Hamlet/Traduction Hugo, 1865/Le Second Hamlet/Scène VII

Hamlet/Traduction Hugo, 1865/Le Second Hamlet
Traduction par François-Victor Hugo.
Œuvres complètes de ShakespearePagnerre1 (p. 247-271).
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Scène VII

[Une salle dans le château.]

Entrent le Roi, la Reine, et leur suite, Rosencrantz et Guildenstern.

LE ROI

— Soyez les bienvenus, cher Rosencrantz et vous, Guildenstern ; — outre le désir que nous avions de vous voir, — le besoin que nous avons de vos services nous a provoqué — à vous mander en toute hâte. Vous avez su quelque chose — de la transformation d’Hamlet ; je dis transformation, — car, à l’extérieur comme à l’intérieur, c’est un homme — qui ne se ressemble plus. Un motif — autre que la mort de son père a-t-il pu le mettre — à ce point hors de son bon sens ? — je ne puis en juger. Je vous en supplie tous deux, — vous qui avez été élevés dès l’enfance avec lui, — et êtes restés depuis ses camarades de jeunesse et de goûts, — daignez résider ici à notre cour — quelque temps encore, pour que votre compagnie — le rappelle vers le plaisir, et recueillez — tous les indices que vous pourrez glaner dans l’occasion — afin de savoir si le mal inconnu, qui l’accable ainsi, — ne serait pas, une fois découvert, accessibles à nos remèdes.

LA REINE
— Chers messieurs, il a parlé beaucoup de vous ; — et il n’y a pas, j’en suis sûre, deux hommes au monde — auxquels il soit plus attaché. Si vous vouliez bien — nous montrer assez de courtoisie et de bienveillance — pour passer quelque temps avec nous, — afin d’aider à l’accomplissement de notre espérance, — cette visite vous vaudra des remercîments — dignes de la reconnaissance d’un roi.
ROSENCRANTZ

Vos majestés — pourraient, en vertu du pouvoir souverain qu’elles ont sur nous, — signifier leur bon plaisir redouté, comme un ordre plutôt — que comme une prière.

GUILDENSTERN

Nous obéirons tous deux ; — et tout courbés, nous nous engageons ici — à mettre libéralement nos services à vos pieds, — sur un commandement.

LE ROI

— Merci, Rosencrantz ; merci, gentil Guildenstern !

LA REINE

— Merci, Guildenstern ; merci, gentil Rosencrantz. — Veuillez, je vous en supplie, vous rendre sur-le-champ — auprès de mon fils. Il est bien changé !

Se tournant vers sa suite.

Que quelques-uns de vous aillent — conduire ces messieurs là où est Hamlet !

GUILDENSTERN

— Fasse le ciel que notre présence et nos soins — lui soient agréables et salutaires !

LA REINE

Amen !

Sortent Rosencrantz, Guildenstern et quelques hommes de la suite.


Entre Polonius.


POLONIUS, au roi

— Mon bon seigneur, les ambassadeurs sont joyeusement — revenus de Norwége.

LE ROI

— Tu as toujours été le père des bonnes nouvelles.

POLONIUS

— Vrai, monseigneur ? Soyez sûr, mon bon suzerain, — que mes services, comme mon âme, sont voués — en même temps à mon Dieu et à mon gracieux roi.

À part, au roi.

— Et je pense, à moins que ma cervelle — ne sache plus suivre la piste d’une affaire aussi sûrement — que de coutume, que j’ai découvert — la cause même de l’état lunatique d’Hamlet.

LE ROI

— Oh ! parle ! il me tarde de t’entendre.

POLONIUS

— Donnez d’abord audience aux ambassadeurs ; — ma nouvelle sera le dessert de ce grand festin.

LE ROI

Fais-leur toi-même les honneurs, et introduis-les.

Polonius sort.

À la reine.

— Il me dit, ma douce reine, qu’il a découvert — le principe et la source de tout le trouble de votre fils.

LA REINE

— Je doute fort que ce soit autre chose que le grand motif, — la mort de son père et notre mariage précipité.


Rentre Polonius, avec Voltimand et Cornélius.


LE ROI

— Bien ! nous l’examinerons. Soyez les bienvenus, mes bons amis ! — Parlez, Voltimand ! quelle est la réponse de notre frère de Norwége ?

VOLTIMAND

— Le plus ample renvoi de compliments et de vœux. — Dès notre première entrevue, il a expédié l’ordre de suspendre — les levées de son neveu, qu’il avait prises — pour des préparatifs contre les Polonais, — mais qu’après meilleur examen il a trouvées — vraiment menaçantes pour votre altesse. Indigné — de ce qu’on eût ainsi abusé de sa maladie, de son âge, — de son impuissance, il a fait arrêter — Fortinbras, lequel s’est soumis sur-le-champ, a reçu les réprimandes du Norwégien, et enfin — a fait vœu devant son oncle de ne jamais — diriger de tentative armée contre votre majesté. — Sur quoi, le vieux Norwégien, accablé de joie, — lui a accordé trois mille couronnes de traitement annuel, — ainsi que le commandement pour employer les soldats, — levés par lui, contre les Polonais. — En même temps, il vous prie, par les présentes,

Il remet au roi un papier.

— de vouloir bien accorder un libre passage — à travers vos domaines pour cette expédition, — sous telles conditions de sûretés et de garanties — qui sont proposées ici.

LE ROI

Cela ne nous déplaît pas. — Nous lirons cette dépêche plus à loisir, — et nous y répondrons après y avoir réfléchi. — En attendant, nous vous remercions de votre bonne besogne. — Allez vous reposer ; ce soir nous nous attablerons ensemble ; — soyez les bienvenus chez nous !

Sortent Voltimand et Cornélius.


POLONIUS

Voilà une affaire bien terminée. — Mon suzerain et madame, discuter — ce que doit être la majesté royale, ce que sont les devoirs des sujets, — pourquoi le jour est le jour, la nuit la nuit, et le temps le temps, — ce serait perdre la nuit, le jour et le temps. — En conséquence, puisque la brièveté est l’âme de l’esprit — et que la prolixité en est le corps et la floraison extérieure, — je serai bref. Votre noble fils est fou, — je dis fou ; car définir en quoi la folie véritable consiste, — ce serait tout simplement fou. — Mais laissons cela.

LA REINE

Plus de faits, et moins d’art !

POLONIUS

— Madame, je n’y mets aucun art, je vous jure. — Que votre fils est fou, cela est vrai ; il est vrai que c’est dommage, — et c’est dommage que ce soit vrai : voilà une sotte figure. — Je dis adieu à l’art et vais parler simplement. — Nous accordons qu’il est fou. Il reste maintenant — à découvrir la cause de cet effet, ou plutôt la cause de ce méfait ; — car cet effet est le méfait d’une cause. — Voilà ce qui reste à faire, et voici le reste du raisonnement… — Pesez bien mes paroles… — J’ai une fille (je l’ai, tant qu’elle est mienne), — qui remplissant son devoir d’obéissance… suivez bien ! — m’a remis ceci. Maintenant, méditez tout, et concluez.

Il lit.

 « À la céleste idole de mon âme, à la belle des belles, à Ophélia. »

Voilà une mauvaise phrase, une phrase vulgaire ; « belle des belles » est une expression vulgaire ; mais écoutez :

 « Qu’elle garde ceci sur son magnifique sein blanc. »

LA REINE

— Quoi ! ceci est adressé par Hamlet à Ophélia ?

POLONIUS

— Attendez, ma bonne dame, je cite textuellement :

« Doute que les astres soient de flammes ;
Doute que le soleil tourne ;
Doute que la vérité soit la vérité,
Mais ne doute jamais de mon amour !

Ô chère Ophélia, je suis mal à l’aise en ces vers ; je n’ai point l’art d’aligner mes soupirs, mais je t’aime bien ! oh ! par-dessus tout, crois-le. Adieu !

À toi pour toujours, ma dame chérie, tant que cette machine mortelle m’appartiendra !

Hamlet. »

— Voilà ce que, dans son obéissance, m’a remis ma fille ; — elle m’a confié, en outre, toutes les sollicitations qu’il lui adressait, — avec tous les détails de l’heure, des moyens et du lieu.

LE ROI

Mais comment a-t-elle — accueilli son amour ?

POLONIUS

Que pensez-vous de moi ?

LE ROI

— Ce que je dois penser d’un homme loyal et honorable.

POLONIUS

— Je voudrais toujours l’être. Mais que penseriez-vous de moi, — si, quand j’ai vu cet ardent amour prendre essor — (je m’en étais aperçu, je dois vous le dire, — avant que ma fille m’en eût parlé), que penseriez-vous de moi, — que penserait de moi sa majesté bien-aimée la reine ici présente, — si, jouant le rôle de pupitre ou d’album, — ou faisant de mon cœur un complice muet, — j’avais regardé cet amour d’un œil indifférent ? — Que penseriez-vous de moi ?… Ah ! je suis allé rondement au fait — et j’ai dit à cette petite maîtresse : — Le seigneur Hamlet est un prince hors de ta sphère, — cela ne doit pas être. Et alors je lui ai donné pour précepte — de se tenir enfermée hors de sa portée, — de ne pas admettre ses messagers, ni recevoir ses cadeaux. — Ce que faisant, elle a pris les fruits de mes conseils ; — et lui (pour abréger l’histoire) se voyant repoussé, — a été pris de tristesse, puis d’inappétence, — puis d’insomnie, puis de faiblesse, — puis de délire, et enfin, par aggravation, — de cette folie qui l’égare maintenant — et nous met tous en deuil.

LE ROI

Croyez-vous que cela soit ?

LA REINE
— C’est très-probable.
POLONIUS

— Quand m’est-il arrivé, je voudrais le savoir, — de dire positivement : Cela est, — lorsque cela n’était pas ?

LE ROI

Jamais, que je sache.

POLONIUS, montrant sa tête et ses épaules.

— Séparez ceci de cela, s’il en est autrement ; — pourvu que les circonstances me guident, je découvrirai toujours — la vérité, fût-elle cachée, ma foi, — dans le centre de la terre.

LE ROI

Comment nous assurer de la chose ?

POLONIUS

— Vous savez que parfois il se promène, pendant quatre heures de suite, — ici, dans la galerie.

LA REINE

Oui, c’est vrai.

POLONIUS

— Au moment où il y sera, je lui lâcherai ma fille ; — cachons-nous alors, vous et moi, derrière une tapisserie. — Surveillez l’entrevue. S’il est vrai qu’il ne l’aime pas, — si ce n’est pas pour cela qu’il a perdu la raison, — que je cesse d’assister aux conseils de l’État — et que j’aille gouverner une ferme et des charretiers !

LE ROI

Essayons cela.


Entre Hamlet, lisant.


LA REINE

— Voyez le malheureux qui s’avance tristement, un livre à la main.

POLONIUS

— Éloignez-vous, je vous en conjure, éloignez-vous tous deux ; — je veux l’aborder sur-le-champ. Oh ! laissez-moi faire. —

Sortent le Roi, la Reine et leur suite.

Comment va mon bon seigneur Hamlet ?

HAMLET

Bien, Dieu merci !

POLONIUS

Me reconnaissez-vous, monseigneur ?

HAMLET

Parfaitement, parfaitement ; vous êtes un marchand de poisson.

POLONIUS

Non, monseigneur.

HAMLET

Alors, je voudrais que vous fussiez honnête comme un de ces gens-là.

POLONIUS

Honnête, monseigneur ?

HAMLET

Oui, monsieur. Pour trouver un honnête homme, au train dont va le monde, il faut choisir entre dix mille.

POLONIUS

C’est bien vrai, monseigneur.

HAMLET

Le soleil, tout dieu qu’il est, fait produire des vers à un chien mort, en baisant sa charogne. Avez-vous une fille ?

POLONIUS

Oui, monseigneur.

HAMLET
Ne la laissez pas se promener au soleil : la conception est une bénédiction du ciel ; mais, comme votre fille peut concevoir, ami, prenez garde.
POLONIUS

Que voulez-vous dire par là ?

À part.

Toujours à rabâcher de ma fille !… Cependant il ne m’a pas reconnu d’abord ; il m’a dit que j’étais un marchand de poisson. Il n’y est plus ! il n’y est plus ! et, de fait, dans ma jeunesse, l’amour m’a réduit à une extrémité bien voisine de celle-ci. Parlons-lui encore… Que lisez-vous là, monseigneur ?

HAMLET

Des mots, des mots, des mots, des mots.

POLONIUS

De quoi est-il question, monseigneur ?

HAMLET

Entre qui ?

POLONIUS

Je demande de quoi il est question dans ce que vous lisez, monseigneur !

HAMLET

De calomnies, monsieur ! Ce coquin de satiriste dit que les vieux hommes ont la barbe grise et la figure ridée ; que leurs yeux jettent une ambre, épaisse comme la gomme du prunier ; qu’ils ont une abondante disette d’esprit, ainsi que des jarrets très-faibles. Toutes choses, monsieur, que je crois de toute ma puissance et de tout mon pouvoir, mais que je regarde comme inconvenant d’imprimer ainsi : car vous-même, monsieur, vous auriez le même âge que moi, si, comme une écrevisse, vous pouviez marcher à reculons.

POLONIUS, à part.

Quoique ce soit de la folie, il y a pourtant là de la suite.

Haut.

Irez-vous changer d’air, monseigneur ?
HAMLET

Dans mon tombeau ?

POLONIUS

Ce serait, en réalité, changer d’air…

À part.

Comme ses répliques sont parfois grosses de sens ! Heureuses reparties qu’a souvent la folie, et que la raison et le bon sens ne trouveraient pas avec autant d’à-propos. Je vais le quitter et combiner tout de suite les moyens d’une rencontre entre lui et ma fille.

Haut.

Mon honorable seigneur, je vais très-humblement prendre congé de vous.

HAMLET

Vous ne sauriez, monsieur, rien prendre dont je fasse plus volontiers l’abandon ; excepté ma vie, excepté ma vie.

POLONIUS

Adieu, monseigneur.

HAMLET, à part.

Sont-ils fastidieux, ces vieux fous !


Entrent Rosencrantz et Guildenstern.


POLONIUS

Vous cherchez le seigneur Hamlet ; le voilà.

ROSENCRANTZ

Dieu vous garde, monsieur !

Sort Polonius.
GUILDENSTERN

Mon honoré seigneur !

ROSENCRANTZ

Mon très-cher seigneur !

HAMLET

Mes bons, mes excellents amis ! Comment vas-tu, Guildenstern ? Ah ! Rosencrantz ! Braves enfants, comment vous trouvez-vous ?

ROSENCRANTZ

Comme la moyenne des enfants de la terre.

GUILDENSTERN

Heureux, en ce sens que nous ne sommes pas trop heureux. Nous ne sommes point l’aigrette du chapeau de la fortune.

HAMLET

Ni la semelle de son soulier ?

ROSENCRANTZ

Ni l’une, ni l’autre.

HAMLET

Alors, vous vivez près de sa ceinture, au centre de ses faveurs.

GUILDENSTERN

Oui, nous sommes de ses amis privés.

HAMLET

Dans les parties secrètes de la fortune ? Oh ! rien de plus vrai, c’est une catin… Quelles nouvelles ?

ROSENCRANTZ

Aucune, monseigneur, si ce n’est que le monde est devenu vertueux.

HAMLET

Alors le jour du jugement est proche ; mais votre nouvelle n’est pas vraie. Laissez-moi vous faire une question plus personnelle : qu’avez-vous donc fait à la fortune, mes bons amis, pour qu’elle vous envoie en prison ici ?

GUILDENSTERN

En prison, monseigneur ?

HAMLET

Le Danemark est une prison.

ROSENCRANTZ
Alors le monde en est une aussi.
HAMLET

Une vaste prison, dans laquelle il y a beaucoup de cellules, de cachots et de donjons. Le Danemark est un des pires.

ROSENCRANTZ

Nous ne sommes pas de cet avis, monseigneur.

HAMLET

C’est qu’alors le Danemark n’est point une prison pour vous ; car il n’y a de bien et de mal que selon l’opinion qu’on a. Pour moi, c’est une prison.

ROSENCRANTZ

Soit. Alors, c’est votre ambition qui en fait une prison pour vous ; votre pensée y est trop à l’étroit.

HAMLET

Ô Dieu ! je pourrais être enfermé dans une coquille de noix, et me regarder comme le roi d’un espace infini, si je n’avais pas de mauvais rêves.

GUILDENSTERN

Ces rêves-là sont justement l’ambition ; car toute la substance de l’ambition n’est que l’ombre d’un rêve.

HAMLET

Un rêve n’est lui-même qu’une ombre.

ROSENCRANTZ

C’est vrai, et je tiens l’ambition pour chose si aérienne et si légère, qu’elle n’est que l’ombre d’un rêve.

HAMLET

En ce cas, nos gueux sont des corps, et nos monarques et nos héros démesurés sont les ombres des gueux… Irons-nous à la cour ? car, franchement, je ne suis pas en train de raisonner.

ROSENCRANTZ ET GUILDENSTERN

Nous vous accompagnerons.

HAMLET

Il ne s’agit pas de cela, je ne veux pas vous confondre avec le reste de mes serviteurs ; car, foi d’honnête homme ! je suis terriblement escorté. Ah çà ! pour parler avec le laisser-aller de l’amitié, qu’êtes-vous venus faire à Elseneur ?

ROSENCRANTZ

Vous voir, monseigneur ; pas d’autre motif.

HAMLET

Gueux comme je le suis, je suis pauvre même en remercîments ; mais je ne vous en remercie pas moins, et je vous assure, mes bons amis, mes remercîments sont trop chers à un sou. Vous a-t-on envoyé chercher ; ou venez-vous me voir spontanément, de votre plein gré ? Allons, agissez avec moi en confiance ; allons, allons ! parlez.

GUILDENSTERN

Que pourrions-nous dire, monseigneur ?

HAMLET

Eh bien, n’importe quoi… qui réponde à ma question ! On vous a envoyé chercher ; il y a dans vos regards une sorte d’aveu que votre candeur n’a pas le talent de colorer. Je le sais, le bon roi et la bonne reine vous ont envoyé chercher.

ROSENCRANTZ

Dans quel but, monseigneur ?

HAMLET

C’est ce qu’il faut m’apprendre. Ah ! laissez-moi vous conjurer ; par les droits de notre camaraderie, par l’harmonie de notre jeunesse, par les engagements de notre amitié toujours constante, enfin par tout ce qu’un meilleur orateur pourrait invoquer de plus cher, soyez nets et francs avec moi. Vous a-t-on envoyé chercher, oui ou non ?

ROSENCRANTZ, à Guildenstern.
Que dites-vous ?
HAMLET, à part

Oui, allez, j’ai l’œil sur vous.

Haut.

Si vous m’aimez, ne me cachez rien.

GUILDENSTERN

Monseigneur, on nous a envoyé chercher.

HAMLET

Je vais vous dire pourquoi. De cette manière, mes pressentiments préviendront vos aveux, et votre discrétion envers le roi et la reine ne perdra rien de son duvet. J’ai depuis peu, je ne sais pourquoi, perdu toute ma gaieté, renoncé à tous mes exercices accoutumés ; et, vraiment, tout pèse si lourdement à mon humeur, que la terre, cette belle construction, me semble un promontoire stérile ; le ciel, ce dais splendide, regardez ! ce magnifique plafond, ce toit majestueux, constellé de flammes d’or, eh bien, il ne m’apparaît plus que comme un noir amas de vapeurs pestilentielles. Quel chef-d’œuvre que l’homme ! qu’il est noble dans sa raison ! qu’il est infini dans ses facultés ! dans sa forme et dans ses mouvements, comme il est expressif et admirable ! par l’action, semblable à un ange ! par la pensée, semblable à un dieu ! C’est la merveille du monde, l’animal idéal ! Et pourtant qu’est à mes yeux cette quintessence de poussière ? L’homme n’a pas de charme pour moi… ni la femme non plus, quoi que semble dire votre sourire.

ROSENCRANTZ

Monseigneur, il n’y a rien de cela dans ma pensée.

HAMLET

Pourquoi avez-vous ri, alors, quand j’ai dit : L’homme n’a pas de charme pour moi ?

ROSENCRANTZ

C’est que je me disais, monseigneur, puisque l’homme n’a pas de charme pour vous, quel maigre accueil vous feriez aux comédiens que nous avons accostés en route, et qui viennent ici vous offrir leurs services.

HAMLET

Celui qui joue le roi sera le bienvenu ; sa majesté recevra tribut de moi ; le chevalier errant aura le fleuret et l’écu ; l’amoureux ne soupirera pas gratis ; le personnage fantasque achèvera en paix son rôle ; le clown fera rire ceux même dont une toux sèche chatouille les poumons, et la princesse exprimera librement sa passion, dût le vers blanc en être estropié… Quels sont ces comédiens ?

ROSENCRANTZ

Ceux-là mêmes qui vous charmaient tant d’habitude, les tragédiens de la cité.

HAMLET

Par quel hasard deviennent-ils ambulants ? Une résidence fixe, et pour l’honneur et pour le profit, leur serait plus avantageuse.

ROSENCRANTZ

Je crois qu’elle leur est interdite en conséquence de la dernière innovation (8).

HAMLET

Sont-ils toujours aussi estimés que lorsque j’étais en ville ? Sont-ils aussi suivis ?

ROSENCRANTZ

Non, vraiment, ils ne le sont pas.

HAMLET

D’où cela vient-il ? Est-ce qu’ils commencent à se rouiller ?

ROSENCRANTZ

Non, leur zèle ne se ralentit pas ; mais vous saurez, monsieur, qu’il nous est arrivé une nichée d’enfants, à peine sortis de l’œuf, qui crient contre toute concurrence, et qui sont applaudis avec fureur pour cela ; ils sont maintenant à la mode, et ils clabaudent si fort contre les théâtres ordinaires (c’est ainsi qu’ils les appellent), que bien des gens portant l’épée ont peur des plumes d’oie, et n’osent plus y aller.

HAMLET

Comment ! ce sont des enfants ? Qui les entretient ? D’où tirent-ils leur écot ? Est-ce qu’ils ne continueront pas leur métier quand leur voix aura mué ? Et si, plus tard, ils deviennent comédiens ordinaires, (ce qui est très-probable, s’ils n’ont pas d’autre ressource,) ne diront-ils pas que les auteurs de leur troupe ont eu grand tort de leur faire diffamer leur futur héritage ?

ROSENCRANTZ

Ma foi ! il y aurait beaucoup à faire de part et d’autre ; et la nation ne se fait pas faute de les pousser à la querelle. Il y a eu un temps où la pièce ne rapportait pas d’argent, à moins que poëtes et acteurs, n’en vinssent aux coups.

HAMLET

Est-il possible ?

GUILDENSTERN

Il y a déjà eu bien des cervelles broyées.

HAMLET

Et ce sont les enfants qui l’emportent ?

ROSENCRANTZ

Oui, monseigneur ; ils emportent Hercule et son fardeau (9).

HAMLET

Ce n’est pas fort surprenant. Tenez mon oncle est roi de Danemark ; eh bien ! ceux qui lui auraient fait la grimace du vivant de mon père donnent vingt, quarante, cinquante et cent ducats pour son portrait en miniature. Sangdieu ! il y a là quelque chose qui n’est pas naturel ; si la philosophie pouvait l’expliquer !

Fanfare de trompettes derrière le théâtre.

GUILDENSTERN

Les acteurs sont là.

HAMLET

Messieurs, vous êtes les bienvenus à Elseneur. Votre main ! Approchez. Les devoirs de l’hospitalité sont la politesse et la cérémonie ; laissez-moi m’acquitter envers vous dans les règles, de peur que ma cordialité envers les comédiens, qui, je vous le déclare, doit être noblement ostensible, ne paraisse dépasser celle que je vous témoigne. Vous êtes les bienvenus ; mais mon oncle-père et ma tante-mère sont dans l’erreur.

GUILDENSTERN

En quoi, mon cher seigneur ?

HAMLET

Je ne suis fou que par le vent du nord-nord-ouest ; quand le vent est au sud, je peux distinguer un faucon d’un héron.


Entre Polonius.


POLONIUS

Salut, messieurs !

HAMLET

Écoutez, Guildenstern…

À Rosencrantz.

Et vous aussi ; pour chaque oreille un auditeur. Ce grand bambin que vous voyez là, n’est pas encore hors de ses langes.

ROSENCRANTZ

Peut-être y est-il revenu ; car on dit qu’un vieillard est enfant pour la seconde fois.

HAMLET
Je vous prédis qu’il vient pour me parler des comédiens. Attention !… Vous avez raison, monsieur, c’est effectivement lundi matin…
POLONIUS

Monseigneur, j’ai une nouvelle à vous apprendre.

HAMLET

Monseigneur, j’ai une nouvelle à vous apprendre. Du temps que Roscius était acteur à Rome…

POLONIUS

Les acteurs viennent d’arriver ici, monseigneur.

HAMLET

Bah ! bah !

POLONIUS

Sur mon honneur.

HAMLET

« Alors arriva chaque acteur sur son âne. »

POLONIUS

Ce sont les meilleurs acteurs du monde pour la tragédie, la comédie, le drame historique, la pastorale, la comédie pastorale, la pastorale historique, la tragédie historique, la pastorale tragico-comico-historique ; pièces sans divisions ou poëmes sans limites. Pour eux, Sénèque ne peut être trop lourd, ni Plaute trop léger. Pour concilier les règles avec la liberté, ils n’ont pas leurs pareils.

HAMLET

« Ô Jephté ! juge d’Israël, » quel trésor tu avais !

POLONIUS

Quel trésor avait-il, monseigneur ?

HAMLET

Eh bien !

Une fille unique charmante
Qu’il aimait passionnément.

POLONIUS, à part

Toujours ma fille !

HAMLET
Ne suis-je pas dans le vrai, vieux Jephté ?
POLONIUS

Si vous m’appelez Jephté, monseigneur, c’est que j’ai une fille que j’aime passionnément.

HAMLET

Non, cela ne s’ensuit pas.

POLONIUS

Qu’est-ce donc qui s’ensuit, monseigneur ?

HAMLET

Eh bien !

Mais par hasard Dieu sait pourquoi.

Et puis, vous savez :

Il arriva, comme c’était probable…

Le premier couplet de cette pieuse complainte vous en apprendra plus long ; mais regardez, voici qui me fait abréger.


Entrent quatre ou cinq comédiens.


Vous êtes les bienvenus, mes maîtres ; bienvenus tous.

À l’un d’eux.

Je suis charmé de te voir bien portant… Bienvenus, mes bons amis !…

À un autre.

Oh ! ce vieil ami ! comme ta figure s’est aguerrie depuis que je ne t’ai vu ; viens-tu en Danemark pour me faire la barbe ?… Et vous, ma jeune dame, ma princesse ! Par Notre-Dame ! votre grâce, depuis que je ne vous ai vue, est plus rapprochée du ciel de toute la hauteur d’un sabot vénitien. Priez Dieu que votre voix, comme une pièce d’or qui n’a plus cours, ne se fêle pas dans le cercle de votre gosier (10) !… Mes Maîtres, vous êtes tous les bienvenus. Vite, à la besogne, comme les fauconniers français, et élançons-nous après la première chose venue. Tout de suite une tirade ! Allons ! donnez-nous un échantillon de votre talent ; allons ! une tirade passionnée !

PREMIER COMÉDIEN

Quelle tirade, monseigneur ?

HAMLET

Je t’ai entendu déclamer une tirade qui n’a jamais été dite sur la scène, ou, dans tous les cas, ne l’a été qu’une fois ; car la pièce, je m’en souviens, ne plaisait pas à la foule ; c’était du caviar (11) pour le populaire ; mais, selon mon opinion et celle de personnes dont le jugement, en pareilles matières, a eu plus de retentissement que le mien, c’était une excellente pièce, bien conduite dans toutes les scènes, écrite avec autant de réserve que de talent. On disait, je m’en souviens, qu’il n’y avait pas assez de sel dans les vers pour rendre le sujet savoureux, et qu’il n’y avait rien dans le style qui pût faire accuser l’auteur d’affectation ; mais on trouvait la pièce d’un goût honnête, aussi saine que suave, et beaucoup plutôt belle par la simplicité que par la recherche. Il y avait surtout un passage que j’aimais : c’était le récit d’Énée à Didon, et spécialement l’endroit où il parle du meurtre de Priam. Si ce morceau vit dans votre mémoire, commencez à ce vers… voyons… voyons


Pyrrhus hérissé comme la bête d’Hyrcanie,

Ce n’est pas cela : ça commence par Pyrrhus…

Le hérissé Pyrrhus avait une armure de sable,
Qui, noire comme ses desseins, ressemblait à la nuit,
Quand il était couché dans le cheval sinistre.
Mais son physique affreux et noir est barbouillé
D’un blason plus effrayant ; des pieds à la tête,
Il est maintenant tout gueules ; il est horriblement coloré
Du sang des mères, des pères, des filles, des fils,
Cuit et empâté sur lui par les maisons en flammes
Qui prêtent une lumière tyrannique et damnée

À ces vils massacres. Rôti par la fureur et par le feu,
Et ainsi enduit de caillots coagulés,
Les yeux comme des escarboucles, l’infernal Pyrrhus
Cherche l’ancêtre Priam…

Maintenant, continuez, vous.

POLONIUS

Par Dieu ! monseigneur, voilà qui est bien dit ! bon accent et bonne mesure !

PREMIER COMÉDIEN

Bientôt il le trouve
Lançant sur les Grecs des coups trop courts ; son antique épée,
Rebelle à son bras, reste où elle tombe,
Indocile au commandement. Lutte inégale !
Pyrrhus pousse à Priam ; dans sa rage, il frappe à côté ;
Mais le sifflement et le vent de son épée cruelle suffisent
Pour faire tomber l’aïeul énervé. Alors Ilion, inanimée,
Semble ressentir ce coup ; de ses sommets embrasés
Elle s’affaisse sur sa base et, dans un fracas affreux,
Fait prisonnière l’oreille de Pyrrhus. Mais tout à coup son épée,
Qui allait tomber sur la tête blanche comme le lait
Du vénérable Priam, semble suspendue dans l’air.
Ainsi Pyrrhus est immobile comme un tyran en peinture ;
Et, restant neutre entre sa volonté et son œuvre,
Il ne fait rien.
Mais, de même que nous voyons souvent, à l’approche de l’orage,
Le silence dans les cieux, les nuages immobiles,
Les vents hardis sans voix, et la terre au-dessous
Muette comme la mort, puis tout à coup un effroyable éclair
Qui déchire la région céleste ; de même, après ce moment d’arrêt,
Une fureur vengeresse ramène Pyrrhus à l’œuvre ;
Et jamais les marteaux des Cyclopes ne tombèrent
Sur l’armure de Mars, pour en forger la trempe éternelle,
Avec moins de remords que l’épée sanglante de Pyrrhus
Ne tombe maintenant sur Priam.
Arrière, arrière, Fortune ! prostituée ! Vous tous, dieux
Réunis en synode général, enlevez-lui sa puissance ;
Brisez tous les rayons et toutes les jantes de sa roue,

Et roulez-en le moyeu arrondi en bas de la colline du ciel,
Aussi bas que chez les démons !

POLONIUS

C’est trop long.

HAMLET

Nous l’enverrons chez le barbier avec votre barbe… Je t’en prie, continue : il lui faut une gigue ou une histoire de mauvais lieu ; sinon, il s’endort… Continue ; arrive à Hécube.

PREMIER COMÉDIEN

Mais celui, oh ! celui qui eût vu la reine emmitouflée…

HAMLET

La reine emmitouflée ?

POLONIUS

C’est bien ! la reine emmitouflée est bien !

PREMIER COMÉDIEN

Courir pieds nus çà et là, menaçant les flammes
Des larmes qui l’aveuglent ; ayant un chiffon sur cette tête
Où était naguère un diadème, et, pour robe,
Autour de ses reins amollis et par trop fécondés,
Une couverture, attrapée dans l’alarme de la crainte ;
Celui qui aurait vu cela, la langue trempée dans le venin,
Aurait déclaré la Fortune coupable de trahison.
Mais si les dieux eux-mêmes l’avaient vue alors
Qu’elle voyait Pyrrhus se faire un jeu malicieux
D’émincer avec son épée les membres de son époux,
Le cri de douleur qu’elle jeta tout à coup
(À moins que les choses de la terre ne les touchent pas du tout),
Aurait trait les larmes des yeux brûlants du ciel
Et le courroux des Dieux (12).

POLONIUS

Voyez donc s’il n’a pas changé de couleur. Il a des larmes dans les yeux ! Assez, je te prie !

HAMLET

C’est bien. Je te ferai dire le reste bientôt.

À Polonius.

Veillez, je vous prie, monseigneur, à ce que ces comédiens soient bien traités. Entendez-vous ? qu’on ait pour eux des égards ; car ils sont le résumé, la chronique abrégée des temps. Mieux vaudrait pour vous une méchante épitaphe après votre mort que leurs blâmes pendant votre vie.

POLONIUS

Monseigneur, je les traiterai conformément à leurs mérites.

HAMLET

Morbleu ! l’ami, beaucoup mieux. Traiter chacun d’après son mérite, qui donc échappera aux étrivières ?… Non. Traitez-les conformément à votre propre rang, à votre propre dignité. Moins vos égards seront mérités, plus votre bienveillance aura de mérite. Emmenez-les.

POLONIUS

Venez, messieurs.

Polonius sort avec quelques-uns des acteurs.


HAMLET

Suivez-le, mes amis ; nous aurons une représentation demain.

Au premier comédien, auquel il fait signe de rester.

Écoutez-moi, vieil ami pourriez-vous jouer le meurtre de Gonzague ?

PREMIER COMÉDIEN

Oui, monseigneur.

HAMLET

Eh bien ! vous le jouerez demain soir. Vous pourriez, au besoin, étudier une tirade de douze ou quinze vers que j’écrirais et que j’y intercalerais ? Vous le pourriez, n’est-ce pas ?

PREMIER COMÉDIEN
Oui, monseigneur.
HAMLET

Fort bien… Suivez ce seigneur, et ayez soin de ne pas vous moquer de lui.

Sort le comédien.

À Rosencrantz et à Guildenstern.

Mes bons amis, je vous laisse jusqu’à ce soir : vous êtes les bienvenus à Elseneur.

ROSENCRANTZ

Mon bon seigneur !

Rosencrantz et Guildenstern sortent.


HAMLET

Oui, que Dieu soit avec vous ! Maintenant je suis seul. — Ô misérable rustre, maroufle que je suis ! — N’est-ce pas monstrueux que ce comédien, ici, — dans une pure fiction, dans le rêve d’une passion, — puisse si bien soumettre son âme à sa propre conception, — que tout son visage s’enflamme sous cette influence, — qu’il a les larmes aux yeux, l’effarement dans les traits, — la voix brisée, et toute sa personne en harmonie — de formes avec son idée ? Et tout cela, pour rien ! — pour Hécube ! — Que lui est Hécube, et qu’est-il à Hécube, — pour qu’il pleure ainsi sur elle ? Que ferait-il donc, — s’il avait les motifs et les inspirations de douleur — que j’ai ? Il noierait la scène, dans les larmes, — il déchirerait l’oreille du public par d’effrayantes apostrophes, — il rendrait fous les coupables, il épouvanterait les innocents, — il confondrait les ignorants, il paralyserait — les yeux et les oreilles du spectateur stupéfait ! — Et moi pourtant, — niais pétri de boue, blême coquin, — Jeannot rêveur, impuissant pour ma propre cause, — je ne trouve rien à dire, non, rien en faveur d’un roi — à qui l’on a pris son bien et sa vie si chère — dans un guet-apens damné ! Suis-je donc un lâche ? — Qui veut m’appeler manant ? me fendre la caboche ? — m’arracher la barbe et me la souffler à la face ? — me pincer par le nez ? me jeter le démenti par la gorge — en pleine poitrine ? Qui veut me faire cela ? Ah ! — Pour sûr, je garderais la chose ! Il faut absolument — que j’aie le foie d’une tourterelle et que je n’aie pas assez de fiel — pour rendre l’injure amère : autrement, il y a déjà longtemps — que j’aurais engraissé tous les milans du ciel — avec les entrailles de ce drôle. Sanguinaire et obscène, scélérat ! — sans remords ! traître ! paillard ! ignoble scélérat ! — Ô vengeance ! — Quel âne suis-je donc ? Oui-dà, voilà qui est bien brave ! — Moi, le fils du cher assassiné, — moi, que le ciel et l’enfer poussent aux représailles, — me borner à décharger mon cœur en paroles, comme une putain, — et à jurer comme une coureuse, — comme une souillon ! Fi ! quelle honte !… En campagne, ma cervelle !… Humph ! j’ai ouï dire — que des créatures coupables, assistant à une pièce de théâtre, — ont, par l’action seule de la scène, — été frappées dans l’âme, au point que, sur-le-champ, — elles ont révélé leurs forfaits. — Car le meurtre, bien qu’il n’ait pas de langue, trouve pour parler — de miraculeux organes. Je ferai jouer par ces comédiens — quelque chose qui ressemble au meurtre de mon père, — devant mon oncle. J’observerai ses traits, — je le sonderai jusqu’au vif : pour peu qu’il se trouble, — je sais ce que j’ai à faire. L’esprit que j’ai vu — pourrait bien être le démon ; car le démon a le pouvoir — de revêtir une forme attrayante : oui, et peut-être, — abusant de ma faiblesse et de ma mélancolie, — grâce au pouvoir qu’il a sur les esprits comme le mien, — me trompe-t-il pour me damner. Je veux avoir des preuves — plus directes que cela. Cette pièce est la chose — où j’attraperai la conscience du roi.

Il sort.