Ivanhoé (Scott - Montémont)/Chapitre 03

Traduction par Albert Montémont.
Ménard (Œuvres de Walter Scott, volume 12p. 48-56).


CHAPITRE III.


Alors, triste consolation ! de cette côte aride et froide qui entend mugir la mer du Nord, vint le Saxon robuste, au teint vermeil, aux cheveux blonds et aux yeux bleus.
Trad. de Thompson.


Au milieu d’une salle d’une modique élévation, mais d’une longueur et d’une largeur démesurées, on remarquait une grande table en chêne formée de planches grossièrement travaillées, ayant à peine reçu quelque poli, et provenant d’arbres abattus dans la forêt. Sur cette table, un repas du soir avait été préparé pour Cedric le Saxon. Le tout était composé de poutres et de solives ; rien ne séparait l’appartement du sommet, si ce n’est un assemblage de planches et de chaume. Aux deux extrémités de la salle se trouvaient deux vastes foyers ; mais comme les cheminées avaient été grossièrement construites, il s’échappait au moins autant de fumée par la chambre qu’il en sortait par le conduit naturel. La vapeur constante qu’elle occasionnait avait imprimé une sorte de vernis aux poutres et aux solives, en les incrustant d’une couche épaisse et noire de suie. Aux murs de l’appartement étaient suspendus les instruments de guerre et de chasse, et à chaque angle se trouvaient de grandes portes servant de communication avec les autres pièces de ce vaste édifice.

Toutes ces pièces à l’envi participaient de la grossière simplicité des temps saxons, et Cedric était fier de la perpétuer. Le plancher se composait d’un mélangée de terre et de chaux, tellement bien battu qu’il ressemblait à celui qu’on emploie encore dans les granges de nos campagnes. Le quart de la longueur de la salle se présentait un peu plus élevé que le reste, et cet espace, qu’on appelait le dais, était occupé exclusivement par les principaux membres de la famille et les visiteurs de distinction. À cet effet, une table couverte d’un drap d’écarlate des plus fins était placée transversalement sur cette estrade ou plate-forme ; et du milieu de cette table en partait une plus longue et plus basse, à laquelle les inférieurs et les domestiques de la maison venaient prendre leurs repas. Le tout avait la forme de la lettre T, ou d’une de ces anciennes tables de festin, qui, disposées d’après les mêmes principes, se voient encore dans les anciens collèges d’Oxford et de Cambridge. Des chaises et des fauteuils massifs de chêne sculpté étaient placés autour du dais, et sur ces sièges comme sur la table plus élevée s’étendait un poêle de drap, qui, jusqu’à un certain point, servait à mettre les dignitaires qui occupaient ce coin privilégié, à l’abri du mauvais temps et de la pluie, qui, en plusieurs endroits, se frayait un passage à travers le toit mal construit. Les murailles de cette partie haute de la salle, aussi loin que le dais s’étendait, étaient ornées de tapisseries, et sur le plancher se développait un tapis chargé d’essais de broderies exécutées avec un coloris assez brillant. Sur la partie inférieure de la table, le toit, comme nous l’avons remarqué, était disparu ; enfin les murs grossièrement plâtrés n’avaient pas d’ornements, comme aussi le plancher s’y trouvait sans tapis ; et de lourds bancs de chêne tenaient lieu de sièges.

Au centre de la table supérieure se trouvaient deux fauteuils, plus élevés que le reste, pour le maître et la maîtresse de la maison, qui présidaient toujours à l’acte d’hospitalité, et de cet usage était dérivé leur titre d’honneur saxon, qui signifiait distributeurs du pain. À chacun de ces fauteuils était ajouté un marche-pied curieusement sculpté et enrichi de marqueteries d’ivoire, emblème distinctif qui leur était particulier, et dont les autres sièges n’étaient pas ornés. Un de ces fauteuils était occupé alors par Cedric le Saxon qui, bien que simple thane ou franklin, comme les Normands l’appelaient, était aussi impatient de voir servir les mets du souper que l’eût été un alderman des temps anciens ou modernes.

Il paraissait à l’ensemble de la physionomie de ce propriétaire foncier, que c’était un homme franc, mais vif et colère. Il n’avait pas une taille au dessus de la moyenne, mais il se distinguait par de larges épaules, de longs bras, et des membres vigoureux, propres à endurer les fatigues de la guerre ou de la chasse. Sur sa figure ouverte étincelaient de grands yeux bleus, brillaient des traits ouverts, de belles dents ; en un mot, il montrait une tête bien formée, exprimant cette sorte de bonne humeur qui accompagne souvent un caractère vif et emporté. L’orgueil et la méfiance étaient peints dans ses yeux, car sa vie avait été employée à défendre des droits sans cesse menacés ; et sa résolution, prompte, fière et ferme, avait été constamment en alerte par les circonstances de sa situation. Sa blonde chevelure longue était également partagée sur le sommet de la tête, et descendait des deux côtés sur les épaules ; elle commençait à peine à grisonner, quoique Cedric approchât de sa soixantième année.

Son habillement consistait en une tunique verte dont le collet et les manches avaient une espèce de fourrure grise, d’une qualité inférieure à l’hermine, et formée, à ce qu’on croit, de la peau de l’écureuil gris. Sous ce pourpoint, non boutonné, il portait un habit d’étoffe écarlate, dans lequel son corps se trouvait étroitement serré ; un haut-de-chausses de la même étoffe atteignait à peine la partie inférieure de la cuisse, de telle sorte que le genou restait à découvert. Les sandales qu’il chaussait ne différaient point de celles des paysans quant à la forme, seulement elles étaient d’une peau plus fine, et attachées sur le dessus avec des agrafes d’or. Les bracelets dont ses bras étaient ornés, le long collier qui pendait à son cou, étaient du même métal. Vers le milieu du corps, il portait un ceinturon enrichi de pierreries, auquel était attachée une courte épée à deux tranchants et à pointe acérée, disposée de manière qu’elle était suspendue presque perpendiculairement à son côté. Derrière son siège était un manteau d’étoffe écarlate, doublé de fourrure, et un bonnet formé des mêmes substances et richement brodé : ce qui complétait l’habillement de l’opulent châtelain, quand l’envie lui prenait de sortir. On remarquait aussi, appuyé au dos de son siège, un court épieu garni d’une tête d’acier large et brillante ; dans ses excursions, cet épieu lui servait, selon l’occasion, d’arme offensive ou de bâton.

Quelques domestiques, dont le costume se ressentait et de la richesse du maître et du vêtement simple et grossier de Gurth le porcher, épiaient les regards et attendaient les ordres du dignitaire saxon. Deux ou trois serviteurs, d’un ordre plus élevé, se tenaient sous le dais derrière leur maître ; le reste occupait la partie inférieure de la salle ; étaient aussi présents d’autres serviteurs d’une espèce différente : deux ou trois lévriers robustes et velus, semblables à ceux qu’on emploie dans la chasse du cerf et du loup, autant de dogues d’une race élevée et vigoureuse, au cou épais, à la tête large, aux oreilles longues ; enfin deux ou trois petits mâtins, aujourd’hui appelés terriers, qui tous attendaient avec impatience l’arrivée du souper ; mais, doués de cette profonde sagacité particulière à leur race, ils se gardaient bien de rompre le capricieux silence de leur maître ; peut-être étaient-ils retenus par la crainte d’un petit bâton blanc placé près de l’assiette de Cedric, pour repousser les avances familières de ses serviteurs quadrupèdes. Un chien-loup hideux jouissait seul de la liberté réservée à un favori ; il était étendu près du siège de son maître, et il provoquait de temps en temps son attention en plaçant sa large tête velue sur les genoux de Cedric, ou le museau sur sa main. Il était de temps en temps repoussé par ce mot de commandement : « À bas, Balder, à bas ; je ne suis pas en humeur de jouer. »

Effectivement Cedric, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, ne se trouvait pas dans une tranquillité d’esprit satisfaisante. Lady Rowena, qui avait été absente pour assister à l’office du soir dans une église un peu éloignée, venait seulement de rentrer, et elle changeait ses vêtements qu’avait trempés l’orage. On n’avait pas encore de nouvelles de Gurth et de ses pourceaux, qui depuis longtemps auraient dû être ramenés de la forêt ; et tel était le peu de sécurité des propriétaires qu’on pouvait croire que ce retard venait de quelque déprédation commise par les outlaws dont fourmillaient les bois environnants, ou de la violence exercée par quelque baron voisin, qui, abusant de leurs forces, ne respectaient pas davantage les droits de la propriété. La chose était assez importante, car une grande partie de la richesse domestique des propriétaires saxons consistait en nombreux troupeaux de porcs, surtout dans les terres boisées où ces animaux pouvaient trouver facilement leur nourriture.

Outre ces motifs d’inquiétude le thane saxon était impatient de revoir son rustre favori, le bouffon Wamba, dont les facéties servaient comme d’assaisonnement à son repas du soir et aux bonnes rasades qui les accompagnaient. Ajoutez que Cedric n’avait pris aucune nourriture depuis midi, et que l’heure ordinaire de son souper avait sonné depuis long-temps, sujet d’irritation assez commun aux gentilshommes campagnards en ces temps-là comme aujourd’hui. Son déplaisir ne s’exprimait néanmoins que par des mots entrecoupés, partie murmurés à lui-même, partie adressés aux domestiques qui l’entouraient, spécialement à son échanson qui lui offrait de temps à autre, en manière de potion calmante, une coupe d’argent pleine de vin.

« Pourquoi, s’écria-t-il, lady Rowena tarde-t-elle à venir ?

— Elle n’a plus à arranger que sa coiffure, » répondit hardiment une suivante, avec autant de confiance que la femme de chambre d’une lady favorisée a coutume de répondre à un maître de maison de notre temps ; « voudriez-vous qu’elle vînt s’asseoir au banquet en cornette de nuit et en jupon de lit ? aucune dame du comté n’est plus prompte qu’elle à s’habiller. »

Cet argument sans réplique amena une sorte d’acquiescement de la part du thane saxon, qui ajouta : « J’espère que sa dévotion lui fera choisir un plus beau temps pour visiter la prochaine fois l’église de Saint-Jean ; mais au nom de mille diables, continua-t-il en se tournant vers son échanson et en haussant la voix comme s’il eût trouvé quelqu’un sur lequel il pût à son aise décharger sa bile, quel motif peut retenir Gurth si tard dans les champs ? Je suppose que nous allons entendre un mauvais compte de son troupeau ; c’est pourtant un serviteur exact et fidèle, et je le destinais à quelque chose de mieux ; par exemple, j’aurais pu faire de lui un de mes gardes forestiers. »

Oswald l’échanson insinua humblement qu’il y avait à peine une heure d’écoulée depuis qu’on avait sonné le couvre-feu, expression mal choisie, car elle résonnait toujours bien durement aux oreilles d’un Saxon[1].

« Maudit soit le couvre-feu, s’écria Cedric ; maudit soit le tyran bâtard qui nous l’a apporté, et l’esclave sans cœur qui fait entendre ce mot à l’oreille d’un Saxon. Le couvre-feu ! ajouta-t-il après une pause, le couvre-feu qui force de braves gens à éteindre leurs lumières afin que les voleurs et les brigands aient plus de facilité de travailler dans l’ombre. Le couvre-feu ! Reginald Front-de-Bœuf et Philippe de Malvoisin savent le mettre à profit aussi bien que Guillaume le Bâtard, et qu’aucun des aventuriers normands qui se trouvèrent à la bataille de Hastings. J’apprendrai, je gage, que mes pourceaux ont été enlevés par quelques bandits affamés qui n’ont d’autres ressources que le vol et le pillage, et qui auront mis à mort mon fidèle esclave après lui avoir enlevé leur proie. Et Wamba, où est-il ? ne m’a-t-on pas dit qu’il était parti avec Gurth ? » Oswald répondit affirmativement.

« Cela va de mieux en mieux, le fou saxon aura aussi été enlevé pour servir un baron normand. Imbéciles que nous sommes de leur obéir ; et nous méritons autant leur mépris et leur rire que si nous n’étions nés qu’avec une demi-dose de sens commun. Mais je me vengerai, ajouta-t-il en sautant de son fauteuil avec impatience à l’outrage supposé, et en saisissant sa javeline ; je porterai ma plainte au grand conseil, j’ai des amis, j’ai des vassaux ; homme à homme j’appellerai le normand en défi ; qu’il vienne avec sa cotte de mailles, son casque d’airain, et tout ce qui peut rendre hardi un lâche ; j’ai de ma javeline percé des planches plus épaisses que trois de leurs boucliers de guerre. Peut-être me croient-ils vieux ; mais ils verront que, seul et sans enfans comme je le suis, le sang de Hereward coule encore dans les veines de Cedric. Ah ! Wilfred, Wilfred ! ajouta-t-il d’un ton plus bas, si tu avais pu dominer ta passion imprudente, ton père n’eût pas été abandonné à son âge comme le chêne solitaire qui présente ses rameaux isolés et sans appui à la fureur de la tempête ! «

Cette réflexion parut changer sa colère en tristesse. Remettant sa javeline à sa place, il se rassit dans son fauteuil, baissa les yeux et parut absorbé dans des pensées mélancoliques.

Il fut soudain tiré de sa rêverie par le son d’un cor, auquel répondirent aussitôt les aboiemens tumultueux de tous les chiens qui étaient dans la salle, au nombre de vingt ou trente, indépendamment de ceux qui se trouvaient dans les autres parties du château. La baguette blanche dut s’exercer un moment, et s’unir aux efforts des domestiques pour imposer silence à cette clameur canine. « Voyez vite à la porte, esclaves, s’écria le Saxon, dès que le tumulte lui permit de faire ouïr sa voix ; voyez vite et sachez quelle nouvelle ce cor nous annonce. J’appréhende, je le répète, quelque brigandage exercé sur mes terres. » En moins de trois minutes un des valets vint lui apprendre qu’Aymer, prieur de Jorvaulx, et le vaillant chevalier Brian de Bois-Guilbert, commandeur de l’ordre vénérable des Templiers, avec une suite peu nombreuse, demandaient l’hospitalité pour une nuit, se rendant au tournoi qui devait avoir lieu le surlendemain, près d’Ashby-de-la-Zouche.

« Le prieur Aymer ! Brian de Bois-Guilbert ! murmura Cedric, Normands tous deux ! mais, Normands ou Saxons, l’hospitalité de Rotherwood ne leur sera point refusée ; du moment qu’ils l’ont choisi pour halte, qu’ils soient les bienvenus, quoiqu’ils eussent mieux fait encore de poursuivre leur route. Ce n’est pas qu’il ne fût indigne de se plaindre pour avoir à les loger et à les nourrir pendant une nuit ; en leur qualité d’hôtes, même des Normands sauront sans doute retenir leur insolence. Va, Hundbert, dit-il à une espèce de majordome qui se tenait derrière lui une verge blanche à la main ; prends six hommes avec toi, et introduis les étrangers dans la salle des hôtes. Aie soin de leurs chevaux et de leurs mules, et veille à ce que leur suite ne manque de rien. Que tous aient d’autres vêtements s’ils le désirent, et du feu dans leur chambre, de l’eau pour se laver, et du vin et de l’ale ; dis à mes cuisiniers d’ajouter vite ce qu’ils pourront au souper, et qu’on le serve dès que ces étrangers seront disposés à le prendre. Dis-leur, Hundbert, que Cedric aurait été leur offrir lui-même ses complimens s’il n’avait juré de ne jamais avancer de plus de trois pas au delà de son dais pour aller à la rencontre de quiconque ne descend pas du sang royal saxon. Va, cours, veille à tout afin que ces étrangers soient forcés de convenir dans leur orgueil que le rustaud de Saxon ne leur a pas montré de pauvreté ni d’avarice. »

Le majordome partit avec plusieurs domestiques pour remplir les volontés de son maître. « Le prieur Aymer, répéta Cedric en regardant Oswald ; c’est, je crois, le frère de Giles de Mauleverer, maintenant lord de Middleham. » Oswald fit un signe d’assentiment respectueux. « Son frère, ajouta le Saxon, occupe la place et usurpe le patrimoine d’une meilleure race, celle d’Ulfgar de Middleham ; mais quel seigneur normand n’agit pas de même ? Le prieur est, dit-on, un prêtre franc et jovial, qui aime une coupe de vin et le bruit du cor de chasse mieux que la cloche et le bréviaire : allons, qu’il vienne ; il sera le bienvenu. Et le templier, comment l’appelez-vous ?

— Brian de Bois-Guilbert. »

— Bois-Guilbert, dit Cedric, comme s’il rêvait en se parlant à lui-même, suivant l’usage d’un homme qui vit au milieu de ses domestiques, et qui préfère adresser la parole plutôt à soi-même qu’à eux. Bois-Guilbert ! ce nom a été répandu au loin sous de bons et de mauvais auspices. On dit que c’est le plus brave de tous ceux de son ordre : mais qu’il en a tous les vices ; orgueil, arrogance, cruauté, débauche ; il a le cœur dur, il ne craint rien de ce qui est sur la terre et ne respecte rien de ce qui est du ciel, comme le disent le peu de guerriers revenus de la Palestine. N’importe, ce n’est que pour une nuit, il sera également le bienvenu. Oswsald, mets en perce le tonneau de vin le plus vieux, prépare le meilleur hydromel, le morat le plus exquis, le cidre le plus mousseux, le pigment le plus balsamique ; mets sur la table les plus grandes coupes, les templiers et les abbés aiment le bon vin et la bonne mesure[2]. Elgitha, allez dire à lady Rowena de ne pas venir au banquet cette fois-ci, à moins qu’elle ne le désire expressément. »

« Elle le désirera, n’en doutez point, répondit la suivante avec une glande hardiesse, car elle voudra entendre les nouvelles de la Palestine. » Cedric lui lança un regard de mécontentement ; mais Rowena, et tout ce qui lui appartenait, avait le privilège d’être à l’abri de la colère du maître. Il répondit seulement : « Silence, petite fille, et que ta langue soit discrète ; porte mon message à ta maîtresse, et qu’elle agisse selon qu’il lui plaira. Ici, du moins, la descendante d’Alfred règne encore en princesse. » Elgitha sortit.

« La Palestine ! la Palestine ! répéta le Saxon. Combien d’oreilles s’ouvrent aux récits que nous font ces croisés dissolus, ces hypocrites pèlerins qui reviennent d’un si fatal pays ! Et moi aussi je pourrais demander… je pourrais m’informer… je pourrais écouter avec un cœur palpitant les fables que ces rusés vagabonds débitent chez nous afin d’en extorquer une hospitalité indigne d’eux. Mais non, aucun lien ne m’attache plus désormais au fils qui a refusé d’obéir à ma voix, son sort m’est aussi indifférent que celui de la plupart des misérables qui, portant sur leur poitrine le symbole de la rédemption, se précipitèrent par millions dans les excès les plus inouïs, dans les crimes les plus horribles, et crurent, au milieu de leurs atrocités, accomplir la volonté du Tout-Puissant. »

Il fronça le sourcil, et pendant quelques instans ses yeux s’attachèrent sur la terre ; comme il les relevait, les portes du fond de la salle s’ouvrirent, et précédés du majordome, muni de sa baguette et escorté de quatre domestiques portant des torches enflammées, les hôtes du soir entrèrent dans l’appartement.



  1. Le couvre-feu avait été établi en Angleterre par Guillaume-le-Conquérant, dont une ordonnance le faisait sonner tous les soirs à huit heures, où chacun était forcé d’éteindre son feu et ses lumières. a. m.
  2. Walter Scott parle ici des templiers d’après les moines, qui étaient leurs plus cruels ennemis. Les templiers, suivant la règle de leur ordre, n’ont pour boisson que de l’eau. Le morat, dit l’auteur anglais, était une boisson faite de jus de mûres et de miel ; le pigment, un breuvage où il entrait du vin, du miel et des épices. a. m.