans « Persuasion » constamment contenue. Au lieu de peindre ses personnages comiques avec la pleine et délicieuse fantaisie qu’elle avait mise à créer Miss Bates, Jane Austen ne nous permet de les voir qu’en quelques trop rares occasions.

Les félicitations si inattendues du Prince Régent, le succès grandissant de ses romans ne furent pas sans contribuer au contentement qui se trahit dans une lettre écrite de Hans Place et datée du 2 décembre 1815. Jamais, même aux heures les plus heureuses de sa jeunesse, elle n’avait exprimé sa joie de vivre avec une telle exubérance : « Je suis bien fâchée de savoir que ma mère a été souffrante, j’ai bien peur que ce temps délicieux ne soit vraiment trop beau pour lui plaire. Quant à moi, j’en jouis tout entière, de la tête aux pieds, de droite à gauche, en long, en large et en diagonale ». Cette entière satisfaction ne dura pas longtemps. Au commencement de 1816, la banque d’Henry Austen fit faillite et Jane fut très attristée par cet événement dont son frère se consola bien vite. Au moment où celui-ci oubliait sa ruine dans des projets d’avenir, elle tomba malade mais se remit assez rapidement pour que personne ne la crût sérieusement atteinte.

Vers le milieu de l’été, elle se rendit avec sa sœur à Steventon et des amis qui la virent alors remarquèrent le changement de sa physionomie. Elle leur parut étrangement triste et abattue ; surtout, ils furent peines de l’entendre à plusieurs reprises parler du presbytère et du pays où elle avait passé son enfance « comme si elle ne devait jamais plus les revoir ». [5] Elle travaillait alors activement à un nouveau roman, commencé en octobre 1815, puis abandonné pendant la maladie d’Henry Austen. Ce roman fut achevé en juillet-août 1816 et, après avoir été retouché dans l’intervalle, fut déclaré par son auteur « prêt pour la publication » en mars 1817. Deux lettres adressées à sa nièce Fanny contiennent quelques renseignements précieux au sujet de la composition de ce qui devait être son dernier ouvrage. « C’est mon bon plaisir de répondre à vos aimables questions plus longuement que vous ne vous y attendez. « Miss Catherine » est mise de côté pour le moment et je ne crois pas qu’elle paraisse jamais. Mais j’ai quelque chose de prêt, qui sera publié sans doute d’ici un an. Ce n’est pas long — à peu près de la même longueur que « Miss Catherine». Ceci, bien entendu est entre nous ». [6] « Miss Catherine » désigne ici « L’abbaye de Northanger » et le roman qui doit paraître un an plus tard est « Persuasion ». Pour éviter que sa nièce ne commette involontairement quelque indiscrétion, Jane Austen ajoute : « Ne vous étonnez pas que votre oncle Henry ne sache rien de plus à propos de ce roman. Je n’ai pas pu lui répondre « non » lorsqu’il m’a demandé si je travaillais, mais je ne lui ai donné aucun détail. Vous n’aimerez pas mon histoire. Vous n’avez pas donc besoin de vous impatienter. Peut-être aimerez-vous l’héroïne, car elle est presque trop parfaite pour me plaire ». [7]

Cette héroïne presque trop parfaite est Anne Elliot, exquise rose d’automne dont le parfum délicat, la grâce un peu effacée, ont plus de charme encore que la jeunesse et la fraîcheur des autres figures féminines de Jane Austen. Anne Elliot s’est autrefois laissée persuader de rompre ses fiançailles avec Frédéric Wentworth. Sept ans après la rupture, le hasard remet en présence Anne et Frédéric. Celle qui était autrefois la jolie Miss Elliot a perdu sa beauté. Le jeune officier de marine a gagné ses galons de capitaine et des prises fructueuses lui ont apporté la fortune. Il semble avoir complètement oublié le passé dont Anne garde le souvenir mêlé de tendresse, de remords et d’inutiles regrets. Les attentions d’un cousin, héritier du titre et du nom des Elliot, sont un moment pour la jeune fille une consolation à sa peine secrète. Elle essaie de croire qu’elle consentira à un mariage sans amour pour devenir Lady Elliot et châtelaine de Kellynch Hall. Mais l’indifférence apparente du capitaine Wentworth n’est qu’une revanche de la blessure faite à son orgueil : il aime toujours Anne et ne peut sans jalousie la voir accueillir les hommages d’un rival. Néanmoins, il ne cherche pas à se rapprocher de sa fiancée de jadis. Il n’oserait le tenter s’il ne surprenait un jour quelques paroles qui dissipent à la fois sa jalousie et ses incertitudes. Sans se douter que le capitaine Wentworth l’écoute et qu’il saisira la véritable portée de ses paroles, Anne prend part, dans un salon, à une discussion sur l’amour et la fidélité. Elle revendique pour les femmes le mérite d’être fidèles, non pas seulement à l’amour mutuel et triomphant, mais au douloureux souvenir d’un amour perdu. Frédéric a compris. Il supplie Anne Elliot de lui pardonner son silence et sa rancune. Anne, qui connaît mieux qu’autrefois le prix du bonheur, ne laisse pas Frédéric la supplier en vain. Dans la première version du dénouement, l’explication définitive était amenée d’une façon moins imprévue et moins ingénieuse. Le capitaine Wentworth rencontrait Miss Elliot dans une maison amie et saisissait l’occasion d’un moment de tête à tête pour la féliciter de ses fiançailles avec l’héritier de Kellynch Hall. Anne répondait qu’elle ne pouvait accepter ces félicitations puisqu’elle n’était pas fiancée et n’avait nulle intention d’épouser son cousin. Le ton et les termes de cette réponse encouragement le capitaine à poursuivre l’entretien qui s’achevait dans la joie d’une réconciliation.

Cette scène, qui formait l’avant-dernier chapitre de « Persuasion », sembla à Jane Austen banale et fade « tame and flat ». Quand elle eut achevé son livre, en juillet 1816, elle en resta mécontente. Avec un sens critique que l’affaiblissement de sa force physique n’avait pas altéré, elle jugeait cette partie inférieure au reste de l’ouvrage, et s’affligeait d’un défaut auquel elle doutait de trouver un remède.

« Elle était grandement préoccupée, raconte Mr. Austen-Leigh, et le demeura pendant quelque temps, puis un soir, avant le milieu du mois d’août, elle alla se coucher dans un état de dépression et de découragement très grands. Le lendemain, elle se réveilla plus gaie et se mit à l’œuvre. Elle supprima le chapitre X et intercala à sa place deux chapitres, presque entièrement différents ». [8] Ces deux chapitres, les derniers qu’acheva Jane Austen sont peut-être les plus beaux qu’elle écrivit jamais. Dans aucun autre passage de son œuvre elle n’atteint à une si exquise perfection, ne donne à sa pensée une forme aussi harmonieuse. Et surtout, jamais son incomparable don de suggérer une émotion contenue, mais profonde, ne se manifeste comme dans ces quelques pages. Toute la sensibilité d’un cœur de femme se révèle dans les paroles à la fois éloquentes et discrètes qu’Anne Elliot, malgré sa réserve, ne peut s’empêcher de prononcer. Pour les lecteurs que Jane Austen convie au dénouement de son petit drame psychologique, l’attente devient alors presque douloureuse et le retour imprévu du capitaine Wentworth, les mots fiévreux et suppliants de sa lettre, leur apportent la surprise d’une joie inespérée, d’une satisfaction d’autant plus précieuse qu’elle est inattendue.

En dépit de son heureux dénouement, « Persuasion » est conçu dans une tonalité plus adoucie, plus voilée qu’aucun autre des romans. La pleine lumière qui baigne toutes les pages d’« Emma » est ici toujours embuée d’une vapeur d’automne. L’héroïne n’arrive au bonheur qu’après l’avoir gagné dans l’épreuve, dans la séparation, dans la tristesse et le renoncement. Ce n’est pas seulement au caractère de l’héroïne que tient la différence si marquée entre les demi-teintes de « Persuasion » et l’éclat des autres œuvres : Fauteur, semble-t-il, a voulu tenir compte des critiques de Walter Scott au sujet de Miss Bates et de Mr. Woodhouse. De plus, affaiblie et minée par son mal, Jane Austen pouvait connaître encore la sérénité, mais non la gaieté d’autrefois. Aussi ne trouve-t-on pas dans « Persuasion » des personnages franchement humoristiques, ou ne les voit-on apparaître que dans des rôles de second plan. Sir Walter Elliot, cet Adonis de soixante ans, avec son sourire minaudier et ses regards quêteurs vers tous les miroirs, est une silhouette amusante mais qui ne saurait être comparée à des portraits comme ceux de Mr. Collins, de Mme Norris ou de Miss Bates.

Ayant achevé « Persuasion » et trop souffrante pour s’occuper de publier son dernier roman, Jane Austen demeura à Chawton jusqu’à la fin du printemps de 1817. Ses inquiétudes au sujet de son frère Henry avaient pris fin, car celui-ci, après avoir définitivement renoncé aux affaires, avait eu l’idée assez singulière d’entrer dans l’Église anglicane à plus de quarante-cinq ans. Henry Austen vint à Chawton en janvier pour prêcher devant les siens dans l’église du village. « Nous attendons incessamment notre nouveau clergyman, écrit Jane Austen le 24 Janvier. Je serai très contente quand il aura prêché son premier sermon. Ce sera un moment assez pénible pour nous toutes, bien que, nous dit-on, il s’acquitte de son rôle de prédicateur avec autant d’aisance et d’empire sur lui-même que s’il l’avait rempli toute sa vie ». [9] Dans une autre lettre reparaît un instant la souriante malice que nous étions accoutumés à trouver dans la correspondance. « Votre oncle Henry prononce des sermons remarquables, annonce-t-elle à un de ses neveux qui commençait à écrire. Il faudra que nous tachions de nous en procurer un ou deux pour les mettre dans nos livres. Cela nous serait d’un grand secours et nous pourrions les faire lire à haute voix le dimanche par l’héroïne, comme dans « L’Antiquaire », Isabelle Wardour lit l’histoire du démon du Hartz. [10]

Le 27 janvier 1817 — d’après les dates que portent son manuscrit — Jane Austen commença un nouveau roman et y travailla jusqu’au 17 mars. Douze chapitres furent esquissés pendant ces deux mois. On voit, aux premières pages, un Mr. Parker, riche et bien né, qui vient habiter Sanditon, affreux petit Alliage au bord de la mer, parce qu’il est persuadé des vertus curatives de l’air salin; une Lady Denham, propriétaire de tout le pays et résolue à faire de Sanditon une plage à la mode ; une jeune Charlotte Heywood dont le bon sens et la délicatesse font ressortir la vulgarité d’âme et de manières de la riche Lady Denham. Puis viennent les figures falotes de deux vieilles demoiselles toujours occupées à soigner leurs maladies imaginaires. Il y a dans ces pages inachevées des oppositions de caractères, de la variété, de l’humour mais aucune figure n’est tout à fait nouvelle. L’arrogance et la hauteur d’une femme âgée, sottement fière de son rang et de sa fortune, sont des traits qu’on a déjà vus chez Lady Catherine de Bourgh, dans « Orgueil et Parti pris ». Le bon sens de Charlotte Heywood l’apparente à Ellinor Dashwood de « Bon Sens et Sentimentalité ». La jeune fille de Sanditon a néanmoins une physionomie assez intéressante, et les deux vieilles demoiselles auraient peut-être ajouté à la galerie des figures humoristiques peintes par Jane Austen d’amusantes silhouettée.

Jane Austen et les siens avaient espéré qu’au printemps elle pourrait reprendre sa vie accoutumée. Au commencement de 1817, elle se crut un moment près de la guérison. « Je suis presque bien portante, écrit-elle en mars à sa nièce préférée. J’ai maintenant assez de forces pour descendre prendre l’air au jardin. Je fais un peu d’exercice en me reposant entre chaque tour. Mon ambition est d’en faire plus encore à mesure que la saison s’avancera ; je compte faire des promenades à âne, ce qui me donnera plus d’indépendance et sera bien plus simple que si je sortais en voiture. De cette façon, toutes les fois que votre tante ira à Wyards, je pourrai l’accompagner ». Quelques jours après, c’est une autre lettre où elle donne à sa nièce, avec une gaieté et un espoir qu’on sent un peu incertains, des détails sur sa santé et sur sa mine. « Il y a huit jours, je n’allais pas bien du tout : beaucoup de fièvre par moments et des nuits mauvaises. Mais je vais infiniment mieux maintenant et commence à reprendre bon visage. Je n’étais pas belle, ces temps derniers, avec un teint barbouillé de blanc, de noir et de toutes les couleurs les plus bizarres. Je n’ose me flatter de l’espoir de jamais retrouver ma fraîcheur. À mon âge, la maladie est une fantaisie qui coûte cher ». Comme au temps où elle n’oubliait pas d’apprendre à sa sœur qu’à certain jour elle avait été en beauté, elle parle maintenant à sa nièce des ravages de la maladie. Saurait-on trouver quelque chose qui nous éclairât mieux sur la jeune vanité et le désir de pIaire qu’avait montrés autrefois la rieuse Miss Austen des bals de Steventon ? À quarante ans, malade, vivant loin du monde entre sa mère et sa sœur, Jane Austen s’attriste un peu à l’idée de ne jamais retrouver sa fraîcheur. Elle l’avoue aussi simplement, aussi franchement qu’elle racontait jadis à Cassandre ses succès dans le monde. Aussi bien que l’expression d’une vanité autrefois satisfaite, cet aveu mélancolique est empreint d’une grâce toute féminine. Même à l’heure où toute pensée de coquetterie est loin d’elle, Jane Austen sent dans la perte de sa beauté une irrémédiable déchéance dont elle est trop sage pour se plaindre, mais dont elle est trop vraiment femme pour ne pas souffrir.

Une faiblesse toujours croissante obligea bientôt la malade à cesser tout travail. Loin de pouvoir reprendre ses promenades, ainsi qu’elle l’avait espéré, elle se vit contrainte à garder la chambre. À la fin de mars 1817, au moment où elle interrompit sa dernière ébauche, elle fut pendant quelques jours dans un état si alarmant que les siens, comprenant qu’il était impossible d’avoir à Chawton les soins nécessaires, l’engagèrent à se rendre à Winchester pour y consulter le célèbre docteur Lyford. Une de ses nièces qui la vit pour la dernière fois à Chawton, nous a laissé le récit de cette visite : « En mars de l’année suivante (1817), je compris qu’elle était sérieusement atteinte. Il avait été convenu que vers la fin de ce mois ou au commencement d’avril, j’irais passer quelques jours à Chawton… Mais tante Jane se trouva alors si gravement malade qu’il ne put être question de me recevoir et qu’on m’envoya à Wyards chez ma sœur, Mme Lefroy. Le lendemain, nous allâmes à Chawton pour avoir des nouvelles de notre tante. Elle gardait la chambre, mais fit dire qu’elle désirait nous voir et nous montâmes chez elle. Elle était en robe de chambre et était assise, comme une malade, dans un fauteuil. Elle se leva et nous accueillit avec un sourire. Puis, indiquant des sièges qui avaient été préparés pour nous auprès du feu, elle dit : « Voici une chaise pour la dame et un petit tabouret pour vous, Caroline ». Ces paroles insignifiantes sont les dernières paroles de sa bouche que je puisse me rappeler, car je n’ai pas souvenir de ce que fut ensuite la conversation. Je fus frappée du changement qui s’était opéré en elle ; sa voix était faible et lasse. Tout en elle indiquait maintenant l’épuisement et la maladie… Notre visite ne dura pas un quart d’heure. Je ne revis plus tante Jane ». [11]

Cassandre accompagna Jane à Winchester. Les deux sœurs s’installèrent dans une maison de College Street, aujourd’hui désignée à l’attention des promeneurs par une petite plaque de marbre noir rappelant que Jane Austen passa là les derniers jours de sa vie. Une lettre datée du 27 mai dut être écrite à un moment où Jane Austen espérait encore recouvrer la santé. « Je continue à aller mieux, dit-elle à un neveu, mais je ne peux pas me vanter de mon écriture. Ni elle ni mon visage n’ont encore repris leur beauté d’antan. Pourtant, je regagne très rapidement des forces. Je suis hors du lit de neuf heures du matin à dix heures du soir. Je reste étendue sur un canapé, il faut bien en convenir, mais je prends mes repas avec votre tante Cassandre, comme un être doué de raison. Je peux m’occuper et aller d’une pièce à l’autre. Mr. Lyford dit qu’il me guérira et, s’il n’y réussit pas, je rédigerai un mémoire, le présenterai au doyen et au Chapitre et, je n’en doute pas, me verrai rendre justice par cette confrérie pieuse, savante et désintéressée. Notre installation est très confortable. Nous avons un joli petit salon, avec une petite fenêtre en saillie donnant sur un jardin… Si jamais vous êtes malade, puissiez-vous être aussi tendrement soigné que je l’ai été… »

Peut-être conserva-t-elle jusqu’au dernier jour l’illusion d’une guérison possible, et fut-elle soutenue par le double espoir de demeurer auprès des siens et d’exercer encore son talent. Son esprit restait actif et lumineux. Elle composait, sans prendre toujours la peine de les écrire, de petits récits ou poèmes humoristiques. Un de ceux-ci nous est resté, qui porte la date du 15 juillet 1817. Trois jours après, elle mourut dans les bras de sa sœur, et le 21 juillet. Cassandre, de la petite fenêtre en saillie donnant sur un jardin, vit passer le cortège funèbre qui se rendait à la cathédrale. Une dalle de marbre noir, incrustée dans le pavé du bas-côté de gauche, en face de la chanterie de William de Wykeham, marque, dans la vieille cathédrale de Winchester, la tombe de Jane Austen. Mr. Austen-Leigh fit placer plus tard sur la paroi voisine une plaque de cuivre portant une inscription, et depuis 1900, un vitrail offert par souscription publique, consacre également la mémoire de la romancière.

Le projet qu’avait conçu Macaulay d’écrire une vie de son auteur préféré et de lui faire élever à Winchester un monument digne d’elle ne fut jamais mis à exécution. Mais il en va mieux ainsi. Celle qui vécut au milieu des siens et ne souhaita jamais le bruit ni l’éclat de la célébrité n’a pas besoin de monument. Les souvenirs de ceux qui l’ont connue ont préservé de l’oubli quelque chose de sa grâce exquise, et son clair génie demeure dans son œuvre toujours jeune et vivante.

  1. Memoir. Page 131.
  2. Memoir. Page 148.
  3. En français dans le texte.
  4. Memoir. Pages 120-121.
  5. Memoir. Page 150.
  6. Lettres. 13 mars 1817. (Lord Brabourne donne 1816 comme date de cette lettre et des suivantes. Mr. W. Austen-Leigh indique qu’il y a là une erreur et que ces lettres furent écrites en 1817). — Life and Letters of Jane Austen. Page 371.
  7. Lettres. 23 mars 1817.
  8. Ces deux chapitres portent les numéros X et XI dans la première édition (en quatre volumes) qui contient « L’abbaye de Northanger » et « Persuasion ». Ils sont devenus les chapitres XXII et XXIII dans les éditions modernes en un volume. Les pages qu’ils ont remplacées sont reproduites en entier dans le « Memoir », pages 167-180.
  9. Memoir. Page 159.
  10. Memoir. Page 154.
  11. Memoir. Pages 161-162.