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Isis Copia - Fleurs de rêve, 1911.pdf/Capricieuse

)
Boehme et Anderer (p. 44-48).



CAPRICIEUSE



Grandiose, imposant dans la voûte profonde,
Le soleil saluait d’un coutumier adieu
Le fleuve, les palmiers, les sables de ce lieu
Et cheminait vers l’autre monde.

Alors tout l’horizon laisse monter un cri,
Le firmament se teint de lilas et de rose
(Frémissantes couleurs où l’azur doux repose),
Et le zéphir souffle attendri.

Le Caire était caché sous une vague brume,
Les arbres tournoyant sur les bords bruns du Nil
L’ombre tombait partout, sans trouver de péril,
Et couvrait la plaine et l’écume.


Ô Pyramides ! c’est alors
Que, levant ma tête pensive,
J’entends errer sur vos flancs forts
L’écho de quelque voix plaintive ;
Mais quoi ! serait-ce en votre sein
Qu’un orphelin pleure sa mère ?
Est-ce un hymne, est-ce une prière,
Est-ce un gémissement divin ?

Mais déjà revient le silence
Autour du grand monument noir.
Un temps – Mon cœur frémit, s’élance,
Plane avec la brise du soir…
Soudain les sons se font entendre,
Ô dieux ! mais d’où viennent-ils donc ?
Une douce harmonie y fond…
Est-ce de la voix d’Alexandre

Un écho ? de Napoléon
Est-ce le sabre qui miroite ?
Est-ce ta statue, ô Memnon,
Qui tombe en une vapeur moite ?
Est-ce le soupir d’un soldat
Défunt ? un cheval qui se cabre ?
Est-ce le craquement d’un marbre
Qui depuis des siècles gît là ?


Répondez, Monuments ! Pyramides altières,
Des siècles révolus ô souvenir muet !
Sont-ce des chants d’amour, des commandes guerrières
Que vos entrailles jettent net ?

Non, sur vos côtes délabrées
Ce n’est plus l’Aigle Impérial
Qui marque vos terres sacrées
Des pas de son fougueux cheval ;
Oh ! baissez vos armes françaises
Vos drapeaux sont à peine vus…
Et Mohamed Ali n’est plus,
Toutes choses sont anglaises.


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Ces longs échos flottants et chatouillant mon âme
Comme un souffle de brise, une haleine d’azur,
Un baiser maternel, un regard triste et pur,
L’éclair d’une subtile flamme,


Un doigt câlin d’enfant qui caresse mon front,
Un gazouillis d’oiseau, d’un fleuve le murmure,
Un sourire amical, un cri de la nature
Ou du soleil un rayon blond,

C’était la fanfare lointaine
Qui jouait Dieu sauve le Roi
C’était la vibration certaine
Des cœurs vaillants et pleins de foi ;
De tes moelleux flots nostalgiques
Harmonie, ô nectar divin,
Je laisse couler dans mon sein
Les tiédeurs mélancoliques…

Muses, Beautés, Beaux-Arts aimés,
Océans, rivières, verdures,
Azur immense, astres dorés
Qui du ciel êtes la parure
À vous, à vous mes jeunes ans,
À vous ma jeune intelligence,
Mon amour et ma confiance,
À vous mes rêves bleus et blancs !


Mais trêve de transports. À bientôt, Pyramides,
Et vous, Liban, Beyrouth, cher Antoura, salut !
Ma Syrie, salut ! dès que je l’aurai pu
J’irai revoir tes horizons limpides.