Huit femmes/08

Huit femmesChlendowski (p. 87-112).


VIII

Vision.


— Cette pendule avance ! dit le lendemain soir Fanelly, car la pendule frappait huit heures, et le comte n’était pas auprès d’elle.

— Huit heures sonnent à Saint James, milady ! répondit Lawrence que milady n’interrogeait pas, et qui, tout en roulant les dentelles et les cachemires, pliant, emballant, vidant les armoires, allait, venait, préparait tout pour leur prochain départ, et suivait d’un œil pénétrant les tendres impatiences de sa maîtresse.

Durant quelques minutes, Fanelly ne voulut avoir entendu Lawrence ni Saint James, mais se retrouvant seule avec elle-même :

— Non, la pendule n’avance pas, s’avoua-t-elle en lui comparant une petite montre fort fidèle, cachée dans son corsage. Non, c’est mon cœur qui bat trop vite. Joie et torture d’attendre !

En lui donnant cette montre :

— Je suis jaloux d’elle aussi, vois-tu ! avait dit Revalto. Je te la donne, afin que quelque chose de moi te parle en mon absence, car l’absence muette est odieuse, ô ma bien-aimée. Va ! je ne laisserai jamais à cette sentinelle du temps le droit de te sonner l’heure de mon retour : je la dirai toujours avant elle.

Ces paroles couraient dans la pensée de Fanelly, car elle y répondait : « il parle ainsi le maître que je me donne ! ah ! personne ne m’aurait jamais parlé ainsi ; personne… C’est qu’il m’aime d’amour, lui ! voilà la différence ! » Et rejetant la tête en arrière pour fuir un souvenir, fidèle aussi ! elle replaça la montre sous le velours noir dont son sein était couvert. Elle bouleversa le feu, l’alimenta jusqu’à l’imprudence, sans avoir froid ; marcha pour tromper la dévorante impatience ; nomma Revalto pour se croire avec lui ; enfin espéra l’attirer des yeux à travers la fenêtre qu’atteignait un arbre en feuilles, vieux lare à verdure éternelle qui avait salué sa naissance, et semblait prétendre à la retenir dans ses bras. Planté dans l’avant-cour splendide bordée d’une grille imposante, l’arbre échevelé montait jusqu’à l’ogive aux longs rideaux pourpres où se montrait et disparaissait de minute en minute Fanelly qui ne se posait nulle part. Les croisées du rez-de-chaussée, ouvertes sur ces tranchées pleines de fleurs qui bordent les riches maisons de Londres, répandaient leurs vives lumières sur le trottoir qu’elles montraient désert, tandis que la pendule allait toujours et battait, inflexible, contre le lambris doré de cette chambre mortellement solitaire.

La noble maison de Galt, dont Fanelly restait l’unique maîtresse, était encore remplie de ses anciens serviteurs. La jeune millionnaire avait déclaré ne pas vouloir se séparer de ceux qui consentiraient à la suivre dans sa nouvelle patrie. Ils usaient leur deuil sans oser se plaindre du bouleversement imprévu qui les emmenaient en pays étranger. Tous adoraient leur généreuse lady ; tous aspiraient à composer sa maison, quelque part qu’elle allât s’établir. Tous ne parlaient que bien bas de l’événement tragique jugé tout haut et sans appel seulement dans l’atmosphère du scandale et du grand monde, où Fanelly Galt se sentait détrônée sans retour.

L’architecture bizarre et sévère de l’hôtel dominait un vaste square dans le quartier Saint-James. La vue de Fanelly s’y perdait à cette heure sur les dalles où couraient d’humbles voitures, et des équipages somptueux, éclairés comme l’antichambre d’un bal. Ces lueurs rapides qui fendaient le brouillard, en indiquaient l’étendue flottante, pareille à la blancheur matte de l’opale. Toutes passaient, ranimant, puis décevant le cœur tourmenté de Fanelly.

— Oh ! que l’Italie sera charmante à voir avec ses enchantemens qu’il raconte si bien ! l’Italie avec ses palais blancs, ses terrasses en fleurs et son soleil de feu qui a fait son ame à lui ! une ame qui comprend l’amour éternel et le donne ! l’Italie avec ses barcaroles, ses bois d’orangers qu’il me destine tous ! Mon Dieu ! quand serons-nous dans la belle Italie ? car, n’est-ce pas une erreur bien enfantine que cette religion du berceau tant chantée par ceux même qui se hâtent de le fuir ? Qu’y a-t-il ici pour moi ? Qu’est-ce qui aura jamais le pouvoir de me faire regretter l’Angleterre ? Ah ! mon Dieu, rien…

Et deux ruisseaux de larmes, qu’elle ne sentait pas couler, démentirent cette apostasie dont l’amour seul peut inspirer l’audace. Sous sa voix qui niait le culte trop vrai pour lui plaire alors, une voix plus profonde murmurait : « Menteuse ! c’est l’ouragan lointain qui t’abat, car, tu le devines, si tu attendais le calme, tu serais forte. »

Une question toute simple de Lawrence brisa pour un moment le cours de ses félicités tremblantes et la replaça subitement dans le passé. Peut-on se persuader que le passé soit quelquefois si loin d’une femme de dix-huit ans ? Cette question naturelle entra comme un reproche brusque dans l’espèce de délire où vivait Fanelly.

— Milady garde-t-elle à part cette agraffe pour le voyage ? demanda doucement Lawrence ; qui rentrait tenant dans sa main un bijou naguère adoré de sa maîtresse. Milady ne trouve t-elle pas ce bijou plus solide et plus uni que le riche portrait porté maintenant par milady ?

Favelly prit silencieusement l’agraffe et se sentit rougir jusque dans l’ame devant sa servante : c’était le portrait de sa mère ; elle l’avait oublié au fond d’un tiroir ! Son regard honteux et fier ne rencontra pas le regard affectionné de Lawrence dont les yeux, sans reproche, étaient involontairement fixés sur le portrait du comte italien. Elle le contemplait avec tristesse, il faut le dire, somptueusement orné des diamans de l’héritière, brillant dans les îlots rattachés de son écharpe noire. Un sentiment d’inexprimable pudeur traversa la passion de Fanelly, qui, après avoir fait ruisseler comme un voile sa chevelure sur ses tempes fiévreuses, échangea vivement les portraits. La mère reprit son rang dans le deuil profané de sa fille ; l’image du comte fut posée sur le marbre de la cheminée. Cet éclair de piété filiale fut douloureux et rapide ; trop rapide pour qu’elle s’en rendit compte, il n’échappa point à Lawrence, qui s’éloigna par respect, par pitié, peut-être ; car la rougeur et la pâleur successives de sa maîtresse avaient frappé son intelligence. Il est certain que le message d’Haverdale venait de rentrer au cœur de Fanelly à la vue de cette image cachée depuis son parjure.

Un accablement irrésistible succéda par degrés à cette humiliation muette et la plongea dans un demi-sommeil, phénomène pareil à la torpeur qui précède l’orage, quand la nature s’immobilise et s’endort pour s’éveiller par un coup de tonnerre.

Cette vie d’étonnement et de lutte, le tumulte intérieur d’un départ précipité, ce mariage à la hâte et dans l’ombre consenti pour le lendemain, le tourbillon qui l’avait roulée au bord de cette destinée inconnue, abattait enfin les nerfs délicats de Fanelly : l’assoupissement de la fièvre suspendit ses idées. Elle glissa dans un fauteuil contre l’embrâsure de la fenêtre, où elle restait obstinément attentive, et sa tête tournée vers le ciel se remplit de rêves étranges : dans cette vision, le roulement rapide et bien connu de la voiture de Revalto se faisait entendre au loin ; puis jusqu’au seuil, puis s’éloignait de nouveau comme pour égarer l’ame anxieuse de Fanelly. Tout à coup, son rêve lui fait voir Revalto s’élançant chez elle, et pour la première fois sans se faire annoncer : « Te voilà ! » crie-t-elle d’une voix étouffée par la joie. Mais, lui-même, au lieu de l’aborder avec empressement, se range dans l’angle le plus obscur de la salle et s’y tient immobile, fixant sur elle ses yeux plus grands, plus noirs qu’elle ne les a jamais vus, luisant jusqu’à l’éclat du feu, grandissant toujours pour contenir leur flamme sombre.

— Est-ce que vous pleurez, mon Revalto ? demande-t-elle avec une pitié craintive.

— Il faut partir ! répond-il d’un ton de trouble et de précipitation extraordinaire.

— Partir ! ce soir, Revalto ?

— À l’heure même.

— Tu m’éprouves ; et pourquoi ?

— Pas de question, le temps manque ; une heure de plus dans Londres, vous me perdez sans retour.

— Te perdre, grand Dieu !

Un valet italien, du nom de Calpetti, qu’elle a vu suivant partout son maître, lui paraît franchir le vestibule, tandis que, dormant toujours, elle prête une oreille effrayée aux paroles basses qu’ils échangent entre eux : Mais elle ne saisit que ces dernières du comte : « Les chevaux à ma voiture, et le mien toujours prêt à partir. »

Le valet a disparu.

— Dors ! dors ! dit le comte à Fanelly ; trop faible pour l’unir à ma fortune, dors, et adieu ! je partirai seul.

— Seul ! mais le mariage, mais ma couronne de fiancée ? Mais ma vie ?

— Je partirai seul !

Il y avait tant de désespoir pour elle dans ces mots : « Je partirai seul, » qu’ils produisirent un effet magique sur son ame défaillante. La réalité n’eût pas eu plus d’ordre et de clarté que ce rêve, ni plus de puissance sur sa volonté de dévouement.

Après quelques secondes d’une angoisse qui la déchire, elle s’approche de Revalto en lui tendant les mains, n’essayant plus l’impossible tâche de lui résister :

— Prends-moi ! murmure-t-elle avec une profonde soumission. Mais, aux yeux des autres, ce sera donc un enlèvement ?

— Enlève-t-on sa femme ? n’es-tu pas la mienne ? viens donc !

— Viens donc ! viens donc ! répéte-t-elle à son tour, croyant l’entraîner vers la porte, dans l’effroi de lui nuire en restant davantage. Il l’enlace fortement dans ses bras, tandis qu’elle entend son coeur battre avec impatience contre le sien.

— Calpetti nous suivra seul, disait la vision. Calpetti est un valet fidèle. Tout ce que je possède est dans ma voiture, avec ton or, tes billets, tes diamans, si peu nécessaire pour te parer, ô ma beauté ! Donne aussi ce portrait, donne tout, et suis-moi.

— Revalto ! s’écrie-t-elle dans le dernier effort de la résistance ; parle ! es-tu menacé, instruis-moi ?…

— Le temps vole, insensée ! et tu veux me perdre par ta curiosité de femme ! »

Elle n’ouvrit plus les lèvres. Une expression rigide, un pli formé par la colère sur ce beau front qui l’intimide, un mouvement hautain d’épaule venait de donner à l’amant l’aspect d’un maître. Elle sentit qu’il était le sien ; le silence l’oppressait pourtant ; mais, même en rêve, et toute puissante qu’elle se voulait sur sa plus forte moitié, Fanelly était Anglaise, douée d’une propension touchante à l’obéissance. Elle lui montre l’appartement bouleversé pour le départ et s’efforce de sourire :

— Emmenons Lawrence, dit-elle suppliante ; ah ! tu me dois ma Lawrence, elle m’a reçue au monde.

— Pas de Lawrence, ou je pars seul.

Alors, par un retour subit, il tombe à genoux devant elle avec les marques d’une adoration sainte, qui relève sa maîtresse au ciel, d’où elle se sentait tomber. C’en est fait, elle pose avec abandon la main sur cette tête si chère sans parler d’abord ; puis, l’inondant de ses regards rayonnans de courage :

— À présent, dit-elle avec une joie fatale, je le mérite, ce ciel où tu m’emportes. Ô Revalto ! qu’un devoir rempli rend heureuse ! Adieu, ma maison, mon pays, et vos tombes à tous… Fanelly Galt, comtesse de Revalto, quitte pour toujours l’Angleterre. »

Des sanglots lui répondent : ce sont les siens, qui ne l’éveillent pas. La voix du rêve disait :

— Paix ! cette fenêtre n’est qu’à hauteur d’homme ; elle ouvre sur un champ désert ; l’issue est à nous, et voici Calpetti sur son cheval, prêt à fuir.

La tête de Calpetti à cheval, s’avance en effet dans une chambre basse, où Fanelly rêvait d’être alors. Sur un signe compris de son maître, Fanelly, qui ne parle plus, est enlevée des bras du comte. Calpetti la reçoit dans les siens, l’assied demi morte sur le cheval qu’il a quitté pour un autre, et l’impétueux Revalto se jette auprès d’elle, plus léger que le vent qui les emporte dans l’espace. Ils quittent brusquement les chemins habités, pour se perdre dans des sentiers de traverse parmi de vastes champs, dont quelques troupeaux épars animent seuls l’étendue. Les milles après les milles sont franchis sans que le silence de cette route mystérieuse soit rompu ; ils semblent voyager dans l’air. Leur double poids ne fait, on le dirait, qu’exciter, en l’irritant, la vitesse de l’animal enfiévré qui les enlève ; le comte serre à tel point contre lui sa frêle épouse, qu’il ne fait qu’un corps avec elle, dont le souffle menace à tout coup de s’éteindre.

— Arrête-moi ! s’efforce-t-elle de crier plusieurs fois.

Mais ce son faible meurt comme un sifflement d’oiseau dans le bruit des feuilles qui jonchent leur route. Les prés, les collines, les ruisseaux, les ravins, tout fuit derrière eux, tout recule et s’enfonce à perte de vue, quand tout à coup le cheval, qui a bronché, suspend l’indescriptible élan soutenu comme par magie, et s’arrête pour reprendre haleine ou mourir.

Fanelly, haletante, penche sa tête sur celle de l’animal immobile, et pleure comme une enfant effrayée. Une soirée sereine et fraîche termine un des plus beaux jours du chaud printemps. Les voyageurs ont atteint les bords d’un vaste parc devant lequel s’ouvre la perspective la plus imposante. Ce parc est celui de Claudia, qu’elle a beaucoup aimée. Le soleil tombe au loin dans la mer ; la nature apparaît sublime dans son repos rêveur.

Revalto, descendu seul d’abord, et respirant après avoir regardé de tous les côtés, se retourne vers Fanelly vivante à peine :

— Ces paysages ne vous enchantent-ils pas, ma femme ? dit-il en les lui décrivant avec l’enthousiasme qui l’a tant de fois ravie, et qui pour lors l’étonne.

Cette quiétude, recouvrée en si peu d’instans, ce facile pouvoir de poétiser après une scène si brisante pour tous deux, la frappe de surprise.

— Où sommes-nous ? demande-t-elle, ô mon bien-aimé n’es-tu pas fatigué comme moi ?

— Ta gracieuse faiblesse est charmante, dit-il. Viens, chère fille ; notre cheval est épuisé, nous avons bien acheté comme lui le droit de nous reposer sous ces arbres où Calpetti va nous rejoindre.

Durant ce rêve profond, livrée tout entière à la volonté de l’époux de son choix, Fanelly n’était-elle pas la plus confiante, la plus heureuse des femmes ? elle voulait l’être au moins ! Son ame éveillée seulement à l’amour, n’admettait pas que, protégée par le courage et les regards du seul être qui l’aimât alors au monde, sa sécurité pût être troublée, ni sa foi distraite. Elle s’indigna surtout de frissonner d’un fantôme obsédant et posé devant elle au milieu du chemin désert sous la figure morne et triste du jeune lord Haverdale, lui montrant d’une main obstinée et cruelle, cette ligne menaçante, ce mouchoir sanglant tout récemment jetés par elle, aux flammes qui les ont dévorés.

— Vous avez aperçu quelque chose, madame ? lui demande le comte en la voyant pâlir et se détourner.

— Toutes mes bénédictions sur toi, Revalto ! répond-elle avec une angélique abnégation.

— Alors, viens ! dit-il en l’étreignant pour la poser à terre et la poussant impérieusement vers le parc où Fanelly tremble de rentrer.

— Tu m’as poussée, Revalto ! lui répond-elle avec un doux reproche.

— Quelle erreur, enfant ! répond-il à son tour l’étreignant plus fort pour la faire avancer.

— Oh ! tu m’as poussée, Revalto ! et elle se retourne, et elle a peur. Revalto, changé, semble sortir, par dégrés, d’un déguisement fantastique. Il parle : le charme de sa voix est rompu ; il la regarde : son regard est de fer ; Fanelly stupéfaite voit tomber chaque prestige dont l’éclat effacé ne laisse à ce jeune homme qu’une beauté farouche, des manières insoucieuses, et l’ironie du dédain. À tout ce qu’elle essaie d’articuler d’étonnement et de douleur, il ne répond que par un déluge de paroles qu’elle n’entend plus, puis, par un éclat de rire dont son cœur est près de se rompre. Cette transformation, jeu railleur de l’affreux cauchemar, l’épouvante et l’éveille à demi. Ses mains se croisent fortement sur sa poitrine qu’elles compriment, et cette souffrance, qu’elle sent n’être qu’une erreur, lui fait balbutier avec effort :

— Si je pouvais m’éveiller !

Mais le silence qui suit n’est qu’un plus grand supplice. Elle voit s’éloigner Revalto qui fuit seul sur le cheval ranimé ; elle le regarde, sans souffle pour le rappeler, sans force pour le suivre, sans pensée distincte pour le comprendre, comme si un coup de hache eût fait éclater sa raison.

À ce moment, tout s’efface. L’intérieur d’une triste maison inconnue lui apparaît : Claudia l’y a conduite, la pitié l’y a recueillie, et sa mère est devant elle, sa mère est vivante ! non plus affectueuse, sereine et caressante comme autrefois ; mais austère, irritée, inexorable, juste. Elle revient ; hélas ! Fanelly n’ose se demander d’où elle revient si pâle, si hostile, si solennelle dans les paroles basses et distinctes qu’elle adresse au jeune lord Haverdale. Ces paroles lentement articulées dénoncent l’adultère à l’époux indignement trahi, car lord Haverdale est son époux dans ce nouveau songe où tout a changé de face. Debout, adossé contre une muraille nue, les bras pendans et le désespoir dans les yeux, il écoute la mère accusatrice de sa fille et semble près de mourir d’étonnement et d’horreur. Fidèle à son amour d’enfance, il ignorait encore la honte de sa femme ; et la tombe se rouvrait pour la lui découvrir. Fanelly, sur un lit de souffrance, au bord duquel sa mère est assise, joint ses mains pour obtenir le silence béni, l’indulgent silence d’une mère pour son enfant coupable. Elle s’efforce, non de parler, sa voix est éteinte, mais d’agiter ses lèvres suppliantes sans pouvoir faire taire cette voix égale, obstinée, inflexible, qui la révèle toute à l’homme qu’elle sent aimer alors mieux que jamais, et qui ne lui jette plus même le regard du mépris.

— Parlez, ma mère ! disait lord Haverdale. Celle que j’idolâtrais n’avait rien en elle pour me croire. Il n’y a plus sur la terre une bouche pour vous démentir, car vous êtes la vérité. Moi, je crois la vérité. Vous êtes le jugement dernier contre cette femme qui nous a tous déshonorés. »

— Vous êtes la vérité ! crie à son tour Fanelly pensant s’évanouir. Puis, elle tombe de son lit aux pieds de sa mère, dont elle ne retrouve plus que les cendres.