Grammaire de l ornement/Preface

Day & Son, Limited-Cagnon (p. 1-4).

PRÉFACE DE L’ÉDITION IN-FOLIO.



Ce serait au-delà du pouvoir d’un seul individu, que de tenter de réunir en un ouvrage, les illustrations des phases innombrables et toujours changeantes de l’art de l’Ornementation. C’est à peine qu’un gouvernement pourrait venir à bout d’une pareille tâche, et même en réussissant, il produirait un ouvrage trop volumineux pour être d’une utilité générale. Le seul but que je me suis donc proposé, en formant la collection que je me permets d’intituler Grammaire de l’Ornement, a été de choisir quelques-uns des types les plus proéminents de certains styles intimement liés les uns aux autres, et dans lesquels paraissent prévaloir certaines lois générales, indépendantes pourtant du caractère particulier et individuel de chaque style. J’ai osé former l’espoir, qu’en plaçant ainsi en juxtaposition immédiate, les nombreuses formes de beauté que chaque style d’ornement présente, je pourrais contribuer à arrêter la fâcheuse tendance de notre époque de se contenter, de copier simplement, aussi longtemps que la mode dure, les formes particulières aux époques passées, sans chercher à s’assurer des circonstances spéciales, qu’en général on ignore même complètement, qui faisaient que tel ornement était beau parce qu’il était alors convenable, mais lequel transplanté de son sol naturel pour devenir l’expression d’autres besoins, doit nécessairement manquer de produire le même effet.

Je ne me cache pas, qu’il est plus que probable, que la publication de cette collection aura pour premier résultat, d’augmenter de beaucoup cette tendance dangereuse, et qu’un grand nombre d’artistes se contenteront d’emprunter au passé, telles formes de beauté qui n’auront pas été déjà exploitées ad nauseam. Mon désir, cependant, est d’arrêter cette tendance et d’éveiller dans leurs âmes une plus haute ambition.

Si l’artiste voulait se donner la peine de chercher à découvrir les pensées, qui ont été exprimées dans tant de langues différentes, il ne manquerait certainement pas de trouver une source d’eau vive toujours jaillissante, au lieu d’un réservoir stagnant à moitié rempli.

Dans les chapitres de cet ouvrage j’ai tâche d’établir les principaux faits suivants : —

Premièrement. Que toutes les fois qu’un style d’ornement est l’objet de l’admiration universelle, on découvrira qu’il est d’accord avec les lois qui règlent la distribution de la forme dans la nature.

Secondement. Que, quelque variées que soient les manifestations d’accord avec ces lois, les idées principales sur lesquelles elles sont basées, sont en très petit nombre.

Troisièmement. Que les modifications et les développements qui ont eu lieu d’un style à l’autre, ont été causés en écartant subitement certaines entraves fixées, ce qui a eu pour suite d’ouvrir une nouvelle carrière à la pensée devenue libre, jusqu’à ce que la nouvelle idée finit par devenir fixée, enraillée, comme l’ancienne, et donnât naissance à son tour à de nouvelles inventions.

Finalement. Je me suis efforcé de prouver, dans le vingtième chapitre, que pour assurer le mieux les progrès futurs de l’art ornemental, il fallait greffer sur l’expérience du passé, les connaissances que nous pouvons obtenir, en demandant à la Nature de nouvelles inspirations. Ce serait un acte de suprême folie que de tenter d’établir de nouvelles théories de l’art, ou de former un nouveau style, sans l’aide du passé. Ce serait méconnaître tout d’un coup l’expérience de milliers d’années, et renoncer à l’amasser les trésors de connaissances qu’ils nous ont laissés. Nous devons au contraire considérer comme notre héritage, tous les travaux du passé qui ont été couronnés de succès, et sans les suivre aveuglement, il faut les employer comme guides pour découvrir la vraie voie.

En prenant congé de ce sujet et en livrant cet ouvrage au jugement du public, je reconnais parfaitement que cette collection est loin d’être complète : il y existe bien des lacunes, que chaque artiste, cependant, pourra facilement remplir lui-même ; j’espère néanmoins avoir atteint le principal but que je m’étais proposé, en plaçant côte à côte les types des styles, qui pourront le mieux servir de jalons à l’étudiant et à l’artiste dans la voie du progrès.

Il ne me reste plus qu’à offrir mes remercîments à tous ceux de mes amis, qui ont eu la bonté de m’assister dans mon entreprise.

M. J. Bonomi et M. James Wild ont droit a ma reconnaissance, pour l’aide qu’ils m’ont donnée dans la formation de la collection égyptienne ; c’est aussi à M. J. Wild que je suis redevable des matériaux qu’il m’a fallu pour la collection arabe. Le long séjour qu’il a fait au Caire, lui a fourni l’occasion de former une grande collection d’ornements arabes ; les spécimens que j’ai reproduits dans cet ouvrage, ne donnent qu’une idée imparfaite de cette belle collection, que M. Wild sera porté, je l’espère, à publier un jour dans son entier.

C’est à M. T. T. Bury que je suis redevable de la planche représentant les vitraux peints. M. C. J. Richardson m’a fourni les matériaux principaux de la collection des ornements du temps d’Elisabeth ; et ceux de la collection byzantine, m’ont été fournis par M. J. B. Waring, au quel je suis en outre redevable des deux excellents essais sur l’ornement byzantin et sur l’ornement du temps d’Elisabeth. M. J. O. Westwood, qui s’est livré d’une manière toute spéciale à l’étude des ornements celtiques, m’a aidé dans la collection celtique, et a écrit l’histoire et l’exposition remarquables de ce style.

M. C. Dresser, de “Marlborough House, ” a fourni la planche No. 8 du vingtième chapitre, qui fait voir l’arrangement géométrique des fleurs naturelles.

Mon collègue au palais de Cristal, M. Digby Wyatt, a enrichi cet ouvrage de ses admirables essais sur les ornements de la période de la renaissance et de la période italienne.

Toutes les fois que j’ai emprunté des matières a des ouvrages qui ont été publiés, je n’ai pas manqué d’en faire mention.

Les autres dessins ont été principalement exécutés par mes élèves, M. Albert Warren et M. Charles Aubert, qui, avec M. Stubbs, ont reproduit sur une échelle réduite tous les dessins originaux et les ont préparés pour la publication.

Les dessins sur pierre de toute la collection ont été confiés aux soins de M. Francis Bedford, qui, avec le concours de ses assistants, Messieurs H. Fielding, W. R. Tymms, A. Warren, et S. Sedgfield, et avec la co-opération casuelle de quelques autres artistes, a exécuté les cent planches en moins d’une année.

Je dois à M. Bedford des remercîments tout spéciaux pour les soins et l’empressement qu’il a déployés, sans se laisser influencer par aucune considération personnelle, pour rendre cet ouvrage aussi parfait que l’exigeait l’état avancé de la chromo-lithographie ; et je suis persuadé que ceux qui connaissent les difficultés et l’incertitude de ce procédé, apprécieront pleinement les services inestimables de cet artiste.

Messieurs Day et fils, les éditeurs entreprenants et aussi les imprimeurs de cet ouvrage, ont mis en réquisition toutes les vastes ressources de leur établissement, ce qui leur a permis, malgré les soins qu’exigeait cet ouvrage et le temps immense qu’en demandait l’impression, non seulement de le livrer aux souscripteurs avec la plus grande régularité, mais de le compléter même avant le temps convenu.

OWEN JONES.